HISTOIRE
generale
DES
DROGUES
'7 ao lui, dal cjuœsUxi dut, pcuicLsqus r&p&.
H'ota^acit, miuidus citiÆ rruige rara capi
liorû , £cctor , siunmoj perpa^e Lob or es ^
utriptibus et quanUs pfrarule peregit opiis
«is 61
HISTOIRE
GENERALE
DES
DROGUES
r R A I T A NT
DES PLANTES. DES ANIMAUX.
& des Minéraux ; Ouvrage enrichy de plus de
«quatre cent Figures en Taille-douce tirées d après
Nature *, avec un difcours qui explique leurs
differens Noms . les Pays d'où elles viennent i la
maniéré de connoître les Véritables d’avec les
Falfifiées i & leurs proprietez . où l'on découvre
l’erreur des Anciens & des Modernes ; Le tout très
utile au Public.
Par le Sieur PIERRE POMET, Marchand Epicier ^ Droguifie.
PARIS-
Chez jEAN-BAPTisTE-LoYsoitj&ÀuGusTiN PiLLON, fur IcPont au Change,
à la Prudence.
ET AU PALAIS.
Chez ESTIENNE DUC ASTIN, dans la Gallerie des Prifonniers, au boh Pilleur.
Avec Apfrokations Ptivile^e du Roy.
M. DC. XCIV.
A PARIS
Chez l’Auteur , rue des Lombards, à la Barbe d'or.
M D C X C
%AVEC APPROBATIONS ET PPUVILEGE DV ROI
MARCHAND SINCERE
OU TRAITE GENERAL
DES DROGUES
SIMPLES ET COMPOSEES.
RENFER MANT DANS LES TROIS CLASSES DES VEGETAUX^
des Animaux , & des Minéraux 5 tout te qui eft l’objet de la Pbyfique , de la Chimie , dé
la Pharmacie , & des Arts les plus utiles à la focieté des Hommes : Ouvrage enrichi de
plus de quatre cens Figures en Taille-douce , tirées d’après nature j avec un Dilcours qui
explique leurs diiferens Noms , les Pays d’où elles viennent, la manière de connoître les
véritables d’avec les falhficcs , & leurs proprictez , où l’on découvre l’erreur des Ancien^
& des Modernes, le tout tres-utile au publié.
IL EST A remarier ^E TOVTES LES D RO GV ES T>ONT
il eft parlé dans ce nouveau Tiaité , ont été démontre^ publiquement tannée derntere aie
Jardin T{pjal d Paris j par M. Po M E T , Marchand Drogutfte , par ordre de {Monfieuf
Fagon , ConfetUer d*Etat Cÿ premier Médecin de Sa Majefté»
A MONSIEUR
MONSIEUR FAGON.
CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS .
E T
PREMIER MEDECIN DE S AMAJESTE'
ONSIEVR,
£lmi quil foit certain que la connoijfance & le choix des
Drogues foient une des parties de la Medecine la plus utile &
la plus importante y on peut cependant dire ^ que cejl celle qui a
etè peut-être la plus négligée jufquici. On ne fçauroit comprendre
combien le public fouffre du débit qui fe fait dans le monde de je
ne fçai combien de Drogues fophijliquèes ^ qui ne fçauroient nul¬
lement produire î effet que Ion en attend y foit pour le retabliffe-
ment y foit pour la confervation de la famé. On fera peut-être
encore bien plus furpris d apprendre que ce mal fi terrible ejl la
chofe du monde la plus ordinaire y & que rien nefi plus commun
dans les Boutiques des Droguijles & des Apoticaires que ces
a ij
E P I s T R E.
ï)rogues falfifiees y qui ne mentent point du tout les noms pom¬
peux dont on en rehaujfe le prix. J ai eu deffein Mons ieur^
développer dans cet Ouvrage cette mauvaife foy qui fait un (î
grand préjudice d la famé des hommes. Et comme on ne revele
point ces myfleres de tenehres y fans s attirer la malignité de ceux
qui profitent fi indignement de la crédulité des hommes y j'ai he-
foin dun EroteEteur qui ait des lumières & du crédit y Je ne
pouvois mieux le trouver M o n s i e u r ^ qü en votre Ferfonney
puifque chacun fçait que vous êtes univerfeUementyfçavant dans
tout ce que la nature enferme de pim curieux & de plus utile
dans les trois familles des Végétaux y des Animaux y & des Miné¬
raux y dont je parle avec affefjj étendue dans ce Livre. D'ailleurs y
Monsieur^ vous vous êtes fait parmi les f gavant s une réputa¬
tion fi belle que perfonne n hefîte à fe rendre à vos décifions. Ainfî
après t oblige ante Approbation dont vom honnoreXjnon Ouvra¬
ge yj'ofe me promettre que quelque hardie que foit l envie y il aura
peu de contradiEleurs , Le Roy qui dans le choix qüil fait des per-
fonnes quil defiine à l honneur de lui rendre fervicey nagit jamais
que par un difcernement toùjourg merveilleux , ne vom a pai eu
plutôt fait fon Premier medecinyque toute la France a retenti des
acclamations que les perfonne s de Lettres & de mérité ont donné
à cette difiinflion dont vom veneljd être honnoré, Mîais enfin yen
vous pre fient ant cet Ouvrage ^je ne fais que vom rendre une par¬
tie de ce que vom m'aver^ donné y Car enfin ce que je dis fur les
Plantes & fur beaucoup d autre s matières y nejl que ce que fai eu
î honneur d apprendre dans les Leçons publiques que vom avelf
fait autrefois dans le Jardin Royal. Je vous fupplie sieu r^
d'agréer ce témoignage public de ma reconnoiffance & dhonnorer
de votre proteElion celui qui ejl avec un tresprofond refpefl y
moltsievr.
Vôtre très - humble & très - ob^ïflàor
Serviteur P. P omet.
P R E F A CE.
A Providence divine mayaiu appelle à
une profelTion ^ui m’engage à avoir une particulière
connoiiïancc des Drogues qui fervent à lufage de la
Medecine , je m’y fuis appliqué avec tout le foin
la bonne foy que l’on doit attendre d’un homme
d’honneur. Il faut avouer que je his d’abord tou¬
che du peu de finccrité qui règne dans un commerce qui eft
non fulcmcnt le plus grand du Royaume , mais encore le plus
utile le plus important à la vie des hommes. Les abus que j’y
remaqué d’abord , êc qui inc firent d’autant plus d’horreur qu’ils
alloi'Ut à priver les hommes des juftes fccours qu’ils doivent atten¬
dre la Médecine foit pour la- confervation , foit pour le rc-
tablÆment de leur faute , me firent prendre delfein d’employer
tout temps à déveloper ce que la cupidité criminelle a in-
trodiit de fophiftiqueries dans une profeflTion où la bonne foy efi:
fan.^ doute plus precieufe que dans aucune autre *, voilà ce qui a
do.iné la nailfance à l’Ouvrage que je rends public. J’ofe dire
^uc fl le delfein que je me fuis formé étoit bien exécuté , il y en
iuroit peu dont le public pût recevoir plus d’utilité. Rien n’eft
plus capable de décrier la Medecine , & d’attirer à ceux qui la
profelfent , des reproches fanglans , que les abus qui fe commet¬
tent chaque jour dans le débit des Drogues. Cela va meme au
delà de tout ce que l’on peut s’imaginer. On remarquera dans la
fuite de cet Ouvrage , que ce feroit icy un lieu bien propre à décla¬
mer contre un fi mauvais ufagc,qui eft capable défaire tant de pré¬
judice à lafanté des particuliers ,&tant de ravage dans la focieté hu¬
maine : mais comme j’ayplus en vûc de corriger les abus, que de dé¬
crier les profcfsions , je me fuis borné fouvent à donner les moyens
de difeerner les bonnes Drogues d’avec celles qui font falfifiécs ,
ou meme fuppofees en tout , qui ne font rien moins que ce que
l’on les appelle. Ainfi s’il m’etoit arrivé quelquefois que mon zélé
eût employé quelque exprefsion , peut-être trop dure ( s’il y en peut
avoir dans une matière où il ne s’agit rien moins que de la vie des
PREFACE.
hommes , ) on me pardonnera bien ces petits mouvemenspi ne ten¬
dent apres tout qu’à faire fentir mieux des defordres outre quoy
tout le monde a intereft de fe foulever.
Mon Ouvrage n’efl: donc pas feulement utile à ceux qui profef-
fent la Médecine, ô^qui ont autant de droit que perfonne, que l’on
n’employe dans la compolîtion des remèdes qu’ils ordonnent , que des
drogues finçeres 6l de bon aloy j mais encore auxEtudiaas en Phar¬
macie, aux Droguiftes, ScauxApoticaires, qui pourront dorénavant par
les lumières qui font répandues dans cet Ouvrage, faire ledifcernc-
ment du vray d’avec le faux dans l’ufage, ou dans le commerce des Dro¬
gues. Mais quelle profefsion peut fe palTcr d’un travail qui regarde ce
qui doit être employé pour conferver ou pour rétablir la hnté de
tous les hommes. Combien de gens qui compofent chez eu; leur^
Remedes , ont intereft de connoître fi ce qu’ils achètent cft td qu’il
le doit eflre pour parvenir aux fins qu’ils fe propolcnt. Je neparle
point icy de je ne fçay combien d’Arts &dc métiers, comme foit les
Orfèvres, les Chirurgiens , les Peintres, les Teinturiers, les Maré¬
chaux , & généralement tons ceux qui fe fervent de Drogues ^auf-
quels il cft important de n’cftre pas trompez.
J’ay donc eu raifon de dire que fi mon deffein étoit aufi bien
éxccLué , que l’importance de la matière le demande , je coirois
avoir rendu au public un fervice qui ne feroit pas medioec en
publiant cet Ouvrage : mais quelque foin que j’ayc apporté, ÔC
quelque dépenfe que j’aye faite pour acquérir la connoifl^nct
exade des Drogues , il cft certain qu* il s’en faut beaucoup que
je ne fois arrivé , où j’aurois fouhaitté de parvenir : car quo/ :jue
j’aye employé prés de vingt ans à me compofer un Droguier qii cft
peuc-eftre le plus complet le plus curieux qui foit en Eurepe ,
& que j’aye entretenu commerce de lettres dans les Indes d’Orent
d’Occident pour avoir des relations fidèles des Drogues qui m
font pas alfez connues en Europe , il faudroit avoir le fccours d’ui.
grand Prince afin de fournir à toutes les dépenfes qu’il convient de
faire pour ces fortes de recherches. Il y a meme dequoy s’étonner,
qu’un particulier fe foit engagé à une dépenfe excelsive qu’il a falu
faire tant pour la découverte des foftilcs , des plantes & des ani¬
maux , ôc pour en faire graver les Figures , dont la plupart ont
été faites d’après nature , que pour l’imprefsion de cet Ouvrage 5
aufsi faut -il que je dilc que quelque ardeur que j’euffe pour donner
mes vues fur le choix des Drogues , je ne me ferois pas déterminé
à rendre fi-tôt cet Ouvrage public , fi je n’avois pas été pouf¬
fé par unç çonjonéfurc qui m’a mis dans une fituation , où il n’y
avoir pas moyen de reculer. La plûpart de mes papiers ôc originaux
m’ayant été volez de plus ayant appris que l’on prenoit des mefu-
rcs pour les imprimer , 6C au refte n’ayant pu obtenir jufticc au
Châtelet où l’affaire a clé craittéc de bagatelle , j’ay etc obligé de
P RE FA C E.
précipiter la publication de cet Ouvrage , pour empêcher qu’un
particulier { de l’humeur de la Corneille de la Fable , qui fe paroic
des plumes étrangères ) ne profitât de mes veilles ^ ne donnât
au public un travail encore imparfait.
]’efpcre que ceux qui liront cet Ouvrage , remarqueront que
l’on n’a jamais vu un Traité de Drogues fi complet , & que
j’y ay ramaffé non' feulement ce qui fe trouve répandu dans
un grand nombre d’Autcurs que fon ne trouveroit pas facile¬
ment , mais encore quantité de matières, dont on ne voit rien,
ou du moins tres-peu de chofe dans les Auteurs qui nous ont
précédé. On y trouvera encore quantité de nouvelles découvertes
que je dois à la generofité de mes amis , & dontle public n’au-
roit pas eu fi-tôt connoifTancc. Je n’ay point oublié de leur rendre
la jullice qui leur efl: duc , & de citer dans les occafîons les noms
des Sçavans qui m’ont communiqué leurs lumières, comme il fe ver¬
ra en beaucoup d’endroits. Et je déclaré même que comme j’ay pro¬
fité avec plaifir du fecours de quelques perfonnes d’érudition , qui
m’ont fait part de leurs études fur les matières que j’ay traitées , je
profiteray pareillement des avis de toutes les perfonnes bien inten¬
tionnées , lors qu’on aura remarqué quelques endroits dans mon Li¬
vre, qui auront befoin d’eftre retouchez ou augmentez , ôC qu’oil
me fera la grâce de m’en avertir.
Quant à Tordre de ce Livre j’ay fuivi ccluy que les Phyfîciens nous
ont marqué il y a long-temps, en renfermant dans les trois Claffes des
végétaux , des animaux , & des minéraux , tout cc qui efl Tobjet de la
Phyfiquc , de la Pharmacie , & des Arts les plus utiles à la focietc
des hommes.
Comme je me fuis plus attaché à l’utile qu’à l’agrcable , que
j'ay eu en vûê particulièrement de former dans le choix des Drogues
quantité de perfonnes comme font les Droguifles, les Epiciers &les
Apoticaires , tous ceux qui en employent , je nVy pas fait difficulté
de préférer les noms des Drogues qui font en ufage dans les boutiques
à ceux qui font peut-être connus d’un petit nombre de Sçavans j
ainfi je n’ay point, hefîté dans cet Ouvrage de parler comme ils par¬
lent eux-mêmes fans tour & fans façon , parce que c’efl d’eux dont
j’ay eu particulièrement deffein de me faire entendre : car pour ce
qui eft des Sçavans , la politcfTe qu’ils acquièrent par l’étude des bel¬
les Lettres me fait cfperer qu’ils ne m’examineront pas à la rigueur
fur les mots , ôc qu’ils fe contenteront des bonnes chofes qui font
icy ramaffées.
J’ay été obligé, pour ne pas grofsir trop cet Ouvrage , pour
n’en augmenter pas le prix , de renfermer dans une feule Planche
pluficurs Figures differentes j mais cependant j’ay gardé un ordre
que pluficurs perfonnes verront peuD-cflrc avec plaifîr ; c’efl que
dans une feule Planche je renferme les efpcces qui ont un nom
commun.
W t5!{8t«§§: m
^APPROBATION DE TM. PAGON CONSEILLER DV ROT
en fis Confieils , premier Médecin de Sa, Ma,jefié.
IL eft fi important pour le bien public qu’on découvre allurément la nature & l’origine des choies in¬
connues , qui font partie de la matière medecinale , & que l’on foie fidclèment inftiuit des fraudes quiic
commettent ordinairement dans le commerce des Drogues , qu’on ne fçauroit alFcz louer le de ifein de ceux
qui entreprennent cette recherche avec application. C’eft ce que l’Auteur de ce Livre a fait depuis pluficurs
années avec tant de foins , de dépenfes , d'intelligence & de probité , qu’il mérirc que ce fruit de Ibn tra¬
vail iôit reçu avec une approbation generale. Il n eft pas poiîible que le vafte/ujet dont il traitte ibit égale¬
ment éclaircy par tout , & qu’il ne s’y ibit rencontré des difiicultez infurmontables aux cftbrts d’un particu¬
lier. Mais il faut auffi convenir qu’il y a un très-grand nombre d’articles jufqu’a prefent incertains , fort
curieuièment décidez dans cet Ouvrage , & que les moyens qu’on y trouve de découvrir les Drogues fal-
fifiées le doivent faire regarder comme le plus utile qui ait paru iûr fa matière , & l’Auteur comme un trés-
honnête homme , dont le defintereftement & la bonne foy n’avoicnr point encore eu d’çxcmplc. C’eft ce qui
Nous oblige à luy donner nôtre approbation avec un entier applaudiilèment. Fait à Verfailles ce 14. No¬
vembre mil fix cens quatre-vingts-treize.
FAÇON.
Approbation de SM. de Ca 'én DoSieur en Médecine de la faculté de Paris.
IL n’y a rien de plus naturel à l’homme que le defir de fçavoir , & la connoiftlincc des choies naturelles eft
la plus louable. Nous avons dans cet Ouvrage dequoy nous iâtisfaire , en apprenant à connoître ce que la
terre nous produit pour la vie & l'utilité de l'homme , tant par les choies qui viennent des Pais étrangers ,
que par celles qui nailfcnt chez nous. Les Marchands qui font profeilion de vendre les Drogues & Eipice-
rics qu’ils ont reçû d' ailleurs & de mains en mains , ic contentent de les connoître par la cherté & le prix
fans qu’ils leur donnent leur valeur & leur mérite. Mais on peut dire que le public doit avoir obligation
au fleur Fomet , .qui ne s’étant pas contenté de içavoir ce que fes autres Confrères fçavcnt ordinairement ,
a employé tous fts foins , & fait une dépenic extraordinaire dans ce ramas Sc ce Recueil , pour nous donner
tout ce qui a pû venir à la connoiflliiicc , ïbit par luy , Ibit par lès amis > en nous marquant les diffèrens
lieux d’où font tirées Icfdites Dr^ues, leur choix & leurs bontez , ce qui n’eft pas d’un petit avantage pour
tous ceux qui exercent là profeluon , mais pour tous ceux qui ont quelque amour pour les chofes naturel¬
les ; c’eft le témoignage que je dois rendre au mérite de fon Ouvrage. Fait à Paris ce quinziéme Novembre
mil fix cens quatre-vingts-treize.
DE CAEN D. M. P.
oApprcbcition de Monfieur Morin DoSleur en Medecine de la paatlté de Paris ,
Médecin de feu fin Altejfe Mademoifielle de Guifi.
T E foufiîgné Doéteur Regent en Médecine dans l’Uni verfité de Paris , certifie avoir parcouru & lu en nlu-
j fieurs Chapitres un Livre qui décrit les Drogues qui lèrvcnt à l’ulàgc de la Idédecine , compofé par le neur
l’omet Marchand Epicier-Droguifte à Paris , & y avoir remarqué beaucoup de chofes dont h connoif
fanccn’étoit point encore venue jufq'u’à nôtre temps , en Ibrte que j’en croy l’impreffion fort utile au pu¬
blic. Fait à Paris le vingt-fixiéme jour de Novembre mil fix cens quaire-vingts-douze.
MORIN.
Approbation de M. The'var DoEieur en Mcdecim.
JE fouITigné Dodeur Regent en la Faculté de Medecine de Paris , certifie à tous qu’il appartiendra , que
lé Livre cy-dellu.s nommé , fait par M. Pierre Pomet eft d’une tres-grande utilité pour le public. Fait ce
vin'^t-fepticme jour de Novembre mil fix cens e|uatrc-vingts-douze.
^ THE VA R.
AT?]? ROB AT ION DE MON SI EV R
CharM , Docteur en Medecine.
JE fouflîgnc Doftcur en Médecine , certifie avoir parcouru avec beaucoup de
fatisfa(5lion un Livre intitulé. H tfioire generale des Drogues , composé avec leurs Fi¬
gures, tirées autant qu’il a été polfible au naturel, par le Sieur Pierre Pomet, Mar¬
chand Epicier & Droguifte à Paris i & que l’aianc trouvé beaucoup plus accompli
que tous les Livres fur ces matières , qui ont paru jufqu’à ce jour , & très -utile
non feulement à ceux de fa Profeflîon : mais à toutes les perfonnes qui défirent con-
noitre à fond la matière Medicale j Je l’ai exhorté de demander incelfamment un
Privilège pour l’imprimer , dans la perfuafîon où je fuis que ce Livre fera bientôt
reconnu fort neceflairc au public fie très - recherché. Fait à Paris le z6. Novembre
1691.
Signé, C Fi A R AS.
JP PROBATION DE ^0 N S I EVT^ ^ 0 R 1 N DOCTEVR
en Medecine de U Faculté de Montpelier.
N Ou s foullîgné Efeuyer Dodeur en Medecine de la faculté de Montpelier,
certifions que le Sieur Pomet Marchand Droguifte , a écrit avec la dernie-
je exactitude un Livre intitulé, Hiftotre generale aes Drogues , qu’il a pris un foin
très- particulier de s’informer des Marchandifes qui viennent des Pays fort éloi¬
gnez j qu’il a fait venir à très -grands frais, pour les pouvoir examiner & ne rien
avancer , autant qu’il lui a été polfible qui ne lui fut bien connu & qui ne foit
dans fon Droguier, que j’ai eu le plaifîr de voir très - fouvent , & comme c’eft fans
contredit le Cabinet le plus accompli du Royaume , par les foins qu’il a pris & les
dépenfes qu’il a faites depuis long-temps : On peut dire que ce Livre qui fait la
delcription de toutes les Drogues qui y font enfermées , qui en dit les differens
noms , le lieu d’où elles font apportées , la maniéré de les diftinguer & feparer les
bonnes d’avec les mauvaifes , leur ufage , & la préparation de la plupart, ne peut
être cjue tres-iitilc & avantageufe au public ; En foi de quoi avons figné ce prefent
certificat. Fait à Paris, ce zo. Novembre 1691.
Signé, MORIN.
approbation de éMONSIEVR DE BEAV LIEV
Premitr Apoticaire du Corps du Roi.
"1 ’Ai lû un Livre intitule H'tfioire geneule des Drogues , fait par Monfieur Pomet,
1 Marchand Epicier. On ne peut alTez lôüer fon zele pour l’utilité publique; car
outre la curieulc & exafte recherche qu il a fait de toutes les Drogues pour en fai.
rc la defcriptioiij ils’eft particulièrement appliqué à remarquer les choies qui con¬
cernent l’éleclion des Drogues 5 & comme ce bon choix elt la plus neceffaire par¬
tie du Pharmacien. Il faut convenir qu’outre l’obligation generale que lui a tout le
monde 9 les Apoticaires lui en ont une en particulier, c’elt pour cet effet que j’ai
donné à fon Livre mon Approbation. Fait à Verfailles ce Mars 16^3,
Signé , DE BEAULIEU, premier Apoticairc
du Corps du Roi.
APPROBATION DE M 0 N S J EV R 3V I S S J ERE,
Apoticaire de fon Aitejfe Serenijfime gonfleur le Prince.
T’Ai lû avec une grande fatisfadion, l' Ht flaire generale des Drogues , composé par le
J Sieur Pomet , laquelle contient une defeription trcs-précifes de chaques efpeces,
enrichie des véritables Figures tirées fur tous les Originaux qu’il a chez lui dans
fon Droguier, qu’on peut dire être l’ouvrage le plus nombreux ,1e plus laborieux &:
le plus curieux par la pureté des efpcces qui ait encore parû dans ce genre, l’aïant
vu travailler depuis vingt-ans à faire venir de toutesles parties du Monde, toutes
les Drogues tant vraies que faulfes , pour éclaircir tout ce que les Auteurs en ont
écrit julqu’à prefent de douteux ou de faux } en forte que cet Ouvrage ne peut
être que trcs-utile à tous ceux qui veulent fe rendre habile à la connoilfance des
Drogues , comme la partie la plus elfentielle delà Pharmacie •, c’eft le témoignage
que je fuis obligé de rendre au public de cet Ouvrage. Fait à Paris ce 13. Aouft
*>3.
Signé , BUISSIER.E, Apoticaire de fon AltelTe
Sereniffime Monfieur le Prince.
APPROBATION DE ^ESSIEVRS LES GARDES EN
(^harge ^ Anciens Confuls des SMarchandi/ès d' Epicerie T)roguerie.
N Ou s fouflignez Gardes en Charge & Anciens Confuls de la Marchandife d’E-
picerie& Droguerie de cette ville de Paris, ccrtitîons à tous qu’il appartiendra,
avoir veu & leu un Livre intitulé, Hifloire generale des Drogues ^ composé par le Sieur
Pierre Pomet, Marchand Epicier & Droguiftes à Paris, dans lequel nous n’avons rien
trouvé que de trcs-utile au public , & notament à tous lcs,Marchands qui exercent
ledit Négoce, puifqu’il leur (ervira de guide pour les inftruire ,ou foulagcr leur mé¬
moire dans le commerce, vente &: débit des Drogues ôc Marchand! fes contenues en
icelui , fuivant les marques & l’explication de leurs bonnes & mauvaifes qualitez, pour
en faire le jufte dicernement, & le choix necelfaire aux difFerens emplois & ufages,
foit pour la Pharmacie, la Tinture, & autres Arts & Profeïïîons: En foi de quoi, nous
avons ligne le prefent certificat. Fait à Paris ce 25. Novembre
H A R L A N , Garde en Charge. N. Drouet, ancien Garde & Conful.
C. LA R ü Z £, Ancien Garde & Conful. A. F R E M i N, ancien Garde.
approbation IM O N s I E V R T^OVf^IERE,
Apoticaire ordinaire dte R.oy , ^ premier Apoticaire Major des Camps ,
üdpitaus , Armées de Sa Majefté,
J’Ai lû & examiné avec beaucoup de foin le Livre intitulé, Hifloire generale des
Drogues ^ compose par le Sieur Pierre Pomet, Marchand Epicier Droguifte à Pa¬
ris, & je n’y ai rien trouvé que de trcs-utile & très- avantageux pour Pufage de la
Médecine 5 les jeunes Etudians en Pharmacie, pourront acquérir dans la leclurcde
cet Ouvrage la connoillàncc de toutes les Drogues les plus rares qui viennent des
Pays Etrangers. L’Auteur en a fait une recherche également exaéle & curieufe, &
toute la polterité lui fera obligée des foins qu’il a pris & des dcpences qu’il a faites,
pour faire venir des Pays les plus éloignez ce grand nombre de Plantes rares, dont
il nous a donné les Figures & les Deferiptions cfans la derniere exactitude j c’eft le
fentiment que j’ai de ce Livre , Sc dont j ai crû devoir rendre témoignage au public.
Fait à Paris ce 27. Novembre 1 6 pz.
Signé, H. ROUVIERE,
I
HISTOIRE
GENERALE
• DES DROGUES,
TRAITANT DES PLANTES,
des Animaux, des Minéraux, OU de leurs parties, &:
généralement de toutes les Marchandifes Amples,
ou compofées , que les Marchands Droguiftes &
Elpiciers doivent ordinairement avoir & peuvent
vendre dans leurs Boutiques 8c Magazins.
LIVRE PREMIER
Des Semences.
PREFACE.
£ o^m nous appelions Graine^ ou Semence , eji la partie de la Plante qui naifi
après la fleur; mais comme la Jcmence en efl ordinairement la plus noble partie^
^ que ç efl par elle quelle renaifl^ l’on ne Jçauroit trop s’étudier à la bien con-
noiflre , ce qui nefl pas facile , tant à caufe de la diverjîté des efleces^ que parce
qti ilj en a qui approchent beaucoup en figure (ÿ* en autres marques les unes des autres.
f’ofe bien dire qu'à moins de les pajjer fouvent par les mains , la connoijfance que l’on
en peur avoir d'ailleurs efl bien, tofl perdue , ceél pourquoj je confcille à ceux qui ont befoin
d’acheter des Graines ^ de s’adrejfer aux plfts habiles & honnefles Marchands qui en font
coYfimerce ^ (ÿ* non pas à ceux qui les vendent ordinairement ^ & qui n'ajans ny étude ny
expérience, vendent le plus fouvent ce qu’ils ne connoijfent pas ^ (y une graine pour l'autre^
donnant des vieilles pour des nouvelles , ^ des froides pour deS chaudes ^ çyc. pourveu que
leur figure en approche.
Mais comme il feroit impojflble d’entrer dans le détail de toutes les Graines ou Semences,
je me contenteray de celles qui font une partie de mon négoce, que je vais décrire avec le plus
de (oin cjsr d’exaÛitude qu'il me fera pojflble.
Hifloire generale
CHAPITRE PREMIER.
Du Semen contra Vermes.
* Caravanneeft
une alTemblée
d’hommes, con¬
duiras pluficnrs
chevaux , cha¬
meaux, & autres
animaux char¬
ges de diverfes
Marchandifes ,
qui partent de
Perfe , une ou
deux fois l’an¬
née , pour dif-
fetens endroits
du Levant.
s>
E Semen Contra Vermes a pris fon nom de fa principale vertu ^
qui eftde faire mourir les vers qui s’engendrenc dans le corps humaifjj
& fur tout dans celuy des petits enfans ( nous l’appelions auffi Santo- ’
line, ou Xantoline , Semenjanàîum J Semen fkntonicum, Semencine, Bar-
botine, ou poudre à vers. ) Ç’eft une petite graine que les Perfàns envoyent
annuellement dans leurs *Caravannes à Alep ,à Alexandrerce, & à Smlrne, d’oii
nous la tirons par les voyes d’Holandc, d’Angleterre & de Marfeille.
La plante qui porte le Semen contra , a fes feiiilles fi petites , 4u’il eit affez
difficile de les feparer d’avec fa graine, c’eft pourquoy ceux du Royaume de Boutan
y employeur des paniers propres a la vaner, pour en feparer les feiiilles qui vo¬
lent en poufficre. Quelques Auteurs difène que le Semen contra eft la graine
d’une elpece d’Abiintlie que quelques-uns ont appelle Santonique, parce qu’il
en croît en Xaintonge , ce que je ne veux contefter , n’en ayant pû apprendre
autre chofe quelque diligence que j’aye fait, fînon que celuy que nous vendons
croît en Perfe, &aux confins de la Mofeovie, comme des lettres que j’ay rcceu
de divers endroits me l’ont affiuré,àquoy j’ay bien voulu ajouter ce qu’en a e'cric
M’Tavcrnier dans le fécond Tome de fes Voyages, à la page 384. en ces termes.
Pour ce qui eft de la Semencine , ou poudre à vers , on ne peur pas la recueillir
comme on fait les autres graines -, c’eft une herbe qui croît dans les prez , j&z
qu’il faut laiffer mûrir , & le mal eft que lors qu’elle approche de fa maturité,
le vent en fait tomber urie grande partie entre les herbes, où elle fe perd ; c’eft
ce qui la rend chere. Comme on n’ofe la toucher de la main, parce quelle en
feroit plûtoft gaftee , & que mefme , quand on en fait la montre , on la prend
dans une écuelle j lors qu’on veut recueillir ce qui eft demeuré de refte dans l’épy,
voicy de quelle adreffie on fe fert j ils ont deux paniers à ances & en marchant
des Drogues J Livre Premier. 3
dans ces prez, ils font aller un des paniers de là droite à la gauche, & l’autre de «
la gauche à la droite , comme s’ils fauchoient l’herbe , laquelle toutefois ils ne <c
prennent que par le haut , c’eft à dire par l’e'py , & toute la graine tombe ainfi «
dans ces paniers. Il croît aulfi de la Semencine dans la Province de Kerman, cc
mais elle neft pas ü bonne que celle deBoutan,où on n’en recueille guère que «
ce qu’il en faut pour le païs. Cette Graine n’eft pas feulement pour chaffer les vers rc
du corps des enfans, mais les Perfans & tous les peuples qui font vers le Nord , <c
êc mefme les Anglois & les Holandois s’en fervent comme d’anis pour mettre ce
dans les dragées.
Qjmy qu’il en foit, on choilîra le Semen contra bien nourry, verdâtre, d’une
bonne odeur, & le plus net que l’on pourra, car il eft fort fujet à eftre augmenté
de petits corps étrangers qui luy caufent un gros déchet, & en augmentent de qL icsï«int
beaucoup le prix. Il faut prendre garde qu’il n’ait point efté verdi , & que cc
ne (bit de la femencc * d’Auronne laquelle on luy fubftituë affez fouvent, ce
qui fera facile à connoiftre , en ce que le Semen contra eft palTablement gros , y aya«
longuet , & verdâtre , & que la femence d’Auronne eft legere , jaunâtre , reC- ne la tiouvcioa
femblant plûtoft à de la petite paille coupée bien menue qua de la graine, & de
plus c’eft que le Semen contra cil plus amer & plus aromatique que n’eft cette
femencc. aufll à la graine
Le Semen contra eft fi familier, qu’il n’eft pas necelTaire d’en marquer l’ufage, nom de Batbo-
fon amertume eft caufe , que l’on le couvre de fucre , & qu’on en fait ce que
nous appelions Barbotine, ou Semen contra , en dragées.
CHAPITRE IL
JD^ chouan.
4 Hiftoire generale
La planî€ qui le porte cft balTe & a fa graine par petits bouquets, à peu près
comme le Semen contra.
Il ma efte du tout impoflible de fçavoir pofitivement l’endroit où croît la
plante qui porte le Choüan , tout ce que j*en ay pû fçavoir, ç’a cfté par quel¬
ques perfonnes de la fuite de M' deGuillcrague Ambaffadeuren Turquie pour le
Roy de France, qui en firent venir à Paris avec eux, uneaffez bonne quantité.
Quoy qu’il en foit , il faut choifir le Chouan verdâtre, gros, bien net , Ôc le
moins rempli de bûchettes qu’on pourra le trouver.
Il n’a point d’autre ufage enFrance,que jefçachc,que pour faire le Carmin,
& pour les Plumaciers, quoy que prefentement on s’en ferve tres-peu.
CHAPITRE III.
Du ^srjîl de
4-
Le Persil de Maccdoine eft une plante, qui reffcmble en quelque forte
au Perfil de nos jardins, mais dont la graine ell de beaucoup plus petite,
plus longuette & pointue, & vient par ombelles, comme le Fcnoüil. Cette plante
a pris fon furnom du Royaume de Macédoine , où elle croift naturellement , &
d’où l’on nous en apporte la fcihence , qui eft la principale partie de la plante,
feule en ufage en Médecine.
On la doit choifir nouvelle, nette, bien nourrie, longuette, d’un verd tirant fur
le brun, d’une bonne odeur & fort aromatique, qui font les principales marques
du véritable Perfil de Maccdoine , pour lequel quelques-uns employent mal à
propos la graine de nôtre Perfil , & d’autres la graine noire d’une forte de gros
Ache que les Jardiniers nômmcnt improprement Perfil de Maccdoine. Androma-
che Médecin de Néron General des Légions Romaines , au temps de la guerre des
Romains contre Annibal, ayant invente la Thériaque, y fit entrer cette fcmencc
iousic nom <\c Petrofelimm Macedonicum y comnne eftant fort âlexiterc.
On la prend feule le matin à jeun, en poudre, au poids d’un demi gros, dans
du vin, ou dans quclqu'autre liqueur convenable à la maladie.
des Drogues, Livre Premier,
ESesel^ou Sifelcos a tiré ion fiimom de Marfçille, qui çft fon païs natal,
I , quoy qu’il y en aie encore beaucoup eh divers autres endroits de la Provence
& du Languedoc ; Ç’cft une plante qui paiTe pour une efpece deFenoüil, d’où
vient que quelques Auteurs l’ont nommée F «nicnlum tortHofiim^ ouFenoiiil tortu,
mais il a moins de feüilles que'le Fenoüil ordinaire, & elles ne font pas fi lon¬
gues, ny fa tige fi droite, ny fi hautes outre qu’elle a pluficurs noeuds, & des
branches peu régulières , étendues en largeur vers fes codez. On n’eraploye
que (a femence qui vient par ombelles , de mefme que celle de l’Aneth ; la,
quelle cftant en fa maturité, rcflemble beaucoup en figure à celle du Fenoüil
fauvage j clic doit dire de moyenne grofleur, longuette, pefantc, bien nette,
verdâtre, dune bonne odeur, & d’un gouft acre & aromatique.
Il y a plufieurs .autres fortes de Sefeli, comme celuy de Candie., du Pelopon,
nefe , de la Morée, d’Ethiopie, & celuy des prez j mais comme il n’y a que la
graine de celuy de Marfeille qui foit en ulàgc, je ne parlcray point des autres,
y ayant affez d’Auteurs qui en font mention.
On attribué à la graine de Sefeli de Marfeille, des qualitcz qui approchent
de celles du Perfil de Macedoine.
Q^lques Botaniftes ont donné le nom de Siler montAmm , ou Scrmontain
au Scleli. Autrefois lesR^oulliers qui nous amenoient de la Franche-Comté, des
Fromages de Berne, ou de Vachelin,& des Boettes à mettre des confitures, nous
apportoient aulTi en des petits balocs , une femence qu’ils nommoient Sefeli ,
plus grolTe, & d’une plus forte odeur que celle de Marfeille , qu’ils donnoient
aux jumens qui amenoient leurs marchandifes , pour les engrailfcr , afin de les
mieux vendre à Paris.
6
Hiftoire generale
CHAPITRE; y.^
. De lAmmi.\\:S^
L*A M M I à qui quelques-uns ont donné le nom d’Ameos , cft une plante
qui a fes feüillcs femolables à l’Ancth , & qui porte une tige aflez haute ,
avec phifîeurs rameaux, qui fc terminent en des mouchets garnis de fleurs blan¬
ches , apres Icfquelles vient une petite graine rondelette aflez menue & pref^
que fémblable a des grains de fable , d’où la plante a pris fon nom.
Cette graine eft la leulc partie de la plante dont on fe (erc -, on la doit choi-
fîr nouvelle, verdâtre, bien nourrie, d’un gouft un peu amer, & d’une odeur aro¬
matique, &preferer celle d’Alexandrie, ou deCrcte,àcelleque l’on cultive dans
les jardins en quelques endroits de la France, qui n’a pas un goufl: entre l’Ori¬
gan & le Thym , que l’on peut remarquer en celle d’Alexandrie & de Crète , qui
en toutes chofes eft beaucoup meilleure.
On attribue à cette femcnce , les mcfmes proprietez qu’aux deux prece¬
dentes.
des Drogues, Livre Premier.
7
CHAPITRE VI.
Du Thlafpi.
Le ThlÀspi efl: une plante de la hauteur d’un pied ou environ , qui a
fcs feiiilles d’un verd affez enfoncé dans fa couleur , de la longueur du
petit doigt , larges dans leur baze , & finiflant peu à peu en pointe ; fà fige
jette quantité de rameaux chargez de fleurs blanches, apres lefquelles naifl'ent
des goufles plates, ayans la figure des lentilles , qui contiennent chacune deux
graines de couleur jaune tirant lur le rouge , qui par lucceflion de temps fe
change en rouge obfcur , & plus çlle vieillit plus elle noircit. Elle cft ronde,
longuette, & tant foit peu pointue.
On la doit choifir nouvelle, nette , rougeâtre, acre & mordicante, & avoir
de celle qui croifl dans les pays chauds, tels que font le Languedoc & la Pro¬
vence. Il ne la faut pas chercher chez les Grenetiers, non plus que toute au-*
tre graine étrangère, parce qu’ils donnent aflez fouvent de la graine de Naflîtorr,
ou Creflbn Alenois, pour du Thlafpi à ceux qui ne les connoiflent pas.
Il y a une autre forte de Thlafpi , qui a fa tige , fes feiiilles & fcs gouffes
beaucoup plus petites, de mefme que fa graine , laquelle efl: tout- à-fait jaune
& beaucoup plus petite, quoy qu’elle ait un goull approchant , mais eftant de
beaucoup inferieure en vertu, on la doit rejetter. Je laifle à part les autres ef-
peces de Thlafpi, qui font hors d’ufage.
On fellime propre pour la guerifon des gouttes feiatiques , & pour diflTou-
dre les calculs & les grumeaux de fang , pris en poudre , au poids d’un demy
gros, le matin à jeun.
8
. Hiftoire generale
CHAPITRE VII.
Du Daucus.
Le Daucus de Crete ou Candie , efl une plante affez femblable aux Pa¬
nais J d’où vient que quelques-uns ont crû que c'en eftoit une cfpece j
C’elt une plante d’un pied & demi de haut, qui produit en Tes fommicez plu-
fîcurs mouchées garnis de fleurs blanches , d’où fortent quantité de graines
d’un verd pâle, qui (ont velues, blanchâtres, longues & approchantes de celles
du Cumin , mais elles ne font pas (î longues ny (î grofTcs , ny d’une odeur aufli
forte ; Au contraire leur odeur & leur gouft font agréables & aromatiques, (ut*
tout lors qu’on les tient quelque temps dans la bouche.
Cèttc graine eftant velue retient ordinairement avec elle des petits feftus &
de la poufliere , qui augmente lors qu’elle vieillit , par des particules qui s’en
ffeparent. Il faut la choiflr nouvelle, bien nourrit, & la plus nette qu’on pourra
trouver.
On nous apporte du Daucus d’Allemagne, & des montagnes qui dépen^dent
des Alpes, mais il n’a pas les marques, ny les bonnes qualitez de celuy de Crète,
qu’on doit feul rechercher.
Il ell (îngulier pour guérir ceux qui font attaquez de la pierre, & ceux qui
font fujets aux coliques venteufes , citant du rang des rcmedes qu’on nomme
lithontriptiques ou calTc- pierres , & palTant.pour un puiflant carminatif. On le
prend en poudre au poids d’un demi gros, dans de l’eau de raves , ou dans du
vin blanc, contre la pierre ou la gravellc, le matin à jeun, &: dans de l’eau d’a-
nis, de fenouil, de rhuc, ou de noix, contre les coliques venteufes ; quelques-
uns y ajoutent un femblable poids de (cl d’Abfînthe.
CH AP.
des Drogues, Livre Premier.
9
CHAPITRE VIII.
Du Carui.
Le Carui que les Latins appellent Carttm^ & les Grecs Caron, eft une
plante qui approche beaucoup de celle des Panais fauvagesjfes feuilles
(ont grandes, dentelées & divife'es en plufieurs petites parties, de l’entre-deux
dcfquelles forcent plufieurs tiges quarrées, noüeufcs éc hautes d’un pied, ou
environ, pouffant à leurs fommitez des ombelles couvertes au commence¬
ment de fleurs blanches, qui fe convcrtilfenc bien toft apre's en des graines
qui ont affez de rapport à la fcmence de Perfil de jardin, à la referve quelle
cil tant foie peu plus obfcure ôc plus platte, & d’un goût plus acre & piquant.
Cette plante croît en plufieurs endroits de nos jardins, & generalemenc
par tout, mais comme les pays chauds font toujours plus convenables pour
les plantes aromatiques, c’ell le fujet pour lequel la fcmence de Carvi que
nous débitons à Paris dans nos Boutiques nous cil envoyée de Provence & du
Languedoc.
Ün doit choifîr cette graine bien nourrie, nouvelle, verdâtre, d’un goût
chaud, acre & piquant, d’une odeur aromatique, laquelle ellant tenue dans la
bouche a un affez bon goût, c’efl pourquoy on l’eflimc propre pour rendre
l’haleine agréable, & fort convenable pour aider à la digefîion, pour appaifer
les vents , pour forti.^er f eflomac & pour faire uriner. Les Allemands ont
tant d’eflime pour cette graine qu’ils la mettent coure entière dans la pâte
dont ils font leur pain, & même dans la plûpart de leurs fàuffes,& s’en fer¬
vent comme nous faifbns icy de l’Anis. Quelques-uns fe fervent aufîi des feuilles
comme d’une herbe potagère.
B
lo Hiftoire generale
CHAPITRE IX.
De la Saxifrage.
La Saxifrage efl: une plante f! femblable au Thym qu’il eft diffi-
cile d’en faire la différence. Cette plante croît en quantité en Dauphi¬
né, Provence & Languedoc, tant entre les pierres que fur les rochers, ce
qui luy a fait donner le nom de Saxifrage comme à beaucoup d’autres, qui
fignifîe Brife-pierre.
Il en faut choifir la femence aufli nouvelle que Ion pourra. Elle doit eftre
d’un goût chaud & piquant & d une odeur agréable.
On luy attribue la vertu de brifer la pierre; la donnant en poudre le ma¬
tin à jeun, dans un verre deau diftillee de la plante, ou dans quelque autre
eau diurétique. La doze elt d un demy gros.
Il y a quantité d’autres efpeces de Saxifrage, dont plufieurs Auteurs font
mention; mais comme il n’y a que la femence de celle cy-deflus dépinte qui
foit en ufage parmy nous, & que nous ayons ordinairement dans nos Bouti¬
ques, c’eft le fjjet pour lequel je n’en parle point, & de plus ceft que quan¬
tité de Livres en font mention , & entr’autres Dodon & d’Alechamp qui d e-
crivent les Saxifrages affez au long. Quelques-uns veulent que toutes les plan¬
tes qui croificnt entre les pierres & rochers foient appellées Saxifrages.
des Drogues, Livre Premier,
II
CHAPITRE X.
Du Cumin.
Le C u m I n ou Anis aigre cft Ja graine d’une plante qui a aflez de rap¬
port au Fenoiii! qui croît en quantité dans Tlfle de Malte, ou l’on le feme
comme l’on fait icy le bled.
On choifira le Cumin nouveau, bien nourry , verdâtre, d’une odeur forte
& aifez defagreablej il faut prendre garde qu’il ne foit piqué ou vermoulu , à
quoy il eft affez fujer, ce qui fe pourra voir facilement à l’œil, & en ce qu’il eft
fort chargé de pouffiere, & que le prenant à poignée & le relevant, les grains
s’accrochent & pendent les uns aux autres, comme par des fîlamens qui font
les fibres de la graine.
On employé quelquefois cette graine pour l’hydropifie timpanite, parce
quelle cft carminative j on s’en fert beaucoup pour rechauffer les chevaux, les
bœufs, & quelques animaux domeftiques; on peut en tirer une huille par ex-
preflion comme del‘Anis,qui eft tres-bonne pour lesrhumatifmes, mais en très
petite quantité.
Q^lques uns fc fervent du Cumin pour peupler les Colombiers, en ce que
les Pigeons en font^ fort frians, non pas de la manière que nous le vendons,
mais après avoir efté incorporé avec une terre falée que les Pigeons découvrent
eux-memes à la campagne, ou d’une autre terre imbibée d’urine, ou de fau-
mure de Moluës,ou autres femblablcs j c’eft ce qui fait qu’il y a des endroits
où il eft deffendu aux Marchands d’en vendre.
12 Hiftoire generale
CHAPITRE XI.
Du Fenouil.
Le F e no üil cft la graine dune plante fi connue de tout le monde qu*il
cft comme inutile d’en faire la defeription, ainfi je me contenteray de
dire que le Fenoüil que nous vendons, nous elt apporte du Languedoc, fur
tout d’auprès de Nllmcs où cette plante elt cultivée avec grand foin, à caufe
de la grande quantité de Fenoüil qui fe tranfporte en France, principalement
à Paris.
On doit choifîr le Fenoüil nouveau, bien nourry, longuet , verdâtre, d’un
goull: doux, fucrc & afTcz agréable, & le moins rempli de bûchettes ou autres
corps étrangers, à quoy il eft fort fujet.
Le Fenoüil eft quelque peu utile en Médecine, tant pour chafTer les vents
que pour employer au lieu d’anis, mais beaucoup pour les ConfifTeurs qui le
couvrent de fucre, & qui le diftingucnt enfuite par numéro fuivanc la quantité
de fucrc dont il cft couvert. Du Fenoüil verd , ils en prennent les ombelles
qu’ils chargent de fucre & qu’ils vendent, tant pour rendre l’halcine agréable,
que pour cftre plus rempli de vertu, ayant cfté confit tout verd. De la plante
de Fenouil nouvelle & verte les Apotiquaires en peuvent tirer par la diftilla-
tion une eau qui eft eftimée fort propre pour ofter les inflammations des yeux,
ils en peuvent tirer aufli par la meme voyc une huille blanche, d’une odeur
forte & aromatique, mais en fi petite quantité que cela ne mérite pas la peine
d’en tirer. La fecherefte du Fenoüil fait que l’on auroit bien de la peine d’en
pouvoir tirer une huille verte par cxprcflion , comme de l’anis. Outre les em¬
plois cy-deffus, on s’en fert aufli pour mettre dans les Olives lorfque l’on les
leflive, pour leur donner bon gouft.
11 y a encore une autre forte de Fenouil que l’on peut nommer fauvage ,
^rzù
14 Hiftoire generale
Gn doit choifir l’Anis de l’année, gros, bien net, d’une bonne odeur, d’un
goufl: piquant &z aromatique, & prendre garde qu’il ne Toit point amer, en ce
qu’il s’en rencontre qui l’ell en telle forte, qu’on ne fçauroic prefque legourter,
principalement ccluy de Chinon.
L’ufage de l’Anis verd cil: trop familier pour en faire un long difeours, &
de plus , il y a fore peu de perfonnes qui ne Içache qiul eit convenable
pour appaifer les vents , &: qu’il eft le corredtif du Séné, Les Confifleurs
aiilTi en emploient une alfez grande quantité, qu’ils font fccher, & le couvrant
de fiicre, en font ce qu’ils appellent Anis couvert, ou Anis Reyne & petit Ver¬
dun; à l’égard des autres Anis, furnommez de Verdun , ils ne font point faits
d Anis, mais deFenoüil.
On tire de l’Anis par diftillation , une eau & une huille blanche qui au
moindre froid fc congele & le liquifie à la moindre chaleur, qui eft d’une •
odeur forte & pénétrante, doüée de très bonnes qualitez, mais fa forte odeur
fait que l’on ne s’en fert que très peu, ou fi l’on s’en fert , il faut que ce loit
avec bien de la modération. Les Apoticaires & Parfumeurs en ufent quel¬
quefois dans leurs Pomades au lieu d’Anis , tant pour en conlervcr la blan¬
cheur, que parce que demi-once de cette huille fait plus d’effet & donne plus
d'odeur que deux livres d’Anis.
Les Parfumeurs s’en fervent encore pour aromatifer leurs Pâtes & pour met¬
tre dans des mélanges d’aromats qu’ils appellent Pots-pourris ; quelques-uns fe
fervent de cette huille affez mal à propos au lieu d’Anis, pour faire l’eau qu’ils
furnomment eaud’anis ouanifé. Cette huille a de tres-grandes proprietez,eftanc
un excellent remede pour appaifer les tranchées, fur tout des petits enfans,cn
leur en frottant le nombril , ou en mettant une petite goûte dans leurs ali-
mens; en un mot elle a les mêmes qualitez & peut eftre employée aux mêmes
ufages que l’Anis. On peut tirer aufti par expreffion de l’Anis, une huille ver¬
te, d’une forte odeur, qui a les mêmes proprietez que la blanche, avec cette
différence neanmoins qu’elle n’agit pas avec tant de force, parcp qu’on en tire
beaucoup plus , & quelle n’eft pas fi purifiée , ainfi que le marque Monfieur
Charas dans fa Pharmacopée Royale, à qui nous avons cette obligation comme
ayant efté celuy qui l’a inventée. A l’égard de la blanche, nous la tirons de Hol¬
lande, tant parce qu’elle revient à beaucoup moins, que parce que celle que les
Hollandois nous envoyeur, eft plus blanche, plus claire & plus odorante que
celle que nous faifons en France, foit que cela vienne de l’Anis, ou qu’ils y ajou¬
tent quelque menftrui* que nous ne connoiffôns pas; je ne veux pas neanmoins
affurer qu’il ne fe trouve quelques perfonnes à Paris qui la puiffent faire de mê¬
me qu’en Hollande, mais je luis perfuadé qu’elle revient à bien plus; à l’égard
de fon choix, elle doit eftre comme j’ay déjà dit, blanche, claire & tranfpa-
ranre , d’une forte odeur, aufti facile à fe congeler au moindre froid comme à
fe liquifier à la moindre chaleur, & qu’en en mettant quelque peu fur de l’eau
elle nage comme de l’huillc. On appelle cette huille Eftence ou quinte-Eftcncc
d’Anis.
A l’égard de l’eau d’Anis que l’on fait en tirant l’huille, on s’en peut fervir
aux mêmes ufages, la différence qu’il y a c’eft qu’il en faut prendre une bien
plus grande quantité.
des Drogues , Livres Premier.
15
CHAPITRE XIII.
Du Coriandre.
Le Coriandre eft la graine d’une plante qui nous eft fort familière
& qui croît en grande abondance aux environs de Paris , principalement
à Aubcrvilliers , d’ou prefque tout le Coriandre que nous vendons, nous eft
apporté.
On doit choifir la graine de Coriandre nouvelle, blondcjfeche, bien nour¬
rie, la plus grolTe & la plus nette qu’on pourra.
Ceux qui achepteront du Coriandre des Payfans qui l’apportent, auront foin
avant que de l’enfermer de l’étendre en un grenier afin de le faire fecher,car
fi on l’enfermoit fans eftre bien fec , on courroit grand rifque de tout perdre;
il faut eftre foigneux auflî de le tenir dans un lieu bien fermé, de crainte que
les rats ou les fouris n’y aillent, en eftant fort amateurs.
On employé peu de Coriandre en Médecine, mais lesBrafteurs en employent
beaucoup, lur tout en Hollande &: en Angleterre , pour donner bon gouft à
leur Bierre double. Les Confifleurs après l’avoir afpergé de vinaigre , le couvrent
de fucre, qui eft ce que nous appelions Coriandre fucré,ou en dragée.
}6 Hiftoire generale
CHAPITRE XIV.
Du Bunias.
Le Bunias cft la fcmencc dune des cfpcccs de Navet fauvage, qui
croît ordinairement dans les bleds. Ces Navets fauvages ont prcfquc tous
quantité de branches & leurs fleurs jaunes, à la referve de quclqucs-ups qui
les ont entre niclces de blanc, leurs feuilles font prefque toutes femblablcs ,
tandis que la maigreur ou la bonté du terroir où elles croiflent, les rend plus
ou moins grandes, de meme que toute la plante j ils produilent aufll également
leur fcmcncc dans des gouffes de la longueur d’un pouce, ou d’un pouce &:
demi, rondes dans leur longueur, & plus ou moins grolTes, fuivant la diver-
le grofleur des fcmcnces qu'elles enferment. Car celles du Bunias, dont nous
vendons la fcmenccjfont au double plus grofles que la plufpart des autres,
f)arcc que cette fcmcnce cft plus grolTe. Cette fcmcncc cft ronde , de cou-
cur purpurine, acre & mordicantc au gouft , & en toutes chofes fort appro¬
chante du Naveau domeftique, fi on en excepte la vertu alcxitcrc qui luy cft
particulière i rdpccc de Bunias qui croît prelquc dans toutes les terres ôc le
plus abondamment, a fa fcmcncc de couleur jaune & du moins plus petite
d’une moitié que celle du Bunias, mais on la méprife. Le plus grand ufâgc de
la femcncc de Bunias cft pour la Thcriacjuc, qui ne peut pas feule engager les
Droguiftcsàcn tenir une grande quantité. Il faut la dcman^icràdcs Marchands
fidèles, & prendre garde qu’au lieu de la vraye fcmcncc de Bunias, ils ne don¬
nent de la graine de Naveaux , dont on ne fçauroit bien connoître la différen¬
ce qu’au gouft de Naveau qu’on y peut remarquer plutôt qu'en celle de Bunias.
Quelques pcrlbnncs m’ont aftùré que les véritables Naveaux làuvagcs font les
Coulcvrécs ou Bryonne.
CH AP. XV.
des Drogues, Livre Premier. 17
CHAPITRE XV.
De la Graine des Choux-Fleurs.
La Graine deChoux-Fleurs cft une petite femence ronde alTez
(emblable à celle du Naveau,à la referve c|u’elle cft tant Toit peu plus
grofte. Elle nous eft envoyée par la voye de Marfeille de l’ifle de Chypre, qui
cft le (cul endroit que je fçaehe où les Choux Fleurs montent en graine : il
en vient aufti de Genne, mais elle eft beaucoup inferieure à celle de Chypre ,
& de plus c’eft quelle a beaucoup plus de peine à lever.
On doit choifir cette femence nouvelle, vrayeChypre& non mélangée: Etafin
d’en eftre plus fur, il faut tirer des certificats de ceux qui l'envoyent, comme elle
cft véritable & de Tannée, car autrement on court grand rilque d'y eftre trom¬
pé, ce qui n’cft pas d’une petite confequence, tant parce que les Jardiniers qui
Tachetent aftez chere vous rendent refponrable,tant de l’argent qu’ils vous ont
donné & des frais qu’ils ont fait, que du temps qu’ils ont perdu, & ce qu’il y a
encore de plus fâcheux, c’eft que vous en eftes garant julqu’à ce quelle (bit le¬
vée, ce qui n’arrive que quatre ou cinq mois après qu’on Ta vendue.
A Tégard de la plante, elle nous cft trop connue pour m’y arrefter.
Les Choux-Fleurs me donnent fujet de parler d’une autre cTpeca. de Choux
que quelques Auteurs nomment fàuvagcs , qui eft cultivée avec grand loin en Hol¬
lande, en Flandre, en Normandie & dans la Bric, tant à caulc de la graine, que
de Thuilic que Ton en tire par expreftioniqui cft ce que nous appelions Navet¬
te & huillc de Navette, & les Flamans Colfa & huitlc de Colla: Cette huillc
eft d’un fl grand ufage en France, tant pour les Bonnetiers que pour brûler ,
qu’il s’en fait un négoce fort confîdcrablc, fur tout quand Thmlle deBalainccft
rare, foit par les guerres, ou quand lâpclchc manque.
Le choix de cette huillc cft connu de beaucoup de perfonnes à caufe de fon
C
Choux fauva-
pc», qui pio-
duifrm la na-
xetic.
ig Hiftoire generale
grand ufagc, neanmoins je diray quelle doit eftre pure & non mélangée d au¬
tres. huilles, ce qui fe connoîtra facilement à fa couleur dorée, à fa bonne odeur,
en ce que la véritable huillc de Navette eft douce, & quau contraire l’huille
de Lin eft amere.
CHAPITRE XVI.
Du Riz..
O
Le Riz eft la femence d’une plante fort commune qui croît en divers en¬
droits de l’Europe, mais celuy que nous vendons à Paris nous eft appor¬
té d’Efpagne & de Piedmont. Cette Icmcncc eft d’un fi grand ufage & utilité,
que l’on peut l’appcller la Manne des pauvres, fur tout dans de certains pays
ou il n’y a prefque autre chofe que du Riz pour toute nourriture.
Ondoie choifir le Riz nouveau , bien mondé, gros, c eft à dire, bien nour-
ry, blanc, non poudreux, ne fentant le rance, qui font les marques du Riz de
Piedmont , lequel eft beaucoup plus eftirne que celuy d’Efpagne qui eft ordi¬
nairement rougeâtre & d’un gouft falc.
L’ufagc du Riz en grain , principalement à Paris , eft pour le Ca¬
rême, en le faifant cuire dans de l’eau, &enfuite dans du lait; Et lorfqu’il eft mis
en poudre, c’eft à dire en farine, on s’en fert au lieu de farine de froment pour
faire de laboüillie ,auffi en Carême.
Pour réduire le Riz en poudre, il le faut mettre dans de l’eau bouillante, & en-
fuite le laver dans de l’eau froide, jufqu’à ce que l’eau en forte claire , & après
le mettre dans un Mortier pour le pulverifcr, & lors qu’il fera tout à fait pul-
verifé, il le faut laifter recher,& enfuitc le garder pour le befoin: il faut encore
le pafTer par un tamis de crin fin, car qu^ que le Riz réduit en poudre paroilTe
fin quand il eft humide, il ne laifte pas citant fec d’eftre gros & hors de vente.
Nous vendons encore d’autres Légumes comme l’Orge monde, dont la
des Drogues, Livre Tremier. 19
meilleure eft celle de Vicry le François.
L’Orge mondée doit cftre nouvelle, fechejgrofTe & bien nourrie, blanche ,
de non blanchie, qui ne fente le rance ny le moifi. Il s’en préparé àCharanton
prés Paris, mais la meilleure eft celle de Vitry , dont j’ay parlé cy-defTus.
Nous vendons encore du Seigle de la BeaufTe & autres lieux , principalement
du depuis que le cafFé eft en party & que l’on a reconnu qu’il avoif le même
gouft ,que le caffé lors qu’il eftoit brûlé.
Nous pouvons vendre aufti de la grofte Avoine préparée au moulin fait exprès
où elle eft coupée, nettoyée de fa peau & de fes extremitez, laquelle cftant pré¬
parée eft appcllée Gruau, que nous faifons venir de la Touraine & de la Bre.
tagné , dont l’on fe fert comme d’Orge mondée, ou de Riz.
Il y a encore le Mil ou Millet en cocque & mondé, que nous tirons de la
Foreft d’Orlcans j & audi d’autres Légumes, comme les Pois verts & jaunes, que
nous faifons venir de Normandie &: de Galardon,& les Fèves d’aricot de Picar¬
die & autres endroits. Je n’aurois pas parlé de ces Légumes fi ce n’avoit efté
qu’il eft permis aux Marchands Epiftiers d’en faire venir des endroits marquez
cy-deffus , en ce que ce n’eft pas un fait de drogues.
Outre ces fortes de Légumes nous vendons encore quelques marchandifes que
l’on tire du Froment-, fçavoir, le Vermichel blanc & jaune , & l’Amidon.
Le Vermichel que les Italiens ont inventé & qu’ils appellent Ta^liarini, mille
fanti ou y ermicelli ^ei\ une paftecompoféedela plus belle farine du Froment, que
les Italiens nomment Semoule ^ de d'eau par le moyen de certaines feringues ayans
plufieiirs petits troux, ils en font des filets de telle longueur & grofleur qu’ils
foûhaitent, & que cette figure fait appcller Vermicelli -^ ils en font comme du
ruban de deux doigts de large, qu’ils appellent la Kagnc-, celuy de la longueur
& groffeur d’une plume eft appellé Macarron , celuy qui eft par petits grains
comme la moutarde eft appellé Semoule, du nom de la farine dont il eft com-
poféj finalement le dernier eft appellé Patrez a caufe qu’il eft de la figure des
grains de chapelets. Ils donnent telle couleur qu’ils veulent à cette pafte, foie
avec du Safran ou autres chofes J ils y ajoutent auifi quelquefois des jaunes d’œufs,
du fucre & du fromage. Depuis quelques années on fait du Vermichel a Pa¬
ris avec de la plus belle Farine, & plufieurs perfonnes en mangent fur le pota¬
ge comme en Italie, Provence & Languedoc, mais la mauvaife grâce que cela
a fur le potage eft la caufe que plufieurs perfonnes n’en ufent que fort peu , par¬
ce qu’ils s’imaginent voir remiier des vers.
•Le Vermichel blanc doiteftre nouvellement fait de le plus blanc que faire fc
pourra, de le jaune d’une belle couleur dorée, le plus fec de aufti le plus nou¬
veau fait qu’il fera poftiblc.
L’Amidon, que les Latins appellent j^milum^ell une fcculc ou refidu qui fc
trouve au fond des Tonneaux des Amidoniersj cette fécule fe fait de recou¬
ples de Froment que l’on met dans de l’eau, & lorsqu’elle eft feparée du fon,lcs
Amidoniers en forment des pains qu’ils font fechcr au four, ou au Soleil, &cn-
fuite les mettent par morceaux, de la manière que nous le voyons.
L’Amidon nous eftoit autrefois apporté de Flandres, mais prefentement ce¬
luy de Paris furpaffe tout celuy des autres endroits, de il s’en tranfporte une fi
grande quantité, tant dans le refte de la France , qu’aux pays étrangers j que
c’eft une chofe prefque incroyable.
On doit choifir l’Amidon blanc, tendre, friable , en gros morceaux (comme
cftant plus net de plus de vente )& feché au Soleil j car celuy qui eft feché au four
eft d’un blanc grisâtre, beaucoup plus dur.
C ij
Gruau,
Mi! ou Mil¬
let & autres ic-
gUtliCS.
Vermichel.
AmiJon.
20 Hiftoire generale
L'ufage de l’Amidon eft pour faire de la colle, & de l’empi
y ajoutant de bel email , & pour luy donner un bel ccil, t
de mouton &c d’Alun d’Angleterre.
D// Fenu^rec.
Le Fenugrec que quelques-uns nomment improprement Scncgrc, &:
d’autres Buccra ou Jigoceras^ à caufe que les goufl'es qui renferment la
graine reflcmblent en quelque lortc à des Cornes de Bœuf, eft une plante
qu’on trouve en divers endroits de la France. Elle a fes tiges rondes, creu-
Ics, un peu obfcurcs & blanchâtres , fes feuilles petites, à demi rondes, den¬
telées & trois à trois, à peu prés comme les Trèfles, & les fleurs petites & blan¬
ches, d'où naiflent des gouftes aflez groftes , longues & pointues., reprefentans
comme j’ay dit, des Cornes de Bœuf ou de Bouc fauvage, contenans la graine
qui porte le nom de toute la plante, & qui eft la Iculc pariie que nous vendons
fous le nom de Fenugrec. Cette graine cftant nouvelle, eft de couleur jaune
prcfquc dore', mais elle devient rougeâtre fie meme brune fi on la garde long-
tems, elle eft de la grofTeur d’un demi grain de Froment, dure fi<: lolidci faite
en quelque (brtc en triangle, mais un peu incilcc prefoue tout autour vers fon
milieu, fie d'une odeur forte Ôcaftez mauvaile. Les Laboureurs d’Aobcrvillicrs
fement fie recueillent le Fenugrec de uicmc que le Coriandre fie nous rappor¬
tent tant pour confommer à Paris que pour envoyer en Hollande ou autres en¬
droits. Les Anciens ôc meme les Allcmans modernes veulent qu’on en boive
la decodion, ou qu’on le mange cuit comme les légumes, pour ramolir fie lâ¬
cher le ventre, mais je ne crois pas qu’aucun François voulût les imiter en cela,
ny s’accommoder à un gouft fie à une odeur fi iWagrcablcs j c’eft beaucoup
des Drogues 5 Livre Premier, 21
que quelques-uns le donnent aux befliaux, & fur tout aux chevaux parmy
leur avoine pour les engrailTer, mais ce nelt pas une bonne nourriture , au
raport de ceux qui l’ont éprouvé.
Son plus grand ufage eft pour l’extericur, tant en décodions, que mis en
poudre &c mêlé dans les cataplafmcs, lors qü on veut ramolir & refoudre.
Le Fcnugrec n’a point d'autre choix que d’ellçe nouveau , le mieux nourry
^ le plus doré qu il fe pourra.
CHAPITRE XVllI.
De la Luzerne.
La Luzerne eft une efpece de Trefleou de Sainfoin, à laquelle quel¬
ques uns ont donne le nom de Mcdica^ parce que les Grecs, après leur
guerre contre Darius, en apportèrent la femence en (jrcce, &: luy donnèrent
le nom de fon lieu natal, qui eftoic 1» Medie. Cette plante ert domcltique 6c
j-ort commune en Languedoc, en Prôvcricc 6c en Dauphiné, fur tout le long
du Rôncjôc même en Normandie, d’ôd prcfque tout#; celle que nous avons à
paris, nouscîl apportée^ ôcoù on la femc ordinairement dans les bonnes terres 5c
fur tout dans celles qu’on peut arrofer j parce que la femant dans un bon fonds,
bien engraifle 6c arrofé de tems en tems , on peut la faucher prcfque tous les
mois dans la belle faifon, 6c jufqua cinq ou fix fois chaque année j dont on ne
doit pas dire furpris, parce que cette plante ayant fa racine droite, afTcz grof
Ic, d’une aune de long , 6c quelquefois plus, 6: ne mourant pas dans l’hyver,
elle peut tirer fa nourriture plus abondamment que ne peuvent la plufpart des
autres plantes, 6c fait déplus grandes 6c de plus frequentes produélions,fur tout
dans les pays chauds , d’où vient , qu citant une fois femée , elle dure plufieurs
années i pourveu quon la fume de tems en tems, 6c qu’on ait loin de l’arrofer
dans les iàilons. La Luzerne n’a pas fa tige panchée prés de terre comme l’ont
C iij
22
Hiftoire generale
les autres Trefles , mais elle la ronde, raifonnablcment grolTe, ferme, droite,
alTez forte, munie de plufîeurs branches, fur tout vers'feslommicez, &les bran¬
ches garnies de quantité de feuilles rangées trois à trois, &elle croît jufqua la
hauteur d’un pied & demi, & quelquefois jufqu’à deux. Elle donne parmy fes feiiil-
Ics une fleur violette purpurine, alfezfemblable à celle des Mauves, & après elle
fa graine, fi on luyen donne le tcms,&fi on ne préféré à la graine le foin qu’on
en peut recueillir. Cette graine cft prefque ronde, un peu longue & un peu
pointue, fa couleur eft d*un jaune pâle, lors quelle efl nouvelle, mais elle de¬
vient rougeâtre & enfuite alTcz brune en vieilliflant, elle cft un peu plus peti-
te que celle du Creftôn Allenois, &: Ion gouft en approche, mais il n’a pas tant
d’acrimonie.
Les Chevaux, les Mulets & les Boeufs, & plufieurs autres animaux domefti-
ques, aiment extraordinairement la Luzerne, fur tout lors qu’elle cft verte, &
fi on le leur permettoit , ils en mangeroient tant qu’ils en creveroient , & fur
tout les Bœufs -, on ne doit pas aulli leur en trop donner à la fois : car encore
que la Luzerne leche foit propre à les engrailTcr, l’excez leur en cft toujours
dommageable.
Lors qu’on veut en recueillir la graine, on laifle fleurir la plante, & on diffè¬
re de la faucher jufqu’â ce quelle foit fort prés de fa parfaite maturité, refer-
vant pour cela la première, ou la fécondé herbe, & perdant deux herbes pour
uhl , parce qu’en donnant le tems à la Luzerne de fleurir & d’avoir fa graine
meure, outre la perte que le foin fait de fon meilleur fuc que la graine a tiré,
il devient fi dur & fi dépouillé de feuilles, que les bcftiauxrefufans de le manger
on ne peut l’employer qu’à la litière, ou à faire du fumier. Cette perte inévita¬
ble de foin & le rifque que l’on court, que quelque vent fccoüant la Luzerne
n’en faffe perdre une bonne partie de la graine , font caufe qu’on ne la laiffc
guerre fouvent mourir, & c’eft ce qui fait quelle cft plus chcrc que fi clic
n’eftoit fujetteà cet inconvcnicnr.
des Drogues, Livre Premier.
23
CHAPITRE XIX.
De t ^gnus-Cafius.
L*Agnus-C AS TUS à qui quelques uns ont donne' le nom de Vitex, eft
une plante qui croît en forme d’arbriffeau le long des rivières, & meme
dans les jardins, & qui a fes fleurs fcmblables à celles de TOlivicr, à la referve
quelles font plus longues •,& qui a fon tronc & fes branches ligneufes, quifi-
niflent en plufieurs rameaux longs, afTez déliez , ployans , cng*e. mêlez de
feuilles, de fleurs, ou de grains en leurs icms,qui paroifTent blancs à l’abord,
mais qui infcnfiblcment deviennent rougeâtres. Quelques-uns appellent ces pe¬
tits grains Petit Poivre, ou Poivre fâuvage,tant àcaufede leur figure ronde, qui
approche de celle du Poivre, que parce qu’ils ont un gouft un peu acre & aro¬
matique.
Cette plante porte le nom de Vite», parce que ces rameaux font au flî ployans
que rOzier: & d’Agnus Caftusj parce que les Dames d’Aihenes qui vouloient
conferver leur chaftetc dans les Thcfmophores , qui eftoient des lieux confà.
crez â la Dccflc Ceros, cmplifToicnt leurs lits de feüilles de cet arbriffeau, fur
Icfqucllcs clics couchoient-.mais c’eft par dérifion qu’on a donne un femblablc
nom à CCS grains d’Agnus-Caftus , dont on fe fert ordinairement dans les re¬
mèdes que Ton préparé pour la gucrifon des maux vencriens qui arrivent affez
louvent à ceux qui violent leur chaftetc.
Quoy qu’il en foit,on doit choifir la fcmencc d’Agnus Caftus nouvelle, grof
fcjbien nourrie & des pays chauds, cftant beaucoup meilleure que celle des
régions froides.
24
Hiftoire generale
CHAPITRE XX.
Du Magalep.
Le Magalep que quelques-uns nomment Mahalep cft l’amande d’un pe-'
tit fruit tout lemblable à un Noyau de Ccrifc, qui croît fur une efpece
rifleau, que quelques Auteurs croient eflre un Phylliarca,dont les fcüilles
font grandes, pointues & un peu reployées & approchantes de celles ces orties j
de l’encre- deyx defquelles fort un fruit couvert d’une petite peau verte, extrê¬
mement mince, de la figure cy-deffus.
Le Magalep nous eft apporté de divers endroits, mais le plus fouvent d’An¬
gleterre, & pour qu’il foie de la qualité rcquife, il doit eftre nouveau, le plus
gros & le moins rempli de fes petites coques qu’il fe pourra.
On prendra garde auflî qu’il ne fente point trop mauvais, en ce qu’il y en »
a qui fent fi fort la punaife , que l’on ne peut prefque s’en fervir.
Sonufàge eft pour les Parfumeurs, qui après l’avoir concaflc,le mettent dans
de l’eau commune, ou dans de rcau-roze,& le diftillcnt pour en laver le favon
de quoy ils font leurs favonnettes.
CHAP. XXI.
des Drogues, Livre Premier.
5
CHAPITRE XXI.
De la Graine d'Avignon.
La Graine D*AviGNON,que ceux du pays nomment Grainette, &
d’autres Graine jaune, eft la graine d’un arbrilTeau que les Auteurs ont
nommé Z./cz«»î, à caufe de la Lycie où il en croît en abondance, de mêmequ’cri
Capadocej & quelquefois P i;(^acanth a , nom Grec qui fignific Bouis à c'pines.
L’arbrifleau qui porte cette graine , croît en quantité aux environs d’AvignonJ
&prefque en tous les lieux âpres & pierreux du Comtat Venaiflin ,& meme en
plufieurs endroits du Dauphiné, de la Provence & du Languedoc. C*eft un arbrif-
feau épineux , dont les branches font longues de deux à trois pieds , ayant leurs
écorces grifatres j les racines jaunes & ligneufes ^ les fcüilles petites, cpaifTeSjdif-
pofées comme celles du Myrte & de la grandeur de celles du Bouis : fa graine
eft de la grofTeur d’un grain de froment, tantôt à trois & tantôt à quatre an¬
gles, & quelquefois faite en cœur-, elle eft d’une couleur verte tirant fur le
jaune, d’un gouft aftringent & fort amere.
Son ufage eft pour les Teinturiers, qui s’en fervent pour teindre en jaune.
LesHollandois font boüillir cette graine dans de l’eau, avec de l’alun de Rome,
ou d’Angleterre ;& avec le blanc, dont ils falcifientla cerufc,ilscnfontunepaftc
qu’ils mettent en petits pains tortillez, & lors qu’ils font fecs,ils nous les en-
voyent fous le nom de ftil de grain, lequel pour eftre de la qualité eequife doit
eftrc d’un jaune doré, tendre, friable, le moins graveleux & falle que faire fc
pourra. ^
Le Stiji de grain jaune , fert pour peindre en huille & en mignature.
D
Hiftoire generale
CHAPITRE XXII.
Des Myrtilles.
LEs Myrtilles font les bayes ou femences de certains arbrifTcaux <ju*on
nomme Myrtes ou Mcurtcs,dont les Auteurs décrivent pluficurs efpecesauf-
fl differentes , que leurs fentimens le font fur toutes. Ne pouvant m’y accorder,
jemereftraint à deux efpeces que l’on connoît & cultive à Paris ; l’une fous le
nom de mâle, & l’autre fous ccluy de fcmellej dont la première devenant plus
grande & plus grofTejafes feuilles de couleur verte-pâle, pointues, lilTces, odo¬
rantes, & trois ou quatre fois plus grandes que celles du Myrte fcmejle, qui font
d’un vert obfcur, de figure approchante de Celle du Buis, mais de quelque cho-
fc plus petites, naifians par rangées , afi'cz prés les unes des autres j d’odeur en¬
core plus forte que celles -du mâie,& ayant leurs rameaux plus ployansj les fleurs
de l’un & de l’autre Myrte, font en clochettes, de couleur blanche, tirant un
peu fur le rouge, &naiflent également dans l’entre-deux des feuilles; elles don¬
nent auffi de meme leur petit fruit, qu’on met au rang des bayes, verd au com¬
mencement , mais qui devient infennblement noir ,lucculenr, lifTé, rempli de
graines blanchâtres , entaflecs, faites comme des croiflans, dont les pointes
iont tournées en dedans , de fubftancc folide & fort dure, de gouft artringent,
de même que celuy de toute la plante, & enveloppées d’une tunique prcfque
ronde; quoyque le fruit foit à demi ovale, à caufe d’une efpece de couronne
qu’il porte naturellement, laquelle on voit affez diftiniffe , tandis que ces bayes
font lur l’arbre, mais qui n’cft guère connoiffable lorfquon les a défichées au
Soleil, & que de lilfées quelles eftoient, elles font devenues ridées & telles
qu'on nous les apporte.
Mais defirant d’en parler jufte, ne m’arrêtant pas tout à fait â ce quej’cn ay
remarqué dans mesvoyagcs,jc me fuis déplus informé à quelques pcrionnes qui
des Drogues, Livre Premier. 2,7
voyagent fouvenc en Languedoc & en Provence, pour le commerce qu’elles y
font, qui m ont unanimement confirmé la plufparc des chqfes que je viens d’a¬
vancer, & de plus m’ont affuré que les Myrtilles que nous recevons, font prefi
que tous produits par desMeurtes femelles, qui nailTent d’cux-mêmcs dans cer¬
tains bois du Languedoc & de la Provence, parmi le Romarin &. lesarbriflfaux
qui portent la graine d’efcarlatc , & que c cft de là que nous viennent les Myr¬
tilles que nous avons j & defirant en Içavoir d’avantage , j’ay confultépour cela
M. Charas Doâicur en Medecine , lequel m’a alTuré que dans un voyage
qu’il fit en Efpagne il y a quelques années , eftant parti dans le mois de Décem¬
bre de Cadis pour Madrid, fans parler de plufieurs plantes curieufes qu’il vit
dans Ton chemin jufqu’à Sevillej après avoir pafic delà par Cremone, par Efiî-
ca & par Cordouë,par le grand & unique chemin royal qui conduit à Tolcdo,
êc qui traverfe les montagnes qu’on nomment Sierra Morena^ à caule de leur
couleur brune , qu’on voit de loin, que des arbrilTeaux fort épais, fur tout de
Ladanum , naifians des fentes des Roches, & verdoyans toute l’année leur don¬
nent, & fui van t le grand chemin de ces montagnes, il palTapardcs endroits alTez
applanis & couverts de terrin, ou pendant plufieurs lieues on ne voyoit guère
autre chofe que des Myrtes prefquc tous femelles , la plulpart de grolTeur &
de grandeur fort confiderablc,fort verdoyans, extraordinairement couverts de
leurs fleurs, fortans de l’entrc-deux de leurs feüillcs, dont il commença de bien
loin de fentir l’odeur forte &merveillculcmcnt agréable, quiembaumoit le che¬
min & toute la conrrée, dont il continua de joiiir pendant plufieurs lieues, non-
obltant la fin de* l’année qui eftoit fort prés: ce qui luy perlüada que ce cli¬
mat eftant fuflîîlàmment chaud , les Myrtilles ne manqueroient pas de fuivre
ces fleurs & que fi on prenoit le foin de les cueillir, il yen auroit plus que tou¬
te la France n’en fçauroit employer. Il m’a dit aufli qu'outre quelques Myrtes
mâles aflez grands qu’il y vit parmi ces Myrtes femelles, paflànt au mois d’Aouft
aflez prés de la Mer de Galice à deux lïeuës d’une petite Ville nommée Rodo»-
àella^ il y vit quelques Myrtes mâles dontlagrofleur du tronc égaloit celle d’un
gros & grand homme, & les branches répondans au tronc en groflTeur & en
étendue, la hauteur des arbres eftoit de trois à quatre toifes & leurs branches
hautes, aflez fortes & fermes pour le porter, eftant monté deflfus par curiofité.
Il m’a dit encore qu’il ne trouva aucune fleur ny aucun fruit fur ces arbres , ce qui
luy fit juger qu’il faîoic attendre le tems de la fleur de ceux de Sierra Morena ,
c ’eft à dire ai mois de Décembre.
On emplo/e les Myrtilles pour le dedans & pour le dehors dans toutes les
maladies, où iicft neceflàire dereflerrer. Les Appoticaires en compofent un firop
& une huille ,qui font fort peu en ufage en France. Les Allcmans,employcnt les
Myrtilles pourteindre en bleu, de même qu’on employé en France la graine d’Avi¬
gnon pour teindre en jaune, & celle de Nerprun pour teindre en vert j mais les An-
glois cmployeit les feüilles & les branches du Myrte, de meme que celles du
Sumach , pour tmner leurs cuirs.
Les Myrtillei que nous recevons ayans efte fechez au Soleil, ne peuvent
cftre que ridez, leur enveloppe noire j au lieu quelle cft non feulement lifTée,
mais encore fucculente lors qu’on la cueille dans fà maturité, en forte qu’on
en pourroit alors exprimer le fuc pour divers ufàgcs , & en fccher & referver le
marc. Ce qui ne le pratique pas, à caufe que les fruits mêmes nous font aflez
communs.
Dij
On nous ap¬
porte auiTî quel¬
quefois des
Mirtillcs d’Al¬
lemagne & au-
ttcseiidroits.
28 Hiftoire generale
CHAPITRE XXII I.
Du Staphifa^e.
Le SxAPHisAGREeftla graine cl*une plante qui croît communément
en divers endroits de la. Provence & du Languedoc.
La plante qui porte le Stapliifagre a fes feüilles vertes, grandes, fort décou¬
pées & affez épailTcs, après lerquelles naiflent des fleurs d’un bleu celefl:e,& en-
fuite des gouflcs,ou cfl: contenue lafemence. Cette graine ellant dans fa gouf-
fe cfl G étroitement jointe cnfcmble, qu’à peine peut-on voir par où elle cft join¬
te , & lors qu’elle eft feparée , clic cft de la grofleur d’un pois , d’une .igurc trian¬
gulaire, d’une couleur noirâtre par deftus, toute chagrinée au deLors, & d’un
blanc jaunâtre au dedans, d’un gouft mordicant, amer & fort deagrcable.
On choifîra le Staphifagrc bien riourry, le plus nouveau & le moins rempli
d’ordures qu’il fc pourra.
L’ulàge de cette graine cft ufité pour faire mourir la vermine, fur tout des
petits enfans ,& pour faire des vcflicatoircs , ou pour apaifer les maux de dents,
ayant cfté auparavant cuite dans du vinaigre j mais comme c’eft une graine per-
nicieufè, je ne confcillc à perfonne de s’en fervir à caufe du rifqie qu’il pouroic
y avoir, & de plus c’eft qu’il y a d’autres remèdes qui pciiveni faire le même
cifet ôc où il n y a pas tant de danger.
i
des Drogues, Livre Premier.
29
CHAPITRE XXIV.
De l'Ambrette.-
i
L’A M B R EXT E OU graine de Mufc , ou fcmcncc mufqucc eft une petite (ê-
mcnce de la groffcur d’une tête d epingle , d’un gris brun & comme cha¬
grinée ^ faite en forme de petits rognons , d’une odeur de mufc & d’ambre, prin¬
cipalement quand elle eft nouvelle, d’où elle a tiré fon nom.
La plante qui la porte eft droite , garnie de feüilles verdâtres & veloutées ,
qui approche de celles de la Guymauve, c’eft pourquoy clic eft appellée AL
CCA InàicAV'tllofAQ^x fignifie Guymauve des Indes veloutée^ Elle porte des fleurs
jaunes en forme de clochettes, d’où fortent des gonfles triangulaires , brunes au
dehors & blanches en dedans, & de la longueur du doigt, ou la graine eft
renfermée.
On la choifira nouvelle, bien nourrie, d’une bonne odeur, feche, nette. Celle
de la Martinique eft beaucoup plus odorante que celle qui croît dans les au¬
tres Iflcs des Antilles. Cette plante croît aufli en Egypte, où elle eft appellée
.Mofe, & la graine Abel mofc.
Les Parfumeurs fe fervent de cette graine, fur tout en Italie j & les Pateno-
tiers en font des Chapelets.
On ne doit jamais employer cette graine dans une chofe à laquelle on
veut donner de l’odeur, à moins que de la fçavoir employer , car au lieu de
donner une bonne odeur, elle gâteroit tout.
L’Ambrette n’a aucune urage,quc je fçache,dans la Médecine, foit parce que
nous n’en connoiflbns paslcs facultC2,ou quefes proprictcznc Ibicnt pas venues
à ma connoiflance.
JO ■ Hiftoire generale
CHAPITRE XXV.
De la Cochenille.
La Cochen iLLEjfurnommée Mcftcquc,cft la graine d’une plante de
deux à trois pieds de haut, garnie de feuilles, épaifles de deux doigts,
d’un allez beau verd & fort epineufes, apres Icfquellcs nailTenc des^oulTes eg
forme de coeur, d’un verd tirant fur le jaune, dans Icfquelles font renfermées
quantité de petites graines de la grofleur d’une grofle tête d’épingle, d une fi¬
gure tantôt à demi plattc, tantôt triangulaire, & toujours chagrinées, d’un gris
argenté par delTus & d’un rouge de làng de bœuf au dedans, ^ -
Cette graine nous ell apportée du Pérou, ou autres endroits de la nouvelle
Efpagnc , comme de l’Eftang falé , & du Mexique; ti de Cadix ville de Landalou-
fie fituée fiir le bord de la mer Oceanne Méridionale , tant par les Galions
d'Efpagne que par la Flotte qui partent tour à tour annuellement pour porter
en Efpagne l’or & l’argent que l’on a tiré des Mines du Pérou , l'Ipecacuariha,
le Quinquina, la SalTeparcille & autres marchandifes du pays, où citant arrive
à Cadis elle ell tranfportée par d’autres Bâtimens en Hollande, en Angleterre.
& à Marfeille , d’où nous la faifons venir.
La Cochenille Mefteque ell d’une fi haute confequcncc auxEfpagnolsjque
l’on m’a êlTuré qu’ils la paflbient par le feu ou par la chaux , de peur que Ton
ne la fit germer en France :& ce qu’il y a de plus particulier , c’cll que fi quel¬
qu’un fe trouvoit dans les endroits ou croilTent les plantes de Cochenilles, qui
ne fut pas Efpagnol, il feroit aulli-iôt pendu.
Il y a très peu de perfonnes qui ne croyent & ne foûtiennent que la Coche¬
nille Mcllcquc ne foit un petit animal; je l’aurois cru de même fi je n’en avois
pas appris la vérité par deux lettres du ficur François ftoulTeau natif d’Auxer¬
re, habitant deLeoganne côte faint Domingue, lequel par une première lettre
des Drogues^ Livre Premier. 31
du quinzième May mil fix cens quatre - vingt - douz'e , m’écrit ainfi.
La Cochenille^ Monfieitr, que vous ave:(^envie de fç Avoir de connoître par fa plan¬
te^ vient environ de deux à trois pieds de haut, tout par balets, garnis de feüilles de
deux doigts à'ét>ais , d'un ajie‘:(^ beau verd & remplies d'épines de tous cote:^, fa graine fè
ramajje dans des petites cof es jattes en coeur eéT tirant fur le jaune dans leurs maturité^
laquelle l'on fait jfecher^^ delà on la met dans des Canajjes de cuir ou toille, qui eft
comme vous la rcceve:^ en France. Celle qui vous eéî apportée vient de l' Efpagnoffur
tout d'un lieu appelle l Ejlang-falé , car te peu que nous en avons à Lcoganne , ne mérité
pas d'en parler. Voilà qui crt bien contraire à ce que rapporte M. de Fu-
retiere,qui confond la graine d’écarlatte avec la Cochenille, & à la fin de fà
phrafe il marque que c’efi: un ver gris qui vient des Indes & qu’il s’en fait un
fi grand trafic qu’il en entre dans Tlafcalaville de Mexique, po‘ur plus de deux
cens mil écus par an-, & apres luy, le Reverend Pere Plumier Minime m’a die
le IJ. Septembre itîgî.. defa propre bouche, Ôc par un écrit figné de fa main,
ma certifié ce qui fuit ;
La Cochenille furnomméeMefl:eque,eft un petit animal femblable à une pu-
naife qui fe trouve fur differentes fortes de plantes , tant dans la nouvelle Ef-
pagne qu’aux Ifles de l’Amerique ; ces petits animaux font fi frequents dans les
pays cy-deffus, qu’il s’en fait une cfpece de récolté , après les avoir fait fe-
chcr.
Toutes les plantes ne font pas e'galement propres pour donner à ces petits
animaux une nourriture capable de Its rendre d’un rouge foncé, c eft pourquoy
les habitans des lieux nourriffent ces petites bêtes fur des Opontium dont elles
fucent le fuc qui en eft rouge, ce qui contribue beaucoup à leur donner cetre
couleur foncée, que les Teinturiers recherchent, & comme les fourmis aiment
beaucoup ces petits infeétes, les Efpagnols ont foin d’entourer de fofies plei¬
nes d’eau, les lieux ou croiffent les plantes dont je viens de parler, pour empê¬
cher les fourmis d’y aller.
La principale plante, ou fe trouve la Cochenille , eft celle que les Ameri-*
quains appellent Raquette ou Cardaffe, & les Rotaniftes Opontium majus fpino-
fum fruùlu fanguineo^ qui fignifie un grand Figuier d’Inde épineux, dont le fruit
eft rouge comme du fang.
Cette plante eft admirable dans fa nature, en ce que ce n*eft qu’une quan¬
tité de grandes feüilles épaifles , comme en ovale, d’un très beau verd, cou¬
vert de longues épines, fort piquantes , d’une couleur jaune; à la fin des feüil¬
les naiffent de grandes fleurs de couleur de roze pâle, enfuite des fruits d’un
très beau rouge, au haut defqucls il y a une efpece d ombelique de couleur de
terre. Cette plante eft de differentes hauteurs, y en ayant quelquefois de celle
d’un homme, ce qui ne provient que de la bonté de la terre. Lors que les in-
fulaires veulent faire la récolté de ces infeétes, ils les font tomber avec des pe¬
tits ballets faits exprès dans des vaifleaux où il y a de l'eau & de la cendre, &
lors qu’ils font noyez, ils les retirent pour les faire fecher.
Ces petits infeéles eftans vivans,font d’un rouge comme couverts de fari¬
ne , c’elt ce qui fait que la Cochenille que nous voyons eft d’un gris argenté,
mais ce qu’ils ont de particulier c’eft qu’ils multiplient d’une maniéré fi prodi-
gieufe qu’une centaine fuflit pour en produire des millions.
Et le 50. Janvier 1693» le même R. Perc Charles Plumier Minime m ’aporta
un billet écrit de fa main, où eftoit contenu ce qui fuir.
Acarus cf>
proprement cct
te petite ver¬
mine qni four¬
mille dam les
fromages.
32 Hiflroire generale
DECLARATION DE LA COCHENILLE,
Par le Pere Charles Plumier Minime.
La Cochenille qn on apporte de U nouvelle Efpagne ou de laTerre.ferme de l’Ameri^*
que efi un infeBe de la groJ?eur forme prefque d'une punaife, il s'attache contre dL
verfes fortes d arbres^ mais plus particulièrement fur les Acacias ^ ou fur certains arbres
quon nomme Cerijters dans nos If es Françoifes, G' efi un animal fort fécond^ il porte
entre fes jambes ^ fur fin fin une infinité des oeufs quafi imperceptibles , qui venant d
éclore produifent un nombre innombrable d'infeéîes très menus & rouges, dont les fourmis
font fort avides, ^and on écrafe les meres, elles donnent un fuc rouge tirant fur l'écar-
latte mêlé pourtant de tant fo'it peu de jaune ^ ainfi celles-ci qui na’ifent fur ces arbres^ ne
produifent pas cette belle couleur vive; mais pour leur faire prendre ce beau fuc ^ les In-
diens les cultivent fur certaines plantes quon nomme en latin Opontîum , & que nos
François nomment jaquettes- Ces plantes produifent un fruit gros comme une de nos
figues , plein d’un fuc d’un rouge admirable , ce qui fait aujfi que les Cochenilles qui font
cultivées fur ces plantes , ont leur fuc beaucoup plus éclatant ^ plus vif que celles qui
naifientfur d'autres plantes, ^and feus découvert ces infeéîes dans U fie de fa'int Do^
mingo au petit goive , je les montray à deux Indiens efclaves gp* natifs du pays d où on
la cultive, ils m'afurerent tous deux que cefioit de la Cochenille; quelques Philibujfiers
qui avaient voyagé en ce pays m'afurerent la même chofi ^ me dirent que les Indiens
la cueilloient fur les 2{aquettes, ce qui me fit juger que cefioit la feule culture , fur cef-
te plante qui leur communiquait ce beau rouge, celuy de celles que je cueillis fur les Acatias
ou fur les Cerifiers efi ant fort fade.
Or efiant de retour de mon voyage de faint Domingo je voulus m'éclaircir df cet in-
feéle par les Auteurs qui ont parlé de l’ Amérique, gy voicy ce que fay trouvé dans les
recueils du feur de Laet. Delcription des Indes Occidentales ^ Liv. V. Cliap. 3.
Le grain de la fochenille’vient en plufieurs Provinces de la noH'vclle Efpagne ^fur
l'arbre quon appelle Tuna, qui des feiUlles fort épaifes, aufquelles il croît aux lieux
expof'^ au Soleil & couvert du vent de Nord-efl. C’efi un petit animal vivant ou plu¬
tôt un infeéîe , prefque femblable aune punaife , lors quil s’attache premièrement à la
plante il efi un peu plus petit qu'une puce , vient d'une fimence de la grojfeur d'une
mitre, en latin Acarus , cÿ* remplit tout l'arbre & même tout le jardin; on l'amajfe une
fois ou deux l'an; ils difpofent les arbres en certains rangs comme on plante les vignes,
les cultivent fi'i^neufement & les nettoyent des herbes; plus les plantes font jeunes & plus
elles portent abondamment & donnent de meilleure graine , mais il faut fur tout prendre
garde de les prefirver de l'injure de plufieurs inféles, ^7* non moins des poules qui man.
gent le grain : ils fe fervent de queues de Renards pour nettoyer les plantes , de peur que
la fimence nouvelle de fes inféles ne foit gâtée» Fluand ils font venus afie^i gros on les
Ote avec un grand foin fjr on les tue en les arrofant d'eau fraiche, on les feche à l’ombre
^ on les conferve dans des vaiffeaux de terre, on les tue aujfi avec de la cendre quon
jette dejfus , puis on les lave.
Nota. Le Tuna, » fjî autre chofi que cette Opontium ou Raquette, dont fay par¬
lé cy. dejfus. Il y en a de plufieurs efpeces, gg* il faut choifir pour la culture de la Coche-
mile celle dont le fruit a ce beau fuc rouge.
Mais ne pouvant foulcrire à ce que Monfieur de Furetiere Je R. Pere Plu¬
mier & Laet en ont écrit , je me trouve de plus en plus engagé à croire que
la Cochenille ell la graine d’une plante, parce que le heur RoulTeau me mar¬
que à la fin de fa première lettre, qu’il efl: prêt, pour vérifier fon dire, de
m’en envoyer une plante j ce qu’il cfpere faire avec l’aide de Dieu: & de plus
des Drogues , Livre Premier.
c’efl que par fa fécondé lettre, dattee du zj. May de la meme anneejil m’écrit
ainli,
A L’egard de U Cochenille j Monfaur , dont je vous avois parlé ^ il faut que je vous
tn fajje une hifloire ajfe:^ pl<*ifante^ d un Pere Minime Provençal en apparence ^fe
difant Herhorifle ^ âgé d environ quarante^cinq à cinquante ans ^ noirâtre de vifage ^ lequel
on eut cru fort expert ^ s’il n'eût jamais parlé ^ mais malheureufement pour luy comme il fe
difoit grand dejjintur^ ilvit quelques ydcatias , qui font des arbres fort épineux des Cor ^
dajjeStqui font une efpece de plante qui jette des feuilles de deux doigts d épais ^faites à peu
prés comme les raquettes dont on joue â U paume en France y ^ qui rapportent des fruits de U
façon d’une Figue, d’un goujî un peu acre ^ qui fait uriner rouge; ^ voyant certains
animaux fur ces arbres , H s'avifa de dire que cejioit de laCochenille , ^ fit rire tout ce
qu’il J avoit d habitant de faint Domingue qui connoijjoient la plante ^ qui enfçavoient
la fabrique; cela fit que l'on diminua en tout U foj quon avoit eu en ce bon Pere , prin.
cipalement Monfieur de Cufii^qui prit fa part comme les autres en ce que dijoit le bon
Pere. Il partit pour France quelque tems après, ou j’ay fçeu qu*il ejioit arrivé avec la
tnéme erreur en Ja Cochenille, comme il l’ avoit eu à faint Domingue.
Le fîeur RoufTeau me marque encore qu’il fe trouve fur leurs acatias une
efpece de petites bêtes, de la grandeur d’une punaile,que l’on nomme Vermil¬
lon: Elles font un peu plus cpailTe, mais elles ne font d’aucun ufage, parce
qu’on ne peut pas les faire fecher tc’eft apparemment, à ce que je puis conjec¬
turer, la prétendue Cochenille du Pere Plumier.
Au furplus les lettres du fieur RoufTeau font d’autant plus dignes de foy,
qu’on ne fçauroic découvrir ny pieds ,ny ailes, ny têtes, ny aucunes parties d’ani,
mal dans la Cochenille que nous avons, & qu elle a en elle toutes les mar¬
ques d’une véritable graine: & fi ces preuves ne fbffifent pas, Ton n’a qu’à voir
le fentiment de Ximenes,& Guillaume Pifon dans fon hifloire des plantes du
Brefil , ou après avoir donne une longue defeription d’une efpece de Figuier
des Indes, qu’il nomme Jamacaru, H dit que c’eft cetre même plante, laquelle
dans la nouvelle Efpagnc produit & porte la Cochenille.
Et de pluSjlhilloire de la Virginie marque que leMetaquefunnaukçiï un fruit
plaifant,quafi de la forme & grandeur de nos poires, mais parfaitement rouge
dehors & dedans, qui croît deffus une plante dont les feüilles font fort épaiffes , &
pleines d’épines piquantes comme des aiguilles. Qj^lques-uns qui ont elle aux
Indes, & qui ont veu croître cette efpece de rouge & de haut prix qui efl nom¬
me Cochenille, d’écrivent la plante toute femblable à celle de Metaquefunnauk.
Quoy qu’ilenfoit, on doit choifir la Cochenille Mefteque de la bonne forte,
c’eft à dire, celle qui efl pefante, groffe, bien nourrie, nette, (cche, d’une cou¬
leur argentée & brillante par deffus, & en ayant écrafé un grain dans la bou¬
che, il donne à la falivc une couleur rouge foncé j & rejetter celle qui cil mai¬
gre, falc, legere, & prendre garde qu’il n’y ait point de petites pierrettes de-
dans, comme il arrive affez fouvent, fur tout lors quelle efl chere.
La Cochenille efl une graine qui n’a aucun ufage, que je fçachc, dans la
Medecine, fî ce n’efl: par quantité de Médecins ou autres perfonnes qui ont
cru & croyent encore que la Cochenille & la graine d’écarlatte font la même
chofe J ce qui efl: neanmoins fort éloigné de la vérité , comme il fè verra au
chapitre fuivant : mais elle efl fort ufitée par les Teinturiers rîu grand Teint
c^ant la bafe & la principale drogue pour teindre en ccarlatte. Quelques
perfonnes s’en fervent pour colorer le lucre , en y ajoutant quelque peu de
crème de Tartre en poudre fubtil, ou autres acides.
I. Partie, E
34
Hiftoire generale
Du Carmin.
Le Carmin eftla plusprecieufe & riche marchandife que l’on tire de la Co¬
chenille Mefteque. C’eft une fecule ou poudre d’un tres-beaii rouge fon¬
ce , isc velouté , que l’on fait par le moyen d’une eau dans laquelle on a fait
entrer le Choüan & l’Autour, de qui elfant bien préparée & léchée, eft ce que
nous appelions Carmin, lequel pour eftre de la qualité requife , doit eftre en
poudre impalpable, haut en couleur, le plus proprement & fidellemcnt fait qu’il
fera poffible : Mais comme là grande cherté eft caufe que quelques perlon-
nesmal intentionnées le fophilïiqucnt; c’efl: le fùjet pour lequel on n’en doit
achepter que des marchands, incapables de le frauder ny de vendre celuy de
la fécondé forte, pour la première, ellant beaucoup moins beau.
Quelques- uns ajoutent au Carmin du Rocou, mais cela luy donne une cou¬
leur trop orangée.
L’ufage du Carmin eft pour la mignaturc;ôc pour faire ces belles Draperies
rouges, que nous voyons aux tableaux de confequence.
• De la Lacque fine ^ & autres fortes.
La Lacque fine eft furnommée de Venife , à caufe que celle que nous
avions autrefois nous en cftoit apportée j mais depuis que quelques per-
s de Paris fe font mêlées d’en faire, & qu’ils y ont effectivement reufti , &:
que tout ce qu’il y a d’habiles peintres la pref-erent à celle de Venife j c’eft le
lujec pour lequel il ne nous en vient que très -peu.
Quelques uns Ccttc Lacquc eft une pafte dure, faite du ventre des os de Seche,que l’on
Tcna*Mcrita! a coloré d’une teinture faite de Cochenille Mefteque , de Brefil , de Fer-
nambourg, d’Alun d’Angleterre calciné, d’Arcenic ôc d’une leflive de Natrum
d’Egypte, ou (bude blanche, ou à fon défaut de foude d’Alican, & par le
moyen d’un drap, ou d’une chauffe àhypocras, en y procédant de la même
maniéré que l’on fait llndc ou l’Indigo , on la réduit en pafte de laquelle on
forme des Trochifques que l’on fait fecher & que l’on garde pour le befoin.
Cette Lacque pour eftre delà qualité requife, doit eftre en petits trochifques,
ft’un rouge foncé, tendre & friable.
L’ufage de cette Lacque eft pour la mignature,& pour peindre en huille.
De la Lacque Colombïne,
La Lacque plate ou Colombine, n’eft faite que des tondures d’écarlattc
bouillies dans une pareille leflive que cy-deffus,& après l’avoir paffée &jet-
tée fur de la craye blanche, & de l’Alun d’Angleterre en poudre J on en fait une
pâte que l’on forme en carreaux, de l’épaiffcur du doigt, & de telle grandeur
que l’on fouhaitte, & eftant fechée, fera gardée pour le befoin. Celle de Ve¬
nde eft beaucoup plus belle que celle d’Hollande & de Paris, en ce que le blanc
dont les Vénitiens fe fervent, eft plus beau & plus propre à recevoir une vive
couleur que le blanc d’Hollande & le nôtre. Cette Lacque pour eftre de la
bonne qualité, doit eftre vraye Venife, la plus haute en couleur & la moins
graveleufc qu’fl fera poflible.
L’ufage de cette Lacque , eft aufli pour la peinture.
Il y a une troifiéme Lacquc furnommée Liquide, dont je parleray au chapitft
du Brefil dcFernambourg.
des Drogues, Livre Premier. 35
T>u Torne-fol fin en drapeau.
T E Tome -fol fin de Confi:àntinople,efl: de la Toile d’Hollande, ou du
Jj _ / Crefpon bien fin, qui ont efte' cein avec de la Cochenille, aidé de
quelques acides.
L’on s’cn fert pour colorer les liqueurs aqueufes , comme l’eau de vie, &:
autres femblables. A l’égard de Ton choix, il n’importe qu’il Toit fur de la toile,
ou fur du crefpon, pourveu qu’il foit bien fin, haut en couleur & qu’il tein-
de . en beau rouge.
Les Turcs & Levantins, appellent ce Torne-fol, en drapeau ou en chif¬
fons Bi'^^erere ruhré.
Du Torne-fol en cûton, de Portugal.
LEs Portugais nous en envoyent en coton , qui eft de la figure, épailTeur & ron-^:
deur d’un écu, dont on fe fert pour teindre les gelées de fruits,mais il eft biçn
moins en ufage que le Tome fol en toile. Il doit eftre aufli d’un beau rouge,
le plus fec & le plus propre, c’eft à dire, le moins falle, qu’il fe pourra. Voi¬
là tout ce que nous tirons de la Cochenille Mefteque.
Les autres fortes de Cochenille font la Campefehane, la Tetrcchalle & la
Silveftre.
La Cochenille Campefehane, n’eft autre chofeque le grabeau, ouïes criblures
de la Mefteque, dans lelquelles il fe rencontre quantité de grains fecs & ari¬
des, de petites coques*, de petites bêtes rouges fur le dos, que nos enfans ap¬
pellent Chevaux à Dieu, & autres ordures j on appelle aufti Cochenille Cam¬
pefehane, la Cochenille Mefteque qui a déjà fervi à la teinture.
La Cochenille Tetrechalle, n’eft que de la terre qui fe trouve dans la Co¬
chenille Campefehane..
Et la Silveftre, ou Cochenille de graine, eft celle qui fe rencontre fin¬
ies racines de la grande ’Pimpenelle, que les Simplifies appellent Pir/îpi»c//^ty4»-
guiforba^ comme il fe verra au Livre des feuilles. Ces dernieres Cochenilles
n’ont aucun ufage, que pour la teinture.
* Ce font apparemment ces coques dans lefquelles il s'y trouvent quelques grains de Cochenille qui s’y eft mis pat Lazard,
& CCS petites bêtes qui oiu donne fujct de cioireàpluficurs que laCochcnilic cftoit un animal.
Cochenille
Gampcfchanc-
Cochenille
Tctrechallc,
Cochenille
Silveftre,
Hiftoire çenerale
De la Graine d’Ecarlatte.
La Graine d’E carlatte que les Latins appellent Crana ùn^îorum ,
les Grecs Coccus infeûorÎM &c les Arabes Ktrmm ou Kermes ^ ejft la graine
ou plutôt l’cxcrement d un petit arbrifleau, dont les feüilles font piquantes &
afTcz femblables à celles du Houx, à la referve qu’elles font beaucoup plus
petites, qui fe trouvent en grande abondance, tant en Portugal, qu'en Efpagne,
Provence & Languedoc.
Je ne m’arrêteray point à décrire rarbrifTcau qui porte cette graine, en ce
que quantité d'Auteurs en font mention -, je diray feulement que ce que nous
appelions graine, fc trouve attache'e au bas & deffus les feüilles de cet arbrif
feau, ôc lors que la récolté en eft bonne, c’efl une des principales richefles du
pays , principalement pour les pauvres gens , flir tout en Provence & Lan¬
guedoc, à qui elle ne coûte qua cueillir & enfuite la vendent à la livre aux
Apoticaircs-, qui en tirent la Pulpe pour en. faire le Sirop furaomme' Alker-
mes, & du refidu qui refte fur le tamis, apres l’avoir mondé, les Apoticaircs le
revendent aux Tinturiers autant que la graine leur a coûté. Ceux qui la veu¬
lent tran(portcr,ou envoyer en differents endroits, la font fecher,tant pourlu-
fage de la Médecine, que pour la teinture, où il s’en emploie une grande quan¬
tité i laquelle pour cet effet fera choifie greffe , nouvelle , ceft à dire , dé l’année,
garnie de fon paftel,la plus rouge &la plus nette que faire fè pourra, car auf-
u-tôt que cette graine commence à vieillir, il s*y engendre un infedtequi man¬
ge le paftel & fait un trou à cette graine en forte quelle eff: toute trouée, fort
legcrc, n’y reliant que la fîmple peau, ce qui luy diminue de beaucoup fà qua¬
lité. Celle du Languedoc paffe pour la meilleure , eflant ordinairement gref¬
fe & d’un rouge fort vifj qui eft le contraire de celle du Portugal, qui eft cfti-
37
des Drogues,
Livre Premier.
méc la moindre, en ce quelle eft petite, maigre & d’un rouge noirâtre.
La graine d’Alkermcs,ou d‘Ecarlatte,eft cftimée fort cardiaque & fort pro¬
pre pour foulagcr les femmes grolTes qui font tombées , en leur en donnant
un demi-gros en poudre dans un œuf, & non pas de la Cochenille, comme
quantité îe perfonnes l’ordonnent j en ce quils croient que ces deux graines
loicnt la même chofe.
Du Pafiel d’ Ecarlatte.
Al egard du paftel d ecarlatte, qui eft cette poudre qui fe trouve dans la grai¬
ne lors quelle eft nouvelle, doit eftre d’un tres-beaü rouge , & quelle
n aye point efté afpergéc de vinaigre , comme eft ordinairement ccluy du Por¬
tugal, tant pour en augmenter le poids, que pour luy donner une belle cou-
leur. Cette four|^érie fera facile à connoître, en ce qu’il eft humide & d’une
odeur forte & aflez defagreable. Ce paftel, quoy que la plus noble partie de
la graine, n’eft aucunement ufitée en Mcdecine, faute de connoiflance, mais
beaucoup par les Teinturiers du grand Teint.
Du Sirop d A ikermes.
X E Sirop d’Alkermes eft la pulpe de la graine d'Ecarlate rccente, & de la
i .caflbnadcdu Breril,ou du fucrc en petit pain réduit en poudre mêlé enfem-
ble , & après avoir efté liquific fur un peu de feu, eft mis dans des petits barils
de bois blanc, de la maniéré que nous le recevonsitant de Nifmesque de Mont¬
pellier, où il s’en fabrique de groftes quantitez , tant pour la Foire deBeaucaire^
que pour en voyer en differents endroits de l’Europe.
Ce Sirop pour eftre de la qualité rcquife , doit eftre d’un rouge foi^cé ,
nouveau, d’une confîftance moyenne, le plus uni & le moins aigre que faire ce
pourra. On prendra garde qu’il ne foit trop chargé de fucre , ce qui fe con-
noîtra facilement en la couleur d’un rouge pâle & à Ton goût fucré , fans pref-
qu’aucune amertume, qui eft le contraire de celuy quieft fidellement fait,cftant
d’un rouge foncé & d’une amertume allez defagreable.
De la ConfeBion d’Alkermes.
Le Sirop d’Alkermes eft fort peu employé dans la Médecine j mais lors que
l’on y a incorporé un firop compolé de fuc de pomrpe de rainette, d.eau
roze , de foye crue & de fucre blanc , ôc les poudres de perles orientales préparées,
de fantal citrin , de candie fine, de la pierre d’azur préparée, des feuilles ou bac-
trioles d’or , on en fait un opiat ou éleduaire liquide, qui eft ce que nous ap¬
pelions Confetftion d’Alkcrmes. Cliques- uns y ajoutent le mufe & l’ambre ,
ce qui ne fe doit point faire que par l’avis d’habiles Médecins , ces parfums
eftans fort contraires aux femmes. A* l’égard de fa préparation, ceux qui l’adé-
fîreront faire,pourront avoir recours aux Pharmacopées qui en traitent, mais nous
en feifons venir de Montpellier, ou elle fe fait mieux , à caufe de la nouveauté
du fîrop qui s’y trouve, que dans les lieux plus éloignez ou il eft tranfportée.
Et il ne faut pas en achepter de ces gens qui ne vendent que dts drogues,
qu'un honnête homme auroit peine à s’imaginer , & qui font indignes d’entrer
dans le corps humain, qui eft le fujet pour lequel nous voyons quantité de
brouillons qui l’établilfent & vendent de la Confcdlion d’Alkcrmes à un prix
E iij
Uni, iignific
non - gtoume-
leux & non-
candi.
38 ' Hiftoire generaie
fl modique qu’ils n’en pourroient pas compofer deux onces (ur le pied qu’ils
vendent la livre, & pour couvrir leur friponnerie, ils mettent dans des pots de
fayance qu’ils couvrent de papier , avec cette infeription : Confeéîion d'Jlker-
mts de Montpellier J pour faire accroire qu’elle vient de Montpellier, ce qui n'eft
pas d’une petite confequence, car ceux qui l’ordonnent font fruftrez de leurs
attentes, &les malades n’en reçoivent aucun foulagement, & je lé puis certi¬
fier avec vérité, comme l’ayant veu plufieurs fois, que de femblables compofi-
tions & généralement toutes les autres qui fortent des mains de deux ou trois par¬
ticuliers de Paris, que la charité & la prudence m’empêchent de nommer, qui
féroient plutôt capables d’eftre jettées au feu, que d’eflre employe'es à aucun
ufage; & neanmoins ils en vendent une prodigieufe quantité à ces Colporteurs
de la Foreft de Lyons en Normandie qui prennent le nom de Droguiltes, &
qui en portent par la Campagne, ou pour mieux dire en empoifonnent la moi¬
tié de la France, principalement du côté de la Bourgogne^ du Nivernois, de
la Flandre, de la Touraine, & autres endroits, & ce qui eft plus furprenant ils
font un gros débit de cette prétendue Confedion d’Alkermes , de celle d’Hya¬
cinthe ,de la Theriaque,& autres compofitions galéniques, falfifiées & fophi-
ftiquées, à Paris, dans les Convents, aux Apoticaires, Chirurgiens & autres j ce
que j’ay cru eftre obligé de publier, pour empêcher les Religieux & Rcligieu-
fes , Apoticaires & Chirurgiens, tant de Paris que de la Campagne , d’achepter
de ces ambulans & colporteurs des compofitions & mêmes les drogues fim-
ples, comme ne valant rien du tout, & n’eftant que le rebut de nos boutiques.
M, Charas, dans fa Pharmacopée à la page 514. attribue de grandes proprié-
’ tez à la véritable Confedion d’Alkermcs,& dit que cette Confedion eft fans
contredit, un des meilleurs cordiaux que la Médecine galcnique aye jamais in¬
venté; car elle repare & recrée les efprits vitaux & animaux, elle fait ccfTcr les
palpitations de coeur &: les fyncopes , elle fortifie beaucoup le cerveau & les
’’ parties nobles, clic eft ennemie de la pourriture, conlerve la chaleur naturel-
” le, rétablit les forces languifiantes, chafie la mélancolie & la trifteffe, & rc-
’’ met & entretient le corps & l’efprit dans un fort bon état. Cn la prend fur la
pointe d’un couteau, ou dans du vin, ou dans du bouillon , ou dans quel-
” ques liqueurcs cordiales & céphaliques ; on la mêle aufli parmy les opiates &
** les éleduaires mois & folides; la doze ordinaire eft depuis une fcrupule jufqu’à
” une dragme , on la mêle auffi dans les Epithemes deftinez pour le cœur , ou pour
le foye.
des Drogues, Livre Premier.
39
chapitre’ XXVI I.
De l’Âmomum Racemofum.
L’Amomum RàcemosuMjOu Amome en grappe , ou en raifîn, eft
une efpece de fruit que nous recevons par la voyc d Hollande ou de
Marieille , naifTanc en plufieurs endroits des grandes Indes , rarement •en grap.
pe, mais le plus fouvent en goufTe.
Il croît fur un arbrifTeau dont les feuilles font d un verd pâle, longuettes &
étroites i il eft en quelque force, femblable au raifm mufeat , en couleur ;grof.
feur & figure, mais il eft plus rempli de grains & moins (ucculent ; il a auftî
cela de particulier, que toutes fes goufles cftant fans queue, font fort entaftées
& comme collées contre un long nerf, quelles encourent jufqu’à Ton bout,& qui
leur fert de baie & de foûticn , à l’imitation clés grains de poivre , & en ce
qu’ayant un petit bouton en Ton fommet^ ileft ordinairement divifé en cellules.
Ouvrant ces goufles ,on les trouve remplies de grains purpurins, quarrez,
joints & comme collez les uns aux autres, faifant enfemble une figure ronde,
conforme à celle de la goufle ^ & qui font couverts d’une membrane blanche , fort
déliée & feparez en gros tas, par de pareilles membranes, mais en force qu'on
peut aifément les en tirer & divilèr. Leur gouft eft acre & mordicanc,&leur
odeur extrêmement perçante & aromatique.
On choifira l’Amomum le plus nouveau qu’on pourra trouver, ayant fes
goufles rondes, & de couleur blanchâtre, cirant fur le blond, pefantes & bien
remplies -, il faut rejcccer les legeres & qui eftant ouvertes , contiennent des
grains noirs & ridez-, mais cftimer celles qui font bien remplies de grains, gros
& bien nourris, d’un gouft chaud, piquant, fort aromatique, & approchant de
ceJuy des Cardamomes.
Le principal ufage de l’Amomum eft dans la Thériaque, pour laquelle on fc
40 Hiftoire generale
contente d’employer les grains bien nets & bien nourris.
Plufïeurs perfonnes ne connoifTent cette drogue cjue fous le nom de Grande
Cardamome ou Cordumomum majus ^ qui neft autre chofe que la Maniguette j
dont je parleray dans le chapitre fuivant.
Il y a d’autres fruits ou graines qui portent le nom d’Amome, comme l’Amom-
ne de Pline, qui eft un fruit rouge, tout femblable à celuy qui fc trouve dans
les bayes d’Alkckange,qui naît lur une plante ou arbrilTeau, qui nous cft fort
commun, y ayant fort peu de boutiques d’Apoticaires ou de jardins où il ne
ferve de parade.
Il y en a un autre que les Hollandois &lesAngîois appellent nous
Poivre de la Jamaïque, qui eft le fruit du Bois d’Inde, ainfi que l’on le verra
à fon lieu.
On feraaverty que quand on trouve dans les Auteurs le nom Amomum o\x
diAmomi^ on ne doit employer autre chofe que l’Amome en grappe.
CHAPITRE XXVIII.
De la Grande Cardamome.
G^'Oiide^ Cardamorrve
LAGrande Cardamome, que nous appelions Maniguette ou graine
de paradis, eft une graine triangulaire, d’une couleur rougeâtre au def-
fuS & blanche au dedans, d’un gouft acre éc piquant, comme celuy du poivre-,
c’eft ce qui a donne occafion aux Colporteurs de le vendre pour du poi-
La plante qui porte cette graine, a fes feiiilles vertes, apres quoy elle pro¬
duit un fruit ou plutôt unegouirc,de lagrofleur & figure d’une Figue, d’un af-
fez beau rouge, dans laquelle eft renfermée cette graine de paradis, que l’on
croit avoir efte ainfi nommée , tant à caufe de la beauté de fon fruit qu’à cau-
fc de fa bonne odeur, lors qu’elle eft nouvelle 5 nous l’appelions aufli Mani-
quette
des Drogues Livre Premier. 41
guette, OU Melaquetce, du nom d’une ville d’Afrique, appcilcc A/e/e^4,d’oûelle ^
cftoic autrefois apportée en France, mais à prefent on l’apporte de differents S'î
pays, tant par la voye de S.'Malo, qu’autres lieux. mT*
Cette drogue cft fort peu en ufage dans la Médecine, mais beaucoup par-
mi ceux dont j’ay parlé cy-deffus, qui la vendent mêlée avec le poivre.
M. de Flacourc dit que dans l’Iflc de Sainte -Marie & à Galcmboule, il «r"
vient un fi grand nombre de Maniguette , que de la recolce d’une feule année, geni
on en pourroic charger un Vaiffeau. '
CHAPITRE XXI.X
De la Moyenne Cardamome.
hrmenne
’e^ine
a>na7?ie
LAMoyenne Cardamome efl: renfermée dans une gouffe de la lon¬
gueur du petit doigt d un enfant, fait en triangle, naiffant fur une plante
que quelques-uns m’ont affuré cftrc rampante, & qui a Tes feiiilles difpofécs en
trois comme le trefle,finiffans en pointe & fort dentellée, naiffant en divers en¬
droits des grandes Indes. Ces gouffes nous {ont fort rarement apportées en
France , & font peu en ufage, daurant que la petite Cardamome eft plus
recherchée, tant des Etrangers que de nous , comme ayant beaucoup plus de
vertu que la moyenne. Neanmoins comme il s’en rencontrera quelquefois- je
diray que l’on la choifira la plus approchante j qu’il fe pourra, des qualicez de la
petite , dont je vay parler.
De la Petite Cardamome.
La Petite Cardamome qui cft celle que nous voyons icy fort communé¬
ment, & que nous tirons ordinairement d'Hollande, eft une petite gouffe
gure triangulaire, qui eft par deffus, d’un blanc grisâtre, rayée, ôc garnie
dune petite queue de même couleur, laquelle eftant ouverte, il s’y trouve une
I. Partie. p
42 Hiftoire generale
quantité de petits grains de la figure & du goufi: de rAmome en grappe, donc
j ay parlé cy- devant.
La plante qui porte la petite Cardamome m’efl: encore inconnue , quelque dili-
ge nce que j’ayc fait , mais félon toutes les apparences elle efl: femblable à la
moyenne, &ii n’y a peut eflre que la diverfité des lieux ou elle croît, qui en
falTe la différence J je diray feulement qu’elle nous eft apportée par les Hollan-
dois & Anglois du Royaume de Vifapour où elle eft fort rare, c’eft pourquoy
on ne s’en fert que fur la table des grands, cftant la meilleure épice du pays.
On la choifira nouvelle, bien nourrie, pelante, pleine, la moins remplie de
coques vuides & de gouftes perfoirées, petites, ou feches, qu’il fe pourra.
Cette Cardamome eft la feule ufitée dans la Médecine, en ce quelle eft douce
de meilleures, qualitez que les deux precedentes.
Les Hollandois en ulent beaucoup, parce qu’ils en mâchent affez Ibuvenr.
Nous appelions les Cardamomes bien fouvent en François, Cardamonum ma-
jus^m:djum ^ minus ^ qui veut autant dire que Cardamome Grande, Moyenne,
& Petite.
CHAPITRE XXX.
De la Nielle Romaine.
La N I e l l e , ou Nigclle romaine eft la fcmence d’une plante d’environ
deux pieds de haut , ayant fes feuilles vertes , petites , découpées & aftez
minces i après lefquelles naiffenc des fleurs d’un blanc bluâtres, & enfuite des
gouftes dans lefquelles il fé rencontre une graine longuette, d’une couleur
grife, d’un goût piquant, d’une odeur forte & aftez aromatique.
On choifira cette lemencc nouvelle, bien nourrie, d’une belle couleur jaune,
la plus aromatique, tant au gouftqu’à 1 odeur , qu’il fera poflible,& qui loitd’I-
talic, celle -cy eftant la meilleure & plus cftiraéc que celle qui croît dans
nos bleds.
I
des Drogues, Livre Premier. 43
L’ufage de cette graine -cft pdlir faire mourir les vers, pour appaifer les vents;
& quel<|ues perfonnes dirent -qu’elle eft un fort bon antidote: On l’cllime auffi
fort convenable , pour faire venir le lait aux nourrices.
Il y a encore plufieurs fortes de femenccs dont je ne puis parler, tant pour
n’en avoir rien de certain, que parce que nous n’en voyons que très peu: com¬
me le Mens , Mçlîè ou Mungo , dont parle plufieurs Auteurs. Les Indiens fe werie ou
fervent de laplante pour nourrir les Chevaux ,& de la graine en Médecine pour
guérir les fièvres -, ainfi qu’il le pourra voir dans l’iiifioire des Indes , faite par
Gercie du Jardin.
Le Bilnague , dont on ne ftous apporte que les mouchets , encore bien Bifnague,
rarement ,& duquel les Turcs fc fervent aufïi bien que plufieurs perfonnes de
qualicez en France pour fe nettoyer les dents.
La fcmencc de BAcHan, ou Anis de la Chine, ou de Sibery, dont fe fervent
les Orientaux, à l’imitation des Chinois, pour préparer leurThéé &: leurSorbec. -*“*“*'=
Cette femence eft toute femblable à celle de la Coloquinte , à la referve qu el¬
le eft d’une couleur tannée, luifante &c d'une odeur aflez agréable j elle cft ren¬
fermée dans une petite gouffe épailTe & dure; c’eft avec cette graine & la raci¬
ne de Ni/i^ que les Hollandois rendent la boiffon du Théé & du Sorbec, plus
agréable qu’en France.
Ladoze cft de deux dragmes de racine de Nifî, quatre onces d’eau bouillante,
demi-once de Théé & une dragme de femence de Badian.
J’en obmets d’autres pour nous ettre trop connues, ou parce qu’elles croifTent & fe
trouvent par tout , comme les femences de Fumeterre, de Chicorée, d’Ofcille, de
Laitue-, de Violette, de Pourpié,de Jafquiamme , de Sophie, ou Talietrum, de
Mauves, de Milium folis, d’Hiebles,d’Achc,dc Ravc,de Bafilic,dc Brufeus ou
petit Houx, de Pfilium, ou herbe aux Puces , donc les Chapeliers fe fervent , ôc
plufieurs autres que nos Grainiers débitent a Paris , & comme il y a très peu
de Médecins, Apoticaires & Chirurgiens qui ne fçaehent que quantité d’Au-
teurs en traitent, c’eft le fujet pour lequel je n’ay pas trouvé à propos d’en
parler.
Outre ces femences cy-defTus nommées, nous vendons quatre fortes de grai¬
nes, à qui on a donné le nom des quatre femences froides , qui font les grai- men^ froides,
nés des Citroüillc , de Courge, de Melon, & de Concombre, tantôt en coc-
ques, c’eft à dire, comme nous les faifons venir d’Italie, ou de la Touraine, &
tantôt aufti toute mondées ; lefquelles pour eftre de la qualité requife en coc-
que ou mondées, doivent eftre nouvelles , c’eft à dire, de l’année, pelantes, feches
ne fentant le rance ny le moifi , prenant garde fur tout que l’on ne fuppofe
pas le Melon pour le Concombre, & le Concombre pour le Melon, ce qui n’ar-
rive que trop fouvent , lorfquc l’un des deux eft chcre,cc qui fera neanmoins
facile à connoître , en ce que le Melon cft plus court & plus étroit que le Con¬
combre.
L’ufage des c^uatre femences froides cft pour faire des émultions,eftant fort
propres pour rafraichir ,*& pour en tirer une huillc qui a les facultez d’adou¬
cir le teint des Dames & plufieurs autres chofès fembîables. L’huillc des qua¬
tre femences froides, doit eftre fidèlement & proprement faite, nouvelle tirée,
bien blanche, & de nul gouft ny odeur.
Ce qui refte dans la prefTe qui eft le marc, eft fort propre pour laveries
mains, quoy que la pâte dont l’huillc n a pas efté tirée, loit beaucoup meilleure
en ce qu’elle décrafte plus.
Autrefois l’on nous apportoit d’Italie desCitrQÜilles noires, qui eftoient beau,
/. Partie» F ij
44 Hiftoire generale
coup plus eftimées* que celles que nous voyonyprefentemenr.
Comme la Confection auffi bien que la vente de cette huille &dequantite's
d’autres tirées lans feu, efl permife aux Marchands Efpiciers, j’ay trouvé à pro¬
pos d’inferer icy la maniéré de la préparer j & d’avoir unehuille des quatre fe-
mences, doiiée de toutes les bonnes qualitcz.
Prenez des quatre femances froides, bien mondées & feches, une livre, ou
plus fi vous voulez i faites les battre dans un mortier de fonte, ou de marbre
bien net, & lors quelles feront à demi pulverifiécs, faites les paffer par un gros
tamis de crin , & lorfque le tout fera pafTé, on le mettra dans une toille de crin
double toute neuve, ou du moins qui n’ait jamais fervi à tirer d’autres huilles,
amoins que ce ne fût de l’huille de Ben, & lorfque le tout fera accommodé ,
on le mettrai la prefre,& petit à petit on prefrera,mais toujours également ,
& lorfqu’il n’en fortira plus rien, on retirera fhuille que l’on mettra dans une
phiolle, fimplement bouchée d’un papier troué, de peur quelle ne fe rancif.
le, que l’on gardera pour le befoin,ôc la pâte, comme j’ay déjà dit, fera fort
propre pour laver les mains.
Quelques perfonnes feront furpris de ce que je dis, qu’il ne faut que paffer
les femences par un gros tamis, & enfuite les mettre à la prefl'e, en ce qu’il y
en a qui les font battre jufques à ce quelles foient réduites en pâte, mais je fuis
feur que quand ils en auront effayé , ils aimeront mieux ma maniéré que la
leur , tant parce qu'il y a moins de peine , que parce que c’eft plutôt fait ,
& de plus c’eft que l’on retire plus d’huille& elle ell plus claire & ne fait ças tant
de faiffe. On fera de plus encore averti de ne faire de cette huille qu’à mefa-
re que l’on en aura befbin, tant parce quelle eft bien*tôt faite, que parce qu’el¬
le eft fort peu de demande, & que plus elle eft nouvelle & meilleure elle eft.
De cette maniéré, l’on peut tirer les huilles de Ben, de Pignon blanc , de
Noifettes, de Pavot blanc, d’Amandes douces &ameres, de Noix, de Piftaches,
de Pignove , de Barbare , de Palma Chrifti , & généralement de toutes les graines ,
bayes, & fruits qui, facilement donnenc de l’huille, ainfî qu’il fe verra chacun en
particulier.
Les Auteurs ont donné le nom de femence, à une maniéré de plante qui n’a
ny feuilles ny racines , qui eft ce que nous appelions Cufcute, dont la deferip-
tion fe trouvera au chapitre de l’Lpithyme. ,
Fin des Graines ou Semences.
45
des Drogues, Livre Second.
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HISTOIRE GENERALE
des Drogues.
LIVRE SECOND
Des Racines.
PREFACE.
'ENT E N S parle mot de Racines , la partie de U plante qui ejl
dans terre y çy qm m tire y communique la nourriture aux autres par¬
ties quelle produit ^ qui font la tige , les feUdlcs, la femence ^ yc. Les
Racines que nous 'vendons ordinairement jJ ont non feulement en grand
nombre , mais fort differentes en figure ^ y en h urs 'vertus. Nos tlcrbo^
rifles nous fournifent plttfieurs Racines , qui nom autre préparation , que
d'efire nettojés yfechés^ tantôt bien ^ tantôt mal y fui'vant la capacités
que les Herborifies peu'vent a'voir ; telles que font les Racines d’Julnée ou Enule^de Cam~
pane , de Guymauve ^ de "Benoificy de Flambe ou d’iris noflras , y autres. Nous en fai.
fins venir d'autres des Pays Etrangers , d’une partie defquelles on a ôté le cœur ^ qui cji
la partie nerveufiy dure y inutilles , telles que font le Turbith , la Tapfie , le Diéiam blanc ^
yCy de même que l’on le pratique en plujïeurs Racines de France , telles que font celles de
Lefule^de Pentaphjllum ou ^inte feuille. On nous en envoyé d' autres coupées en rouelles ,
comme le falap, Mechoacam ; en petits morceaux y comme leGalanga minonen tronçons y
comme la Rhubarbe y le 2{hapontie; en leur entière ^ comme ï Angélique î d'autres garnies
de leurs feuilles y comme la Vipérine; y d'autres , dont on ne nous envoyé que les longs fi.
lamens' ou fibres , comme la SafepareilUy y finalement d’autres qui font mondées de leur
peau extérieure y comme U Squine ^ l'Iris de Floranco y y autres Jcmblables : comme il fi
verra cy après.
La connoifance des Racines ne reçoit pas moins de difficulté que celle des graines y tant
à caufe de leurs diverfes efpeces j que de plufieurs marques qui font communes entre quel¬
ques unes; c efi pour cela qu’il faut efire fort circonfpeél dans leur choiXy y fçavoir les prin-
cipalles marque de chacune y pour en pouvoir faire un jufie dicernementy aufjique l on acquiert
par lufage y y quon pert bien -tôt y fi on n’en fait pas un négoce continuel. Ceux qui
ont befoin de Racines , ne doivent pas chercher le bon marché y mais s’addi cfier à des Mar¬
chands y fur la probité defquels ils fi puifent repofer y fur tout lorsque le prix en efi un peu
confiderable.
Ceux qui n’ont pas grande confiance yne fi mettent pas en peine' defuppofr l’une pour l'autre,
y de vendre l’once yde cetteracinefuppoféeyplus que nen vaut la livre , quand ils la vendent
par fin nomscarfayvü de certaines perfonnes vendre pour du ComiSL-Y ctwHy de laTormcn-
46 Hiftoke generale
tille, fur le fieà de plus de cinquante francs la livre , ainf des autres. Il nef ^as aujffort
avantageux de fe charger de ces fortes de marchandifes , fur tout de celles e^ui nom pas grand
débit , tant à caufe du gros dechet qu elle i font en les gardant, que parce que la plus part de
ces Racines font fujettes kfe vermoudre, . comme l’ Jngeliepte ,lj4carus vertus; ■^afegdter
comme la Rhubarbe, la Reglijfe autres. Comme ce Chapitre ferait d’une grande étendue
^ que ce ne ferait jamais fait de vouloir faine la àeferiptio» de toutes les Racines^ je me
renfermera)/ dans celles qui dépendent de mon négoce; fur tout celles que nous faifons ve~
nir de plujieurs endroits du monde, fans m'arrêter à cédés qui Croisent dans nos jardins, ou
dans nos Campagnes , non plus qu'à celles cm croijfent dans des p^^sf éloigne:(^ ,que la con^
noiffance n'en efl pas encore venue jufques a nous.
CHAPITRE PREMIER.
De ïlpecacuanha.
’IPECACUANHA ijotomc Beguquella , auffi Specacuanha , Cagofmga ,
Beculo , Beloculo , ou Mine d' Or ,c(i une petite racine quç les Hol-
landois & les Portugais nous apportent d'un endroit du Brefil , ap-
... . . pelle Rio de genecjro , & qu’on ne trouve qwe fur les Mines d’or, qui
rAmcHqïcmt luy cu ont donne le nom. On la fait ramalTer par ceux qui font condamnez
aux Mines j & ce qui en fait la grande cherté, çeft que le plus fort ouvrier
n’en peut recueillir qu’une douzaine de livres dans un an , & fi ce n croit qu’on
rechange contre d’autres marchandifes ^ elle feroit encore beaucoup plus chcre.
Les Hollandois , ou autres, nous envoyent trois fortes d’Ipecacuanhaj-fçavoir,
le brun, qui eftle premier & le meilleur; & par confequent le plus cher ; le fe-
condquieft le gris, eft moins violent que le brun; le troificme e/l le blanc,
dont je parlcray , cy-aprés.
Les plantes de Tlpccacuanha , tant du brun que du gris , font de moyenne
des Drogues^ Livre Second. 47
moyenne hauteur, en partie rampantes, en partie éleve'es à la hauteur dun de-
my pied; elles ont leurs feüilles aflez approchantes de celles de la Pariétaire,
du milieu defquelles naifTent des fleurs blanches à cinq feüilles, foûtenués par
de petites têtes, d’où forcent des bayes brunes, qui dans leur maturité font
dune couleur rouge brune, de la groffeur d’une ccrife fauvage-, ces bayes con¬
tiennent une pulpe blanche , fucculente , dans laquelle on trouve deux grains
durs, & jaunâtres, approchans de la figure d’une Lentille.
On doit choifir cette racine nouvelle, bien nourrie, foncée, difficile à rom¬
pre, refineufe dans fa fubflance,& ayant un nerf dans fon milieu; & prendre
garde qu’elle ne (bit mélangée de fa tige & de fes filamens , que ceux qui lenvoycnc
y laiflent quelquefois, & qu’elle foit d’un gouft acre, amer & defagreablc. Quel¬
ques amis que j’ay à Lifbonne, en Hollande & âMarfcillc, m’ont afiùré que le
meilleur Ipccacuanha eft le brun, qui elt celuy principalement qu’on trouve
fur les Mines d’or, & que les deux autres fe trouvent au bas des montagnes dans
les prez & autres lieux humides.
Lufàge de cette racine efl; pour la guerifon des dyflenteries ; quelques uns
veulent que cette racine (bit Alexiterre, mais nonobftant cela, je ne confeillc
à perfonne de s’en fervir qu’avec de grandes précautions & par lavis d’habiles
gens , à caufe quelle agit avec beaucoup de violence , foit qu’on la donne en
mfufion , ou en fubftance.
La doze ordinaire de cette racine eft depuis demi gros , jufqu’à un gros; on
la donne en poudre dans quelque liqueur convenable , le matin à jeun; & on
donne un bouillon gras, ou au lait, deux heures après.
Cette racine fait vomir , avant que d’arrefter, qui eft le contraire des autres
aftringents.
De r lÿecacuanha blanc,
L’Ipecacuanha blanc, différé des deux autres, en ce que la racine eft blan¬
che & tout à fait femblablc au Bchen blanc, ou à la racine de Dicftam blanc ;
& a fes feüilles femblables à lOzeille ronde : d’autres difent qu’il eft fem-
blable au Pouliot; & comme il m’a efté du tout impoftible de fçavoir fa vérita¬
ble figure, j’ay mieux aimé m’abftenir de la reprefenter, que de dépeindre ce
que je n’ay pas vû.
Les Efpagnols & les Portugais preferent l’Ipecacuanha blanc , qu’ils appel¬
lent Ipccacuanha blanca aux deux precedens , principalement pour les femmes
groffes, & pour les petits enfans, à caufe qu’il agit avec moins de violence ;
ils l’ordonnent en fubftance au poids de demi-gros, &en infuflon jufqu’à deux
gros, àc ils y procèdent de la même maniéré que j'ay marqué cy-deft'us.
Au mois de Janvier 1690. il futfbûtenuëuneThefe,aîix Ecolles de Médecine de
Paris, au fujet de la racine du Brefil,ou Ipccacuanha-^ dans laquelle il eft marquée que
les Ameriquains en font beaucoup d’eftime, tant à caufe qu’ils prétendent que c eft oa^îpcMcuïï
un fort bonantidore,que parce quelle eft fort convenable pour la guerifon déplu-
fieurs longues & fâcheufes maladies ; fur tout les Dyffenteries ou Flux de vendre , &
fe donner bien de garde d’en faireufer à ceux qui ont un flux hépatique.
QiKlques uns veulent que ce foit M Helvetius Médecin Hollandois,’ qui aie mis
1 Ipccacuanha en ufage en France , depuis environ 4 ou ^années , mais je pourrois ccr-
tiffier le contraire , parce qu’il y a plus de vingt années que j’en ay vu â Paris ; pour
preuve , c’eft qu’il s’en eft trouvé une affez bonne quantitee dans la boutique de feu
le S' Claquenellc Maître Appoticaire , qui tomba entre les mains du Poulain fon
gendre, auffi Appoticaire qui l’a remis en ufage, par ordonnances du S'^Helveiius.
Hiftoire generale
foutra- Ycr va
blanc.
48
CHAPITRE II.
Bu Contra-Yerva.
Ccmtr’i
X E Contra-Yerva cft la racine d’une plante qui a fcs feuilles ram-<,
1 ipantes a vertes, nerveufes, de la figure d'un coeux, du milieu defquelles
fort une tige toute nuë,dc la grofleur du doigt. On nous l’apporte de la nou¬
velle Efpagne.
On doit choifir cette racine nouvelle, bien nourrie, garnie de longs filamens,
noüeufe, pcrantc,d’un rouge tanné au dehors, & d’un blanc grisâtre au dedans,
d’un gourt fuave & aromatique.
C’eft un Alexiterc fort puiflanc pour refifter à plufieurs fortes de venins; c’eft
pourquoy les Efpagnols l’on nomme Contra-Ycr'va ^ qui fignifîe en leur langue
contre poifon.
Il croît encore au Pérou, une racine fort (cmblable à celle cy-delTus, qui eft
appellée Drak ou Drakena, du nom de François Drak , qui en a apporte le pre¬
mier en Angleterre.
Quoyque cette racine foit un contre-poifon, fes fcüilles au contraire font
un poifon mortel.
Plufieurs perfbnnnes fe fervent prefentement düContra^Ter'va réduit en pou¬
dre, & mêlé avec fbn double poids de Quinquina, au fli pulverifé , pour guérir ,
ou du moins fufpcndre pour un temps les fievres d’accez ; d’autres s’en fervent
aufli en le mêlant de meme avec de l’Ipecacuanha, pour laguerifon du Flux de
ventre, ou de la Dysenterie.
Nous vendons la racine d’une plante qui croît en quantité, par route la Fran¬
ce, & meme dans nos jardins, qui eft connue prcfque de tout le monde, fous
le nom d’Afclcpias ,& des hmpliftes, fous celuy d’Hirundinaria. Cette racine
ert fort déliée, blanchâtre, & alfcz (emblable i\ a efté appellée de
des Drogues * Livre Second. 4 p
quelques-un$ Contra.Yer<va blanc, parce qu’ils pretendrent qu’elle aies mêmes
proprietez. On la doit choifir nouvelle, bien nourrie, d’un gouft tant foie peu
piquant & aromatique.
CHAPITRE III.
De la Vipérine ,0x1 Serpentaire Virginienne.
Il y aune «om-
pofition de plu-
iieuts drogues
dans laPharma.
copàc de M.
Charasàla pa¬
ge 1041. àqui
on a donné le
nom de Pierre
de Contra- ycr-
va, à caufe que
la racine de
Contra Yerva
en cft la balTc.
La VIPERINE, que quelques- uns ont nommée Serpentaire ou Serpentine
de la Virginie; & d’autres Diâame, ou Pouliot , ou Contt a^Terva delaVirgi.
nie, eft une plante qui croît dans la Virginie, l’une des parties del’Amerique
Septentrionale, d’où les Anglois là tirent & s’en fervent beaucoup contre tou,
ces fortes de venins j en ayant éprouvé les bons effets dans les lieux ou elle croît,
& fur tout contre la morfure d*un certain Serpent affez gros , long de cinq
pieds, de couleur brune mêlée de jaune, ayant les dents longues & pointues,
portant certaines fonnettes fous la queue , rampant avec une extreme vi-
ceffe, & fort redoutable aux voyageurs, qui feroient beaucoup plus fujets à en
eftre attaquez & mordus, fi le bruit des fonnettes qu’ils entendent de loin, ne
les obligeoit à fe tenir fur leurs gardes, & à fuivre les avis de ceux du pays, qui
leur font porter un long bâton fendu par un bout,& dont la fente eff remplie
de Vipérine écrafée & débordant hors de la fente du bâton ; pour s’en fervir à
avancer la pointe fendue contre la gueulle du Serpent s’il vient à eux & l’en
faire mourir, ou l’obliger à s’éloigner d’eux j & d’autant que ceux du pays pren¬
nent ce Serpent pour une cfpcce de Vipere, & que cette racine guérit fes mor-
fures, on luy a donné le nom de Vipérine, & le furnom de Virginienne, àcau-
fe de fon lieu natal. Les Efpagnols ont donné à ce Serpent, le nom de
Cafeavel, à caufe des fonnettes qu’il a fous la queue.
On peut dire que l’odeur & le gouft aromatique de cette petite plante, l’em¬
portent de beaucoup > fur ce qu’on en .peut remarquer en toutes les autres qu’on
met au rang des aromats.
/. Partie. G
JO Hiftoire ‘generale
Cette plante eft non feulement connoiflablc en cela , mais en ce quelle cft
•compofée d'un nombre prefque innombrable de filamens fort déliez, qui font
attachez à un nerf,& avec lequel ils reprefententune barbe afe grande. Ou¬
tre les vertus fingulicres de cette plante, contre les morfüres de Viperes& de tou¬
tes autres fortes de Serpents, elle eft aufli très propre contre toutes fortes de
poifons, & même contre les maladies Epidémiques, & l’on en doit cftrefort per-
luadc,puis que Monfieur d’Aquin, premier Médecin de Sa Majefté,! a choific com¬
me un des principaux inerediens de fa Thériaque reformée , décrite dans la
pharmacopée Royale, Galenique & Chymique de M. Charas , d«ntl inven¬
teur de la Theriaque, ny aucun Auteur moderne , ne s’eftoient 'encore avifez.
On peut donner cette plante depuis le poids d’un fcrupulc, jufqua une drag-
me, la reduilànten poudre, & la délayant & donnant dans du vin, ou dans quel¬
que eau cordiale , loin de toute nourriture.
A l’égard de fon choix , elle doit eftre nouvelle , fa racine grofle & bien
nourrie, d’odeur forte , tout à fait femblablc a lafpic,ou lavande male ^ foie
que Ion la porte au nez, ou qu’on en mette tant foit peu dans la bouche. Ccl*
le dont les fcüilles font vertes & bien nettoyees , doit eftre la plus cftimée , en
ce que comme cette plante eft petite en toutes fes parties, il y en a ou il fc
trouve la moitié de perte par les corps étrangers qui s'y rincontrent; foit que
ceux qui la cueille, ne l’épluchent pas, ou que Ton les y mette exprès àcaufe
•de fa cherté.
CHAPITRE IV.
Des Ruharbes,
La Rubarbe du Levant cft la racine d’une plante de laquelle jenay pu fça-
voir pofitivement le vray lieu nataj non plus que la figure de fa plante.
des Drogues, Livre Second. 51
C’cft pourquoy j ay efté oblige de prendre l’Eftampc qui eft reprefentee dans
Dodon,ne m’ayant pas efte poflible de fçavoir aucrcmcnc la véritable figu¬
res de fes fcüilles & la maniéré donc elles (ont dilpolees eftant fur pied.
Pour fes fleurs , j’en ay une afTez bonne quantité donc un de mes amis ma
fait prefenc,
Dalefchamps, en la page 538. du fécond Tome de fon Hiftoirc des Plantes,
fait un grand difeours fur la Rubarbe, & fur le lieu d’où l’on nous l’apporte j
mais luy &c les autres Auteurs, en ont parlé fi diverfemenc , que j’ay jugé à pro¬
pos de dire feulement ce que j'en ay apris depuis peu , fans m’arrêter à ce que
les autres en ont dit. Voicy ce que l’on m’en a écrit de Marfcille le 25. Juillet
1691.
,, La Rubarbe vient de Perfe^ quelques-uns difent qu’elle y croît, d’autres
,, veulent qu’elle vienne des confins de la Mofeovie , mais la plus commune opi-
„ nion eft qu’elle naît en Perfc; cela a affez de rapport à ce qu’en a écrit M.
J, Tavernier, qui affure dans fon Livre de voyages, que la meilleure Rubarbe
„ croît & vient du Royaume de Boutan.
Cette racine nouvellement tirée de terre, eft greffe, fibreufe , noirâtre par-
deffus & d un rouge marbré au dedans ^ elle pouffe des feiiillcs larges & cot-'
tonnées, d’où naiffenc de petites fleurs incarnates en forme d’étoiles , après lef
quelles vient la femence.
On choifira la Rubarbe nouvelle, & autant qu’on le pourra en petites piè¬
ces unies, raifonnablemcnt foliJes & pefantes, d'un gouft aftringent & un peu
amer , d’une odeur affez agréable & un peu aromatique , ôc d’une couleur jau¬
ne affez belle en dehors ,& de couleur de noix mufeade au dedans , laquelle
eftant trempée dans de l’eau luy donne une teinture approchante de celle du
fàfran; ôc cftanc.cafice ,que la couleur du dedans en foie vive ôc vermeille j ce
que le vendeur ne permet guere volontiers, parce qu’il y peut eftre trompé de
même que l’acheteur j c’eft pour cela qu’il faut fe contenter des marques cy-
deffus, ou la rompre par quelque endroit defeâ;ueux,fans neanmoins l’endom¬
mager, comme on le peut faire aifement avec la pointe d’un couteau ou avec
une aiguille à emballer-, il faut auffi prendre garde que ce ne foie de vieille Ru¬
barbe racommodée avec des poudres qu’il n’cft pas befoinde nommer, ce qui
fc pourra voir facilement en la maniant , par la poudre jaune qui s’attachera
aux doigts.
On attribué de grandes proprietez à la Rubarbe, fur tout de fortifier l'efto-
mach, de purger doucement la bille , principalement lors qu’elle eft aidée de
quelque purgatif. On l’eftime aufli fort convenable pour arrefter lesDyfl'entc-
rics, eftant mâchée ou groflierement pillée, prife dans quelque liqueur con¬
venable. On s’en fert aufli pour tuer les vers des petits enfans; enfin c’eft un
remede doux Ôc bénin, duquel on fepeuc fervir en toutes fortes d’âges ôc pour
toutes fortes de perfonnes, foit femmes greffes ou petits enfans ; fes bonnes
qualitez font caufe que les Médecins l’ordonnent fi frequemmenr, connoiffant
qu’ils ne courent aucun rifquc, 5c eftans fort perfuadez que c’eft un excellent
remede , ils en ont fait un des pilliers de la mcdecine. Je diray en paffant que
l’endroit par ou l’on a enfilé la Rubarbe, pour meprifé qu’il fbit, eftant donné en
poudre au poids d’un gros, dans un verre d’eau -roze ou de plantain, le matin à
jeun, eft un remede affuré^pour arrefter les cours de ventre.
l. Partie,
Gij
P Hiftotre generale
De l' Extrait de Rubarhe.
L’On peut tirer de laRubarbCjpar le moyen de l’eau commune, une tein¬
ture jaune , quieftant évaporée doucement fur le feu & réduite en confif-
tancc de miel , eft ce que les Appocicaires appellent Extraie j bc pour qu’il
foir de la qualité requife , il doit eftre fidèlement fait &avec de bonne Rubar-
be & bien cuir, ce qui fe connoîtra facilement en approchant le doigt defliis:
car lors qu’il ell bien travaillé, il ne doit ellre aucunement adhérant aux doigts
& eftant délayé dans de l’eau il doit faire une belle teinture jaune & nepasfentir
le brûlé.
On attribue de grandes proprietez à l’Extrait de Rubarbe dont plufieurs
Auteurs font mention , principalement pour purger doucement & pour
fortifier l’eftomac.
Sel five de Ceux qui feroient une grande quantité d’Extrait de Rubarbe, du marc cllanc
nkibe. pourroient faire un Sel jîxe , à qui l’on attribue de grandes proprietez.
Rubarbe de ï Amérique.
DEpuis quelques années nous voyons quantité déplantés de Rubarbe dans
nos jardins, que M.de T oify Viceroy des Ifles,fit apporter des Indes Occiden¬
tales en France. Il y a même des endroits ou cette Rubarbe vient fi groffe bc
fi approchante de la vraye Rubarbe de Perfe, que l’on auroit afiez de peine d’en
faire la diffcrenccijc puis aulTi aCTurcr d’avoir tiré moy-même de terre, au bouc
du Pont du Rhône à Lyon le long de la Riviere, plufieurs racines de cette Ru¬
barbe, laquelle ayant cfté ratifiée & fechée, ne differoit prcfque en rien de la
véritable Rubarbe.
Plufieurs perfonnes prennent cette Rubarbe pour le Rhapontic, à caufe de
leur grande conformité. Entr’autres Profper Alpin, qui a efté celuy qui la ap¬
portée des Indes àPadouë,quoy qu’il y ait beaucoup de différence; fur tout en
ce que la Rubarbe efi ordinairement en morceaux , prefque ronds, & quelle
a fes lignes internes de travers; & qu’au contraire le Rhapontic eft en morceaux
longs, & qu’il a fes lignes en rayes rougeâtres & en long^ôc comme cette diffé¬
rence n’efi connue que de peu de perfonnes, ceux qui nousenvoyent la Rubar¬
be y mettent affez fouvent du Rhapontic. C’cfl le fujet pour lequel le vray Rha-
poniic, c’ell à dire, celuy du Levant, efi: fi rare. Et delà maniéré que je viens
de dire , ceux qui auront befbin de Rhapontic, en trouveront parmi la Rubar¬
be, car nous ne recevons point de Rubarbe, ou il n’y ait des morceaux de
Rhapontic mêlez. Mais outres les marques cy-deffus exprimées, pour mieux
connoître la différence du Rhapontic d’avec la Rubarbe , le plus fur efi: de les
goûter, car la vraye Rubarbe ne donne aucune vifeofité dans la bouche, au lieu
que le Rhapontic ne manque pas d’en donner.
Rubarhe des Moines ^ ou Rhapontic
de Montame,
O
La rareté du Rhapontic du Levanr,a donné lieu à quelques broüillonsdeluy
fubfiituer & donner, à ceux qui n’en ont aucune connoifiànce, les racines de
l’Hypolapathum à feuilles rondes de l’obel, que plufieurs cultivent dans leurs
jardins-, ou une autre cfpccc d’Hypolapathum, qui a fes feüilles grandes, mais
des Drogues, Livre Second. J3
moins rondes ,& qu on trouve en certaines montagnes j quoy que la différence
en foit grande, vu que le Rhapontic du Levant elt jaune au dehors & rougeâ¬
tre marbre au dedans, ôc que cet Hypolapathumeft noir & chagriné pardefllis &
jaune par dedans, fans aucune marbrure-, c’eftpourquoy lors quils rencontrent
desperfonnes entendues, ne pouvant faire pafTer ces racines pour vraye Rha¬
pontic du Levant , ils les qualifient Rhapontic de Montagne ou Rubarbe des
Moines.
Le Jalap eft la racine d’une plante de quatre à cinq pieds de haut , &
qui a Tes feuilles aflez approchantes de celles du grand l’hyerre , excepté
qu elles ne font pas fi épaifles -, fuivant ce que m’en a écrit le fieur RoufTeau ,
éc fuivant ce que m’en a dit le R. P. Plumier, le Jalap que nous vendons cfi: la
racine de cette plante qui nous eft apportée de la nouvelle Efpagne il n’y a pas
Ipng-temps, à qui M. de Tornefort a donné le nom de SoUnum Mexicanum ,
magno Jîore, femine rugofo , Jala^ exiflimatum , qui fignifie Morelle du Mexic^ue à
grandes fleurs , dont la graine eft ridée, que l’on croît cftre une elpecc de la-^
lap.
Le R. P. Plumier veut que cette Morelle foit une belle de nuit, en ce qu’elle
eft tout à fait femblable à nos belles de nuit, que nous appelions en latin, mi.
rahilïs ^eruuiana. Cftte plante eft fort commune dans nos jardins , àcaufe quelle
ne fleurit que la nuit, d’où luy eft venu le nom de belle de nuit.
Quelques-uns auront peut-eftre peine à croire que le Jalap foit les tronçons
G iij
Bcllcdenule,
BîTcuits
nii.
54 Hiftoire generale
de la racine de cette plante , mais comme le R. P. Plumier a efté fur les lieux,
& quW de mes amis m’a donné de cette racine crue en France dans une bon¬
ne terre, & que j’ay vu quelle ne différé du Jalap qu'en ce qu elle cft plus le-
gere^ plus blanchâtre & qu’elle ell plus figurée, & que fes différences ne provien¬
nent, fans doute, que des differens efimats , ainfi je laiffe cet article à déci¬
der, n’ayant pu en Içavoir davantage, pour dire que l’on doit choifir le Jalap,
en greffes rouelles , difficile âcaffer avecks mains, mais tendre fous le marteau,
d’un gris noirâtre au defius & d’un noir iuilànc au dedans, refineux, d’un goufl
acre & affez deTagrcable, j5renanc gardé qu’il ne (bit pas mélangé de Brionne
ou d’autres racines fcmblables, à quoy il elt fort iujec.
On nous apporte le Jalap que nous vendons en France des Indes Occiden¬
tales, mais la plus grande quantité vient de l’ifle de Madcre , ou il croît fore
communément, & lans culture.
On cfiime le Jalap propre pour purger les ccroficcz , mais il faut en con-
tioîcre la portée, parce qu’il opéré vigoureufement, (ur tout fi on le donne en
fiibrtance, & fi on ne modéré la doze, laquelle on doit proportionner à laconlli-
tution , à l’âge & aux forces des perfonnes j a’eft le fiijcc pour lequel on n’en doit
ufer qu’avec de grandes précautions.
La doze ordinaire cft depuis un ffirupulc jufqua une dragme, dans du vin
blanc ou autre liqueur convenable.
On fera averti de ne point achepter dujalap enpoudrc,fi cen’eftde Marchands
donc la probité foie connue, & à qui l’on puiffe fc fier, en ce qu’il y en a qui
ne mettent en poudre que du Jalap chargé de Bryonne ou autres racines , ou
de celuy qui eft carie' & vermoulu j on doit eftre foigneux auffi qu’il aiteftépaf-
fé par un tamis de foye, en ce que plus il cil fin , plus il a de qualité, & eft moins
malfaifanr.
' C’eft avec cette poudre qu’un Paticier de Paris fait ces Bifeuits purgatifs,''
dont l’on fait une felle à cous Chevaux j & il en fait un débit affez confidc-
rable, foie par les bons effets que l’on y a pu remarquer , ou par le bon mar¬
ché qu’il en fait j ce que je n’ay pas jugé a propos de décider, eftant plutôt l'af-
fairc des Médecins & des Appoticaires que la mienne.
De la Refine ou Magijlere de lalap.
ON tire du Jalap, par le moyen de rcfprit de vin & de l’cûu commune ,
une Refine liquide, blanche & gluante , affez approchante de la Thcrc-
beiuine; & qui apre's avoir eftéfechéc à l’ombre, approche de la Refine ordinaire;
elle doit eftre de l’odeur de la Refine de feamonée; principalement lors qu’elle
a efté bien travaillée, car fi par une mal façon ,il y a de l’extrait de Jalap mê¬
lé avec, ou qu’elle ait efté fechee fur le feu , clic fera d’une couleur brune ,
tout à. fait femblablc à celle de l’Arcanfon, vulgairement appellé Colopbone.
La belle Refinc du Jalap, outre la couleur & l’odeur cy-deffus, doit eftre lé¬
ché, tranfparantc , tendre & friable, & eftant écrafée entre les doigts , elle doit
eftre une cendre ou poudre grife.
Cette Refine eft plus cftimée que le Jalap, tant à caufe qu’elle a beaucoup
plus d’effet, que parce quelle eft bien plus facile à prendre.
La doze ordinaire de cette Refinc eft de cinq à fix grains, prife dans un jau¬
ne d’oeuf. Quoy que cette Refine foit doüéc de très bonne qualitcz , on ne
doit s’en fervir que par l’avis d’habiles Médecins.
Apres avoir fait la Refîne dejalap en avoir tiré l'efpricde vin , & fait évaporer
des Drogues J Livre Second.
rhumiditc, on retirera un Extrait d’une couleur brune, d’une confiftancc de ExcMitdciaiap
miel , qui a à peu près les mêmes qualitez que la Refine , excepté qu’elle
n’agit pas avec tant de force.
Du Mechoacam.
Le Mechoacam ainfi appellée Kubarbe blanche ^ Scamome ou Brjonne de
l'Jmerique, eft une racine Icgere & blanche, tant de hors que dedans ,
que Ion nous apporte coupée en roüelles, de la Province de Mechoacam dans
la nouvelle Efpagnc, d’où cette racine a tiré fon nom.
L’IflcdeS.Dominguc ,felon le témoignage du S' F. Roufieau, eft fi abondante
en Mechoacam, que l’on en pourroit charger un vaifteau en très peu de temps.
Cette racine eftantdans terre, poufle des tiges, d’où forcent des fcüilles minces,
faites en cœur, d’un verd blanchâtre, après lefquellcs naifTcnt de petites bayes
Vertes au commencement & qui rougiftenc à mefure qu’elle meuriftenr. La
plante du Mechoacameft rampante, & ne diftere de laBryonne, eftanr fur pitd,
qu’en la figure de fes feuilles, & par le gouftj & la racine eftant coupée & fe-
che ne diffère aufli de celle de la Bryonne, qu’en ce que Je Mechoacam eft
d’un gouft & d’une odeur prefque infipide, & la Bryonne eft d’une amertume
infuportable.
On doit choifir k Mechoacam en belles rouelles , blanches defTus &: dedans ,
fcc & pefanc, d’un gouft prefque infipide, ainfi que je l’ay marqué cy-deftus;
& rejetter celuy qui eft falle, maigre, mince & aride ;& prendre garde qu’il n’y
ait de la Bryonne mêlée avec; ce qui ne fe rencontre que trop rouvcnc,lors que
le Mechoacam eft cher, ainfi qu’il eftoit en lôytî. ce qui fera facile à connoî-
tre, en ce que le Mechoacam à les lignes plus ferrez, & eft d’un gouft doux, &
la Bryonne eft extrêmement pierreufe & d’un gouft fort amer.
50 Hiftoire generale
Le Mechoacam réduit en poudre & pris en double dozc du Jalap,cfl: le plus
excellent remede pour purger les cerofitez , qui ait paru jufqu a prefent-, mais
comme ces ciFcrs ne (ont pas extrêmement prompts, & qu’il n’agit pas avec
une aufTi grande violence que le Jalap j la mode d’en ufer en eft prefqiie paf-
lée, quoyque alTez mal à propos, ce qui ne vient que de la faute des mala¬
des, en ce qu’ils croyent n’eftre pas bien purgez ,fî un remede n’opere prom-
tement & avec violence j neanmoins quoyque ce foit un remede très doux , il
doit ellre préféré au Jalap, en ce qu’il y a moins de rifque, & que l’on le peut
donner à toutes fortes de perfonnes, foit jeunes ou vieux; il fe prend dans du
vin ou autre liqueur, le matin à jeun comme le precedent.
Lait , OU F e eu le de Mechoacam.
S"* I nous pouvmnsavoir du Mechoacam recent, on en pourroit tirer une fe-
Jciile , qui (efoit,ce que quelques - uns appellent lait de Mechoacam: mais
comme il eil prefque impoflible d’en pouvoir faire, faute d’avoir de ces raci¬
nes recentes, & que c’eft un remede affez inutile j c’ell le fujet pour lequel on
ne s’en doit pas mettre en peine.
De la Bryonne , ou Viyne hlanclK.
Naveaa fau-
vage.
La Bryonne , à qui l’on a donné le nom de Coulevrée, ou de Vigne-
blanche, eft une plante fi connue, qu’il eft inutile d’en parler j & déplus
c’eft que tout ce qu’il y a d’Auteurs en font mention, & il y a très peu de jar¬
dins & de hayes à la compagne qui n’en foient remplies. La racine de cette
plante , lors qu’elle eft nouvelle eft fi violente , que les Payfans luy ont donné
le nom deNaveau enragé, en ce que dés aufli-tôt que l’on en a mangé, on de¬
vient infenfé, comme fi l’on eftoit enragé, & quelquefois en rifque d’en mou¬
rir. Mais eftant feche, elle eft de quelque ufage dans la Médecine, en ce qu’il
y a quelques compofitions, là ou elle entre.
Le fieur Mathurin Sebille le plus fameux Herborifte que nous ayons eu à Paris
depuis plufieurs fiecles, m’a aflliré que le véritable Naveau fauvage eftoit la
Bryonne, & que la graine qui fe trouve dans ces petites bayes féches, eftoit la
feute qui dévoie entrer dans la compofition de la Theriaque. Quelques • uns
veulent que la Bryonne foit un très bon remede pour guérir les morlures des
Serpens , & que c’eft de la que luy eft venu le nom de Coulevrée, de même
qu’elle porte celuy de Vigne blanche, ou noire j àcaufe que fes feuilles font fcm.
blables à celles de la Vigne.
Fecule de Bryonne.
ON peut tirer de la Bryonne une fecule, qui eftant feche eft femblable à
l’Amidon; mais depuis que l’on a reconnu qucc’eftoitun remede prefquc
inutile, c’eft le fujet pour lequel l’on n’en tire que très peu.
De la Bryonne, ouV igné noire.
IL y a encore une autre cfpccc de Bryonne, ou Coulevrée, ou Vigne noire ,
à qui quelques-uns ont donné le nom deSceaude Nôtre- Dame^mais comme
nous ne vendons point de ces deux fortes de racines, & que les Auteurs entrai.
tent
des Drogues^ Livre Second. 57
tcnt; c cft le fùjet pour lequel je n’en ay pas fait graver les figures, & que je
n'cn ay pas fait un plus lorîg difcours.
Je diray que la racine de la Bryonne noire recentc appliquée fur lescontufîons
empêche lefang de fe meurtrir afin qu’il n’y paroifle pas, & c’eft ce qui luy
a fait donner le nom de racine contre les meurcriflures. Racine contra
les mcuttiilTu-*
■ — _ _ _ _ _ _
CHAPITRE VII.
Du Turbith.
Le Turbith, que les latins zp^eWentTurpethum la racine d'une plan-
te rampante le long des autres arbres, qui a les feuilles & (es fleurs aflez
approchantes de celles de la Guymauve, ainfi que le rapportent plufieurs Au¬
teurs, entr’autres Garcie du Jardin, qui marque dans (on Livre, à la page 231.
de Ton fécond Volume, ce qui fljit ;
„ Le Turbith eft une plante qtii a (à racine d'une moyenne groflfeur & lon-
,* gueur , ayant le pied épars fur la terre , comme le lierre: elle produit des
„ feiiilles & des fleurs femblablesà la Guymauve -, la meilleure partie de la plan-
„ te, eft ce qu’il appelle le pied , & dit que toute cette plante n’a aucun gouft
J, lors qu’elle eft recentc j & qu’elle fe trouve aux environs de la Mer, tant en
,, Cambajette, Suratte, qu’en d’autres contrées des grandes Indes. Il dit en-
»> qu'il s’en trouve à Goa , mais que les Médecins du Pays n’en font point
„ détatj & ne pouvant tout à fait m’arrêter à ce qu’en a écrit Garcie du Jardin,
>»j^y j^gc à propos de mettre icy ce que M. Paul Hcrmance Dodeur en
3, Médecine & Demonftrateur au jardin des Plantes de l cyde , rapporte dans
J, fon Livre a la page78.ou il dit qu il a vii en plufieurs endroits des Grandes Indes ,
5, principalement dans Tlfle de Zeilan , du véritable Turbith. Cette Plante
», cft rampante & s’entrclafle fort facilement d’elle même, ou autour des autres
„ arbres qui luy (ont voifinsi cette racine eftant dans terre, pouflfe desSarmens
/. Partie. H \
58 Hiftoire generale
longs de cinq à {ix pieds, du milieu des tiges fortent des feuilles qui y
J, (ont attachées par une queuë de moyenne grandeur-, ces feüilks font afîez
ftmblables à celles de la Guy mauve, à la relcrve quelles, font tant foit peu
,, plus blanches, vtloutécs&épineufes, ou plutôt garnies de petites pointes après
„ lefquelles naifTent des fleurs incarnattes,femblables à celles du Liferon; c’eft
„ le Injet pour lequel M. Paul Hermance luy a donné le nom de Convohu-
„ Im Indiens alUtus maximns folio ihifco nonnihil [mile Tttrbith offtemarum, qui figni-
„ fie Liferon des Indes ^ d grandes feUilles qui approche en quelque façon de la Gujmau-
„ nje eÿ* que l'on appelle Turbith dans les Boutiques i lots que la fleur efl: tombée
„ il refte des goufles, dans chacune defquelles il y a quatre femences noirâtres
,, à demi rondes , de la grofleur du poivre.
Le fleur Hermance dit de plus que la plante du Turbith aime les lieux hu¬
mides & voiflns de la mer j & on peut s’affurer fur ce qu’en rapporte cet Auteur
tant parce qu’il a efté luy- même fur les lieux, que parce que ckfl: un homme
de probité & digne de foy.
On doit choifir le Turbith bien mondé, c’efl: à dire fendu en deux & que le
cœur en foit ôté, difficile à rompre, gris au dehors & grisâtre en dedans, pe-
fant, non carié, reflneux aufli bien dans le milieu que par les bonis, & rejetter
celuy qui efl blanc., léger, facile à rompre & à le vermoudre, aufli bien que ce«
luy qui n’efl: reflneux que par les extremitez, cela ne provenant que de ce que
les Indiens le tordent aufli- tôt qu’il efl: tiré de terre , pour faire aller Ton fuc
à fes extremitez, & qui venant enfuite à.fe Iccher, paroît reflneux j ou cela
provient d’avoir efle trempé dans quelques gommes ou reflnes fondues.
Qiielques-uns préfèrent les moyens morceaux de Turbith au gros, ce que je
ne défaprouve pas.
Plufieurs fuppofent & employenc la Thapfla pour le Turbitli, ce qui le
-connoîtra facilement, comme il fe vera cy- après.
On eflime le Turbith propre pour purger les feroflrez,& fon plus grand ufàgè
efl pour les Appoticaires, parce qu’il entre dans beaucoup de compofltions
galéniques.
On prétend que le nom de Turbith vient du mot latin Turbare^ en ce qui
purge en troublant les humeurs, de même que le Jalap.
Rejîne ou Extrait de Turbith,
O N peut tirer du Turbith une Reflue &jLjn Extrait , de la même manière
que l’on fait du Jalap, mais le peu qu^l’on en retire, fait que je ne con-
Teillc àperfonne de s’y amuler.
De la Thapfie blanche.
La Thapsie ou Thapsia Blanche ou Turbith gris, efl la racine d’une
planted écrite dans tous les Auteurs, qui a fes fcüilles comme le Fenoüil;
apres lefquelles naiflent des ombelles femblables à celles de l’Ancth , fes fleurs
font jaunes & fa graine large, approchantes de celles de la Ferulc.
Cette plante cft fort peu en ufage, à caufe de fa grande violence , & le fuc
ou lait qui en fort efl fl acre, que la feule vapeur fait enlever le vifâge ; la raci¬
ne de cette plante efl aufli très peu ufitée en mcdecine, fl ce n’cft par quelques
Appoticaires qui en employent (quoy que mal à propos) pour le véritable Tur-
bich loit faute deconnoiflance,ouà caufe qu| cette racine de Thapfie efl à beau^
/
des Drogues J Livre Second; 59
coup meilleur marché, la difFcence qu’il y a entre cette racine & celle duTurbith
cft neanmoins fort confiderable,en ce que leTurbith elt d'un gris rougeâtre au
deiTus, d’un blanc grisâtre au dedans, aflez pefant & difficile à rompre j qui eft
le contraire de la Thapfie qui eftlegere, froncie, d’un gris argenté au deffus ,
& d’un gouft fi acre & fi chaud quelle enlcve la bouche, fur tout lors quelle
eil: nouvelle. •
Il y a encore une autre forte de Thapfie, à qui l’on a donné le nom de Tapfic»oir;
Thapfie noire ^ laquelle n’cflant d’aucun ufàge dans la 'médecine , c’eft le fujec
pour lequel je n’en parleray point , me contentant feulement de dire que
ces deux racines doivent élire mifes , à caufe de leurs grande acrimonie, au
rang des remedes violcnsj dont l’cmploy cflfort dangereux, ce qui fera que
les Appoticaires & autres perfonnes, fe donneront bien de garde d’employer
ces deux racines à la place du véritable Turbith.
CHAPITRE VIII.
Du Coflus Arabim.
Le Costus Arabicus ou ArabiQi^e , efl la racine d’un arbriffeau fore
femblableau Sureau qui croît en quantité dans l’Arabie heureufe, d’où
il a tiré fon furnom.
On le choifira en belles racines pefantes,d’un gris cendré au delTuSj&d’un
gris rougeâtre au dedans, mal aifé à rompre , d’une odeur forte, d’un goufl:
aromatique, accompagné de quelque peu d’amertume.
Le plus grand ufage de la racine de ce Collus ell pour la Theriaque, à la
quelle il na befoin d’aure préparation que d’être nouveau, gros , bien nourri,
inondé de fbn rofeau qui tient le plus fouvent à la racine, &: de la terre ou au¬
tres corps étranger qui s’y rencontre affez fouvent.
/. P4r/if. • H ij
6o
Hiftoire generale
Du Cofim doux.
Le Coftus dou;: eft une petite racine fort approchante en couleur , groffeur
& hgure au Terra Mérita-^ mais comme c^cte racine eft prefentement d'une
fi grande rareté, qu’il eft prefquc impolïible d’en trouver, & que la plantç mê¬
me nous en eft inconnue, auffi bien que celle du Coftus amer dont je parle-
ray ^y-aprés: ceft le fujet pour quoy les figures ne font point icy reprefentées.
Du Cojlm amer.
Le Coftus amer, à qui quelques uns ont donné le nom de Cojltis Jndicm ,
eft une grofte racine fort dure, unie, luifante, qui reftcmble plutôt à un
inorceau de bois de chêne qu’à une racine.
Ce Coftus n’cft pas tout à fait fi rare que le precedent, s’cn trouvant encore
dans plufieurs anciennes boutiques ; comme la rareté d’une marchandife donne
occafion aux uns d’en faire une plus exaéte recherche, & aux autres d’avoir re¬
cours à des fubftituts , il eft arrivé que quelques montagnards ont apporté d'I¬
talie , fur tout du Mont faint Ange, des racines de l’Agriocynera , qu’ils font
pafTcr pour du Coftus amer, quoy que la différence en loit fort grande , parce
que l’Agriocynera eft prefque infipide., & le Coftus eft anKr, ainfi qu’il en
porte le nom: d’autres fubftituént à la place de ce Coftus amer, tant pour éviter
d’eftre trompez , que pour épargner leurs bourfes,l‘écorce de Vvintherus , à qui ils
ont donné le nom de Coftus blanc j & d’autres la Zedoare, ou la racine du coq de
jardin, que les Botaniftes appellent corjmbi-fera, quifignified^fwfe
de jardin portant des ombelles , finalement d’autres l’Enule de campane , ainfî
du refte ^ mais pour éviter tous ces abus & empêcher de faire des fubftituts ,
on pourra fe fervir du Coftus Arabique, comme eftantle meilleur & celuy qui
doit porrer feul le nom de Coftus, puifque l’on doit eftre perfuacJé que tous
ces differens Coftus que l’on voyoit le temps paffé, ne provenoient que de la
différence des lieux , d’où ils eftoient apporté.' ; comme l’a fort bien remarqué M.
Cliaras dans fon Traité de la Theriaque à l'article du Coftus à la page izy. ou
il dit que fon fentiment eft que tous les Coftus ont cfté la racine d’une même
plante naiffant en plufieurs endroits du monde, & qu’il fe pouvoir faire que le
Coftus croiffant en divers endroits des mêmes pays , eut receu quelque diver-
ficé de forme, ou de figure, de couleur, ou de faveur, fuivant la differente terre
de laquelle il avoir pris fa nourriture: de même que nous le remarquons au bled
à la vigne & à toutes fortes de plantes, defquelles une terre plus humide ou plus
fcche,p1us graffe ou plus fabloneufe & plus ou moins montueule , change
non feulement la forme ou la figure, mais même le gouft & la vertu-, ainfi on
doit s’atacher employer uniquement le Coftus Arabique, pour quelque com.
pofition que ce foit.
des Drogues J Livre Second,
6i
CHAPITRE IX.
Du Gingembre.
Le Gingembre eft la racine d’une plante que les Botaniftes appellent
Arundo humilis çUvata radicc acri, c*cft à dire. Petit rofeauà mafjuëdont U u-
cine ejj; acre.
Cette racine ne s’éloigne pas beaucoup de la fuperficie de la terre, mais elle
s’étend en longueur, reprcfentant une elpcce de pâtes au bout de fes produc¬
tions, c’cft aulli pour cette raifon que les habitans de Saint Chriftophe & des
autres lilesdes Antilles, le nomment Pâte ou Gengimbre.
Le Gingembre eftant dans terre poulTe des rofeaux chargé de feuilles vertes,
grandes, longues , & apres Icfquelles naît une fleur rougeâtre, mêlée d’un peu
de verd,&il fort du total une pointe verte, qui reprelenteafl'ez bien unemalTuë,
ce qui adonné lieu aux Latins de le nommer Gingembre à fleur de majjue.
On nous apportoit autrefois le Gingembre des grandes Indes, mais de¬
puis que l’on en cultive aux ifles Antilles , il ne nous en vient plus , ou bien peu.
Lors que les Ameriquains ont tiré de terre le Gingembre , ils l’expofc à l’air
pour le faire fecber au Soleil , & le remuent de temps en temps, ou bien pour
avoir plutôt fait , ils le font fechcr au four, qui ell ccluy que nous recevons
quelque fois, qui eft extraordinairement fec & aride.
On doit choifir le Gingembre nouveau, fec, bien nourry, difficile à rompre,
d’un gris rougeâtre au deftus ,refineux au dedans, d un gouft chaud piquant ;
& rejetter ces Gingembres d’Angleterre, qui font molaftes, filandreux blancs ,
par deftlis & au dedans, & le plus fouvent vermoulu, qualité' qui luy convient
fort bien, en ce que quand il n’eft pas carié, il eft fi filandreux qu’il eft prefi
que impoflible de le réduire en poudre^
Ejicci blanches
Si ’ HiftoiVe generale
LE Gingembre cft fort peu ufité dans la médecine , mais en rccompen-
(e il i*elt beaucoup par quantité de Colporteurs & Merciers de village
qui le mclenc dans le poivre. Nous le reduilons en poudre, & enfuice on l’ap¬
pelle Epice blanche, dont on fc ferc à pluheurs uiages, principalement pour la
compofidon des quatre Epices.
Du Gingembre confit,
LEs Ameriquains confifenc au fucre le Gingembre , nouvellement tiré de
terre: après l’avoir fait tremper, tant pour luy ofter une partie de fon
acrimonie, que pour luy ofter fa première peau-, &eftant bien confit ils l’en-
voyent en plufieurs endroits : Il en font aufli de la marmelade , des pâtes fc-
•ches, comme nous en faifons par de la de nos fruits ou racines.
Le Gingembre confit doit eftre .molafte , non filandreux, gros, d’une cou¬
leur dorée, d’un gouft agréable, ny trop chaud ny trop acre, & dont le firop
foit blanc ôt bien cuit.
L’ufàgc de cette confiture eft pour porter fur mer', & pour recliaufcr les
viellards. Les Indiens, les Hollandois, les Anglois & généralement tous les
Peuples du côté du Nord, ufent de cette confiture, tant pour fe réchauffer que
pour aider à la dige ftion , & pour le prelervcr de (corbut ou mal de bouche , qui
n’eft que trop ordinaire furmer, ôc auquel ils font fort fujets.
Du Zerumbeth & de la Zedoaire.
Le Zerumbeth et la Zedoaire font deux racines de differentes cou¬
leur & figure, qui proviennent neanmoins d’une meme plante, laquelle
aies feuilles femblables à celles du Gingembre, c’eft pour quoy quelques-uns
les nomment Gingemyre fau^a^e. On nous apporte ces deux racines des Gran¬
des Indes, & de fifle S. Laurens, ou elles croiffent en abondance.
Le Zerumbeth eft la partie ronde de la racine, laquelle nous recevons cou¬
pée par rouelles, comme le Jalap; il doit eftrc gris en dehors & en dedans, pe¬
lant, difficiile à rompre, non carié, d’un gouft chaud & aromatique.
La Zedoaire eft la partie longue de la plante, fervant au Zerumbeth com.
me de piedi elle doit eftre de la longueur &:groffeur du petit doigt, d’un blanc
rougeâtre au dtffus & blancheâtrc au dedans, bien nourrie, pelante & mal ailé
à rompre, fans vermoulure, à quoy il eft extrêmement lujct, d’un gouft chaud
^ aromarique , approchant de celuy du Romarin.
Le Zerumbeth eft de peu d’ulage dans la Medecine , au contraire de la Ze-
do^irc qui paffe pour un bon cordial & que l’on eftime de grande efficace con¬
tre toute lorte de venins.
On fera averti de ne point trop fcchcrgcrde ces deux fortes de racines, tant
parce qu’ils font peu de demande , que parce qu’ils font de très peu de garde
cilant fort fujettes à fc vermoudre.
des Drogues, Livre Second.
^3
CHAPITRE X.
De l' Iris de Florence,
L’Ir is furnommée de Florence, eft la racine d’une plante qui a fes feüil-’
les longues, étroites, d’un affez beau verd, après Icfqueües naiflent des
fleurs blanches, ainfi que me l’a afluré Monfieur Morin, Médecin de feu Ma-’
dame la Duchefle de Guife, homme de probité & fort expert dans la connoif-
fance des hmples.
L’Iris de Florence eft cette plante fî connue en France, fous le nom de FUm-
he, de Glajeul^ ou à' Iris noftrets , qui croît par tout, tant furies murailles, le long
des eaux, que dans les jardins, & de laquelle il y a plufieurs efpeces, ainlî
que plufieurs Auteurs font mention; & à l’égard du nom d’iris , on prétend
qu’il vient des diverfes couleurs de fes fleurs, qui refemble en quelque maniéré
à celle de f Arc-en-ciel , que quelques-uns appellent Iris,
On choifira llris de Florence, gros & bien nourry, uni, blanc deftus, & de¬
dans fec, difficile à cafter , d’une odeur douce tirant à celle de la violette j &
rejetter celuy qui eft maigre, falc, & de nul odeur, aufti bien que celuy qui eft
molefte , ou qui eft vermoulu, à quoy il eft fort füjet.
Il eft à remarquer que l’Iris nouveau, outre le gros déchet qu’il fait,cftd’un
fi méchant gouft dans la bouche lors qu on le mâche , qu’il eft impoflible de
luy laifter long-temps, par l’afpreté qu’il laifle à la gorge, ce qui eft bien con¬
traire de celuy qui eft fcc, en ce qu’il rend l’halaine agréable & luy donne l’o¬
deur de la violette. C’eft le fujet pour lequel la plulparc des jeunes gens en
mâchent &en portent fur eux; outre ces bonnes qualitez, il eft fort en ufage
chez les Parfumeurs, tant pour mètre dans la poudre, que pour plufieurs au¬
tres ouvrages où il eft requis. LesTcinturicrs & autres s’en fervent pour donner
de l’odeur auxEtofes,ou Draps qu’ils teindent, afin de leurs ôter l’odeur de la
Nomparcillc
Iris noftras.
recule d'iris.
Verd d'iris.
Pintures fines.
(54 Hiftoire generale
reinlure; les ConfifTeurs s’en fervent tant pour donner de l’odeur à quelque
conferve qu’il n’eftpas befoin de nommer, de peur d’abus, que pour le couvrir
de fucrc lors qu’il eft pafle par un tamis de foyc,pour faire les petites dragées
que nous appelions nompareille.
Outre toutes ces belles qualitez, l’Iris de Florence eft quelque peu ufité
dans la medecine , en ce qu’il entre dans plufieurs compofitions Galéniques.
A l’egard de celuy qui croît dans nos jardins, les Appoticaires s’en fervent
pour en tirer le fuc, pour diverlès compofitions, comme l’emplacrede Diachilon
& autres. Nous tirons aulïî de ce fuc uneFecule fcmblableàcelledc laBryonne
qui a à peu prés les mêmes proprietez des fleurs bleues de l’/m noflras-ynous en
tirons une couleur verte, a qui on a donne le nom de Verd d’iris, dont les
Peintres en mignature fe fervent. Ce Verd, fe fait en plufieurs manières ,ainfi
qu’il eft marqué dans un petit Traité de Mignature , ou ceux qui defireront le
fçavoir faire, aufli bien que le Carmin, pourront y avoir recours.
CHAPITRE XL
Du oranâ Qalanqa.
Q O
Le Grand Galanga , que quelques-uns nomment mal à propos ^ Accrus
'verus^ eft la racine d’une plante ou rofeau qui a fes feuilles approchantes
de celles de l’Iris, qui croît en abondance dans l’ifle de Java, &c dans la Chine.
On choifira cette racine grofte, pefante, rougeâtre au deffus, blanchâtre au
dedans, d’un gouft chaud & piquant, fuivi d’un peu d’amertume ; & rejeiter
celuy qui eft prefque infipide , ce qui ne luy arrive que par une extreme vieil-
leffe. Cette racine na point d’autre ufage, que je fâche, que pour les Vinai¬
griers , qui s’en fervent au lieu du Petit Galanga, pour la fabrication du Vi^
migre.
des D rogues , Livre Second. 6 j
Du Petit Galama.
O
Le Petit Galanga, cil: une racine rougeâcre au delTus & au dedans ,
d un goull piquant & fort aromatique , laquelle nous recevons coupe'c
par tranches, des grandes Indes, & de la Chine. Cette racine eftant dans terre
poulTe des tiges en forme d arbrifleaux, doù fortcnc des feuilles femblables à
celles du Mirihe.
^On doit choifir le petit Galanga bien nourri, haut eu couleur, lequel eftant
mâché, foit d’un gouft piquant & aromatique, & prendre garde qu’il n’y ait des
tronçons du gros entre rriêlez, ce qui fe connoîtra facilement , en ce que le
petit Galanga n’cft tout au plus que de la grofteur du petit doigt, d’une cou¬
leur plus vive , & d’une gouft plus chaud que le Galanga major.
Le petit Galanga eft beaucoup plus uftté cnMedecine que le Galanga major
parce quil eft plus rempli de vertus. Les Vinaigriers s'en fervent aufli dans
leur vinaigre.
CHAPITRE XII.
De la T ma Mérita.
La Terra Mérita, que quelques-uns appellent Curcumayôc d’autres
Safran , ou Souchet des Indes, ou de Malabar, ou de Babilone, eft une raci*
ne jaunâtre au deftus & au dedans, qui produit des feuilles aflez grandes & ver¬
tes ^ cette meme racine produit des fleurs qui viennent en maniéré d’épic,ainfi
qu il eft reprefenté par cette Eftampe que j’ay fait graver après la figure qui eft
dans le livre de M. Hermance. Cette petite racine eft prcfque femblable au
Gingembre -, on nousl apporte de plufieurs endroits des grandes Indes, fur tout
par Meflieurs de la Compagnie. Il en vient aufli quantité dans l’iflc de S. Lau-
rens.
J. Partie. \
Terra mérita
rouge.
66 Hiftoire genei'ale
On doit choifir la Terra Mérita^ grofTe, nouvelle, refineufe, difficile àcaffir,
la plus pefante, & la moins vermoulue &: chargée de pouffiere qu’il le pourra.
Il y a beaucoup de perfonnes à Paris qui demandent delaTcrm Mérita rouge,
c’eft un abus bien grand, parce qu’il n’y en a pas de deux forces j il elt vray
que lors que la Terra Mérita vieillit , elle brunit ^ cftanc battuë , la poudre elt
plus rouge que de celle qui elt nouvelle, &: même il s’en trouve d’entiere, la-
qu’elle calTée en deux, paroîc plus brune, ce qui arrive , fuivanc quelle elt plus
ou moins refineufe.
Cette racine elt en ufage, principalement pour les Teinturiers, les Gantiers,
& les Parfumeurs J les Fondeurs s’en fervent pour donner la couleur d’or au mé-
tail ; & Içs Boutonniers pour frotter le bois qu’ils veulent couvrir d’argent doré
filé, de peur que la couleur du bois ne paroilTe. Les Indiens s’en fervent pour
teindre & pour donner une couleur jaune à leur ris, ou autres denrées, de la
même maniéré que nous nous fervons du Safran.
Du Souchet rond.
Le Souchet ordinairement appelle Cyperus rond, ou Souchet d’Angle¬
terre, ou de Flandre, elt une racine ddpofée par nœuds, lemblablc à de
gros grains de chapelet, laquelle elt de couleur brune au deffiis, ôc grile au
dedans, d’un goult allringent & prefque fans odeur lors quelle elt nouvelle¬
ment tirée de terre.
Cette racine croît dans l’eau , ou le long des ruilTeaux, & poulTe des tiges trian¬
gulaires, fühdcs, lilTées, ôc fortans du milieu des feüilles longues, étroites-, fes
fleurs font petites, rougeâtres, & viennent par mouchets, au haut de fes tiges.
Cn nous apporcoit autrefois cette racine de Flandre ôc d’AngIccerrc,d’où luy
elt venu Ion lurnom; mais comme elle cil peuufîtée à Paris, nous nous conten¬
tons de celle qu’on nous apporte du voifînage , ôc fur tout d’Eltampes.
On fait boüillir cette racine concalTée , dans du vin blanc , ôc après l’avoir
paflee, on boit le vin le plus chaud qu’il elt pollible, comme un remede alluré
pour guérir la colique.
Du Souchet long.
Le Souchet, ou Cyperus long, nommé de quelques uns Galanga fauvage,
elt une petite racine noueulc , entourée de filamens, mal-aifée à rompre,
de couleur brune au deflus, ôc grisâtre au dedans, d’une odeur alTez agréable,
principalement quand elle elt nouvelle & qu’elle a cité bien feche'e.
Cette racine naît dans les ruifleaux & aux autres lieux aquatiques ôc même le
long des folTcz , elle poulfe des feuilles vertes , qui approchent de celles du
porreau, fes tiges, ôc lès fleurs font fort fcmblables à celles du Souchet rond ,
Ôc allez belles à voir.
On le choifira gros, fcc , ne fentant point le moifî,ny l’enfermé, & qu’il ne
foit point vermoulu.
Il elt de quelque ufage en Medecine, mais alTez employé des Parfumeurs ôc
des Gantiers.
On fera averti que quand on achètera le Souchet des payfans qui l’appor¬
tent à Paris, on ne fc contentera pas de voir la premierc poignée qui elt à l’en¬
trée du lac, & qui elt ordinairement feche, mais prendre garde fi le tout elt de
même.
des Drogues, Livre Second. 6^
CHAPITRE XIII.
, BeiEfule.
L’Esule cft Tccorcc d’une petite racine rougeâtre, qui produit des feüilles
fort vertes, étroites, & laiteufes. Cette plante croît en plufieurs endroits
France où on la négligé; d’où vient que nous Tommes obligez de faire
venjr de Provence, ou du Languedoc les racines que nous vendons.
On doit choifir TETuIc nouvelle, en belle écorce rougeâtre au dclTus & au
dedans, laquelle cftant tenue dans la bouche Toit d’un gouft aflTez defagrcable,
& accompagnée d’une grande acrimonie. Cette petite racine, ou écorce cft fort
peu ufitée en médecine.
Avant que d’employer cette racine onl’infufe dans du vinaigre pour la corri¬
ger, ainfi que le marque M.Charas dans fa Pharmacopée, au (ujet de la Benc-
diétc laxative.
On peut tirer de cette racine un extrait, ainfi que l’enfeigne le même Auteur
a la page 738. de (a Pharmacopée, qui cftant bien préparé cft un remede fort
puiftant pour vuider les eaux des hydropiques.
Il y a quantité d’autres fortes d’Efule, mais il n’y a que l’écorce de celle cy.
deflus reprefentée , dont nous faifons commerce.
Du Eentaphyllum,
La racine cy-deftus m’a donné occafion de parler d’une autre racine aftez
fcmblable en figure & en couleur à l’Efule que les Grecs appellent Penta-
^hjllum ^ les Latins ^inque-folinm ^ Sc les François caufe quecette
petite racine produit des feuilles qui font dilpofées de cinq en cinq-, cette raci¬
ne eft fort commune, s’en trouvant par tout, tant dans nos jardins , que le long
des chemins.
/. Partie, I ij
■58 Hiftoke générale
La racine de Qinnte-foiille a fbn peu d’ufage en Médecine J &fî neftoie
quelle eft un des ingricdiens de la Thewaque je n’en aurois pas parlé. Pour em¬
ployer cette racine, on la doit ratilTer & luy ôter fon cœur, & enliiitc la tortil¬
ler autour d un petit bâton pour luy donner une figure tortillée , & la faire
fechçr.
CHAPITRE XIV.
IA Thymelee que nous appelions vulgairement T^we/^e<i, eft une
t racine legere , de differente groffeur & longueur , rougeâtre au deffus ,
& ETanche au dedans , ligneufe & nbreufe -, d’un gouft doux au commence¬
ment, mais , après l'avoir tenue un peu de temps dans la bouche, elle eft caufti-
que & brûlante comme le feu, principalement lors quelle eft nouvelle.
Cette racine produit des feüilles vertes, épaiffes & gluantes , affez fcmbla-
Lks à celles de l’Olivier, avec des fruits de la groffeur du poivre, verts dans leur
commenceincnt & d’un beau rouge dans leur maturité , aufquels les Latins ont
donné le nom de Qocqus gnidius, ou Gramm gnidium-^ toute cette plante eft fort
peu en ufagc,à la referve de la racine qui l’cft bcaucoup,principalementâLion
& prefentenient à Paris, pour attirer de latctcpluficurs humeurs acres, qui tom¬
bent fur les yeux, en mettant un petit morceau dans le bas de l’oreille, qu’il
faut percer exprès ; & pour ce fujet, on préférera celle du Languedoc à celle
qui nous eft apportée de Bourgogne.
des Drogues, Livre Second. dp
Du Pareira Brava.
DEpuis quelques années nous voyons à Paris une racine tout à fait fem-
blable au ThjmeUa^ à la referve qu elle eft plus noirâtre & plus dure.
Le premier qui a apporté cette racine a Paris à efté-Monfieur Amelot, Am-
bafTadeur en Portugal, & apres luy M. deTornefort qui m’a donné le morceau
dont la figure cft reprefentée cy deflusi quelques perfonnes m’ont alTuré que cette
racine eftant dans terre poûflbit des branchages chargez de fciiilles tout à fait
femblablcs à la vigne, qui rampent le long des murailles, ou des arbres.
C’eft pour jce fujet que les Portugais, qui ont cfté les premiers qui l’ont ap¬
portée de Mexique, luy ont donné le nom de Pareira /»ra'v<t,quifignifie en Fran¬
çois Fi^ne fauvage ou hâtarde; & depuis que Monfieur Amelot en a apporté
à Paris, Monfieur Thevard Médecin de la Faculté & quelques autres, l’ont
mife en ufage , comme un remede Ipecifique pour la guerifon de la pierre ; on
la prend en poudre dans du vin blanc, le matin à jeun j pour ce qui cft de Ton
choix , Monfieur Thevard ma afluré que celle de Mexique cftoit beaucoup meil¬
leure que celle de Portugal; & par une Lettre que j’ay receu de Lilbonne le i6.
Odobre 1691. on me marque Pareira brava qui vient des Indes & duBrefiiefl
une racine plus commune que l' Ipecacuanha ,on en trouve prefque cheT^tous les Jppoticaires
de cepajSj mais la quantité nen ejl pas ^ande ; ils la vendent dix teftons , qui font en¬
viron cinqlivresde notre monnoye. Voilà tout ce qucj’ay pû apprendre de cette ra¬
cine nouvellement connue en France.
CHAPITRE XV.
De t Ellébore blanc.
L*£llebore Blanc, nommé de quelques-uns Vcrccre , & des Latins
Feratrum album ^ oüEUeboras albas une plante qui croît fur les mon-
liij
70 Hiftoire generale
tagnes du Dauphiné & de la Bourgogne, qui a (a racine blancheâcre, remplie de
filamens longs de h même couleur, laquelle produit des feuilles larges, vertes au
commencement, & d’un rouge jaunâtre fur la fin , du milieu dcfquelles fort une
tige creule, garnie de petites fleurs en forme d’étoiles.
On nous en apporte feulement la racine qu’il faut choifir groffe , en belles
racines, garnies de longs filamens, jaune au deflus & blanche en dedans, d’un
goufl acre & defagreablej quelques-uns efliment plus celle quieft mondée de
les filamens, ce que je ne défaprouve pas , principalement quand c’eft pour ré¬
duire en poudre.
Cette racine fert à faire éternuer, mais fon principal ufage eft pour les Che¬
vaux , & pour la galle des Brebis.
De l Elkbore noir.
L’Ellebore noir aufli appellée Verêtre , & des latins V ^ratrum nigrum , ou ElUhoms
niger^tù. une racine brune, garnie de petits filamens , noire au deflus &
grife au dedans, de laquelle fortent des tiges vertes, accompagnées de fcüilles
de la même couleur, & dentelées, avec des fleurs de couleur incarnat , en for¬
me dc'rofe.
On choifira TEllebore noir en belles racines aufli garnies de longs filamens ,
feches, bien nettes.
Il eft fort peu uhté en medecine , fi ce n’eft pour en tirer un extrait j mais
les Maréchaux s’en fervent pour guérir le hircin des Chevaux.
Du Doronic.
E Doronic Romain que nous appelions communément DoronicimRo-
mantm^ eft une petite racine jaunâtre au deflus, & blanche au dedans, d’un
des Drogues, Livre Second, 71
goufl: douceâtre & aflringcnt, accompagné d’un peu de vifcolicé; On nous ap¬
porte cette racine mondée de Tes fîlamens, des montagnes de Suide, d’Allemagne,
de Provence, & du Languedoc.
Cette racine eftant dans terre eft de la figure de la queue d’un Scorpion, de
laquelle Portent des feiiilles larges, affez fembla blés au concombre fauvage,ou
au plantain-, c’eft pourquoy il ell appelle Aconitum ^ardalianches ^lanta^inis folio.
On choifira le Doronic gros, non plâtreux, ny vermoulu, du gouft cy-def-
fils, lequel eftant cafte foit bien blanc.
On croît qu’eftant pris par la bouche , c’eft: un contre - poifon pour les
hommes, & qu’au contraire c’eft un venin mortel pour les bêtes à quatre pieds.
CHAPITRE XVI
Di? ï Angélique.
L’Angelk^ue appelléejpffqïï®y;^S!Bpi^, 0\xrAdneàeS. Efprit y çÇc
une plante qui croît en quantité en Boeme, d’oîi elle a tiré fon lurnom ,
en Efpagne, en Angleterre , en Italie, & même en France j qui a fa racine de
la grofleur d’une noix , garnie de plufieurs petites racines noirâtres d’environ
demy pied de long , aft’ez femblable à l’Ellcbore noir , d’oii fortent plufieurs
groffes tiges, creufes, d’un vert rougeâtre, apres lefquelles naiftent d’abord des
feüilles d’un vert obfcur & découpée, & enfuite des ombelles garnie de fleurs
blanches & d’une petite graine ronde & platte, laquelle eft ufttéc en Angleterre
pour mettre en dragées, aufti bien que (es côtes que l’on confît au fucre , &
que l’on appelle Angélique cow/fCi demême que fa racine quand elle eft recente.
On choifira l’Angelique en belles racines grofles, longues, blanches au de¬
dans, d’une couleur obfcure par deftiis, non vermoulue, à quoy elle eft fort fu-
jette pour peu qu’on la garde; & quelle foit d’un gouft ôc d’une odeur fuave,
^ aromatique, accompagnée d’un peu d’amertume. On doit préférer celle de
Angélique con-
qi. Hifloire generale
Bohemeàtotice autre, fi l’on en peu avoir j finon Te contenter de celle que nous
tirons d Angleterre & d’Hollande.
On prendra garde aulTi que ce ne foit des racines du Meon , que les Bourgui¬
gnons nous apportent à Paris , & qu’ils vendent aux gens qui ne s’y connoiffenc
pas , pour de l’Angelique-, ce qui fera facile à connoître pour le peu que Tony
prenne garde, tant parce que la véritable Angélique eft allez approchante en
figure à l’Ellebore noir ,& le Meon eft en racine comme le Perfih grisâtre au delTus
& blanc dedans, prefque fans odeur; ce qui eft bien contraire à l’Angelique qui
eft noirâtre & d’une aftez agréable odeur.
Les belles qualitez de cette plante, principalement de fa racine, luy ont fait
donner le beau nom qu’elle porte: On l’eftime un remede afturc pour refifter
aux venins & à la pete; eftant prife le matin à jeun, de quelque manière que
ce foit; elle eft aulTi fort ufirée en Medecine.
CHAPITRE XVIII.
De ïlwperatoire.
L’Imperatoire eft la racine dune plântequi a Tes feuilles vertes , rudes,
& dentelées, apres lefquelles nailTcnt des ombelles chargez de fleurs blan¬
ches, d’où fort une petite graine, qui a beaucoup de raport à celle du Sefely
de Marfcille.
On choifira l’Imperatoire en belles racines nouvelles , difficile à rompre , de
couleur brune au deflùs & verdâtre au dedans, d’une odeur forte &: d’un gouft
aromatique. On doit préférer celle des Monts d'or, en Auvergne, ou dcquel-
qu’autres grandes Montagnes à celle qui croît dans nos jardins.
On attribué à cette racine les memes propriétez qu’à l’Angélique ; ce qui
fait que quelques-uns difent que le nom d’Imperatoire luy 'a cfté donné; tant
à caule de toutes ces belles qualitez, que parce que c’eft un Empereur qui en a
fait la découverte.
CHAP. XIX.
des Drogues, Livre t’remier.
Il
CHAPITRE Xlï.
Delà Cemiane.
La Gentiane eft une plante ainfi appellée à caufe que le Roy Gentius en a le
premier découvert les belles qualitez. Elle croit en abondance aux environs
de Chabli en Bourgogne , & aux lieux les plus humides , tant de la Bourgo¬
gne que des autres endroits de la France, & même furies Pirenées & fur les
Alpes.
La racine quieft la feule partie de la plante que nous vendons;, eft quelquefois
grolTe comme le bras , divifez en quelques racines épaiffes comme le pouce ou
comme le petit doit , jaunâtres & d’un amertume infupportablc. Les fcüillcs font
en quelque fa(jon femblables à celle du Plantin , & nailfent deux â deux à cha¬
que nœud des tiges. Elles fontlifes , vertes, pâles, & traverfées d’un bout à
l’autre par des nerfs relevez en deflbus. Les tiges font droites , fermes , de deux â
trois pieds de hauteur, garnies de fleurs jaunes dans le mois de Juin , qui font ran¬
gées par anneaux & par étages dans les aifelles des feüilles. Chaque fleur eftd’unc
feule piece coupée en cinq parties fort étroites & fort pointue. Le Piftilc qui cil
au milieu produit une capfulc qui s’ouvre en deux parties dans fa couleur, & qui
renferment plufieurs graines alTez rondes , mais fort plattes , qui font dans les
mois de Juillet en leur maturité.
On la doit choifir de moyenne grolfeur , nouvelle , bien fechc, parce qu’elle
diminu’é beaucoup en fechant , & la moins garnie de petites racines & de terre
qu’il fc pourra. On prendra garde auflî qu’elle h’aye été fcchée au four , ce qui fc
pourra connoître facilement , en ce que celle qui a été fechée au four eft noirâ¬
tres en dedans , qui eft le contraire de celle qui a été fechée â l’air , qui eft d’un
jaune doré.
Cette racine eft eftiméc propre pour refifter aux venins , & meme â la pefte j &
I. Partie, K
74 Hiftoire generale
à caufe de fâ vcKtu alcxitaire , eft employé fort à propos dans la Thériaque , &: au¬
tres compofitions de pareille nature. Elle elt fudorifique , & l’on s’en fert avec
fuccés dans les fièvres intermittentes , ce qui luy a fait donner le nom de Kin-
quina d’Europe.
CHAPITRE XX.
De / Anthora à" du Thora.
L’Anthora, fuivantM. deTornefort,eftune plante un peu plus rare que la
Gentiane , c’ell: une efpece daconit qui fert decontrepoilon à ceux qui ont
mangé la racine Daconit, c’ell pourquoy Charles Bauhin l’appelle Aconitum fa-
Ititiferum five Anthora. Sa racine ell compofée de deux navets allez courts , très
amercs , blanches en dedans charnues , mais brunes en dehors , & garnies de
quantité de fibres. Sa tige monte à la hauteur d’environ deux pieds , accompa¬
gné d’un bout à l’autre de quantité de feüilles de la figure & grandeur à peu prés
de celles du pied d’aloüctc. Les fleurs nailTent au bout des tiges en manière
d’épy. Elles font jAunâtres , 6c rclfemblent à une tête couverte d’un cafque j les
graines font noirâtres , ridées , ôc nailfent dans des gaines ou cornets membra-
nez , ramalfez cinq ou fix cnfemble.
La racine de cette plante ell un bon contrepoifon. Les Païfans qui font dans les
Alpes & dans les Pirenées où cette plante fe trouve , s’en Ervent avec fuccés pour
les morfures des chiens enragez , &c pour la colique. On croit que c’cll un remede
fouverain pour ceux qui ont mangé de l’herbe nommée Thora.
Le Thora cil une forte de plante qui ne vient que dans les hautes Montagnes.
Cet Auteur \'tiŸ\fc\\ct^conithHm ftardalienches ,feuThora major. Elle a la racine gru-
melée comme celle du Renoncule de Conftantinople. Scs feüilles font allez ron¬
des , fermes , dentelées autour, ôc foûtcnuës par des queues allez déliées. Les
tiges n’ont quefept ou huit pouces de hauteur , branchues vers le haut, & gar¬
nies de quelques fleurs jaunes compofées de quatre feüilles , parmy lefquclles fc
forme un petit bouton femblable à ceux des renoncules , &la fleur étant paf-
fée produit quelques femenccs plattcs & femblable à celle des renoncules des
prez.
On fe fert du fuc de cette herbe pour cmpoifonncr les flèches dont on tue les
loups, les renards, & bêxcs femb labiés. Ces deux racines font peu uficées dans
nos boutiques , tant parce qu’elles font peu connues que parce qu’elles n’ont pas
grande demande , c’cll pourquoy il n'en faut pas faire grande provifion.
Les figures de l’Antorax & du Thora , fc trouveront à l’Eltampc du Doronic
Romain , où je renuoye le Lcéleur.
Dictam.
des Drogues , Livre L 75
CHAPITRE XXI.
Tiu Dîctame blanc.
Le Didame blanc ou laEraxinelle ,cftunc plantt dont tes racines font blan¬
ches , plus menues c^\xt le petit doigt , un peu amerc , & d’une odeur alTez
forte. Les tiges font hautes de deux pieds , rougeâtres , accompagnées de quel-
ques fcüilles femblablc? a celle du frêne, & chargées à la cime en manière d’épy,
de grandes fleurs gris-de-lin , mélangée de purpurin , compofées de cinq fciiil-
Ics alTez pointues , & de quelques filets plus longs & recourbez , au milieu dcfqucl-
les eft place un piftile qui produit une tête dillinguée en cinq graines , dans leT
quelles ou trouve des femences noires , luifantes , ovales , pointues par un
bout.
On doit choifir cette racine grolfe , blanche deffus & dedans , & la moins remplies
de petites fibres , & la mieux mondée qu’il fe pourra.
Cette plante fc trouve dans les Forefts de Provence & de Languedoc. Sa raci¬
ne eft alexetaire, & propre pour les morfures des bêtes venimeufes ,pour les vers ,
pour les tranchées, & pour faire uriner. On s'en fert aufli pour les maladies con-
viilfivcs. M”.Zuvelfer, Charas , & la plufpart de Auteurs modernes , fubftitucnt
la poudre de cette racine à la farine d’orobe pour faire les trochifques de fcillcs.
/. Partie.
Catline
nsirc.
Hiftoire generale
CHAPII^RE XXII.
D<? la Carline hlaticbe.
La Carline ou Caroline blanche , & de quelqu’uns Chanieleon blanc ou char-
doneretrcjcft une plante qui a fa racine de la groffeur du pouce , brune &: ger-
féc au dehors & blanche en dedans , longue depuis un pied jufqu à deux , d’une
odeur forte & d'un goût allez agréable. Les fcüilles font difpofées en rond
& couchées fur terre , d’un vert pâle , ondées. & fort découpées , de cha¬
que côté garnie de piquants ou petites épines. La fleur ce trouve parmy ces
fcüilles attachées â la racine , fans tiges, larges de quatre à cinq pouces , plattcs
& femblables à un petit balTin , bordée de quelques feuilles étroites & pointues.
Les femcnces viennent après les fleurs , elles font aflez longues 6^ fouticnnent une
aigrette blanche.
On doit choilir cette racine nouvelle , bien nourrie &: fcChc, d’un goût doux
& d’une odeur aromatique , & prendre garde que ce ne foit d’autres racines que
l’on luy fubftituc bien fouvent à fa place , furtout lorfqu’clle eft cherc.
C’eftun des meilleurs remèdes que nous ayons contre la pefte , c’eft pour-
quoy l’on tient communément qu’elle fût montrée par un Ange à l’Empereur
Charlemagne pour guérir les Soldats peftiferez de fon Camp , ce qui fut caufe
qui luy donna fon nom.
Diofeoride & Bouhin appellent la Carline blanche , CarlinA à caulos mdgno
flore.
La Carline noire ou Chamclcon noir , eff tout â fait femblablc â ccluy que
nous venons de décrire , fi ce n’cfl que cette efpecc s’élève en tige , & fes
fcüilles font d’un verd plus obfcur 5 il efl vray que Mathiole parle d’une autre
cfpece dont les fleurs font purpurines , mais c’ell une plante très rare & n’cft
d’aucun ufage. . . '
des Drogues , Livre Premier. 77
Les vertus de la Carline ordinaire , font de combattre le poifon , d’exciter les
fucurs, de pouffer par les urines, & d’emporter les obftrud:ions , aufli s’en fert*-
on dans la pcfte,dans l’hydropilîe, dans la paffion hypocondriaque , & dans
des (emblablcs maladies. Cette plante fe trouve dans les Alpes & dans les Pire>-
nés, ainli que dans le Mont d’Or en Auvergne, & ces deux Carlines y font fi
communes que lesPayfans mangent les racines &lcs artichaux, lorfqu’elles font
encore jeunes & tendres. Q^lqn uns prétendent que les artichaux ou fleurs de
ces plantes , s’ouvrent & fe ferment fuivant que le temps eft plus ou moins
beau.
LaracinedelaCariine noire différé de la blanche, en ce qu’elle eft ordinairc-
mcntxomme à demy ouverte , &c moins pefante que la racine de Carline blanche.
C H AP I T RE XXIII.
De la grande Valériane.
La grande Valériane que Jean Bauhin appelle Valerunit major odorata radtee,
eft une plante dont les racines font greffes comme le pouce, brunes au de¬
hors , ridées comme par anneaux , garnies de fibres fur les cotez , d’une odeur
fort aromatique & fort defagreable. Elle eft de la hauteur de trois pieds , creu-
fes , droites , accompagnée à chaque nœud de deux feüilles oppofées vis à
vis. Les premières font quelquefois entières , mais les autres font fort découpées
de chaque côté jufques proche la côte. Les fleurs font blanches & fen-
tent comme le jafmin j elles naiffent en bouquet'. Au haut des branches ce
font des petits tuyaux recoupez en cinq petites parties dans le haut , & laiffent
après elles des femences plattes & longuettes , chargée d’une houpe velue & blan^
châtre.
La petite Valériane a les racines menues & de bonne odeur. Les feuilles qui petite
naiffent des jets font prefque par ovales, mais pointues par le bout. Les tiges
K iij
y 8 Hiftoire generale
n’ont environ qu'un pied & quelques pouces de hauteur, accompagnez à cha¬
que nœud de deux feüilles découpées menu jufqu à leurs côte. Les fleurs font
purpurines , femblables à colle delà grande Valériane , mais très menue ; leur
lémence eft de même. A l’égard du choix de ces deux racines , elles doivent
être nouvelles & bien feches , le moins remplies de fibres qu’il fera poflible. On
fe fert de ces racines , fur tout de la grande , contre les poifons & contre la pefte,
& pour guérir l’athfme, la vieille toux , & l’hydropifie. Quelques Auteurs don-
phu.pott- nent à fes racines le nom dePhu-pontique.
tique.
C H A P I T RE XXIV.
Bu Mehon.
LEMehon.on wf«w,ou Mcu,que les anciens ont fiirnomé A thamantique,à caufe
d’une Montagne de Grcce nommée Athamanthe, eft une racine de la grofleur
du pçtit doigt, noirâtre en dehors , blanchâtre en dedans, longue , accompagnées
de quelques racines plus menues, acre, un peuamere, & d'une odeur auez aro-
matique.Les feüilles font femblables à celles du fenoüil , mais plus petites, plus dé¬
coupées & beaucoup plus menues. Les tiges ont un pied de hauteur, chargées de
quelques ombelles de fleurs blanches , compofées de cinq petites feüilles , apres
lefqucllcs riaiflcnt deux femenccs brunes , plus grofles que celle du fenoüil , 6c
6c plus canelées j c’eft ce qui a donné fujet à plufieurs de croire que le
Aneth ou Mclioii étoit une efpece de fenoüil ou d’aneth , & de l’appeller aneth ou fc-
lonu ^ noüil tortu. Le Mehon eft une racine fort alexitaire , c’eft pourquoy elle ^ été
mifes fort à propos dans la Thériaque i elle eft aufli fudorifique & divriti-
que.
Tout le Mehon que nous vendons nous eft apporté dos Montagne d’Auver¬
gne , de la Bourgogne, des Alpes 6c des Pirenées.
Des Drogues. Livre premier.
79
CHAPITRE XXV.
De la T arment ille &Bifione.
La Tormcntillc que l’on employé dans la medecine, que C. Bauhin appelle
TormentilU filvejiris , eft une plante dont la racine eft un tubercule gros com¬
me le pouce , brun en dehors ou rougeâtre , ftiptique & accompagnée de quel¬
ques fibres. Les feüillcs font femblabls à celle delà quinte feüilles, lilTécSjlui-
fantes, foutenués de fix ou fept fur une queue. Ses tiges font balTcs, courtes ,
branchuës, chargées de quelques fleurs à quatre feüilles jaunes, après lefquellcs
on trouve un bouton oii font entalTées quelques femences menues.
Les meilleurs racines de Tormentille viennent dans des lieux herbus &c humi¬
des des Alpes & des Pirennées. On employé ces racines dans les confed;ions alc-
xitaires ; elles font fudorifiques & reUiftent aux poifons j on les ordonne aufli
pour la dilfenterie.
On doit choifirla Tormentille nouvelle , fcche , & des pais chauds, étant
meilleur que celle qui croit dans nos jardins.
La Biftortc eft une plante dont la racine eft grolfe comme le pouce, tortue &
roulée fur elle même , ridée par anneaux , brune en dehors , couleur de chair
en dedans , accompagnées de fibres chevelues & d’un goût aftringcnt. Ses feüil-
les font aifez femblables à celles de la patience fauvage , vert gay en delfus , vert
de mer endeflbus. La tige eft en fleur à la fin de May , garnies de quelques
feüillcs dans fa longueur , quij font plus petites que les premières. Les fleurs font
couleur de chair entalTées en épy , mais fort petites & fort toufuës i clic lailTe cha¬
cune après elle une fcmcnce à trois coins aifez aiguës. Cette efpece eft nommée
par C. Bouhin , Bijîorta major radice magts intorta.
La Biftortc vient dans les Alpes & dans les Pirenées , dans les Montagnes d’Au¬
vergne & autres. On employé cette racine dans les occafions ou il fautreferrer.
Biftortc,
8 O Hiftoire generale
comvcK. dans tous les cours de ventre & dans les hernies , elle fortifie encore &
refifte aux poifons.
On la doit choifîr bien nourrie , nouvelle , brune au defTus & rougeâtre au de¬
dans, & des pays chauds.
CHAPITRE XXVI.
N Ous vendons ordinairement de trois fortes d’Ariftoloches.Sçavoir, la lon¬
gue, la ronde & la legere. Il y en a une quatrième qui eft la Clématite on
Sermenteufe i mais comme nous n'en faifons aucun négoce , c’eft pour ce fujec
que je n en parlcray point.
L’ Ariftoloche ronde eft une plante qui a fa racine tubereufe , charnue , de dif¬
ferentes grofleurs , y en ayant qui ont jufqu’à trois pouces de diamètre j elles
font irregulieres , c’eft à dire qu’elles font ordinairement plus larges par le bas ,
& comme élevé en côte femblable à une trufe. Cette racine eft d’une amertume
infupportable , jaunâtre en dedans , brune en dehors , d’une odeur qui n’eft pas
dcfagreablc garnies de quelques fibres deliez. Plufieurs tiges forcent de fâ
partie fuperieure, elle lèvent à la hauteur d’un pied , accompagnées alternati¬
vement de fcüillcs alfez rondes , attachées fans pédicule & qui embraflela tige par
unebalfe échanciéc en deux oreilles arondies. Les fleurs naiflent dans les aifcl-
Ics de ces feüillcs , ce font des tuyaux jaunâtre ôc rayez le long d’un pouce
demy , croifez en dc-là de leurs moitié , & applatis en maniéré de langue de
bœufs , d’un rouge tres-foncé , & qui approche fouvent delà couleur de fuye j
elles font fans odeur j lesfemences font noires, très minces & très plattcs , pref-
que triangulaire , & font renfermées dans des petits fruits menbraneux , verts dans
le commencement , bruns dans leur maturité, divifez dans leurs longueurs en
fix cellules.
L’Ariftolochc
des Drogues , Livre fécond. 8 i
L’Aiiftolochc longue cfl; une racine feinblable à un raifort , mais beaucoup ^
plus groïTcs & plus longues , charnues , caffanccs , brunes en dehors , jaunâtre chciongnc^
en dedans , fort amcrc , R accompagnée de quclc^ues fibres. Ses tiges font plus
longues que celle de la ronde , couchées à terre , garnies âltcrnativemcnt de
feuilles qui ne font pas tout à fait fi rondes que celle de la precedente ^ R qui
font foutenuës par une petite queue. Les fleurs font à peu prés comme celle de
la ronde, mais les fruits font de la figure d’une petite poire , R renferment aufîi
dans leurs celui es des fcmenccs très aplaties R noires.
L’Ariftoloche que Jean Bouhin nomme uÂrtfolochia *TûIyrrhi:(^of. Et Charles
Bouhin t^riflolochta Pi jio ochudiéîa J cftla plus petite toute fes racines , font
compofées d une infinité de fibres jaunâtres fort menues , attachées à la meme
tête , accompagnée de chevelu , fort ameres , R de fort bonne odeur. Scs
tiges font foiblcsj minces, couchées a terre , garnies alternativement de feuilles
plus petites R plus pâles que celle des autres , de la figure d un cœur renverfé , R
foûtenus par des pédicules très déliées de leurs aifeiles ^ naiflent des fleurs fem-
blables â celles de la ronde , plus petite pourtant , jaunâtres , mélées de couleur
de fuye , fes fruits font aufli plus petits. Et c'eft cette Ariftoloche que nous ven¬
dons fous les noms d’ Ariftoloche Tenuif , ou fous ccluy d' Ariftoloche léger, Anïtoio.
quoyquc mal â propos , puifque le mot Latin Tennis j ne fignific pas léger , mais
menu ou délié.
L’Ariftolochc Clématite a les racines fibreufes qui tracent de tous côte^ ,amc- AriHoio*
rcs , R d’une odeur alfez agréables. Les tiges font hautes de deux â trois pieds ,
droites , fermes , plus fortes que celles des prâcedentes, accompagnées alterna¬
tivement de feuilles plus grandes , taillées pour ainfi dire en cœur , renverfé d’un
vert plus pâle, R foutenuës par des queues aifez longues. Les fleurs naiflent en
foule dans les aifeiles de ces feuilles jaunes, pâles , de même figure que celle des
autres efpeces , mais plus petite. Leurs fruits au contraire eft plus gros , ovale R
divifé en fix cellules , rempli de Icmcnccs très plattes , R comme triangulaire j
C. Bouhin appelle cette cfpcce tyénjiolochia clemattlis reBa.
Toutes ces efpeces fc trouvent dans les prez R dans les vignes de Provence R
de Languedoc , excepté l’AriftolocheT^wwzj , qui aime les bois , les olivetes, R
les cohnes fcches R pierreufes des memes pais , aufli cft-ellc plus aromatique R
plus forte.
Meflicurs Rondelet RCharasont raifonde préférer l’Ariftoloche Tfttuis â la
clématite pour la Thériaque. Toutes les Ariftoloches emportent les obftrudions
R font purgatives. On s*en fert tous les jours avec fuccés pour les décoctions,
injections , lotions , R potions deterfives Rvulneraircs. On employé fur tout la
ronde R la longue , pour modifier les ulcères R dans la gangrené.
Je n’ay pas fait graver la figure de l’Ariftoloche Clématite, en ce que nous n en
faifons aucun négoce , R je n’cnaurois pas mis icyla dcfcription fi ce n’avoit été
pour faire connoitre la différence qu’il y a avec la Tennis.
A l’égard du choix des Ariftoloches , clics doivent être fcches R bien nourries
principalement la ronde R la longue, en ce qu’il s‘cn troùvc qui eft aride, ridée
R fccnc , qu’il n’y a que la peau j au lieu que la belle Ariftoloche doit être
pefante , jaune dedans , grife deflus R uni j R la Tenuts doit être en belles racines,
fcmblablcs â lelleborre noir , la mieux nourrie , la plus nouvelle , R la plus fcche
que faire fc pourra. L’Ariftolochc Tennis n’a guère d’autres ufages que pour la The»
riaque.
/. PnrtiCf
t
Piea d'h-
kxaiidic.
8 Z H i (loire generale
CHAPITRE XXVII.
De la Virethre.
La Pirethrc eft une racine de moyenne longueur , de la groffeur du petit
doigt , grifatrc au delTus , blanchâtre en dedans , garnie de quelques petites
fibres, d’un goût acre & brûlante. Elle produit des feuilles petites, vertes, & des
fleurs de couleur incarnat femblables à nos marguerites.
On choilirala Pirethre nouvelle, bien nourrie, fcche, malaifée à rompre , du
goût &c de la couleur cy-defTus.
La Pirethre nous cfl: apportée parMarfeillc du Royaume de Tunis, où elle croit
communément. Elle eft fort en ufage pour appaifer les maux de dents, étant
tenue dans la bouche, & elle a plufieurs autres ufages en médecine. On s’en
fert aufli pour faire du vinaigre.Le nom de Pirethre luy vient de fa qualité brû¬
lante. Quclqu’uns veulent que Pyrus Roy d’Epire 5 en ayant le premier décou¬
vert les vertus luy a fait donner fon nom,& d’autres racines falivaircs, à caufe
qu’elle fait cracher.
Il y a encore une autre cfpcce de Pirethre que nous appelions pied d’Alexan¬
dre, qui eft: une petite racine de la longueur d’un demy pied , d’un gris brun
au defftis , & blanchâtre dedans , garnie de quelque peu de fibres , au haut
de laquelle eft une efpecc de barbe comme au , d’un goût acre mordi-
cant , approchant de celuy de la Pirethre j c’ eft pour ce fujet qu’on la nomme
Pirethre îauvage ; & quclqu’uns l’cmployent & la vendent pour la vraye Pirethre,
ce qui ne fera pas difficile a connoître , en ce quelle eft plus menue , plus longues,
& eft apportée par botte. Cette plante a fes feuilles fort petites, d’un vert jau¬
nâtre, &:fes fleurs par ombelles, d’un rouge pâle. Elle nous eft apportée d’Hol¬
lande autres endroits.
II la faut choifir nouvelles , en grofles racines comme la precedente ,& rejetter
des Drogues , Livre Premier. 85
L cft en filets. On Ce fert dé cette racine comme de l’autre Pirethre pour
vinaigre.
CHAPITRE XXVIII.
Behen blanc & rouge.
Le Bchcn blanc elt une racine lemblable a la Pirethre , grilatre au deüus , Si
un peu plus blanche par dedans , d’un goût prefquc incipide ; cependant
étant tenu un peu dans la bouche 3 il y refte une amertume aifez defagreable.
Cette racine nous eft apportée des mêmes endroits que la fuivante , & a fes
feuilles prefque de la même figure, excepté qu’elles font accompagnées par le
bas de quatre petites feuilles , de même forme & couleur à l’oppofitc l’un de l’au¬
tre 3 du milieu defqucls fort une tige haute garnies de quelques peu de feuil¬
les 3 & d’une fleur par boutons remplie d’écailles , lefquellcs étant épanouies
jettent une petite fleur jaune.
Ôn chodiralc Behen en grolfes racines , non cariées , difficile à rompre , les plus
nouvelles qu’il fera poffible & du goût cy-aprés. Il cft propre aux mêmes ufages
que le Behen rouge , & on luy fubftituë les mêmes racines.
Le Behen rouge eft une racine qui nous cft apportée , coupée par trontjons
comme lejalap du Mont-Liban, & autres endroits de Syrie , laquelle étant dans
terre eft de la figure de nos gros naveaux , garnies de fibres , de couleur brune au
deflus & rougeâtre dedans, d’où fortentdes feuilles vertes , longues, &c fembla-
bles à celle du Limonium j c’eft pourquoy quclqu’uns veulent que ce foit la fé¬
condé efpecc , du milieu de laquelle fort des tiges garnies de fleurs rouges , ran¬
gées deux à deux, de la figure d’une petite grenade ou du poivre de la Jamaï¬
que.
On les choifira fcches , hautes en couleurs , d’un goût aftringent , aromatique &
iwûvcllcs, étant facile à fe carier. Elles font quelques peu ufitées en médecine, maià
/. Partie^ L ij
84 Hiftoire generale
le plus fouvent ceux qui en ont befoin à caufe de leurs rareté , fe fervent des raci¬
nes d’ Angélique , de Zedoare , de Bourache ou de Bugloze , ce qui ne fc doit
neanmoins pas faire que dans une extrême neceflité. On eftime que c eft un
cordiaque pour refifter aux venins.
ÎOrcanette,
Ürcafiette de
der>ant-T
}a{re
L*Orcancttc cil une racine de moyenne grolTeur & longueur, d’un rouge foncé
au deflus , & blanche au dedans , laquelle produit des feuilles vertes , rudes ,
femblables à la buglofc j c’eft pourquoy quelqu’uns l’appellent Buglofc fauvage,
du milieu defquclles fort une tige droite garnie de petite feüilles , & de fleurs
par boutons en forme d’étoile, d’un bleu mourant.
On choiflra L’Orcanette nouvelle , fouple , neanmoins feche , d’un rouge fonce
au deflus , blanche au dedans , avec une petite tête de couleur blûc , & qu’é¬
tant frottée tant foit peu mouillée ou à fcc , fur l’ongle ou fur la main , fafle un
beau vermeil.
Comme la teinture de cette racine ne confifte que dans fa fuptrficic, ceux qui
en auront befoin pour donner couleur à leurs cires , 'graifles ou huiles , préfére¬
ront la menuë àlagroflc, elle cil nette ils en feront un trcs-bcau rouge,
pourveu qu’il n’y aye point de l’humidité dans ce qu’ils voudont rougir. Lorca-
nette croit en Provence, c’efl: pourquoy nous la tirons deMarfcille &deNifmes
en Languedoc.
Cette racine eft fort ufitée enMcdecine, & n’a guère d’autre propriété que
celle cy^defliis. Il y a encore l’Orcanette du Levant ou de Conftantinoplc , qui eft
une racine d’une nature aflez furprenante, tant à caufe de fa grandeur &grof-
feur qui fe trouve aflTcz fouvent de celle du bras , qu'à caufe de fa figure qui n’eft
en apparence qu’un amas de fcuïUcs , longues & larges , tortillées cnfcmble com-
Orcanette
au Levaut,
des Drogues , Livre I. S S
me le tabac à randoüille , que parla diverfité de fes couleurs, dont la princi¬
pale eft d’un rouge fort obfcur , qui êft fuivie par intervalle d’un tres-beau
violet, & au haut de laquelle il y paroit une efpsce de moifilTure blanche &
bluatre, qui eft comme fa fleur j au milieu de ladite racine il s’y trouve un cœur
qui eft une petite écorce mince , & longues comme la canelle , d’un tres-beau rou-
gepar deflu s, & blanche dedàns. Cette Orcanette eft de tres-peu d’ufage, quoy
qu elle foit meilleur que nôtre Orcanette.
CHAPITRE XXX.
De la qarance.
O
La Garanccquc nous appelions auflî Rubia tinéîorum , eft la racine^d’une plan¬
te fort connuë , c’eft de cette racine dont les Hollandois retirent unli grand
profit, parla quantité de Garance qu’ils envoyent en differents païs,furtoutcn
France.
La Garance nous vient en trois fortes de maniérés , que nous diftinguons
foûs le nom de Garance en branches , de Garance grappe ou robbé , & de Garan¬
ce non robbé. La Garance en branches , eft celle que nous eft envoyée en ra- Garance e#
cine, telle quelle eft tirée deterre , n’ayant autre préparation que d’être fechée.
La féconde eft la grappe ou robbé , qui eft de la Garance en branche dont on a
retiré la.premicre écorce & le cœur,& par le moyen de certains moulins a été s^pp'-
réduit en poudre grofliere telle que nous la voyons. La troifiémeeftlanonrob-
be , c eft à dire que c’eft de la Garance en branche qui a été moulue & réduite
en poudre. Ainfi la meilleur Garance eft l'a grappe ou robbé, qui pour être de
la belle qualité , doit être étant nouvelle tirée des balles ou tonneaux , d’un rou¬
ge pâle, & qui en vieilliffant rougit & devient d’un très beau rouge. Celle de
Zclandc eft cftiméela meilleur. Les Garance fervent aux Teinturiers.
86
Hiftoire generale
C H A P I T RE XXXI,
De la Salfepareille,
-, _ _ '•V* "
La Salfcparcillc cftlcs longs filamens de la racine d une plante qui rampe fur
les murailles , & le long des arbres , qui a fes feüilles pointues , longues &
étroites , garnies de ncrveurcs& d’une couleur vertes. Au bas des feüilles naif-
fent des petits filamens en forme de mains pour s’attacher aux arbres de même
que la Vigne vierge j au fomnité des branches nailîent de petites fleurs blanches
en forme d’étoile, d’où fortent des petits fruits rouges d’un goût aigrelet.
Cette plante croit en abondance dans la Nouvelle Efpagnc & au Pérou , &
même dans les grandes Indes , & aime extrêmement les lieux humides & maré¬
cageux.
Qi^lqucs^uns veulent que la Salfepareille foit la même plante que celle que
nous avons fort communément en France, &: que nous appelions SmiUx afpera
major. Mais quoy qu’il en foit , je diray que nous vendons de deux fortes de
Salfepareille i fijavoir la Salfepareille des Indes , d'Efpagnc , & la grolTe Salfepa-
reille de Marignan. La plus belle & la meilleure de ces deux Salfcpareilles eft celle
d’Efpagne, laquelle pour être de la bonne qualité, doit être en longs filamens,
de la grofleur d’une plume à écrire , grife au deflus ,*& d’un blanc accompagné
de deux rayes rougeâtre en dedans , facile à fendre en deux,& qu’en la fendant
il n’en forte point de poufliere ny d’éclats vermoulus , & qu’étant boüilhs dans
l’eau la rende d’u^ic couleur rouge. On doit rejetter celle qui ett humide, extrê¬
mement menue, remplie de fibres, auflî-bien qu’une certaine Salfepareille d’Ho-
landc,en petites bottes coupées parles deux bouts. Il y en a qui veulent que la
Salfcparcillc rougeâtre aii deflus en bottes longues , qui nous vient ordinairement
par Marfcillc , ne foit pas dûme bonne qualité , mais pour mon particulier j’af-
firmeray n’ avoir trouvé aucune différence d’avec la Salfepareille véritable Efpa-
des Drogues, Livre I. 87
■gnc. On doit encore abrolument rejetter cette grofreSalfepareille bâtarde, ou de
Marignan,quc quelqu’uns appellent mal à propos Salfepareille de Mofcoviej
étant plus propre à allumer le feu que d’être employée dans là médecine , 5c qui
relTcmble plutôt à du fermant qu’a de la Salfepareille.
L’ufage de la Salfepareille eft pour faire des ptifannes , pour guérir les maladies
fccrettes , 5c pour dégraifer ceux qui font trop chargez de cuiline.
CHAPITRE XXXTI.
De h Squine.
La Squinc que nous appelions fort communément Efquine , eft une ra¬
cine noveufe , bolTuë , rougeâtre au dcflùs 5c en dedans , qui étant dans
terre pouffe des tiges rempantes le long des autres arbres, d’où fortent des feuil¬
les grandes , vertes , 5c faites en forme de cœur , 5c la tige eft toute garnie de petits
piquants en maniéré d’épines.
, La Squine que nous vendons nous eft apportée de plufîeurs endroits des gran¬
des Indes &de la Chine , tant parla voyc dHollande , d’Angleterre , que de Mar-
feille , tantôt brutte , c’eft à dire comme elle eft tirée de terre , mais le plus fou-
vent mondée en partie de fa première peau , tant pour luy ôter ces extremitez
que pour la rendre plus de vente.
Ondoit choifirlaScjUinepcfante -, refincufe , difficile à couper , mondée de fa
-première peau , d’une couleur rougeâtre , 5c prendre garde qu’elle n’aye été man¬
gée des vers ,& que les trous n’en aye été rebouchez avec du bol ou autres ter¬
res glaifes , comme il n’arrive que trop fouvent.
La Squine eft fort en ufage pour faire des ptifannes fudorifiques , & eft employée
aux mêmes chofes que la Salfepareille, c’eft ce qui fait qu’elles ne vont guère l’un
lans l’autre.
Il croit aux Ifles Antilles une groffe racine que quelqu’uns ont voulu dire être
88 Hifloire generale
la véritable Squinc ; mais comme cela ne fcpcutconfirmer, je renvoyé le Ledeuf
au Livre du R. P. du Tertre, qui en a fait une belle & ample defeription ; & com.^
me cette relation ne regarde aucunement nôtre négoce^ c’eftlc llijct pourquoy
je n’ay pas jugé à propos de la rapporter icy.
CflAPITRE XXXIIL
De /Azarum.
L*iy4:^afm y que l’on appelle vulgairement Cabaret oubîard Sauvage, cft une
racine qui fc trouve fort communément en plufieurs endroits du Levant ,
dansic Canada, & même en France , fur tout de vers Lyon, d’oû nous vient pref.
que tout celuy que nous vendons.
Cette racine étant dans terre poulTc des tiges , à la fomnité defquelles il y naic
des feuilles vertes , épaiifes , & faites en cœur , ôc des fleurs par boutons commC'
la rofe d’une couleur rougeâtre.
On doit choifir , véritable Levant s’il efl: pofllble , en belles racines^
non fibrcules ny brifée, mais d’une couleur grife deflus , & en dedans d’une odeur
pénétrante , d’un goût acre accompagné d'un peu d’amertume. On prendra garde
que ce nefoit des racines d’t^^4nw4» que l’on nous apporte le plus fouvent do
la Bourgogne ; ce qui fera facile à connoîcre , en ce que Yt^x^rum eft en petites
racines "grifes de la grofleur d’une petite plume à écrire cft en pe^
rites racines noirâtres fcches , arides , &ii remplies de filamens , que l’on ne fçait
ce que c’eft , parce qu’on a de la peine â diftingucr les véritables racines d'avec
les hlamcns.
V.^:!'arum eft quelque peu ufité dans la médecine , mais fon plus grand ufage
cft pour faire prendre en poudre aux chevaux qui ont le farcm dans du foa
mouillé , depuis une once jufqu’à deux i & cette racine cft fi convenable pour
guérir cette maladie , qu’il s’en confomme prefentement une grolTc quantité.
Des Drogues. Livre premier. 8 9
Il cft â remarquer quelW:C^r»w > eft une plante donc la racine eft presque à ras
de terre, c’eft à dire quelle n’entre pas avant, & il fe trouve de ces racines fous
lefquelles il y a au dclTous , environ un pied dans terre , une maniéré de trufes
londcs, d’une couleur jaunâtre au deflus & blanche dedans , lefquelles fi on les
prelTe il en fort un lait qui eft cauftic comme le feu.j’ay été bien aife d’avertir
le public de cet article , ne fçaehant pas que perfonne en ait jamais eu aucune
connoilTance in’y en ait jamais écrit.
CHAPITRE XXXIV.
De U Replie-,
La Regliflé que les Latins appellent Glicyrrhi:^a t LicjuirttU > Radix dulcis ^ eft
une plante qui a fes feüilles gluantes, vertes, luifantes , & â demy ronde ^
& Tes fleurs font femblables aux Hyacintes de couleur putputme, d’où fort des
goufles qui forment enfemble une boulle ronde où eft contenu la femence.
La ReglilTe que nous voyons â Paris nous cft apportée par balles de divers
^droits d Efpagne j mais principalement du côté de Bayonne & de SaragofTe ^
^itale de 1 Arragon , où cette plante croit en tres-gtande quantité.
OiichoifiralaReglifl'cnouvelleiUniejdelagrofteur du gros doigt, rougeâtre
au deflus, & d’un jaune doré en dedans, facile à couper , d’un goût doux àc
agréable , telle qu eft celle de Sara^ofle, qui eft la meilleure. Ainfi elle doit être
preferée à celle de Bayonne, qui eft ordinairement grifepar deflus, menue, ter-
r.ule & de fort peu de garde. On dbit être foigneux de la conferver , de peur
^u elle ne fe gâte ^ car fi-tôt que cette marchandife a fouftett, il arrive comme
a la gangrené, parce que aulfi-tôt qu*un morceau a commencé à fe gâter par
les deux boûts,lerefte ne manque pas en peu de temps de fe corrompre j cela
♦rive principalement lorfqu’elle eft venue parla pluycoupar la gelée, ou pouf
avoir fejourné â la cave.
A 1 égard de la Rcglifle feiehe , on la doit choifir jaune & bien feche , Si pren-
/. Pariki M
90 Hiftoire generale
dre gard^: que ce ne foit des rebuts de baies , qui eft ordinairement noire , étou-;
fee , & de nulle valeur.
A régsrd La Regliflc feche & jaune peut être employée au lieu de la verte, &’même clic
ionS"* prefqrée , en ce qu’elle eft moins amerc , quelle foifonne plus , ô: cit
fauenq^o- d’uttc mciUcur qualité.
gH(il,)cïcs L’ufage de la ReglilTe eft trop connu pour m’y arrêter.
' La Regliffc feclic en poudre , prife avec partie égale de fleur de foufre , depuis
[«"qu’u” onces jufqu’à quatre , ftiivant la grandeur du cheval , deux fois le jour pen-
dant huit jours dans du fonfraifé , eft un bon remedepour empêcher qu’il ne
car ^ii n’y devienne pouflîfs , loiTquc l’on commcncc à s’en appercevoit, & cela empêche
m/rchaii- quc la pouftc nc paroifle pour quelques jours ; à quoy ceux qui üchettent des
?«[««?& chevaux doivent prendre garde. Pendant l’ufage de ce remede on ne doit fati-
piul* gucr & donner le moins de foin au cheval qu’il fe pourra.
fcicnce ,
tant pour la « _ _ _ _ _ _ _
CHAPITRE XXXV.
Du Suc de Regliÿe noir.
vapierp^ur RcgUlfe par Ic moycu de l’eau chaude, une teinture jaune, qui
!outTex°'' avoir été évaporée fur le feu & réduite en confiftance folide , dc-
piiqucr, vient noire , & c’eft ce que nous appelions fuc ou jus de RegliiTc noir , que nous,
faifons venir d’Hollande, d’EPpagne^: de Marfeille, en pain de differentes grof.
feurs , qui font le plus fouvent de quatre once.s, ou d'une demi livre. Ce fuc de
regliffe pour être de la bonne qualité, il doit être noir deffus, & d’un noir lui-
fant en dedans , facile à cafler , d’un goût affez agréable , & rejetter celuy qui eft
molace, rougeâtre, & qui étant cailé paroît graveleux , & qui a un goût de
brûlé. Ce fuc de Regliffe eft fort en ufigc pour guérir ceux qui font attaquez
du rhufmc, ou pour les poulmoniques , étant mâché comme le tabac , ou pris
dans quelque liqueur convenable. Nous vendons encore quantité d’autres fucs
de Regliffe, comme font ceux de Blois ,1e blanc & le jaune, cçluy de Rheims
ou de'^Paris , qui font en paftiUe platte , ou plyé en rond comme de la bougie de
Siicac Re- la grandeur d’une piecede quinze fols. Le fuc de Regliffe blanc fait a Paris ,
gi.ifc blanc compofltion de Regliffe feiche , de fucre , d’amidon , & d’iris en poudre^,
mais comme tous ces prétendus fucs de Regliffe ne font proprement que des
amufettes , les uns pour n’être que de la gomme , & les autres du fucre j c’eft le
(ujet pour lequel je n’en diray rien , h ce qui fera que l’on ne doit s’attacher uni¬
quement qu’au fuc de Reglifle noir , comme étant de la meilleure qualité ,
furtout quand il eft de la manière que jcl’ay marqué.
Nous vendons outre toutes les racines que j’ay cy-devant décrites , plufieUrs
racines qui ci'oiffent dans nos jardins, ou autour de Paris , comme LemU Cam^
pana y\^i?i\oincn\^\c &c(cmc\\c y major ^ minor , ou grande & petite Ser¬
pentaire, le Petazites, le Cyclamen ou pain de pourceau, le Gramen ou Chien-
dant , le Polipode , & quantité d!aiitres que nous tenons par quelque hazard ,
pour n’être pas fujctâ avoir affaire â des Herboriftes , & pour en avoir en touç
temps. Il y en a quantité d’autres que nous nc vendons point pour être trop rare,
comme font les racines de Membroni Cini , de Chiai Cathai > dont les Chinois foii(
. fort amateurs ,& qu’ils l’cftiment dix fois plus que la Rubarbe. Le Sandera du
Pérou , quâ eft une racine rougeâtre, dont les Indiens fe iervent pour mettre daus
conlcrvet
<]uc pour y
pouvoir
faire quel¬
que profit,
& les cir-
tonflances
font 11 lon¬
gues qu’il
faiirlrou un
des Drogues , Livre Premier. 9 1
le Chocolat, le ging-ging de Tartarie ou de la Chine dont les Chinois font un
breuvage.- La racine de A//jî qui eft une racine blanche a peu près femblableau
Bchen blanc, & que les Hollandois vendent prcfque au poids de l’or 5 la racine
de Palay de Canada , le Saljunca de Naples j enfin de plufieurs autres fortes de ra¬
cines que nous pourrions vendre, fi nous en pouvions avoir qui ne feroientpas
d’une petite utilité.
CHAPITRE XXXV^^
De /Acorus Verus.
^co^re Vra^\ .
Ÿ Verus > ou Àcore vray , que nous appelions mal à propos Calamus aro^
JS _ fmaticus » eft un rofeau ou racine noveufe , rougeâtre au delTus & blan¬
che dedans , garnie de longs filamens , d’une fubliftancc legere , ainfi fa¬
cile a fe vermoudre j il fort de cette racine des feüilles vertes , longues & étroi¬
tes ,& des fruits d environ trois pouces de long, de la grofieur &: figure du poi¬
vre long.
On choifiral’ Acorus nouveau , bien nourri , mondé de fes filamens , difficile a
rompre , d’un goût acre , accompagne d'une amertume alTcz agréable , d’une
odeur fuave bc fort aromatique , c’eft pourquoy il eft beaucoup plus connu caiamu*
fous le nom de (^alamus aromaticus > quoyque mal à propos , que fous ccluy d ji-
COtUS.
Cette racine qui eft pour l’ordinaire de la grofleur du petit doigt , & d envi¬
ron demy pied de long , nous eft apportée de plufieurs endroits de Pologne ,
delaTartarie & même de l’Ifle de Java ou elle eft appcllée Dirinfo. ‘
• L’cxîcorwi eft quelque peu ufité enmedecine, & eft un des ingrediens de la
Theriaque , où il n’a tefoin d’autre préparation que d’etre bien choifi & net¬
toyé de la terre, & autres corps étrangers qui peuvent s’y rencontrer , mais fou
plus grand ufageeft pour les Parfumeurs.
/. Partie. M ij
92. Hiftoire generale
CHAPITRE XXXVII.
Du Calamus Verus.
Le Caîamus 'uerus ou plutôt amarus ^ cft un rofeau de la grofTcur d'une plu^
me , de deux à trois pieds de haut , compartie par nœuds , d ou fortent des
feüilles vertes &:dcs petites ombelles chargées de fleurs jaunes.
Ce petit rofeau croit en pluficurs endroits du Levant , d’où il cft apporté a
Marfcillc , quelquefois dans fon entier , mais ordinairement par bottes d’envi-,
ron un demy pied de long.
On le choifira gros , nouveau , mondé de fa petite racine & de fes branches
& en bottes , prenant garde qu’elles ne foient point trop fourrées de racines dC
menu branchages. Il doit être d’un gris rougeâtre au delfus 6i blanchâtre de¬
dans > garnie d une mouclle blanche -, car quand il cft furanné , cette moiiclle de¬
vient jaune qui fe réduit en poudre comme fi les vers l’avoient mangée j il faut
encore qu’il fe rompe par éclats , & qu’en le mettant dans la bouche il foie
d’une amertume infupportablc.
Son principal ufage eft pour la Theriaque , où il n’a befoin d’autre prépara*
tion que d’être choifl comme cy-delfus.
des Drogues, Livre 1.
93
CHAPITRE XXXVIII.
Des Cannes à Sucre.
LEs Cannes a Sucre ou Cannamelles , font des rofeaux qui croiflent en abon*
dance dans pluficurs endroits des grandes Indes au Brcfîl , & dans les lil-S
Antilles.
Ces Cannes ouRorcaux étant dans terre , pouffent de chaque nœud une au¬
tre Canne haute de cinq à fix pieds , qui eft garnie de feüillcs vertes , longues ,
étroites & tranchantes. A la moitié de la hauteur de chaque Canne fort une ef-
pecc de flèches qui fe termine en pointe , au haut de laquelle il y a une manière
de fleur de couleur argentée en forme de panache.
Les Ameriquains ayant bien labouré leurs terres , ils y font des Sillons ou Rico-
les , de meme que l on fait icy aux terres labourées d’environ d’un demy pied
de profondeur , dans lefquclles ils y mettent une canne de trois pieds ou envi¬
ron J & la font chevaucher d un pied par chaque bout par deux autres cannes ,
& continue àinfî jufqu a ce que la terre qu’ils ont préparée foit remplie. Au
bout dehx àfept mois , qui eft le temps qu’elles commencent à pouffer leurs flè¬
ches , on a foin de les couper pour retirer le fucrc , ainfi qu’il fe verra cy-
aprés. '
Ces cfpeccs de fléchés font fort ufitées par les Sauvages pour fe faire des Arcs.
iîîèfî
M iij
94
Hiftoire generale
C H Ai? I T RE XXXIX. ’
Comme /a
k Sucre des Cannes-,
LEs Amcticains ayant coupé leurs cannes au dcfTus du premier nœud, ils eu
ôtent les feüilles&cn font des bottes qu’ils portent au moulin , lequel cft
compofe de trois rouleaux égaux en grolTcur, & également revetus de lames de
fer au lieu ou paflent les cannes. Celuy du milieu eft beaucoup plus élevé , afin
que les deux arbres qui le tiennent par le haut, & aufquels les bœufs font atte¬
lez , puilfent tourner fans être empêchez par la machine. Le grand rouleau du
milieu eft environné d’un herilfon dont les dents s’emboitent dans des hoche»
ou arefts faits à ce fujet , dans les deux autres qui font tous proches , & les fai-
fant tourner, ils ferrent, écrafent , & font paffer les Cannes de l’autre côté, lef-
quelles demeurent toutes feches & épuifées de leurs fuc. ( Si par hazard l’Amcri-
quain ou le François qui met les Cannes au moulin, fe laiflbit ferrer les doigts,
il luy faudrait auffi-tôt couper le bras , linon fon corps feroit plûtôt écrafé qu’il
ny auroit fongé, c’eft ce qui fait que d’abord qu’un homme a les doigt pris,
un autre luy coupe le bras avec un coutelas, & fervent après être guetisà faire
des meflages. ) Ce fuc tombe dans un vaifleau qui eft delTous le moulin, & étant
ainli tire , coule par un petit canal dans la première chaudière , qui tient envi¬
ron deux muidsjoùileft échaufé à petit fcu&preftà boüillir , afin de luy faire
des Drogues, Livre I. 95
poufTcr la plus grofle écume. De cette écume les Américains s'en fervent pour
en nourrir leurs beftiaux , ce fuc bien écume eft mis dans une fécondé chau¬
dière où l’on le fait boüillir , en jettant de temps en temps de l’eau de chauis
dans laquelle on a foüettc des œufs , ayant été bien purifié on paûe ce fucre
par des draps faits en forme de chaulTes d’ypocras, & après avoir été ainfi coulé
on le met dans une troifiéme chaudière , qui eft ordinairement de bronze ou de
métail où il eft , en l’écumant toûjours cuit à la plume, ôe après on le verfe
dans une quatrième chaudière, & quand il eft à demy refroidy on enlevé le
grain, c’eftàdire qu’avec une écumoire ou fpatulc de bois, on regarde filefu-
icre commence à fe grener, ce qui fc fait en palTant l’écumoirc delfous le fucre
de la droite a la gauche. Ce fucre étant de la qualité requife & encore chaud ,
eft jette dans des moules dont le trou d’en bas eft bouché j au bout de vingt-
quatre heures , qui eft ordinairement le temps que le fucre a pris corps, les nè¬
gres portent ces moules dans leurs caftes ou maifons , & après avoir débou¬
ché les trous & percé le fucre, ils placent cesmcfulcs fur des petits pots que nous
appelions jaiTons,afin d’en recevoir le firop qui en découle. Lorfque le firop
clt écoule ils retirent le fucre des moules , &eniuite le coupent avec un couteau j
ce fucre ainfi coupé eft ce que nous appelions Mofeovade grife, ou Sucre des
Ifles non atteré , laquelle pour être delà bonne qualité , il faut qu’elle (oit d’un de ^ufe.
gris blanchâtre , feche , la moins grafte , & qui fente le moins le brûlé qu'il fera
poftible. Cette Mofeovade eft la bafte & la matière dequoy on fait toutes les diftc-
rentes fortes de fucres que nous vendons.
Cette Mofeovade a fort peu d’ufage , quoyquc ce foit ùnc affez bonne mar-
chandife, pour faire des Sirops ou confitures rouges^
C HAPITRE XL.
De la Caffonade.
La Caffbnnade ou Sucre des Iflcs atteré , eft delà Mofeovade grife fondue,
après avoir été bien clarifiée & paftée par des draps , & cuite à la plume , eft
mife dans des moules , & préparée de la manière dont j’ay cy- devant parlé : après
que le firop eft égoûté on met fur le fucre l’épaifteur d’un pouce de terre glaile
detrempée dans de l’eau, afin que l’eau qui eft dans la terre pafte au travers du
fucre, & entraine avec elle ce qui pourroit y être refte de Sucre gras & vilain.
Lorfqu’il n’en découle plus rien , & que la terre de deftus eft feche , on retire le
fucre des moules , enfuite on coupe les pains en trois , c’eft à dire on met les bas
de pain d’un côté, le milieu d’un autre, & le bout d’un autre j ou pour mieux
dire,les Ameriquains font d’un pain de fucre trois fortes de Caflonades , c’eft
ce qui fait que dans les parties de Caftonades , il s’y en trouve ordinairement de
trois fortes, que l’on diftingue par caftonades de bas de pain, du milieu & de la
tête, qui eft la plus commune. Lorfque ces fucres font coupez & divifez en trois,
les Ameriquains les é'tendent fur de grandes toiles pour les faire fecher à l’air , &
après avoir été fcché eft enfermé dans de grandes caiftes de la manière qu’elle
nous vient. La plus belle Caffonade vient du Brefil , laquelle doit être extrême- cadonad*
ment blanche, feche & grenue, d’un goût & d’odaur de violette. Celle d’après Btcfii,
eft la Cayenne , fur tout celle qui a été faite des bas de pain , & qui eft blanche
& feche.
H i ivoire generale
La Caffonadc cft fort en ufagc par les Confifeurs , furtout celle de Brefil , tant
à caufe qu elle eft moins fujette à fe candir , que parce que les confitures en font
plus belles &: plus de garde. Q^lques-uns veulent que l’on a donné a ce fucrc
en poudre le nom de CalTonade ou Caftonnade , à caufe qu’il vient dans des
cames que les Allemands appellent Kaft, ce qui ne doit neanmoins pas être ge¬
neral , puifqu’il en vient autant dans des banques que dans des cailTes.
CHAPITRE XLI.
?
Du Sucre de fept livres,
L e Sucre , mal à propos appelle de fept livres , puifqu’il en peze ordinairement
jufqu’à douze , eft delà Mofeovade grife , clarifiée & mile en pain de la ma¬
niéré que j’ay cy-devant dit , & après l’avoir lailfé à l’étuve pendant quelques
jours pour luy donner corps , on l’enveloppe de papier gris ou bleu comme nous
le voyons. Nous diftinguons le Sucre de fept livres , aufli-bien que tous les autres
Sucres, àla referve du royal : Sejavoir en Sucre blanc , relié & tâché. Le blanc
cft le plus beau -, le relié cft ccluy qui fuit -, letroifiéme eft le taché qui cft le plus
commun, & cft ainfi appcllé â caufe qu’il a ordinairement des taches de couleur de
Chipre au haut des pains ; plus le fucrc cft blanc , bien étuve , d’un grain ferré,
fcc &fonant , plus il eft cftimé.
Le Sucre de 7 liv .eft celui dont on fe fert ordinairement dans les maifons bourgeois
fes, tant parce qu’il coûte moins que parce que l’on prétend être d’un meilleur,
ufage. Du fucrc de fept livres , par le moyen de la fonte, du rafinement & des pe¬
tits moules , on en fait les petits fucrcs que nous diftinguons par fucrc de deux,
de trois , de quatre ôi de lix livres, &par blanc relié & taché. Plus ces fu-
sucre en pctits moules , c’cft â ditc en petits pains , & plus ils font blancs &
petits plus ils font chers. A l’égard de leurs choix ils doivent aulli être bien étuvez d’un
grain fin, ferré &c brillant, & qu’en le frappant du doigt fonne prcfquc comme
du verre. L’ufagc de ces petits lucres cft pour faire des Sirops ou Confitures blaii-
che , comme abricots & autres j ou pour faire des prefens.
chapitre xlii.
Du Sucre royal.
Le Sucre furnommé Royal â caufe de fa grande blancheur , cft du petit Su¬
cre blanc , ou de la Callonadc du Brefil , fondue &: mife en pain comme les
precedents.
Le Sucre royal doit être extrêmement blanc & égal par tout, c’cft à dire auffi
beau au haut comme au bas , d’un grain fin , ferré , brillant & ferme , neanmoins
facile à cafter , qui cft la marque generale des fucres , qui ont été bien étuvez &
qui font d’une bonne qualité. Nous vendons encore du Sucre que nous appelions
Oemy *^oyal , qui cft du fucrç en petit pain extrêmement blanc , enveloppé de
loyal. papier violet, qui vient d’Hollande.
Les Hollandois nous envoyoient autrefois des Sucres du poids de dix-huit à
vingt*
des Drogues, Livre II. 97
vingt livres , enveloppé au lieu d.e papier dé feü’lles de palmier , & à caufe de
cette enveloppe étoit appelle Sucre de palme , & c’écoit un lucre blanc , gras , &:
d’une très bonne qualité , & d’un goût de violette. Nous avions encore les Sucres
de Madères , mais depuis que nous avons les Illcs nous n’en voyons prcfqueplus.
Je ne m’arréteray pas à vouloir parler du fucre des anciens qu’ils étoicnt ap-
pelléTabaxir ou Sucre de Menbu , &:des Sucres furnommé Alhafur &: AlKafcrj
tant parce qu’ils ne viennent pas jufqu à nous , que parce que quantité de vieux
Auteurs en tra tent.
Je diray feulement que nous avons de plufieurs fortes de fLicres ,qui ne diffe¬
rent que luivant leurs rafin mem , ou fuivant les lieux où ils ont été rafiné^ , com-
par exemple les plus beaux Sucres d’aujourd’huy, font ceux de Diepe & d’O leans*
quieft le contraire du paffé, en ce que celuy de Roüen pafToit pour le mieux ra-
finé & pour le plus beau.
CHAPITRE XLIII,
De la Clnpre ou Sucre rouge,
La Chypre ou Sucre rouge, cft une efpece de Mafeovade que l’on forme
en Caflonade , lacpielle cli faite des Sirops des Sucres de fepr livres , de la même
maniéré que l'on lait les autres Sucres. Cette Chypre doit être d’un gris rougeâ¬
tre, la plus feche & qui ne lente guere le brûle , en ce qu’il s’en {encontre qui
cil 11 humide &: qui fenc tellement le brûlé, qu’il cil comme impoilible de pou¬
voir s’en fcrvir.
L’ufige de celle de Chypre étoit autrefois fort grande , en ce que l’on s’en fer-
voit pour mettre dans les cliileres au lieu de cnital minerai ; mais preientement
plufieurs Apoticaircs en ufent fort mal à propos pour laire leurs firops , tant pour
en faire meilleur marche que parce qu’ils croyent que cette Chypre cil la ma-
ticre dont on fait le Sucre, ainii que plufieurs Auteurs l’ont écrit. Ce qui cil bien
éloigné de la raifon , puifque ce n’cll que le Sucre qui ne peut fe blanchir & fc
former en pain. Ainiilcs Apoticaires Vautres, doivent être averti de ne plus fc
fcrvir de cette Chipre , étant incapable d’entrer dans le corps humain, tant
par fon mauvais goût que parce quç leurs compofitions en fnnt toûjours fore
Vilaines , quelques foins qu’ils y puiifent apportej:; & s'ils veulent épargner leur
boiirfe , ils pourront fe fervir de la Moicovade grife , & pourront affirmer
qu’ils feront faits de la matière dont on fait le fucre, & ceux qui fçauront bien
purifier cette Mofeovade, feront d auflî beaux Sirops rouges , que s’ils s’étoient
fervi de fucre commun ou de iept livres. Les faifcursd’Oublies ou de petits mé¬
tiers , employent beaucoup de fucre rouge.
Les Sirops de la Chipre que nous appelions Doucette, ou Mallaifes, ou Si- DoHc«tc
rops de Sucre , doivent être encore plus rejette , en ce que ce n’eil que le ^ •
Sirop gras delà Chipre, qui ne peut prendre aucun corps, & ne doit être cm-
ployé dans aucun ufage hirtout de la médecine, ce que bien de perfonnes n’ob-
fervent pas en fa ifant àes firops ou cleduaires , &il ne faut pas s étonner fi nous
voyons tant de faileurs de compofitions ,& les donner à fi vil prix. Outre ces
iifages nous envoyons quantité de ces Mallaifes en Hollande , de laquelle ils fc
fervent pour graill'cr le 'Tabac , & pour vendre aux pauvres gens qui s’en Icrvent
au lieu de fucre. Quelques perfonnes m’ont alfuré que l’on pouvoit faire de
I. Partie. . N
9 8 Hiftoire generale
Teau de vie avec cette doucette , ce que je n’ay -pas expérimenté , mais pour avec
de la Mofeovade on en fait de très bonne , &c quicnyvre comme celle qui pour^'
roit être faite de vin.
CHAPITRE XLIV.
JDu fucre Candi blanc.
Le Sucre Candi blanc eft de la Caflbnade blanche du Brefil , & du Sucre
blanc fondu enfemble , & cuit à la grande perle , & enfuite mis dans des poê¬
lons de cuivre , auec des petits bâtons pour y faire attacher le Sucre, en fc can-
difant pendant quinze jours qu’il demeure â l’étuve-, mais ce qu’il y à de plusfu-
jet, c’eft qu’il faut que le feu de l’étuve foit toujours égal durant les quinze jours
qu’il y rette. On le retire enfuite de letuve pour le faire egouter & fecher. On le
met dans des boettes pour le befoin.
On doit choifir ce Sucre blanc , fec , clair & tranfparant. Le plus beau Candy
que nous ayons vient d’ Hollande , c’eft pourquoy il efttoûjours de quatre â cinq
fols par livre plus cher que celuy de Tours , Orléans , Paris & autres endroits.
On eftime ce fucre fort convenable pour humeder la poitrine , & pour guérir
le rhufme.
CHAPITRE XLV.
T>u Sucre Candi roux.
Le Candy roux fe fait de la meme maniéré que le blanc , à la referve qu’il (c
fait avec des Mofeovades brunes , & qu’il le faut faire cuire à la feüille ou
plume, & le mettre dans des pots de terre, en ce que la terre attache plus que
le cuivre.
Ce Sucre eft ufité aux mêmes maladies que le precedent. Le plus fcc, le plus
roux & le véritable Hollande , eft le meilleur.
C HAPI T RE XLVI.
De l Alphoenix ou fucre tort ^ ou Epenides.
î ’Alphcenixâ qui quelques-uns ont donné leTurnom de Sucre d’orge blanc,
1-Jeft du fucre cuit â cafter , & jetté fur un marbre graifté tant foit peu d’huile
d’amendes douces, & enfuite manié comme de la pâte, & parle moyen d’un
cloud ou d’un crochet, on le met de telle figure que l’on Veut , & pour s’empê¬
cher de fc brûler les mains on fe les frotte d’amidon. Ce Sucre d’orge blanc ou
Epenides , eft cftimé propre pour guérir le rhume. Il y en a qui pour faire meil¬
leur marché de ce Sucre , lors qu’il eft tout en firop , ils .y mêlent autant d’amidon
qu il y en peut entrer pour le réduire en pâte , & en former des Epenides qu’ils
des Drogues , Livre I. 9
font fccher. Ces fortes de Penides feront fort facile à connoltre , en ce qu’étant
mis dans la bouche elles font pateufes comme de la colle.
Il y a encore un autre Sucre à calTer , que l’on appelle mal a propos Sucre d'orge,
puifque ce n’eft que de la cafTonnade fondue dans l’eau clarifiée & cuite à caf-
1er , & enfuite jette fur une pierre grailTée de tant foit peu d huile d'amandes dou¬
ces , &: formé après en petits bâtons de la maniéré que nous le voyons. Cette
maniéré de fucre eft fort difficile â faire , tant pour le faire cuire que pour le
mettre en bâtons tortillé , en ce qu’il faut être jufte â la cuifTon, & être fubtil à le
mettre en petits bâtons , en prenant garde qu’il ne s’engrailTe.
Ce Sucre d’Orge doit être d’une belle couleur d’ambre, fec, nouveau fait,
n’adherant nullement aux dents. Quelques Confifeurs pour luy donner une plus
belle couleur , le colorent avec le fafran.
On prétend que ce Sucre cuit foit fort propre pour guérir le rhume, on pré¬
tend auffi que l’on luy a donné le nom de Sucre d’orge , non pas â caufe qu’il y
a de l’orge dedans, ou qu’il eft fait avec unedecoétiôn d’orge , mais parce qu’il
eft d’une couleur jaune comme de l’orge. ^
CHAPITRE XLVIL
Du Sucre rofat.
I E Sucre Rofat eft du Sucre blanc , clarifié & cuit en confiftaricc de tablet¬
te dans de l’eau rofe, & lorfqu’il eft cuit on en forme des tablettes de telles
grandeurs que l’on fouhaite,ou bien ôn le fait en petites grenailles, en le re¬
muant jufqu â ce qu’il foit fcc & refroidi.
Le Sucre Rofat n eft qu’un Sucre empreint de la qualité & de l’odeur de l’eau
rofe , c’eft pourquoy il eft ordonné avec heureux fuccez â ceux qui prennent de
petit lait.
On choifira le Sucre Rofat en tablettes, fec , bien travaillé, difficile â cafTer,
d’un goût & d’une odeur de rofe , le plus blanc & le plus nouveau fait qui fe pour¬
ra -, & celuy en poudre aulli en grenailles blanches & fcches , & de l’odeur & du
goût cy-defTus.
CHAPITRE XLVIII.
* Des Vafiilles de Portugal.
LEs Paftilles â manger , dont les meilleurs viennent de Portugal , ne font
que de tres-beau fucre en poudre ficde-l ambre gris , Icfquelles avec desmuR
cilages de gomme adragant , on fait une pâte que l’on met enfuite par peti¬
tes tablettes telles que nous les recevons.
On les doit choifir véritables Portugal , ou du moins quelles ne foient pas mé¬
langées d’amidon, ce qui fe pourra connoltre â leurs goût pâteux & peu fucré.
Les Paftilles fervent â ôter le mauvais goût de la bouche U â manger par deli^
catefle.
N ij
/. PAYtit,
lOO
Hiftoire generale
CHAPITRE XL IX.
Des Dragée.
ILyatantdc fortes de Dragées, & on déguifele Sucre de tant de manières,'
qu il faudroit un livre entier pour les décrire j mais comme je ne prétend par¬
ler en ce Chapitre que des chofes couvertes du Sucre, je diray que les plus pe¬
tites font celles que nous appelions Nompareilles , qui cft du Sucre ou de l’Iris en
poudre & couvert de Sucre , defquels on fe fert pour mettre fur quantité de patilfc-
ric, & fur le pain d’épices deRheims.
Anis reine. Le deuxième l’Anis reine , qui n’eft que de l’anis couvert, & dont on fc ferc
pour appaifer les vents.
Petit Ver- ’Lc tioiïiéme eftle petit Verdun, qui ne diffère de l’anis à la Reine qu’en ce
' qu’il eft plus cou\^rt,& que l’on luy donne de l’odeur avec tant foit peii de civette.
A l’égard de tous les autres qui portent le nom d 'anis couverts , ne font au¬
tres chofes que du fenoüil chargé de fucre , & font diftingué par chifres & par
Numéro , comme par exemple : Au N°. i. A la demy once il y en doit avoir izo.
N-. 1.— 88. N°.3.— (Î4. No.4._.44. 34- N'. 6.— 30. N'.y.— 14-
N°.8.— 18. N'’.*).— 15. N^io.—ii. NMi.— 7. N®. I2---4- Ces quatre derniers
les gros Verdun.
On met aufli en Dragée de l’épine vinette , des framboifes , des femcnccs de me¬
lon , la canelle coupée , qu’on appelle canclla de Milan , de l’écorce d’orange , qui
foîs 'de" appelions Orangeât. Le meilleur vient de Lyon , les Piftaches ,
les Pignons &: Amendes. Celles dont la pelure cft ôtée font appcllée amendes pe¬
lées , Ôeles autres qui ont leurs pelures , amendes liffes , ôe celles qui font une fois
plus groffes , & qui font rougeâtre dedans , amendes d’Efpagne , les avelines , &
ainfi du refte.
A l’égard du choix des Dragée elles doivent être nouvelles, fidèlement faites,
en ce qu’il y en a qui pour faire meilleur marché y employeur beaucoup de Sucre
royal des Confifeurs , ou pour mieux s’expliquer de l’amidon i ainfi on ne doit
pas s’étonner sHl y a tant de méchantes Dragée j & qu’il y en a tant de diffé¬
rends prix. Elles doivent être dures , feches , & aufli blanches dedans que deflus j
& que les amendes piftaches ou autres fruits , foient nouveaux ; car les Dragée
ont beau être bien travaillées & faites de bonnes étoffes ,fi les fruits ou amendes
qui font dedans font vieilles ou rances , jamais les Dragée ne vaudront rien 5 on
doit aufli les conferver dans des lieux fecs, en ce que iorfqu’ elles font dans des
lieux humides , elles fc piquent & de viennent hors de vente. *
Outre toutes ces differentes fortes d’ouvrages de Sucre dont je viens de parler,
il cft permis aux Marchands Epiciers , comme étant Confifeurs de vendre toutes
fortes de confitures feches & liquides , & de les travailler eux-mêmes , ou de les
frire venir des lieux où on les fait , comme de Madère , l’écorce de citron de
Tours , l’écorce d’orange , les noix de Rouen , le Cotignat d’Orlcans & autres
lieux, & de les vendre en gros & en détail ,& en qualité de Confifeurs. Üs leurs eft
encore permis de vendre toutes fortes de conferves feches & liquides,^: aufli toutes
fortes de firops Amples de fleurs & de fruits , comme pourroit être les firops de
pommes, de ccrife, de noix, de coing, d’épine vinette , que les Apoticaircs
appellent ordinairement du mot Latin Berheris , ou du mot Grçc Qxiac^mha , de
des Drogues , Livre Premier. i o i
Groffcille qu’ils appellent firop de Ribes , de Grenade , de verjus , de citron ou li¬
mon , d’orange, ainfi des autres fruits. Et des fleurs les firops de rozes pales ôc rou¬
ges, que les A poticaircs pour les déguifer appellent firop de rofe folutif ou pur¬
gatif ,& celuy de rofes rouges iirop de rofes feches. A l’égard de ce dernier je
confeille aux Marchands Epiciers de Icfaire venir de Provins, avec les conferves
rouges & blanches , liquides & fèches , étant le lieü où il fe fait le mieux, les firops
de fleurs de.pcfché , de violettes ou violât , de pied de chat , de y)as d’âne , ou de
tuflilage & de nénuphar ,& gencralement tous les autres, pourveu qu’ils foient
de fleurs ou de fruits, & qu’ils foient fimple,c’efl: â dire qui ne foient compofé
que de fleurs ou de fruits & de fucrc , car dés qu’il y entre Une autre drogue, ce
n’efl: plus du fait des Epiciers ou Confifeurs , étant un fait de Pharmacie.
G H A P I T R E L.
De ÎEfprit de Sucre.
Outre toutes fes fortes d’ouvrages que l’on fait avec le fucrc , on en tire
par le moyen de !a Chymic &: du Sel Armoniac , un cfprit acide , qui
apres avoir été rectifié eft un puifl'ant apéritif & propre pour plufieurs maladies,
comme la Gravelle, l’Hydropific &: la Dilfantcric. La doze eft; jufqu’â une agréa¬
ble acidité, étant pris dans quelque liqueur convenable â la maladie, ainfi que
l’Enfcignc f^ort bien M.Lemery, & autres Livres de Chimie qui en traitent.
CHAPITRE LI.
De t Huile de Sucre.
Comme l’Huile de Sucre qui refte après la redification , eft une huile noire
& puante , on s’eft avifé d’en faire une , qui â proprement parler n’cft pas
huile, mais un Sucre diflbud â la cave. Cette huile fefait avec des œufs durs de
la même maniéré que l’on fait celle de Mirthe, ainfi que je le feray voir au Cha¬
pitre de la Mirthe.
Cette huile eft fort propre pour embelir le vifage , & prife intérieurement pour
guérir les maux d’eftomach.
Comme le Sucre eft venu premièrement des grandes Indes , les anciens luy ont
donné le nom de Sucre ou de Sel d’Indc.
Tm des Racines ^ Ro féaux.
102
HISTOIRE
GENERALE
^ ES DROGUES
LIVRE TROISIEME.
Des Bois.
V R E F A C E
E que nous Af>^eüons Bois , juivant Ad.Grew y ne^l autre chofe quune inji~
nité de fort petits canaux , ou de fbres creufes , dont les unes s’élèvent en
haut ^fe range en forme d’un cercle parfait i ^ les autres qu’il appelle In-^
certions > vont de la circonférence au centre. Elles fe croijjent mutuellement
comme les lignes de longitude ^de latitude > fur un Çlohe ou les fis de Tijferand étendus
en long (p* en large , entrelajfe:^ enfemhle > çÿ* qui avec le temps prend fon accroijfement
du fuc de la terre* (y devient dur fy forme le corps des arbres , (ÿ* font plus ou moins
durs & pefant > fuivant qu'il fe rencontre plus ou moins ferrer, * ou charge-s^ de rtfne.
Il y a bien de la conte fation parmi les ,^uteurs touchant la dérivation du mot de "Bois ;
hlicod le dérivé du mot Grrc Bofeon » qui (tgnifie lignum * Ménagé de Bofccum , quort
a fait de Bofcum ou Bofeus , qui fignifie forefl. D'autres veulent qu’il vient du mot
lyiUemandBufch imais comme toutes ces définitions ne regardent aucunement le fujet que
je traite , je diray que de tous les bois nous ne vendons que ceux qui ont quelque ufage
en CMedecine > dans laTeinture ,ou pour la marqueterie ; car pour ce qui e fi des autres
Bois je n’en parler ay point , n’étant pas de notre négoce.
mîi
des Drogues, Livre 1.
CHAPITRE I.
DuBois d Aloës.
E tous les Bois que nous vendons , nous n’en avons point de plus pre-
J[^ % tieux & de plus rare que le véritable bois d’ Aloës \ c’eft pour ce fujet qu’il
cil: h peu connu , & que chacun luy fuppofe differentes fortes de bois j s’il a été
fujet à être contre-^fait , ceux qui fe font mêlez d’en vouloir écrire en ont traité
fl diverfement , qu’il n’a pas été poflible de fqavoir pofitivement ce que c’étoit}
mais je n’en vois point qui fe foit plus éloigné de la raifon que ceux qui ont
écrit comme M.de Furetiere,qui dit que l’ Aloës eft un grand arbre qui croit
auxindesde huit ou dix pieds de haut. Son trône eft gros comme la cuiffejà fa
tête il fe fait un grand amas defeüilles dentelées & épaiffes, larges par en bas,
s’étreliffant jufqu’à la pointe qui font de quatre pieds de longs. Sa fleur eft d’un
rouge entremêlé de jaune &: double comme l’oeüillet j elle eft foutenuë par de pe¬
tits rameaux qui fortent du tronc avec les feüilles entre lefquelles elles fc-couchenti
De cette fleur vient un fruit rond comme un gros poids blanc & rouge \ on
tire le fuc de ces feüilles en les fendant avec un couteau , & en le recueillant
dans des calcbalTes , quand il eft feché au Soleil il tire fur la refine. Son bois eft
moucheté , odorant & amer , fon écorce eft fi déliée quelle femble être une peau
dont la couleur eft changeante.
Il y en a de plufieurs efpeces , dont le meilleur eft l’ Agallochum d’Inde qui vient
de Calecut. Le plus exquis eft le noir , de couleur changeante , plein, pefant,
maflif, gros & épais, qui ne tire point à la blancheur , & qui s’allume difficile¬
ment. Je ne fijay oùM.dcFuretierc a pris ce qui eft marqué cy-deflus , cn.ee
qu’il confond la plante qui produit TAloes avec l’arbre du vray bois d’Aloës.
Il y en a d'autres qui difent que ce qui fait que nous n’avons point de vérita¬
ble bois d'Aloës, c’eft qu’il no croit que dans le Paradis Tcrrcftrc , & qu’on en
104 Hidoire generale
peut avoir que par le moyen des ravines d’eau', & d’autres que parce qu’il ne croit
que dans des defercs , & fur des atitcs' montagnes inacccflibles , tant à caufe de
leur grande hauteur qu’à caufe des bêtes feroces , comme Lion, Ours , Tigres,
Panthères & autres , ainli de mille autres balivernes qui feroient d’une trop lon¬
gue difcution fl on les vouloir icy raporter , c’elt ce qui fera que je diray
ce que j’en ay appris des gens de la fuite des Ambaffideurs de Siam ) qui
ont apporté de ce bois pour prefent au Roy Loüis XIV. à prefent régnant , tant
ouvragé que non ouvragé -, entre- autres une éguicre avec fa foucoupe propre à
laver les mains faiteàSiam, ée à la mode du pays. Cette éguiere quoyque de
bois , efl plus eftimée que h elle étoit d’or niaflif ) qui ell que l’arbre du vérita¬
ble bois d’Aloës croit dans laCochinchinc, dans le Royaume deLao &dans la
Chine , 6e qu’il clt de k hauteur 6e figure de nos Oliviers , ayant fes feüilles à peu
prés de même, après lefquelles naît un petit fruit rouge femblable à nosccrifcs.
On apporte à Surate quantité d. bois d’Aloës, dont le plus refineux qui eft le
plus elbmé, elf dilbngué par bois d’Aloës du grand & petit morceau.
Il eft à remarquer que le tronc de cet arbre clt de trois couleurs , ôc n’en font
que les parties differentes qui fc prennent dans l'épaiffeur de fa maffe ou fub-
ftancc. Le premier bois qui fe trouve immédiatement fous l’écorce , eft d’une
couleur noire , compacte, pelant écaffez femblable à l’Ebeine noir , 6c à caufe
de cette couleur les Portuguais luy ont donné le nom Pao d’Aquila , qui figni-
Bois dwi- fie Bois d’ Aio-lc. Le fécond qui eft un bois léger , veineux , femblables à du bois
Büis de pourri, 6c d’une couleur tannée , eft ce que nous appelions bois de Calambouc ,
Cabm. • ou vray bois d’Aloës. Le troifiéme qui eft le coeur , eft ce pretieux bois du Tam-
Umbâ?"' Calambac i mais fa grande rareté 6c fon haut prix clt le fujet pour lequel
je n’en parleray pas, n’en ayant jamais veiuainfi je diray que loifque l'on aura
befoin de véritable bois d’Aloës, on s’attachera au Calambouc , quoyque ce ne
foit pas le meilleur , mais comme il eft impofliblc d’avoir du véritable qui eft le
Calambac , à moins que ce ne foit par la voyc de quelques grands Seigneurs.
On doit^choifir le bois de Calambouc d’un tanné luifant , bien jafpé au def-
fijs, comme porreux , 6c d’une couleur d’un blanc jaunâtre en dedans , d’un goût
amer , principalement quand il a été tenu quelque temps dans la bouche d’oii
eft venu fon furnom de bois d’Aloës , à caufe que fon amertume retire à celle de
l’Aloës , qu’il foit léger, refineux, femblable à du bois pourri , 6c qu’étant mis
au feu brûle comme de la cire, 6c jette une odeur fuave 6c douce. On préférera
celuy où il fe rencontre des morceaux de gomme , mais quelle n’y aye pas été
mife artificiellement.
OeBois d’Aloës n’a autre ufage que je fçachc , que pour la medecine , en ce
qu’il eft fort aromatique.
A l’égard du bois d’ Aigle il n’eft d’aucun ufage en France, en ce que les In¬
diens s’en fervent pour faire pliifieurs petits ouvrages , 6c même pour fe faire des
^rmes,6cil eft fi rare en France qu’il eft affez. difficile d’en pouvoir trouver, ce
^^i eft bien contraire à la plufpart de ceux qui en ont écrit , qui difcnt qu’il eft
commun.
Outre le bois de Calambouc ou vray bois d’Aloës, nous en avons quantité
autres fortes qui portent le même nom i mais comme il me feroit impoflible de
pouvoir tous les différencier , je me contenteray de dire qu’ils doivent être tous
lejptte , n étant que des bois fuppofez , dont Icuts formes 6c leurs figures font
toutes oppofées^ en ce que ces prétendus bois d’Aloës font par gros morceaux,
pe ants , tantôt rougeâtre tantôt verdâtres, 6c ainfi de plufieurs autres couleurs.
Ce
des Drogues , Livre III. ï o 5
Ce qui ne fera pas dilïicile à connoitre , en ce que le vray Calambouc cft ordinai¬
rement en morceaux plats & léger.
Q^lques-uns veulent que l’Arbrede Vie, ouTuya, qui eft à Fontainebleau &
au Jardin du Roy à Paris, foit l’arbre du bois d’Aloës,ce que j’ay trouvé n’être
pas verirable , en ce que j’en ay eu un pendant trois années , au bout defquelles
jel’ay tiré de terre en ce qu’il s’y mouroit j & apres avoir été quelque temps ex-
pofé a l’air, fon goût Sifon odeur forte qu’il avoit étant en vie s’eft perdue , ôc
elt devenu extrêmement léger , d’un goût incipide , & d’une couleur blanche def-
fus & dedans.
CHAPITRE IL
De ÎAfpalath,
L’Àfpaîath cft un Bois qui n*a pas etc moins inconnu aux anciens que le
vray bois d’Aloes , & qui meme à prefeutnenous cft connu que fur des re¬
lations fur lefquellcs on ne peut pas faire fond , n’ayant pu quelque diligence que
j’ayc fait m’éclaircir de la vérité de la choie , ce qui fera que je ne diray que ce
que j’en ay pû apprendre , & ce que l’on vend pour Afpalath.
Nous vendons de trois fortes de bois fous le nom d’ Afpalath. Le premier eft
un bois noirâtre , que je crois être le véritable bois d’ Aigle.
Le fécond cft un Dois tant foit peu amer , pefant, oléagineux, rempli de vei¬
nes de differentes couleurs , & toutes ces couleurs mêlées enfemblc , rendent ce
bois rougeâtre, il eft couvert d’une écorce grife , épailTc & fort raboteufe. A l’é¬
gard de la figure de cet arbre, & de ces feümcs, fleurs, fruits ,&pays où il croit,
je n’en ay pû rien fijavoir, ce qui fera que je diray que cet Afpalath foit faux ou
véritable, cft celuy qui eft le plus rc(jû des gc^ qui d.fent s’y bien connoître,
& que nous vendons ordinairement.
/. P4r«V. ©
thuya cftt
arbre de
Vie.
io6 Hifloire generale
Le plus ’grand ufagedel’Arpalath, foit le noirâtre ou le rougeâtre j eft pour là
coinpofition des trochifqucs d’Hedycroum.
Le troifiéme bois d’Afpalath nous eft autant connu &: commun , que les deuîc
cy-dejOfus nous font inconnus & rares ce troifiéme bois d’Alpalath eft ce qu^;
Bois de nous appelions bois deRhodeoude Rofe,à caufe qu’il a l’odeur des rôles,
non pas que ce foit le bois du fous-arbrilfeau , qui porte les rofes comme la
plu (part le croyent.
Le bois de rofe eft de couleur de feüillc morte de l’odeur cy-dedus , qui nous
eft apporté de plulicurs endroits du Levant , mais principalement de l’Ifle de
Bois de Rhode de de Cypre , d’où eft venu fon nom de bois de Rofe ou de Cypre , quoy-
Cypir que le R. P. du Tertre veut qu’il y aye une diftindion entre le bois de rofe
le bois de Cypre , de voicy ce qu’il en dit î
Ce que nous appelions bois de rofe dans la Guadeloupe , eft proprement cè
que les habitans de la Martinique appelle bois de Cypre. Il eft trcs-certain
qu’il y a deux fortes de bois de iofe que nous confondons fous ce nom , fans
nous fervir de celuy de Cypre , dautant que les deux arbres fc reflcmblent fi fort
en leur hauteur , en leur grolfeur , en leur écorce , en leurs feüillcs , en leurs
fleurs, & en leur odeur, que la plufpart des habitans ny mettent aucune diftinc-
tionj j’ay pourtant veu dans la Guadeloupe quelques curieux qui appclloient ce
Bois mar liabitaus de la Martinique appellent bois de rofe , bois marbré , à
blé, caufe que le cœur de l’arbre eft comme jafpé de blanc , de noir & de jaune , c’eft
la feule diftindlion que j’y ay pu remarquer. Cet arbre croit fort haut de fort droit,
il a les feuilles longues comme celles du Chataigner , mais plus fouples , velues
de blanchâtres, il porte de gros bouquets de petites fleurs blanches, & par apres
de petites graines noires & liflez ; les plus gros nont qu’environün pied quarre j
l’écorce de ce bois eft blanchâtre de prefquc femblable à celles des jeunes chcnes,&
il a tant de rapport au noyer , quand il eft mis en œuvre , qu’on auroit de la peine
à le diftinguer. En le travaillant il exhale une odeur fi fuave , que celle des rofes
n’eft rien en comparaifon. Il eft vray quelle fe diflipe avec le temps , mais elle
fe renouvelle quand on coupe ou que l’on frotte bien fort le bois , il eft très bon
pour bâtir.
Il faut choifir le bois de rofe nouveau , fcc, de couleur de feüille morte, d’une
odeur de rofe de le plus gros de le moins tortu qu’il fc pourra.
L’ufage de ce bois eft pour faire des chapelets i l’on s’en fert aufli quelque
peu en Médecine â caufe de fa bonne odeur, ce qui a donné occafion aux Dis¬
tillateurs de s’cii fervir pour faire de l’eau rofe, c’eft ce qui fait qu’il y en a qui
donnent de l’eau rofe â fi bon marché.
Les Chirurgiens de Barbiers fe fervent des coupeaux ou rognures pour faii^é
boüillir dans l’eau dequoy ils font la barbe. Quelques-uns s’en fervent comme
de Santalcitrin, après avoir etc réduit en poudre pour mettre dans les Paftillcs
à brûler. Les Hollandois en tire par la diftillation une huile blanche de fort
Huile de odorante qu’ils nous envoyent, & que nous vendons foûs le nom à'Oleum rho~
RiiodiuiH. ^ ^ pluficurs particuliers , comme Parfumeurs de autres , qui s’en fervent com¬
me d’un très bon parfum.
Il eft à remarquer que cette huile étant nouvelle eft tout comme de l’huile
d’olive, mais au bout de quelque temps s’épaifit de devient d’un rouge obfcur
comme de l’huilc de cade.
On tire du bois de rofe par la cornue , un cfprit rouge, une huile noire
puante, qui eft fort propre pour la gucrifon des dartres.
des Drogues. Livre 1 1 1.
107
CHAPITRE IH,
Des Santaux.
LEs Santaux (ont trois bois de differentes couleurs " odeurs & figures ^
provenant à ce que l*on m*a affuré , tous trois d’un même arbre , & dont la
différence ne provient que des differens pays où il croifTcnt.
Cet arbre eft de la hauteur de nos noyers , ayant fes feüilles faites comme le
Lintifque , fuivie d’un petit fruit de la groffeur de nos cerifes , vert dans fon com¬
mencement , & qui noircit à mefurc qu’il meurit j étant meur il tombe facile¬
ment de l’arbre , & il eft d’un goût incipide & de nulle valeur.
Le Santal Citrin nous eft apporté par bûches , & tout mondé de fon écorce ,
de la Chine & même de Siam , c’eft pourquoy nos François qui revinrent de
Siam en \C%C. en apportèrent avec eux une bonne quantité. On le doit choifir
pefant , de bonne odeur , de couleur jaune comme le buis , ce qui luy a donné le
îurnom de Citrin , qui fignifie jaune , en prenant garde que ce ne foit du bois
de citron que l’on fuppofe affez fouvent à fa place.
Lç Santal Citrin eft fort ufité en médecine , & par les Parfumeurs.
Le Santal blanc approche beaucoup du Citrin , n’y ayant que la couleur &
l’odeur qui en peuvent faire la différence. Ce bois nous eft apporté par bûches
& mondé de fon écorce de l’Ifle de Timor.
On le choifira pefant , blanc , & de la meilleur odeur qu’il fe pourra. On l’em¬
ployé ordinairement pour les remedes avec le Citrin.
Le Sental rouge nous eft apporté en groffes & longues bûches de l’Ifle de Ta-
naffarin , & des lieux Maritimes de la côte de Coromandel. rou^e.
On le doit choifir noirâtre au defl'us , d’un rouge foncé, brun au dedans,
& difficile à fendre , a caufe qu’il n’cft pas de fil , d’un goût incipide & prefque
fans odeur , & prendre garde que ce ne foit du bois de Corail que l’on fuppo-
/. Partie, O ij
io8 Hilloire generale
fe bien fouvcnt à fa place , quoyquc bien différend , comme il fe verra cy^
après.
Outre que le Santal rouge eft employé ordinairement avec les deux autres ,
plujdeurs perfonnes de differentes Profeflio ns le font entrer en poudre dans plu-
lieurs onguents qu’ils compofent.
Santal en Y ^ eucote un quatrième Santal en taffetas que l’on nous apporte de Conftan-
taft;tas. tinople , ôc c’eft du taffetas à qui f on a fait prendre la teinture dufantal rouge
en poudre , en les faifant boüillir dans de l’eau avec quelques acides.
Ce Santal n’eft aflifté que pour les maux des yeux , au lieu de taffetas verd.
Son choix eft d’être bien teint , c’eft à dire le plus rouge qu’il fe pourra.
CHAPITRE IV.
Du bois de Citron.
^ E bois de Citron que les Ameriquains appellent bois de Chandelle, à caufe
I ,qu’ils le coupent par éclats , & s’en fervent pour s’éclairer , c’eft le tronc
d’un gros & grand arbre, qui croit fort communément dans toutes les Ifles du
Vent.
Cet arbre eft tres-beau à voir , ayant plufieurs grandes & longues branches ,
chargé de feüilles femblable à celle du Laurier , mais plus grande & d’un vert
plus luifant,&fes fleurs comme celles des Orangers, d’une odeur de Jaffemin,
après lefquellcs naiffent des petits fruits noirs de la groffeur du poivre j c’eft le
tronc de ce bois que le R. P. du Tertre a cru fort mal à propos que c’étoit du
véritable Santal Citrin ,& apparamment ce quia donné occafion à de certains
Droguiftes dcRoücn de l’achetter deMeflicurs de la Compagnie & de le vendre
hardiment pour véritable Santal Citrin , tant a ceux qui n y ont pas grande con-
noiffance , ou qu’ils l’ont acheté fans le voir , ou fur leurs paroles , ou qu’ils mon-
Pa«x San- échantillon de véritable Santal Citrin des Indes , &c qui enfuite donne de
«>• ce bois de Citron , ou faux Santal j ainfi vendent bien cher une marcha ndife qui
ne leurs coûte que très peu de chofe , trompent ceux à qui ils l'ont vendu ou
envoyé , ceux qui l’ont acheté ou rc(;û d’eux » trompent les autres , foit en le
vendant pour faire des remedes , ou aux Parfumeurs qui s’en fervent pour faire
des parfums, au lieu de véritable Santal Citrin. La Fourberie ne fera pas difficile
à connoltre, en ce que le vray Santal eft d’un goût & d’une odeur douce &
agréable, moyennement lourd & rcfmeux , qui eft le contraire du bois de Ci¬
tron, qui eft pefant, compare, oléagineux, d’une odeur forte tirant à celle du
citron d’où eft venu fon nom j & de plus c’eft que les bûches du véritable San¬
tal ne peze au plus que cent livres, & ceux du bois de Citron pefent jufqu’à
mille livres. Si ce bois de Citron n’eft pas propre dans la medecine , il eft très
propre à faire quantité d’ouvrages de marqueterie. En ce qu’aprés qu’il a été
poly , & expofé quelque temps a l’air , il eft comme fi c’étoit du coco qui eût
été poly.
Bois de porte aufli le nom de bois de Jaffemin , à caufe de fes fleurs. Il fe
jaiieinin trouvc cncotc aux Iflcs utt autre bois de chandelle, qui a les memes feüilles ,
Bois de fleurs & fruits que le bois de Citron , a la referve que les fleurs en font plus graf-
Ciundeiic. Çç. ^ ^paiffes & plus toudes , mais comme ce bois ne vient pas jufqu’à nous ,
c’eft pour ce fujet que je n'en diray rien. Le R. P. du Tertre dit que cet arbre
des Drogues , .Livre I IL 1 09
cft rare qu’il ne croit que le long de la mer, & qu’il croit que c’eft une tC-
pecede bois S’Alocs, ce que je pourrois bien croira par la diverlité des bois
d Aloës que nous avons. Il niarque encore que cet arbre jette une gomme fort
odorante , & que plus l’arbre cft vieux plus il fent boft, & qu’il n’a autre ufage
parmy les Sauvages que pour s’en éclairer , ou bien ils le fervent de fa fécon¬
dé écorce de laquelle il tirent le fuc , dont ils fe fervent pour guérir l’inflam¬
mation des yeux comme d’un remède fort fouverain.
CHAPITRE V.
Bu h ois de Corail,
O Ütrelebois de Chandelle l’on nous apporte des Iftes du Vent un certain
bois rouge à qui l’on a donné le nom de bois de Corail , à caufe de fa vive
couleur, relTcmblant au Corail, c’eft de ce bois avecquoy l’on contrefait le vray
Santal rouge i ce qui ne fera pas difficile a connoître , en ce que le bois de Co¬
rail eft d’un rouge clair , alTez léger & eft de fil , le vray Santal eft d’un rouge
foncé , fans aucun fil & fort pefant.
Les Ameriquains fe fervent du bois de Corail pour faire plufieurs ouvrages ,’
& prefentement que les Cannes font extrêmement cheres, on ne contrefait plus
le Santal avec ce bois. Il croit encore aux Ifles deux autres fortes d’arbres qui
portent le nom de Corail ou Coral , à caufe que leurs fruits font rouges comme
du corail, à la referve qu’ils ont au droit de leurs germes une petite tache noi¬
re , & ces fruits cft ce que nous appelions & vendons foûs le nom de Pois rou¬
ges ou d’ Amérique, qui font extrêmement amers, & dont quelques-uns veulent
que ces pois trempez dans le jus de citron , ayent la faculté de fouder ftor & l’ar¬
gent , comme le Borax.
Le R. P. du Tertre dit qu’il y a tant de bois rouge auxifles, que de deux lieues
en deux lieues, on yen trouve de differentes couleurs , les uns plus les autres
moins , & qu’ils font tous pleins , pefans , maflifs , & fort propre à faire dé ires-,
belles menuiferie ,& que la plufpàrt de ces bois font incorruptible.
Pois rouge
ou d’Amc*
ti^ue.
I lO
Hiftoire generale
CHAPITRE VI.
Du Bois Nef retique.
Le bois Ncfrctiquc nous cft apporté de la Nouvelle Erpagnc , - principalement
du Royaume de Mexique oü il eft appelle Coult & Tlapalcypatly , & par
nous NefretiquGjà caufe qu’il cft fouvcrain pour guérir ceux qui. font attaquez
de la gravelle , & pour faire uriner. C’eft un arbre de la grandeur de nos Poi¬
riers , ayant fes feüilles femblables à celles des pois chiches , mais plus pe¬
tites.
On doit choifir leboisNefretique mondé de fa grolTc écorce , &:de fon obier
qui eft blanc & de nulle vertu, qu’il foit d’un goût amer &d’un jaune rougeâ¬
tre, & qu"en ayant mis» quelques éclats dans un peu d’eau froide , elle prenne
une couleur d'un bleu celefte, qui eft la marque la plus infaillible que ce bois
cft véritable. L’on vend à fa place de l’Ebeinc rouge , ou grcnadillc , ce qui
fe pourra connoitre facilement , en ce quelle eft d’un rouge plus foncé , &
étant mis dans de l’eau froide, ne luy donne qu’une Icgerc teinture jaunâtre,
comme fait aufli un autre bois que l’on nous apporte des grandes Indes & du
Brcfil dont je n’ay pu encore découvrir le nom 5 ainfi tout bois qui fera vendu
pour véritable Ncfrctiquc, & qui ne teindra pas l’eau en bleu, doit être re-
jetté.
Les Nefretiques fc fervent de l’eau où ce bois a trempé pour leur boiflbn or¬
dinaire , & la mêlent quelquefois dans leurs vin , pour le guérir de la pierre ou
gravelle. Ceuxqui voudront augmenter la qualité de ce bois, pourront fe fervir
d’eau de rave , & y ajoûter un peu de fel d’ablinte , c’eft à dire fur chaque verre un
demy gros de fel.
ck’s Drogues, Livre III. 1 1 1
CHAPITRE VII.
Du Lïnîifquè.
Le Lintifquc cft un arbre qui a fcs feuilles fcmblablcs au Mirthe, apres ief-
qutllcs naiflent des fleurs qui produifent de petites bayes par grappes
vertes au commencement , qui fc noirciflent à mefure qu’elles meurilTent , &
font accompagnées d’une petite goufle remplie d'une liqueur où fc forme des
petits infeds volants comme à la graine d’écarlattc.
. Ces arbres font fort communs dans l’Egypte & aux îndes , & particulièrement
dans l’ifle de Chio , où ils font fl foigneufement cultivez & gardez , qu’un hom¬
me qui auroit coupé un de fes arbres, foit avec dclTcin ou autrement, qu’il en
fut proprietaire ou non, il auroit aufli-tôt le poing coupé , à moins qucTarbre
ne fut vieux &: hors d’état de rapporter.
C’eft de cet arbre que découle le maftic dont je parlcray cy-aprés.
On cultive aufli beaucoup de ces arbres en Italie , & des bayes ou fruits
les Italiens en tirent une huile de la même manière que nous faifons cel¬
les des bayes de laurier. Ils s’en fervent aufli-bicn que du bois & des fcüil-
les pour gueîlr la dilTcntcric , mais en Angleterre, en Allemagne, en Provence,
en Languedoc ôi à Paris. On fe fert aufli de ce bois pour faire des cure-
dents.
On doit choiflr le Lintifquc nouveau , étant fort facile à fe vermoudre ,
qu’il foit pefant , difficile à rompre , gris au defliis & blancs au dedans ,
d’un goût aftringent & garni de fcs feüilles s’il cft pofliblc , & prendre gar¬
de que ce ne foit de la Coudre Mentiannc que l’on fuppofe aflez fouvent à
fa place ,^c qui fc pourra connoître facilement, en ce que le Lintifquc cft bcau'*
coup plus lourd que la Coudre Mentiannc.
I II
Hiftoire generale
CHAPITRE VIII.
DK -Ma/tic en larme.
Le Maftic ch larme , ainfi appelle à caufe du maftic qui fe fait de rcfinc
& de brique , pulvcrifcz & mêlez cnfcmblc , eft une gomme rcfineufe qui
découle durant la grande chaleur , fans aucune incifion de grofi'cs branches ,
& du tronc des Lintifqucs , & quelquefois aufli après avoir été incifez , ces lar¬
mes tombant de l’arbre , font recrues dans un folTé pavé qui eft au pied.
On choifira le Maftic en grolTcs larmes , d’un blanc doré , lequel étant un peu
mâché devienne comme de la cire blanche. Le meilleur eft ccluy de Chio , étant
beaucoup plus gros & d’un goût plus balfamique que ccluy qui nous eft apporté du
Levant par la voyc deMarfeille jmais comme ce dernier eft prefque lefcul qu’on
nous apporte en France , il le faut choihr enforte , c’eft â dire qu’il n’ayc point
ététrayéjen grofles larmes, & de la couleur cy-deflus, &le moins chargé d’or¬
dures qu’il fc pourra.
Le Maftic eft fort ufîté dans la Medecine ,& entre-autres pour appaifer le mal
des dents , & il a plufteurs autres ufages comme pour faire le vernix.
La maniéré dont les Levantins nous envoyent le Maftic , eft particulièrement
en ce qu’ils mettent le plus commun au fond , ccluy d’après au milieu , & le beau
au dclTus , & ne veulent jamais vendre l’un fans l’autre.
Le Tamaris ou Tamarifc , eft un arbre de moyenne hauteur , qui croit en
quantité dans le Languedoc , ayant fes feüilles fort petites , & fes fruits par
grappe d’une couleur noirâtre , dcfquclics on fc fert en teinture au lieu de
noix de eallcs.
Ûû
des Drogues , Livre 1 1 1. ï 1 5
On choifira le bois de Tamaris garni de fon écorce, blanc au dclTus ôc au de¬
dans , d’un goût prefquc incipide &fans aucune odeur.
On fe fert de ce bois pour la gucrifon des maux de ratte , aufli-bien que dé
fon 'écorce , mais comme cela clt embaraffant , oii en fait des petits barils , des
talTes & des eoblcts qui font furnommé de Tamaris. &
Ceux qui font attaquez du mal de ratte, cmpliilent ces petits barils de boù i amaiis.
vin , &c après l’y avoir lailTé quelque temps , ils en ufent pour leur boiÛbn ordi¬
naire, & le fervent aufli des talfcs & goblcts du même bois pour boire le vin.
On tire de ce Bois un Sel blanc & par criftaux , que l’on nomme Sel de icUeXa-
Tamaris , lequel pour être de la qualité requilé doit être bien fec , en petits crif-
taux , le moins réduit en poudre que faire fc pourra , y éunt fort fujet. On attri¬
bue au Sel Tamaris la faculté de guérir le mal de ratte.
CHAPITRE X.
Du Saxafras^
Le Saxafras , ou Bols de Candie , ou Pavame , eft un arbre fort beau à voir j a.
qui croit en quantité dans la floride, y en ayant desforefts entières. caneiir,
Cet arbre a fon tronc fort droit 3 au haut duquel il y a plufieurs branches
chargées de feüilles vertes , approchantes de la figure de celles du figuier , dont
les habitans fe fervent après les avoir contufez pour guérir leurs playes.
Onchoifira le Saxafras garny de fon écorce, grolTe, rougeâtre & raboteufe,
comme étant la meilleure partie de l’arbre, tant àcaufede fon goût acre, que de
fon odeur forte & aromatique , qui furpafle de beaucoup celle du bois , principa¬
lement quand l’arbr.c eft fur fon pied ; c’eft pourquoy la première fois que les
Efpagnols abordèrent dans la Floride, ils crurent que c’étoit des arbres de canel-
Içfji, caüfe de Todeur forte & agréable qu’ils fentirent de plus de deux lien es
loing i mais étant débarquez ôc étant au pied de fes arbres , ils furent fruftrez de
/. Pmic, P
1 1 4 Hiftoire generale
leurs attentes > cependant les ayant examinez ils jugèrent bien qu’ils n’étoLcnc
pasdenuez de vertu, & en ayant apporté en EfpagnCjils le mirent en ufage,
& l’ayant trouvé fort fpccifique pour guérir le mal de Naples , il fut vendu d'a¬
bord jufqu’à quarante francs la livre. Ce qui donna occalion aux Efpagnols de
retourner dans la Floride , d’od ils en rapportèrent une fi grande quantité qu’il
fut vendu à vil prix quelque temps après , & depuis qu’il a baifle de prix fon ufage
cft diminué, chofe qui n’cft pas nouvelle en France.
Pluficurs perfonnes préfèrent l’écorce de cet arbre , à fon tronc & à fes grof-
(es branches , ce qui n’elt pas tout à fait hors de raifon , parce quelle cil
beaucoup plus odorante que le bois-, & pour l’ordinaire fort legere, rougeâtre
au deflus & au dedans , facile à rompre , d’un goût & d’une odeur beaucoup
plus aromatique i ainfi l’écorce eft meilleur que la racine , & la racine meilleur
que le bois.
On hache ou râpe ce bois pour s’en fervir , & il cft d’une odeur fi forte qu’il
caufe de grandes douleurs de tete à ceux qui le travaillent , aufli-bien qu’à ceux
qui en ufent , ce qui luy a beaucoup diminue fon crédit.
Ceux qui auront befoin de ce bois râpé ou haché , auront foin qu’il foit nou¬
veau i car quand il cft vieux râpé , hache , ou pulvcrifé , il perd fon odeur , & il
cft de nulle vertu. Dans le temps que ce bois étoit cher , pluficurs faifoient boüil-
lir du fcnoüil dai^s de l’eau, &dans cette dccoéfion faifoient aufli bouillir des
morceaux de fapin , mais depuis qu’il fc vend à vil prix Ton ne s’y amufe
plusv
CHAPITRE XL
Du cayac.
Le Gayac , Gayacan , bois Saint ou Indien , cft un arbre qui croit en quan¬
tité aux grandes Indes & même dans l’ Amérique, d’où ccluy que noi»
des Drogues , Livre III.
ÎÏ5
voyons nouseft apporté en grolTcs S: longues bûches, dont il y en a quelque¬
fois qui pezent quatre à cinq cens livres.
Cet arbre ell de la hauteur de nos noyers, chargez de fcüilles vertes, longues,
ou rondes, félon les efpeccs dilFcrcntes, que Ton diftingue en mâle & femelle j
après ces fcüilles fortent des toufles de fleurs blûës en forme d’étoiles, gïwrnies
chacune d’un petit bouton brun , de la grofleur d’une noifette , dans laquelle
ell contenu un autre petit fruit de couleur d’orange.
On fe fort beaucoup de ce bois en France pour plufleurs Ouvrages de mar¬
queterie, principalement pour faire des boules à joüer, des mortiers , pilons,
rouleaux biftortiers & autres j les Chirurgiens ôc autres perfonnes qui fc mêlent
de guérir la Maladie Venerienne,fe fervent des copeaux & rapures , pour faire
des ptilannes fudorifiques. Ce bois n’a befoin d’autre choix que d’être bien net
&fans obier, âquny il eft fort fujet; ainfi ceuit qui voudront l’avoir de la qua¬
lité requife l’acheteront en bûches ,& après en avoir ôté le blanc qui eft l’obier ,
feront râper, ou hacher le bois qui eft nôir,pefanr, dur & fort refineux, &
alors il fera en état d’être employé aux ufages cy-delTus j mais il ne faut pas faire
tomme la plufpart des gens qui au heu de faire hacher eux mêmes le Gayac ,
l’achetent de ceux qui en font des rapures & copeaux qui font remplies d’obier , &
autres chofes inutiles qu’ils employeur â la place du véritable Gayac , ü ce n’cft
qu’on ne vcüille fe dontier la peine de le faire râper devant foy > & avoir foin
que l’obier en ayant été tiré, ou que l’Ebenifte ou Tourneur ayenctoye la place,
ou étendu un linge pour recevoir les rapures.
On tire du Gayac un flegme , un efprit & une huile noire , épailfe & fort
puante , & ce qui refte dans la cornue qui eft noire comme du charbon , après ic & fci de
avoir étélcflivé, on en tire un fcl. On en peut tirer aufli une reftne , & Un ex-
traitcomme 1 on rait du jalap. Extrait de
L’écorce de cet arbre eft aufli d’un grand ufage pour la guerifon de la mala- ^
die cy^cfelTus ,& pour cet effet on la choifira unie , pelante , difficile â rompre ', ^ayac.
grife par defl'us & Tblancharre au dedans , d’un goût amer & aflez defagrcablë.
On nous apporte des Indes des gros morceaux de gommes fi femblables â Gomme de
f ar canton , qu’il eft prefquc impofliblc d’en faire la différence , mais pour le peu
qu’on l’écrale fous les doigts , ou fur le charbon allumé , elle rend une odeur fi
fùavc quelle embaüme le lieu où on la brûle, qui eft le contraire de l’arcaiicjon
qui fent la therebentine.
C’eft un des grands fudorifiques qui ayént paru jufqu’à prefent.
Depuis quelques années les Chirurgiens fc font imaginez que le buis â qui ils
ont donné le nom de Gayac de France , avoit les mêmes propiietelz que le Gayac,
ce qui fait qu’on n’en tonfomme pas la moitié de ce que l’on faifoic auparavant ;
mais s’ils étoient curieux.d’ufer du Gayac en coupeaux fans obier , ils y trouve-
roient bien de la différence ; ce qui caufe cette erreur , c’eft qu’ils ne fe fer¬
vent ordinairement que des coupeaux pleins d’ordures que les Touiricûrs leurs
vendent â i. f ou iS.den. la livre, c’eft adiré les Balayeures de leurs Boutiques , où ce
trouvant un mélange de plufieurs bois .• & il peut bien être vray que le buis ait
autant de vertu que ce Gayac. - L
Le buis eft un bois fort connu en France , & dont on fe fert â beaucoup dé
differents Ouvrages. Le meilleur vient d’Efpagne &c de plufieurs endroits de
Fiance , mais principalement de la Comté & de la Champagne. •
On tire du buis parla cornue un efprit ô:ùne huile noire , que l’on peut re€ti- Efprk &
fîçf comme celle du Gayac. ■ ^ BuÎsV^*
/. Partie, / P ij
Hiftoire generale
LË Ccdrc du Liban cft un arbre qui croit d’uric pirodigicufc graiidcur & d’une
figure pyramidablc , dont les branches font garnies de petites feüilles vertes
& étroites , &c de fruits femblables à nos pommes de pin.
C’eft du tronc & des grofles branches de cet arbre que découle pendant les
o-randes chaleurs fans aucune incifion , cette refine blanche, claire & tranfpa-
rente, que nous appelions Gomme deCedre , ou Manne Mafticinc, dont les plus
d^ccdie. grands arbres n’en rendent que fix onces par jour. Il fe forme aufli fur le mc«
Maïudnc! mc tronc pendant la grande chaleur du Soleil de petites veflîes , qui étant per-.
Liqucuiou cées tendent une liqueur claires & blanches comme de l’eau, d’une odeur forte
riliTdîcc ^ pénétrante , & lorfque cet arbre ne produit plus rien de foy-même , on l’in-
' cife & il en découle une humeur ondueufe qui fe fechc en coulant le long de
Refine d« l’arbre, &c’cftce que nous appelions Refine deCedre , que nous n’avons que
rarement en France , aufll-bien que les autres productions de cet arbre.
Cette refine eft d’un tres-bcau jaune , frayable , lucide & tranfparente, & d’une
tres^agreablc odeur.
CHAPITRE XII.
De l Qxicedre,
L’Oxicedre eft un arbre de differentes grandeurs , ordinairement tortu , char¬
gé de feüilles longues , piquantes , & toûjours vertes , principalement en
des Drogues , Livre 1 1 1. 117
hyvcr , aprgs Icf quelles nailTent des fruits de la grofTeur du Brufeus , vers dans
leurs commcnccmcns , &c qui plus ils meurment plus ils deviennent rou-
Du tronc incifé de cet arbre il en fort une ffomme fort claire &£ tranfparen- „ ■
n 1 • I 1 O 1 ^ VraySaa-
tc , qui elt le véritable Sandarac 5 mais comme nous n en voyons que tres-ràre- dauc.
nient, nous nous fervons de la gomme du grand Genevre , dont je parleray
cy-aprés.
On tire du bois d’Oxicedre par le moyen du feu , c eft à dire par la cornue ,
«ne huile noire , laquelle étant reéfifiée , peut être appelle Cedna ou huile de
Cade ; mais comme ces arbres ne nous font pas fort communs , on pourra fe Sde.
fervir du grand & petit genevre.
La véritable huile de Cade ou Cedria , eft admirable pour guérir les dar¬
tres vives & farineufes, la galle des chevaux, bœufs, moutons , &c autres bef-
tiaux.
Mais comme ces fortes d’huiles feroient trop chcres ,^on fuppofe à leur pl^ce
rhuile claire de la poix, & qui pour cefujet eft appelle Huile de Cade, comme
il le verra au Chapitre de la poix.
CHAPITRE XIIL
Le grand Genevre que les Latins appellent juniperus , eft un arbre de dif¬
ferentes grandeurs , fuivant la diverfitç des lieux où il croit.
Cét arbre eft ordinairement tortu , au haut duquel il y a plufîcurs branches
garnies de petites fcüilles , étroites , piquantes & toujours vertes, apres lefquelles
naiffent des bayes de la grofl'eur d’une petite noifette , qui la première année
font vertes ; la fécondé brunes , & latroifiéme noires , lefquelles étant en matu¬
rité font fort alexipharmaque.
P ii)
ii8 Hifîoire generale
C’eft du tronc & des grolTcs branches de cet arbre incifé , d’où cfcccoulc pen¬
dant les grandes chaleurs leSandarac, qui nous cil; apporté d’Afrique, où ces
arbres croilTcnt fort haut , & en très grande quantité. Ce Sandarac eft le Sandara -
che des Arabes ou Vernix.
Son plus grand commerce fc fait par les Suédois , Hambourgeois & An-
glois.
On s’enfert étant réduit en poudre inTpalpablc, pour frotter & vernir le pa¬
pier, avant que de le laver , & c'eft pour le blanchir , &pour empêcher qu’il
acrAiabcs ^^ boive , comme aufli pour faire paro'rtre l’écrituTc plus belle, on s’en fcit
on cncore dans la peinture pour en faire du verni , & en plulieurs autres Ouvra-
de Geue- ges , & il a même quelque ufage dans la Médecine , lequel pout cet elF. t fera
choili en belles larmes blanches , ôc le moins rempli de poufliere qu’il fc
pourra.
CHAPITRE XIV.
Du f eût G-enevrC'»
Le petit Genevre nous eft fi familier , qu’il n'y a perfonne qui tit le con-
noilTc. On tire de cet arbrilTcau premièrement de fes bayes rccehtcs &
meures , une huile blanche & fort odorante , comme aufli une eau doüéc
bian.^hc & de tres-bonnes qualitez , & après cette diftillation ou pourra faire fcchcr le
marc pour en tirer le fcl , que l’on mettra dans l’eau que l’on aura diftillé,
ce que je ne confeillc pas de faire, en ce que ceux qui voudront faire le fcl , au-
r , , ront plutôt fait de fefervir de bayes fcches que de celles qui ont été boüillics.
Sel de Gc- , , , r ^ i i
hevre. la dcpcnle n en étant pas grande.
On tire de ce bois par la cornue un flegme , un efprit & une huile noire & puan-
Efpri» & te , que l’on peut appellcr Huile de Cade ou de Genevre , laquelle on pourra aufli
Genevre! rcctificr , & dc cc qui reftera dans la cornue qui eft femblable à du charbon , on
en peut tirer un fcl blanc. Au lieu du bois on pourra fc fervir des bayes rccentes &
fraîches , pour en tirer aufli une huile noire & puante.
On brûle fort communément le bois & les bayes de genevre , pour chafler le
mauvais air.
Les Allemands ufent ordinairement de cette graine dans leurs ragoût , & elle
leur fert de Thériaque , c’eft pourquoy fon extrait eft appcllé Thériaque des pau¬
vres ou des Allemands.
Cet Extrait fe fait avec les bayes rccentes en les concaflant,& après les avoir
Extrait de f^lt bouïlUr dans l’eau, ou filtré la colature, & par le moyen d’un petit feu on
Genevre. rediüt cu coufiftance de miel épais , & c’eft un fort bon antidote. On peut
aufli filtrer la liqueur qui fera reftée dans la cucurbitc après la diftillation , & y pro¬
céder de même , on aura un extrait doue de toutes les bonnes qualitez que l’on
luy attribue.
Nos Genevres donnent aufli du Sandarac , mais en fi petite quantité , que cela
ne vaut pas la peine d’en parler. Q^clqu’uns veulent que l’ccorce du Genevre foit
la véritable écorce de
des Drogues. UvrelII.
ii9
CHAPIÎRE XI V,
Ous vendons pôür la îcintutc plulicurs fortes de bois rouges fous le nom
de bois de Brelil. Le premier & le plus cftimé le plus en ufage j cft le
bois de Brefil , furnomme de Fernambouc^ à caufe que c’eft de la Ville de Fer-
nambouc au Brefil , d’od nous vient la plus grande partie de ce bois. Le fécond
cft le Brefil de Japon , à qui les Anglois & Hollandois Ont donné le nom de
Bois deSapan,dontil yen a de deux fortes -.Scjavoir ^ le gros bois de Sapan,ou Boisiç
gros Brefil de Japon, & le moindre eft le bois de Brefil de Japon , ou Sapaii
Bimaes , en ce qu’il cft plus merlu. Le troifîémc eft le Brefil de Lamon. Le qua¬
trième le Brefil de Sainte-Marthe. Le cinquième & le plus moindre j cft le Brc-
fillct qui vient des Iflcs Antilles, ainfi ce qui fait les differentes fortes de bois de
brefil, ce n’cft que les différends endroits, & la diverfite des terres Ou ce bois^o“®*
a pris naiilancci
L’arbre du bois du Brefil cft fort gros & grand, garni de lôiigdcs brâriches , qui
font chargez d’une quantité prodigieufc de petites feiiilles à demy rondes , ôc
d’un très beau vert luifant , après lefquclles naiffcnt des fleurs femblablcs au mu¬
guet, d’un tres-beau rouge & d’une odeur tres-fuave j d’oii fortent des fruits
plats dans quoy il fe rencontre deux amendes plattes j de la même forme & fi¬
gure d’uncf amande de citroüillc;
Lorfquc les Sauvages veulent préparer le bois qii’ils nous envoycht, ils le cohpcnt
a ras de terre &l’ébranchcnt, & en ayant ôté une grande épaiffcur d’obier qui
cft tout autour , enforte que s’il cft de la groffeur d’un homme , ih le rendront
feulement gros cofnmc la jambe.
On doit choifir le bois de Brefil véritable Fcrnambouc , en bûches lourdes &
compare & fans moele , bien fain , c’eft à dire fans obier & fans pourriture , qui
Biefil de la
Baye de
tous les
Saints.
latfque li-
ejutdc,
Rofctte.
1 20 Hiftoire generale
apres avoir été éclatté de pâle qu’il eft devienne rougeâtre , & qui étant mâche
ayé ùn goût fucré, & prendre garde qu’il ne foit mélangé d’autres fortes de
Brcfil i ce qui fera facile â connoître , en ce que tous les autres bois de Brefif, à
la referve de celüy dejapôn , font fans moelle 5 & ccluy dé Lamon fe peut diftin-
guer du Fcrnambouc , en ce qu’il eft en grofl'es bûches. QiKlques perfonnes m’ont
afl'uré que le Brefil de Lamon vient de la baye de tous les Saints , ou il croît en
quantité j c’eft ce qui fait que la plufpart l’appellent Brefil de la Baye & de tous
les Saints. A l’égard du Brefil haché , la meilleur connoillâncc que j’en puis don¬
ner , c’eft de l’acheter d’honnêtes Marchands incapable de le frauder.
L’ufage des Bois de Brefil eft pour les Teinturiers du petit teint, & pour tein¬
dre les œufs en rouge avec un peu d’alun.
On tire du Brefil de Fcrnambouc par le moyen de quelque acide , une tein¬
ture fort rouge, de laquelle on m’a alTuré que l’on en pouvoir faire du Carmin
comme de la Cochenille , ce que je n’ay pas expérimenté.
On en fait de plus de la Lacque liquide , dont les Peintres fc fervent pour pein¬
dre en mignature ; on en fait encore une efpccc de craye rougeâtre , que nous
appelions Rofette. Cette Rofette eft du blanc de Roüen , â qui on a donné une
couleur d’amarante , avec une teinture de bois de Brefil , plufieurs fois réitérée.
Cette Rofette eft à proprement parler un ftil de grain , en ce quelle eft faite
de la même manière.
CHAPITRE XV.
Du Bois dinde.
Le Bois d’Inde que nous appelions vulgairement Bois de Campefehe ou de
lajamaique, eft le cœur du tronc d’un grand atbre qui croit en qhantitc
dans les deuxifles cy-delTus & dans 4’Iflc Sainte-Croix dans l’Amcnque, où il y
en a des Forefts entières. •
♦ Ces
des Drogues , Livre 1 1 1. i 2 1
Ces arbres deviennent plus ou rnoin?: grands, fuivant le terroir qu’ils Rencon¬
trent, Icfqucls étant fur pied ont le tronc fort gros & droit , couvert d’une écor¬
ce fort mince , unie , douce , & d’un gris argenté ou jaune > au haut duquel il y a
une branche chargée de fcüilles longues , vertes , &c comme chagrinées, appro¬
chantes en figure à celles du laurier. Ces feüilles étant mifes dans ïa bouche , fen-
tent fi fort le gerofle, que l’on les prendroit plûtôt pour des feüilles de l’arbre
qui porte le gerofle, que pour celles d’un autre arbre ^ & â caufe de leur bon
goût, on leur a donné le nom de Laurier Aromatique ou des Indes. Après les
tcüilles fort un petit fruit de la groficur d’un poids , qui eft attaché à la branche
par une petite queue comme les cubebes , & à l’autre bout une petite couronne 5
ce fruit eft d’une couleur tannée , d’un goût acre & piquant , neanmoins alTcz
agréable, fentantaulli le gerofle, ce qui la fait appellcr de la plufpait Graine de
Gerofle. Ce fruit étant cafle il s’y trouve dedans trois petites amandes , à peu
prés de la forme &c figure de la graine de mufe.
On doit donc remarquer que comme le Laurier des Indes , ou l’arbre du bois
d’Inde, eft un bois dont on peut tirer de trois fortes de belles & bônnes mar-
chandifes , dont la première cil le bois , lequel pour être de la qualité rcquife ,
doit être véritable Campciche, coupe d’Erpagnc,en ce que c’eft la meilleur qua¬
lité , & qu’il ne foit point pourri n y outré d’eau , qu’il foit haché par les bouts ^
ce qui le différencié d’avec ccluy de la jamaique, qui eft ordinairement fcié , & c’eft
celuy quinous vient par la voye d’Angleterre. L’ufage dubois dinde eft pour les
Teinturiers, Chapeliers & autres , qui s’en fervent pour teindre en violet ôc en noir.
La féconde Marchandife que l’on peut tirer de cet arbre , font les feüilles def-
qucllcs l’on pourroit fe fervir fort à propos dans toutes les compofitions ou le
Eolium Indum des Indes eft requis , en ce qu'elles font doüccs de très bonnes
qualitcz, & ont beaucoup plus de vertu que le Folium Indum j c’eft pour ce fujee
que les Amçriquains s’en fervent en fomentation pour guérir la paralifie , &
autres maladies provenant de caufe froide.
Le troifléme eft le fruit , dont on peut fe fervir à l’imitation des Ànglois ^
comme étant un fort grand aromat,ainfi propre à pluficurs ufageSi Comme cû
fruit n’cft connu que depuis tres-peu de temps , nous n’en faifons aucun com¬
merce , mais depuis un an ou environ , que nos Armateurs de Saint-Malo en
ont pris une affez bonne quantité fur les Anglois , nous avons peu d’Epiciers
qui ne connoifTcnt ce fruit loûs le nom de Graine de Gerofle , à caufe que fon
goût retire aflez à celuy du gerofle , &c duquel on commence à fe fervir pour met¬
tre dans les quatre Epices, & il eft vray que ce fruit battu Sc mis dans quelques
fauces , a le même goût que fi l’on y avoir mis du gerofle , de la mufeade &
delà candie avec toutes ces belles qualitcz peu de gens s’en accommodent,
foit parce que ce fruit n’cft pas encore bien connu , ou que fon goût ne plaife pas,
ce qui eft bien contraire des Anglois qui en ufent de très- grande quantité , auffi-
bicn que les Sauvages, qui s’en fervent dans leur chocolat fous le nom de Mek-
quette.
Les Anglois appellent ce fruit Poivre de la Jamaïque , & ks Hollandois Amomi, Poîne a®
Sc nous Fruit du Bois d’înde , Sc du vuiguaire , quoyque mal à propos , Graine de
Gerofle.
A l’égard des fleurs de cet arbre que l’on m’a alfuré être tres-bclIcs , je n’enay d'indc.ou
rien dit , pour n’avoir fi^û leurs formes , figures Sc couleurs dont clics font , gciSe/
je diray feulement que l’on m’a afluré que le Bois de Chandelle , ou faujx Santal ^
ôde Bois d’Inde , étoicntlcs deux plus beaux arbres ,& les plus odoriférants qu’il
y eut dans toutes les Indes , tant Orientales qu’Occidencalcs-.
/. Partie. *
I2Z
Hiftoire generale
chapithe XVI.
Du bois de Fuftet^
LEBoisdcFuftct que nous appelions ordinairement Fuftcl, eft les racines &
le tronc d’un arbriffcau que les Botaniftes appellent Coggygria de Theophraf-
te , & Cotinus de Pline , qui a fes fcüilles vertes & prcfque rondes , après lefquelles
naît une fleur qui du commencement eft faite en maniéré de grappe , de couleur
d’un verd obfcur , & qui fur la fin s’ouvre comme une évantail : parmy la bourre
de fes papillottes , il y a des graines noires faites en cœur -, c’eft les racines & le tronc
de cet arbrifleaUj que les Italiens & Provençaux apres avoir été chapcllé , c’eft à dire
que fon écorce en foit ôtée, nous vendent & envoyent pour bois de Fuftet , lequel
pour être de la bonne qualité, doit être d’ucie couleur jaune, fcc & de Provence,
étant meilleur que ccluy d’Italie. Qùoyque ce bois vienne en France , nous en
avons quelquefois meilleur marché de le tirer d’Hollande & d’Angleterre que de
le faire venir de Provence.
Son ufage eft pour les Teinturiers du petit teint , pour teindre en fcüille morte
&cn cafté; il cftaufli quelque peu ufité parles Ebeniftes.
Bois jaune Nous faifous Venir d’Angleterre & d’Hollande une autre forte de bois jaune
^An^gkl en grofles bûches , qui n’a autre nom que je fçache que celuy de bois jaune ,
dont fc fervent aufli les Teinturiers & Ebeniftes, je n*ay pû fçavoir autre chofe
touchant ce bois jaune que ce que je viens de rapporter.
Il nous vient de Lorraine un certain bois de couleur d’un gris tant foit peu
rougeâtre , dur & moyennement lourd , garnis d’une écorce mince & brune fem-
Bois ac blablc à celle de ccrificr , qui eft ce que nous appelions bois de Sainte-Lucie,
saktc-Lu* agréable odeur eft employé par les Ebeniftes. Le choix de ce
bois eft d’être bien compaiftc & fans nœuds. Ce bois eft admirable dans fa na¬
ture , en ce qu’il n’a jamais d’obier, &: que plus il vielit plus il a bonne odeur.
des Drogues , Livre III. 12 3,
M.deTornefort m’a afluré que le bois de Sainte-Lucie étoit le tronc de l’arbrif-
Icau qui porte le Mahalep ^ dont j’ay parle au Chapitre des graines à la page 24.
On nous apporte des Indes un certain bois verdâtre , eri groffes bûches
d une tres-bonne odeur , foûs le nom de bois de Calambourg , de dont boîs de
quantité d’Ouvriers fc fervent , tant à caulède fa bonne odeur que parce qu’il
eft propre pour dilFcirnts Ouvrages , comme pour la marqueterie , de pour fiiire
des chapelets de autres j les Chirurgiens de Barbiers s’en fervent comme du bois de
rofe,pour faire boüillir dans l’eau deqiioy ils font la barbe.
Les Hollahdois nous envoyent de deux fortes de bois violet en groffes bûches ,
qui n’a autre ufage que pour la marqueterie. Le choix du bois violet eft qu’il foit ict.
bien véneux, tant dclTus que dedans , le moins rempli d’obier de de pourri qu’il lcra
poflible. Le plus gros bois violet eft appelle bois de Palixandre. bou toUi
Outre le bois violet les Hollandois nous envoyent un certain bois d’une coü-
leur rougeâtre tirant fur le violet , que les Hollandois appellent Letteihout, de
nous bois delà Chine. Monfieurde Fureticrc dit que ce bois ne vient que dans ^
le continent de Guyanne , ce que je nef(^ay pas pour n y avoir pas été i ce bois chLe.
eft aufli pour la marqueterie.
Outre tous ces bois cy-delfus nous vendons de trois fortes d’Ebenes j ft^avoir , Trois fo^
l’Ebene noire ^ que les Hollandois apportent de l’Ifle Maurice , de que les an-
ciens ont prétendu être un bois d’Aloes. Le fécond eft l’Ebene rouge ou grena-
dille. Le troifiéme eft l’Ebcne verte. A l’égard de l’arbre qui produit l’Ebenc
noir J t]uclqu’uns prétendent qu’il eft de la hauteur de grolTeur de nos vieils
chênes , de qui leur rcflemblent par le cœur & l’obier j à la referve qu’il eft de
couleur fort noire , qui eft ce qui luy donne ce beau poliment de ce qui la fait
cftimer. Ils difentquc ces fcüilles reftemblcnt à celle de laurier , de porte entre
deux un fruit comme un gland, fur une petite queue.
L’Ebcnc noire doit être d’im noir de geeft, fans aucunes veines , le plus maft
fils Ôd le moins rem|.Tjy d’obier que faire fe pourra^
La rouge doit être au fti malEve, la mieux venée de haute en couleur. La verte
doit avoir les mêmes qu alitez, & doivent être mondée de leurs écorceeôc obiers.
L’ufage des Ebeneseft pour pluficiirs Ouvrages de marqueterie, & à caufedu
grand ufage qu’il s’en faifoit le temps pafle , de à caufe de la grande cherté , ceux
qui travaiUoicnt en Ebencs furent nommez Ebeniftes , qui eft un Corps de Mé¬
tier affez confiderable. Il y en a qui afl'utent que l’obier del Ebene trempé dans
de l’eau, a la faculté de purger la Pituite , de de guérir les Maladies Sccrcttcs.
Il nous vient encore des Indes un bois grifiitre de en grofles bûches , de l’odeur de
ranis,&:qui pour ce fujet eft appelle des Ebeniftes ouTabletiers qui font ceux
qui s’en fervent, bois d’anis ou d’anil. Outre le bois nous en vendons la femen- ’teoisd’A-
ce , fous les noms d’Anis de la Chine , d’Anis de Sibérie , d’Anis des Iftes de Phi-
lipinc , ou de Semence deBadian , de Zingi , ou d’Anis des Indes , dont la figure
&Tufage eft d’écrite à la page 43. de ce premier livre , de au Chapitre de la Ni-
gelle Romaine, & fa figure fc trouvera ài’Eftampc du bois du Fuftet.
Il y a encore quantité d’autres fortes de bois j comme le Sambarame , qui eft
une efpccc de Santal blanc , les bois d’Acajoux, les Acomats , le bois de fer, le à*
bois de Coulcvrée , le bois des Molucques que les habitans du pays appellent
Panava , Se de quantité d’autres dont je ne parlcray point , en ce que nous n’en
faifons aucun commerce n’en ayant que rarement.
A l’égard duBois des Moluques, quelques-uns m’ont voulu affurer que c’étoit
la Cancllc blanche, ce que je ne crois pas.
Fin des Bois^
Q ij
/. Pmie,
I 24 Hiftüire generale
HISTOIRE
GENERALE
DES DROGUES
LIVRE QUATRIEME.
Des Ecorces.
PREFACE
'ENTE ND S pdr Ecorces U première^ U fécondé , ou U troifiéme
enveloppe àuTronc d’un Arbre j laquelle nous vient naturellement comme
elle a été tirée des Végétaux , comme pourroit être le JQnquina » l'Ecorce de
Mandragore > & mondé de fa première peau > comme la Canelle > le Callia
lignea » O' femblables. Ainf je commenceray ce prefent , Chapitre par l'Arbre
qui porte la Canelle y tant à caufe de la grande confommarion que nous fai fons de fa
féconde écorce > qu’à caufe de fes grandes propriete^^.
des Drogues, Livre IV.
i^S
CHAPITRE I.
De la. Cane lie.
Canelle
La Canelle que les Anciens ont appelle Cinamomc, cft l’écorce du milieu
des branches d’un arbre qui croit de la hauteur des Saules , qui a Tes feüil-
les 11 lemblablcs au Folium Indum , qu’il n’y a qui que ce foit qui en pourroit
faire la différence d’un premier abord , ce qui a donné occalion à quelques-uns
de vouloir alTurcr que nôtre Jl'oitum Indum étoitles feüillcs de l’arbre qui portoïc
la Candie : fi ces feuilles font fi femblables que la vû'é n’en puiffe faire la dif¬
férence , le goût le dicerne bien-tôt , en ce que lès feüilles de candie font d’un
goût &L d’une odeur fi fuave , qu’ elles fiirpalfent en quelque fai^on la moindre
canelle. Après ces feüillcs nailTent des fleurs blanches en forme de petits calices,
d’où fortent des bayes de la figure d’un noyau d’olive , par où ils font attachez
à la branche , ainfi qu’il ell reprefenté par l’Eftampe cy-defTus , que j’ay fait gra¬
ver fur l’original que M. dcTornefort a entre fes mains, & qui a bien voulu en
même temps m’en donner cinq ou fix feüilles , qui font de la figure du goût
cy-defTus.
A l’égard de l’endroit d’où vient la Canelle , & de la maniéré dont on écorche
l’arbre , j’ay jugé a propos de raporter icy ce qu’en a écrit M. Tavernicr.
La Canelle vient de l’Ifle de Ceilan, l’arbre qui la porte cft fort approchant de
nos Saules , &: a trois écorces ; on ne prend que la première & la féconde , &: cclle-
cy cft bien meilleure que l’autre j pour la troifiéme on n’y touche point , car fi le
coûteau venoit a la couper cela feroit mourir l’arbre , aufli cft-ce comme un
Métier que l’on fait apprendre dejeuneft'e. La Canelle coûte plus aux Hollandois
qu’on ne croit ; car le Roy derifle de Ceilan qu’on appelle autrement Roy de Can-
dy du nom delà Ville Capitale, étant ennemy juré des Hollandois, parce qu’ils
luy manquèrent de parole , envoyé tous les ans des Troupes pour tâcher
Q_iij
I Z 6 Hilloire generale
de les {tirprendre quand ils font la récolté de la Canellc , c’eft ce qui les oblige
d’avoir quinze ou feize cens homrnes armez , pour appuyer & défendre un pa¬
reil nombre de gens pendant qu’ils travaillent à ccorcer l’Arbre de Canellc ^ & il
faut pême qu’ils nourriffent ces travailleurs tout le refte de l’année, fans conter
la dépenfe des Garnifons qu’il leur faut entretenir en pluficurs endroits del’Illc.
Ces grands frais rehaulTcnt de beaucf^up le prix de la Candie , ce qui n’alloit
pas de la forte du temps des Portuguais , qui nefaifoient pas toute cette dépen¬
fe, & qui mettoient toutes chofes à profit. Il croit dans l’Arbre de Candie une
certaine forte de fruit qui elf comme une olive, &: on ne le mange pas , ils
cucillolent une quantité qu’ils mettoient dans une chaudière avec de 1 eau, ôdla
• ■ petite pointe des bouts des branches ,& faifoient boüillir le tout jufqu’à ce
que l’eau fut toute confommée -, cela étant refroidi le defius étoit comme une
pâte façon de cire blanche , & au fond de la chaudière c’étoit du Camfre ( M.Ta-
vernier le trompe , quand il marque que c’cll; du Camfre , puifque le Camfre vient
du tronc d’un arbre, comme je leferay voir au Chapitre des Gommes , mais une
drogue fcmblablc au Camfre. A l’égarddcla circj’ayécritâLifbonnc,maisonne
fçait ce que c’efi: ) de cette pâte ils faifoient des cierges dont ils fe fervoient dans l’E-
glife pendant rOlficc aux bonnes Fêtes dcl’année , ôc fi-tôtque ces cierges étoient
allumez toute l’EgUle étoit parfumée dune odeur de Canelle. Ils en ont envoyé
pluficurs fois â Lifbonne pourlaChapelle du Roy. Autrefois les Portuguais tiroient
aufli delà Canellc des terres qui appartiennent aux Raias d’autour de Cochin,
mais depuis que les Hollandois ont pris cette Ville, & qu’ils fc font rendus maî¬
tres de l’Illc de Ceylan où croit la Canelle , voyant que celle des environs de
Cochin leur faifoit tort , parce que n’étant pas fi bonne que celle de Ceylan elle
fe donnoit â grand marché , ils ruinèrent tous les lieux où elle croifloit ; ainfi il
n’y a plus de Canelle que celle de Ceylan , qui elt maintenant toute entre leurs
mains. Q^nd les Portuguais tenoient cette Côte , les Anglois achetoient d’eux
la Canelle.
Lorfque les Habitaiis de l’ifle de Ceylan ^ ont fait la récolte de la Candie, ils
en ôtent l’écorce de delfus , qui eft brune ô: raboteufe , & enfuite la font fccher,
& en fcchant fe roule, & par ce moyen acquerre la figure quelle a, & devient
d’une couleur rougeâtre, & d’une odeur fuavc& d’un goût piquant, aromatique
& fort agréable 5 quelques perfonnes m’ont aifuré que toutes ces belles qualitcz
qui fe trouvent dans la Canelle, ne luy arrivoient qu’au bout d’un an qu’elle
avoit été cueillie, ce que je n’ofe affurer pour n’en être pas certain. Je diray ce¬
pendant que l’on doit choifir la Canelle en belles écorces minces , d’un goût
piquant , fuave aromatique , & la plus haute en couleur que faire fe pourra ,
& rejetter celle qui cft épaific , & qui ii’a non plus de goût que du bois.
A i 'égard de ceux qui en achèteront de grolTcs parties , prendront garde
quelle ne foit point fourrée de canelle , dont l’eflèncc ou huile en a été tiré ,
ce qui elt allez difficile â connoître , à moins que de les goûter morceau à
morceau j ainfi la plus belle connoilfancc que j’en puis donner , c’eft de l'ache¬
ter de gens incapables de la frauder.
La Canelle cÙ. d’un fi grand ufage que nous avons peu de Drogues fines
dont onfalTc un plus grand employ , tant â caufe de fes belles qualitcz qu’à cau-
fc de fon agréable goût Codeur. Les Holland ois nous envoyent une autre for¬
te de Canelle qui elt en large écorce, & fort épaiires,qui eft ce que les anciens
Canellc à l’imitation des Arabes, ont appelle darcheni , nous Canellc matte. Cette
Canelle cft l’écorce du tronc &c grolfcs branches de l’arbre portant la Canelle ;
mais comme cette Canelle eft une raarchandife de peu de valeur , tant à caufe
des Drogues , Livre IV. 127
qu’elle n’cft pas de vente , que parce qn’elk n’a audufi goût ny odeüt , (i ce n ell
quelque morceau qui a la petite pclicule mince , en, dedans d’un goût ü pic-
quant & fi aromatique , qu’il cft prcfquc impoflible de la pouvôir durer dans la
bouche, mais le peu qu’il s’en trouve ne mérité pas la peine d’en parler , & ce
qui fait qu’il n’y a que les Colporteurs qui débitent de cette forte de Cancllc.
A l’égard de l’EfcavilTon que quelqn’uns prennent pour le menu de la Cancllc
fine, d’autres pour la Candie matte , & d’autres pour le Caflia lignea^ je n’en
diray rien , en ce que je parleray de chaque article fuivant fon rang. Les Confifeurs
après avoir fait tremper la Canelle fine dans l’eau chaude , la coupent par pe¬
tits éclats , & la couvrent de fiacre perlé , & enfuite eft ce que nous appelions &
vendons foûs le nom de Canella de Milan , nous en faifons aufii des petites
paftillcs qui n’cfl: que de la Candie en poudre & du Sucre, avec des mucilages
, de la gomme ad ragant , on en fait une pâte que l’on met de telles figures que
l’on veut. Les Hollandois ou les Habitans de l’iQc de Ceilan , confifent au fucrc
la Candie nouvellement tirée de l’arbre , qui eft une fort bonne confiture pour
porter fur mer, mais fort rare en ces quartiers-cy.
CHAPITRE IL
De l Huile de Canelle.
ON tire de la Candie fine parle moyen de quelques menftrues & d’un alam¬
bic, une huile gralTe, claire & rougeâtre , d’un goût fi fort & piquant,
qu’il cft prefque impolliblc d’en mettre fur la langue j neanmoins fon goût &:
fon agréable odeur, cft lacaufe que bien de perfonnes s'en fervent.
Comme la Canelle cft une écorce qui abonde fort peu en huile , nous fom-
mes obligez de la faire venir d’Hollande , tant à caufe qu’il n’y a que les HoU
landois qui la puiflent établir de la qualité requife , à un prix auffi modique
qu’ils l’établiflent ; car fi nous étions obligez d’avoir recours à celle que les Apo-
ticaires &: Diftillateurs de France pourroient faire , elle nous reviendroit à deux
fois plus que celle que nous tirons d’Hollande , ce qui ne peut provenir que de
leurs négligences , & du peu d’attache qu’ils ont à leurs Profeflion , en ce que
c’eft un abus de croire, comme ils en ont fait courir le bruit , que c’eft que les
Hollandois ne nous envoyent pas de bonne candie, &: qu’ils gardent la meil¬
leur pour eux, ce qui cft un abus, en ce qu’il eft probable que les Apoticaircs
ou Diftillateurs qui font l’Huile de candie en Hollande, nefe fervent que delà
candie telle quelle vient de l’Ifle de Ceilan, & telle comme ils nous l’cnvoyent,
qu’ils mettent toutes entières , c’eft à dire fans la changer aucunement de nature
dans de grandes cuves remplies d’eau froides, & l’y ayant laifféc pendant vingt-
quatre heures ils la retirent Sien mettent d’autres, en continuant toûjours delà
même maniéré , jufqu’à ce que l’eau foit bien teinte , & d’un tres-beau rouge,
& enfuite ils mettent cette eau dans de grands alambics de cuivre, &vcrfcnt de¬
dans une quantité rarfonnable d’un efprit de vin fait d’une manière furprenan-
tc , comme il fe verra cy-aprés , & c’eft cet -efprit de vin qui a la propriété de
feparcr l’huile d’avec reau,& delà faire monter au haut du vailTeau , -& qu’il
n’y a point de livre de canelle qui ne rende plus d’une once d’huile , qui eft
bien le contraire de celle qu’on fait icy , comme on le peut voir parM. Leme-
ry,qui avoue que quatre livres de bonne canelle ont bien de la peine a rendre
Efoviflbn.
Canella At
Milau.
1x8 Hiftoire generale
fix gros d!huile. C’-cftiinfecrct chez les Hollandois que de fqavoir tirer l’Huile de
. candie , tant parce qu’ils ne veulent pas qu'on Icjachc le nom des ingrediens , donc
ils le fervent pour tirer l’erprit du vin, je diray neanmoins ce que j’en ay appris d’une
jpcrlonue qui y a travaillé long-temps en Hollande , qui m’a dit que ceux qui
font de l’Huile deCanelle, dc^crofle, ou autres arômats, viennent tous les ans
en Picardie acheter un nombre de pièces devin, & après qu’ils l’ont acheté ils
les débondent ,enfuite dequoy ils verfent dedans plein une bouteille d’une li¬
queur compofee ,& laide la bouteille dclTusle vin, qui au bout de vingt-quatre
• heures ne manquent pas d être remplies du plus pur ôc du plus fubtil du vin , &
loifquc les bouteilles font pleines, ils les retirent & les em.portent en Hollande
pour s’en fervir pour le befoin. Ce qu’il y a icy à remarquer & ce qui doit être
plus lurprenant , c’eft que le vin dans lequel ils ont jetté cette liqueur , &i à laquelle
ils ont retiré la même quantité d’efprit, ce vin devient fi mauvais ôc fi puant,
qu’il faut le jetter & brûler les futailles , n’étant plus propres à en mettre d'au¬
tres. Je n’aurois pas avancé cette Hiftoire que je croirois être fabuleufe , fi la
peiionne qui m’en a afluté n’étoit un homme de probité, & fur lequel on fe
peut fier j & m’a dit encore de plus , que c’étoit une chofe bien rare quand les
Hollandois nous envoyoient de 1 huile de canclle , naturelle comme ils l’ont
tirées , en ce qu’ils y mêlent de l’cfprit de viil bien deflegmé , & palTé def-
fus le fel de tartre , &c ce qui a donné occafion à de certains Droguiftcs de Pa¬
ris d’en faire de même, fi bien que ceux qui croyenc avoir une once d’huile de
canelle, n’en ont pas une demie once y ce qui n’cft pas d’une petite confcquencc,
étant une des plus pretieufes marchandifes que nous ayonsjmais ce qu’il y a de par¬
ticulier , c’eft que la friponnerie fera facile à connoître en deux manières. La
première en ce qu’il y paroît dedans des petites bouteilles qui marquent l’humi¬
dité , qui peut-être dedans : la fécondé il n’y a qu’à tremper U pointe d'un cou¬
teau dedans , ôela pretenter à la chandelle i fi elle cft mélangée d’efprit de vin,
elle prendra feu aufli-tôt, qui eft le contraire de celle qui cft pure, qui ne rend
que de la fumée , & cette huile pure cft ce que nous pouvons appcllcr avecjufte
EiTcnce ou f^'ûfon eftcnce , quinte-elTcncc ou huile de canelle , & propre à toutes ufages où
qainaiiau- eftc cft l'cquife. Cettc huile aufti-bien que la canelle , cft un des grands cor¬
nue. diaux que nous ayons, & ce qui caufe que les Allemands, Anglois & HoUan^
dois , en confomment de groftes quantitez.
Outre l'Huile de Canclle nous faifons venir de Montpellier une eau de canclle
dont la compofition eft differente j les uns ne fe fervant que d’eau commune,
de d’autres de vin blanc , d’eau rofe ou de meliffe j d’autres fe fervent au lieu de
Eau de vin , d cau de vie ou d’efprit de vin & de canelle , & par le moyen d’un alambic
Candie. ycrrc au feu de fable ou au bain Marie , retirent une liqueur blanche & trouble
comme du petit lait j mais au bout de quelque temps cette liqueur s’éclaircit ,
5c devient claire comme de l’eau de Fontaine 5 ce qui rend cette cau trouble lorf-
qu’ellc cft nouvelle faite, ce n’eft que le peu d’huilc qui s’ eft raréfiez , où dont
les parties fe font étendues dans l’eau par la fermentation , enforte qu’ils foac
imperceptibles, ôi qui au bout de quelque temps ne manquent de fe ralicr , 5i
de fe trouver au fond du vaiffeau j car c’eft le propre de l’huile de canelle de
fe précipiter aux fond de cette liqueur de la figure d’une petite boule.
L’eau de canclle eft fort enufage pour donner aux femmes qui font en tra¬
vail , en ce que c’eft un excellent coroboratif , qu’elle fortifie l’cftomac , &aidc
aux évacuations ; on en prend auffi pour refifter aux mauvais air , & pour réta¬
blir la chaleur naturelle.
Quelques
des Drogues. Livre IV. 129
Q^cIqucs-uns font une manière de paftille • avec de l’eau de candie & du
fucrc , qui cft cc que les anciens ont appelle Oleo facchamm > mais ces paftillcs ne
font pas fi bonnes que celles qui font faites avec l’huile de canelle , & le fucrc chamm,
candy réduit en poudre, defquclles l’on fait des petites pilules que l’on garde
pour le befoin, & cet Oleo faah , ainfi préparé j fera propre à dilToudre dans
toutes fortes de liqueurs cordiales.
Nousfaifons encore venir de Montpellier unfirop de candie, qui n’ cft qu’une
teinture de canelle &du fucrc cüit en confiftance de firop , & aromatifé avec sirop de
tant foit peu d’huile de candie.
Ce firop a à peu prés les mêmes proprictez que l’eau de candU pris dans du
vin blanc, ou dans quelques- autres liqueurs convenables.
Nous vendons de plus une teinture de candie , dont la vertu & la force cft
augmentée par pluficurs aromats comme gerofle , macis , poivre long , pe¬
tit galanga , gingembre , coriandre , mufe & ambre , & le tout pulvcrifc
grollierenient,& mis dans une bouteille avec de bon cfprit de vin bien bou¬
che &cxpofé au folcil pen lant la canicule, & cnfuite eft cc que nous vendons
fous le nom d’eftence d’hypocras rouge , en ce que cette elTencc jettée fur du
Vin dans lequel l’on y a fond-u du fucrc, & qui a été clarifié & palTé par la cra« ougé
chai fie, elle ale pouvoir de convertir ce vin en de très bon hipocras. &biancbe.
Ceux qui voudront faire uncefrcncc d’hipocras blanche, n’auront qu’à diftil-
1er cette clTencc rouge au feu de fable, ou au Bain-Marie ; mais il ne faut s’en
lervir qu’avec de grandes modérations , en ce quelle foifonne beaucoup ; car fi
on en mettoit plus qu’il ne faut, au lieu de faire de l’hipocras elle rendroit le
vin 11 defagreable que l'on n’en pourroitpas boire.
Il cft à remarquer que cette cflencc bien préparée , eft meilleure vieille que
nouvelle, mais il ja faut tenir bien bouchée , en ce que l’air la diflipc beaucoup,
ünpeut tirer encore de la candie un extrait & un fd ornais comme ils ne font
prefquc d’aucun ufage , c’eft pour cc fujet que nous n’en faifons aucun ne- c*-
gocc.
CHAPITRE III.
Du Cajjia Lilnea,
Le CafliaLignca cft aufti la deuxieme écorce du tronc & des branches de cer¬
tains arbres alTcz femblablcs à ceux qui portent la candie.
Ces arbres CIO ilTcnt pèle mêle dam l’ifle de Ccylan, avec les arbres portant la a régara
candie. Il en eft de même du Caflia Lignca comme de la Candie , en ce que plus fleurs 5!“'
l'écorce eft fine, hauteen couleur, d’un goût fuave, picquant & aromatique, & caffiau":
plus il eft eftimé : neanmoins quelque bon que foit leCafiia Lignca, il cft bien "jç"
different de la candie, en cc qu’il laiffe dans la bouche une vifcofité qui ne fe
trouve dans la candie. [è"ct"oyquc
Le CafliaLignca a fort peu d’ufages dans la médecine, & fi ce n’étoit qu’il s’en
confomme par quantité de perfonnes qui le vendent au heu de candie. Le[SmJc
débit que l’on en fcroit ne ftroit pas grand , cc qui cft une pure voleric , tant
parce qu une livre de candie fine coûte autant que quatre livres de Caflia Ligneaj
^ de plus , c’eft qu’il n’a pas la meme qualité. Le CafliaLignca eft un des ingre- 0®^****
/. PaNic. ^
130 Hiftoire generale
dicns de la Thériaque , où il n’a befoin que d’ètrc de la qualité cy-delTus , &
rejetter entièrement le Caflia Lignea à écorce larges & cpaifles , qui n’a non
plus de goût que du bois , & ainfi doit être rejette comme n’étant propre à
rien.
CHAPITRE IV.
JDe la Canelle blanche.
La Canelle blanche , à qui quelquc^uns ont donné le nom Coftus blanc , ou
deCoftus Corticus , ou Corticolus , & d’ccorcc de Winthcrus , à caufe de
Guillaume Winthcrus qui en apporta le premier en Angleterre , cft l’écorce du
tronc & des branches d’un arbre de la grandeur de nos poiriers. Il a des bran¬
ches menues , hautes , droites , & fort garnies de feüillcs femblables à celles de la
Auréole , mais plus délicates , plus fou pics , de couleur de vcrt-dc-mcr , ôc d’une
tres-bonne odcar, après Icfquelles naît un fruit rond d’un tres-bcau rouge j cet
arbre croit en abondance, à S. Dominguc dans la Guadeloupe , furtout dans les
lieux fccs Ôi pierreux, il s’en trouve aulh quantité dans Hile de Saint-Laurent ou
de Madagafcar, où il cil appelle Fimpi.
LeCollus blanc que nous appelions aulTi Candie blanche, à caufe de la gran¬
de conformité qu’il a avec la Candie matte, que h ce n’étoit fa couleur & fon
goût, peu degen^cn poarroient faire la différence. Autant que cette écorce a
été autrefois rare autant elle cil commune prcfcntcmcnt , ce qui a donné occa-
fîon a de certains- broüiilons , qu’il n’elt pas befoin de nomm<^ de la réduire en
poudre, & de la mêler avec les quatres Epices au lieu de mufeade , à caufe
que fon goût en approche allez jc’cft auflî cette écqrce que quelques Apoticai-
rcs fuppolcnt & employent aflezmal à propos , au lieu du Collus Arabique que
dieïs'^’ j’ay cy-devant déentte, a qui pour cet effet ils ont donné le nom de Coftus In-
dicus ou Côte d’Inde, ce qui eft bien éloigné du bon fens , puifquc le Coftus
Indicus, eft une racine prefque à nous inconnue , ainfi que je l’ay marqué , ôc
que cdle-cy. cft une écorce fort facile à pouvoir recouvrir. Qjoyque cette Ca¬
ndie blanche foit d’un goût chaud, piquant, fort aromatique , & pour ce
fujet doiic detres-bonnes qualitcz ,ellceft très- peu ufîtée des habiles & honnê-
tes-gens, c’efteequi eft la caufe quelle a tres-peu de confommation pour la mé¬
decine; neanmoins comme quelques-uns pourroient en avoir befoin , je diray
que l’on la doit choifir en écorce fine, blanchâtre deflus & dedans ; c’eft adiré ,
mondée de fa première écorce, qui eft greffe, grife & raboteufe, & d’un goût
acre &c mordicant ; & ayant l’odeur &: le goût de la mufeade.
On eftime cette écorce fort propre pour la guerifon du feorbut. Quclqucs-
îund* uns ont encore donné â ce Coftus le nom d’écorce d’Indc. Pendant les gran¬
des chaleurs il découle du tronc de ces arbres une gomme noirâtre , grafTe &
fort odorante, qui eft cette gomme que quelques Droguiftes appellent gomme
Gomme Alouchi , & qu’ils vendent tantôt pour de la gomme Ederæ, ou pour du Bdc-
Âiouchi. ^ difticile à connoître , en ce que la gomme Ederæ doit
être fcche , claire & tranfparcnte , & le Bdehum eft affez femblables à la gomme
Arabique, â la referve qu il ne fond pas dans l’eau ,& la gomme Alouchi eft mo-
Kcorce lace, de differentes couleurs , fort fale &fort vilaine.
Les habitans de l’iQe Saint -Laurent , notamment ceux de Ghalemboulle , cm-
des Drogues , Livre IV. ï 3 1
ploycnt cette gomme Al ouchi, qu’ils nomfticiït Litemanghits dans la compO^
îîcion de leurs parfums , à caufe que fôn odeur n’eft -pas tout à fait defagrea-
blc. .
C H AP 1 t k E V.
De la Canelle Giroflée.
•Cravo <?c
Marcnhan.
La Canelle Giroflée , Capclet , ou bois de Crabe, eflee que nous appelions
mal à propos bois de gerofle , eft la fécondé écorce du tronc & des bran¬
ches d’un arbre qui a fes ftüillesaflcz approchantes de celles du laurier , après
Icfquellcs naiflent plufieurs fruits ronds delà grofleur des noix de galle , de cou- ko!*^ «î*
leur de châtaigne fort legcrc , qui étant cafle il s’y trouve dedans une efpcce de de Mada!^
pcpin j ce fruit a l'odeur & le goût de gerofle, ce qui a donné occalion aux an-^*‘’‘^*’
cicns de l’appellcr Noix de Gerofle , ou de Madagafcar *, parce que l’on
trouve quantité de ces arbres dans l’Iflc Saint-Laurens , où ils font appeliez Ra-
vcndfara, &lcs fruits Vao-Ravendfara. Il s’en trouve aufli en àbondajacc dans
le Brcfil, d’où il nous elf apporté par les Portuguais à L {bonne , d’où nous le
tirons ordinairement ,& où il eft appelle Cravo de Marenhan.
Ce bois de gerofle ou plûtôt écorce , ayant le goût &: l’odcar du gerofle , efl; fi
en ulage prefentement , qu’il y a fort peu de Colpoltcurs qui n*cn vendent,
apres l’avoir mis en poudre, pour du gerofle battu, ainfi font tort aux honnê¬
tes Mar chan-ds , en cc que le véritable gerofle battu cil quatre à cinq fois plus
cher que cette écorce *, ils en vendent aufli d’entier à quantité de particuliers ,
comme Bourgeois & Paticiers , en leurs faifa'ns à croire que c’eft l'écorce dii boi?
de gerofle j ce qui eft faux , puifque le gerofle ne vient que dans l Ifle dé Ter-
nate , cette écorce vient du Brcfil ou de l lfle Saint-Laurent , ou de Mada¬
gafcar.
Comme c’eft une écorce qui a beaucoup d’ufage, je diray que l'on la doit
choifir mondée de fa première écorce, qui eft ordinairement grife & raboteufe ,
d’une couleur tannée, qu’elle foit mince, & d’un goût piquant , acre & aromati¬
que; en un mot, la plus approchante du goût & de l’odeur du gerofle que faire fc
pourra. On prendra garde qu’elle ne fente pas le moifi , & que les paquets ne
foient point fourré de groITes écorces > de nul goût ny odeUr, comme il arrive
que trop fouvent.
Cette écorce n’a aucun ufage dans la médecine , a moins que ce rie foit par
quelques-uns qui en tirent la teinture avec de l’eau de vie pu de l’cfpric
de vin , qui la vendent enfuite fort impunément foûs le nom de teinture ou
d’clfcnccde gerofle ; les ’Confifeurs s’en fervent au lieu de gerofle, pour faire cc
qu’ils appellent gerofle en dragée.
Comme cette marchandife nous vient dans' de petits paniers faits de rofeaux,
& enveloppez de grandes feüilles fort belles à voir, j’ay jugé à propos de dire
que ces feüilles font ce que le R.P. Plumier appelle Arum hœUracrum hijè-
Ùis > rtfftdis feutatt! , qui veut autant dire qu’ Arum montant à fcüillçs fermes ,
froncics & fendues. Et ceux qui en voudront fijavoir davantage , pourront avoir
recours à fon livre, où il en traite fort amplement, n’ayant jugé à propos de ra-
porter ce qu’il en dit ledifeour en étant trop long ; &de plus , c'eft que ccs'feüil-
Ics ne font d’aucun ufage, ce qui fait que nous r^en tenons aucun compte.
/. Partie. R ij
Hiftoire generale
CHAPITRE VI.
Du Kinquina.
Le Kinquina , ou Qmna-quina , Ecorce du Pérou, ou écorce contre les Fiè¬
vres , cft récorce extérieure du tronc & des branches de pluCeurs arbres
qui croiflent en quantité au Pérou , d’où le Kinquina nous eft apporté par la
voye de Cadix d’où nous le tirons.
Comme je n’ay jamais été au Pérou pour pouvoir parler jufte des arbres qui
portent le Kinquina , j’ay eu recours à M. Bernard, Ordinaire delà Mulique du
Roy, quieft un fort honnête-homme & fort curieux pour la connoiflance des
fim pics , lequel m’a bien voulu donner une defeription du Kinquina, qui luy a
été donnée par M.Rinflant, Médecin de la Ville deRheims,qui l’avoitcu d’ua
de fes amis nommé Graticn , qui av oit demeuré virjgt-ans en Portugal ,& qui
avoir fait pluücurs voyages aux Indes ôc au Pérou, dont en voicy la teneur.
Defeription véritable du Kinquina,
Le Kinquina eft l’Ecorce d’un Arbre qui croit au Pérou , dans la Province de
Quitto , fur des Montagnes prés de la Ville de Loxa j cet arbre eft à peu
prés de la grandeur d’un cerilicr , il a les feuilles rondes & dantelées , porte une
fleur longue & rougeâtre, d’où naît uneefpece de goufledans laquelle fe trouve
une graine faite comme une amande, platte & blanche , revêtue d’une Icgere
écorce. Le Kinquina qui vient au bas de ces Montagnes eft le plus épais, parce
qu’il tire plus de nourriture de la terre ; fon écorce eftlilTée d’un jaune blanchâ¬
tre par dehors , & d’un tanné pâle par dedans ; celuy qui vient fur le haut de la
Montagne a l’écorce beaucoup plus déliée j elle eft raboteufe , plus brune par
dehors , & plus haute en coulegr par dedans , mais les arbres qui viennent vers
des Drogues , Livre IV. ï 3 ^
le milieu 4e ces Montagnes ont leur écorce encore plus brune & plus décou¬
pée, elles font toutes ameres-, mais celles du bas des Montagnes le font moins
que les autres.
Il refulte de-là que le moindre Kinquina eft celuy qui croît dans les lieux bas,
parce qu’il eft trop chargé de parties terreftres & aqueufes , que celuy d enhaut
vaut mieux par la raifon contraire ,& que le plus excellent de tous eft celuy qui
croit au milieu des Montagnes , parce qu’il n’a n’y trop n’y trop peu de nour¬
riture.
Il y a une autre efpece de Kinquina qui vient des Montagnes de Potofi , qui
eft plus brun , plus aromatique , & plus amer que les precedens , mais il eft beau¬
coup plus rare.
Outre les qualirez que l’on a remarqué dans le Kinquina, il doit être pefanty
d’unè fubftance compare , feche & ferrée , il faut prendre garde qu’il ne foit
point pourri ny pénétré d’eau , qu’il ne fe diflipe point en poufliere en le rom¬
pant , & qu’il ne foit pas rempli de menu ôc d’ordures , comme il s’en trouve
louvent au fond des. Gérons dans quoy il vient ordinairement. On doit pré¬
férer auffi celuy qui eft en petites écorces fines , noirâtres & chagrinées au def-
fus , parfemée de quelques moulTes blanches , ou de quelques petites feuilles de
fougère , rougeâtre au dedans , d’un goût amer & fort dcfagreable , & rejetter
celuy qui eft filandreux quand on le cafte, d’une couleur roufte , aufli-bien que
celuy qui eft de couleur de caneÜe au deftus,quoyque le plus cftimé de ceux qui n’y
ont qu'une legere connoifTance & qui le préfèrent , parce qu’il eft d’une plus, belle
vente que. le noir. On prendra garde qu’il ne foit point mélangé de pluficurs
éclats de l’arbrc, qui tiennent le plus fouvent à l’écorce.
Cette écorce fut premièrement apportée en France en par le Cardinal de
Lugojefuite, qui l’avoit apporté luy-même du Pérou, & cette écorce a eu tant
de vogue en France, quelle s’y eft vendue au poids de l’or -, mais la quantité
que les Efpagnols &Nous en ont fait venir du Pérou , luy a diminue beau¬
coup fon prix.
•L’ufagc du Kinquina eft pour la guerifon des Fièvres , foit qu’il foit pris en fub¬
ftance ou par infufion j mais comme c’eft un rernede qui n’eft pas reçu de tout
le monde ,& que fon ufage n’eft bon que quand il eft pris à propos ; c’eft: pour
ce fujet que je ne confcille à perfonne de s’en fervir que par l’avis d’habiles
gens.
La haute propriété que lesEfpagnols ont attribué au Kinquina pour la guc-
rifon dcsdFiévres,a été la caufe qu’ils luy ont donné , comme au bois qui le
porte, le nom de Pa!o de Ca!enti4ras , qui fignifie bois des fièvres.
A l’égard du Kinquina que l’on achètera en poudre , la meilleure connoiftance
que j’en puis donner , c’eft de l’acheter d’honnêtes gens , & d’y mettre le prix j
mais lur tout qu’il foit pafte par un tamis bien fin.
On tire du Kinquina par le moyen de l’eau de noix diftillées & du feu, un ex- Extrait &
traie , qui eft un fort bon fébrifuge , étant pris depuis douze grains jufqu a
trente-fix,en pilules ou délayez dans du vin.
On peut tirer aufli du Kinquina en le brûlant , ùn fcl fixe qui eft fort apéritif,
& propre pour la guerifon des fièvres quartes , pris depuis dix grains jufqu ’û vingt
dans une liqueur convenable.
»34
Hiftoire generale
CHAPITRE VII.
De î Ecorce de Mandragore.
L’Ecorcc de Mandragore cftl’ccorcc delà racine d‘unc plante que Ton dif-
tingueen deux. Scjavoir,cn male & en femelle. Je ne m’arréteray point à
d’écrire tous les difeours inutiles que les anciens ont dit touchant la racine de
cette plante , pour dire que les Mandragores tant mâle que femelle font fort rares
aux environs de Paris , ce qui caufe que les Apoticaires font obligez d’en fouf-
traire les fcüilles , aulTi-bien que celles du nombril de Venus , de la compofition
de l’onguent de Populeum , ce qui eft un abus bien grand , étant impofliblc que
cette compofition puilfe avoir les memes qualitez que les Auteurs luy attri¬
buent , du moment que deux des principales Drogues en font ôtées , & ce qui
fait que ce remede n’a pas l’effet qu’il devroit avoir s’il étoit fait dans les formes,
& qu'au lieu de rafraîchir , qui cil fa principale vertu , il échauffe plûtôt , tant par¬
ce que ces deux fortes de plantes y manquent , que parce que le plus fouvent les
Apoticaires au lieu de vendre du Populeum de l’année, ils en vendent qui a deux
ou trois ans; qui eft tout le contraire du fentiment des Auteurs, qui difent que
la vertu rafraichiffante du Populeum ne dure qu’une année , ainfi que l’on le
pourra voir par la Pharmacopée de M.Bauderon, Commentée par le Sieur Ver¬
ni, qui dit en ces termes à la page 15(5. qu’il faut le renouveller tous les ans,
autrement fa vertu réfrigérante fe perd par le temps , & la chaleur de la graiffe
furmonte la froidure , ^ par confequenc eft inutile ; ainfi les Apoticaires de Pa¬
ris ou des Villes circonvoifines , doivent être avertis de ne plus s’émanciper de
le compofer , puifqu’il leur cil impoffiblc de le pouvoir faire dans les réglés ,
mais dclc faire venir de Montpellier, où on le peut faire fans aucun Subftitut,
& de la manière que les Auteurs le demandent ; ou bien s'ils ne veulent pas
des Drogues , Livre IV. 135
avoir oette fujcttion-là, en ce que ce n’eft guère leur profcflion de faire venir
delamarchandife , en laifleront la liberté aux Marchands Epiciers qui le feront
avec bien du plailir j & par ce moyen les Apoticaires n’engageront point leur
confcicnce , & le public eiï fera fervi plus fidèlement. Pour reve nir à la racine de la
Mandragore, étant en terre elle pouüe des feüillcs vertes , larges , & traînantes par
tcrrc,& des fruits alTcz approchants en grofieur (k figure aux colloquintes qui n’ont
ps été mondées , c’eft à dire telle qu’elle fort de delTus la plante. Je n ay pas jugé
a propos de parler de la différence qu’il y a entre la Mandragore mâle & femel¬
le, en ce qu’il y a quantité d’ Auteurs qui en traitent , pour dire que de toute
cette plante n<?iîs n’en vendons que f écorce de la racine , laquelle doit être
mondée de fon bois, la plus recente qu il fe pourra i elle doit être d’une cou¬
leur grife au dedans, & d’un gris rougeâtre au delTus, garnie de fa petite écor¬
ce, qui eft tant foit peu gravclcufe ou chagrinée.
L’écorcc de Mandragore a quelque peu d’ufage dans la medecine, en ce qu’el¬
le entre dans quelques compofit.ons galéniques. Avec l’écorcc de Mandragore
on nous envoyé quelquefois delà racine coupée par tranches comme le Jalapj
mais elle n’eft pas tant en ufage que l’écorce à caufe que le cœur y eft , qui n’a
non plus de vertu que le bois.
CHAPITRE VIII.
JDe i Autour,
L’Autour eft une écorce fort approchante en figure & ch couleur â la
groffe candie , excepté qa’cile eft tant foit peu plus blafarde au defliis , &
de la couleur d’une mufeade caffée au dedans , accompagnées de quantité de
petits brillants *, elle eft fort legere écfpongieufe , d’un goût prclque incipide
fans odeur, ün l’apporte du Levant, de Turquie â Marfeille d’où nous le faifons
venir.
Cette écorce n’a point d’autre ufage, aufli-bien que Chouan , que pour la
perfection du Carmin , & elle n’a bcfoin d’autre choix que d’être de la qualité
cy-deflus.
Une perfonne m’a alTuré qu’il croit de l’Autour auprès de Paris , & même
m’en a donné une écorce , laquelle eft à peu prés la même chofe, mais elle eft
d’un goût amer, d’une couleur terreufe fans aucun brillant.
Il m’a été du tout impolTiblc de pouvoir fc^avoir qui ctoit l’arbre ou k plante
qui porte le l’Autour, ce qui a fait que je n’en aypû rien dire.
liege
ôku«.
liège I
ou d’i::
gue.
136 Hiftoire generale
T E Licgc , que les Lati ns appellent Suher -, eft l’ccorcc extérieure du ttoiic de pl u-
J-» fieurs arbres qui croiffent en quantité en Efpagne, en Italie & même en France,
principalement dans laGafcognc, & furies Pirenécs. Les feüilles de ces arbres
font de moyenne grandeur, vertes par deifus & blanchâtre par deffous, danteléc
tout autour, apres lefquelles il naît des glands fcmblables à ceux du chêne.
Lorfque les habitans- des lieux veulent faire la récolté de cette marchandi-
fè , ils fendent ces arbres depuis le haut jufqu'en bas , & en tirent les écor¬
ces qui eft le Liege, & après qu’ils font arrachez ils le mettent l’un fur l’au¬
tre jufqu’à une heuteur raifonnablc , dans des folfes qu’ils ont fait exprès Ôi
qu’ils ont îcmply d’eau , & après les avoir chargé de pierre , ils lailfent
le tout en cet état une efpacc de temps , & lorfqu’il ell rcdrelTé & beau¬
coup affaifé , ils reprennent celuy d’un autre folTc qu’ils remettent dclfus, ainfî
de quatre folTes il la reduifent à une , & après avoir tout retiré de dedans l’eau
ils le laiffcnt fccher j étant fec ils eft tranfporté par balles en differens en¬
droits.
On choifira le Liège en belles tables, uny , non rempli de nœuds ny de cre-
valTeSj, d’une moyenne épaiffeur , d‘un gris jaunâtre au delfus & en dedans , &
qu’en le coupant foit bien uni. Nous appelions ordinairement ce Liege, Licgc
blanc ou de France , à caufe que l’on en fait de cette forte dans la Guyenne ,
principalement de devers Bayonne , d’où prefque tout celuy que nous voyons
nous eft apporté. •
On nous apporte des mêmes endroits une autre forte de Licgc, que nous appelions
fi>a- Licgc d’Efpagnc , lequel pour être de la qualité requife doit être aulTi léger , uny ,
noirâtre au deflus , comme s’il ctoit brûlé Jaunâtre en dedans & facile à cou-
per
des Drogues, Livre IV. ■ Î37
per, non porreux, &lc plus épais qu’il fera pofliblc, étant beaucoup pluscfti-
mé & recherché que le mince.
Un de mes amis m’a alTuré que ce qui noircilToit le Liege , ne venoit que de
• ‘ravoir laiflé tremper dans de feau de la mer.
Son ufage eft trop connu pour m’y arrêter , je diray feulement qu’il cft quel¬
que peu uiité dans la médecine ^ tant pour arrêter le fang étant pris en poudre
ou brûlé dans quelque liqueur aftringente , que pendu au col pour faire perdre
le lait des nourrilTes , & le même Liege brûlé , mêlé avec un peu de beurre frais
& du fel Saturne , ell fort convenable pour les hemoroides.
Les Efpagnols brûlent le Liege & en font un noir extrêmement léger , qui eft
ce que nous appelions noir d'Efpagne , lequel pour être de la bonne qualité il
faut qu’il foit noir, léger, le moins fablcux& graveleux qu’il fc pourra. Ce noir
cil ufitc par divers Ouvriers qui s’en fervent,
Il y a encore quantité d’autres fortes d’écorces,dont nous ne faifons aucun com¬
merce , comme l’écorce de la racine & du tronc de l’arbre appelle Macer , le Corii,
l’Hivorahé , & autres femblables , en ce que nous n’en avons que tres-peu , quoy
que cependant ce feroit de tres-bens remedes , ainfi qu’on le pourra voir dans le
Traité qu’en a fait Garcic du Jardin & Chriftofle la Cofte, dans leurs Hiftoircs
des Drogues des Indes, où leLedeur pourra avoir recours.
On fera icy averty que comme quelques perfonnes demandent du Macer pour
fc guérir de la dilTentcrie , qui eft fon principal ufage , quelques-uns vendent
a fa place du Macis, croyant que c’eft fa même chofe -, ce qui ett neanmoins
bien différend , en ce que le Macer eft l’écorce du tronc d’un arbre, & le Macis
eft Lenvelopc de la coque de la mufeaie»
Fin des Ecorces^
I. Partie.
Noir d'Bf-i
pa^c.
Macct
Coru 8t
Hivoiahé.
1 3 B Hiftoire generale
HISTOIRE
GENERALE
DES DROGUES
LIVRE CINQUIEME.
Des Veuilles.
PREFACE
E NT ENDS par Feuilles le premier verd.ejue les plantes que nous eom<-
p'^enons fous les genres d*Jrhres* Arhrijj'eaux , Sous Jrbrijfeaux ^ Hetbes »
poujpnt d'aboed que le beau temps uienttainfi je ne comprendra^ dans ce Cha¬
pitre que les'F-i utiles qui fortent des Tiges* ou des branches des Arbres > ou
' ayant que ces parties qui doivent porter le nom de Ftüilles , qui dérivent
du mot (jrec Phillon» ^ du mot Folium ^^Iques-uns veulent que le nom de
Feiiilles (oit aujji adapté à quelques fleurs , comme par exemple on dit ordinairement des
l{ofes* JFcütlles deRofts , ÿeüilles de Tulipe *ain fi des autres ; mais n'ayant fuivi cet
ordre » c*efl pour ce fujet que je ne parlerait dans ce Chapitre* que des Ftüilles vertes qui
.fartent des Branches ou des Tiges *^ non pas des feuilles d’autres couleurs, qui font U
partie la plits ejfenlielle des Rofes ou autres fleurs.
Je traiteray aujfi en ce Chapitre des Ftüilles qui ont été travaillées * comme leTabac*
&de celles de qui on en a tiré lesfeculles & l‘f comme l’Anil* le IQilt autres
comme il fe vertu dans la fuite.
Herbes , »
mwm
des Drogues, Livre V.
139
CHAPITRE I.
Du Dictant de Candie.
T E Diâiam de Crète ou Candie , cft une plante de deux a trois pieds de
^ haut , qui a fes f eüilles de la grandeur & à peu prés de la figure de Tonglc^
blanche , & cotoneufe deflus & deflbus , apres Icfquelles naiflcnt des Fleurs lon¬
gues par épi, d’une couleur violette. Cette petite plante qui cft très-belle avoir
croît en abondance dans l’Ifle de Candie , d’où eft venu fon furnom.
On doit choifir le Dnftam nouveau en belles feüilles, blanches, larges,
epaifles , douces & cotoneufes , d’un goût fuave & aromatique. On doit préfé¬
rer le Duftam le plus garni de fes fleurs blûcs qu’il fc pourra. On doit rejetter
ccluy qui cft en petites feüilles nonveloutecs,&oû il fc rencontre plus de petits
bâtons & de bûchettes que de feüilles.
Le Diâ:an:\ de Candie , cft quelque peu d’ufage dans la médecine , à caufe
qu’il cft chaud & aromatique j il cft aufli un des ingrediens de la thériaque , où
il n’a befoin d’autre préparation que d’etre choifi comme j’ay dit cy-deifus , &c
mondé de fes bûchettes ou autres corps etrangers.
% ij
/. Partie.
140
Hiftoire generale
CHAPITRE II.
Bu Polium Montanum.
«T E polium Montanum , cft une Plante de la hauteur d’un demy pied, ayant
JL fes fcüillcs petites , épailies , dentelées , garnies deffus & defTous d’un petit
coton jaune tirant fur le doré , & fes fleurs rondes qui s’épanoüiflcnt en peti¬
tes étoiles , d’une couleur d’or fort belle à voir.
Cette petite plante croit en quantité fur les montagnes & lieux élevez de la
Provence & du Languedoc. Il -nous clt apporté par petites bottes avec ccluy qui
croit dans les pleines , où le long des chemins , principalement dans les fables
& autres lieux arides, étant neanmoins bien difterent , en ce qu’il a les feüillcs
plus petites ôc moins cottonnées , plus amer & cft tout blanc.
On le choiflra nouvellement cueilly , garny de fes fleurs , d’un goût amer &
fort defagrcable , tant pour plufieurs compofitions que pour la Thériaque, où il
n’a befoin d’autre préparation que d’etre comme cy-dclfus , & le moins rempli
de blanc qu’il fera pofliblc , ayant bien moins de vertu que l’autre.
des Drogues, Livre V.
CHAPITRE III.
Du Marum.
Le Mairum cft une petite plante fort belle à voir , qui a lès fcuïÙes verdatreSi
fort petites , delà figure du fer. d’une pique , d’un goût tres-amer & def,
agréable j c’eft pourquoy il a été appelle M^rum cjuaji Amarum. Après les feuil¬
les nailTent des épis affez approchans de ceux de la lavande, d’où fort de peti¬
tes fleurs purpurines fort odorantes.
Cette plante croit eri quantité aux Iflcsd’Hyercs prés de Toulon , d’où ceux
<iui en auront befoin pourront en faire venir.
On le doit choifir nouveau ^ d’une odeur forte ^ garnie de fes fleurs, &lc plus
Vert qu’il fera poflible.
Il n*cfl: guere ufité en médecine , à moins que ce ne foit pour la compofî-
tion des trochifques d’Hedicroum ; mais comme cette plante nous cft alTaz ra¬
réfia plulpart des Apoticaires luy lubftitucnt l’Amaracus , qui eft: la petite Mar¬
jolaine furnommee Gehtillei
Hifloire generale
142
CHAPITRE IV.
Bh [olium indum.
Le J^oHum Indum > Thdmàlapatra , MaUhAtrum , feuille d’Inde ou Malabatrc,
eftlcs feüilles d’un grand arbre qui croit communément aux grandes In¬
des , principalement vers Cambaya.
Le Folmm Indum n a pas été moins inconnu aux anciens que quantité d’au¬
tres Drogues, les uns ayant écrit qu’il fe trouvoit nageant fur plufieurs lacs des
Indes -, mais' là plus faine opinion eft que c’eft les feüilles d’un arbre de la gran¬
deur d’un citronnier. Apres les feüilles nailTent des petites bayes à peu prés
femblables à celles de la Canelle , à la referve qu’elles (ont plus petites. Il fc trou¬
ve de fes feüilles où il fe rencontre deffous une maniéré de petite veflie de
la groïTeur d’une tête d’épingle , que quelques-uns veulent que ce foit la
graine.
Jene fijay pas ce qui a porté les anciens a vouloir employer cette feuille dans
la compofition de la Thériaque , en ce qu’elle n’a prcfquc n’y goût ny odeur. Je
ne veux neanmoins pas dire qu’ils foient blâmable , en ce que le Folium Indum
nouveau cueilli peut avoir du gpût & de l’odeur -, mais pour mon particu¬
lier j’avoue en avoir bien veu & bien vendu , & n’en avoir jamais trouvé
qui ait eu aucune qualité fenfible , ce qui peut peut-être luy venir par la vicil-
lelfe ; mais comme je ne fuis pas capable d’en empêcher l’ufagc , je diray que
l’on le doit choifir en belles feuilles , larges, les plus vertes , & les moins bri-
fées qu’il fera polTible.
des Drogues i Livre V. 14^'
CHAPITRE v..
Bu Thèe,
Le Théc que les Chinois & japonois appellent Cha ou Tcha , cft les fcüilles
d’un petit arbrifleau qui croit en affez grande quantité au tour de PcKin
&dcNanKin, dans la Chine. Il en croit aufli en pluficurs endroits du Japon,
qui cft eftimé le meilleur ,& à caufe de fes bonnes qualitczeft appelle par excel¬
lence Fleur de Cha ou dcThée. LcThée eft une fcüillc verte, mince , pointue par
un bout , arondies par l’autre , & tant Toit peu découpée tout au tour , & au
milieu de chaque fcüille il y a une moyenne nerveure , d’où fortent quantité de
petits fibres. En unmot, elle cft de la figure cy-deflus reprefentee , que j’ayfait
tirer fur le naturel , qui m’a été donné par un fort honnête-homme qui l’a
apporté d Hollande. Apres ces fcüilles naillfent pluficurs coques , qui font chacune
de lagroficur du bout du doigt , d’une figure fort particulière , dans chacune def-
quelles il s’y trouve deux ou trois fruits de la figure d’un Areca , d’un gris de
fouris au dclTus, & dedans garnie d’une amande blanche, fort facile à fe ver-
moudre.
Le Théc du Japon ne diffère de celuy de la chine qu’en ce qufil eft en plus
petites Icüillcs , & que fon goût & fon odeur en cft plus agréable , & parce
qu’il cft ordinairement d’un plus beau vert clair , cette differente odeur , goût &
couleur, luy augmente fi fort fon prix, que le Thée du Japon en petites feiiil-
Ics delà couleur cy-deûus , d’une bonne cîdeur de foin tirant neanmoins à celle
de la violette fait que nous ne pouvons guère établir le véritable Théc du Japon
a moins de cent cinquante ou deux cens francs la livre ;ce qui cft bien diffe¬
rent de celuy delà chine, en ce que le plus beau vaut toûjours les deux tiers
moins.
Le 1 hée que les Hollandois , Anglois & autres , nous apportent , eft en petites
,144 Hiftoire generale
feuilles tortillées de la maniéré que nous le vendons , & cette faejon d^ac-
comnïodcr ainft le Théc, eft que les Chinois & Japonois après Tavoir cueilli le
dclTeichent doucement au feu ces feuilles en -lc dclicchant fappclotonent tel¬
les que nous les avons ; d’autres v^culent que l’on les enveloppe dans un matelas
de fine toile de cotton , ôi qu’en les remuant &c les faifant chauffer ils prennent
cette figure.
Quoy qu’il en foit, je diray que les differentes fortes de Thée , & les diffé¬
rends prix que nous le vendons , ne provient pas du rnélange du bon & du mau¬
vais que nous en faifons , ainfi que le marque affez mal à propos un Auteur
nouveau dans fon petit Livre du bon ufage du Thée, du Cafféc & du Choco¬
lat , puifque les différends prix que nous rétabliffons , ne proviennent que félon
Ion ufage, beauté & bonté, & fuivant ceux à qui il appartient , & fuivant la
dilette ou abondance qu’il y en a , ou félon la confommation qu’il s’en fait ;
car nous fçavons par expcrience que les marchandifes ne font chcres ou à vil
prix, que par la quantité qu’il yen a, ou le plus ou moins de confommation
qu’il s’en fiiit,&non pas parce que l’on le mélange , étant impofliblc. qu’un
Marchand puiffe vendre , fur tout à des gens qui s’y coniioiffent , du Thée qui
feroit mêlé -, &:dc plus , c’elf cjue le haut prix que l’on vend le Thée de la bon¬
ne qualité engage les Marchands à le donner tel qu’ils l’ont rccjû ; & pour
obvier à cet abus , fuppofé que quelques-uns fuflént afl'ez mal-honnête pour le
faire , je diray que l’on le doit choifir le plus vert , le plus odorant , & le plus
entier que faire fe pourra préférer , comme je l’ay déjà remarqué , celuy du
Japon à ccluy de la Chine.
Le Thée efl fi en ufage parmi les Orientaux, qu’il y a fort peu de gens qui ne
s’en fervent. Il écoit auflifi en ufage il y a quelques années en France, qu’il y
avoir fort peu de gens de Qualité ou de bons Bourgeois, qui n’en priffcnt 5 mais
depuis que le Cafte & le Chocolat ont été connu en France , on ne s’en ferc
prefcjue plus. A l’égard de fes qualitcz je n’en diray rien , renvoyant le Lcéfeur
aux Livres qu’en ont fait les Sieurs du Four Ôi de Blegny. Je n’ay pas voulu
3g conclure cet article fins parler de la fleur du Thée , qui eft que la perfonne
qui m’en adonné des feuilles me fit prefcnc en même temps d’un Thée, tout à
fait different du Thé ordinaire, en ce qu’il eft d’un brun noirâtre, & a plutôt
la figure d’une fleur que d’une feuïlle, &: quoy que ce Thée foit feuille ou fleur,
il eft fi eftimé des Hoilandois qu’il le vendent au poids de l’or , foit à caufe de
la petite quantité qu’ils en ont, qu’à caufe de l'agreable goût& odeur qu’il a,
fur tout quand il tft nouveau , qui furpalfe de beaucoup le véritable Thée du
J-ipon. A l’égard de ce que quelques-uns avancent que nous avons le Thé en
Europe, à meilleur marché c^ue dans la Chine & le Japon , c’eft parce que les
Hoilandois l’échangent contre de la fiugc, dont les Japonois & Chinois font
fort amateurs ; ce qui n’eftpas tout à fait liors de raifon , puifque nous n’avons
guère de plantes qui fort plus doué de bonnes qualitcz que la petite ou franche
faucre , &1I eft certain que ficlle croiffoit aux Indes, on l’eftimeroit beaucoup;
mais parce quelle nous eft commune , nous n’en tenons prefquc aucun compte,
non plus que du Proverbe Latin qui dit ; Cur morietttr homo e^uando crefeit falvia
horto. Ainfi 011 lie doit pas être furpris fi les Chinois ou Japonois échangent
le Thée contre h fauge.
J’ay aufli jugé à propos de réfuter l’erreur dans laquelle l’Auteur du petit livre
dont j’ay parlé cy-deflus eft tombé., quand il marque à la page 14. de fon livre ,
qu’il pria un Marchand qui devoit faire voile aux Indes de luy apporter de la
graine noirâtre duThéc, confervcc avec toute la précaution pofliblepour pou¬
voir
des Drogues , Livre V. 145
voir faire venir du Thce en France -, mais cet Auteur étoit mal informe , puif-
que le fruit du Thé 5 comme j’ay déjà dit, eft un fruit de la figure d’un Arcca >
de la grofleur d’un gros grain de chapelet , ou pour mieux dire , d’un gland
coupé en dcux,& cil couvert luy troifiéme d’une coque mince de couleur de
chataignc.Jc n’aurois pas été au contraire qu’il y auroit eu de la graine du Thée fi je
n’cnavoisdu fruit qui m’a été envoyé d’Hollande pour tel, & s’il nem’avoit été
confirme être le vray fruit de l’arbriflcau du Thée , tant par la reconfrontation
que j’en ay fait avec celuy queM. deTournefort a, que parce qu’il m’en a alTuré,
étant uneperfonne fur laquelle on peut faire fond.
Cet Auteur marque que l’on peut tirer du Thée un firop fébrifuge , à qui il
attribué de grandes proprietez , où ceux qui en dcfircront faire pourront avoir
recours au Traité qu’il en a fait.
CHAPITRE VI.
Senk
Le Sené à qui quelques-uns ont donné le nom de feüille Orientale , ell
la feüille d’une plante , ou plutôt d’un arbrilfeau qui a environ un pied de
haut , qui croit en plufieurs endroits du Levant , & même en Europe.
La plante où l’arbrilTeau qui porte le Séné, étant dans terre poufl'e des feuil¬
les qui font plus ou moins vertes & de differentes figures, fuivant la différen¬
ce des lieux où il a pris naiffance, comme il le verra cy-aprés. Après les feuil¬
les fortent de petites fleurs d’une couleur purpurine en forme d’étoilc<; , & cn-
fuitc des goufles minces & plattcs dc la figure cy-dcflùs , dans lefquelles il s’y
trouve cinqoufix petites fcmenccs aufli plattcs , larges par un bout 6e pointu
7. Partie. T ’
Foliculef
d< Seaê,
Séné de
leyde.
Se^ de
ïripoii.
Sehé de
Mon.
1 46 Hiftoire generale
par l’autre , & fes goulTcs font cc que nous appelions foliculos Scnc.
Comme le Séné ell une feüille qui nous cft fort commune par le grand dé¬
bit que nous en faifonS'j je diray qu’il y en a de trois fortes , que nous diftin-
guons en Senc de la Pake ou de Scyde , en Séné de Tripoly , & en Séné de
Moca , & delTous ces trois genrés il y en a de plufieurs cfpeces , ce qui ne pro¬
vient que de la différence des lieux où il a été cultivé , ainfi que nous voyoïrs
fort fouvent , qu'une même cfpece de plante fc divcrfific dans fes feuilles ,
fleurs & fruits , par la nature du terroir où elle eft cultivée y ainfi le plus beau &
ccluy de la meilleur qualité , eft le Séné qui vient de Seyde au Levant , ce qui
luy a fait donner le nom de Séné de Seyde , ou de Séné du Levant , ou de ccluy
delà Pake, en ce que tous les Séné qui viennent du Levant payent tribut ou
doüanne au Grand Seigneur , cc que les Turcs appellent Pake.
On doit choifir le Séné de la Pake en feuilles étroites & d’une moyenne gran¬
deur, faites en forme de fer de pique , d’une couleur jaunâtre , d’une odeur forte
& odorante , doux à le manier , le moins brifé & le moins rempli de bûchettes ,
de feuilles mortes , ou autres corps étrangers qu’il fera poflible. Cette deferi-
ption de Séné paroitra fans doute ridicule aux gens qui n*y ont pas une gran¬
de connoiffance, en ce qu’ils veulent que le Séné de la bonne qualité foit en
grandes feuilles , larges & vertes ; mais la confolation que j’ay c’eft que je fuis
feur que ce qu’il y a de gens qui connokront le Séné ne contrediront pas cc
que je dis i & de plus , c’eft que fi la quantité de Sené qui me paffe par les mains
n’étoit pas (ufhfante pour m’en donner une jufte connoifl'ance, j’en ay une plan¬
te toute entière, dont cy-deffus cft gravée la figure , qui m’eft venue d’Alcp ,
qui pourra rendre témoignage de cc que j’avance.
L’ufagc duSené cft fi commun qu’il m’eft inutile que je m'y arrête , en cc que
chacun fixait que c’eft un fort bon purgatif.
La deuxième forte de Séné cft ccluy que nous furnommons de Tripoli ou
d’Alexandrie , qui cft cc Sené verd que nous vendons quelquefois , dont il s’en
trouve, mais fort rarement , qui approche des qualitcz de ccluy de la Pake ,
en cc qu’il cft ordinairement rude, & qu’il a tres-peu d’odeur, mais en recom-
penfe eft bien rccjû des perfonnes peu connoiffans à caufe de fa verdeur. Ce
Sené nous eft aflez rare prcfcntcmcnt , en cc que l’entrée en a été interdite en
France , c’eft cc qui fait que les foliculcs & les bûchettes de Sené font beaucoup
plus chères qu’elle n’étoient il y a une quinzaine d’années , par la grande quan¬
tité de foliculcs & de bûchettes qu’il fc trouvoit dans le Sené de Tripoli.
Le troifiémccftlc Sené de Moca, que les Colportairs appellent Sené delà pi¬
que , en cc qu’il cft en feuilles longues &fort étroites , c’eft à dire une fois plyus
longues que le vraySené du Levant. La méchante qualité de cc Sené fait que je
n’en puis dire autre chofe finon qu’il doit être entièrement rejetté , comme n’é¬
tant propre à rien , cc qui devroit en empêcher l’entrée , &c les Marchands d’en
vendre.
A l’égard des Foliculcs leurs bonnes qualitcz devroit obliger les Médecins d’en
ordonner plus fouvent qu’ils ne font , en cc quelles purgent fort doucement,
& ne donnent prcfquc aucun goût ny odeur aux médecines , qui cft le contrai¬
re du Sené , qui en donne de fi mauvaife que la plufpart des perfonnes répu¬
gnent à prendre des médecines, à caufe du goût & de l’odeur du Scnc.
On doit choifir les foliculcs épaiffes , grandes , d’une couleur verdâtre , que la
femenct qui cft dedans foit groffe & bien nourrie , & prcfquc en tout fcmbla-
blc à des pépins de raifins , â la referve qu’cUcs font plus plattcs. On doit rc-
des Drogues, Livre V. 147
jctter celles qui font noirâtres & déchirées , dont les pépins en font fecs , arides
& moifis , étant incapables d’entrer dans le corps humain , tant par leur vieil-
lefle que parce que le plus fouvent elles ont été matinées.
Outre ces fortes de Sénés &c les Foliculcs , nous vendons de plus ^ quoyquc
très mal à propos , le grabcau & la poulTicrc , qui n eft le plus fouvent que de la
terre , ou des feuilles d’une plante que les Côlporteürs appellent Ourdon , qui fc
trouve par hazard,ou qui a été mis exprès dans les coudes ou balles de Scnc j
ce qui devroit être entièrement défendu , tant par fa mauvaife qualité que parce
que cela donne fujet à milles canailles d’y mélanger des gueufcrics , S>c de tirer
de l’argent d’une marchandife qui n’eft pas capable d'être ramalTée de terre;
d’autres qui vendent pour du grabeau de Séné des feuilles de plantin fechée ,
hachée & briféc , à qui ils ont donné le nom du Ourdon ; &qui pour mieux au-
torifer leurs friponneries l’appellent petit Séné , ce qui eft neanmoins fort
facile à connoître >, en ce que le véritable Séné brifé , eft toûjours en petites
parcelles, minces, & le Ourdon eft par parcelles épailTes , ou les nerveures de
plantin paroiflfent encore. Quelques perlonnes ne manqueront pas de m’objec¬
ter que le grabeau de Séné pur éc net, eft doué d’une aufli bonne qualité que
leSené entier -, je leurs répondray que le Séné étant compofé de parties fore
fubtiles , plus il eft rompu & moins il a de qualité j ainfi le grabeau de Séné, foit pur
ou mélangé , doit être abfolumcnt interdit du commerce , aulfi-bien que les bû¬
chettes dont quelques-uns fe fervent, tant à caufe de leurs bons marchés , que
parce qu’ils purgent avec beaucoup plus de violence que le Senc.
On tire du Senc par le moyen de l’eau & du feu ^ un extrait qui eft un très-
bon purgatif , on en peut tirer aufli un fel à qui quelques-uns attribuent de
grandes proprietez , fur tout pour le mettre dans les infufîons de Séné ; préten¬
dant par ce moyen en tirer plus de vertu , à quoy il ne fe trompe pas.
Quelques Auteurs ont écrit que l’on trouve quantité de Séné en Italie , fut-
tout enTofcanc & en la Rivière de Gcnne j &même en Provence *, mais comme
je crois que ces fortes de Séné font plutôt les feüillcs de cette plante que les
Botaniftes appellent Colutea ou Bagnaudicr s, c’eft le fujet pour lequel je n’en di-
ray rie,,-, y ayant aflez d’ Auteurs qui en traitent.
Il fc trouve en France une plante que les Botaniftes appellent GratioU on Gra¬
tta (ifi, qui purge autant que le Séné 5 mais comme le Gratiola vient chez nous,
c’eft pour ce fujet que nous n’enfaifons pas grand état. Il y a encore une autre
plante que les Simpliftes appellent Alypon mentis Ceti , à caufe qu’il s’en trouve
beaucoup à Cete , proche de Montpellier , qui purge plus que le Séné ; quel¬
ques-uns appellent cet Jlj^on Turbit blanc;
Extrait Bc
ScldeScni.
Giatioli^.
Turbit
1>lanc.
Hiftoire generale
J 48
CHAPITRE VII.
LEs Capillaires font de petites plantes qui nous font apportées dans leurs
entiers de differens endroits , dont les premiers & les plus eftimez font
ceux que l’on nous apporte de Canada , & qui pour ce fujet font appeliez Ca¬
pillaire de Canada j & des Botanillcs , Aitantum Allnm Cadanenfe, qui veut au¬
tant direqu Adiante blanc de Canada. Cette plante croit environ de la hauteur
d’un pied , dont la tige cft fort menue , dure & noirâtre , d’où fortent de petites
branches charorées defeüilles vertes & dantclees , dont cy-dcfl'useft la figure. Il
en croît aufliau Biefil, ce qui luy a fait donner le nom à'Aiiantttm Brifljanumt
qui figmfie Adiante du Brefil. On cultive cette petite plante avec grand foin
au Jardin du Roy à Paris , aulfi-bien que quantité d’autres fortes de plantes
étrangères qui y ont été apportées de plufieurs endroits du monde , par Mcf-
fieurs Fagon ôcTournefort, les plus illuftres Botaniftes que nous ayons eu jufqu a
prefent.
Des Capillaires.
Capillaire
CoJioAa
des Drogues. Livre V. ^49
Outre les Capillaires que l’on nous envoyé de Canada , nous en fùifons ve- skop Ca-
nir le firop , lequel pour être de la bonne qualjfé, il faut, qu’il foit d’une cou- cS/'
leur d’ambre , d’un bon goût , & cuit en bonne confiftancc , ne Tentant n’y l’ai¬
gre ny le moifi , qu’il foit véritable Canada , le plus clair 5c le plus tranfparanc
que faire fc pourra.
On attribue de grandes proprietez à ce firop , principalement pour guérir
le rhume & les maux de poitrine, 5c pour faire prendre aux petits enfans nou¬
veaux nez , avec de l’huile d’amendes douces.
A l’égard du claoix des Capillaires , ils doivent être lîouveaux, bienverds,&
les moins brifez qui fera poflible.
Outre les Capillaiijes 5c le Sirop, nous faifons venir de Montpellier une autre sirop ae
forte de Sirop de Capillaire , qui eft fait aufli d’une plante que les Botanittes £[!
appellent lyidiantumt^lbum Monpelienfe. Ce Sirop cft peu different de celuy du
Canada , furtout lotfqu’il eft bien travaille , c’eft à dire quand il n’a pas été fait de
Capillaire , qui ont déjà fervi une fois , 5c qui ont été refechez , comme il n’ar¬
rive que trop fouvent à quelques Apoticaires de Montpellier 5c de Nifmcs , ce
qui fera facile à connoitre, en ce qu’il cft extrêmement blanc , 5c n’a pref-
que pas plus de goût que du fucre fondu , qui eft le contraire de celuy qui eft
bien préparé & fait fidcllcment , qui cft d’une couleur d’ambre 5c d’un goût fort
agréable.
Le Sirop de Capillaire de Montpellier doit être choifi de même que celuy du
Canada, 5c on prétend qu’il aies mêmes vertus. On fera averti d’acheter ces
deux fortes de firops d’honnêtes Marchands , 5c des Epiciers qui en font ve¬
nir -, car pour celuy que la plufpart des Apoticaires vendent, ce n’cft autre chofe
qu’un Sarop compofé de Capillaire de ces païs-cy,qui font lal’Adiante noir, les
cheveux de Venus , la Scolopandre 5c le Cætcrac. Qi^lqu’uns y ajoûtent les ra¬
cines de Polipode icccntcs ,5c\c Saliv.t vita 5c la Rcgliffe , & toutes ces plantes
cnfemblc font un firop rougeâtre, & il y a bien à dire qu’il ne foit tant de vente
que les Sirops de Capillaire de Canada , ou de Montpellier , & pour mieux con¬
trefaire ces Sirops cy-dejOTus , quelques Apoticaires diftillcnt avec de l’eau les
Capillaires d’icy autour , 5c de l’eau qu’ils en tirent , ils en compofent un firop
qui cft blanc 5c d’une belle Vente , mais qui n’a guère plus de qualité que le fucre
fondu.
Nous faifons quelquesfois venir de Montpellier , mais tres-rarcment j de la con-
ferve liquide de capillaire, en ce quelle a peu de demande. A l’égard de la pre-il^lde’iè
paratian de ces firops, je n’en ay rien dit -, mais ceux qui defireront le faire avec
les Capillaires de Canada ou de Montpellier , pourront avoir recours àpluficurs
Pharmacopées qui en traitent.
On fera encore averti de prendre garde fi les Capillaires que quelques-uns
vendent font véritables Canada ou de Montpellier ^ en ce qu’il y en a qui ven¬
dent en leurs places de capillaires fecs d’icy autour , ce qui ne fera point difficile
a- connoitre par la grande différence qu’il y a , ainfi que l’on le peut remarquer
dans l’Eftampe cy-deffus reprefentée.
Hiftoire generale
Pyrolc.
ISO
CHAPITRE VIII.
De la Soldanelle,
La Soldancllc ou Choux Marin, cft une petite plante qui a fes racines fort
menues , & ff S feuilles fort approchantes de celles des Ariftoloches, à la
referve qu clics font plus petites & plus épailTes , apres lefqucllcs naiffent des
fl-urs approchantes de celles du petit Lizet ou Lyzeron , de couleur purpurine.
Cette plante nous eft apportée dans Ton entier des lieux voifins de la mer , oû
elle fe trouve abondamment. Elle elt fort peu en ufage dans la Médecine,
quoyqu’cllc foit tres-bonne pour purger les eaux des hydropiques -, c’eft pour*-
quoy M. Brice Bauderon la mis fort a propos dans la compolition de fa pou¬
dre hydragogue , où clic n’a befoin d’autre choix que d’etre la plus nouvelle &
la moins briféc que faire fe pourra.
Outre la Soldancllc nous vendons encore une autre plante , que l’on appelle
Pirole,ou Verdure d' Hiver.
La Pyrolc ainfi appelléc à caufe que fes fcuïUcs font en quelque maniéré fem-
blabics à celles du Poirier d’où eft venu fon nomj & Verdure d’Hyver à caufe
quelle conferve fa verdeur pendant l’hyvcr , malgré les injures de cette rudefai-
fon,cftunc plante aflez commune en certains endroits , comme en Allemagne
& autres pays froids. Et comme cette petite plante nous eft alTcz rare , nos
Herboriftes , qui s’en font voulu rendre les maîtres , l’ont rendu commune en
ferrant des pépins de poire, & auflî-tôt que les feuilles font fortics de terre,
ils les vendent peut la véritable Pyrola j ce qui eft alTez difficile à connoître ,
parla grande ô^rcfTcmblancc que les feuilles du Pyrola ont avec les jeunes feuilles
du Poirier : mais pour éviter cet abus , on n’aura qu’à l’acheter d’honnêtes Mar¬
chands^ mais ce qu'il y a de fâcheux, c’ eft qu’on ne la peut avoir que feche.
des Drogues, Livre V. 1 5 1
On prctcnd la dccoâ:ion de cette plante eft un fort grand aftringent,
& qu’elle eft fort propre pour la gucrifon des ulcères , ou autres maladies de
parallc nature.
Le Pirola étant dans terre poufife pluficurs petites tiges , au bout de chacu¬
ne defqucîles il y a une petite feuille rondelette , d’un verd brun , du milieu
fort une tige à la fomnité de laquelle il y poufle pluficurs petites fleurs
blanches d’une très-bonne odeur , & toute la plante dans Ton entier n* a guère
plus d’un pied ou un pied & demy de haut , & aime extrêmement les pays
feptencrionnaux 5 c’eft ce qui fait qu’autant qu’elle tft commune dans les pays
froids elle eft rare dans les pays chauds. '
CHAPITRE IX.
De / Aatl.
L’Anil eft une petite plante qui a environ deux pieds de haut, garnie de feuil¬
les rondes , d’un vert tirant fur le brun par dcCfus , & argente par deflbus ,
& allez cpailTcs , apres Icfqucllcs naiflent des fleurs fcmblablcs à celles des poids,
d’une couleur rougeâtre, d'où fortent des goulTcs longues & recourbée en for¬
me de foflillc, qui renferme une petite fcmcnccfcmblable à celle des raves d’une
couleur d’olive,
Qu^d les Ameriquains veulent feiner l’anil , ils commencent a nettoyer la
terre , enfuite ils font des trous d’un pied dcdiftancc, & en chaque trou ils y
jettent dix ou douze grains d’anil , qu’il couvre de tant foit peu de terre, &:au
bout de trois ou quatre jours cette petite graine ne manque pas de lever , fur
tout en temps de pluye , fi-bicn qu’au bout de fix femaiocs ou deux mois au
plus , cette plante eft en état de couper &: d’en tirer de l’Inde ou de l’Indigo ,
comme il fc verra parla fuite, & fi on la lailTc fur terre en crois mois de temps
elle donne fa fleur & fa graine i mais ce qui eft à craindre pour cette plante ,
152 Hiftoire generale
c’cft une cfpcce dcxhciîillc que l’on a veu quelquefois dans S. Chriftoplic s’en-
gendrer en une nuit, bruiner toutes les belles cfperances des habitans. Ils y
remédient en coupant promptement toute la plante la mettant dans les cu¬
ves, ils y mêlent même les chenilles, &ce qu’ils rendent ne lailfe pas de fervir.
Les autres remédient à ce ma heur en faifant une grande ouverture entre ce quel¬
les ont mangé , & le relie où elles n’ont pas encore touché. Ce defordre nean¬
moins ne s’ell pas encore veu dans la Maitinique.
• CHAPITRE X.
De l Inde & Indigo y & de la maniéré qü ils fe fabriquent»
L’Inde ell une fcculc que l’on tire par le moyen de l’eau ^ de 1 huile d’olive ,
des feules feuilles de l’anil , ce qui le difterencie d’avec l’Indigo , qui eft fait
avec les feuilles les menus branchages, comme il fe verra cy-aprés.
L Inde lé plus parfait cil: ccluy qui porte le furnom de SerquiRc , à caufe d’un
Village nommé SaTcjuelTè, qui cil à quatre-vingt lieues de Surate , & proche
d’Ama iabat. Il s’en lait aufli aux environs de Biana d’Indoüa, & de Colla pro-
clic d Agra. H s’en fiit encore dans le Royaume de Golconde ; les Hollan-
dois en apportent aufli de Brampour , de Bengala , mais il ell le moindre de
tous.
Lorfque les Habitans des lieux cy-delTus nommez , veulent tirer la fécule de
l’anil
des Drogues, Livre V. 153
l’Anil pour en faire de. l’Inde , ils coupent cette petite' heibc aVcc line fau¬
cille lorfquc les feuilles commencent à fe cafler li-tôc que l’on leur touche,
diaprés en avoir tiré les branchages ils inettcnt ces feuilles dans une quantité
raifonnablc d’eau > qui cil dans un vailfeau nommé la trempoire , infufer pen¬
dant trente à trente-cinq heures -, au bout de ce temps ils tournent le robinet ,
afin de faire aller cette eau , qui elt chargée d’une teinture verte tirant fur le bleu,
dans un autre vaiflcau nommé la batterie , enluite dequoy ils font battre cette
eau pendant une heure &: demie par quatre forts Indiens, avec des cueillercs de
bois qui ont des manches de dix- huit à vingt pieds de long, qui font pofez fui?
quatre morceaux de fer qu’ils nomment chandeliers, pour éviter d’employer a ce
travail plufieurs hommes, ils fe fervent d’un gros rouleau de bois à fix faces, des
deux bouts duquel fortent deux pointes de fer pofées fur deux moutons de même
matière j à deux des faces de delTous de ce rouleau font attachez fix fceaux en pira-
mides ôi perce par le bas , & un Indien rcmuë’continuellemcnt ce rouleau ; enfortc
que quand les Iceaux fe lèvent d’un côté les autres s’abailfent , en continuant
toûjours de la même façon jufqu’à ce que cette eau foie chargée de beaucoup
de moulfe, alors ils y jettent dedans avec une plume tant foit peu d’huile d’o¬
live , c’eft à dire que fur une cuve qui rendra foixantc-dix livres d’Inde, & tel que
nous le vendons , il y peut entrer une livre d’huile , aufli-tôt que cette huile y
a été jettéc , cette moufle fe feparc en deux , au travers de laquelle on voit pa-
rokre quantité de petit grumeaux comme ceux qui fe voyent au lait qui cft
tourné, alors on cefle de la battre pour lalaifler repofer, & quand elle a été af*
fez repofée, on débouche le tuyau de la batterie, afin d’en faire fortir l’eau qui
cft claire, & d’en pouvoir tetirer la fécule, qui cft au fond delà bacrcric en for¬
me de boué,ou de lie de vin, l'ayant retiré ils la mettent dans des chaufles de
draps , pour en tirer le peu d’eau qu’il pourroit y être refte , alors ils la por¬
tent dans des caifles d’un demy poufle de haut pour la faire fccher , & étant fc-
chc eft ce que nous appelions Inde, &ccc nom a été donné à cette fcculc, félon
toutes les apparences , à caufe qu elle vient des Indes. Autrefois les Indiens fai-
foient l’Inde dans de certains étangs faits en forme de baflin , qu’ils accommo-
doient auparavant avec delà chaux , qui égaloient en dureté le marbre, 6c y pre-
noient bien moins de précautions qu’aujourd’huy , foit que l’on n’y fut pas fi
difficile , ou qu’ils fiflent de leurs mieux.
On doit être defabufé de croire , ainfi que le marque Mathiolc fur Diofeo-
ride , qui dit qu’il y a deux fortes d’Inde , l’un qui croit de foy-même comme
une écume de canne d’Indie quand elle germe j l’autre fe fait des teintures , 6C
cft une écume rouge nageant fur les chaudi.ercs , laquelle les Teinturiers ramaf-
fent 6c fechent , non plus qu’à quelques-autrcs balivernes qu’il rapporte fur ce
fujet , pour dire que l’on doit choifir l’Inde Serquifle en morceaux plats , d’une
épailTcur raifonnable , ny trop tendre ny trop dur , haut en couleur , c’eft à dire
d’un violet, foncé, léger & flottant lur l’eau, d’où luycft venu le nom dinde
flottante, & qu’étant cafle il n’y paroilTc point de petites taches blanches ; qu’au
contraire ils y paroiflent de petites paillettes de couleur d’argent : finalement
qu’il foit cuivreux , c’eft à dire qu’en le frottant avec l’ongle , fa couleur blùë fe
change en rougeâtre , 6c qu’il foit le moins rempli de menu qu’il fera pofliblc.
Nous n’avons point de marchandife» plus fujettes à être falcifiécs que l’Inde ,
lorfqu’il cft à un haut prix, comme il cft aujourd’huy j car fi je vouloislcs rap¬
porter tous icy, j’aurois aflez dequoy en faire un cayer entier : ce que je n’ay
pas jugé à propos , puifqu’il Icra facile de diftingucr celuy qui fera de la bonne
/. Partie. V
Inde fl
tantÉ.
154 Hiftoire generale
qualité avec ccluy qui ne le fera pas, par ce que j’en viens de dire.
Outre l’Inde platte de Serquifl'e , nous avons encore l’Inde en marons , que
mïonrou appelions Indigo d’Agra , qui eft prefque d’une aulTi bonne qualité que
lofiigo l’Inde Serquifle j mais comme fa figure n’accommode pas tout le monde, c’eft es
qui fait qu’il n’y a gueres que les Teinturiers qui s’en fervtnt.il nous vient en¬
core quantité d’autres fortes d’Inde, qui ne différé que fuivant les lieux où il a
été fabriquez j & fuivant les précautions que ceux qui l’ont préparé y ont ap¬
porté , & fuivant la jeunefle ou la vicillefié de l’herbe dont il a été fait j car l’Inde
qui eft fait des feuilles de l’anil de la première cueillette eft meilleur que ccluy
de la féconde ;& la fécondé eft meilleur que la troifiéme j car plus la feuille a
été employée jeune plus l’Inde en eft beau , étant d’un violet plus vif & plus
brillant.
L’ufagc de l’Inde eft pour la teinture & pour les blanchiffcufes , qui s’en fer¬
vent pour mettre dans leurs linges. Les Peintres s’en fervent broyé avec du
blanc pour peindre en bleu -, car s’il étoit employé pur il deviendroit noir , de
broyé avec du jaune pour en faire du vert. Q^lqucs Confifeurs de Apoticai-
res s’en fervent , fort mal à propos , pour colorer du fucrc , pour le vendre cn-
fuitc pour Conferve ou Sirop de violette , en y ajoutant de la poudre d’iris : à quoy
on pourra facilement remcdier,cn y mettant le prix de l’achetant d’honnetes gens.
CHAPITRE XL
De / Indm.
O
L ‘Indigo eft auflî une fccule tiré de l’anil , de qui ne diffère de l’Inde , comme
j’ay dit cy-devant, qu’en ce qu’il eft fait de toute la plante, c’eft à dire des
tiges &’dcs feuilles. Si iiQUs avons bien de fortes d’Inde nous n’en avons pas
moins d’indigo -, mais comme je ne prétends parler que de ceux qui font rccjûs
Indigo dans le négoce, je diray que le plus parfait eft ccluy qui porte le nom de Gati-
Gatiwio. ^ vient des Indes Orientales , lequel pour être de la bonne qualité il
doit être léger , moyennement dur, bien cuivreux & flottant fur l’eau j & en un
mot , qui approche le plus des qualitcz de l’Inde que faire fç pourra.
La féconde forte d’Indigo eft le Saint Dominguc, qui ne diffère du Gatimalo
s" Domifi- qu’en ce que la couleur n'en eft pas fi vive de n’cft fi cuivreux,
f','. Le troifiéme eft l’Indigo de la Jamaïque, qui nous vient d’Angleterre,
hpmai- Le quatrième clt 1 Indigo des llles, de tous ces Indigots ont plus ou moins
iiHigodcs de qualité, fuivant qu’ils font plus ou moins purs j car ceux qui le fabriquent
ont affez de malice pour y mélanger du fable de de la terre , mais la fourberie
fera fort facile à connoître,en ce que l’Indigo qui eft pur doit brûler comme
delà cire, & l’Indigo fc brûle, & la terre ou le fable reftent. M. Tavernier mar¬
que dans fon Livre à la page 141. que la pouflierc de l’Indigo eft fi fubtile de fi
pénétrante, que ceux qui le criblent font obligez d’être mafquez , de de boire
de temps en temps du petit lait ; de pour confirmer fon dire , de pour faire voir la
pénétration de la pouflierc de l’Indigo , il dit avoir mis plufieurs fois un oeuf
le matin auprès des Cribleurs d’indigo , de le foir quand il venoit à le caffer le
dedans étoit tout bleu.
L’Indigo n’a autre ufage que pour la teinture.
des Drogues , Livre V.
155
C H A P I T RE XII.
Du Paftel.
NOUS cultivons en France, furtout proche de Touîoufe, une plante qui
eft appellcc des Latins IÇtn'n , & de nous Guefde ou Paftel. On tire de
cette plante une marchandife qui a quelque rapport à l’Indigo , non pas de la
manière que l’on nous l’apporte , étant comme de la terre , mais à celle que l’on
en pourroit faire fi on preparoit les fcüilles du Paftel, comme on fait celle de
l’Anil.
Ce Paftel eft une marchandife extrêmement pefante , & qui eft comme de la
terre, & dont fc fervent les Teinturiers. Pour faire ce Paftel on coupe les feuil¬
les jeunes de laGaudc à la fin de Février ou au commencement de Mars, & en-
fuite on porte ces feuilles dans des endroits pour les échauffer & confommer
en elles memes , en arrofans d’eau , les remuant deux fois la Semaine , & lorfque
cette herbe eft réduite en manière de terre , & eft devenue fochc , ils la rangent
en un coing pour remettre les feuilles de la même plante qui a repouffé , &
après l’avoir préparée de même que la première ils la mêlent avec, & en trois &
quatrième lieu ils recoupent les feuilles qui ont encore repouffé , fi bien que
depuis la fin de Février jufqu’à la fin de Septembre ils coupent le Paftel quatre
fois,c’cft ce qui fait que le Paftel eft d’une fi méchante qualité', & eft fi rem¬
pli de terre j car fi on nous envôyoit du Paftel fait de la première cuitte , il au-
roit plus de qualité que celuy où la coupe du mois de Septembre a été mé¬
langée, tant parce que les feüillcs en font plus dures, & qu’ils font remplis de
fable & de gravier , caufé par les pluyes & des vends qu’ils endurent pendant
cette faifon.
Les Teinturiers qui confomment cette marchandife en font fccher l’écume ,
/. Partie. V ij
156 Hiftoire generale
ïiorêe 9“^ étant fcchc a afTez de rapport en couleur à l’Inde , & qui eft ce que nous
d*inde. vendons fous le nom de flore d’inde , & ce qui a donne occaflon aux Auteurs
qui n’avoient aucune connoiflance dans la marchandife, de prendre cette écu¬
me pour véritable Inde , comme d’Alechamp & autres. On* pourra voir par
cette prefente defeription, comme il fera peut-être poflible de pouvoir tirer des
jeunes feüilles,c’eft à dire des premières fcüillcs du Paftel,une fécule blûë femblablc
à l’Indigo. Outre le Paftelnous faifons venir de Picardie une plante dansfonen-
Gaudeou tict que les Temturiers & Nous appelions Gaude ou herbe jaune, & des Latins
herbe jauoc Lutea ou LuteoU.
Nous faifons encore venir de Provence pour les Teinturiers , une autre for¬
te de plante dont les feuilles font vertes , qui eft ce que nous appelions Sere-
que, du mot Arabe Scrcth. Cette plante eft aufli appellce Herbe à jaunir, ou
petit Geneft, & deshabitans des Ifles de Canaries, dont la première eft venue
tereque ou ^ ^ i
orifel, Orilel.
Outre toutes ces plantes cy-deflus nommées, nous tirons de Portugal furtout
d’un lieu ou Port de Mer , appelle Porto, une certaine marchandife qui n eft au¬
tre chofe que des feuilles & des jeunes branches pilées , d’un arbre que nous
appelions comme les Arabes Sumac , & des Latins Rjms , ce qui fait que nous
'l’appelions quelquefois par corruption Roux. Cette marchandife eft fort enufa-
gc par les Teinturiers , Taneurs & Corroycurs , pour teindre en vert.
Le meilleur Sumac pour Teindre, eft celuy qui eft verdâtre & nouveau. On
a donné à cette marchandife le nom dePort-cn-Port, à caufe du Porc de Por¬
to en Portugal , d’où la plus grande quantité nous eft apporté.
Outre le grand ufage que les Teinturiers font de fes fcüillcG pilées , on peut
ijiiwsrou. P^*^ g’^^PP^ > rouge , d’un goût ai-
ge. grelct , & fort agréable pour la guerifon des cours de ventre , étant boiüThe dans
de Peau avec de l’écorce de grenade , comme d’un remedr tres-fur & expéri¬
menté. Ces grappes égrenées & fcchées , font ce que nous appelions Se¬
mence ou Graine de Sumac , qui ont la même propriété que celuy en
grappe , à la referve qu’ils n’agilfent pas avec tant de force à caufe de leur fc-
cherelfe ; & pour la guerifon de cette maladie on ne fe doit fervir que du Sumac
nouveau , en ce que des qu’il a' plus d’un an , fon goût aigrelet & fa qualité
aftringentc fe perd.
CHAPITRE XIII.
De l’Orfeil dWollande , ou T orne-fol en Pâte
& en Pierre.
L’Orfeil d’Hollande , fuivant ce que j’en ay pû apprendre , eft une Pâte faite
avec le fruit d’une plante que lesBotaniftes appellent Heliotiopiom Tricocconty
& de nous Tornc-fol , qui croit en quantité en divers endroits de la Hollande,
de la percllc , de la chaux, & de l’urine , & après avoir accommodé ces qua¬
tre Drogues cnfemblc , ils les mettent dans des petits barils d’environ trente
livres. CeTornc-fol ne vient guere jufqu’icy , en ce qu’il en vient de Lyon&
d’Auvergne, qui eft prefque auflïbon. Ceux qui font le Torne-fol en pâte ,
des Drogues, Livre V. 157
ne le vendent pas toujours mois , mais en forme de petits pains quarrez , &
après avoir été fechez , eft ce que nous appelions Toriic-fol en Pain ou en Pier- Tone-foi
.re, & comme on peut mélanger dans cette pâte étant nouvellement faite , ce 'JJ JJ.'" .f*
que l’on veut , les Hollandois ou autres ne manquent pas d’y jetter dedans quan¬
tité de fable , tant pour en augmenter le poid que pour en faire bon marché ,
& c’eftee qui caufe que le Torne-fol en pain&fec , eft à meilleur compte que
celuy qui eft mois.
Quoy qu’ilenfoit, jediray que le Torne-fol en Pierre doit être bien fcc, d’un
bleu tirant fur le violet ,& quêtant trotté fur un papier le rende bleu , étant
beaucoup meilleur que celuy qui fait rouge.
Le Torne-fol en Pierre eft au fl) employé parles Teinturiers , les Carriers , au*
très qui s’en fervent au lieu d’Inde
CHAPITRE XIV.
Du ^crne-fol en drapeau.
Le Torne-fol en drapeau, ainfi appclléà caufe que ce n’eft que deschifons,
à qui l’on a donné une teinture rouge avec les fruits d'Hc'iot'opiom Tri-
eoccorHy ou Torne-fol , & par le moyen de quelques acides on les fait devenir
rouge delà maniéré que nous les voyons. Ces chifons rouges font fort en ufage
pour donner une couleur rouge au vin,lefquels pour cefujet feront choifl véri¬
tables Hollande, les plus chargés de teinture , les plus fccs , ôc les moins crafleux,
& les moins moifi que faire ce pourra. On doit en délayer un petit mor¬
ceau dans de l’eau , pour voir s’il ne fait point violet i car celuy qui teint en cette
couleur n’eft propre à rien.
Nous en failbns venir aufli quantité du côté de Galargue en Languedoc, où
fe fait prefque tout celuy que nous vendon - , rant parce que les campagnes d au¬
tour dcNifmts& de Montpellier ,produîfent quantité de ce torne-fol , que par-
c^que quand il a été bien fait , & qu’il teint les liqueurs aqueules en rouge , il
eft aufli bon que celuy d’Hollande, mais comme celuy d’Hollande eft ordinai¬
rement meilleur jc’cft pour ce fuj c que Ion le doit préférer à celuy de Galar¬
gue, ou autres endroits dcLa-iguedoc.
li eft à remarquer icy que le fruit d: V H.lio!iopiomTr''cocro*n ,Î3iïtun:iS^czhe3i\i
blwU j mais d’abord que l’on jette deflus le moindre acide il rougit , c'eft pour cc
Injcrquc quand on veut fçivf'ir s’il y a de l’acide dans quelque chofe , on n*a
qu’à y jetter de cette teinture , ou frotter l’acide fur cc qui aura été teint avec
le fuc de CCS fruits.
!' O ‘faille de Lyon.
L’Orfeiilc de Lyon eft une pâte cbmpoféc de perellc , de chaux vive & d’uri¬
ne. Quelques-uns y mettent une teinture de bois de breftl , afin de luy donner un
plus bel œil, & la faire d‘un rouge plus foncé,
Cetre Orfcillc fc fait en quantité devers Lyon & même en Auvergne , il doit être
bien foncé ,& qu’étant frotté fur du papier la couleur en foie vive.
Son ufage eft pour les Teinturiers pour orfillé leurs Ouvrages , & i’Orfcille n’eft
permife qu’aux Teinturiers du petit teint.
V lij
158
Hiftoire generale
Ç HAP I T RE
Du Tabac.
Le Tabac, ainfi appelle à caufe qu’il s’en trouve quantité dans l’IfleTabacOjfic a
qui quelques-uns ont donné le nom deNicotiane, i caufedeM.JeanNicoc
Ambaflfadeur de France en Portugal , qui en a apporté le premier en France à la
Reine, ce qui luy a fait donner aulli le nom d’Hcrbe a la Reine. Elle eftap-
pclléc aufli Buglofc entartique , à caufe que cette herbe croît en grande abon¬
dance dans les Iflcs -, & Herbe Sainte , à caufe de fes grandes proprictez : &
finalement Petun , qui cft le nom que les Indiens luy ont donne , & qui eft ion
premier & véritable nom.
La Plante du Petun ou Tabac, cft prefentement fort commune en France , y
ayant peu de jardins oii il ne s’en trouve. Je ne m’arréteray point à vouloir
décrire ce que c’eft que cette plante , y ayant quantité d’Autcurs qui en traitent,
aufli-bicn que de fes hautes proprictez, que chacun eftime être plus ou moins
159
des Drogues. Livre V.
grande , fuivant que cette marchandife luy plaît, & cft à fon goût.
Si la vente du tabac nous étoit encore libre comme il y a une quinzaine d’an¬
née j’en aurois parlé plus au long ; mais comme il ne nous cil; permis que de
vendre de ccluy que nous fommes obligez d’acheter au bureau à ce ddlinczj
c’eft pour ce fujet que je ne parlcray que de ces diffcrcns noms.
Nous achetrons des Fermiers du Tabac, de deux fortes de Tabac ; fçavoir, en
corde & en poudre. Ccluy en corde eft dillmgué tous pluficurs noms -, f^^avoir ,
fous ccluy detabacdeBrefil, qui cil: un tabac noir de la grolTcur du doigt; le
fécond cil ccluy à l’andoüille , qui cil un Tabac en feüille Icchc ëc rougeâtre ,
de la grolTcur d’une grolTe canne, ou d’une moyenne andoüillc, d’ed ell venu
fon furnom. 11 y a encore un autre Tabac à Tandoüille qui vient d’Hollande:
Le troifiéme ell le petit briquet ou Tabac dcDitppc, quieftaulli en corde noircj
de la grolTcur du petit doigt d’un enfant , ou environ. Il y a de plus le Briquet
d’Hollande, & de quantité d’autres fortes de Tabac, comme ceux de Virginie,
de Vcrinc, de S. Domingue , & autres.
A. Tégard des Tabacs en poudre, parfumez ou non parfumez, il y en a dô
tant de fortes qu’il me feroit impolliblc de les tous expliquer }*c’ell pourquoy
je n’en diray rien, mécontentant de raporter ce que le Perc R. P. du Tertre en
a écrit , qui cil que les habitans des Illes cultivent communément quatre fortes
dePetun. S(:avoir,lePetun Vcrd,le Petun à.Langue , le Petun d’Amazonne , &:
IcPetun Vcrinc, ou Petun mufquc. Les Sauvages appellent toutes ces cfpeccs de
PetunSjfans aucune dillindlion Yoly. Le Petuii Verd tll le plus beau & de plus
belle apparence. Scs feuilles ont un bon pied de large & deux de long, mais
pour l’ordinaire il déchet beaucoup à la pente ,& n’cll jamais de grand rapport.
Le Petun à la langue , appcllé ainli , à caufe que fa feuille étant longue de deux
pieds, large d’une paume, fcmblc iivoir la forme d’une langue , & ell d’un
très-grand rapport , ôc ne déchoit nullement à la pente. Ces deux premier', font
ceux de qui l’on fait le plus commun débit. Le Petun de Verine ell plus petit
que les deux prcccdens. Scs feuilles lont un peu plus rudes, plus ridée , & plus
pointue par le bout que celle des autres. Il rapporte le moins de tous, ôc dé¬
choit le plus à la pente ,mais il cille plus ellimé & le plus cher j parce que non
feulement fa feuille lent le mufe , mais meme la fumée , quand on la brûle,
en cil trcs-agrcable , où celle des autres cil tout à fait infupportables à la pluf*
part du monde. On a remarqué de plus, qu’une feule plante de ce Petun com¬
munique fa qualités quatre autres , les fait palTer pour Petun de Verinc , c’ell
ce qui fe pratique communément dans les I lies , autrement on n’y trouveroic pas
fon compte. Pour le Petun des Amazones il cil plus légers que tous les autses.
Sa feuille cil arondie par le bout, ôc non en pointe comme les autres , ôc les
petites côtes ô.:nerveurcs qui font des deux cotez de la feuille , ne biaifent pas
vers la pointe, mais elles la traverfent au droit fil. Ce Petun cil de très-grand
rapport, mais étant nouveau fait ^ il cil malfalfant , fade au goût , ôc fait vomir
furie champ ceux qui en prennent, mais à melurc qu’il vieillit cela le corrige,
&il devient tres-exccllcnt au bout de deux ans.
Or quoyque la maniéré de cultiver ôc de faire le Petun , Toit commune aux
habitans des Iflcs,elle ne l’ell pas à plufieurs perfonnes curieufes de l’Europe ,
pour la latisfadion de laquelle je la déenray le plus luccinélemcnt qu d me
lcra pofiiblc.
Onfeme premièrement la graine que l’on mêle avec cinq ou fîx fois autant
de cendre que de graine, afin de la femer plus claire fi-tôt quelle commence à
Liqueur ,
huiler.. u<
& fel de
Tobac.
F «cl.
Coca.
Alcaiina.
î 6o Hifioire generale
lever. Onia couvre tous les matins de branchage pour la guarentir des ardeurs
du Soleil , qui la brûleroit entièrement pendant le temps qu elle eftà atteindre fa
perfedion convenable pour la replanter. On prépaie le jardin où Ion doit faire
la lcvée,c’eftà dire fa récolté, en défrichant, coupant , &; brûlant les bois qui
font fur la terre, ce qui neft pas un petit travail. Où bien fi on veut faire fa
levée dans une terre déjà découverte , on la purge , & on la netoye entièrement de
toutes fortes d’herbes.
Le Jardin étant bien préparé on levé la plante en un temps de pluye , afin
quelle reprenne avec plus de facilité , puis on les plante toutes à la ligne. L’or¬
dre que l’on tient en les plantant eft telle qu’il faut qu’il y aye trois pieds de
diftance entre deux plantes , & autant entre deux rangs j de forte qu’un jar¬
din décent pasenquarrédoit tenir dix mille plantes de Petun : chaque perfonnes
doit tout au moins entretenir & cultiver trois milles plantes dePerun, ôc avec cela
cultiver fes vivres j ce qui luy peut apporter environ mil ou quinze cent de Petun;
étant planté il faut avoir foin de tems en tems d’empêcher qu’il n’y croifi'cnt point
de mauvaifes herbes ; lorfquc la plante cil: prette à fteurir on l’arrête tout court,
la coupant à hauteur du gcnoüil , puis on ôte lesfcüillcs d’enbas qui traînent à
terre, & on ne lailfe que dix ou douze feüillcs de Petun fur la tige , laquelle on
émonde foigneufement tous les huit jours , de tous les rejettons qu’elle poulfc
au tour des feuilles ; defortc que ces dix ou douze fcüilles fc nourrilTent mer-
vcilleufement , & viennent épailfes comme un cuir ; pour voir s’il eft meut on
plie la fcüillc, laquelle fi elle fc calTc en la pliant il eft temps de la couper , étant
coupée on la lailfc fanner fur la terre , après on l’attache avec de certaines
liafiede Mahot, qu’on enfile dans de petites verges ; dcfortc que les plantes ne
fc touchent point , & on les lailfe fecher à l’air , quinze jours ou trois femaines;
cela fait on arrache toutes les feüillcs de la tige , puis on tire la côte qui eft au
milieu de la feüille, & l’ayant un peu arroCéc d’eau de mer, on la tord en corde
& puis on la met en rouleaux.
On tire du Tabac par le moyen de la diftillation 6c du phclgme de vitriol ,
une liqueur qui eft fort vomitive, & propre pour guérir des dartres & la galle,
en s’en frottant Icgcrcment. Le même Tabac mis dans une cornue, on en retire
une huile noire & puante, qui a a peu prés les memes qualitcz. On tire aufll du
Tabac un Sel qui eft fort fudorifique, pris depuis quatre grains jufqu’à dix dans
une liqueur convenable.
Il y a quantité d’autres fortes de feüillcs que nous pourrions vendre fi nous
en avions, comme le Bétel, ou Tembul , qui eft les feüillcs d’une plante ram-
paivtc, & de laquelle les Indiens font une efpcce de dragée avec de l’Arcca , 6c
des huitres brûlées. Le Coca qui eft les feüillcs d’un petit arbrilTcau alfcz fem-
blables à celles du myrthe , dont les Occidentaux fc fervent de la même manière
que les Orientaux, font du Betel , 6i les Europeans du Tabac. Les habitans du
Pérou fc fervent des feüilles du Coca en deux differentes manières. La première
en en compofant des dragée avec des huitres brûlées , pour fc garantir de la
faim & de la foif p.endant la journée. La féconde , en les mélangeant avec les
feüilles du Tabac, pour rendre les gens fous. Scieur faire faire mille extrava¬
gances.
L’AlcanaouCyprus, qui font les feüilles d’un arbriffeau qui croit en quan¬
tité dans l’Egypte Sc dans le Levant, Sequi (ert aux Indiens à fc peindre les on¬
gles & le cheveux en jaune , détrempé dans de l’eau ; & pour fc le peindre en
rouge , dans du vinaigre, fuc de citron, eau d’alun ou autres acides.
Des
des Drogues , Livi^e V. 1 6 1
Des bayes de l'Alcana ouCyprus, les Egyptiens en tirent une huile qui
appelLce huile de Cyprus , qui cit très odorante , fort propre pour adoucir les cy^iui.
nerfs. Pluhcurs perfonnes m’ont afluré que l’Alcana ou Cyprus des Egy¬
ptiens, cil ce que les Botaniftes appellent Li^uftrum Ægy^tiacum , & nous
Trocfnc d’Egypte , ainli de beaucoup d’autres. Il eft icy à remarquer qu’il y à
quantité d'autres fortes d’herbes que nous ne vendons point, àcaufe que nous
avons des Herboriftes qui en font métier & marchandifc ; ce que les Drog^-
tes des' autres villes de France font obligez de vendre , n’ayant point dans leurs
Villes de ces vendeurs d'herbes, ce quin’eft pas une petite peine aux Apoticai-
res qui font quelquefois obligé de faire trois ou quatre lieues pour avoir une
poignée d’herbe récente ; mais en rccompenfe les connoilTent mieux que ceux
de Paris , qui fc fient à des Herboriftes qui leurs donnent fouvent l’une pour
l’autre.
Outre toutes les fcüillcs & tout ce que l’on en peut tirer, dont j’ay parlé cy-
devant, nous vendons de plus une petite graine d’un rouge foncé , de la grol-
feur d’une tete d’épingle > qui fe trouve fur la racine de la grande Pincpcrncllc j
dont fe fervent les Teinturiers fous le nom de Cochenille de graine , ou Silvef- Cocheniita
trc. A l’égard de la plante elle eft fi commune que je n’ay pas juge à propos de
la faire graver.
Cette Cochenille doit être nouvelle , fcchc , grolTe , la plus haute en couleur , &
la moins falc que faire fc pourra.
Les Plantes de France qui font comprifcs au nombre des Drogues font le
Scordium ou Chamaras , le Calamante de montagne , le Chamedris ou Ger-
mandré, le Chamæpythis , oujuc mulqucz, IcPratiumAlbum, ouMarube blanc ,
l’Auronne mâle & femelle,!’ A bfinthe grande & petite , l’Alplenium ou Cætc-
rac , la Betoine , la Cariophylata , ou Benoifte , la Camomille , la- Clematis
Daphnoides , ou la Pcrvanchc , la Cufcutc, la Cinoglofc, ou Langue de Chien,
l’Eupatoirc, rHcrniaria,ouTurqucttc , le Millepertuis , la grande & petite Cen¬
taurée > le Mclilot , l’Armoife , ou Herbe de S. Jean , la Manthe , la Meliftc ,
le Bafilic, l’Origan, lePouliot, la Sariete, l’hiflbpc, la Scabicufc,lc Serpolet i
ainfi de quantité d’autres fortes d’herbes , dont je n’en diray rien, par la raifon
que tous les Auteurs qui ontTraité des Plantes, en ont aflez amplement parlé,
où je renvoyé le Ledeur.
Si nous ne vendons pas à Paris de ces fortes de Plantes , à caufe des Herbo¬
riftes , nous en vendons les Sels fixes , elTcntiels & volatils , entre-autres ceux
dc,f Chardon bénit , d’abfinthe , d’Armoife , de petite Centaure , de Meliftc ,
de Sauge, de Romarin, de Chicorée, d’Ofeille, dcFévc, &: de quantité d’autres
fortes. Et un mot, il nous eft permis de vendre tous les fcls que l’on peut ti¬
rer des plantes, comme étant un fait de Chimie.
A l’égard de leurs choix le meilleur que j’en puis donner , c’eft de les ache¬
ter d’honnetes gens , incapables de donner l’un pour l’autre , & d’y mettre le
prix , étant impoftiblc d’établir ces fcls â des prix fi modiques , qu’il y en a qui
vendent moins la livre , que d’honnetes gens auroient peine d’en donner une once.
Ce qu’ils font par le moyen du Salpêtre qu’ils mettent dedans , ou par le moyen
du Sel Policreftc qu’ils reduifent en poudre, & enfuite qu’ils mettent dansplu-
fieurs Bouteilles , à qui ils adaptent pluficurs noms , & qui neanmoins font la
même chofe , à quoy il faut bien prendre garde pour ceux qui feront contre¬
faits avec le Salpêtre, ils feront facile â connoitre , en ce qu’il n’y a qu’à les
mettre fur un charbon allumé, s’il pétille c’eft une marque qu’ils (ont mélan¬
gez de Salpêtre , & s’il ne pétillent pas , c’eft une marque qu’ils font fans addition.
I. Partie. X
Hiftoire generale
162
CHAPITRE XVI.
Du Corail.
LECorail,ruivantM.<lc Torncfort,cft une plante qui naît dans le fond
de la mer. Elle n’a point dcfcüille, & l’on ne connoît n’y fa fleur ny fa
graine j cependant elle ell attachée aux rochers par une maniéré de racine j elle eft
couverte d’une écorce parlemec de pores étoilez qui defeendent jufqu’au bas , elle
cft divifée en branches , on y découvre des rayes qui femblent indiquer fes fi_
bres. Enfin elle fe multiplie incontcftablcment par fa femence. Tout cela fa-
vorifelc fentiment de ceux qui mettent le Corail au nombre des plantes, On
convient aujourd’huy qu’elle eft dure dans la mer. La molcflc de fon écorce, qui
cil: d’ailleurs gliflante & prefque huileufe , a peut-être trompe ceux qui ont écrit
que toute la plante étoit molle. Cette écorce eft une croûte tartareufe , rouge
furie Corail rouge , & blanche fur le Corail blanc. Les extremitez des branches du
Corail font molles , aufli arondies en petites boules groife comme une grofcillc
rouge, divifcz ordinairement en fix cellules , remplie d’une humeur blanche
comme le lait, que rendent les efpeccs deTitimale: elle cft grade, acre, & af-
trincTcntc. L’on y découvre le goût du poivre mêlé de celuy de la châtaigne,
niaifc’eft lorfqu’elles (ont encore molles & fraîches. On ne trouve que de l’af-
tridion dans les fcches. On appelle ordinairement ces petites boules les Fleurs
de Corail , mais on auroit plus de raifon de les nommer les Capfules de cette
plante i car les Auteurs modernes ont remarqué que le fuc blanc qu’elles ré¬
pandent , produit des plantes de Corail fur quelques corps qu’il tombe, &
fans parler du Corail que l’on montre à Pize, qui cft attaché naturellement fur
un crâne humain. J’en ay une pièce aifez confidcrablc , qui a pris nailfancc fur
un plat de fayence caffé.
des Drogues, Livre V. 163
Il n’y a proprement que trois efpcces de Corail qui foient en ufage dans là
médecine :S<^avoir, le Corail rouge, le vray Corail blanc ordinaire , il faut rap¬
porter au rouge celuy quielt de couleur dciolc, ou couleur de chair. Le vray
Corail blanc, qui ne différé du rouge que par la couleur , cil le plus rare le
plus cher. On employé ordinairement pour le blanc. Cette eCpccc que Jean
Bauhin appelle Coralium album ojjîcinarum occulatum , à caulc qu’elle cil perlec de
différends trous comme les efpeces du Madepore. Le Corail noir , que l’on ap¬
pelle antipathes, n’cft d’aucun ufage. 11 paroit meme d’une nature ciiffcrente de
celles des autres.
Onpêche le Corail dans laMediteranée, fur les Côtes de Provence , proche
Toulon, au Cap de Creus, entre Colioure & Rotes , fur les Côtes de Catalogne
dans le détroit, qui fe trouve entre la Sicile & l’Italie , vers leBailion de France,
&en quelqucs-autres endroits , comme aux Côtes de Sardaigne , à l ifle deCorfe
& de Majorque , ainfi du relie.
La pefche du Corail , fiivant M.Tavernier , f. fait depuis le commencement
d’Avril jufqu’à la fin de Juillet- Et on y employé d’ordinaire deux cens barques,
quelques années plus & quelques années moins. On les bâtit le long de la Riviè¬
re de Gennes , & elles font fort légères \ elles portent grandi voiles pour aller
plus vîtes , n’y en ayant point fur la Mediteranée qui en portent tant, 61 ne fc
trouvant point deGalcres quiles puiflent atteindre. Il y a fept hommes fur cha¬
que barque, avec un petit garçon pour les fervir. On ne fait cette pefche que
depuis vingt- cinq milles jufquà quarante milles de la terre , où ils croyent
qu’il y a des roches, &:nc s’avancent pas davantage en mer de peur des Cor-
faircs , qu’il évitent quand ils les rencontrent à force de voiles.
Comme le Corail croit fous des roches creulcs où la mer cil profonde , c’ell
icy l’artifice dont on fe fert pour l’avoir. Les Pefeheurs attachent deux chevrons
en croix, Omettent un gros morceau de plomb au milieu pour les faire aller
au fond, puis ils attachent du chanvre touffu autour des chevrons , qu’ils tor¬
tillent négligemment, gros comme le pouce, attachent ce bois â dviix cordes,
dont l’une pend â la proue & l’autre â la poupe de la barque , enfuite ils laiffent
aller ce bois au courant le long de ces roches , & ce chanvre s’entortillant au
tour du Corail , il cil befoin de quelquefois de cinq â fix bâteaux pour retirer
les chevrons, &cnfaifant cette grande force fi un des cables vient â fe rompre
tous ces rameurs font en danger de ce perdre. C’ell un métier de grand rifque,
& en arrachant ainfi de force le Corail, il en tombe dans la mer autant qu’ils en
tirent, & le fond étant d’ordinaire plein de vale , ce Corail s’y ronge de )Oiir en
jour , comme nos fruits fur la terre font rongez de vers jdelorte que plûtôt il le
tirent de la vafe moins il cft gâté.
De tous les Coraux il n’y a guere que le rouge qui foit en ufage , tant pour
employer en médecine que pour divers autres ouvrages où il ell requis , Û de
tous les Peuples qui elliment le Corail, ce font les Japonois & autres Nations
Ils n’cfliment que le Corail rouge , lequel pour être delà qualité rcquife doit être
gros , uni , luifant , en belles branches , & d’un tres-beau rouge , & rejetter celuy
qui efl en petits fragmens, dontlafuperficic ell couverte d’une matière tartareufe,
ou autres corps étrangers. Neanmoins je diray que lorfque c’ell pour réduire en
poudre , il n’importe qu’il loitçn petits morceaux , pourveu qu’il foit de la qua¬
lité cy-deffus.
On tire du Corail rouge par le moyen des acides , une teinture que l’on fait
cuire enfuite en confiftancc de Sirop, qui cil ce que quelques-uns appellent mal
' /. Partie. X ij
1 64 Hifloire generale
F*uire ^ propos , teinture ou firop de Corail , & à qui ils attribuent de grandes pro-
uintuve de pnetez , ce qui eft alTez éloigne de laraifon, en ce que la véritable teinture de
Corail , doit être fait efans la participation d’aucun acide, & doit ctre tirée avec le
beurre roulli , ou la cire blanche fondue, ôila teinture doit être retirée de Tes
grailTcs par le moyen de l’cfprit de vm, & enfuite évaporée ôi réduite en confif-
Viavetein- Cctte tcintute eft un admirable remede pour fortifier le cœur , & pour
tiucdcCo- punfier la malle du fang-,mais la grande difticulté qu’il y a , & le peu que l’on
en tire, fait que je ne confeille à perlonne de s’y amufer.
Migiftcr On tire du Corail rouge par le moyen du vinaigre diftillé , un magifter & un
coîal/' ^ d’ufage à caufe de fes grandes prqprietcz. Enfin on tire du Co¬
rail quantité d’autres préparations, que je crois allez inutile , comme l’ellence ,
refprit autres , dont quantité d’ Auteurs font mention , & qui font plus ou
moins eftimez , fuivant les mains des Charlattans d’où ils fortent, aulli-bien que
quantité de diverfes préparations de perles , ainfi le meilleur ufage & la meil¬
leur préparation que l’on peut faire du Corail , c’eft de le broyer fur un porphi-
re , ou fur une écaille de mer , & étant réduit en poudre impalpable , en for-
Coraii pre- i^^r dcs pctits ti'ocliifques , qui eft ce que nous appelions Corail préparé , & du-
pié. quel on fepeut fervir comme d’un tres-bon AlKali, ôc peut-être employé dans
toutes les compofitons où il eft requis.
Pour ce qui eft du Corail blanc il a fi peu d’ufage en médecine , que cela ne
mérité pas la peine d’en parler. Neanmoins comme il a quelque ufage on le
doit choifir bien blanc, gros , uni, le moins porreux & cralfcux qu’il fera pof-
fiblc. Quelques-uns tirent & préparent le corail blanc comme le rouge , & s’en
fervent aux mêmes ufages.
CHAPITRE XVII.
Du Corail noir,
A L’égard du Corail noir, le véritable eft fi rare qu’il eft comme prefquc im-
polïible d’en pouvoir trouver j car tout ccluy que nous voyons n’cft qu’une
maniéré de plante pétrifié dans la mer , que quelques-uns ont nommé Antipa-
tlics, qui différé en tout du véritable Corail, en ce qu’il eft leger , uni , luifant ,
& d’un très beau noir de gcc-ft, & qui reffcmble plûtôt a de la corne qu’à du
Corail , ce qui ne fe rencontre pas au véritable Corail noir , en ce qu’il eft pc-
fant, d’un noir rougeâtre & fort brutte , & quelque diligence que j’ayc fait,
il m’a été . impoffible d’en avoir qu’un petit morceau de la groflcur du bout
Antipathes du doigC , dc l’Autipatlic, ou Corail noir ordinaire, j’en ay recouvert un mor¬
ceau d’environ deuxpieds de long, dont cy-deffus eft la figure qui a été pcfché
au baftion de France ,& apporté en France par M. de Senc intereffé à la pefchc
du Corail.
Pour ce qui eft du Coraloides , ce n’eft que du Corail blanc qui n’a pas re^ù fa
perfedion, ainfi il n’cft d’aucun ufage , & ne fert que pour vendre à la place
coraioWes du Cotail blanc , ce qui fera facile à connoître , en ce que les Coraloides font
gros , léger , & à moitié formé.
des Drogues, Livre V.
165
CHAPITRE XVIII.
De la Coraline.
La Coraline jMoufTc marine, ou Bryon,eft une plante qui vient dans la mer at¬
tachée aux roches , ou aux coquilles. Onia conte ordinairement parmy les ef-
pecesdemoulTedemcr. Il s en trouve de pluficurs efpeccs , mais celle que l’on
employé dans la médecine , & que l’on nous apporte du Baftion de France , & au¬
tres endroits de la mediterance, cft la feule qui foitenufage. C. Bauhm l’appelle
Aînfcus Coralûidei Sqt4ammulis loricatus pin pa. 3(^4. Tab. icon pag. 813.
Cette Moufle ou Coraline , a quelque peu d’ufage dans la médecine , en ce
que l’on prétend quelle a la propriété de faire mourir les vers.
A l’égard de Ton choix elle doit être verdâtre , 6c la moins remplie de menu
que faire fe pourra.
CH A P I T RE XIX.
Des Eponges.
LEs Eponges font une efpccc de Fungus , ou Champignon marin , qui fe
trouve attaché aux Rochers qui font dans la mer.
J: ne m’arréteray point à rapporter icy ce que quantité d’ Auteurs difent tou¬
chant les Eponges , les uns difant qu’il yen a de mâles & de femelles, & qu’ils
ne font n’y Plantes ny Animaux, mais quec’eft unZoophyte, c’elt âdire quelles
tiennent des A nimaux Sc des Plantes , pour dire que nous vendons de deux fortes
d’Eponges : G^avoir les fines , qui font celles à qui les Anciens ont donné le nom
de mâle , & aux grofl'cs celuy de femelle. La plufparc des Eponges que
nous vendons , viennent de la Mediterance, &il y a une certaine Iflc dans l’Afie
oui nous fournit une fort grande quantité d’Eponges. Cette Ifle s’appelle Icarie,
ou Nicarie , la où les garerons ne fe marient point que l’on ne voye qu’ils {(gâchent
ramafler des Eponges du fond ou du milieu de la mer ; & pour cet effet , quand
quelqu’un veut marier fa fille une troupe de Garçons le dcpoüillent nuds, & fe
jettentenmer J Ôc celuy qui dure le plus dansl’eau, & qui rapporte plus d’Epon-
ge, eft celuy qui époufela fille, dautant qu’ils payent leurs tribut au Grand Seigneur
en Eponges.
Les Eponges les plus cftimées font les fines , qui pour être parfaites doivent
être blondes , fines , legeres , que les trous en loient petits ôc ferrez , les plus grof-
fes & les moins remplies de pierres qu’il fc pourra. A l’égard des grofles Epon¬
ges , plus elles approchent dcsqualitcz des fines , plus elles font eftimées.
L'ufag’e des Eponges cft fi connus , qu’il m’eft inutillc d’en faire aucune deferi-
tion. On fefert des Eponges fines, après avoir été coupées par tranches , & mife Eponge*
dans la cire blanche fondue , & prcflé dans une prefle pour mettre dans les playes,
afin de la faire agrandir. Ces Eponges ainfi accommodées, cft ce que nous ven¬
dons aux Chirurgiens , & autres perfjpnncs , fous le nom d’éponges préparées.
On calcine les Éponges , &la poudre que l’on en tire cft fort propre pour net- Epong„
toycr les dcnts.On trouve dans les grofles Eponges de certaines picrrctccs,&: autres calcinées,
corps étrangers,â qui l’on attribue étant pulvcrifé,la propriété de guérir la gravellc,
Q^lques-uns ont donné â ces pierres le nom de Cyftheolithre Y ^ ^tielqucs
Auteurs qui aflurent que les pierres d’éponges qui fc rencontrent en forme d’aman- a-Hponges.
des, étant broyées & prifes dans quelques liqueurs convenables , font propre
pour faire mourir les vers des petits enfans. A l’égard du choix de fes pierres , elles
en ont point d’autres que d’être véritables il n’y a que ceux qui les ont tirées
des éponges qui en puiflcnt répondre. .
X iij
1 6 6 Hiftoire generale
CHAPITRE XX.
Des Salles.
LEs Scilles font des Oignons qui nous font apportes d’Efpagnc , où ils
croiffent en abondance , principalement des rivages de la mer j il en vient aullï
quantité en Normandie , fur tout auprès de Qmlbœuf à dix-huit lieues par dc-li
Koüen.
Ces Oignons font de differentes groffeurs & couleurs , mais ceux que nous
voyons ordinairement font les Scilles rouges , que les anciens ont nommé fe¬
melle. Pour les blanches ils leurs ont donné le nom de mâle , mais nous n*en
voyons que tres-peu.
Ces Oignons étant en terre pouffent des feüilles larges , vertes & longues , & des
fleurs en forme d’étoile d’une couleur blanche.
On choifira les Scilles nouvelles , pefantes , fermes , bien nourries, & prendre
garde qu elles ne foient pourries du côté de la tête , à quoy elles fon fort fu-
jettes. On fe fert des Scilles dans la Pharmacie pour faire du vinaigre & miel,
furnomméc Scillitic, & pour faire des Trochifques , qui font la première dro¬
gue dclaThcriaque, & pour quelques Onguents ou Emplâtres, comme Vt^lthea ÔC
^^Diachylum magnum & autres. Plufieurs perfonnes m’ont affuré que les Scilles
<luifc trouvent ôc que j’ay veu en Normandie, font es que lesBotaniftes ap-
pancratium Pilent Pancraüum , ce que je ne veut affurcr pour n'en être pas certain.
On eftime les Scilles , principalement le coeur , être un poifon , c’eft pourquoy
quand on veut s’en fervir on les fend en deux , & on en rejette les feüilles fcches,&
le cœur , & le milieu on l’expofe à l’air , & quand elles font feches on en fait le
des Drogues , Livre V. 167
vinaigre & le miel i & pour la Theriaque on en fait de même , mais au lieu dfc les
cxpolcr à l’air on les couvre de pâtc,& on les fait cuire au four,furtout quand
c’eft pour en faire des trochifque , ainfi qu’il eft décrit dans plufieurs Pharmaco¬
pée. Les Scillcs font extrêmement ameres , & leurs lues fort vifqueux.
CHAPITRE XXI.
De la Soude.
IA Soude eft un Sel gris que l’on nous envoyé d’Alican, & de Cartagéne
^en Erpagne,en pierre de differentes grolTcurs.
La Soude le fait d’une plante qui croit le long de la mer, que.les Botaniftes
appellent Kali , & des Ouvriers qui la brûlent la Marie. Cette plante pouffe une
tige de la hauteur d’un pied & demy ou environ , garnie de petites fcüillcs
étroites, ainh que deffus eft la figure. On feme cette herbe , & lorlqu’cLe eft
parvenue à la jufte grandeur, on la coupe & on la feine comme on rait icy le
foin.
Lorfqu’cilc eft feche les Efpagnols font de grands trous dans terre en forme
de carrière, enfuite dequoy ils jettent dedans une botte de cette herbe feche à
qui ils ont mis le feu , & après l’avoir jettée dans le trou ih en jettent d’au¬
tres par deflus , & lorfqu’clles font bien allumées ils rempliffent les trous de
lés bottes d’herbes , &c après l’avoir rempli ils le bouchent , & ayant laiffé
le tout enfemble pendant une efpace de temps , tant pour le bien réduire en
cendre que pour luy faire prendre corps, & la réduire en pierre de la ma¬
niéré que nous la voyons , & après avoir débouché le trou , ils trouvent
cette herbe brûlée & en pierre dure qu’ils font obligez de caffer , & de ^mon¬
ter de la même maniéré que l’on tire les pierres des carrières.
i68 Hiftoire generale:
Soude à‘A Nous vendons à Paris de quatre fortes de Soudes , à qui les anciens ont don-
licaii , & né le nom de Salicorc , ou Salicotc , ou d’Alun Catin , dont la première & la
rtnds' plus eftimée eft la Soude d’Alican , laquelle pour être de la qualité requifc,
noms. feche & fonânte , d’un gris bluatre au deÛus & au dedans , gar¬
nie de petits trous faite en forme d’œil de perdrix, 6c qu’en crachant deflus
& porté au nez, elle ne fente point un goût de mer ou de marécage. On pren¬
dra garde aufli que les pierres ne foknt point entourées d’une croûte verdâtre,
ny remplie de pierre, en ce que cette première defccbuofité tache &: gâte entiè¬
rement le linge la fécondé luy augmente fon poids , 6c tache aulli le linge
fuivant les pierres quife font trouvées dedans, principalement quand c’eft delà
brique. On prendra garde aufli que les balles n’en aye point été ouvertes , en ce
qu’il y en a qui retirent les bonnes pierres &en mettent de méchante. On pré¬
férera celle qui eft en petite pierre, de la grolfcur des cailloux , à qui pour ce fu-
jet on a donné le nom Cailloti, en ce quelle eft ordinairement bonne, ôc qu’il
y a beaucoup moins de rifque qu’à celle qui eft en grolTe pierre, ou à celle qui
n’eft que du menu.
La Soude d’Alican eft fort en ufage par les Verriers, pour en faire le ver¬
re , en étant la baze aufll-bien que des émaux clairs , ainfi qu’il fc verra cy-
aprés.
Les Savoniers s’en fervent aufli beaucoup , pour en tirer le fcl qu’ils font en¬
trer dans la compofition du favon blanc & marbré ; mais la plus grande quan¬
tité de Soude, qui vient d’Efpagne , fe confomme à Paris ou aux villages cir-
convoilins , pour vendre aux Blanchifleufes qui s’en fervent pour blanchir le
linge.
On tire de la Soude par le moyen de l’eau commune , un fcl blanc.
Sel Al* ali. qui cft ce que l’on appelle Sel de Kali ou AlKali , qui veut autant dire
que fcl de Soude , en ce que Al cft un mot Arabe , qui fignifie Sel , 6c Kali ,
Soude. On remarquera icy qu’il n’y a que ce fel qui porte le nom defel AlKali ,
quoyque le fcl fixe de toutes les plantes peuvent être appelle fels AlKali , avec cette
diftérencc, que l’on doit ajouter au bout le nom de la Mante, comme par exemple
le fcl AlKali , d’Abfinthe, de Centaure, & autres femblablcs. Ainfl les Mar¬
chands à qui on demandera du Sel AlKali , ne doivent donner autre chofe que
le fcl de la foude. Il y en a qui prentendent que le véritable fel AlKali foit le
fcl de verre J mais ils fe trompent, ainfl que je le feray voir au Chapitre du fcl
de verre , ce qui fera qu’ils fe donneront de garde de le vendre pour fcl Al¬
Kali.
La féconde forte de Soude cft laCartagéne, qui diffère en bonté de celle
c"amgctx. d’Alican , parce quelle n’eft pas fl blûë, que les trous en font plus petits quelle
a plus de croûte, 6c que les balles en font plus grofles.
Soude de troifléme eft la Soude furnommée de Bourde, qui doit être entièrement
Bouidc. rejettée, ne fer va nt qu’à tromper ceux qui l’achcttcnt , n’étant qu’une Soude
d’une tres-méchante qualité. Cette Soude cft ordinairement humide , d’une
couleur noirâtre , verdâtre , & fort puante.
Soude de La quatrième cft la Soude de Cherbourg, furnommée de Varccq, qui fc fait
vaucq. herbe qui fe trouve le long des côtes de la mer de Normandic.Cettc foude, cft
aufli d’une très méchante qualité, étant fort humide , de la couleur 6c de l’odeur
d c Bourde, & toute remplie de pierre. Ces deux fortes de Soudes , avec celle qui
fort des Savonerics qui eft dénuée de fon fcl , ne fervent qu’à engager la con-
fcicncc
des Drogues. Livre VI. 169
fciencc de ceux qui la vendent en poudre ou battue , en détail , en ce qu’ils
trompent les pauvres blanchilTcufcs qui l’cmployent j & comme ces Soudes
n’ont prefquc aucun fcl , ils y mêlent de la chaux , ce qui caufe bien de la pei¬
ne à ceux qui la battent & qui la mélangent , en ce que cela leurs mange la peau
des doigts. Et de plus , c’eft que cela calfe & ufe fi fort le linge , qu’il dure une
fois moins que celuy qui auroit été blanchi avec la Soude de la bonne qualité.
Et comme ces deux fortes de Soudes font toûjours humides , il y en a qui ont
des fours chez eux pour la faire fecher. Ainh de milles autres drogues qu’ils
mettent dedans, tant afin de luy augmenter fon poids, que pour en faire meil¬
leur marché que les honnêtes Marchands , qui ne peuvent ce refoudre à faire
toutes ces fortes d’abus. Je crois en avoir alTez dit pour empêcher les Epi¬
ciers de mélanger la Soude, & autres marchandifes , & par ce moyen auront
leurs confcienccs libres , & y gagneront beaucoup plus que de s’amufer à tous
ces mélanges, & feront caufe que chacun la vendra également , & que per-
fonne ne fera trompé ;&furtout les blanchilTcufcs qui font de pauvres gens,
qui le plus fouvent n’ont que de l’argent pour avoir de la Soude , & encore la
plufpart du temps il faut qu’ils mettent leurs hardes en gages. Et lorfqu’ils ont
employé cette marchandife qu’ils ont eu tant de peine à avoir , ils font con¬
traints de la jetter , & de recommencer leurs leflives avec de plus grands frais
que fi elle n’ avoir jamais été faite -, ce qui leurs caufe bien de la perte Sc du cha-
grin.
Il faut auffi d’un autre côté que ceux qui ont befoin de cette marchandife , n’y
plaignent pas l’argent , en ce que le bon marché que l’on la demande le plus
fouvent, cft la caufe des malverfations qui s’y font -, ce qui n’cft pas d’une pe¬
tite confequence, puifque le public y eft intereffé.
CHAPITRE XXII.
Du Sel de verre.
Le Sel de Verre, que les Ouvriers appellent Salin , ou Ecume de vçrre, eft
une craffe qui fe fait fur le verre lorfqu’il eft en fufion ; & cette écume ne pro¬
vient que de la foude, ou des cendres dont les Verriers fe fervent pour faire le
verre , en ce que les cailloux dequoy les Verriers fe fervent , ne rendent point
d’écume.
Le Sel de verre doit être en gros morceaux , blancs delfus & dedans , pefant,
le plus femblables à du marbre qu’il fera pofiible , & rejetter celuy qui eft craf-
feux , noirâtre & humide.
Le Sel de verre eft fort en ufage par ceux qui font l’émail blanc pour vernir la
fayence, en ce qu’il ay de à vitrifier le fablon j & c’eft une chofe remarquable
que le fel de verre ne peut fervir aux Verriers, & les Fayenciers ont bien de la
peine à s’en palfcr.
Apres que l’on a ôté la grolfc écume du verre , il s’en rencontre une autre
dcfht on fait pluficurs Ouvrages , qui eft ce que nous appelions Suin de a*
verre.
Y
I JO Hiftoire generale
CHAPITRE XXIV.
• Du Crïftalïn.
ON entend par Criftalin le corps des verres brillans , ou émaux clairs , &
qui eft fait de foude d’Alican, & de fablon vitrifié cnfemble. On donne
à ce Criftalin la couleur d’aigle marine , en le colorant avec le vitriol de Chipre,
Diverfes ou cuivre rouge. On luy donne la couleur verte avec le cuivre jaune ,ou de la
^ limaille d’épingle. On luy donne la couleur de pourpre , en le colorant avec
de la magalaiflc ou du perigueur.Le rouge de gueule avec du cuivre rouge &
roüillure de fer. Le rouge clair avec du cuivre de rofette. Le beau rouge de ru¬
bis , avec de l’or &du cuivre de rofette. Le jaune, avec de la roüillure de fer &
de l’eau de la mer, quelques-uns y ajoûtent le vif- argent , le fer & le plomb.
La couleur d’Agathe, avec l’argent & Icfouffre. Le jaune de couleur d'ambre.
Rocaille- Rocaille , avec le Minium. Le vert d’émeraudes , ou Rocaille , avec le cuivre
jaune. Le couleur d’aimatiftes , avec le perigueur.
Ces differentes vitrifications étant fondue au feu de lampe & fouillée , on en
Verre fouf. fait ce que nous appelions verre fouillé ou brillant ; dont fe fervent les Orfèvres &C
laïus'^j " Rocaillcurs , pour mélanger avec les émaux faits d’étain. A l’égard de la con-
noilfance de ces vitrifications , ou vert- brillant , il n’y a que ceux qui les cm-
ployent qui en puiffent connoître la beauté & la bonté , furtout le beau rouge
en ce qu’il perd fa couleur au feu.
CHAPITRE XXV.
De tAxiir.
L'Azur en pierre ou Smalte,eft une vititrification faite de fonde d’Alican,de cen¬
dre graveléc, de fablon & de fafre.On donne à cettevitrification une couleur
plus ou moins foncée, fuivant que l’on y a mis de fafre , & c’eft ce qui caufe
que nous avons des azurs ou émaux plus ou moins colorez. Les Allemands pul-
A7ur à verifent ces vitrifications ou pierres , & en font ce que nous appelions Azur à
poudrer. De cet Azur , étant broyé , on en fait de l’émaiI , qui eft plus ou moins
beau, fuivant qu’il eft fin & haut en couleur. Neanmoins les Hollandois nous
envoyent un émail d’un bleu fort pâle , qui eft beaucoup plus eftime & plus cher
Email. que les autres émaux , &: à caufe qu’étant employé â l’huile il fait un affeZ beau
bleu approchant de celuy de l’Outremer , c’eft pourquoy on luy a donné le nom
Outremer II J»T T ni 1 * '
d'Hollande d’OutrciTicr commun ou ci Hollande.
On doit choifir l’Azur à poudrer fa bleux , bien grenu , & le plus foncé en cou¬
leur blûc qu’il fera poftible , & les émaux communs les plus fins & les plus
hauts en couleur qu’il fe pourra. Pour l’Outremer d’Hollande , plus il eft firf &
pâle plus il eft eftimé , en ce que plus il eft broyé, plus la couleur fe pert, &
plus fa couleur revient à l’employ.
Les Azurs ôc Emaux font fort ufité paf les Peintres , quoy qu’U n’y aye point
/
des Drogues , Livre V. 1 7 1
de peinture plus difficile à cmjploycr, en cc qu’ils n’ont point de corps. Oh fc
Tcrt auffi de l’émail , pour donner de la couleur à l’amidon , & en faire de l’cm-
poix bleu.
CHAPITRE XXVI.
De l Email en tablette^
L’Email en Tablette , ou Inde commun , cft de l’Email en force , haut en cou¬
leur, de l’indigo desifles & de l’amidon en poudre , & parle moyen d’une eau
gommée on en fait une pâte platte que l’on coupe enfuite en tablettes , d’une
grandeur &; épailleur raifonnablc. Cette Inde fert a marquer les moutons j niais
ce qu’il y a de fâcheux , c’eft que quelques-uns le vendent â ceux qui ne s’y
connoilTent pas pour véritable Inde , ce qui fera neanmoins facile â connoî-
tre , en ce que cet Inde cft en quarraux épais ^ d’un bleu verdâtre , & qui étant
mis dans l’eau l’Email fe précipité &fe trouve en maniéré de fable, ce qui ne
fe rencontre point dans i’inde de la bonne qualité.
C H A P I T RE XXVII.
De la Roquette.
La Roquette, ou Cendre du Levant, cft de la Roquette brûlée & réduite ch
cendre. On l’appelle Cendre du Levant , â caufe quelle cft faite à S. Jean
d’Acre â dix lieues de Jcrufalem, & à Tripoli de Syrie. La permiere eftla plus
cftimée.
La Roquette n’a autre ufage que je f^ache, que pour les Savoniers & Verriers,
qui s’en fervent pour faire le favon & le criftal.
A l’égard de fon choix il n’y a que les Ouvriers qui la puilfcnt connoitre
apres qu’ils en ont eftaye Celle de S. Jcand’Acrc quieft la plus cftimée , vient
dans des facs gris ,& celle de Tripoli dans des facs bleu.
Outre la Roquette on brûle , furtout en Lorraine , une herbe nommée fou¬
gère ,& des cendres de cette herbe on s’en fert au lieu de Soude, pour faire les
bouteilles furnommées de fougère.
Tïn des Feuilles,
Y ij
/. PAYtie.
1 7 1 Hiftoire generale
HISTOIRE
GENERALE
DES DROGUES
LIVRE SIXIEME.
Des Fleurs.
P R E F A C E-
E5 Flmrs font des "Boutons épanouis de diverfes couleurs grojfeurs »
poujje les végétaux } ^ d*oà naît ^ fort leurs Fruits ifr leurs Graines*
Vne Fleur cfl compofée de trois parties : Sçavoir » l'enveloppe ou le cali¬
ce t le feuillage le fond, le cœur ou le milieu Le mot de fleur vient du
mot Grec Pblox , <^7* du Latin Flos ou Flamma , flg'^tfle Flamme , en
ce que l'on prétend que les fleurs reprefentent une efpece de flame.
Outre les fleurs de quelques plantes que nous vendons» je comprendraj dans ceCha^
pitre les fleurs ou leurs parties > O" même ce que l'on en tire* comme aujjiles végétaux»
qui nont point eu de place dans cet Ouvrage , n ayant point de Genre , comme le
Spienard» l'Epitime , er autres femblahles,
des Drogues , Livre V I.
ni
CHAPITRE I.
De la Squenanthe,
La Squoenanthc, Staccananthc , ficuf d^Efquinant, ou de Joiic odorant, ou
Pâture de Chameau , cft la Fleur d’une petite plante , ou pour mieux dire
d’un Jonc qui croît en abondance dans l’Arabie heureufe, & au pied du Mont-
Liban , d'ou il nous eft apporté par Marfcillc. Cette plante étant fur pied peut
avoir environ un pied de haut. Elle a fa racine noveufe & fort petite, garnie,
d’un petit filament , dur , long & blanc , & de chaque racine fortent pluficurs
tuyaux auffi durs, delà grofleur , figure , & couleur d’une paille d’orge , apres
lefquclles naît des petites fleurs veloutées tout au tour, &dont le fond elt d’un
rouge incarnat. Si bien que lorfque ce Jonc eft en fleur, c’eft une trcs-bellç;
plante à voir j & autant que cette fleur eft agréable à la vûc, autant cUc l’cft au
goût , ayant un goût chaud piquant &fort aromatique.
On nous envoyé de Marfcille la Fleur &lc Jonc fcparé l’un de l’autre : Sçavoir,
le Jonc par petites bottes, & la Fleur de la manière qu’elle a etc cueillie , quel¬
quefois nette , & quelquefois aufli bien fale. C’eft pourquoy les Apoticaircs cu¬
rieux de faire de belles drogues, la mondent en la couvrant d’un drap , qui eft
un ouvrage alTcz ennuyeux. On doit aufli la choifir la plus nouvelle , & plus
vermeille qu’il fera pofliblc.
A l’egard du Jonc on le doit choifir bien entier , le plus blond, H 1^ pl’^s ap-.
prochant du goût de la fleur que faire fc pourra.
La Squaenanthe a quelque peu d’ulage dans la médecine, mais fon plus grand
ufage eft pour la Thériaque. Comme cette fleur eft ordinairement rarc& chcre,
comme elle eft prefentcmeiit qu’il ne s’en peut trouver , on fe doit fervir à fa place
du Jonc } mais quand elle ne l’eft pas & que l’on en peut recouvrer, fl faut fc
fervir de la fleur & non du jonc , ayant beaucoup plus de vertu.
y •
174
Hiftoire generale
CHAPITRE II.
Des Rofes de Vrovtns.
%
L Es Rofes , furnommccs de Provins, font des fleurs d’un rouge foncé U veJ
loutc , que l’on nous apporte de Provins, petite vill® à. dix-huit lieues de
Paris. Ces Rofes viennent en fi grande abondance autour de cette ville , qu’il
cft d’une ncceflité abfoluë que ce terroir foit fort propre pour la culture , & l’é-
levation de cette efpecc de Rofiers j en ce que les Rofes de Provins furpalTent en
heautc & bonté , toutes celles qui viennent de tous autres endroits : & ce qui
contribue beaucoup à leur perfedion , c’eft que les habitans des lieux font fî
adroits à les faire fechcr , quelles fe confervent beaucoup plus long-temps que
les autres , tant dans leurs couleurs que dans leur odeur. On nous apporte de
Provins de deux fortes de Rofes , que nous dittinguons fous différends noms : Sça-
voir les belles , fous celuy de Rofes de la bonne ou grande fortes , & celles d’apres ,
foûs celuy de la moyenne forte. Ces Rofes pour être parfaites , doivent être hau¬
tes en couleur, c’efl: à dire d’un rouge noir , velouté , bien odorantes , bien fe-
chcSjles moins remplies de graines &de petites feüilles qu’il fera poflible, &
qu’elles foient véritables Provins , & qu’elles n’aycnt point été coloré de quel¬
que acide, ce qui fera facile à connoître, en ce quelles font d’un rouge clair,
& que cette couleur fe pert bien-tôt.
Ceux qui feront gros négoce de Rofes de Provins , auront foin de les tenir
dans des lieux fccs , & bien enfermé de peur que l’air n’y entre , & qu’elles foient
bien preflées , &cn cet état pourront les garder dans leur beauté pendant un an
ou dix-huit mois jmais au bout de ce temps-là quelque précaution que l’on y
puiffe apporter , leurs couleurs & odeurs fe perdent , & les vers s’y engendrent,
^elques-uns y mettent du vieux fer , pour empêcher que les vAs ne s’y met¬
tent. '
des Drogues , Livre VL 175
LesRofes de Provins font des fleurs fort eltimées de tout le monde , à caufe.
qu’elles font très aftrin genres fort propre pour fortifier les nerfs , ou autres
parties du corps alFoiblies , foit par fouUure ou detorfe , après avoir été boüil-
lie dans de gros vin, ou dans de la lit de vin,cllcs ont beaucoup d’ufage dans la mé¬
decine , en ce qu elles entrent dans plufieurs compofitions galéniques ; mais depuis
quelques années que les Rofes de Provins font chcres à caufe du peu de récolté
que l’on en fait, la plufpart des Epiciers & Apoticaircs , ou autres perfonnes qui
vendent ou employeur des Rofes de Provins , fe contentent aflez mal à pro¬
pos de nos Rofes rouges, foit de celles qui fc cultivent autour de Paris , ou
dans les autres endroits j c eft ce qui fait qu’il y a bien à dire qu’il fe confom-
mc tant de Rofes de Provins prefenteraent qu’il s’en confommoit le temps pafle.
Neanmoins ceux qui font ce ménage n’en ont pas plus de raifon , tant parce
que celles des autres endroits n’approchent n’y en beauté ny en qualité, des vérita¬
bles Rofes de Provins ; & de plus, c’eft qu’elles ne fe peuvent conferver aufli
long-temps , malgré tous les foins que ces particuliers y puiffent 'apporter pour
les conferver. Les véritables Rofes de Provins font fi cftimces aux Indes , qu’il
y a des temps qu’elles s’y vendent au poids de l’or , & qu’ils leurs en faut à
quelque prix que ce foit. Outre la grande quantité de Rofes de Provins que
nous vendons, nous en faifons venir les conferves feches & liquides ,& même roage
quelquefois le firop étant les lieux où ces fortes de compofitions fc font le
mieux , & qui que ce foit ne doute pas que ces conferves & firops ne foient beau¬
coup plus parfaites que celles qui fc pourroient faire dans les autres endroits ,
& avec d’autres Rofes. A l’égard du choix de ces conferves & firops , ils n’en
ont point d’autres que d être véritables Provins , & faites par d’honnêtes gens,
& prendre garde qu’elle n’aye etc rougie avec de i’cfprit de yitriol , ou autres
acides, comme il n’arrive que trop fouvent , fur tout quand elle font vieilles. On
cftiiric ces conferves ; fçavoir , la liquide pour aider à prendre les purgatifs en
bol , ou pour fortifier le cœur & l’cftomac ; & la îcchc fert aux mêmes
maladies que cy-deirus,&: même pour guérir les rhumes , & appaifer les cours
de ventre. Le Sirop a les mêmes qualitez que la conferve , à la referve qu’il
n’agit pas avec tant de force.
Outre CCS conferves de Rofes , on nous apporre encore de Provins une autre
conferve de Rofes blanches , à qui on attribue à peu prés les mêmes qualitez de confjrv»
celles qui font faites avec les rouges. Il y a neanmoins bien à dire quelle aye *
tant de confommation.
Nous faifons encore venir de Provins une autre conferve liquide, ou pour
mieux dire un miel fondu dans du fuc de Rofes de Provins récentes , & cuit cn-
fuitc en confiftancc de firop cette conferve liquide eft ce que les Apoticaircs
appellent miel rofat , lequel pour être de la bonne qualité il faut qu’il foit cuit
en bonne confiftancc , le plus clair , c’eft à dire , le plus clarifié , & le plus fidcl-
Icmcntfait qu’il fera polTible, en ce que ce miel rofat clarifié n’eft guère ufitc
que pour les gargarifmcs, &pour fortifier les gencives, furtouc quand on s’en
fert avec de l’efprit de fcl, pour fc nettoyer les, dents. Tout le miel rofat que
les Apoticaircs vendent eft fait de leurs mains, & avec des Rofes rouges d’icy
autour , & fi le plus fouvent il n’eft pas clarifié , c’eft ce qui fait qu’il fe trou¬
ve du miel rofat chez eux , qui rclTcmble plutôt à de la lie qu’à du miel cuit.
If faut neanmoins en excepter les honnêtes gens , car il eft certain que nous
avons à Paris quelques Apoticaircs qui font de très habiles &: honnêtes gens „
& qui n’employent que tout ce qu’il y a de plus beau ôc de meilleur j mais ’il y cn^
1 76 Hiftoire generale
a en tccompcnfc qui ont des drogues qui font incapables d’entrer dans le corps
humain, par les méchantes drogues qu’ils employent , ou par le peu de débit
qu’ils en font , à quoy il feroit facile de remédier h le peuple n’ctoïc pas h ava-
litieux qu’il eft, & que les vifites qui fe font tSus les ans dans un temps prcfcrit,
fufl'ent generales , c’eft à dire qu’il n’y eut point plus de faveur chez les uns que
chez les autres.
Outre toutes ces préparations deRofes , nous vendons de plus comme Con-
fifeurs , le firop de Rofes pâles , c’cll â dire le hrop fait de nos Rofes communes ,
ainfi que je l’ay marque au Chapitre des dragée â la page loi. & pour qu’ii foit
delà qualité requifc il doit avoir été fait avec de la véritable calîoi ad de Bre-
hl , ou autres fucrcs blancs. Il doit être cuit en bonne conhlbnce , d’un bon goût
& d’une bonne odeur.
A l’égard de fa préparation , les uns le font par infufion , les autres avec le fuc
des Rofes i ain|i que l’on le pourra voir dans pluheurs Pharmacopée qui en trai¬
tent. Et comme le parfum elt un Art quiell permis à tout le monde, nous ven-
BauRofe. dons l’eau rofe que nous achetons des Apoticaires , ou D.lbllatcurs , qui font
ceux qui la font. La fabrique d’aucune marchandifc ne nous étant permife,
quoy qu’alfez mal à propos, en ce qu’il voudroit mieux qu’un cliacun ht ce
qu’il vend, afin qu’il en peut répondre , tant parce qu’il y a quantité de dro¬
gues dont on ne peut avoir une jufte connoiffance , quelque fcicnce c[uc I on
aye, & quelque exactitude que l’on ri’y apporte , que parce qu’ils ne pouiroicnt
s’exeufer fur d’autres , comme on le pourra voir par l’eau rofe, en ce quon a de
la peine â diftinguer celle qui cil faite avec les rofes pâles toutes pures , ou mélan¬
gées de bois de rofes d’autres qui font bien pires , qui prennent de l’eau de
fontaine qu’ils diftillent , afin quelles fe gardent, fur laquelle ils jettent tant
foit peu d huile de rofes , & d’autres qui ne prennent pas la peine de la diftil-
1er ; ainfi font de l’eau rofe en tout temps , & au prix qu’ils veulent , ce qui
fait tort aux honnêtes Marcharids.
L’ufagc de l’eau rofe elt fi connu de tout le monde , qu’il cft inuti'e de m’y
arrêter'; mais la plus grande confommation qui s’en fait cft pour les mala.iies
des yeux ,& par quantité d’autres particuliers qui s’en fervent , comme Parfu¬
meurs ,.Paticicrs & autres.
A l’égard de la connoiffance de l’eau rofe , la meilleur que j’en puis donner,
c’eftde l’acheter d’honnêtes gens, & non pas de ces Coureurs qui en colpor¬
tent de boutique en boutique, qui le plus fouvent ne vendent rien qui vaille.
Elle doit être d’une bonne odeur , bien claire , ne fenrant l’emp reme n y le
brûlé ; qu’il y ait au moins fix mois qu’elle foit faite, & de la première tiré , étant
bien meilleur que celle d’après ; car tout ce qu’il y a d’habiles gens fçavcnt qiK:
ce qui monte le premier aux plantes aromatiques , eft toûjours le meilleur , quoy
qu’il y ait tin Auteur nouveau qui dit que lorfqiic l’on diftillc les rofes l’eau
monte la première , cnfuite l’efprit , & en troifiéme lieu l'huilc ; ce qui eft tout
contraire , puifquc ce qui monte le premier eft l’huile avec une eau odorante.
Efprit & Outre l’eau que l’on tire des rofes, l’on en peut tirer un efprit odorant & in-
Rofe/*' fiammablc , fort propre pour fortifier & réjoüir le cœur & l’eftomac.
On peut tirer aufti des rofes une huile blanche & fori odorante ; mais fa gran¬
de cherté &lc peu que l’on en peut tirer, eft la caufe que nous n’en veni'ons
que très peu. Quelques Auteurs difent que les rofes qui reftent dans l’alambic,
après b diftillation , fur tout dans un vaiffeau que l’on appelle Rofairc , & qui
s’y trouve en forme de gâteau, après avoir été retiré & feché au Soleil , cft
ce
des Drogues, Livre VI. 177
cc que l’on appelle chapeau ou pain de Rofes , defquelles on fe fert pour fortifier ; Pain de
mais pour mon particulier , je ne puis m’empêcher de dire que ces rofes boüillics
n’ont pas grandes proprietez , & que ceux qui voudront des painsde rofes préfére¬
ront ceux dont il n’y aura que le fuc qui en aye été tiré, en ce que la raifon veut
qu’une chofe boüillie n’ayc tant de propriété que celle dont on n’a tiré que le fuc,
principalement quand c’eft des aromats. Et cc qui peut prouver mon dire , c’eft
que l’on tirera moins de fel fixes des rofes qui auront été boüiilics , que de celle
dont O» aura retiré le fuc : & de plus , c'eft qu’ils font beaucoup plus de peine à
fccher , quoyque l’on peut tirer un fel des rofes. Le peu d’ufage que l’on en su a.
fait , fera que je n’en diray rien. En un mot , on retire tant de chofes des Rofes °
que fans elle la medecine ne feroit pas fi fieurilfantc quelle eft.
G H A P I T H E I M.
Le Safran que les Latins ont appelle Crocus , à caulc de fa couleur rougeâ¬
tre, eft une attante, ou pour mieux dire un filet d’un tres-beau rouge par
un bout & jaune par l’autre , qui nous eft apporté de pluficurs endroits de
France.
Cc qui porte le Safran eft un oignon alTez fcmblablc à ceux de nos gros écha-
lottes, à la referve qu’ils font un peu plus ronds , & d’une couleur plus rou¬
geâtre ; d’oû fortent des tiges garnies de fcüilles , longues , vertes &l étroites ;
au bout d’icelles naît une fleur d un bleu mourant , dans le milieu derquclles cil
trois petites attentes qui cil ce que nous appellont Safran.
Le meilleur , le mieux nourri , & le plus ellimé Safran , eft ccluy dcBoifne & de
Bois-Commun en Gatinois , où il eft cultivé avec grand foin , étant prefquc toute
la richeflé du pays. On plante au Printemps les oignons de Safran par rayons
I. Partie. %
Divetfes
fortes de
Safians.
Safran en
poudre.
Safran
d*.,ii^ar;nc
Croco-
uugnaa.
fjtira't &
Sel de Sa-
fwn.
1^8 Hifloire generale
comme la vigne , d’un pied dans terre. La première année il ne pouffe que de
l’herbe qui demeure verte tout le long de l’Hyver jufqu au commencement de
l’Eté , & cnfuite ces feüilles meurent. La fécondé année elle repôuflc avec une
fleur gris- de-lin , dans le milieu de laquelle il y a trois petites attentes rou¬
ges quieft le Safran. Lorfqu’il cft prelt à cueillir , ce qui arrive aux mois de
Septembre & Octobre, on le cueille avant que le Soleil foit levé, & aufli-tôt
on le retire d’avec la fleur , & après avoir été bien mondé , on l’étend fur
des clayes fous lefquelles il y a tant foit peu de feu pour le faire fcclltr. Le
lendemain on retourne en cueillir d’autres qui a pouffe depuis que l’autre a
été cueilli ; car c’eft une chofe admirable que ces oignons repouffent en vingt-
quatre heures , & il continuent plufieurs jours a le cueillir & à le faire fccher jul>
qu’à ce que les oignons n’en rendent plus.
Il croit en France quantité d’autres fortes de Safrans, comme ceux d’Ôrange, de
Touloufc,d’Angoulêmc,deMcnillc en Normandie -, mais ce dernier eft le pire
de tous , & il y a bien à dire que les trois autres foient n’y fi beaux ny, fi bons
que le véritable Gatinois ; c’eft pour ce fujet que l’on le doit préférer à tout
autre. Et pour qu’il foit de la qualité requife il doit être en belles attentes ^
longues larges , bien velouté , &c d’un beau rouge , d’une bonne odeur , & le
moins chargez de filets jaunes , & le plus fec que faire fe pourra.
Le Safran eft fort en ufage dans la mcdecine , étant un des grands cordiaux
que nous ayons. Plufieurs Ouvriers s’en fervent à caufe qu’il teint en jaune. Les
Allemands , Anglois & Hollandois , font fi amateurs du Safran du Gatinois , que
tous les ans on en tranfportc de grandes quantité dans leurs pays;
Comme l’on vend beaucoup de Safran en poudre y on ne le doit acheter que
d’honnêtes gens, en ce qu'il y en a qui y mêlent des drogues , que les efprits
les plus mal-tournez auroient bien de la peine à s’imaginer , en ce que Ton prin¬
cipal ufage cft pour délayer dans de l’eau rofe , pour mettre fur les yeux des pe¬
tits enfans , & autres qui ont la petite vcrole : Et de plus , comme c’eft uné
marchandife affez r.hcrc , on n’eft pas bien aife d ette trompé. On nous envoyé
encore d Efpagnc un autre Safran qui eft impoffiblc d’en pouvoir rien faire ,
c’eft ce qui fait que je ne confcille à perfonne de s’en charger , n’étant propre à
rien i ce qui ne provient que de l’ignorance des Efpagnols, quicroyent que le
Safran ne fe peut conferver qu’en y mettant de l’huile.
• Les Anciens failoicnt des Paftilles avec le Safran , la Myrrhe , les Rofes , T Ami¬
don, la Gomme Arabique, & le vin. Toutes ces drogues pulvcrifécs étoient tc-
duitcs en paftilles par le moyen du vin. Ces Paftilles , ou Trochifqucs , nous
étoient apportées le temps paffé de Syrie, & dcfqucllcs on fe fervoit pour guérir le
mal des yeux . & pour faire uriner. Cette pâte trochifqüéc ctoit appciléc des
Anciens Crocomagma, & dcNous Paftilles > ou Trochifqucs de Safran. Ce re-
mede eft peu connu S>c en ufage prefentement.
On peut tirer du Safran un Extrait & un Sel , mais fa grande cherté fait que l’on
en fait point.
A l’égard du Safran d’Orange, qui cftceluy que nous vendons le plus. Quand
le Safran du Gatinois eft cher , il doit être le plus approchant des qualitcz de
celuy du Gatinois qu’il fera pofliblc , quoy que la différence en foit grande, en ce
qu’il n’eft jamais fi gros , n’y que fon odeur ny fa couleur , n’en eft jamais fi
belle & fi bonne.
des Drogues, Livre VL
179
Du Safran Batard.
CHAPITRE IV.
Le Safran Bâtard eft une plante fort commune. Elle à environ deux pieds de
haut, garnies defcüilles , rudes, piquantes , longuettes , vertes & découpée.
Au bout de chaque branche il fort une tête écailleufc de la grolTcur du bouc
du pouce, ôc d’une couleur blanche. De cette tête fort quantité de petits fi-
lamens rouges & jaunes , qui eft ce que nous appelions Safran d’Allemagne , Safran
ou Bâtard , ou Fleurs de Carthame 5 mais comme on ne prend pas la peine au tour
de Paris de recueillir ce Safran. Nous le faifons venir de l’Allâce au de-là & en o'hmfs
dc(^â du Rhin, où il eft cultivé avec grand foin. Il en croit aufli quantité dans
la Provence , principalement du côté de Selon & autres endroits.
Ce Safran eft fort en ufage par les Plumaciers , & pour faire des rouges d’ER
pagne , mais n’a aucun ufage dans la médecine , qui eft bien le contraire de la
graine qui en a beaucoup.
Pour ce qui eft de la graine, les Apoticaires s’en fervent après avoir été mon¬
dées , pour la compofition des tablettes Diacarthami , dont elle eft la baze *, c’eft
pour ce fuj et qu’elles en portent le nom. On doit choifir la fcmcnce de Carthame
pefante & bien pleine, la plus nouvelle & la mieux nourrie que faire fc pourra.
A l'égard de la mondée, elle doit être nouvelle mondée , bien feche , & véritable
Carthame j en ce qu’il y en a beaucoup qui au lieu de vendre de la femence de
Carthame , donnent des graines de Melon, & de Courges coupées ; ce qui fera
facile à connoître , en ce que le véritable Carthame eft rond par un bout & poin¬
tu par l’autre, & en ce qu’il n’cft jamais fi blanc que la femcnce de melon ^ ou
■calebaftc.
CHAPITRE V.
• Du Safranum,
Outre le Safran Bâtard on nous envoyé du Levant , fur tout d’Àlexandric ,
un Safran Bâtard , qui eft en petites attentes extrêmement menues , frilées &
rougeâtre.
Ce Safran eft aufli la Fleur d’une cfpecc de Carthame , qui ne diffère de celuy cy-
dcfliis, qu’en ce que la plante en eft plus petite. On doit choifir cette fleur haute
en couleur , d’un beau rouge velouté , & le plus nouveau qu’il fera poflible.
Son ufage eft pour les Teinturiers, îurtout à Lyon & â Tours, où il s‘en con-
fomme de très groflês parties pour faire des couleurs fines , comme incarnadiii
d’Efpagne & autres.
Hiftoire generale
1 8o
CHAPITRE VI.
Des Balauftes.
LEs Balauftes font les Fleurs du grenadier fauvagc , que l’on nous apporté
de plufieurs endroits du Levant. Nous vendons de deux fortes de Balauf¬
tes ; f^avoir , les fines & les communes. Nous entendons par Balauftes fines cel¬
les qui font garnies de leurs Fleurs , & les communes par celles qui n’ont que
leurs Pecou. Comme les Balauftes fines ont quelque peu d’ufage dans la mede-^
cinc, en ce quelles font fort aftringentes. On doit les choifir nouvelles, garnies
de leurs fleurs , larges , & hautes en couleur , c’eft a dire d un beau rouge velouté,
les moins rcmply de menu & de leur pccoul que faire fe pourra. Les communes
doivent être entièrement rejettées , comme n’étant point de vente , & étant prel-
que dénué de vertu.
cic:iadc. A l’égard du Grenadier domeftique , nous n*en vendons point les Fleurs ,
en ce qu’elles ne fc peuvent pas tant conferver que celles du fauvagc ; mais en
rccompcnfe nous faifons venir quantité de grenade de Provence & de Langue¬
doc , tant à caufe que c’eft un fruit fort agréable à manger , que parce que Ion
fuc a quelques ufages dans la médecine , fur tout pour en faire le firop. Nous
Eco: ce de vcndoiis dc plus l’écorce de grenade, en ce qu’elle eft aftringcnte. On prendra
G.«nade. qu’ellc ayc été bien fechée, & qu’elle ne fente point le moifi j car la pluf-
part dcccux qui vendent de l’écorce dc grenades , ne vendent que des grenades qui
ont été fechées fans avoir été vuidées , &lorfqu’elle font feches & que l’on veut
s’en fervir , elles font fi moifics & font d’un fi méchant goût, quelles font plûtôt
capable de dégoûter un malade que d’apporter du foulagcmcnt.
ulî'civc Nous vendons de plus la conferve fechc dc grenade, qui n’eft que du fucre
fondu , à qui l’on a donné une couleur rouge avec tant foit peu de Cochenille,
decrcmc, de tartre, & d’alun. Cette conferve eft fi difficile à faire , que fi
des Drogues, Livre VI î8i:
an Confifcur ne ferait travailler cette conferve , il n’en viendra jamais à bt)ut , à
caulc du peu d’alun que l’on eft obligé d’y mettre j cat il n’y a point de drd-
guc qui foit plus contraire au fucrc que l’alun , ce qui montre aflez l’erreut de
ceux qui difent que l’on met de l’alun dans le lucre pour le rafiner i
la chofe eft fi réelle que quatre once d’alun font capable d’empêcher dcüx
milliers de fucre de prendrè corps. Pour revenir a nôtre conferve on ferâ
averti de n’en pas faire grande provifion , étant fort peu de demande. Et ds
plus c’eft que lorfqu’elle eft devenue humide &c hors de vente on n’en fijau-
roitplus que faire , ne pouvant fe remettre en conferve comme auparavant -,
ce qui fe peut faire facilement des autres conferves , à caufe comme j’ay déjà
dit, du peu d’alun qui eft dedans. En un mot , l’alun fait au fucre ce que
l’huile fait à l’ancre.
CHAPITRE VIL
Du Sîoec/jas Arabique.
Le Stocchas , mal à appropos appelle Arabique , puifquc tout cetuy que hou^
vendons , ne nous eft apporte que de Provence & du Languedoc, où il croit
en grande quantité.
Le Stocchas eft la fleur d’une plante qui a les fcüilles aflez étroites & verdâ¬
tres. Cette fleur vient en forme d’épic, de la grofleur du bout du doigt , d’ôu
Portent de petites fleurs blûés , allez approchantes de celles de la violette.
La plus grande partie du Stocchas que nous vendons vient de Marfcillc, à cau¬
fe qu’il y en a quantité dans les Iflcs d’Hyeres qui étoient autrefois appeliez Stœ-
chade i ce qui a apparemment fait donner le nom des ces Ifles à cette fleur.
Le peu d’ufage que le Stocchas Arabique a dans la médecine , fait que nous
n’en vendons que très- peu , & c’eft ce qui fait que laplufpart de riotte Stocchas j
eft vieux furané , & prefque fans aucun goût , odeur ny couleur & eft tout brifé j
Z iij
.{tachas
Citiinc.
Stœchas
Arabique
’-^Ianc.
Huile de
Romarin»
i82j Hifloire generale
au lieu qu*il doit être en beaux épies , & d'une couleur blûc. Les Apoticai-
res de Montpellier confervent la couleur de fes fleurs , en ce que aufli-tôt
qu’ils les ont achetées des payfans qui leurs apportent , ils les mettent fecher
dans des livres , & ainfi ont un Stœchas doué de toutes les bonnes qualitez , ôc.
le renouvellent tous les ans j leurs étant une marchandife fort commune.
Outre le Stœchas Arabique , nous vendons encore les fleurs de la Stœchas
citrinc , à qui quelques-uns ont donné le nom d’ Amarante jaune , mais le peu
d’ulàgc que nous en faifons fait que je n’en diray rien , y ayant alTez d’ Au¬
teurs qui en traitent. Cette plante eft fort commune en Provence & en Lan¬
guedoc.
Le Stœchas Arabique vient fî gros & fi grand en Efpagne , qu’il s’y en trouve
delà longueur fiegrofleur du petit doigt, & même qu’il s’y en rencontre quel¬
quefois dont les épies font blancs.
Le principal ufage du Stœchas , eft pour la Theriaque , où il n’a befoin d’au¬
tre choix que d’être gros , nouveau, bien violet & bien net.
CHAPITRE VIII.
Du "Komarin-,
Le Romarin eft une plante fi commune , qu*il eft inutile de m’amufer à en
faire la dcfcription , & fi ce n avoir été les differentes marchandifes que l’on
en tire, &dont nous faifons un négoce affez confiderable , je n’en aurois pas
parlé. Ainfi je commcnceray par l’huilc que l'on tire de fes fcüilles & fleurs ,
qui fc fait en mettant quantité de Romarin dans un alambic fait exprès, avec
une quantité raifonnablc d’eau commune , & par le moyen du feu on en retire
une huile blanche , claire , fort pénétrante & odorante, &doué dettes belles ôi
bonnes qualitez j mais la cherté de cette huile, àcaufe du peu que l’on en tire,
a obligé certaines gens de la fophiftiqucr , ou de luy donner des Subftituts j
des Drogues , Livre V î. i 8 ^
cn cc que la plufpart de ceux qui en vendent ne débitent autre chofe que de
l’Huile de Romarin, dans quoy ils orit fait entrer de refprit devin, ou ils ven¬
dent des huiles d*afpic , de lavandes j ou autres huiles aromatiques , ce qui ne
fera pas difficile à connoitre, tant parce que la véritable huile de Romarin doit
ctre blanche, claire, & tranfparcnte , d’une odeur douce , neanmoins fort pé¬
nétrante.
L’ufage de cette huile que l’on peut appeller elTence , ou quinte-effence de EfRnrt àk
Romarin , eft quelque peu ufitée dans la médecine j mais beaucoup plus par les
Parfumeurs & par quantité de particuliers qui s’en fervent , tant pour aromati-
fer des liqueurs que pour s’en fervir pour la guerifon des playes , comme d’un
baume très fpecifique pour ces fortes de maux. Ces hautes proprictez ont don¬
né fujet à tous les Charlattans & Gens de Theatre , d’en faire leur principale
marchandife , & de ne jurer que par leurs véritables Huile ou ÊlTence de Roma¬
rin -, & cette pretenduë Effiencc conhfte en de l’huile de therebentine , & de la ^
poix gralTe qu’ils fondent enfcmble , & avec de l’orcanette ils luy donnent une
teinture rouge , & enfuite la. débitent malicieufement poür de la véritable Huile
de Romarin , ôc retirent bien de l’argent d’une marchandife qui ne leur coûte
prefque rien. Voilà de la maniéré dont le peuple eft abufé , furtout ceux qui fe
fient à fes Baladins > & ce qui caufe que les honnêtes Marchands en vendent
fi peu que cela ne vaut pas la peine d’en parler.
La deuxième marchandife que nous tirons des fleurs du Romarin , eft une ^
eau à qui l’on a donné le nom d’Eau de la Reine d’Hongrie, en ce qu’on pre-
tend que (j’a été un Hermite qui en donna la recepte à une Reine d’Hon¬
grie. Les grandes proprictez que l’on a reconnu à cette eau , ou pour
mieux dire à un cfprit de vin , empreint des qualitcz des fleurs de Ro¬
marin comme cette liqueur a eu grand bruit dans le commencement, &c la
cherté qu’on la vendoit , comme effedivement elle eft chere quand elle eft fai¬
te dans les formes , à donné occafion à la plufpart de ceux qui en ont fait , &
qui en font encore aujourd’huy, de chercher le moyen de l’établir à fi bon mar¬
ché qu’une pinte ne leurs coûtent pas tant qu’un demiftié de celle faite dans
les règles. Et nous n’avons guère de marchandifes ou il fe commette plus d’a¬
bus que fur l’Eau de la Reine d’Hongrie, furtout en celle que l‘on fait venir
de la Foire de Beaucaire , de Montpellier , ou autres endroits du Languedoc ^
principalement quand elle a été faite par certaines gens qu’il h’eft pas befoin
de nommer j en ce que la plufpart de ceux qui en font métier & marchandife,
au lieu de fe fervir de fleur de Romarin bien mondée , & d'efprit de vin bien
deflegmé j ils ne fe fervent que de feüilles , quelquefois toutes pures , mais
quelquefois aufli chargées de leurs fleurs, fuivant le temps qu’ils la préparent}
&au lieu d’efprit de vin, fervent que d’eau de vie,& enfuite dilliÜciit
le tout enfemble , & en retirent un cfprit de vin j qui eft d’une odeur très -forte de
Romarin > ou pour avoir plûtôt fait, ils diftillcht de l’eau de vie fur laquelle ils y jet¬
tent tant foit peu d’huile blanche de Romarin , & enfuite la mettent dans des
bouteilles de differentes grandeurs , cachetées de leur cachet, avec une iiifcri-
ption moulée au devant de la bouteille , qui a ordinairement pour titre
Véritable Eau de la Reine d*Hengrie Jaite par un tel t à un tel lieu. Et d autres
qui au lieu de la faire venir la font à Paris. Voilà une belle atteftation ^
pour couvrir leurs tromperies. Si pour prouver mon dire j’ay befoin de
preuve , je n’en veux point d’autres que celles que Monficur Verni Maître
Apoticairc de Montpellier dans fa Pharmacopée , au traité des Eaux diftillécs ^
à la pagcSzp. Et M. Charas à fa Pharmacopée Cjaimiquc à la page 6^i. ou l’ori
ïleurs .
Semences
&Scl Ae
Romarin.
Conferve
<ie Roma-
Hu-ic
d’Afpic.
1 84 Hiftoire generale
pourra voir que je ne fuis pas le premier qui a parlé contre fes Sophlftiqueurs :
Et de plus , c eft que je pourrois certifier lavoir veu faire fur les lieux pluficurs
fois, &fi ces preuves ne font pas fuffifances , je m’cn rapporteray à ce qu’il y a
d’honnêtes & habiles Artill:es,dc fçavoir s’il eft poflible de pouvoir établir cette
eau au prix que ces Marchands l’établifient àParis , fournir de bouteille , & d’en
payer les Doüannes & le Port : quand je leur ay objedté cela , ils difent que les
fleurs ne leurs coûtent rien , j’en demeure d’accord avec eux j mais les grands
frais qu’ils font obligez de faire , tant pour les cueillir que pout les monder,
& la cherté del’efprit de vin qu’ils doivent employer , leurs cmpêcheroit bien
d’en faire fi bon marché , puifqu’ils feroient obligez d’en vendre autant une pinte
qu’ils en vendent fix , & l’on ne verroit point tant de vendeurs d’Eau de la Reine
d’Hongrie que l'on en voit, & le public en feroit bien mieux fervi. On fera donc
averty de ne l’acheter que d’habiles gens , & incapables de la frauder , &c d’y
mettre le prix ; car il eft impoflible de la faire de la qualité requife , & d’en fai¬
re bon marché i & quoy quelle coûte cher, ceux qui en auront acheté y trou¬
veront encore plus de profit que d’avoir celle qui leur auroit moins coûté.
On pourra connoitrc la véritable Eau de la Reine d’Hongrie , par fa douce
& fuave odeur ,& qu’elle eft capable de faire revenir les perfonnes les plus atta¬
quées d’apoplexie , tant portez au nez que pris intérieurement , & de chalTer
l’air le plus infedé ; ce qui ne fc rencontre gucre à la plufpart de celle qu’on
voit à Paris , qui eft d’une odeur fi forte qu’il n’eft pas difficile de diftingucr
quelle n’eft faite qu’avec les feüillcs & non avec les fleurs ; & pour faire voir que
la plufpart n’eft faite que de l’eau de vie diftilléc, il n’y a qu’à en mettre dans
une cueillere d’argent pofée fur une affiette où il y aye de l’eau & y mettre le feu,
on verra qu’il y reftera prés d’un quart d’humidité , ce qui n’arriveroit pas fi
elle avoit été faite avec de bon efprit de vin bien déflegme. Cette épreuve eft
aflez jolie, &c qui pourra fervir à l’efprit de vin , comme je le feray voir en
fon lieu & place.
L’ufage de l’eau de la Reine d’Hongrie eft fi grand , & les vertus font fi au¬
thentiques que je n’en diray rien, renvoyant IcLedeur à quantité de livres qui
en traitent , & aux imprimez que ces vendeurs de cette prétendue eau de la
Reine d’Hongrie donnent
Outre l’huile de Romarin & l’eau de la Reine d’hongrie, nous vendons, mais peUj
les fleurs feches, & la femenee & le fcl de Romarin, ayant tres-peu de demande.
Nous vendons encore la conferve liquide des fleurs de Romarin 5 car pour de la
feche l’on n’en vend que tres-pen.
Nous faifons venir de plus du Languedoc & de la Provence , l’huile d’afpic ,
qui eft tiré des fleurs & de petites feiiilles d’une plante que les Botaniftes appellent
Spica » fve Lavenclulamas , vel Nurdus Italica , aut Pfeudo-naràus > qui fignifie Afpic >
ou Lavande mâle, ou Nard d’Italie, ou Nard bâtard.
Cette plante eft fi commune dans le Languedoc &en Provence, fur tout fur
la montagne de la Sainte-Beaume , qu'elle ne coûte qu’à prendre , & avec ' le
bon marché & le peu de frais que ceux qui tirent l’huile de cette fleur font
obligez de faire, ils ne la peuvent pas établir à moins de vingt ou vingt deux
fols la livre, furquoy nousfommes obligés de faire les frais, & de l’augmenter de
plus de vingt-cinq pour cent à caufe du petit poids, ce qui fait que cette huile
augmente de prés de moitié i & cependant nous voyons quantité de perfonnes qui
vendent de l’huile d’Afpic à Paris à des feize & dix- huit lois la livre, &c qui pour
couvrir l’abus , la vendent foûs le nom d’huile d’Afpic de la fécondé forte. Et
d’autres qui font bien pires , qui en donnent à prés de moitié moins , ce qui
ne
des Drogues. Livre VI. 185
ne provient que parce qu’il ne vendent que de l’huile de Thercbcntine , à qui
ils ont donné une couleur d’ambre , avec tant foit peu d’huile de Pctrolle -, mais
la fourberie fera facile à connoitre, en ce que la véritable huile d’afpic doit être
blanche , d’une odeur affez aromatique , & qu’il n’y a qu’elle qui peut difl'oudre
le Sandarac.
Cette huile eft fort propre pour differenies Profeflions qui s’ en fervent , com¬
me Peintres, Maréchaux, & autres. Elle eft aufli quelque peu ufitée en méde¬
cine , tant pour la giicrifon de pluficurs maux , que parce qu’elle entre dans plu-
fieurs compohtions galéniques.
Nous faifons venir des mêmes endroits les huiles de Lavande , de Marjolaine,
de Thim,deSauge,& autres plantes aromatiques ; &c la meilleur connoilTance
que j’en puis donner, c’eft de s’adrclTer à gens fidellcs -, car il eft aflez difficile
d’en donner une jufte connoilfance, ayant alTcz de rapport les unes aux autres,
tant en odeur qu’en couleur.
CHAPITRE IX,
De ÎEpithym,
L’Epithym eft une plante fcmblablc à des cheveux, qui fe trouve fur diffe¬
rent fimplcs , comme fur le Thym, d’oûluy eft venu le nom d’Epithym,
ou de teigne de Thym. Nous vendons de deux fortes d’Epithym 5 f(^avoir , l’E-
pithym de Candie , & l’Epithym de Venife. Le premier eft en longs filamens , de Epithym
couleur brune , & d’une odeur affez aromatique. Le deuxième eft tout au con- £ candtc’
traire fort petit & fnfés , & a beaucoup plus d’odeur queceluy de Venifc. Il y
a unetroificme forte d’Epithym que nos Arboriftes vendent fous le nom d’Epi¬
thym de pays, mais qui doit être entièrement rcjctté,n’ayant ny goût iiy odeur, qui
eft le contraire des deux cy-deffus , qui en ont beaucoup. L’Epithym foit de Vemfc
ou de Candie , doit être bien nouveau , odorant , &le moins brifé qu’il fc pourra .
L’Epithym a quelque ufage^ dans la medecine , en ce qu’il entre dans plu-
fteurs compofitions galleniques.
/. A'a
1 8 6 Hiftoire generale
Cnfcurc. Outre l’Epithym nous vendons de plus une maniéré de plante que l’on ap¬
pelle Cufcute J Podagre, Goûte, ouAngoure de Lin, & des Latins Podagra y ou
t__y4ngin* Lini. Cette plante eft la même chofe que l’Epithym , n y ayant que la
diverfité des plantes fur lefqucllcs elles fe font attachées qui leurs font changer
de nom. Et pour prouver mon dire , je rapporteray icy ce que M. de Torne-
fort a bien voulu me donner par écrit?
La Cufcute eft une plante d’une nature afl'ez fmguliere ; elle vient d’une femen-
ce fort menue , qui produit des longs filets déliez comme des cheveux , qui pe-
riflcnt bien-tôt ainfi que la racine, s’ils ne trouvent des plantes voifmcs autour
defquelles elles fc tortillent , embralfant fortement leurs tiges di leurs branches ,
& tirant leur nourriture de l’écorce de ces plantes. Elle produit quelques fleurs
d’efpacc en efpace ramaffées en petites boules. Ces fleurs font femblables à des
petits godets blanchâtres tirant fur la couleur de chair, coupez en quatre quar¬
tiers , qui lailfent chacune une capfule alfez ronde , membraneufe & remplie de
«quatre ou cinqfemenccs , menues, brunes , ou grifatres , aufli menues que les fc-
mences de pavot.
Cette plante naît indifféremment fur toutes fortes d’herbes. J’ayplus de cent
plantes fur Icfquellcs elle s’attache , & l’on croit que recevant la nourriture des
plantes quelle embraffe , elle en rec^oit auffi les qualitez. On fe fert ordinaire¬
ment de la Cufcute qui vient fur le Lin , & qu’on appelle proprement la Cufcute.
Celle qui vient fur le Thym, eft aufli d’ufage dans la médecine , on l’appelle
Epithim. Elle a la vertu de fortifier les parties , d’emporter les obftructions des
vifceres , & de pouffer par les urines^
Du Spicuard,
gr'and, Ji^anLlndic
VeM IndLLc,
rance
E Spienard, ou Nard indique; eft une maniéré d’épi de la longueur &
igroflcur du doigt , tout garni de petit poil brun & affez rude , qui fortent
des Drogues, Livre VI. 187
^“unc pttite racine de la groâfeur d’une' plume affez femblables à la pirette , à
la referve qu’elle n’eft pas fi longue. On prétend que le Spienard vient par
touft'es, & qu’il vient à fleur de terre qu’il poulOfc une tige longue & mince
mais comme je n’en ay jamais veu fur pied , je décriray icy la manière que
nous le vendons, dont cy-defTus cft la figure que j’ay fait graver avec fa racine,
pour faire connoître que ces racines ne font pas fi menues que tous les Auteurs
<jui en traitent nous le difent , en ayant des morceaux qui font conformes à
ceux que j’ay fait graver , que j’ay trouvé parmy le Spienard que je débité
actuellement.
Nous vendons de trois fortes de Nard j fijavoir le Nard Indic , ainfi appelle
a caufe qu’il vient des Indes , dont il y en a de deux fortes j fi^avoir le grand &
le petit. Le deuxieme cft le Nard de Montagne, que l’on nous apporte du Dau¬
phiné. Et en troifiéinc lieu , le Nard Celtique. Le petit Nard Indic , cft de la
figure cy-deffus , d’un goût amer , d'une odeur forte & aflez dcfagrcablc , ôc le
grand cft de la longueur & groffeur du doigt , & fort approchant des memes
<]ualîtcz , a la referve qu’il cft ordinairement plus brun ou plus rougeâtre j ce qui
fait affez connoître qu’il cft d’une ncccflité abfolue qu’il faut qu’il aye été teint ,
ou que ce foit les divers pays qui en faffent la différence i car pour ccluy qui
vient du Dauphiné il cft d’un gris de fouris , garnis au dedans d'une manière
de tige rougeâtre , & d’une racine de la groffeur du bout du petit doigt , &c
tournez comme fi elle avoit été tournée à un tour , & garnie de petits filamens
fort menus.
A l’égard du Nard Celtique il cft en petite racines écailleufcs , & remplies de
fibres , affez longs , d’où forcent de pcticcs fcüillcs longues , étroites par enbas ,
& larges vers le milieu, & tant foie peu pointus par le bouc, d’une couleur jau¬
ne tirant fur le rouge , lorfqu’cllc font fcche 5c telle que l’on nous les ap¬
porte. Du milieu de ces fcüillcs fort une petite tige d’environ un demy
pied , au bout de laquelle il y a quantité de petites fteurs d’un jaune doré eh
forme de pcticcs étoiles. Ce Spienard nous cft apporté par bottes de différends
endroits , mais la plus grande quantité fc trouve fur les Alpes, d’où nous le fai-
fons venir parla voyede Marfeillc ou de Roücn.
L’ufagc du Nard Celtique n’cft guère cjuc pour la Thériaque, où il a bcfoiii
d’une longue & difficile préparation , puifqu’on cft contraint de le maerc quel¬
que temps à la cave pour îc rendre humide , & pouvoir monder facilement
fa petite racine, qui cft la feule partie de la plante qui entre dans cette com-
poîition.
On doit prendre garde à pluficurs petites plantes étrangères qui fc trouvent
ordinairement mêlée avec , comme du Nard bâtard, & dcl’Hirculus , ou Bou-
quain , ou autres femblables.
On doit choifir le petit Nard Indic &lc Nard Celtique, les plus rcccns,lcs
plus odorans que faire fc pourra. A l’égard du grand Nard Indic, on ne s’en
doit fervir qu’a faute de trouver du petit. Pour celuy de montagne il doit
être entièrement rejette. La chcité du petit Nard Indic -, eft la caufe que
nous n’en vendons que trcs-pcu,&: cela ne provient que parce que les Apoti-
caircs , au lieu d’en employer dans le Sirop de Chicorée compofé , ou autres
compofitions gallcniqucs où il doit entrer , ils luy fubftitucnt la candie , & dif«nc
pour leurs raifons , que c’eft fa grande odciir qui empêche qu’ils n’en employent
ce qu’ils ne diroient affurcment pas fi le fpienard croit â meilleur m^ircné que
la canellc.
/. Partie, Aa ij
k
Nard de
montagne -
Nard cèlti'
que,
i88 Hiftoire generale
CHAPITRE XI.
Du Bifnague.
Le Bifnague ou Vifnaguc , cft les mouchets d’une plante dont cy-deflus cfl
la figure , qui croit en quantité dans la Turquie , d’où l’on nous apporte
celuy que nous vendons. Cette plante fe cultive & fe trouve dans pluficurs
endroits de France, mais principalement au Jardin du Roy à Paris. De toute
la plante nous ne vendons que les mouchets , à caufe que les perfonnes de qua¬
lités, a l’imitation des Turcs, s’en fervent comme de cure dents. Et de plus,
c’eft qu’ils ont allez bon goût.
A l’égard du choix le Bifnague n’en a point d’autre que d’être bien entier , le
plus gros & le plus blond qu’il fe pourra.
CHAPITRE XII.
Des Vio lie s.
Outre le Bifnague , nous vendons d’une certaine fleur violette , que nous
faifons venir de Provence & de Languedoc, ou de Lyon, à caufe de fa
cquleur bluatre, & quelle eft femblable à des violettes feches , on luy a donné
le nom de Violles , & par cette raifon les Apoticaircs s’en fervent au lieu de
Violette de Mars dans pluficurs compolitions où les véritables Violettes font
requifes,ce qui eft un abus , ainli que la fort bien remarqué M.Charas dans
fa Pharmacopée In-quarto , à la page 334. ainfi on fera dons derechef averti
des Drogues , Livre -V î. ï Sç
jque ces Yiolles ne font point des véritables Violettes fcchcs ; mais les fleurs de cette
piante^dont cy-dcfl'us ell la figure, que les Botanifles appellent -.yioU Tricolor ereâlà
jovis Flos Theophralii ‘B.PtnF’iolaAiartia funefliiCauliculjsJon.Loh.JfurgensTricolor
(iod.Fz de qaelques-aUtrcs yiolaPentagonea.^z en François Pcnféc,ou menue Penfée,
ou Fleurs de laTrinité , à caufe qu’étant en vie elles font detrois couleurs 5 Scavoir
violette , bluatre, & jaunâtre ; & comme ces fleurs fontunfucccdantqucles Apo-
ticaires donnent aux véritables violettes , les Marchands doivent être averti de
n’en plus faire venir, mais de les envoyer avec celles qui ont les. fleurs jaunes
en Alexandrie d’Egypte -, où elles font aifez recherchées des Egyptiens qui s’en
fervent boüillies dans de l’eau , qui en font comme une efpece de bicrc , tant
pour corriger leur eau qui n’eft pas trop bonne , que parce que leur dccodion
guérit du mal caduc , & remédie aux maladies du pouimon , & fortifie la poi¬
trine. On pourroit bien s’en fervir icy aux mêmes maladies 5 mais les ApotP.
caires devroient au lieu de fes violettes employer dans les compofitions où les Vio¬
lettes de Mars font requife , de la femencede violettes &non pas fes Viôllcsquc
nous vendons, n’étant pas des Violettes de Mars.
A l’égard des cônferves feches &: liquides ,& firop de violettes , je n’en diray
rien. Les Pharmacopées dcBoudron &Charas , en traitent allez au long, où le
Ledeur pourra avoir recours. Je diray feulement que comme le firop violât eft
un lirop qui n’a que frémi fur le feu , il a alTez de peine â fc confervér un an ;
niais pour empêcher que fa couleur nefe perde, & qu’il ne boüillc , ils le faut
mettre comme font la plufpart des Confiieurs & Apoticaires , qui f^avent leurs
profeflions dans des petites cruches , &c mettre dclfiis du fucre en poudre , &
les bien boucher , & les ferrer dans des lieux temperez fans les remuer , & par ce
moyen quand le firop a été bien fait, il peut fc conferver un an dans une aullî
grande beauté comme s'il venoit d’être fait ; & je pourray bien certifier en avoir
garde dix-huit mois. Pour ce qui elt des cônferves on y doit prendre garde,
fur tout â la fechej caria plufpart de celles que les Confiieurs vendent n’eft que
du fucre, de fins, & de l’inde. Le premier pourluy donner f odeur de violette';
6e l’autre pour luy donner la couleur -, & ce qui caufe cet abus , c’eft que la vérita¬
ble conferve de violette efl alTez difficile â faire & de peu de garde , & coûte beau¬
coup plus que cette fauffie conferve ; & tous ces abus ne proviennent pour là
plufpart , que de l’avarice de ceux qui ont befoin de marchandifes , qui ne fe fou-
cient.pas d’être trompez pourveu qu’il ait bon marché.
O utre ces forres de fleurs nous vendons les fleurs feches de pavot rouge , de
tuflilage, de pied de chat, de mille pertuis , de petite centaure, de muguet , que
les Latins appellent Lilium convaliurriy ainfi de plufieurs autres.
Pour à Pans nous n’en vendons que tres-peu, comme j’ay déjà dit au Livre cy-
devant , â caufe qu’il y a des Herboiiftes qui ont foin d’en conferver, tant bien
que mal , toute l'année. Je dis tant bien que mal, car nous avons des Herborif-
tes qui fijavent autant ce que c’eft que des plantes , n’y de la maniéré dont elles
fe confcivént , comme moy de me vouloir mêler d'une marchandife où je n’en-
tendrois rien, ce qui doit nous obliger & les Apoticaires, d’en prendre foin SC
d’en conferver toute l’année.
Fin des Fleursx
À à iij
Hiiloire generale
I 90
GENERALE
DES DROGUES
LIVRE SEPTIEME.
Des Fruits^
PREFACE
E Ç^oyn^rendYAy rn ce Chapitre tout ce que peut porter le nom de F^uit , ^
néme tout ce qUi fort des Herbes t Jfbïijjeaux i Sous~JrbrijJeaux , CT des
irhres immeàiatemem apres les Fleurs. Je comprendray aujji tout ce qui en
^ort > fait de leur propre nature , ou par excroijjance , comme le Guy au
Chejnet Ugaric a la Meleje-^ CT autres femblables. le traiter ay aujf en
ce Chapitre ce que l'on tire des Fruits.. On dipngue ordinairement les Fruits en deux:
Sçavoir en Fruits à Noyaux > en Fruits à Pépins. On prétend que les Jo^t
compofeX.de trais parties eFniielles : Sçavoir ^ de leur *Teau ou ^fUemb^ane i qui eji
ce que nou< appelions Pelure de leurs palpes , ou parinchyme* f0 de leurs fibres. Il y a
des Fruits dont les Pépins font couverts d'une capfule qui renferme leurs gaines , CT
d'autres qui n'en ont point.
des Drogues .Livre VIL 19?:
CHAPITRE I;
Du Poivre.
LË Poivre blanc eft le fruit d’une pUntc rampante , qui a fes feuilles en tout
& par tout fcmblablcs à celle de nos grofcillcs , apres lefquelles naiflent
des petites grappes garnies de grains ronds , verts dans leurs commcnccmens ^
^ qui étant murs deviennent d’une couleur ghfatrc.
Comme la plante du Poivre ne peut fe foûtenir d’cllc-même , les habitans des
lieux la plantent au pied de quelques arbres , comme des Areca , des Cocos , ou
poi^ie am¬
bré ou « la
192 Hiftoire generale
autres arbres de pareille nature ; mais comme ce Poivre ne nous vient que fort
rarement, c’eft pour ce fujet que quantité de perfonnes aflluent qu’il n‘y a pas
de véritable Poivre blanc, &: que ce n’cft que du noirclcorcé. Mais comme
Ton m’a alTuré qu’il y en avoir , mais qu’il étoit beaucoup plus rare que le
noir , c’eft ce qui m’a oblige de rapporter cecy , d’en avoir fait graver la
figure J & preuve qu'il y a des endroits ôü il fc trouve du Poivre blanc naturel ,
c’eft que M. de Flacourt Gouverneur de l’Iilc de S. Laurens ou de Madagalcar,
n’auroitpas mis dans fon Livre en termes exprès L*lé Fitfc le vray Poivre
blanc qui vient ftir une rampe, dont la tige & les fcüilles fentent tout à fait le
Poivre. Il y en a une fi grande quantité en ce pays , que fans la guerre , & s’il
y eut eu un bon établiffement de Fram^ois , l’on eut pu tous les ans avec le
temps en charger un grand Navire i car les bois par tout, Ôc à Manghabei, en
font remplis i c’eft la pâture des Tourterelles &.des Ramiers. Il cft meur aux
mois d’Aouft , Septembre & Ovtobrc. Q^yque quelques Auteurs, entre-autres
Guillaume Pifon , dans fon Hiftoire des Indes, & apres luy M. Charas , mar¬
quent qu’il n’y a point de Poivre blanc naturel, je ne puis m’empccher de croire
qu’il n’y en ait j car il cftimpoflible que l’on puiffe ccorcer du Poivre noir , & le
rendre aufîi égal comme cft le Poivre blanc coriandre, que les Hollandois nous
envoyent. Et de plus, c’eft que ce poivre étant cafté on y voit encore fa peau,
qui cft une marque infaillible quelle n’a pas été ôtée : 6c de plus , c’eft que fi ce
poivre avoit été ccorcé , ôn en trouvcroit des grains dont la peau ridée y fe-
roit encore -, & la chofe cft fi véritable que tous les poivres qui ont été éçorcez,
&du blanchiment d’HolIandc, il s’y en trouve toujours prés un tiers de noir
qui eft encore garni de fa peau ridée.
Qimy qu’il en foit , on doit choifir le poivre blanc véritable Flollandc , le plus
gros , le mieux nourri , le plus pefant , le moins rempli de grains noir & de
pouffe que faire fe pourra , &c prendre garde qu’il ne foit pas blanchi j ce qui fe
connoîtra facilement en le frottant dans les mains ^ car pour le peu qu'il aye été
blanchi, fa couleur blanchâtre &c farineufe changera en jaune. Et de plus , c’eft
que fur le poivre coriandc non blanchi, il y paroîtdes petits rayons en forme
de côtes, & qu’étant battu la farine en foit belle, & d’un beau gris tirant furie
blanc.
L’ufage du poivre blanc cft trop connu pour m’y arrêter.
Nous concaftbns ou reduifons en poudre groftierc le poivre blanc coriandre,
fur lequel nous y jettons de l’cffcncc d’ambre, & ce poivre ainfi accommodé cft
ce que nous appelions Poivre ambré , ou à la Bergerac , qui n’a autre ufage que
pour les perfonnes de qualité qui s’en fervent.
CHAPITRE II.
Du Poivre noir.
Le Poivre noir eft le fruit d’une plante auffi rampante , qui a fes feüillcs
grandes , larges , fort fibreufes , & garnies de fept nerveurcs fort enfon¬
cées , dont cy-deftus cft la figure , qui m’a été donnée par Monficur de Tor-
nefort
Les Hollandois & Anglois nous envoyent de trois fortes de poivres noir , qui
ne different les uns des autres que fuivant les endroits où ils ont pris naiffance.
Le
des Drogues , Livre V I î. 1 9 3
Le premier &c le plus beau cft le Malabar 5 celuy d’après eft le Jamby , qui ap¬
proche a0ez du Malabar -, le troifiéme qui cft un poivre maigre, fcc àc aride ^
eft le Bilipatham , & qiioyque ce Bilipatham foit le moindre de tous ^ il cft ce¬
pendant le plus cftimé des Mahometans , parce que plus le Poivre eft petit ôc
plus ils en font d’état , & difcnt pour leur iaifon que plus il cft petit &c
plus il y a de grains , & qu’il n’eft pas h chaud que le gros poivre, & c’eft
ce qui fait que les Hollandois apportent fort rarement des Indes du pe¬
tit poivre , & ce qui fait encore que les Hollandois peuvent faire meilleur mar¬
ché du gros poivre de Malabar, que les autres Nations , c’eft qu’ils ne l’achc-
tent jamais argent comptant -, mais donnent en troc aux Malavares de leurs
marchandifcs qu’ils ont apporté avec eux comme du vif-argent , du cinabre
entier & broyé , & quelquefois de l’opium & du cotton , & quoyquc les Anglois
achètent ce poivre argent comptant , & qu’ils l’ont à meilleur marché que les
■Hollandois , ils ne peuvent neanmoins l’établir à fi bas prix qu’eux , parce que
les Hollandois gagnent ordinairement cent pour cent fur les marchandifcs qu'ils
ont vendues, & ce qui caufe que les Anglois ont bien de la peine de donner
une balle de poivre de Malabar fur un lot de poivre noir, qui eft de dix balles,
&CC qui fait encore que la plufpart des poivres que nous tirons d’Angleterre ne
font jamais li beaux n’y fi gros que ceux que nous tirons d’Hollande.
On doit choifir le poivre noir le mieux nourri , le moins ridé , le plus pc-
fant , &c les plus garni de grains blancs , le moins rempli de pouffe qu’il fera pof-
fible, & prendre garde que ce ne foit des poivres dont le plus gros en aye été
ôté pour en faire du blanc , comme il n’arrive que trop fouvent , principalement
à prefenc que quelques Marchands cju il n’eft pas bcfoin de nommer , fc font
amufez d’en blanchir , tant en Hollande , qu’à Roüen, ôc à Paris ; mais cette
fourberie fera facile à connoitre , parce que le poivre noir qui a été échaudé ,
& dont les gros grains en ont été retirez , au lieu d’aller au fond de l’eau il nage
deffus, & qu’en les preffant entre fes mains il s’écrafe facilement;
Comme la plus grande partie du poivre , tant blanc que noir , fe vend
battu, on ne le doit acheter que d’honnetes Marchands, parce que tout le poi¬
vre que ces Coureurs vendent , ce n’eft autre chofe pour le poivre blanc que
des épices d’Auvergne blanche, ou bien du poivre noir qu’ils auront blanchi
avec du ris battu , Ôc le noir n’eft que de la pouffe , ou de croutte de pain , ou
des épices d’Auvergne grife , ou maniguette , & c’eft pour ce lujct que ces af¬
fronteurs établiffcnt leur poivre à quinze ôc vingt fols par livre de meilleur
marché qu’ils ne leurs coûtent à prendre les balles entières , 6c ainfi font tort
aux honnêtes gens qui ne peuvent fe refoudre àde telles trompeyriés.
Le Poivre noir n’a pas d’autre ufage que le blanc , il a âufli quelque peu
d’ufageen médecine ,à caufe de la grande chaleur, c’eft ce qui fait qu’ils en¬
trent dans pluficurs compofitions chaudes, comme la thériaque 6c autres^
A l’égard de la pouffe 6c gi'abeau de poivre, je n’en diray rien j étant inca¬
pable d’entrer dans le corps humain ^ aufîi-bien que les Epices d’Auvergne ,
qui ne devroient avoir d’autres ufages que d’être jettéesau vent , & punir ceux
qui la vendent ou employent , étant la plus pcrnicieûfc 6c dangereufe drogue
que nous ayons.
Et de plus,c’cft que ces Epices d’Auvergne & Pouffe de Poivre, font la caufe
qu’il ne fc débité pas à Paris mille balles de Poivres par an qui s'y confommeroienr,
fi on ne faifoit point venir ces deteftables marchandifes i à quoy Mcflieurs les Fer¬
miers Generaux devroient prendre garde pour deux raifons. La première pour
l Partie, ^ B b
1 94 Hiftoire generale
Tutilité publique. La deuxième pour la perte qu’ils font , à quoy ils pourroient
remedier facilement, en faifant cribler le poivre en entrant en France, & en faifant
condamner à de groffes amandes ceux qui font venir & qui vendent, ou qui em¬
ployeur ces forces de marchandifes , & en faifant interdire du négoce tous ceux qui
font pour compte d’amis , c’eft à dire qui font les gros Marchands & n’ont rien à
eux5& c’eft ces Commiflionnaires qui caufent tout ce defordre, recevant toutes for¬
tes de marchandifes, &lc plus fouvent n’en connoiffent pas une: par ce moyen
trompent le public , & empêchent quantité d’honnêtes Marchands qui ne veulent
pas violer le ferment qu’ils ont fait à Dieu , lorfqu’ils ont été reçû Marchand ,
d’entreprendre de faire du négoce par le bon marché qu’ils font de la marchan-
dife qui ne leurs appartient pas , en étant quitte pour envoyer des certificats faux
ou véritables à ceux à qui elle appartient , figné de deux Marchands de leurs trem¬
pe, & du prix qu’ils ont vendu la marchandife : ainfi fi ces faux Marchands
étoient interdits , ils n’y auroit pas tant de Marchands ruinez , ôi l’on ne ver-
roit pas tant de banqueroutes que l’on en voit , & même on leur feroit plaifir
en deux maniérés. La première, parce qu’ils ne tromperoient perfonnes. Et la
deuxième , c’eft qu’ils ne feroient pas contrains le plus fouvent , d’accommo¬
der leurs affaires , en ce qu’ils font obligez pour avoir de la marchandife d’acce¬
pter des Lettres de Changes i & quand ce vient l’écheance il faut avoir recours
aux Banquiers , ou aux Echevins de Jerufalem , ou finon il faut qu’il faffe ban¬
queroute , étant la plufpart des gens qui n’ont que leurs réceptions, & fi encore
la doivent- ils le plus fouvent. 'Voilà de la maniéré qu’une grande partie du né¬
goce fe mene prefentement à Paris , à quoy MefTicurs les Magiftrats &c les Gar¬
des de nôtre Profeflion font exhortez de vouloir remédier. Je ne parle point
des autres 'Villes de France , pour ne pas fçavoir comment ils fe compor¬
tent.
CHAPITRE III.
Des Epices fines,
LEs Epices fines font un mélange deplufieurs aromats mêlez cnfcmble,&
pour obvier aux abus qui fe ghflent dans la compofition de ce mélange,
j'^y ^ propos de donner la recepte de celles qui ont toûjours été bien rc-
çûës , & delquclles les Chaircutiers fe trouvent bien.
Prenez Poivre noir d’Hollande . . cinq livres.
Girofle fcc . une livre & demye.
Mufeade . ♦ • . une livre & demye.
Gimgcmbre fcc & nouveaux . . . douze livres & demye.
Anis vert & Coriandre, de chacun trois quarterons, le tout pulverifé à part,&
pafle par un tamis decrain fin, & enfuite mêlé cnfemble , & garder dans des
vailfeaux bien bouchez pour le befoin.
Il y a icy à remarquer que la plufpart de ceux qui font les quatre Epices ,
employeur au heu de Poivre, de la poufle de poivre i au lieu du girofle , du poi¬
vre de la Jamaique,ou du Capclet \ au heu de mufeade, du Coftus blanc , ou
în. bien d’une certaine écorce donc je n’ay pû fi^avoir ce que c’eft , finon quelle
' vient des Iflcs , qu’elle eft fi femblable à la canellc matte , qu’il eft impofliblc d’en
des Drogues, Livre VII. 195
pouvoir faire la différence j mais au goût elle eft tout à fait differente , en ce
que cette écorce inconnue a le goût du Saxafras , du Galangà ittinôf , 15t du gi¬
rofle mêlé enfemble, & ceux qui la vendent l’appellent bois de candie, canel-
le giroflée , ou bois girofle , & difent que c’efl; l’écorce de l’arbre des girofles j ce
qui eft faux , mais pour mon particulier je crois que c’eft l’écorce de quelques
cfpeces de Saxafras. On ne doit neanmoins pas faire fond fur ce que je dis, n’en
tarant pas certain. Et pour du gingembre ils ne leurs donnent point de Subfti-
rut étant à trop bon marché,mais employenttout eduy qu’ils peuvent trouver, qui
eft carié. En un mot , plûtôt propre à jetter au feu que d’être employé , & difent
que c’eft' qu’il eft plus facile à mettre en poudre.
^ CHAPITRE IV*
Des Cuhehes,
LEs Cubebcs , Poivre à queue , ou mufqué , font des petits fruits fi fembla-
blc au Poivre noir, que fi ce n’étoit leur petite queue , & qu’ils font tant foit
peu plus gris que le Poivre , il n’y auroit perfonne qui en peut faire la diffé¬
rence.
Ce fruit naît aufli fur une plante rempante , dont les feuilles font longuet¬
tes & étroites , apres lefqucllcs naiffent des grappes qui font chargées de ce
fruit , où ils y font attachez par le moyen d’une petite queue. L’Ifle de Java ,
de Mafcaregne & de Bourbon, produifent quantité de Cubebcs.
On les doit choifir groffes , bien nourries , les moins ridé-cs que faire fc
pourra.
Les Cubebcs font quelque peu ufitécs en médecine , a caufe de leur agréa¬
ble goût , furtout quand elles font tenues dans la bouche fans les mâcher j
ainfi ufîtées font admirables pour rendre l’halcine agréable , & pour aider à la
digeftion.
CHAPITRE V.
Du Poiure de jheueu
Le Poiyre deThevet eft un petit fruit rond de la groffeur du Poivre blanc i
d’une couleur rougeâtre, à un des bouts il y a comme une petite couron¬
ne j mais comme ce Poivre n’eft d’aucun ufage , à caufe de fa rareté , ceft ce
qui fait que je n’en diray rien, me contentant de dire qu’il eft d’un goût aro¬
matique & fort agréable. L’arbre qui les porte eft de la figure cy-devant.
Les Hollandois ont aufli donné le nom d’Amomi au Poivre cy-deffus ^ tant a
caufe de la rcffemblancc qu’il a avec le Poivre de la jamaique^ que parce qu’il
a prefque fon même goût. Et à caufe qu’il eft comme rond & qu’il ale goût du
girofle , on luy a donné le nom de petit girofle rond, pour le difterencicr d’avec
les noix de Girofle , ou de Madagafcar , & fon 5’en fert aux mêmes ufages >
c’eft à dire comme du girofle ordinaire.
/. ?Anic. Bb ij
Hifloire generale
Mecaxu-
■ichii,
1 9S
CHAPITRE VI.
DuVoiure long.
Le Poivre long cft le fruit d’une plante tout à fait fcmblable à celle que
produit le Poivre noir , à la referve quelle ne grimpe pas fi haur ^en ce
qu elle vient ordinairement en forme d'arbriiTeau , & fe foûtient d’elle même
parce qu elle a ordinairement un gros tronc , & en ce que fes feuilles en font
plus minces & plus vertes ,& ont la queue moins longues.
Le Poivre long des Indes Orientales , qui cft celuy que nous vendons ordinai¬
rement , cft un fruit de la grofteur & longueur du doigt d’un enfant. Ce n’eft
à proprement parler qu’un amas de petits grains tirant tant foit peu fur le rouge
pardcfruSj&: noirâtre au dedans. Dans chacun de fes petits grains il y a une
cfpccc d’amande ou poudre blanche , d’un goût chaud & piquant , &: ils font
j(î bien unis cnfcmble , que l’on ne les peut feparcr qu’en les caftant , & tout
Gct amas forme un fruit de la grofteur longueur cy-deftus.
Les Hollandois & Anglois nous envoyent quantité de ce poivre , qui pour
être de la qualité rcquife doit être nouveau , bien nourri , gros , pefant , mal-
aife i rompre , le moins cane & le moins rempli de terre ou de poüfte , qu’il fe
pourra J à quoy il cft aftez fujet.
Le Poivre long cft quelque peu ufité dans la médecine, en ce qu’il entre dans
plufieurs compoTîtions gallcniqucs , & meme dans la Thériaque , où il n’a bc-
foin d’autres préparations que d’etre choifî comme cy-deftus , & d’être frotte
d’un linge rude pour luy ôter la terre qu’il peut y avoir. Q^lques-uns l’ordon¬
nent pris en poudre dans un bouillon , la pcfantcur d’un gros , & pour faire ve¬
nir le laicaux nourrices.
CHAPITRE VII.
Du Poivre lorg de {Amérique.
IL fe trouve aüx Ifles de l’Amérique un arbrifteau qui a fes fcüilles aftez fem-
blablcs à celles du Plantin, qui produit un fruit d’environ un pied de long,
au rapport de Nicolas Monard. Cefruit cft compofe de plulicurs petits grains,
à l’entour d’une queue longues &cntaftépar ordre, & s’cntrctouche l’un l’au¬
tre, & forme enfemblc la figure du Poivre long. Le même Monard dit que ce
fruit étant frais , il cft vert j mais le Soleil le fait meurir & devenir noir, & qu’il
a plus d’acrimonie que le Poivre long des Indes Orientales.
Ce Poivre long de l’Amerique cft ce que les Ameriquains appellent
chit. & duquel ils fe fervent pour mettre dans le Chocolat. Apparemment
que l’Auteur du Livre duThee, Caphé& Chocolat , n’a jamais entendu parler
de ce fruit icar il n’en fait aucune mention.
Ce Poivre long cft fuivant les apparences celuy que le R. p. Plumier entend
fous le nom de Saurums Botrjitis major ti^rhorefeent foliis plantagineis 7 qui fignifie
des Drogues , Livre VIL 197
grande queue de lézard , arbre à grapes &c à feuilles de plantin. Ce R. P. marque
que ce Poivre long cil un fruit ou plutôt une grappe , d’un deiny pied de long,
&de quatre à cinq lignes d’épaifleur dans le pas , elle fe retrcirit au bout, &
elle eft chargée de quantité de grains de la grolTcur prefque de ceux de la mou¬
tarde , qui font noirs dans leurs commencement , & noirs Ôç mois dans leur ma¬
turité , d’un goût chaud & piquant. Ce même Pere dit que ce Poivre eft beau¬
coup en ufage par ces Infulaires , aufli-bien que la racine de fa plante , pour fe
gueiir d’une, maladie qu’ils, appellent Mal-d’Eftomac, Il marque de pks, qu’il
ie trouve de plufieurs efpeces de cette plante dans les Ifles, qui ne dmcrentque
par la grandeur des feüillcs i mais comme cela ferpit trop long à décider, je
renvoyé le Leéleur au Livre qu’il en a fait depuis peu, où il en traite fort am^
plcmenr.
CHAPITRE VIII.
Bu poivre long noir,
DUtre les deux Poivres longs noir dont je viens de parler , nous en vendons
quoyquc rarement, un troifiéme fous le nom de Poivre long noir , ou
de Poivre d’Ethiopie, ou des Maures, ou de grain de Zelim. Ce poivre eft le
fruit d’une tige rempante, qui ne produit n'y feüillcs ny fleurs; mais feulement
cinq ou fix têtes de la erofleur du bout du poufle , dures , & à demy rondes , d’oii
Portent plufieurs goufles de la longueur du petit doigt , & de la groifeur d’une
plume à écrire, brune audeflus, & jaunâtre dedans. Ces goufles font divifées
par nœuds, Si dans chaque nœud il s’y trouve une petite feve, noire deflus &
rougeâtre dedans , fans prefque aucun goût n’y odeur. Ce qui ne fe relfemblc
pas à fa gouflc,quicft d’un goût chaud , acre , piquant, & alfez aromatique,
furtout quand on l’a tenu quelque temps dans la bouche : & a caufe de cette
grande acrimonie , les Ethiopiens s’en fervent pour guérir du mal de dent ,
comme nous faifons icy de la pirette.
Comme ce poivre eft peu connu & fort rare en France , c’eft pour ce fujet
que je n’enparleray pas plus au long.
CHAPITRE IX.
Du Poiure de cuinèe.
T E Poivre de Guinée , ou Corail de Jardin , que les Ameriquains appellent
^Poivre de Mexique, de Ta.baco, deBrefil ,d’Efpagne^ Poivre long des In¬
des rouges, Chilli, Axi, ou Carive, & de nous Poivre de France, Piment , ou
Poivre de l’Amerique , eft un Poivre rouge dont il y en a de trois fortes : Sc^avoir,
le premier que nous vendons qui vient en goulTe de la groifeur & longueur du
pouce.
Le fécond qui eft plus menu , & qui vient prefque en forme de foflille , &
comme relevez en bolfes.
B b iij
198 Hiftoire generale
Et le troificmc eft le plus petit qui cft piefque tout rond. Toutes ces trois
fortes deEoivres étant attachez à la plante font verts dans leurs commence¬
ment , jaune dans leurs milieu , & rouge fur la fin.
De CCS trois fortes de Poivres nous n’en vendons que la première efpece , en
ce que les autres font trop acres , ce qui fait qu’il n’y a que les Sauvages qui
s’en fervent en étans fort amateurs.
Le Poivre de Guinée que nous vendons vient du Languedoc , furtout des
Villages auprès de Nifmcs , où il s’en cultive beaucoup , & cette plante eft pre-
fentement fi commune que nous n’avons fort' peu de Jardins où il n’y en ait,
&mcme qui ne fervent de parure fur plufieurs boutiques.
L’ufagc de ce Poivre eft pour les Vinaigriers , qui s’en fervent pour faire du
vinaigre , & qui pour être de la qualité requife doit être nouveau , en belles
gouffes , feches , entières , & bien rouges.
Quelques-uns confifent ce poivre au fucre, &s’cn fervent à porter fur mer. Les
Siamois mangent ce poivre tout crud comme nous faifons icy les raves.
CHAPITRE X.
Du Girofie.
Le Girofle eft à proprement parler la fleur endurcie de certains arbres, qui
ont toujours été fort communs dans les Iflcs des Moluques;rnais depuis quel¬
ques années les Hollandois ne pouvant empêcher les Anglois, les Portuguais,
&Nous d’y aller, & cl’cn apporter dju Girofle , ils fc font avifez pout fe confer-
ver & fc rendre feul les maîtres de cette marchandife , d’en arracher tous les
arbres, & de les tranfporter dans l’Iflede Ternatci & par ce moyen il faut que
les autres Nations achètent deux le Girofle, n’en pouvant avoir d ailleurs.
A l’égard de la fciiille de l’arbre portant le Girofle, la figure cy-deflus repre-
des Drogues, Livre VIL * 199
fentcc, a été tirée d’après l’Original, queM.de Tournefort a entre Les mains.
Il a de plus la Racine ,1a Tige , & les feuilles , dont la figure cft marquée A , qui
«ft venue de deux Girofles qui ont été fcmée, qui en peu de temps ont pro¬
duit cette petite racine, tige, &fcüillc cy-deflus rcprefentéc.
Lorfquc le Girofle commence à paroître , il eft d'un blanc verdâtre , cnfui-
tc rouflatre , & à mcfure qu’il meurit il brunit, & fans que cette couleur luy
Vienne d’avoir été trempé dans l’eau de la mer , & avoir été feché au feu , com¬
me quelques Auteurs le marquent -, car les Hollandois, oulesInfulaires,nc font
autre préparation au Girofle, fiiion qu’aprés l’avoir fait tomber de l’arbre avec des
perches , ils le font fecher au Soleil en pleine campagne, ôc enfuitc l’enferment
& le gardent. Comme il cft impofiible qu’il ne refte quelques Girofles fur les ar¬
bres quand la récolte en eft faite , ils deviennent de la grofl'eur du pouce ,
& il s’y trouve une gomme dure & noire , d’une agréable odeur , & d’un
goût fort aromatique. Je n’en ay jamais veu de fi gros , mais feulement de
la groffeur du bout du petit doigt. Nous en trouvons quelquefois parmy le Gi¬
rofle , mais alfez rarement, parce que les Hollandois les vendent feparement foûs
le nom de Clou matrix, ou de Mcrc de Girofle ,& ces gros Girofles font con- ^lou Ma.
nus en médecine foûs le nom Latin cÂntolflei mais le peu d’ufage qu’ils ont
en France fait que les Apoticaires ne fe font pas une affaire de leurs fuppofer ciioflc.
le Girofle ordinaire , quoy qu’il feroit beaucoup plus à propos de les employer
oû ils font requis , que de fe fervir des autres , puifqu’ils fe trouvent rem¬
plis d’une gomme extrêmement odorante & aromatique , & doüées de tres-
grandes proprietez , ce qui ne fc rencontre pas dans les Girofles ordi¬
naires.
On a remarqué que là oû croilfent les arbres portant le Girofle , aucun arbre
ou plante n’y peut profiter , à caufe que la grande chaleur de ces arbres dévo¬
ré toute l’humidité radicale de la terre qui les environne. On a remarque
aufli qu’il n’y a point d’arbres dans tout le monde qui rendent une odeur fi
fuave que les Girofles lorfqu’ils commencent à paroître.
On doit choifir le Girofle bien nourry , fec , facile à calfer, picquant les doigts
quand on le manie, d’un rouge tanné , le plus garni de fon fuit , à qui quel¬
ques-uns ont donné mal à propos le nom d’Antolfcc. J’entends par fuft la petite
tête qui fe trouve au haut des Girofles, qui cft fort tendre & d’une couleur d’un
tanné clair , &:,qui étant mife dans la bouche aye un goût chaud , piquant , &c
aromatique , & rejetter ceux qui font maigres , noirâtres , molaftcs , & fans pref-
que aucun goût ny odeur. On prendra garde aufli que ceux qui font de la
bonne qualité ne foient mélangé de Girofle, dont la teinture ou l’huile en ayt été
tirée , parce qu’il s’en trouve qui en font fi chargés qu’il y a plus de la moitié
de CCS méchants girofles i ce qui n’eft pas d’une petite confequcnce , étant une
marchandife aflez chere. Je ne m’arréteray point à vouloir décrire une infinité
de friponneries que quelques-uns font fur cette marchandife, parce que toutes
CCS malverfations fcroient trop difficiles à décider, & que je les pourrois appren¬
dre à ceux qui ne le fçavent pas, puifqu’il fera facile à connoitre par les mar¬
ques cy-deflus le bon d’avec le mauvais, & pour plus grande fureté on le doit
acheter tant qu’on pourra de gens incapables de frauder la marchandife , & de
ne pas s’attacher au bon marché.
L’ufagc du Girofle eft trop connu pour m’y arrêter , je diray feulement que
fon excellente vertu &fon agréable odeur , luy ont fait donner rang dans les rc-
îîredes cordiaux.
Girofle
confit.
Huile cîe
Girofle.
200 * Hiüoire generaie
Les Hollandois confifent le Girofle étant encore vert, & fls en font une très-
bonne confiture, dont ils fe fervent tant pour porter lur nier , que^pour plu-
fieurs vieillards qui s’en fervent pour fc rétablir la chaleur naturelle. Ce Girofle
doit être tendre , d’un goût chaud & agreabie, & qu*il ne foit point trop char¬
gé de firop,en ce qu’il eft bien moins eftinié que le fruit, qu’il y en ayt feule¬
ment pour le conferver.
Les Hollandois tirent par le moyen de la djUillationde ce fruit une huile, qui
étant nouvelle eft d’un blanc doré ,& qui rougit à mefure qu’elle vieillit. Cette
huile pour être parfaite doit être de la couleur cy-delfus , gralfe , & nageante lur
l’eau ,1a plus forte & pénétrante au goût qu’il fera poftiblc, & qui aye de plus l’o-
•deur & la faveur du Girofle On doit encore être foigneux de n’acheter cette huile
que d’honnêtes gens , par les diverfes mélanges que l’on y peut faire , ce qui
fera afléz diflicilc à connoître , à caufe de la forte odeur de cette huile.
On peut tirer du girofle une huile blanche, par le moyen du feu , d’un verre
à boire, & du cul d’une balance, comme il eft marqué dans M.Lcmery j mais
le jeu n’en vaudroit pas la chandelle , tant par la longueur de temps qu’elle eft
à faire, que parce qu’elle reviendroit au double de celle que nous tirons d Hol¬
lande , & fl elle n’clt pas meilleur.
L’huile de girofle eft fort en ulage par les Parfumeurs , elle eft quelque peu
d’ufage en médecine, parce que l’on prétend quelle eft fouvcrainc pour guérir
les maux de dents.
A l’égard du girofle en poudre , on ne doit pas être moins foigneux de l’ache¬
ter d’honnêtes gens, & ne pas s’attacher au bon marché , puifqu’il eft facile d’y
mélanger de cette écorce que nous appelions mal a propos bois de girofle, parce
qu’elle en approche du goût & de l’odeur, & que ceux qui font ce mélange fc
fondent fur l’autorité de certains Auteurs, qui ont écrit que le girofle avoir Ton
écorce de la figure de la canelle , ôe le goût du girofle -, ce qui eft bien éloi¬
gné de la venté , ainfi que je l’ay fait voir au Chapitre de la Canelle giro¬
flée.
CHAPITRE XL
Du Girofle royal.
ODtrc le girofle cy-deflus décrit , l’on trouve en Hollande , mais fort rare¬
ment , un petit fruit delà figure & grolfeur d’un grain d’orge, qui a à fes cx-
trcmitez une pointe, & qui font attachez cinqoufix enfembleàune petite bran¬
che, fi bien qu’ils forment enfemble une manière de petite couronne.
Ce fruit eft d’une couleut de fer , & a lè même goût & l’odeur du girofle ordi¬
naire. L’arbre qui le porte eft unique au monde, & ne fc trouve qu’au mi¬
lieu de rifle de Maflia aux Indes Orientales , où il eft appcllé des habitans de
l’Ifle Thinca-Radoi , qui fignifie Girofle-Royal. Ce fruit eft tellement révéré du
Roy de' rifle , qu’il le fait garder par ces Soldats , afin que per-fonne n’en ayt
que luy. On prétend aufli que lorfque cet arbre eft charge de ces fruits , les au¬
tres arbres s’inclinent devant luy comme pour luy rendre hommage, &
luy faire honneur , & que les fleurs des arbres du girofle ordinaire tombent
quand les fiennes commencent à paroître. Les Indiens enfilent ce fruit , & en
01
Thinca
Radoi,
De la Mufcadé,
MutTCCbdé’ Cou
vert âie TUacU
Mu»rocul& I
d/ou ArtJûrHtf'
Cette Ti^e \
deuxTeuiUM]
MuifcoAle
yLiufocuJLe Te^nell^
A Mufcadc , ou Noix Aromatique , que les Latins appellent Nux Mof-
cata > mjrifiica , ou i^rmatica , cft à proprement parler l’amende d’ua
/. Partie^ C «
Miifcade
mâle Sc fe¬
melle.
Mscîs.
I
Mufcadcs
Sauvages
ou Ivlàles.
Azcrbcs.
20Z Hiftoire generale
fruit de la grolTeur de nos noix vertes , que nous diftinguons en deux ; Sçavoir ,
en mufeades mâles ou longues , ou en mufeades femelles , ou rondes , ou ordi-
naires.
L’arbre qui porte les mufeades eftdela grandeur du pefeher , & a fes fcüillcs
à peu prés de même au rapport de Dalecliamp , â la referve qu elles font plus
courtes ôc plus étroites , après lefquclles naît un fruit de la grofleur des noix ,
ou des abricots. Cet arbre , félon Monfieur Tavernicr , ne fc plante point i
mais il naît par le moyen de certains oifeaux qui viennent des Illcs de vers le
midy qui avalent les mufeades toutes entières , & les rendent de mêmes lans les
avoir digéré , & que ces noix étant alors couvertes d’une matière vifqueufc ôc
gluante, & venant â tomber â terre elles prennent racines , &produifent un ar¬
bre qui ne viendroit pas fi on le plantoit de la maniéré des autres.
La Mufeade eft aufli une marchandife dont il n’y a que les Hollandois qui en
font les maîtres , parce qu’il n’y a gucre que les Illcs de Nero,de Lontour, de
Pouleay , de Rofgain , de Polcron , de Granapuis , & de l’Illc Dame dans la gran¬
de Iflc de Banda dans rAfic,& non pas dans les Indes Occidentales , ainfi qu’un
nouveau Auteur le dit , & il eft remarquable que fi peu de terroir puif-
fe fournir atout TUnivers des mufeades. Ce qui ne fera pas difficile à croire ,
quand on fi^aura que ces Illcs font fi peuplées de mufeadiers , que c’ell une cho¬
ie prefquc incroyable. Et de plus, c’ cil: que ces Illes font fur un Climat fi bon,
que ces arbres font tnûjous chargez de Fleurs & de Fruits , & que la récolte
s'en fait trois fois l’année ;Sçavoir, en Avril, en Aouft, & en Décembre. Celle
d’ Avril font beaucoup plus cllimées que celles qui ont été cueillie en Aouft
& en Décembre 5 & ce Climat eft fi tempéré que les hommes y vivent jufqu’â
fix vingt ans , & n’ont autre fouci que de boire , de manger , de dormir , & fc
promener , pendant que les femmes s’occupent â feparer le brou des mufea¬
des, de faire fccher le maqis, &dccallcr les coques dans quoy font les Mufea¬
des i étant la principale marchandife du pays , de prcfque tout ce qu’ils ont pour
vivre.
Les Mufeades que nous vendons ne font donc â proprement parler que l’a¬
mende de ces fruits , qui font couverte d’une coque dure , mince , & noirâtre.
Delfus cette coque il s’y trouve une enveloppe qui ne couvre en partie que la
coque qui eft minée de rougeâtre, d’une odeur fuave de d’un goût aromatique,
qui eft ce que nous appelions Macis , de du vulguairc , qüoyque mal â propos ,
fleur de mufeade. Après le Macis il y a le Brou, qui eft vert qui n’eft d’aucun
iifigc j ainfi l’on peut remarquer par ce que je viens de dire, que la Mufeade a
trois enveloppes ou couvertures : S(javoir , la Coque , le Macis , & le Brou , de non
deux , comiULC un Auteur nouveau le marque , de la chofe eft fi réelle que pour
le peu que l’on fc donne la peine de couper une mufeade confite en deux , l’on
y trouvera les trois parties que je viens de décrire.
Les arbres qui portent les Mufeades femelles, ou ordinaires, ne vicnneni que
dans les lieux cultivez, Ô^cenx qui portent les mufeades longues , viennent dans
les bois de forefts , c’eft ce qui fait que les Hollandois appellent ces mufeades
Mufeades mâles ou Sauvages j mais comme elles font peu ufitées âcaufe quel¬
les font prcfque fans aucun goût ny odeur, ainfi denuez de vertu -, c’eft le fu-
jet pourquoy nous n’en voyons que très rarement. Ces mufeades mâles étoient
appcllces de nos anciens Azerbes.
Pour ce qui eft des mufeades ordinaires , on les doit choifir en forte , c’eft à
dire telles qu’elles viennent d Hollande , bien fleuries , pefantes , unies , d’un
des Drogues , Livre VIT. 203
gris blanchâtre , au delTus d’une belle maibrcurc , rougeâtre en dedans , accom¬
pagné d’une humeur gralTe & ondtueufe , qui font les marques de leur nou¬
veauté , & qu’étant râpé (oient d’une odeur (uave, & mife dans la bouche, ayent
un goût chaud , piquant , & aromatique. A l’égard du petit trou qui fc rencon¬
tre aflez ordinairement aux mu(cadcs , c’ell une erreur populaire de croire que
cela luy diminue fa qualité i car il n’y a point de mufeade où il n’y aye ce petit trou -,
en ce que aulTi-tot quela petite peau qui en cil: comme le germe, en cll; levée,
l’on découvre ce petit trou.
L’ufagc des mufeades eft h connus qu’il cft inutile de m’y arrêter , je diray
leulcment quelle clt quelque peu ufitée en médecine , & qu’étant battue avec
du fucrc on en fait une poudre qui cft admirable prifc dans du vin chaud pour
guérir le rhume qui vicnd de caufe froide , & l’on a donné à cette poudre le
nom de Poudre Duc jla doze ordinaire eft fur une livre de fucre, deux* onces de Pouàre
mufeade, quelques-uns y ajoutent de laCancllc. Leshabitans de l’ifle d. Banda
confifent ces mufeades étant encore vertes, & nous font apportées par les Hol-
landois , quelquefois avec du (irop, & quelquefois aufli fans (irop , mais fous
poudré de fucrc en poudre.
Ces mufeades confites font une des meilleures confitures que nous ayons j
ccant fort propre pour fortifier l’cftomac, & pour rétablir la chaleur naturelle
fies vieillards ^ mais leurs principal ufage eft pour porter fur mer , particulière¬
ment par les Septentrionnaux qui font fort amateurs de ces fortes de confitu¬
res j clics doivent être les plus groifes , les plus nouvelles que faire fc pourra , ne
fentant n’y l’aigrc ny le moify.
A l’égard de l’huile de mufeade que nous f^jfons venir d’Hollande, je diray
que l’on la doit rejetter , n’étant prefque que du beurre trais, c’eft ce qui fait mufeade
que les Apoticaircs , ou autres perfonnes qui en auront befoin, feront beaucoup
mieux de la faire eux mêmes que d’acheter celle que nous vendons , & que nous
faifons venir d’Hollande , àc par ce moyen feront aifuré davoir de la véritable
huile de mufeade , 5c C clic ne leur reviendra pas à un écu par livre davantage.
La véritable huile de mufeade doit être épaillc , d’un jaune doré , d'une odeur
fuave& aromatique, & d’un goût chaud 5c piquant.
La manière de faire cette huile cft fort facile, n’y ayant qu’à pulvcrifcr grof-
fiercment les mufeade , 5c les mettre dans un tamis de crin fur une badine d’eau
boüillantc ,& couvrir le tamis d’une toile de crin double 5c d’un plat, & lorf-
que le cul du plat aura été chaufté par la vapeur de l’eau boüillante , on ren-
Verfera le tamis fiir le plat, &: avec toutes les diligences pofiibles , on prendra les
quatre coins de la toile que l’on noücra avec une corde le plus fort qu’il fc pour¬
ra, 5c ayant mis ces mufeades ainfi échauffées dans une pieffe entre deux pla¬
ques chaudes, 5c preffer enfuite le plus également 5c le plus vite que Ton pour¬
ra, il en découlera une huile dorée qui fc congèlera à mefurc quelle tombera ,
dans le plat. On peut tirer par la diftillation des mufeades une huile claire 5c
fort odorante, qui a les mêmes qualitez que celles qui a été faite par exprclTion,
mais elle revient à beaucoup plus. Ution.
L’une 5c l’autre huile de mufeade font doüées de tres-grandes proprietcz , tant
prifes intérieurement qu’ extérieurement, étant fort ftomacales.
Pour ce qui cft du Macis , qui eft l’enveloppe de l’écorce, qui reforme la mulL
cade, on le doit choifir en larges fcüilles,lc plus haut en couleur , 5c le moins
rempli de menu que faire fc pourra, & qu’il foit d’un goût fort chaud 5c fort
aromatique. Quelques-uns afl'urcnt que le Macis étant nouveau, & tout fraî-
chcmpnt découvert de fon brou , cft rouge comme de l’écarlatte, 5c qu’à me^
/. Pâme. ^ Ce ij ^
Huile de
Macis.
204 Hiftoire generale
fure qu’il vieillit fa couleur fe perd , & devient tout blanc.
On peut tirer du Macis une huile par expreflion , comme de la mufeade, on
en peut tirer auffi une par la diftillation j mais comme ces deux huiles revien¬
nent à beaucoup plus que celles des mufeades , c’eft, le fujet pour lequel on en
fait que tres-peu , quoyque ces deux fortes d’huiles foient doüées de grandes
proprietez.
A l’égard de l’écorce , du tronc , & des branches du mufeadier , le peu qui s’en
confomme ne mérité pas d’en parler , à caufe qu’elle nous eft apportée que
fort rarement , & à caufe delà grande reffemblance quelle a avec le Coftus
blanc, & qu’elle en a à peu prés le goût. Quelques-uns vendent ce Coftus au
lieu de l’écorce de l’arbre des mufeades , à quoy il faut prendre garde.
CHAPITRE XIIL
Du Caffè,
E Calfé , Colfé , CofB , Cahui i/ut Caoua, Buna, Bonca, Bonco,
_ _ jBunnu , Buna , Bon , Ban , ou ElKaric , eft fuivant ' un Auteur nouveau , le
fruit d’une plante dont la tige reflemble à celle de nos feu'és domeftiques ;
mais comme c’eft une perfonne fur qui je ne peut faire fonds , j’ay mieux aimé
m’en tenir à ce qu’en a écrit Bauhin, Auteur célébré, & rc^û de tout ce qu’il y a
d’habiles gens , qui dit que le bon eft le fruit d’un arbre dont la fcmcncc nous
eft apportée de l’Arabie heureufe , & que l’arbre eft femblable au Fufin , ou
Bonnet de Prêtre , & que ces feüilles font épaiffes & toûjours vertes , dont cy-
deflus eft la figure que j’ay fait tirer après luy , à laquelle j’ay neanmoins fait
ajoûter la figure du CafFé telle qu’il fort de l’arbre.
On doit choifirleCaffé verdâtre, nouveau, ne fentant lemoify, d’un grain
de moyenne grolfeur , ce qui luy a fait donner le nom de Caffé de la petite
cpinoche , le moins rempli de grains, tel qu’il fort de l’arbre, ou de coques vui-
des Drogues, Livre VIL 205
des. En un mot, le mieux mondé & le moins rempli de grains deCaffé, fccsôC
arides , qu il fera poflible.
A l’égard de ceux qui en feront venir de Marfeille, ou qui en achèteront des
balles entières , prendront garde que le cul des balles n’ayent été moüillées , en
ce que dés que cette marchandife a foulfcrt , elle fe gâte , & corromp le refte de
la balle, à quoy l’on doit bien prendre garde.
Le Calfé n’a autre ufage qu’aprés avoir été brûlé pour faire une boilTon avec
de l’eau & du fucre, & cette boill’on a plus ou moins de propriété, fuivant que
ceux qui le confomment l’aiment.
Outre la grande confommation que l’on fait du Caffé pour le brûler, depuis
quelque temps l’on s’eft avifé de le faire boüillir , & de le manger en guifc de
poids : ce qui eft bien contraire de ce qu’en a dit l'Auteur du Traité , du Thé ,
du CalFc , & Chocolat , qui dit à la page 5)1. de fon Livre , en ces termes : A l’é¬
gard de la graine du Cafté , clic a tant de folidité qu’on ne peut n’y l’amolir ,
ny la cuire , foit en la faifant tremper , foit en la faifant boüillir dans l’eau : ce
qui eft faux , ainfi que l’cxperience nous le montre , à moins que le caffé n’aye
changé de nature depuis l’année 1687. qu’il a fait fon livre.
A l’égard du choix du Caffé brûlé & en poudre , la connoiffancc en eft affez caff.:-
difficile , parce que les uns le brûlent plus les autres moins ; ainfi la meilleur con- p*"®'
ïioiffance que j’en puis donner , c’ eft de l’acheter d’honnêtes gens, & qu’il foit
le plus nouveau préparé qu’il fera poflible-, car on prétend que le Caffé étant
vieux préparé, qu’il eft évanté & qu’il a perdu de fa force.
CHAPITRE XIV,
Du Cacaos,
Le Cacaos que les Ameriquains appellent Cacavi, eft un fruit de differentes
groffeurs \ mais la plus ordinaire eft celle d’une amande qui fe trouve unie
C c iij
2o6 Hifloire generale
cnfemble dans une efpecc de coque , ny plus ny moins que font les grains de
grenades il y a de fes coques qui en renferment jufquà des foixantes & qua¬
tre-vingt. A l’égard de la figure , feüilles & fruits entiers de ces arbres ,.elle fc
trouvera cy-deflus reprefentée , qui eft tirée fur l’original que M. de Tournefort a
entre fes mains. Les feüillcs en font vertes, &: les huits étant fur l’arbre & en
leurs maturité, font d’une tres-belle couleur jaune, &: par côtes comme le melon.
M.'Vi^ormes dans fon livre à la page 191. fait mention qu’il y a quatre fortes
d’arbres qui portent le Cacaos , dont le premier & le fécond lont appeliez
• CacAhuacjuahuitl. Le troifiéme, Xnchïcacahaaquxhuitl. Le quatrième > Tlacacahud^
qaahuitl. Ce qui fc rapporte alfez aux quatre fortes de Cacaos que nous vendons,
qui viennent alfurément de differens arbres , dont le premier & le meilleur, eft
appellé gros & petit Caraque,à caufe de la Province de Nicaraga, d’où ces for¬
tes de Cacaos nous font apportez. Le troifiéme le quatrième , font appeliez
gros & petit Cacaos des iQeS , parce qu’il vient des Ifles de l’ Amérique , &c de
Saint Domingue. Le plus cftimé de ces quatre fortes de Cacaos , eft le gros
Suqiic Caraque , principalement pour la compofition du Chocolat , qui eft fon princi-
fic des Ifles ufage i car pour le peu qu’il s’en mange tel qu’il nous vient, cela ne mérite
pas d’en parler. Ce Cacaos pour être de la bonne qualité , il doit être gros , pe-
fant , nouveau , noirâtre au deftus , & d’un rouge foncé au dedans , d’un bon
goût, ne fentant le moify. Et le petit Caraque, le plus approchant des qualitcz
du gros qu’il fera poftible. A l’égard du Cacaos dcslftes, iur tout le gros, plus
il approche des qualitez du gros Caraque, plus il eft eftimé. Pour ce qui eft du
petit il eft tres-pcLi en ufage, à caufe de fa méchante qualité, & que le Choco¬
lat qui en eft fait , ne vaut rien du tout, comme il le verra par la fuite.
Quelques Auteurs difcnt que le Cacao eft fi en ulage dans le Mexique, qu’il
eft la principale boilfon des habitans du pays , 6c que même il fert pour donner
Cacaos en l’aumônc aux pauvres. Outre le Cacaos ordinaire, on nous en envoyé des Ifles de
tout grillé & mis en pains de differentes groffeurs.
CHAPITRE XV.
Du Chocolat.
Nous vendons de pluficurs fortes de Chocolat , qui ne different que fui-
vant leur beauté & bonté , & fuivant les drogues dont il eft compofé,
6»: les pays où il a été fabriqué. Et le meilleur Chocolat & le plus beau , eft ce-
luy que nous faifons, ou faifons faire a Paris, fur tout quand il a été fait avec
le gros Caraque, ôi que l’on y a employé de beau fucre, de bonne Canelle, &:
de belles & bonnes 'Vanilles. En un mot, quand il fort des mains d’un honnête-
homme, & quilc ferait bien préparer , & que l’oH y. plaint point l'argent j car
c’eft une chofe impoflible de donner de bon Chocolat à bon marché , ainjS
que le font la plufpart de ceux qui etabliffent des Chocolats à des prix fi mé¬
diocres que le beau fucre coûte prcfque autant que leur Chocolat. Ainfi on
fera donc averty de ne point ufer de tous ces Chocolats des Indes , ou d’Efpagne ,
de Portugal , & de Saint Malo , dont les deux premiers ont toujours pafle pour
être les meilleurs 5 mais pour prefentement on doit être feur qu’il n’y a point de
Villes au monde où l’on faffe mieux le Chocolat qu’à Paris. Jen’ay pas jugé à
propos d’en mettre icy la compofition, pufqu’il y a des livres imprimez qui en
des Drogues, Livre VIL 207
font mention où l’on trouvera les divcrfcs maniérés de compofer le Chocolat j
où un chacun prendra celle qui luy conviendra le mieux. On fera cependant
averty de ne point s’entêter a vouloir avoir de la Fleur d’Orejcvalla , comme le
marque le Sieur Blcgny dans fon livre, parc^ que c’eft une drogue que je crois
ctre imaginaire , m’ayant été impofliblc de f(^avoir ce que ce pouvoir être , quel¬
que diligence quej’aye fait. Et le SicurBlegni qui fe dit Auteur de ce petit livre
dont j’ay parlé cy-devant,a raifon de dire qu’il ne s’en trouve point chez les
Droguillcs 5 car luy même ne m’en a f^û rendre raifon. Quand je luy ay de¬
mandé en prefencc d’un honnête- homme ce que c’étoitquc la fleur d’Orcjcvalla,
il m’a dit que s’il la fait entrer dans la compofition du Chocolat Ameriquain ou
Indien, qu’il faut qu’il l’aye veu dans quelques livres. A l’égard de l’Achiotl, ce
iVcft autre chofe que ce que nous appelions Rocou , qui ne fe fait pas comme
le dit cet Auteur j mais comme il fe verra cy-aprés à fon lieu & place , & s’il
avoir Gjû que l’ Achiotl eût été le Rocou , il y a tres-peu d’Epiciers qui ne luy en
enflent donné , & n’auroit pas mis dans fon Livre qu’il ne s’en trouve point chez
les Droguiftes.
A l’égard desNoifettes Indiennes , ou Ameriquaincs , je ne f^ay ce qu’il entend
par-là, & jcn’ay tenu compte de luy demander, de peur qu’il ne me fit pareille
réponfe que celle qu’il me fit au fujet de la Fleur d’Orjevala. Je diray cependant que
nous vendons fous les noms de Noix d’Inde les Cocos, les Arcca, les mufeades
mâles & femelles. Je ne veux neanmoins pas dire que ce foitlcs amendes des Cocos^
qui entrent dans la compofition de ce Chocolat , n’en étant pas certain.
CHAPITRE XVI.
Des Vanilles,
E? Vanilles , fuivant le Siêür F. RouflSüTeftûne gouffe d’enviroa un demy
J pied delongjSc de la groflèur du petit doigt d’un enfant, qui pend à une plants
2o8 Hiftoire generale
de douze à quinze pieds de haut , &:quife rame comme nos arieots j c’eft pour-
quoy elle cft le plus fouvcnc le long des murailles , ou au pied de quelques ar¬
bres, ou de quelques échalas, ou autres choies l'emblables où elle le foûtient.
Elle a fa tige ronde & difpofée par nœuds , comme une canne à fucre ; de
chaque nœud il fort des fcüillés larges , cpailfes , & de la longueur du doigt ,
qui font vertes aufli-bicn que fa tige, retire alfez a celle du grand Plantin ,
apres lefquelles fortent des goulfes vertes au commencement , jaunâtre dans la
fuite, & qui brunilTcnt à mefure quelles meurillent. Lorfquclles font meures,
les Mexiquains, ceux de Gatimalo&deS.Domingue,les cueillent , les lient par
les bouts, &lcs mettent a l’ombre pour les faire fecher. Lorfqu’clles font fcches ÔC
en état d’être gardées , ils les frottent avec de l’huile , pour empêcher qu’elles
ne fe fechent trop , & qu’ elles ne fe brifcnt , & cnfuite ils les mettent par pac-
quets de cinquante , de cent , ou de cent ‘cinquante , pour nous les envoyer.
Cependant il y en a d’autres qui plus foigneux du gain que de leur confcicncc,
les iailfent fur la plante jufqu’à ce qu elles crèvent par leur trop grande maturité }
mais auparavant ils ont mis delTous la plante des petits Goblcts de terre, pour
en recevoir un baume noir & odorant qui en découle , lorfqu’ils n’en décou¬
le plus rien , ils cueillent les goulfes , & y mettent à la place du bcaume , des pe¬
tits bâtons , ou autres chofes fcmblablcs , les reebufent , ^ les mettent par pac-
quets , & dans un état femblable à celles que j’ay dit cy-dclfus ; c’eft ce qui fait
que l’on en rencontre quelquefois qui font rccoufuës , & qui font feches & de
nul effet.
Les Grands Seigneurs du Mexique font fort amateurs de ces plantes , tant à
caufe de l’odeur agréable de fes goulfes , que. parce qu’ils en mettent quan¬
tité dans leurs Chocolat. Et les autres en font volontiers le commerce â caufe
du gros profit qu’ils en tirent. Ce font les Efpagnols qui nous envoyent cette
riche marchandife , â qui ils ont donné le nom de vanilU > qui fignifie en Ef-
pagnol petite guefnei parce que ces goulfes font faites en gucfncs. Elles font
d’un goût & â’unc odeur fort agréable.
On choilira les Vanilles bien nourries , grblfes , longues, nouvelles , pefan-
tes , non ridées , ny frottées de beaume , & qu’elles n’ayent point été mi-
fes dans un lieu humide , en ce que pour être bonnes elles doivent être graf-
fes & fort fouplcs , accompagnées d’une agréable odeur , prenant aufli garde
qu’elles foient égales 5 parce que fouvent le milieu des pacquets , n’cft rcmply
que de Vanilles , petites & feches, & de nulle odeur, & que la graine du dedans
quieft extrêmement petite, foit noire & luifante.
Les Vanilles font jfort en ufages en France , pour mettre dans la compofition
du Chocolat , & d’autres s’en fervent pour parfumer le tabac. On prétend que
prifes intérieurement elles foiu très convenables pour fortifier l’eftomac.
A l’égard du Beaume de Vanille, les Efpagnols fe le refervent j car il ne vient
;pas jufqu’à nous.
des Drogues , Livre VIL
209
CHAPITRE XVII.
Des Aca/ûux,
LEs Acajoux , ou Cajous , ou Anacardes Antartiques , font des fruits , ou
pour mieux dire, les fcmcnccs d’un fruit jaune tirant fur le rouge , de la
grofleur d’une Poire de Magdeleine , ou d’une orange. L’arbre jqui porte ces
fruits jfuivant la Lettre du Sieur François RouITcau , cft de cinq à (ix pieds de
haut , garnies de feüilles , d'un vert jaunâtre , & à peu prés de la figure du
Lierre, Il a fes fleurs fort petites, par touffes , de couleur incarnat, d’où fort
ce fruit jaune dont j’ay parlé cy-deffus , âu bas duquel font attachez ces autres
fruits ou fcmcnccs , de la grolTcur des châtaignes , en forme de rognons > & de
couleur d’olive , fur tout lorfqu’ils font nouveaux , il fc trouve une amande
blanche dedans , laquelle après l’avoir pafle par le feu , comme nous faifons icy
les m arons , cft un agréable manger II fc rencontre aufli dans ces Acajous tout huiic a* ah
autour de l’amende une huile noire & cauftique , qui cft un . bon remède pour
guérir les corps des pieds, & pour ôter les taches de roufleur du vifage.
Les Ameriquains coupent le fruit jaune par tranches , le mangent avec du
fucrc , comme nous faifons icy le citron , tarit pour leurs réjoiiir le coeur qüc
pour fc rafraîchir à caufe que ce fruit cft rempli d’une eau d’un alfez bon
goût.
On choifira les Acajoux gtos, nouveaux, de couleur d’olive. L’amande blan^
chc,qui font les véritables marques de leurs nouveauté, & non de couleur de
châtaigne , qui cft une marque de leur maturité & vicillclTe. Ce fruit n’a point
d’autre ufage en France que pour la gucrifon des corps des pieds.
Dd
l. Partie.
ZIO
Hiftoire generale
Huile a’ A-
nâcardcs.
CHAPITRE XVIIL
Des Anacardes,
LEs Anacardes , font une cfpcce de fève qui nous font apportées des gran¬
des Indes.
L’arbre qui porte les Anacardes a fes fcüilles verdâtres, &à demy rondes ,
apres lefquclles fort des goulfes de la figure de celles de nos grolTcs fèves , dans
lefquelles il fe trouve ordinairement deux Anacardes , lefquelles étant à demy
meures , font de couleur de Caffé brûlé , & deviennent d’un noir luifant en
ineurilTant.
On choifira les Anacardes grofies , bien nourries , nouvelles , feches , & dont
l’amende foit blanche.
On prétend qae ces fruits verts font un dangereux poifon , au contraire des
fccs ; après avoir etc préparé dans le vinaigre , font un bon purgatif , ce qui
ne fe doit pas faire neanmoins fans l’avis d’un habile médecin.
Il fe trouve dans les Anacardes une huile comme dans les Acajoux, que l’on
dit avoir la même propriété.
Les Apoticaires en font un miel qu’ils appellent Anacardin..
CHAPITRE XIX.
Des Wermodates,
L Es Hcrmodates font des fruits faits en cœur , rougeâtre au dclTus , blanc au
dedans , d’une fubftance legere , ainfi fort facile à fe vermoudre , que l’on
nous apporte d'Egypte, où les arbres qui portent ces fruits croiflent en quan¬
tité. Calque diligence que j’aye pû faire , je n’ay pû fçavoir comment étoient.
faites les fleurs & les feüilles de ces arbres , je ne doute point que l’on ne foit
furpris en cet article, quand je dis que les Hcrmodates font des fruits 5 puifquc
tout ce qu’il y a d’Autcurs difent que font des racines 5 mais la figure des Hcr¬
modates nous fait tilTez voir le contraire , étant facile de juger que ce font des
fruits & non des racines. Et de plus , c’eft que l’on m’a écrit de Marfcillc l’année
dernicre que les Hcrmodates venoient d’Egypte , & que c’étoit le fruit d’un
grand arbre.
Quoy qn’il en foit , on doit choifir les Hcrmodates nouvelles , groffes , bien
nourries, rougeâtres defius ,& blanches en dedans jles plus feches, & les moins
remplies de pouflierc que faire fe pourra. C’eft une marchandife de laquelle il
ne faut pas faire grande provifion , étant fort facile â fe vermoudre comme j’ay
déjà dit.
Les Hcrmodates font fort ufitées en médecine , entrant dans plufieurs com-
pofitioQs galleniques.
ir
des Drogues , Livre Vil.
2 I I
CHAPITRE XX.
Des Jùïubes.
LEs Jujubes font les fruits d’un arbre qui croît communément en Provence,
mais principalement dans le Jardin d’Hyercs, proche Toulon, où il y en a
une fi grande quantité, que prefque toutes celles que nous vendons en viennent
par Auriole & par Marfcille.
L’arbre qui les porte eft d’une moyenne hauteur , & il a fes fciiilles verdâtres,
minces , & nerveufes , apres lefquelles naiflent des fruits de la grofleur du
bout du pouce , verts au commencement , & qui rougiflent à mcfiire qu’ils
meuriffent.
On choifira les Jujubes nouvelles , groffes , bien nourries, charnues , & de la
bonne forte , qu’elles ayent été bien fechées , afin quelles fe puiffent garder au
moins deux années , à quoy doivent prendre garde ceux qui en font venir des
cailfes entières, parce que fi elles ont été renfermées trop toft elles s’échauffent,
fc ^ourriffent , ou ce noirciffcnt. On doit prendre garde aufli qu’elles n'aycnt
été moüillces en venant , ou qu’elles n’ayent été renfermées dans un lieu hu¬
mide, & ceux qui auront beaucoup de cette marchandifcj auront foin d’y re¬
garder fouvent , furtout quand ces fruits n’ont pas été bien fechez , ou qu’ils
ont été cueilli trop meurs j car fans un foin particulier on ell en rifque de tout
perdre. Q^nd on verra qu’ils commenceront a s’échauffer, on les déballera
au plûtôt pour les étendre fur le plancher pendant un jour ou deux , oii l’on
s’en défera à quelque prix que ce Toit , principalement fur la fin de l’Eté ,
lorfque l’on fixait que la récolté en doit être bonne i & il arrive quelquefois que
/. Partie. D i ij
Gluë A’A-
Icxandric.
CUië or¬
dinaire.
2 1 Z Hiftoire generale
la récolte n’en étant pas abondante , elles deviennent rares & augmentent de
prix confiderablement dans l’arriere faifon.
On fera encore averty de ne point déballer les cailTes lorfqu’elles ont été
bien fechées , & qu elles font bien conditionnées , parce qu elles fe confervent
beaucoup mieux quand elles n ont point été mifes à l’air , & quelles ont été fer¬
rée dans un lieu temperé.
Les Jujubes font d’un ufage fi connus en France , qu’il eft inutile d’en
parler.
CHAPITRE XXL
£)âs Seheftes.
LEs Sebeftes font des fruits noirâtres , qui nous font apportez par Marfeille
des environs de Seide au Levant.
L’arbre qui les porte eft de la hauteur de nos arbres fruitiers , qui a fes feüil-
les vertes femblables à celles du prunier, excepte qu’elles font un peu plus
rondes. Ses fleurs font blanchâtres en forme d’étoile , d’où fort un fruit de la
grofleur du bout du petit doigt , & il eft attache a la branche par ce petit calice
blanc que nous luy voyons.
On choifira les Sebeftes nouvelles , bien nourries , charnues , d’un brun noi¬
râtre au deflus , garnies de leurs bonnets blancs , qui eft la marque cfTenticlle de
leurnouvciutc, & quelles n’ont point été lavées ny frottées. La chair en doit
être douce , vifqueufe d’un brun rougeâtre & molace , & il faut rejetter celles
qui font d’un noir luifahè , qui font enflées , & dont la plufpart des bonnets
font ôtez, qui eft une marque quelles ont été relavées , aufli-bien que celles
qui font dures , petites & rougeâtres.
La maniéré de conferver les Sebeftes eft toute femblable a celle que j'ay expli¬
quée en parlant des Jujubes , & leurs qualitcz fe rapportent tellement , qu’elles ne
s’employent gueres l’une fans l’autre.Les Egyptiens tirent de fes fruits une gluë ,
qui eft appellée gluë d’Alexandrie. Mais comme cette gluë ne vient pas juf-
qu’icy , nous nous fcrvons'de celle qui fe fait en divers endroits de France,'
comme en Normandie & devers Orléans. Cette gluë fe fait en mettant l’écorce
du milieu tendre & verte du grand Houx, dans des tonneaux , pourrir à la
cave, &enfuite on la bac dedans des mortiers jufqu’à ce que le tout foit ré¬
duit en pâte , & après l’avoir bien maniée & lavée dans l’eau , on la met dans
des barils pour l’envoyer en differents endroits.
Le choix delà gluë eft d’etre verdâtre , la moins puante & la moins remplie
d’eauquefairefe pourra.
L ufage de la gluë , après avoir été maniée avec de 1 huile eft pour prendre
desOyfcaux, ou autres animaux de pareille nature. La gluë peut fe conferver
lon<T-tcmps dans la cave, poutveu qu’il y ait toujours de l’eau deflus.
li^ll
des Drogues. Livre VII
Des Dattes.
J'yuit ^ J^a/micr
Je iXflt Je CeJat
fioux dcHlaUn
frorhia^
TalrJin
Je levant
LEs Dattes font des fruits dont nous en vendons de trois fortes. Les meil¬
leurs viennent ÔdcroilTent dans le Royaume de Tunis. Il en vient aulli de
Salé, mais elles font maigres & feches , & dilferent beaucoup de celles de Tunis,
qui font gralTes &charnués. On nous en apporte encore de Provence, qui font
d’une tres-bclle vente, étant groITcs, charnu es, blondes au delTus & blanches en
dedans j mais pour le peu quelles foient gardées , les vers s’y mettent., & elles fe
rident & fe feenent d’une manière qu’elles font indignes d’entrer dans le Corps-
humain, ce qui caufe une groITc perte à ceux qui en font chargez.
L’arbre qui les porte eft le Palmier , & cet arbre eft fi connu de tout le monde qu’il
cft inutile de m’y arrêter , aufli-bien qu’à la fable que l’on en dit : Q^e la Palme
femelle ne rapporte point que le male ne foit vis à vis , & que les feüilles ne fe tou¬
chent. Ce qui n’a guere de rapport , puifqu’il y a quantité de Palmiers chargez
de Dattes , qui font feuls parmy la campagne.
On choifira les dattes nouvelles , bien nourries , charnues , d’un jaune doré au
deflus, & blanche au dedans, d’un goût doux, fucré, & fort agréable. Celles
de Tunis font beaucoup meilleur &: plus de garde , que celles de Salé & de Pro¬
vence, comme j’ay déjà dit.
Les Dattes ou fruits du Palmier font fi communs , qu’ils fervent de nour¬
riture à plus de cent millions d’ames ; mais pour ce qui cil d’icy on ne s’en fert
que pour faire des Ptifannes pedorales , avec les Jujubes & les Sebeftes. Qi^l-
ques-uns en mangent comme des autres fruits , elles ont encore quelque peu
d’ufage dans la médecine, en ce qu’ elle entre dans quelques compofitions gal-
len iques, comme le Diaphenix autres.
D d
214
Hiftoire generale
CHAPITRE XXIII.
[ Huile de Palme.
L’Huile de Palme , ou Huile du Senega , ou Pumicin , cft une liqueur onc-
tueufe , & épaiffe comme du beurre , d’un jaune doré , d’une odeur de
ce , ou d’iris , principalement quand elle eft nouvelle & véritable.
Cette huile eft tirée par ébulition, ou par exprtflion , de l’amende , d’un fruit
qui croit par trochets , de la grofleur d’un œuf, & il y a de ces trochets qui
en portent jufqu’à cent.
L’arbre qui les porte eft une cfpece de palmier , qui croit communément en
Affrique , furtout au Senega & au Brcfil.
Les Affricains tirent cette Huile de la même manière que l’on fait l’Huile de
Laurier à Calviflon en Languedoc , & ils s'en fervent pour manger comme
nous faifons icy du beurre. A l’égard de celle qui eft vieille faite, ils la brûlent
à la lampe.
On choifira l’Huile de Palme nouvelle , d’une bonne odeur, d’un goût doux,
& aufll agréable que le meilleur beurre frais que nous ayons , & la plus haute
en couleur qu’il fe pourra j car aufli-tôt qu’elle commence à vieillir , elle fe ran¬
cit & devient blanche. La couleur blanche quelle acquiert en vieilliflant ,
a donné occahon à quelques-uns de croire qu’il y avoit de l’huile de Palme
blanche. On prendra garde que ce ne foit une compofition de cire , d’huile
d’Olive, d’iris en poudre, & de Terra Mérita, comme il n’arrive que trop fou-
vent à de certains Marchands qu’il n’cft pas befoin de nommer , qui fçavent
tres-bien la contrefaire ; mais la tromperie fera facile à connoître ; parce que la
véritable Huile de Palme, perd bicn-tôt fa couleur h elle cft expofée à l’air ; ce
qui n’arrive pas à celle qui cft contrefaite. Et de plus , c’eft que la véritable hui¬
le de Palme étant devenue blanche par fucceflîon de temps , reprend fa cou¬
leur naturelle en la faifant refondre fur un petit feu , ce qui n’arrive pas à
celle quieftmixtionnée, & contrefaite.
On fe fert de cette Huile en France pour appaifer les goûtes , & pour guérir
les humeurs froides.
CHAPITRE XXIV.
Des Cocos.
LEs Cocos font des fruits de diverfes grofleurs & figures qui font cy-de-
vant reprefentés , & que j’ay fait graver fur les Originaux que j’ay dans
mes mains. Ces Cocos font propres pour faire plufieurs Ouvrages , com¬
me pour faire des TalTes , des Chapeliers , des Tabattiercs , ainîi du refte.
L’endroit de l’Europe où fe’ travaillent mieux ces fortes de fruits, aufli-bien que
Lyvoirc , cft à Dieppe. Je ne m’arréteray point à vouloir décrire les arbres qui
les portent, je diray feulement que c’eft difterents Palmiers j & comme il y a
des Drogues, Livre VII. 2 1 5
cjuantite d Auteurs qui entfaitcnt, c’efl; ce qui fait qué je n’en diray rien. Les
Cocos dont nous faifons un négoce conliderablcs , font les moyens qui vien¬
nent des Iflcs des Antilles , à caufe qu’ils fervent à faire des tabatières & des
chapelets. Pour ce qui ell des gros Cocos , leurs utilitez ell fi grandes dans
1 Ahique, dans l’Arabie, &en quantité d’autres endroits, qu’ü nourrillcnt eux
leuls^ plus de deux cent millions d’ames. Le dclTus , qui eft comme de la filalTe ,
lcrt à faire des toiles &c des cordages. La cocque à faire des taffes , des cucilleres ,
Vautres uftancillcs. La feieure fert à faire de l’ancre. L’amande , pour en tirer une
huile, & la liqueur qui fe trouve dedans lorfqu’ils font nouveaux , fert à nou-
iir & à élever les petits enfans , & dcfaltcrcr les grandes perfonnes , étant une li¬
queur douce &fort agréable. En un mot, c’eft le fruit à noyaux le plus o-ros ,
& le plus ncceffaire qu’il y ait au monde , & duquel l’hiftoire feroit fi longue
Çin’il y en auroir alTez pour faire un cayer entier.
Outre ces Cocos il y en a encore une autre forte , mais beaucoup plus rare,
<^ui eft ce que Jean Bauhin appelle Nux Indica ad venena celehrata ifivècoccus Ma- Noix ou
^<idha. J’en ay un qui ne différé des autres cocos qu’en ce qu’il eft plus long
plus pointu, & que fa cocque eft plus brune. Ses hautes proprietez font caufes
qu’ils font extrêmement rares & cheres. Voyez Dalechamp qui en traite plus au
long.
CHAPITRE XXV.
Des Noix Vomiques.
LEs Noix Vomiques font des Noyaux ronds & plats , de la grandeur &: fi-
o-iire cy-devant reprefentées à l’Eftampe des Dattes, veloutées & d’un gris
de fouris pardefliis , qui étant coupées font d’une couleur de corne , & fendues en
deux fontdedivcrfcs couleurs , s’en, trouvant de jaunes, de blanches, de brunes ,
ainfi du refte. Ces Noix font, fuivant le rapport de quelques perfonnes , les
Noyaux d’un fruit de la groffeur de nos pommes de rainettes, qui croiffent fur
une grande plante dans pluheurs endroits de l’Egypte, d'où nous viennent les
Noix Vomiques que nous vendons. Quelques foins que j’aye pris , il m’a été
inipoflible d’en f^avoir davantage -, neanmoins une perfonne de probité m’a
bien voulu gratifier d’une Relation Latine touchant les Noix Vomiques , dont
cy-aprés eft la teneur , qu’il m’a alluré avoir copié fur des manufcrits faits par
M. Paul Hermance, Médecin Botanifte de Ley de en Hollande , un des plus ha¬
biles hommes de fon fiecle, bL témoin oculaire. Cette relation a beaucoup de
conformité à ce que je viens dire , à la referve qu’il dit qu’elles croiffent dans
l’îfle de Ceylan. Cela ne diffère en rien , parce que cela n’empcche pas qu’il
n’en vienne d’Egypte -, car chacun fçait 'qu’un fruit peut venir en divers endroits.
îl dit aufli qu’il y a une autre efpccc de Noix Vomiques qui viennent de l’Ifte
de Timor , bc que les fruits en font quatre fois plus petits que ceux de l’Ifle
de Ceylan, bc que la plante eft appellée bois de couleuvre , ainfi qn’d fuit.
LignnmColnbrinum eji arborisTimorcnJis radix lignopt > brachium craffa , fub cortice
rx quf'co faruginea y ^ubinde maculis cincreis notât a iucludens maieriam folidam , den-'
fam 'çy ponderofam ^faporis amarijfimi , odoris nullius.
Nota ^encîica arborem Flor. Pentapet. herbaceis ntteiferam nudeis orbiculatis
Z 1 6 Hiftoire generale
pïuribus mucagine innjoluîis. Najcim in infsila Timorenfi nuces ejus iiulgo 'vocantftr
n»ces. 'vomicai minons inclufe funt in ejus mucilagine fxtidijjimo.
Propter faporem amanjjimum refertttr inter calidos ^ anttphriles. J^o 'vel ujjius ejî
J?oc lignum > eo j^clicius ujurpatur , nam Jt recens fit , ob faporem intense amarum ^fepius
'vcl vomitum vel dolores in praecoràiis excitât ey pro vtneno habetur. Spécifies etiam
'dïureticum ejl.
Datur aîiud lignum colubrinum T^ilanicum diSlurn , epuod eandem habet notam curn
‘Timorenf > fed nuces quas fertyfunt quadrupla majores iis , quas altéra fpecies profert
f0 funt ilU quds vulgo in ofîcinis profant fub nomine nue. vomie a » qu a funt nuclei fruc-
tui i^eiloniiS. fruâus hujus fpeciet funt multo majoresy aquant plerumque magnituàinem
m.tli aurantii. Vfurpatur hoc lignum in fudoribus yurinis promovendis,
Quoy qu’il en foit , je diray que lesKioix Vomiques que nous vendons, doi¬
vent être blondes , les plus groll'cs , les plus nouvelles , &c les moins remplies
d’ordures que faire fe pourra. Leurs ufages ell pour faire mourir les animaux à
quatre pieds , leur étant un poifon mortel j & commç ces noyaux font extrê¬
mement dur ôi difficile à réduire en poudre , on les râpe , ou bien on les grille
tant foit peu fur lé feu , & enfuite fc pulverifcnt plus facilement. L’on prétend
qu’elles ne font pas poifons aux hommes ^ ce que je ne fcay pas pour ne l’avoir
expérimenté.
CHAPITRE XXVI.
De la Cocque du levant,
La Cocque de Levant ne m’a pas moins donné de peine que les Hermo dattes,
les Noix Vomiques, & quelques autres drogues ,& fi j’ay perdu mon temps i
ce qui m’a obligé de m’en tenir à ce que dit Dalechamp à la page 577. de fon fé¬
cond volume en ces termes ; Cordus dit qu’il croit à force Solannc furieux en
Egypte , d’où on nous en apporte le fruit que les Apoticaires appellent Queuli
de Levante y Cocc^c àc Levant, c’elf a dire Solanc Orientales j car Cuculus vaut
autant dire que Cucubalus, c’eft à dire Solane, &: Levante en Italien fignifie l’O-
rienr. Or devant que l’on nous les apporte on les fait fecher, tant le noyau qui
ell au dedans , que la chair pleine de îlic qui eft au deffius de l’écorce.
Quoy qu’il en foit, les Cocques de Levant que nous vendons font des petits
fruits de la grolfeur d’un gros grain de chapelet, à demy ronds, & à peu prés
de la figure d’un petit rognon , ainfi que l’on le pourra voir par leurs figures
rcprcfeiitées a l’Eltampe des Dattes. Ces fruits font d’une couleur rougeâtre au
deffijs , & font attachez à la plante qui les porte par une petite queue de
meme couleur. Dans ces fruits il s*y trouve un petit noyau qui fe divife en
plufieurs parties, qui eft fort facile à fc vermoudre , ce qui caufe que la pluf-
part des Cocques de Levant , font vuides , ce qui a apparemment donné fujet
aux anciens de les appeller Cocque j car effeélivement il n’y refte qu’une cocque
vuide &fort Icgcre, furtoutlors qu’elles ibnt vieilles.
On doit choifir ces Fruits ou Cocques , pefantes, nouvelles, les plus hau¬
tes en couleurs , les plus grolfcs , ôi les moins remplies d’ordures» que faire fe
pourra. ,
Leurs ufages eft d’être fort convenables pour faire mourir la vermine , & l’on
s’ en
des Drogues, Livre VIL 2 1 7
s’en fcrt ordinairement avec du Staphis- aigre. Q^lques Auteurs dirent qu’el¬
les enyvrent les PoilTons , & fait que l’on les prend facilement.
Il y a encore un autre fruit appelle J^agara d’Avifcenc , qui cft fi femblable à
laCocque de levant, que fi ce n’étoit une petite enveloppe verdâtre qui le cou-
vrc à moitié , il r^’y a qui que ce foit qui en puifTe faire la diffcrence."^ Il y en
a de plufieurs fortes , mais comme nous n’en faifons aucun commerce , c’eft
le fujet pour lequel je n’en diray rien. Leurs figures fc trouvera auffî à l’Lftanj-
pe des Dattes,
chapitre XXVIIj
De la Cajfe.
La CafTc , ou fleur de Silique , eft une cfpcce de fruit de differentes fon¬
ceurs & groffeurs , qui cft attachée aux branches de différends arbres. La
première & la plus eftimee eft laCaffe du Levant. Cette Gaffe croit en quan¬
tité dans plufieurs endroits du Lcvânt , d’où elle nous eft apportée par lavoyc
de Marfcille , dont la figure de l’arbre qui là porte cft reprefentée i l’Eftampe cy-
dcfrus,le5 fcüillcs en font vertes & les fleurs jaunes.
’On choifira la Calfe du Levant nouvelle , en gros bâtons , pelantes , non en-
cavéc , d’une couleur tannée , dont l’écorce étant caflee , foit fine & blanche aU
dedans , 3c garnie d’une moële noire & veloutée , & d’un noyau petit , dur , blanc,
& fait en cœur. Cette moële, ou pulpe, doit être d’un goût doux & fucré, ne
fentant ny l’aigre ny le moify , & que l'on la puiffe tirer & feparer aifcment de
l'on écorce , il faut prendre garde aufli que cette caffe ne foit pas angleufc ;
c’eit à dire ny noveufe, ny tortue jinais la plus unie j la moins Tonnante ^ 3c
L Partie, Ee
1 ï 8 Hiftoire generale
la plus fucrcc qui fe pourra, & qu’elle foit grabelée , c cfl; a dire que les plus pe¬
tits morceaux (oient de la longueur d’un pied.
Qaclques-uns veulent que la véritable èontioifTance de la Cafle du Levant
dépend d’une élévation qui cft le long des bâtons, ce qui n’cft neanmoins pas
une réglé generale j parce que cela fe rencontre quelquefois â celle qui vient
des Iflcs j maïs la meilleur marque que j’y trouve c’eft de la tirer de Marfeilic>
en ce qu’il n’en vient que du Levant & d’Egypte , par cette voye.
CHAPITRE XXVIIL
De la Cajfe dBgVpte^
La Cafle d’Egypte cft un fruit femblable â la precedente , excepté qu’il eft
plus menu & beaucoup plus tendre.
L'arbre qui porte cette Caffe croit d’une prodieufe groffeur. Il y en a d’auflî
gros qu aucun arbre qui foit en France. Il ne diffère du precedent qu’en ce
que les feuilles en font plus petites. Il fc trouve une fi grande quantité
de CCS arbres dans toute l’Egypte , que la Caffe qui en provient s’y donne
prefquc pour rien , principalement au Grand Caire.
On doit choifir la Gaffe d’Egypte de meme que celle du Levant , excepté
qu’elle doit s’écrafer fous le pouce pour la monder.
Les Levantins & Egyptiens confilcnt la Caffe étant encore verte au'fucre,
Caffe con- fcrVcnt pour fc lâcher le ventre, étant un remede fort convenable
& facile à prendre^
La Caffe confite doit être nouvelle , & que le firop foie cuit en confiftancc ,
ne Tentant ny l’aigre ny le moify. Quelques perfonnes s’en fervent icy à l’imi¬
tation des Levantins pour fe tenir le ventre libre.
CHAPITRE XXIX.
De la Caffe du BrefiL
IL croît au Brefil des arbres dont les fciiilles , fleurs & ^fruits , font doJa fi¬
gure cy-deffus rcprefentcc. La Caffe que porte ces arbres cft fi groffe , que
fi jc n’en avoir veu entre les mains de M. Tournefort un mourceau d’environ
un pied & demy de long , & de la gtoffeur du poignet d’un homme , je n’au-
rois pû croire qu’il y eut eu de fi groffe Caffe ; mais comme ce fruit eft peu en
ufage , je diray que la Caffe dont nous faifons un plus gros débit, cft^.ccllc qui vient
4es Ifles del’Amerique.
mu
219
des Drogues. Livre VII.
CHAPITRE XXX.
De la Cajfe des
La Caffc des nies, qui efl; celle que nous voyons prefentement à Paris , ell un
fruit de même nature que les precedentes , & toute la différence qu’il s’y
trouve ne peut venir que de la divcrfitc des lieux où elle a pris naiflance.
Les Iflcs Antilles font fi remplies de ces arbres , que la Gaffe de ces pays-là ne
coûte que la peine delà cueillir. Ceft le profit des matelots qui l’apportent des
Iflcs, & elle fert aufli de l’eft aux navires j dont ils aiment mieux emplir le
fond des vaiffeaux , & le vuide des autres marchandifes avec de la Gaffe , que de fc
fervir des pierres , ou autres cliofes inutiles. C’eft pourquoy cette Gaffe eft or¬
dinairement craffeufe, barboüilléc defucre,ou autres ordures qui fe rencontrent
dans les navires.
On la choifira la plus approchante des qualitez de la Gaffe du levant que fair
re fe pourra.
Ceux qui tireront de la Gaffe de la Rochelle, de Nantes , ou de Dieppe, don¬
neront ordre à leurs Commiflionnaircs , qu’elle foit nouvelle, fans être mé¬
langée de vieille , à quoy elle eft fort fu jette , & quelle n’ayc point été enter¬
rée, ou gardée dans terre ou dans des celiers depuis un long-temps , comme
aulli que ceux qui la mettront dans des tonneux ayent foin de la bien ranger
en long, tant pour empêcher quelle ne fc brife j que pour épargner les ton¬
neaux.
L’ufagede la Cafle eft trop connu pour m’y arrêter. Je diray feulement qu’el- caitc
le vaut" beaucoup mieux prifeen infufion qu’en fubftance -, car la Calîe
dée n’étant qu’un limon , elle fait plus de mal que de bien , principalement
celle qui eft vieille mondée, ou celle qui a été extraite de vieille cafle. J’averti-
/ay icy en paffant , de ne point acheter de Gaffe mondée de la plufpart des
Apoticaires , en ce qu’il y en a beaucoup qui après l’avoir mondée la font
cuire avec du fucrc , afin de la conferver , & d’en pouvoir avoir toûjours de
pxerte , ce qui eft un abus bien grand , tant parce que la Gaffe cuite avec du
fucrc leur coûte bien moins , &: au lieu de purger n’cft à proprement parler
qu’une confiture qui échauffe plutôt que de rafraichir j c’eft ce qui fera que
l’on ne doit acheter de la Cafle mondée, foit d’Epiciers ou d’Apoticaircs , que
l’on ne la faffe monder devant foy , non pas que l’on doive avoir peur que les
Epiciers vendent de la Cafle cuite avec du fucrc , n’ayant pas cette ruzc-là 5 mais
c’eft qu’ils en peuvent vendre delà vieille mondée pour de la nouvelle. La Cafle
eft fi peu en ufage en France , que fi ce n’étoit à Paris où il s’en confomme
beaucoup , je crois qu’à la referve des compofitions où elle entre, il nes’en con-
fommeroit pas cent livres par an.
E c ij
/. Partie.
Tamarins'
«U Seucga.
Tamarins
coniits.
2 20 Hifloire générale
CHAPITRE XXXI.
Des T amarins.
LEs Tamarins font des fruits aigrelets que Ton nous apporte du Levant ,
quelquefois en grappes, mais le plus fouvent mondés de leurs ralfes.
L‘arbre qui les porte a fes feüilles fort petites , apres lefqucllcs naiflent dc§
fleurs blanches aflez femblables aux fleurs d’Oranges , d’où fortent des goufles
vertes au commencement, & qui en meuriflant ce brunilfent , c’eft alors que
les habitans des lieux les cueillent en grappes, & qu’ils font un peu fecher avant
que de nous les envoyer.
On clioifira les Tamarins gras , nouveaux , d’un noir de jayet, & d’un goût
aigrelet & agréable , qu’ils n’ayent point etc encavez ; ce qui fe connoitra à leurs
trop grandes humidités , a l’odeur de la cave qu’ils ont , & à leurs noyaux qui fc
gonflent qu’il n’ait point été gourré , c’eft à dire falfifîé avec des mélaflcs , de
lucre & du vinaigre. Les Tamarins font fort uficez en medecine, à caufe de leurs
qualitez rafraichiflantes & purgatives.
Il croit quantité d’arbres de Tamarins au Senega , dont les Nègres mettent
les fruits en pains , après en' avoir ôté le noyau ^ les grappes , ils s’en fervent
fort communément pour étancher la foif. Ces pains de Tamarins font rougeâ¬
tre, & font très rares en France.
On monde les Tamarins comme la Cafle , & avec du fucrc on en fait une
confiture qui n’eft pas defagrcable , dont on pourroit fc fervir comme les
Indiens.
des Drogues, Livre VIL
221
CHAPITRE XXXII.
Des Mirabolans Citrins.
L Es Mirabolans Citrins ' ou jaunes , font des fruits qui croiflcnten pluiieurs
endroits* des grandes Indes , principalement au tour de Batacala & de Goa,
fur des arbres dont les fcüilles font de la figure cy-dclTus. Lorfque ces
fruits font dans leurs maturité, ils font delà figure de nos prunes de mira¬
belle 3 ils renferment un noyau garni d’une amande femblable aux pignons
blancs.
Les Indiens confifent au fucrc ce fruit encore vert , comme nous faifons les „
prunes, ils s’en lervent pour le lâcher le ventre. Les Portuguais & Hollandois lanscouSc.
nous apportent de ces fruits tous confits , dont on peut faire le même ufage \
mais la plus grande quantité nous font apportez fecs , defqucls les Apoticai-
rcs fc fervent dans plufieurs compoütions galleniques , apres en ayoir ôté Ici
noyau.
On choifira les Mirabolans Citrins d’un jaune rougeâtre , longs , bien nourris *
difpofcz par côtes , pefants , & difficile à fe calTer , d’un goût aftringcnt & defL
agréable ,& prenant garde que ce ne foit des Mirabolans Bellerîs, Cepulle,ou
Chcpulle , que l’on fuppofe fouvent à leur place , comme il fe verra cy-aprés.
E e iij
4
222
Hiftoire generale
CHAPITRE XXXIII.
Des Miraholans Indiens,
LEs Mirabolans Indiens font des petits fruits longuets , de la grofleur du bout
du doigt d’un enfant, noirs audelTus & dedans fans noyaux & fort durs >
qui nous font apportez des Grandes Indes, où ils croilTcnt en grandes quant tez,
& d’où ils ont pris leur nom.
L’arbre qui les porte a fès feuilles comme le Saule, apres lefquellcs naiflent des
fruits de la grolfeur & figure des olives d’Efpagne, qui font vertes au commen¬
cement, & qui brunilTent à mefure qu’ils meurilfent, & fe noirciffent & fe fe-
chent ; fi bien que de la maniéré que l’on nous les apporte , ils font durs &
noirs comme l’ébeine.
On les choilira bien nourris, fecs , noirs, d’un goût aigrelet & aftringcnt,
les plus pefants qu’il fe pourra.
CHAPITRE XXXIV.
Des Mirabolans Chepules.
LEs Mirabolans Chepules , ou » font des fruits alfez fcmblables aux
Citrins , excepte qu’ils font plus gros , noirâtres , & plus longs.
L’arbre qui les porte eft delà hauteur du pomicr,& il a fes fcüillcs comme le
-pefeher , & fes fleurs en étoiles d’une couleur rougeâtre. Il fe trouve de cette
-forte d’arbre au tour Decaujoude BengaUj où ils croiflent fans^culturc.
On choifira ces Mirabolans bien nourris , les moins ridez & noirs qu’il fera
.poflible,& dont le dedans paroifle refineux, d’une couleur brune, & qu’ils foienc
d'un goût aftringent , &tant foit peu amer.
CHAPITRE XXXV.
Des }Airahola»s Belleris.
L Es Miraholans Belleris ,Cont àe petits fruits de la grofleur d’une mufeade ,
d’un jaune rougeâtres au dcflùs , 6c jaunâtres dedans , dans lefquels il fc
V" trouve un noyau garni d’une amende de nulle vertu.
L’arbre qui les porte eft grand, & a fes feiiilles comme le laürier, 6c ces
fruits fe trouvent attachez aux branches en forme de petites gourdes d’une cou¬
leur jaune. , - ^ ^ .
Tam.irin Ou choifua ces Mirabolans bien nourris , nouveaux , étant facile a fe ca’icr ,
coniits. > caufe qu’ils font d’une fubftanCelegere, haut en couleur, les plus unis 6c les
"plus aftringent au goût qu’il fc pourra.
é
des Drogues, Livre V II.
223
CHAPITRE XXXVI.
De! }Atraholans Emblis.
T Es Mirabolans Emhlis , font des fruits noirâtres comme chagrine?; , de la
•^grofleur d’une Noix de Galles , facile à fe mettre par quartiers lorfqu’ils font
Un peu gros Sc ouverts. C’eft pourquoy prefquc tous ceux que nous voyons ,
fonts défaits & par quartiers.
L’arbre qui les porte eft de la hauteur d’un Palmier, & a fes feüilics appro¬
chantes de celles de la fougere.
On les choifira les moins remplis de noyaux , ou autres ordures , a quoy
ils font fort fujets,au contraire les plus charnus & noirs que faire fe pourra.
Les Indiens ne fe fervent point des Mirabolans Emblts, ny cru ny confit,
comme ils font des quatre autres, fi ce n’cll lorfqu’il eft encore vert , pour leur
téjoüir le cœur, à caufe qu’ils font aigrelets', mais s’ en fervent pour verdir les
cuirs, comme les Corroycurs font icy du Sumac , & pour faire de l’ancre.
Quelques-uns ont avancé que tous les Mirabolans croilfcnt fur un même ar¬
bre , ce qui eft bien éloigne de la vérité comme on le vient de voir i & quoy
qu’ils croilfcnt tous aux grandes Indes , ils font éloignez les uns des autres de
plus de cinquante lieues.
Les Citrins que les Indiens appellent yir^re -, purgent la bile.
Les Mirabolans Indiens que les peuples appellent Re:(anuAle ,&les Belleris Gotin
purgent la mélancolie.
Les Emhlis .St Jrinuale^zT les Indiens, Scies Che fuie jrec4 , purge la pituite.
On fe fert alTez fouvent dans la Phârmacie de ces cinq cfpcccs de Mirabo¬
lans, où il n’ont bcfoin d’autre choix que d’etre commue cy-deffus , ôc d’en ôter
les noyaux avant que d’être employé.
CHAPITRE XXXVir.
Des Areca.
LEs Areca font des fruits dont il y en a de deux , fortes : Sçavoir,d’a demÿ
ronds & d’autres en pyramides. Ces petits fruits font tout à fait femblablcs,
principalement au dedans à une mufcàdccaflée, qui nous iGDnt apportez de di¬
vers endroits des Indes , mais comme nous n’en faifons aucun commerce at¬
tendu la grande rareté , c’eft pour ce fujet que je n’en ay rien dit.
Les Indiens fe fervent de l’Areca du Bétel & de huitres brûlées , pour faire
une forte de dragée dont ils fc fervent communément 5 cette compofitioi\ eft
écrite dans quantité d’ Auteurs, c’eft ce qui a fait que je n’en ay rien dit.
L’arbre portant l’ Arcca eft à la planche des poivres , & le fruit à l’Eftampc
cy-devant avec les Mirabolans marqué A.
Hiftoire generale
ZZd.
CHAPITRE XXXVIII.
Dâ la Colloguime.
La Colloquintc eft un fruit delà grofTeUr de nos pommes de rainettes , qui
croît fur une plante rcmpantc, qui a Tes fcüillcs vertes , aflfez approchantes
de celles du concombre. Ce fruit étant fur fon pied cft de la couleur de nos
callcbaOfcs j & croît en quantité dans pluficurs endroits du Levant, d’où les
Colloquintes nous font apportées toutes mondées de leur première peau qui
cil: jaune.
On choifira les Colloquintes en belles pommes blanches , legeres, rondes^'
les moins fales & rompues qu’il fe pourra,
Ceux qui tireront les Colloquintes de Marfcillcs, ou autres endroits, recom¬
manderont à leurs correfpondant de les faire bien accommoder, de peur qu'elle
ne fc bnfciit , & que les pépins ne fe feparent , parce que s’ils ne font bien accom¬
modez, ceux qui croiront avoir cent livre de belle Colloquinte , n’en trouve¬
ront que quarante^ & le refte en pépins j ce quicaulè une grolTe pegte , en ce que
CCS pépins ne font propre qu’ajetter.
La Colloquinte cil une drogue la plus amere, & la plus purgative qu’il y ait
dans la mcdccme -, c’eft pourquoy il ne s’en faut fervir qu’avec de grandes pré¬
cautions , & furtout rejetter les pépins comme j’ay déjà dit.
Les Confifeurs couvrent ces pépins de fucre, & en font des dragée qu’ils ven¬
dent pour attraper les petits enfaiis , & même les grandes perfonnes , furtout
les jours de réjoüiifanccs j mais il y a des Apoticaires qui s’en fervent après les
avoir réduits en poudre, pour mettre dans les compofitions purgatives, furtout
danslcLenetif commun, cequieft un grand abus , & un tres-méchant remede.
Pour ce qui cft des Colporteurs oufaifeurs de Bernez, ils ne fejavent ce que c’eft
que d’employer de la colloquinte , ne fc fervant que des pépins.
des Drogues , Livre VIL
•^5
CHAPITRE XXXIX.
- ^-Des Pimons dlnds^^..
L Es pignons dinde font de petites amàndes d’un blanc jaunâtre, de la grof-
feur d’un pois , mais plus longues , d'un goût defagreable , accompagné
d*unc grande acrimonie.Ccs petites amendes font couvertes chacune d’une pelicu-
le blanche, extrêmement mince , &duix pente coque durc&alTez épaiffc , ce
qui fait quelle fc cafle facilement. Ces petits fruits nailfcnt dans une goulfe,
ou coque triangulaire , où il s’en trouve le plus fouvent trois cnfemble. La
plante qui porte ce fruit cft nommée dans le Tiràdifm "Baiavus de M.Hcrmans,
Ricinus arhor fruSîuglaho ^rana tiglia Ofisinis dtSîa , qui fignific Ricinus arbre à fruit
liiTc , nommé grain de Tilli. La figure de la plante . les feûillcs & les fleurs me font
inconnues i neanmoins je diray que je croy que ceft cette plante cy-dcfllis repre-
fentée qui porte ces Pignons d’Inde, ils doivent être nouveaux, bien pefants , les
moins remplis de coques vuides & de caflez , ou autres corps étrangers , qu’il
fera poflible. On prendra garde qu’ils foient véritables , en ce qu’il y ert a qui
fuppofent les fruits dü P aima Chrilii à leur place, ce qui cft alfez difficile à con-
noitre quand le PAlma Chrifti n’eft pas bariolé j car pour celuy qlii cft Ba¬
riolé , il cft impofliblc, pour le peu que fbn s’y connoilfe, d’y être trompé •
mais pour celuy qui eft de la couleur du pignon d’Inde , il cft aflez difficile dè
le pouvoir d’iftingucr.
L’ufagc des Pignons d’Inde eft dfe purger ; & ch effet , c’eft «n des grands
purgatifs que nous ayons, ce qui fait que l’on ne s’en doit fervir qu’avec des
grandes précautions , & ne les donner qu’à des perfonnes extrêmement robiif-
tes. A l’égard de la doze, on en prend un , deux ,& jufqu’à trois , fuivant la dif-
pofition des perfonnes. Q^lqucs-uns affureiit qu’il n’y a que la petite peliciiU
/. Partie. F f
Gros Pi¬
quons de
Baibaiie.
Gros Pi-
îi’Inde.
Petits
Ptqnons
d’inde.
Palm»
Chnrti &
Eptges.
pignons
doux.
Fignolas.
2z6 Hiftoire generale
mince qui fe trouve fur ces amandes qui aye la qualité de purger , ce que j«
n’ofe aflurer pour n’en être certain.
Outre ces Pignons d’Inde que nous appelions mal à propos petits Pignons,
nous en vendons encore d’une autre forte qu’on appelle Pignons de Barbarie,
gros Pignons d’Inde ou de l’ Amérique, & font ces fortes de Pignons queGaf-
pardBauhin appelle Rjtcinus &mericanns Çemine ni^ro.
Il y a encore deux fortes de Pignons d’Inde, dont nous ne faifons aucun
commerce à caufe de leur grande rareté. Les premiers , font des amandes de la
grolfeur & figure d’une aveline extrêmement blanche, qui font couverts d’une
coque dure de difterentes couleurs. Sçavoir , de grife & de rougeâtre. Ces
Pignons naiffent trois cnfcmble dans une coque défigure triangulaire. La plan¬
te qui les produit peut être appcllée Ricinus fmâu mdximo-
Lcs féconds font de petits Pignons longuets, de la grolfeur d’une tête d’épin¬
gle bariolé à peu prés comme le Palma Chnfli , qui nailfcnt trois enfembles dans
une petite gouffe triangulaire de la grolfeur d’un pois. Ces petites goulfes dif¬
ferent des autres Pignons d’Inde ; parce que ce qui leurs fert de goulfc &c d’en¬
veloppe, font cinq petites fcüilles veloutées &: verdâtres , & qui toutes enfembles
font la figure cy-dc{fus. La plante qui porte ces petits Pignons , a fes feüillcs
tout à fait femblablcs à celles duDidame de Candie, à la referve quelles font
verdâtres, & celles du Diélamc font blanchâtres. Ces petits Pignons font ex¬
trêmement rares -, on peut nommer la plante qui les porte , Ricinus Indicus fruÜti
minimo , qui fignifie ou Pignon des Indes , dont le fruit cft très petit.
Pour ce qui cft du gros & petit, aufii bien que de la graine d’é-
purges, je n’en diray rien, parce que quantité d’Autcurs en traitent. Etdeplus^
c’eft que tout ce qu’il y a d’honnêtes gens n’en font aucun commerce.
C H AP I T R E XL.
Des Pignons blanc.
LEs Pignons blancs font de petites amandes longuettes , & a demy ron¬
des, d’un goût doux, ce qui leur a fait donner le nom de Pignons doux.
Ces petites amandes font couvertes d’une peliculc mince, legere, rougeâtre, &
d’un noyau fort dur. Ces noyaux garni de leurs amandes fe trouvent dans les
pommes de pin , & font appeliez pour ce fujet Pignon , Pignolas , ou Amandes
du fruit du pin.
Les Pignons que nous vendons viennent de la Catalogne , il en vient aufîi en
Provence & Languedoc ,& en pluficurs autres endroits de la France : pour reti¬
rer les Pignons des Pommes de Pin, on les jette dans des fours chauds, où on
les met fur le feu pour les faire ouvrir. Eiifuite de cela on calfe ces noyaux , ôi
on en retire les Pignons que l’on envoyé en dilferends endroits.
On doit choifir les Pignons blancs, nouveaux, les plus gros , & les moins
remplis de coques &: de pluficurs pelicules , que faire fe pourra , qu’ils foient
d’un goût doux. Et un mot, qu’il ne fente ny l’huile, ny lemoify. Quelques-
uns prétendent que leurs pelicules eft ce qui les conferve , à quoy je ne puis
contredire, pour n’y avoir jamais reconnu aucun effet fenlible i il fera facile de
fe contenter , tant parce que fi ces pelicules ne leurs font point de bien , ils ne
des Drogues , Livre VIL 227
leurs feront point de mal -, &c de plus , c’eft qu'ils ne font pas capables de leurs
caufer aucun dechet , à caufe qu elles font extrêmement Icgcres , mais en em¬
pêchent feulement la vente à ceux qui ne s y connoiflent pas.
Les Pignons blancs font fort en ufage , fur tout en Carême , pour faire plu-
fieurs ragoût. Les Confifeurs les couvrent de fucre , après les avoir mis quel¬
que temps à l’étuve dans du fon pour les dégrailTer. On en tire aufli par ex-
preflion une huile qui fert , & qui a à peu prés les mêmes qualitez que Phuile
d’amendes douces , furtout quand elle cft faite de Pignons nouveaux.
Les Pignons blancs font aufli quelque peu en ufage , pour donner aux Serins huüc de
de Canaries. La pâte dont on a tiré l’huile fert à laver les mains, bifn°"*
Le Ben Blanc cft un fruit triangulaire de differentes couleurs, de la groffeur
d’une petite noifette, yen ayant de blanc & de gris , dans lefquels ils s’y
trouve une amande blanche , d’un goût doux & affez defagrcable.
L’arbre qui porte le Ben eft fort rare en Europe , & l’Eftampc cy-deffus gravée
eft tirée d’après celuy qui eft a Rome dans le Jardin du Cardinal Parnelc.
On doit choifir leBen nouveau, que l’amende en foit blanche, & le plus pc-
fant & le plus gros qu’il fe pourra.
Le Ben n’a autre ufage que je fc^ache, que pour en tirer l’huile , qui a de très-
grandes proprietez. La première , en ce quelle n’a nul goût ny odeur ,& qu’elle
ne rancit jamais, ce qui eft caufe quelle a beaucoup d’ufagepar les Parfumeurs,
ou autres, pour tirer l’odeur des fleurs, comme de jafiniu, de fleur d orange,
de tubereufe , & autres fleurs femblables *, & cette huile empreint de 1 o-
Piftïches
cailûcs.
Piftachc en
diagéc.
Huile de
rühche.
228 Hiftoire generale
dcur de ces fleurs cfl: appcllée cflence de jaflemin , de fleur d’orajigc , ainfi du rcftc;
mais ceux qui font ces cflences , furtout la plufpart des Parfumeurs ^ au lieu de fc
fervir de l’huile de Bcn,à caufe de fa cherté, fe contentent de l’huile d’aman¬
des, & meme alfez fouvent de l’huile d’olive pour en faire meilleur marché.
A l’égard de leurs préparations je n’en diray rien , renvoyant le ledeur à un
petit livre nouveau fait par le Sieur Barbe Parfumeur , qui en traite aflez au
long, du moins à ce que je crois , n’y ayant pas grande connoilfince. j’averti-
ray neanmoins que fi la manière de faire ces parfums n’eft pas plus jufte que
l’hiftoirc des drogues, dont il s’eft: voulu mêler d’écrirG,l’on n’en doit tenir au¬
cun compte, d’autant que tout ce qu’il dit 'touchant les marchandifes que
nous vendons cfl: faux , il auroît beaucoup mieux fait de ne parler
que de ce qui regarde fa profeflion que de vouloir parler de celle des autres,
où il n’a aucune connoilfancc, que de dire des chofes qui n’ont jamais été n’y
jamais ne feront , principalement au fujet de l’imbre gris, du mu fc, delà civette,
dubenjon, du florax, du baume du Pérou, du mahalep, qu’il appelle mal à
propos macanet, de l’eau delà Reine d’Hongrie, ainfi de quclques-autres.
CHAPITREZ LIL
Des Fiftaches.
LEs Piftaches font des fruits de la grolTcur & figure des amandes vertes , que
l’on nous apporte de plufieurs endroits de la Perfe , & autres lieux de
l’Afic, lurtout d’auprès d’une ville î^ppclléc Malavcr.
L’arbre qui les porte cft de la hauteur de nos jeunes noyers , & a fes fcüillcs
prcfquc rondes , apres Icfquclles nailfeiit des fruits par grappes aflez beaux à
voir, étant d’un vert mêlé de rouge. Sous cette peau il s’y trouve une coque
dure & blanche, qui renferîne une amande d’un vert mêlé de rouge par dclTus ,
& verte au dedans , d’un goût doux Sc fort agréable.
On doit chûifir les Piflaches en coque, nouvelles , pefantes &bicn pleines. En
un mot , que trois livres de Piftaches en coque, en puiflcnt rendre une livre de
cafl'cés , c’eft à dire une livre d’amende,
A l’égard des calfées , elles doivent êtreaufli nouvelles , d’un beau verd, rou¬
geâtre au delTus & verte au dedans, ne fentant l huile ny le moify , nouvelles,
caflecs , & les moins brifées que faire fc pourra. A l’egard de leur grofleur , les
uns cftiment les grofles,lcs autres les petites , principalement les Conftfeurs , en
ce qu’ils n’ont pas la peine de les couper avant que de les couvrir de fucre ,
pour en faire ce que nous appelions Piftaches en dragée. On fe ïert encore des
Piftaches pour faire des ragoûts.
Les piftaches font très peu ufitées dans la médecine , en ce qu’elles en¬
trent dans quelques compofitions galleniques, étant fort propres pour réchauf¬
fer les vieillards.
On peut tirer des Piftaches une huile , mais le peu d’ufage qu’elle a, fait que
je n’en diray rien.
des Drogues. L iv re V i I. 2 z 9
CHAPITRE XLIII.
Des Amandes.
NOus vendons ordinairement de deux fortes d’amandes , fi^avoir , les doü^
ces &lcsamcres.
Les arbres qui les portent font fi communs , que je n’ay pas jugé à propos
d’en faire aucune relation, me contentant feulement de dire que les amandes,
tant douces qu’ameres , viennent de plufieurs endroits , comme de la Provence 3
du Languedoc, de Barbarie , & de Ghinon en Touraine jmais les plus elfimécs
de toutes, font celles qui croiflent dans le Comtat Venaifin proche Avignon ;
parce quelles font ordinairement larges , hautes en couleurs, c’eft à dire, rou¬
geâtre au deflus &: blanches en dedans , d’un goût doux & agréable , qui ell le
contraire de celles deChinon & de Barbarie , qui font petites &a demy rondes.
Ainfi ceux qui auront befoin d’amendes, doivent préférer celles de Comtat à
toutes autres , par les raifons que j’ay cy-dclkis alléguées , & qu'il n’importc
comme elles viennent , pourveu quelles foient comme j’ay dit cy-delTus. A l’é¬
gard de ceux qui prendront les tonneaux , cailfes ,ou balles entières , prendront
garde qu’elles foient égales par tout i car nous avons de certains Marchands
tant à Lyon qu’à Paris, qui fçavent fi bien parer la marchandife , qu’à moins
qu’on ne la regarde de tous cotez , on eft bien en rifquc d être trompez.
A l’égard del’ufage des amandes douces , elles (ont fi grandes & fi connues
de tout le monde , qu’il eft comme inutile que j’en parle ; je me conrenteray
feulement de traiter de l’huile que l’on, en tire, comme étant une marchandife
d’une tres-grandc confequencc , pour le grand ufage que l’on en fait.
, Outre les Amandes douces caiîées, que l’on nous apporte des lieux cy-dclfus
nommez, nous en vendons encore en coques, à qui l’on a donné le nom d’a¬
mande en coque tendre , &mal à propos ccluy de Florence , puifque toutes cel¬
les que nous débitons viennent du Languedoc & de la Touraine.
Ces Amandes pour être parfaites , doivent être tendres , c’eft à dire qu’elles
s’écrafent facilement fous le pouce.
Ces Amandes, n’ont point d’autres ufages , que pour mettre fur la table des
Grands Seigneurs.
CHAPITRE XLIV.
De l Huile d Amandes douces,
L’Huile d’ Amandes douces fe prépare en diverfes. maniérés. Les uns pel-
lent les amandes, les autres les pillent telles qu’elles viennent , les uns les
reduifcnt en pâte à force de les battre, les autres ne les font que concalfer, &
les paifer par un gros tamis de crin. Enfin les uns employent de bonnes aman¬
des, les autres des méchantes. En un mot chacun lafaitfiivant fa capacité, ôc félon
qu’il a de la confcience ^ & afin d’ovicr aux grands abus qui fe font fur cette
Ff iij
Amende
en cocque*
IDitfcrcntes
fortes
d’huiles,
Kuile de
îifiuiet
d’Eufer.
ràte tl’a-
maftde.
230 Hifloire generale
Huile ; &poiir épargner la peine à ceux qui ne la frayent pas faire , je diray icy
de la manière dont elle doit être faite.
On prendra une livre & demy d’amandes douces, pelées , bien feches , nou¬
velles , ne Tentant l’huile, le rance , ny le moify , que l’on mettra dans un mor¬
tier bien net , & après les avoir concallcz , on les palTcra par un gros tamis de
crin , 5c lorfqu’cllcs feront palTées on les mettra dans une toile de crin dou¬
ble à la prelîe, entre deux plaques d’étain , d’acier poly, de cuivre, ou de fer
blanc , 5c on les prelTera doucement & également , de peur que la toile ne crève ,
5c que les prclTes ne calTent , 5c lorfque le tout fera prefTé comme elle le doit
être, on retirera une huile douce. En un mot , doüée de toutes les bonnes
qualitez, 5c prefque fans fclfes, ce qui n’arrive pas à celle qui eft faite d’aman¬
des fans peler, 5c qui ont été réduites en pâte à force de les battre.
Il faut bien fe donner de garde de tirer l’huile des amandes , de la manicrç
que i’enfeigne le D;dionnaire Pharmaceutique pour deux raifons. La première,
c’eft que les amandes ne rendent point d’huile cnfortànt de l’eau chaude, pour
bien eforée qu’elles puilTent être ; la féconde, c’eft que l’on creverok autant de toile
comme un TilTerant en pourroit faire. Non plus quand il dit que l’on doit
chauffer au bain Marie les amandes ameres , pour en tirer l’huile , je ne fjay
pas quelle différence 5c qu’elle difficulté il trouve plus à tirer l’huile d’amendes
ameres qu’à celles d’amendes douces.
Je fuis perfuadé que ceux qui liront cet article ne defaprouveront pas la mà-
nicre de faire cette huile par plulieurs raifohs. La première , parce que l’on a
moins de peine ; la fécondé , parce qu’elle eft plutôt faite j la troifiéme, par¬
ce qu’elle donne moins dcfeffiej&la quatrième, parce que je ne fçaehe jamais
perfonne qui en ait parlé.
De cette maniéré l’on peut faire les huiles d’amendes ameres , de noifette , d’a¬
velines, de noix, de ben , de pignons blancs , de gros pignons, qui eft ce que
nous appelions huile de Figuier d’Enfcr , qui eft fort en ufage parmy les Sau¬
vages , pour faire mourir la vermine, de PalmA Chripiy de Pavot blanc , des qua-
tres femcnces , de chenevis , de graine de Lin , ainfi de quantité de fruits ou fc-
mcncesjdonton defire tirer l’huile par expreflion & fans feu.
A l’égard du choix de toutes ces huiles , la meilleur connoiffancc que j’en
puis donner, eft de l’acheter d’honnêtes gens , incapables de les frauder , & d’y
mettre le prix, & ne pas les acheter de ces Coureurs 5c Colporteurs, fur tout
l’huile d’amendes douces que fon porte de boutique en boutique , n’étant faite
que de vieilles amandes pourries & gâtées, ou bien des quartiers d’amandes des
Confifeurs , cnfoitc que l’huile qui en eft faite eft incapable d’entrer dans le
corps humain par fon méchant goût, &par le goût de rôty qu'elle a, à caufe
que ces quartiers d’amendes dont ils fe fervent, ont été mis à l’étuve pour les
faire fecher j ainfi de mille autres abus qui fe font fur cette marchan-
difc.
Outre l’huile d’amendes douces tirées fans feu, on nous en envoyé d’autres de
divers endroits dans des pièces de différends poids qui eft tirée avec le feu, ainfi
qui ne doit avoir d’autres ufages que pour brûler.
L’huile d’amande douce tirée fans feu, eft fort en ufage pour plufieurs ma¬
ladies ou il eft queftion d’adoucir , 5c meme pour frotter quelques parties du
corps affligez ; mais fon plus grand ufage eft pour faire prendre aux petits çn-
fans nouveaux nez.
La pâte des amandes douces pêlées , peut fervir à laver & à décraffer les mains. '
des Drogues , Livre VIL 231
Pour ce qui cft des amandes ameres, elles n’ont point d’autres choix que d’c-
tre aufli hautes en couleurs, les plus larges, les moins brifécs, & les plus nou¬
velles qu’il fe pourra, & prendre garde quelles ne foient mélangées d’amandes
douces , comme il n’arrive que trop fouvcnt , furtout quand les amandes ameres
font cheres.
Les amandes ameres ont beaucoup d’ufage chez les Confifeurs pour faire
des bifeuits furnommez d’amendes ameres. Elles font aufli en ufage pour faire .fàS’endes
des pâtes pour laver les mains , & pour en tirer une huile par expreflion & fans
feu , comme j’ay déjà dit , qui cft très propre pour guérir les maux d’oreilles ,
uiélangées avec tant foit peu d’eau de vie , ou d’cfpritdc vin. La pâte des aman¬
des ameres cft fort propre pour dccraflèr les mains , en ce qu’elle les blanchit
mieux que la pâfe des amandes douces.
CHAPITRE XLV.
Des Citrons.
LEs Citrons doux & aigres , font des fruits fort communs connus de tout
le monde , ce qui fera que je n’en diray rien , me contentant feulement de
dire que ceux que nous vendons viennent de S. Remmes, en Rivière de Gcn-
nes , de Nice, de Manton , petite ville appartenante au Duc de Savoyc, d’où il
nous viennent par mer & par terre à Marfeille , Lyon , Roüannc , & dc-là
à Paris.
La vente des Citrons ne fe fait dans les villes cy-dcfliis , à la refervede Nice]
que par la deliberation du Confeil de la ville ; ce qui arrive deux fois l’année ,
c’eft à dire au mois de May & Septembre , quelquefois aufli trois fois, fuivant
que la récolte en a été grande. Lorfque la vente des Citrons fe fait , ou que
quelques Marchands en veut acheter des Bourgeois , les Senfales ou Courtiers
EfTcnce
Gtdrc.
Aipre de
Gcdie.
Ecorce t
Citron
132 Hiftoire generale
les choififfcnt eux mêmes , & ne prennent que ceux qui font de receptes , & qui
paCfe par un anneau de fer rond fait exprès j car tous ceux qui paffent par l’an¬
neau de fer font rebutez , & ne fervent que pour en tirer le (uc que l’on tranf-
porte en A vignon & à Lyon pour les Teinturiers du grand teint. •
A l’égard du choix des Citrons doux &c aigres , la marchandife eft trop côii-
nuë pour m y arrêter.
CHAPITRE XLVL
De l Huile de Citron.
NOus vendons de deux fortes d’Huiles de Citron ; fejavoir ^ la commune &
l’EfTcnce de Cedre. La première ôdia plus cftiméc , eft celle qui porte le
nom d’Huilc ou d'Eftence de Cedre, ou d’clTence fine, qui fe fait en deux ma¬
nières -, fi^avoir , par le moyen des zeftes de Citron , ou des Citrons que l’on
rapc^ôd par le moyen de l’eau & d’un alambic , on en tire une huile blanche
& fort odorante , tout à fait fcmblable à l’Huile d’Amandes douces , à la re-
ferve quelle n’eft pas fi grafle. La féconde, qui eft l’Huile de Citron commu¬
ne , qui eft une huile verdâtre, claire & odorante, fc tire aufli par le moyen d’un
alambic, des Bacchas, ou de la Lie qui fe trouve au fond des tonneaux, dans
quoy l’on a mis repofer le jus de citron, & cinquante livre de cette Lie , ou Bac¬
chas, rendent ordinairement trois livres d’huile claire, plus ou moins , fuivant
la bonté & nouveauté des citrçns.
Les Huiles de Citron font ufitées parles Parfumeurs, à caufe de leur agréa¬
ble odeur , fur tout rEifcncc de Cedre.
A l’égard de l’ Aigre de Cedre, c’ eft un fuc que l’on tire d’une certaine efpece
de citrons à demy murs qui viennent de Bourgaire, proche S.Remmcs, d’où
il eft tranfporté en différends endroits.
L’ufage de l’ Aigre de Cedre eft auffi pour les Parfumeurs , & pour plufieurs,
autres perfonnes qui s’en fervent.
CHAPITRE XL VIL
T>es Citrons confits.
L’On nous envoyé de Madcre des petits Citrons de differentes groffeurs ^
confits au fucre de deux fortes de maniérés j fça voir, fecs & liquides. Ces
petits citrons font un très agréable manger , lefquels pour être parfaits doivent
être bien confits , tendres , verts & nouveaux.
Outre ces Citrons il nous vient encore de Madère l’écorce de Citron confi¬
te ou fcchc,quc pour être de la bonne qualité , il faut quelle foit nouvelle,
en petite côte , claire tranfparente , la plus verte au deffus , & la plus glacée au
ùeffous qu’il fe pourra , quelle foit charnue , facile à couper , & bien fcche, non
piquée , c’eft à dire qu’elle ne foit point remplie de- taches noires , ce qui ne
îiiy vient que par l’humidité qu’elle acquiert en vieilliffant.
L’écoTcs
des Drogues , Livre VII. 233 j
L*iécorce de Citron eft fort en ufage , à caufe que ç’cft ùn cxeelicnt manger
il y a encore des Citronnats qui eft de l’écorce de Citrons confite , & coupée
par tailladins.
Les Turcs font avec le jus deCitrôn & du fucre , ce qu’ils appellent SorTacc, .
dont le meilleur vient d’Alexàndrie. drie.
Avec le jus de Citron clarifié & de beau fucre 3 on en fait un firop qui eft ce
que nous appelions Sirop de Citron', Scies A poticaires Sirop de Limon, dont on
fe fert,mis dans de l’eau, pour rafraichir ôc étancher la foif.
Pour ce qui eft dü jus de Citron qui fe vend à Paris , il doit être entièrement
î^ejetté, n’étant fait pour la plufpart,que de Citrons pourris. Ainfi ceux qui cii
auront bcloin, feront mieux de le faire eux mêmes que de l’acheter tout fait.
CHAPITRE ILVIIL
Oranges.
LÊs Oranges douces 5c aigres , viennent de Nice , de l’ Afiouta , de Grâce , deS
Ifles d’Hycres, dcGennes, de Portugal, des Iflcs de l’Amerique , & même
de la Chine \ mais la plus grande partie de celles qüc nous voyons aujour-
d’huy vienennt de Provence, oii elles fe vendent indifféremment fans aucune
. r ,
Les Oranges , aufli-bieh que les Citrons , font fi communes que je n en diray
rien.
On confit les Oranges entières , apres IcS avoir pelées , 5c vuidées au fucre , 5c
on en fait ce que nous appelions Oranges entières , ou Ecorce d’Orange con- é change,
fite , dont la plus belle eft celle qui fe fait à Tours j parce quelle eft plus claire ;
plus tranfparcnte , ôc plus haute en couleur.
Nous faifons venir de Lyon l’écorce d’orange coupée par lardons, qui eft ce Orapseai»
/. PMÙe, ^ C g
ij 234 Hiftoire generale
que nous appelions Orangeat^ qne l’on couvre de fucre , & enfuite eft appelle
Orangeât en dragée.
rieurs d’o- Outre le gros négoce que nous faifons des Oranges douces & «aigres, & mê-
3Tc des Bigarades, nous vendons de plus les Fleurs d’Oranges confites , que nous
faifons venir d’Italie & de Provence. L’eau diftillée, qui cil ce que nous appel-
Eaude Na- Napfie , OU de Fleurs d’Orange, qui vient aulli de Provence, dont
flaVs^d’i Parfumeurs & autres fc fervent pour parfumer. Celle qui eft de la bonne
range. qualité , doit être amcrc au goût , d’une odeur fuave , fort agréable , & de l’année;
car aufli'tôt que cette eau a plus d’un an,fon odeur le perd. Ceux qui diftil-
Icnt les Fleurs d’Oranges , tirent une huile claire & extrêmement odorante, à
qui les Parfumeurs ont donné le nom de Neroli , dont le plus parfait fe fait à
Rome,&ccluy d’apres en Provence. Neanmoins on doit s’alTurer que c’eft une
vieille erreur, en ce qu’il eft facile de faire du Neroli aParis meilleur qu’en Ita-
lie & en Provence-, la raifon en eft que l’Italie .& la Provence étant plus chaud
que nôtre climat , le Soleil en dilïipe plus facilement l’odeur ; mais avec cette
différence neanmoins , que l’on en tirera bien moins que dans le pays chauds ;
parce que tout le monde doit fçavoir que l’odeur des Fleurs ne provient que
de l’ardeur du Soleil &delaRoféc, c’eft ce qui fait que l’on peut faire en Ita¬
lie & en Provence , plufieurs travaux ou diftilladons j c’eft à dire , que fi les
fleurs font un mois à Paris dans leurs forces , elles le feront deux en Provence,
& trois en Italie, à caufe delà proximité du Soleil.
Les Provençaux nous envoyent une huile que l’on tire des zeftes , & de la
Hmi^a-o-peau des Oranges, par le moyen de l’eau ôc d’un alambic , &c cette huile eft
odcut fott fuave. Ils nous en apportent encore d'une autre forte, qui eft
ce que nous appelions huile de petit grain , qui eft faite d’o’rangelcttes , qu’ils
diftillent dans un alambic , avec une quantité fuflifante d’eau , après les avoir
fait tremper cinq ou lix jours dans la même eau. Cette huile eft d’un jaune
doré , d’une odeur forte &c odorante.
Ces Huiles d’Oranges font d’cxcellcns rcmedes pour guérir les vers des petits
enfans, aufli-bien que l’eau qui a fervi à en tirer l’huile; c’eft pour ce fujet que
les Parfumeurs de Provence en portent beaucoup par bouteille & par barils,
à divers particuliers, pour donner aux petits enfans. La plus grande quantité de
ces huiles fe font à Grâce, àBiot, à trois lieues de Grâce , aux Canettes & à
Nice,
On fera averty que toutes ces huiles qui viennent de Provence , font pour
la plufpart falcificz ou additionnez d’huile de Ben, ou d’amendes douces, c’eft
pour ce fujet que l’on ne doit acheter que d’honnêtes gens , & ne pas s’atta¬
cher au bon marché , principalement quand c’eft pour guérir les vers des petits
enfans-
Nous vendons de plus les petites Oranges, ou Orangelettes , aux Pattenof-
triers, ou faifeurs de chapelets. Elles ont encore quelques ufages par ceux qui
ont des cotaircs , en ce quelles ne fe corrompent point. Les rapures de ces
Oranges réduites en poudre, avec égale partie d’écorce de citron fcche, & autres
Poudre drogues ,& après avoir réduit le tout en poudre, on en compofe une poudre
cordiale, cordiale , univerfellc , propre pour guérir plufieurs maladies qui arrivent aux
chevaux , ainfi qu’il eft porté plus au long au Livre du Parfait Maréchal , fait
par feuM. deSolcyfcl , à la page 44. & 4^. où elles font décrites tout au long,
aufli-bien que tous les autres remedes propres & convenables pour ecs fortes
d’animaux , defquels remedes Mcflieurs les Apoticaires ne veulent prendre au¬
cune connoiffance , difant pour raifon que cela eft au delTous d’eux -, & coin-
De f Ananas
rharuur
LOn peut a trcs-jultc titre, luivant le K. r.dü iertre, appcller 1 Ananas , le
Roy des fruits , parce qu’il eft le plus beaii , & le meilleur de tous ceux qui
font fur la terre. C’eft fans doute pour^ette raifon,que le Roy des Roysluy a
mis une couronne fur la tcce, qui cil comme une marque elTenticllc’dc fa Royauté,
puis qu’à lachûte du pcrc , il produit un jeune Roy qui luy fucccdc en toutes fes
admirables qualitcz ; Il ell vray qu'il y a encore d’adtres rejettons au deflbus
du fruit , & même au delTous de la tige qui produifeut des Ananas en bien
moins de temps , &: meme avec plus de faedité que ccluy qui luy fert de cou¬
ronne , mais il eft aufli véritable que le fruit produit par celuy-cy , eft incompa¬
rablement plus beau que les autres.
Ce fruit croît fur une tige ronde, groffe de deux pouces , & haute d’un pied
& demy , laquelle fort du milieu de fa plante , comme l’arnehaux du milieu de fts
fcüillcs : elles font longues environ de trois pieds , larges de quatre doigts , ca-
nelées à guifes de petits canaux , & toutes herilTées fur le bord de petites poin¬
tes picquantes,&finiirent en aboutilTant à une petite pointe qui picque com¬
me une éguillc.
Au commencement ce fruit n’eft pas fi gros que le poing , & le bouquet de
fcüillcs où eft la petite couronne qu’il porte fur la tète i eft rouge comitlie dil
/. ij
Vi 236 Hiftoire generale
feu i de chacune des écailles de l’écorce du fruit ( dont la figure & non la
(ubftance , cft fort femblables aux pommes du pm ) fort une petite fleur pur¬
purine, qui tombe & fe fanne à meiui'c que le fruit groflit.
Nos habitans en diftinguent de trois fortes, aufquellcs fe peuvent rapporter
toutes les autres : à fi^avoir, le gros Ananas blanc , le pain de fucre , & la pomme
de rainette.
Le premier a quelquefois huit ou dix pouces de diamètre , & quinze ou feize
pouces de haut. Sa chair eft blanche & fibreufe, maisfon écorce devient jaune
comme de l’or. Quand ileft meur , il exhale une odeur ravilfante , qui tire fort
à celle de nos coings, mais beaucoup plus fuave. Quoy qu’il foit plus gros ôc
plus beau que les autres, fon goût n’clî, pas fi excellent , aufli n’eft-il pas tant
eilimé 5 il agace plûtôt les dents, ôc fait plutôt faigner les gencives que les
autres.
Le fécond porte le nom de fa forme , parce qu’il cft tout femblable à un
pain de fucre : il a les feuilles un peu plus longues ôc plus étroites que le pre¬
mier, ÔC nejaûnit pas tant. Son goût cfl: meilleur, mais il fait aufli faigner les
gen(^ives de ceux qui en mangent beaucoup. J’ay trouvé dans ccluy-cy de la
graine femblable à la graine du CrclTon Alenois i quoyquc pourtant ce foit une
opinion generale que l’Ananas ne graine jamais.
Le troiliéme eft le plus petit , mais c’efl: le plus excellent , ôc cft appellé pomme
de rainette, a caufe que fon goût a cela de particulier , qu’il tire à Todeur &au
goût de ce fruit: Il n’agace prcfquc point les dents, ôc ne fait point faigner la
Ibouche , fi ce n’eft quand on en mange excellivcment.
Voila ce qu’ils ont de particulier, mais tous conviennent en ce qu’ils croiflent
d’une même façon , portent tous le bouquet de fcüiiles , ou la couronne fur la
têtc,&: ont l’écorce en pomme de pin, laquelle fe leve pourtant , ôc fe coupe
comme celle du melon : ôc bien que la chair , tant des uns que des autres , foit
fibreufe, elle fe fond toute en eau dans la bouche , ôc eft fi favoureufe que je ne
la fçauroit mieux exprimer, finon en difant qu’elle a le goût de la Pefche , de
la Pomme , du Coing , Ôc du Mufeat tout cnfcmble.
Quelques-uns pour luy ôter cette qualité qui fait faigner les gençives , ôc en-
fiâmela gorge de ceux qui en mangent beaucoup , ou le mangent avant qu’il
foit meur japrés l’avoir dépoüillé de fon écorce , Ôc coupé par roücllcs , le laif-
fentun peu de temps tremper dans le vin d’Efpagne, ôc non feulement l’Ana¬
nas quitte ce qu’il a de malin , mais il communique au vin , un goût ôc une
odeur fort agréable.
On fait un vin de fon fuc, qui vaut prcfquc delà Malvoific , ôc qui cnyvrc
aufli- bien que le plus fort vin que nous ayons en France. Si on conferve ce
vin plus de trois femaincs , il fc tourne ôc fcmble être entièrement gâté i mais
fi on le donne patience encore autant de temps , il revient dans fon entier , ôc
meme eft plus fort ôc plus fameux qu’a'uparavant. Lors qu’on en ufc modéré¬
ment , il recrée le çoeur , réveille les efprits engourdis , ôc arrête les naufées de
l’eftomac, il cft bon aux fuppreflions des urines, & cft un contrepoifon à ceux
qui ont beu de l’eau de Manyoc : il faut pourtant que les femmes qui font en¬
ceintes fe gardent bien d’ufer de cc vin,& même de manger l’Ananas en quan¬
tité, car cela les feroit aufli-tôt avorter.
Nous vendons prclcntcmcnt â Paris des Ananas confits qui nous viennent des
ïfles, qui eft un très- bon mangé, furtout quand il a été bien confit.
Son ufage cft pour rétablir la chaleur naturelle des vieilles gens.
des Drogues. Livre VIL
237 V
Le Cotton cft une laine douce & blanche , que l’on trouvé dans une cfpc-
cc de coque brune, qui naît fur un arbrifleau en forme de builfon.Voicy
ec que dit le R. P. du Tertre.
Au commencement que nos lÜcs furent habitées par les François , j’ay veu
des habitans qui remplilfoient leurs habitations de Cotonniers , dans l’elpcran-
ce d’en faire quelque profit dans le commerce i mais la plufparc des Marchands
ne s’en voulant point charger , à caufe qu’il tient trop de place , qu’il pefe peu,
& eft dangereux pour le feu , ils ont été contraints de l’arracher , ôc n’en laiiTer
que le long des lificres des habitations.
Cet arbriflfeau croît en builTon , &: les rameaux qui s’étendent au large font
fort chargez de feüillcs , un peu plus petite que celle du Sicomorc , & prefque
de même figure : il poulTe quantité de belles fleurs jaunes plus grandes que
celles delà maothe mufquée jk fond cette fleur eft de couleur de pourpre , &
elle en eft toute rayée par le dedans i il y a un bouton ovale qui paroît àu mi¬
lieu, &c qui croît avec le temps auflî gros qu’un œuf de pigeon : quand il cft
meuril devient noir, & fe divifant en trois par le haut, le Coton paroît blanc
comme de la neige. Dans ce flocon qui fe gonfle à la chaleur jufqu’à la grof-
feur d’un œuf de poule , il y a fepr grains noirs aufli gros que des lupins atta¬
chez enfemble -, le dedans en eft blanc , oléagineux & de bon goût.
Le Coton vient en grande abondance dans toutes ces Ifles , & les Sauvages
prennent un grand foin de le cultiver, comme une chofe qui leur eft fort utile
pour faire leurs lits. J’ay remarqué une chofe de la fleur du Coton que les Au¬
teurs n’ont pas connue , ou au moins ne l’ont pas écrite 5 c’eft que les fleurs
'""■G g üj
Cotons en
laine.
Corons
filez.
Huile de
Coco,
ni de Gui.
bièy.
^/j 238 Hiftoire generale
enveloppées dans les fciiilles du même arbre cuitçs fur la braize , rendent une
huile roulTe & vifqueufe, qui guérit en peu de temps les vieilles ulcérés. Je l’ay
Ibuvent expérimenté avec de tres-heureux fuccez, La graine de cet arbrüTeau
eny vre les Perroquets j mais têIIc eft utilement employée contre les flux de fang,
&mêmc contre les venins.
Nous vendons de plufieurs fortes de Cotons , qui ne different les uns des
autres , que fuivant les pays d’où ils viennent , & les diverfes préparations que
l’on fait. Le premier cil le coton en laine , c'eft à dire , tel qu’il fort de
la coque, d’où on a feulement retiré les graines. Ces cotons viennent de Cypre,
de S. Jean d’Acrc, &de Smyrne.Les féconds font les Cotons filez, dont les plus^
parfaits font les Cotons d’once j qui viennent de Damas , les Cotons de Jerufalem
que nous appelions Bazac 5 il y a encore d’autres fortes de Cotons , comme font ces
cotons demy Bazac , de Rames , les moyens Bazacs , les Cotons de Bcledin , de
Gondezel , Payas de Motafin, Coton jofeph & Geacquin-. mais de tous ces Co¬
tons nous ne vendons guère que ccluy de Jerufalem , &des Ifles. Le vray Bazac
ou Coton de Jerufalem , doit être bien blanc , fin , uni , le plus fcc , le mieux filé
de le plus égal que faire fc pourra. A l’égard de ccluy en laine , plus il eft blanc,
long & doux, & plus il doit être eftimé. Ceux qui en achèteront des balles en¬
tières , prendront garde qu’ils n’aycnt été moifi ny pourry pour avoir été mouillé
ou afpergé d’eau
On fe fert du Coton pour différends ufages , qui font trop connus pour m’y
arrêter.
A l’égard de la graine noire qui fe trouve dans le Coton , on en peut tirer
une huile qui eft admirable , pour guérir emporter les taches de roufleures,
& même pour embelir le vifage , & fait les mêmes effets que l’huile que l’on a
tiré des Amandes du Coco , en la faifant fondre fur le feu , ainfi que font
les Sauvages ,furtout de l’ifle de i’Aflbmption , d’où prefque tous les cocos que
nous vendons nous font apportés.
CHAPITRE LI.
De la \-{oüette.
La Hoücttc eft une efpecc de Coton qui fe trouve dans des gouffes qui
croiffent fur une plante que les Botamftes appellent y4i)ocyni4m Cynocrampe »
qui figmfic choux de chien, dont la figure eft cy-devant reprefentée à l’Eftampe
du Coton.
Ces plantes croiffent en quantité proche d’Alexandrie d’Ægyptc , fur tout
dans les lieux humides & marécageux , d’où nous vient la Hoüette que nous
vendons. Cette Hoüette n’a autre ufage que pour fourrer les robes des perfon-
nés de qualité.
Nous vendons de plus le Lin, la filafle bruttc& écrüe , c’eft adiré, telle que
les Filaflicrs &Cordiers l’achctcnt de nous. Le fil deGuibray qui eft faitd’étou-
pes filez, ôeenfuite mis par écheveau, après avoir été boüilh dans de l’eau & de
la cendre pour en ôter la bourre, ôelorfqu’ il eft bien blanc, tant pour avoir été
IcxiVe que pour avoir demeuré fur l’herbe , ils nous eft apporté ou envoyé.
Ce font des Normands du Bourg de la Chapelle Mofehe, qui eft l’endroit où
prefque tout ce fil fc fait : & ce qui luy a faft donner le furnom de Guibray , c’eft
des Drogues , Livre VIL 239 vi j
qu autrefois ils ne noüs renvoyoient iiy apportoient point , mais le vendoient
tout à la Foire de Guibray.
Ce fil eft fort en ufage par les Ciriers , tant pour faire des cierges , de la bou¬
gie filée, que pour faire des collets blancs aux mèches , ou bras de flambeaux.
A l’égard du lumignon , il fc fait à Pont Sainte-Mexance , des croupes de chan- tumi
vre que. l’on file à gauche , & enfuite on le met par plottes de treize à quatorze
onces , &c l’on s’en fert à faire des mèches ou bras de flambeaux.
Nous vendons encore les mèches à moüfquets , qui font faites des mêmes étou-
pes , & toute la dilference qu’il y a ^ c’eft quelle eft filée comme les cordes ordi¬
naires , &enfuitc on en alTemble trois brins enfcmble que l’on couvre de filafle;
enfortc que ces trois brins ne paroilfent qu’une , & après les avoir fait boüillir
dans de l’eau & de la gravelée, pour luy donner la couleur quelle a, & après l’a-
Voir fait fecher , ils nous l’envoyent par bottes de differentes groffeurs Ôc lon¬
gueurs.
Nous vendons de plus la fiflêlle de Rouen & deTroyes, dont l’une nous vient
par paquets , & l’autre par plottes , & n’a point d’autre choix que d’être bien fe-
<-bcs,bicn filées, c’eft à dire la plus unie &la plus petite que faire fc pourra,
t n prenant garde qu’elle (bit belle dedans, principalement celle de Roüen , qui
tft fort fujette à n’êtrc pas telle dedans que deffus.
Outre toutes les marchandifes que nous vendons qui fe tirent du lin & du chan¬
vre, il nous eft permis de vendre toutes fortes de papiers , dont il y en a plufieurà
fortes :fqavoir,lc papier d’Auvergne, ccluy de Limoge , & autres endroits. Le
grand &c petit papier gris blancs j ou à patron , & papier à demoifelle que nous ti¬
rons de Roüen.
CHAPITRE J
Des Olives,
viij 240 Hiftoire generale
de Veronne donc il y en a de trois fortes } fc^avoir , le gros & petit moule , & les
femenccs celles d’aprcs font les Olives d’Elpagne, 6<: lcs troiliémc font les Oli¬
ves de Provence ,t|ui portent le furnom de Piclioline ou de Pauline , mal à
propos celuy d'Olives de Lucques , puifqu’elles n’en viennent pas.
■L’arbre qui porte les Olives clt ordinairement petit, donc la figure cil cy-def-
fus reprefentée.-.A l'égard dcsfcüilles elles font épaiffes verdâtres , les fleurs
blanclies Se les fruits verts dans leurs commencement , & d’un vert rougeâtre
dans leur maturité. Je ne m’arreteray pas à vouloir rapporter icy les difterends
ouvrages que l’on fait du Bois d’olivier,mc contentant feulement de parler de l’hui¬
le que l’on tire des Olives, &: de la manière qu’on les confit , afin de les garder
pour manger.
D’abord que les payfans voyent que les olives font en état d’etre cueillie pour
confire, ce qui arrive en Juin & Juillet, ils les cueillent & les apportent dans les
Villes , vendre comme nos payfans nous apportent des fenfes. Aulli-tôt que
ceux qui les veulent confire les ont , ils les jettent dans de l’eau fraîche, & après
les y avoir laiffées quelque temps , ils les retirent & les jettent dans une eau fi¬
lée, qu’ils ont faite avec delà Barillc ou Soude, & des cendres des noyaux d’o-
liVes brûlées , ou de la chaux , & après les y avoir laiflces quelque temps , ils les
mettant dans des barils de differentes grandeurs , & rempliflènc les barils d’une
eau falée faite de fcl , fur laquelle laumure ils jettent quelque peu d’une eflence
compofée de gerofle , canelle , coriandre, fenoüil ,& autres aromacs i & toute
la fcience d’accommoder les olives , c’eft de f^avoir faire cette eflcnce , qu’ils
tiennent fccrec parmy eux.
Le choix des olives, furtout les Veronnes, font d’être nouvelles, véritables,
fermes, & bien enfauflées j car d’abord que la laumure ou faufle , leurs man¬
que, clics s’amoliflcnt & deviennent noire, en un mot hors de vente j ce qui
n’eft pas d’une petite confequcnce, étant un fruit affez cher. Pour ce qui eft
des olives d’Efpagne , elles font de lagrofTcur d’un œuf de Pigeon , d’un vert
pâle, &d’un goût amer, ce qui né plaît pas à tout le monde j mais pour celles
de Provence, furtout les picholines, elles font eftimées les meilleurs , en ce que
l’on prétend que Meflieurs Picholini de S. Chemas , les fi^avent mieux faller
que tous les autres, â quoy on ne fe trompe pas jpuifque les plus belles 5c meil¬
leurs olives font les picholines, parce quelles font ordinairement plus vertes
d’un meilleur goût que les Paulincs , Ôc autres olives de Provence.
L’ufage des olives eft pour manger en faladci&cc qu’il y a â prendre garde,
c’eft de n’en faire provifion qu’en hiver, car d’abord que le Carême eft venu ^
on 41 en mange prcfquc plus , ce qui oblige ceux qui en ont de les donner à
moitié naoins qu elles ne leurs courent.
CHAPITRE LUI-
Ds / Huile d QliDe.
O titre les Olives nous faifons un très gros négoce de l’Huilc que nous
en tirons , & cette huile eft fi ncccfl'airc â la vie que j’ofe la mettre
en paralclle avec le pain ÔC le vin. La manitre de tirer 1 Huile des Olives , eft
peu differente de celle que l’on tire des amandes , puifquc l’on ne fait autre fa-
cen pour faire de bonnes huiles qu’aprés avoir cueilli les olives ^ lorfqu’clles
* commen
des Drogues, Livre VIL 241 ix
commencent à rougir , c’cfta dire dans leur plus grande mârutité , ce qui arw
rive en Décembre Si Janvier, on les prede dans des moulins fait exprès , d’abord
il en fort une huile qui cft douce , d’un goût & d’üne odeur fort agréable.
Si cette huile eft ce que nous appelions Huile vierge , dont la plus eftiméc eft
celle deGralfe, d’Aramont, d’Aix, de Nice, ainfi de quelques autres endroits i
mais comme ces olives nouvellement cueillies ne rendent pas tant d’huile que
celles quel’on tire des olives, qui ont demeuré quelque temps fur le pavé , ceux
qui veulent avoir beaucoup d huile lailfent roüir les olives , & cnfuitc les
prelTent j mais l’huile qui en fort elld’nn goût & odeur defagreable. Quelques-
uns auffi pour en avoir davantage jettent de feau bouillante dclTus le marc , qu’ils
piclTcnt plus qu’auparavant i 6c cette huile ainfi fabriquée eft ce que nous ap¬
pelions huile commune i ne différant en bonté que luivant les endroits d’où
clic vient. Les meilleures huiles communes viennent de Gennes, dOneille ,
autres endroits d Italie , & de Provence, & les moindres viennent d’Efpagnc,
fur tout de Majorque & de Portugal.
Le choix des huiles eft fi connu de tout le monde , qu’il eft inutile de m’y
arrêter. Pour ce qui eft des Marchands qui en achèteront de grolles parties, ils
prendront mirde à qui ils auront à faire 5 car c’eft une marchandife où il fe fait
tant de fourberies, tant fur la marchandife que fur la carre, que j’aurois affezds
peine à les expliquer , principalement depuis que nous avons a Pans de cer¬
tains Marchands d’huiles qui ne fc font pas une affaire de tromper ^ 6c de rui¬
ner leurs Cônfreres,pourveu qu’ils gagnent du bien.
L’huile d’olive cft li en ufage j que, nous n’avons point de mârchandifes dont
oh faffe plus de confommation , puifque qui que ce foit ne s’en fejauroit paffer,
6>c même pour l’ulage de la médecine , en ce que cette huile cft la bafe de toutes les
huiles compoféeSj cerats, baumes, onguents, & emplâtres.
Outre toutes les hautes proprietez que l’on tire de l’huile d’olive , je ne puis
m’empêcher de dire que c eft un baume naturel pour la gucrilon des playes ,
étant battu avec du vin jôi c’eft avec l’huile & le vin dont le Samaritain de lE-
vangile fc fervit pour guérir ccluy qu’il trouva bleffe lur fou chemin, & c’eft encore
^ujourd’huy le remede tant des riches que des pauvre*^. L’huile d’olive *fert aufll
à brûler j mais il n’y a guercs que dans les Egliles & les pcrloun^s qui ont le
hioycn d’en brûler qui s’en fervent, â eau fe quelle ne fent pas li mauvais que
Içs autres fortes d’huiles. Et de plus, c’eft quelle dure plus long-tems ; mais fa
cherté fait que les pauvres ne s’en fervent pas , â moins que les huiles com-
hauncs â brûler ne foient chcres , comme elles le font au jourd’huy. Outre les hui¬
les d’olive, nous faifons un fort gros négoce de l’Huilc de Noix , que nous
f^^ifons venir de la Bourgogne, & de là Touraine ou d’Orléans , dont le débit
cft grand , â caufe quelle eft fort en ufage pour les Peintre^ , Si plulieurs Ou¬
vriers qui s’en fervent, comme les Imprimeurs en Lettres , en Taille-douce ^
^ autres feinblablcs. Et de plus, c’eft que beaucoup de perfbnnçs s’en fervant
pour la guerifon des playes, comme étant un beaume naturel , Sc même pour
là friture. A l’égard de s’en fervir pour brûler , c’eft un trés-méchant ménage, ^
parce quelle va extrêmement vite : Si de plus , C’eft qu’elle fç réduit tonte en
charbon. Nous faifons encore Un fort gros négoce des Huiles de Coda, ou
groffe Navette, que nous faifons venir de Flandres ; celle de Navette ordinaire que
hous tirons de Champagne , ou de Normandie , de Chenevis , ou CamaiTiillc , SC
^e Lin, que nous tirons aufti de Flandres Si autres endroits j principalement quand,
les huiles de balainc font chcres.
/. Partie,
Hh
X 242. Hiftoire generale
Je dois informer le public d’une ufurpation que les Chandeliers ont faite fur
nôtre Profeflion, & qu’ils s’efforcent journellement d’étendre à des chofes , qu’ils
ne devroient pas vendre. Ils ont deux facultez , dont les bornes font faciles a
connokre. Celle de Chandeliers pour fabriquer & vendre delà chandelle , ôc cel¬
le de Regratiers , pour débiter plufieurs fortes de danrées fujettes à regrat ^ mais
ils s’attribuent encore la qualité d’Huilliers , fur ce qu’ils prétendent que leurs
devanciers l’ont poffedée, qu’ils fabriquoient à Paris de l’huile de lin , de chan¬
vre &: de navette , & la diftribuoicnt au public. Cette prétention n’eft appuyée
d’aucun titre légitimé , & ceux dont ils ont voulu fe fervir , font évidemment
faux. L’infeription qui a été formée par nos Gardes en la Cour de Parlement
contre ces prétendus titres, y a été reijûë , & ne fouffre pas de difficulté.
Or fuppofé qu’il y ait eu à Paris des Huiliers incorporez avec les Chande¬
liers par fucceffion de temps dans une même Communauté d’Artifans , qui ont
droit de vendre les chofeS par eux fabriquées , il ne s’enfuit pas qu’ils ayent
pour cela une faculté de vendre des marchandifes , ce qui ne convient qu’aux
Marchands qui les font venir & enfoûtiennent lefcommerce. Ainfi il cft vray de dire
que les Chandeliers n’ont pas droit de vendre aucune forte d’huile, puis qu’ils
n’en fabriquent aucune aujourd’huy , & que jamais ils n’en ont fait n’y pû faire
le commerce.
Ce raifonnement cft fondé fur l’avis même queMonfieur le Lieutenant General
de Police donna en l’année 1674. fur le procez que nous avions contre les Chan¬
deliers , pour raifon de l’huile d’olive , & autres marchandifes d’Epicerics , qu’ils
pretendoient aufli en Vertu des mêmes Titres , avoir droit de vendre au moins
a la petite mcfure,ou au petit poids. Je rapporteray ce qui, peut avôir fon ap¬
plication aux autres Huiles , & à cette prétendue qualité d’Huiliers, laquelle
alors paffoit pour véritable & conftantc , la fauffeté des Titres fur lefquels elle
cft appuyée , n’étant pas encore découverte.
„ Nôtre avis cft fous le bon plaiiir de la Cour , que la faculté de faire toutes
,, fortes d’huiles accordée aux Chandeliers , Huiliers , même l’huile d’olive , par
„ leurs Statuts de l’an 1396. & qu’ils Ont rapportés & produits en l’Inftancc à
J, juger , ne fait aucune confequcnce -, dautant que la faculté de travailler comme
„ Artifan,& celle de vendre comme Marchand eft toute feparée } & comme l’Ar-
,, tifan régulièrement ne doit vendre que ce qu’il fait, la liberté de faire ne don-
neroit pasàl’Artifan celle de vendre, ce qu’il ne fait point : d’ailleurs les temps
„ ont apporté une grande différence , en ce qui étoit lors de ces Statuts , & lorf-
,, que l’union du Corps des Huiliers a été faite à celuy des Chandeliers j il peut
j, être que dans le temps de ces Statuts l’adreffe de tirer des huiles des grains étoit
,, feulement dans les bonnes villes , & que les lieux voifins de Paris n’étant pas peu-
plez , fourniffoient affez de grains à Paris, tant pour ce qui s’en confommoit en
„efpece, que pour en convertir en huile ; mais lors de l’union, & même long-
,, temps devant , il cft certain que l’on ne fabriquoit plus d’huile à Paris , & il s’y
„ eft encore moins fabriqué d’huile d’olive que de toute autre , par l’impoffibilité
„ qu’il y en a J enfortc que la faculté de faire des huiles d’olives portée par les
,, Statuts , étoit une faculté inutile aux Huiliers , & encore plus inutile aux Chan-
„ deliers , dont aucun ne s’eft jamais mêlé de faire des huiles. Les Chandeliers
>> auroient pû rapporter les Lettres d’Union auffi-bien qu’ils ont rapporté les Sta-
,, tuts de l’an I3<}6. Sc l’on auroit veu que les raifons de cette union ne convien-
,, lient point à leur donner le deb^t de l’huile d’olive. Il y a eu Arreft en confot-
mité de cet avisi
des Drogues. Livre VII. 243 xj
Il cft fürprenanc apres cela de voir qu’ils ayenc pu introduire un ufage , ou.'
plûtôt un abus dans le débit des autres huiles , non-fculcment parmy eux i mais
encore chez les Epiciers , à qui ils ont eu l’adrelTe d’impofer des Loix , eux qui en
devroient plûtôt recevoir des Marchands , qui leur fourniflent journellement de
plufieurs fortes de fuifs , du coton , 6c autres marchandifes pour employer dans
leurs Ouvrages, ou pour vendre par Regrat^car nonobftant que toutes ces cho-
fes leurs foient vendues au poids, ainli qu’ils les vendent eux mêmes au pu¬
blic, foit par Rcgrat , ou après les avoir Faejonnez^ ils affectent de vendre l’huilc
à lamefurc, 6c ne peuvent fouffrir que les Epiciers la vendent autrement : je
n’en ay jamais pu comprendre la raifon , 6c je f^ay par expérience que le public
en foulfrc beaucoup, 6c fe plaint de cette méthode , l’attribuant à la malice ou
negli gence du vendeur, qui pourroit aifément en fe fervant de poids, donner
à l’acheteur ce qui luy appartient y au lieu qu’à la mefurc il eft impoflible de
ne luy pas faire de préjudice. En effet, il eft évident que l’huile étant une fub«
ftance graffe 6c vifqueufe de fa nature , elle s’attache aifément aux vaiffeaux qui
la renferment , qu’il y en refte toujours quelque partie , 6c une partie confi-
derable , lorfquc par la fraîcheur , ou autre difpohtion du temps , & par fa pro¬
pre qualité elle s’épaiflit , fe congele, 6c ne peut couler librement ; c’eft ainlî que
j’ay veu une infinité de fois l’impoftibilité qu’il y a de livrer aux particuliers la
quantité d’huile qu’ils demandent , en fc fervant des mefures introduites par les
Chandeliers pour tromper le public, au lieu qu’en diftribnant 6c débitant au
poids toutes ces huiles, de la même manière que nous faifons fans contredit
l’huile d’olive , 6c quelques- autres , rien n’cft plus jufte en tel temps que cc
puiffe être , &de quelque vaifleau que l’acheteur fe puiffe fervir pour la mettre,
îbit vuide où non, puifque faifant auparavant la Tarre du vaiffeau en l’état qu’il
cft, oh y met enfuite telle quantité d’huile que l'acheteur demande, fans aucun gnYfie p^-
fféchet , 6c le public fera fervi fidèlement , & les Epiciers n’engageront point
leurs confcicnccs , en donnant trois quarterons d’huile pour une livre -, 6c la cc,av« aûl
chofe cft fi réelle que j’ay entre mes mains un Certificat figné de plus de cent
cinquante Marchands, tant anciens que modernes, dont la probité eft connue
qui avoücnt tous d’un commun accord , comme ils trompent malgré eux le Pu¬
blic i n’ayant pas la liberté de fc fervir du poids par les frequentes faifics que font
les Chandeliers fur les Epiciers , pour faire valoir l’ufagc , ou pour mieux dire l’a¬
bus des mefures. A quoylcs Magiftrats font fuppliez ô: exhortez de vouloir re¬
médier. Le Public y a dautant plus d’intereft que par le mélange de’s huiles de
noix , & autres huiles qui fervent à la médecine 6c même pour manger , qui
fc trouvent infectées du mauvais goût , 6c de l’odeur, mfupportable de l’huile de
balainc , lourtout de celle d’Hollande ; comme aufli quantité d Ouvrages de
çonfequcncc, tels que font ceux de l’Imprimerie en Lettres , en Taille-douce,
Peinture ,& autres qui en font gâtczàcaufe des mefures.
CHAPITRE LIV.
Des Sauons\
OUtre la grande confommation que l’on fait de l’huilc d'olive , pour les
Ouvrages où elle cft requifc , 6c pour les differents aliments , 6c pour
/. ij
xij Z 44 Hifloire generale
l’ufagc de la médecine ,on en fait la baze de differentes fortes de Savons que
nous vendons. J’entends ceux delà bonne qualité , dont le meilleur & le plus
cibmé cft le Savon d’Alican . le deuxième, elt le Carthagenne :1c troifiéme eft
le Savon véritable Marfcillc; le quatrième, ell le Gaycttc :lc cinquième, eft le
Savon de Toulon, que nous appelions fauffement Savon de Gennes. Le Savon
cft une compofition d’huile d’olive, d’amidon, d’eau de chaux, & d’une lexive
de foude, ôetout cnfemblc par le moyen d’une cuifTon , on en forme une pâte
que l’on met par tablettes ou en pain , de la forme & figure que nous le voyons.
A l’égard de la jafpure je n’en puis rien dire , étant unfccret que les Savonniers
ont parmy cux.L’on m’a neanmoins affuré qu’ils fe fcrvoicnt d’ocre rouge de cou-
perofe , &: même de l’eau forte ymais comme je n’en fuis pas certain , c’eft pour
ce fujetquc je n’en fi^aurois rien dire.
Le choix des Savons cft d’être fec , bien marbré , &c véritablement du lieu
d’où il porte le nom, c’eftâ dire, que ccluy que l’on vend pour Alican , foie
véritable Alican , ainfi des autres : &: pour le Blanc & le Gaycttc , ils font à preferer
pour les Parfumeurs pour faire des Savonettes : mais comme le gayette cft ra¬
re, parce qu’il n’en vient que fort peu, ils fc fervent du Savon blanc de Tou¬
lon, ou d’un certain Savon blanc & fec.
Le Savon de Toulon doit être fec , d’un blanc tant foit peu bluatre ,
coupant uniment, qui foit luifant , d’une bonne odeur, & le moins gras qu’il
fc pourra. A l’égard du marbré, ccluy qui cft à côte rouge , & d'une belle
jafpure au dedans , cft le plus cftimé , parce qu’il cft mieux travaillé , ainfi d’un
meilleur ufé , &c plus de vente.
A l’égard des proprictez du Savon elles font affez connues ; mais comme peu
de perfonnes ne pourroient s’imaginer qu’il peut avoir quelque ufage en mé¬
decine, je leurdiray neanmoins qu'il y en a qui s’en fervent avec fuccez pour
la gucrifon des humeurs froides étant fondu dans de l’cfprit de vin , & même que
l’on en compofe un emplâtre furnommé de Savon , qui a de tres-grandes pro¬
prictez , ainfi que quantité d’ Auteurs l’afTurcnt.
Outre ces fortes de Savons dont je viens de parler , il s’en fait à Rouen avec
du flambart , qui cft une certaine graiffe qui fc trouve fur les chaudières des
Chaircutiers& Traiteurs i mais comme c’eft un Savon très méchant, c’eft pour
ce fujet que je n’en diray ricn,finon qu’il devroit être interdit du négoce , ne
fervant qu’a tromper les pauvres gens , tant le blanc que le madré.
Nous vendons de plus un Savon liquide, que nous appelions Savon noir, qui
fc fait â Abbeville & â Amiens , qui eft fait de failTcs d’huile à brûler , de la potée ,
ou avec de l’eau de chaux. Mais comme ce Savon eft d’une couleur brune ,
nous en faifons venir d’Hollande qui eft vert comme de l’achc , â caufe qu’au
lieu d’huile â brûler , ils fc fervent d’huile de chenevis qui cft verte.
Le Savon noir d’Abbeville ou d’Amiens, qui nous vient dans de petits barils,
que nous appelions quartaux , eft fort en ufage chez les Bonnetiers , & pour plu-
fieurs autres Ouvriers qui s’en fervent.
Le Savon vert liquide d’Hollande, eft ufité par quelques-uns pour frotter
la plante des pieds de ceux qui ont les fièvres , & ils prétendent que cela les
éait en aller j ce qui n’eft pas tout â fait â rejetter , puifquc je fi^aydes perfonnes
qui en ont été guéries i mais comme ce Savon cft extrêmement rare , â caufe que
l’on n’en fait point venir, on fc contente de celuy d’Abbeville.
des Drogues, Livre VIL 245 xiij
CHAPITRE LV.
j)es Cappes.
LEs Cappes font des boutons de fleurs qui naiflent fur une plante , qui
croît en arbrilTcau , du côté de Toulon & autres lieux de Provence , d’où nous
Viennent prefquc toutes les Cappes que nous vendons. Il nous envient aufli de
Majorque, ainli qu’il Ce verra par la fuite.
Nous vendons de plufleurs fortes de Cappes , qui ne different neanmoins
qu’en gro{feur,&: non pas de differenis pays , ainfi quelles en portent le nom j
car c’elt une chofe affuréc que toutes les Cappes qui fc mangent en Europe ,
alareferve de celle de Majorque, viennent de Toulon: ainfi au lieu d’être ap-
pellée Cappes deNiceoudc Gennes, comme elles l’ont toûjours été, elles doi¬
vent porter le nom de Cappes de Toulon , ou de France.
Lorfque les Cappes font en état d’être cueillies , ce qui fe doit faire en vingt-'
quatre heures j car fi l’on ne les cueille juftement dans le temps qu’ elles font
en bouton, elles s’épanoUifTcnt, 6c ne font plus propres à être confites, ny au
fel , ny au vinaigre. Lorfque les payfans ont cueilli les Cappes , avant que de
les confire il les palfcnt dans des cribles , dont les troux font de difïlrentes gran¬
deurs , par ce moyen font des Cappes de plufieurs fortes , qui neanmoins vien¬
nent toutes dedeffus une même plante : cependant plus les Cappes font peti¬
tes & garnies de leurs queues , plus elles font eftimccs.
A l’égard des Cappes de Majorque , ce font des petites Cappes falées , dont
nous faifons un affez gros débit en temps de paix
L’on mange a Lyon une autre forte de Cappe applatie , appelléc fauvaginc,
qui font faléc, mais cette forte de fruit n’étant pas icy de rcquife , c’eft ce qui
fait que nous n’en vendons que tres-peu.
Nous débitons de plus deux autres fortes de fleurs confites au vinaigre , dont
l’une cft appellce capucine , Ôc l’autre genette. Et les plantes qui produîfcnt ces
fteurs font fi connues que jen’ay pas jugé à propos d’en parler.
CHAPITRE LVI.
Des Bayes de 'Laurier.
LEs Bayes de Laurier font des fruits de la grofleur du bout du petit doigt ,
verts dans leur commencement , & qui brunilfent à mefure qu’ils meurif-
fent. Ces Bayes font fi connues , aufli-bien que l’arbre qui les porte ^ que je n’ay
pas jugé a propos d’en parler , me contentant feulement de dire que les Bayes
de Laurier doivent être nouvelles , bien feches , les mieux nourries , & les plus
noirâtres qu’il fe pourra , en prenant garde qu’elles ne foient vermoulu’és , à
quoy elles font fort fujettes pour le peu que l’on les garde.
Les Bayes de Laurier ont quelque peu d’ufage dans la medecine j mais bcaii-
H h iij
ixiv 246 Hiftoire generale
coup chez les Teinturiers & Maréchaux , elles font fort en ufage dans le Langue¬
doc , pour en faire de l’huile , comme il fe verra à l’article fuivant.
C H A P I T RE L VII.
De iWuile de \.aurkr.
L’Huile de Laurier , OU Huile Laurin, cft une huile que l’on tire des Bayes
de Laurier, recentes bouillies dans de l’eau, & après être refroidie on la
met dans des barils pour la tranfporter en différends endroits.
L’Huile de Laurier que nous vendons , vient de la Provence & du Languedoc,
principalement d’un lieu appelle Caluiffon proche de Montpellier , d’où nous
vient la plus parfaite : car pour celle de Provence elle ne vaut rien du tout,
n’étant que de la graiffe & de la therebentine , verdie avec du verdet ou de la
morcllc ; ce qui fera quelle doit être entièrement interdite du négoce , & faire
défenfe à ceux qui la font d’en fabriquer & d’en vendre à l’avenir : & ce qui fait
que l’on ne doit fe fervir que, de l’Huile de Laurier de Languedoc, comme
étant la meilleure de toutes , pourveu quelle foit de la qualité requife , qui eft
d’être nouve^e , bien odorante , grenue , d’une conlïftance affez folide , & d’un
vert tirant tant foit peu fur le jaune ,& rejetter celle qui eft verte, unie, liqui¬
de, & d’une autre odeur que celle de Laurier, telle qu’eft celle de Provence, ou
celle qui a été faite à Lyon, Roüen, ou Paris , par des gens fans honneur , ny
fans confcicncc , dont les fourberies qui fe font fur cette marchandife font fi
grandes, quej’aurois affez de peine a les pouvoir toutes icy expliquer : ce qui
fera que j’exhorte derechef les Magiftrats de commander aux Gardes de nôtre
Profeflion de tenir la main aux abus qui fe font , tant fur cette huile qu’à quan¬
tité d’autres malverfations qui fe commettent fur prefquc toutes nos differen¬
tes marchandifes, ainli que l’on peut le remarquer dans le cours de ce prefent
Ouvrao-c, à quoy il feroit facile de remedier pour le peu que les Gardes s’en
vouluÆnt donner la peine , en empêchant un nombre de gens fans aveu de
fabriquer toutes fortes de marchandifes , & être exat à faire obferver , & à obfer-
ver eux mêmes , ce qui cft jufte & raifonnablc , pour donner bon exemple à
ceux qui font fous leurs conduites , & leurs faire connoître dans 'toutes les
occafions , qu ils preferent le bien public à leurs interefts particuliers : & pour
éviter aux abus , ils devroient faire acheter fous mains les marchandifes pour
voir fi elles font de la qualitez requife. J’entends celles qui font contrefaites ou
mélangées, comme ceux qui vendent de la Poix-refmc pour de laScamonnée,
de l’Arcanibn pour de la Gomme de Gayac ,delaPoix grâce pour du Benjoin,
le Galipot pour de la Gomme Elenée , de la graiffe Verdit pour de f Huile de Lau¬
rier , du Terra-Merita pour du Safrarr, du Miel cuit & des racines pulverifécs pour
de la Theriaque. En un mot , toutes marchandifes faites exprès pour tromper le
public , & faire meilleur marché que leurs Confrères -, car pour ce qui eft des
marchandifes fimples , il eft impoflible qu’il ne s’en trouve toûjours de dcfec-
tueufts, foit pour être facile à fe gâter , comme Rubarbe, Regliffe & autres,
pour être facile à fe vermoudre. Et pour cet effet , il feroit à propos que ceux
qui font en charge fuffent des Marchands éclairez , & qui fi^uffent faire la diffe-
Tcncc des vciitables Drogues d’avec les falcifiées, & celles qui font de l’Epice-
des Drogues , Livre VII. 2 4 7 x v
rie d’avec celles qui n’en font pas : & ne plus élire des Gardes qui ne connoif-
fent que le beurre & le fromage, & autres marchandifes communes, & ne pré¬
férer perfonne , c’eft à dire fuivre le Catalogue, en ce qu’il fe rencontre des Epi¬
ciers de détail , qui font du moins aufli digne de porter la- robe que fes préten¬
dus Epiciers. Et en deuxieme lieu , ne plus recevoir à l’avenir toutes fortes de per-
fonnes fans aucune fciencc ny qualitez , dans le Corps de l’Epicerio, puifquà
c’eft de luy que dépend toutes les chofes ncceflaircs à la vie , & l’on pourroit
appeller ces ignare Marchands l’origine de tous les ijuid pro quo qui fe font, en ce
qu’ils vendent le plus fouvent des Drogues les unes pour Içs autres, ne pou¬
vant différencier celles qui font poifons d'avec les alexitaires. À quoy il eft abfo-
lument neceffaire de remedier, puifque c’eft l’intereft public. Et en un mot ,
l’origine des poifons , ce qui n’ell pas difficile de prouver , par les abus qui fc
commettent journellement. ■.
On fc fert de l’Huile de Laurier pour la gucrifon âcs humeurs froides , elle eft
aufli quelque peu ufitce dans la Pharmacie, parce qu’elle entre dans quelques
compofitions galéniques , mais la plus grande confommation qu’il s’en fait eft
pour les Maréchaux.
CHAPITRE LVIII.
Des Raijins de Damas,
LEs Raifins furnommez de Damas , font des Raifins plats de la grofleur &
longueur du bout du pouce , qui nous font apportez de Damas , Ville
Capitale de Sirie , dans des boiiettes à demy rondes , que nous appelions buftes.
On doit choifir ces Raifins nouveaux, gros, & bien nourris, & prendre gar¬
de que ce ncfoit des Raifins de Calabre , ou au jubis aplatis , & accommodez
exprès dans des buftes de Raifins de Damas , comme il n’arrive que trop fou-
vent chez quantité d’Epiciers & Apoticaires , qui ne font aucune difficulté de
vendre les uns pour les autres , ce qui fera neanmoins facile à connoître , pour
le peu que l’on fi^ache ce que c’eft i parce que les Raifins de Damas font
gros , grands , gras , fecs fermes , & n*ont ordinairement que deux pé¬
pins , & qu’ils font d’un goût fade & dcfagrcables , ce qui eft . le contrai¬
re de ceux de Calabre , qui font gras , mollaffes , & d’un goût fucré , aufli
bien que les Jubis. Et déplus , c’eft qu’il ferà facile de connoitre des raifins qui
ont été mis exprès d’avec ceux qui n’ont jamais été remuez , & qu’ils font tels
qu’ils viennent de Damas.
Les Raifins de Damas font fort en ufage pour faire des ptifannes pectora¬
les, &s'cmploycnt ordinairement avec les Jujubes, les Sebcftcs,&: les Dattes.
A l’égard de la manière dont on accommode ces Raifins , avant que de les
mettre dans des buftes, je n’en diray rien pour n’en avoir pû rien fijavoir , finon
que IJon m’a affuré que ces raifins étoient fi gros , qu’il y avoic des grappes
qui pefent jufqu’à vingt-quatre livrCs , ce qui peut être vray ; puifque nous
avons en Provence & en Languedoc , des grappes de raifins qui en pcient jufqu’à
douze.
Hiftoire generale
xvj 248
CHAPITRE LIX.
Des '^aifins de Corinthe.
LEs Raifins de Corinthe font des petits raifins de differentes couleurs , y en
ayant de noirs , de rouges & de blancs , & pour l’ordinaire de la groffeur de
nos grofTèilles rouges.
La Vigne qui les porte eft baffe, garnie defeüillcs épaiffes & fort découpées,
laquelle croit en quantité dans unevafte &rpaticure pleine, qui eft feituée der¬
rière la Fortereffe de Zante en Grece. Cette pleine cil environnée de montagnes
&:de coteaux, ôccft feparée en deux vignobles , dans lefqucllcs il y a quantité
de Cyprès , d’Oliviers , & de Maifons de plaifance, qui font avec la Fortereffe &
le Mont Difeoppo, dans une vue parfaitement belle.
Lorfquc ces petits Raifins font en maturité , ce qui arrive vers le mois d’Aouft,
les Zantois les cueillent & les égrainent, &: en font des couches fur la terre , afiii
de les faire fecher , lorfqu’ils fons fccs ils les apportent dans la Ville , d’où ils
font jettez par un trou dans de grands magafins qu’ils appellent Scraglio , où ils
s’cntaflent li fort par leur propre poids que ceux à qui ils appartiennent , font
obligez de fe fervir d’inftrumcns de fer pour les arracher, ôelorfqu’ils font ar¬
rachez ils les mettent dans des tonneaux, ou des balles de differents poids , &
pour les rendre aufli ferrez que nous les voyons , ils employent des hommes
dreffez à les preffer avec les pieds , &: qui pour cela fc frottent les pieds & les
jambes d’huile.
On nous apporte quelquefois aufli de ces raifins de la Cephalonie , de Nata-
ligo , ou Anatoligo , Mefl'alongi , Fatras , Lepante, & de Corinthe , d’où ils ont
pris leur furnem.
Les Anglois ont leur Comptoir à Zante, qui eft conduit par un Conful &
fixMarchinds pour faire ce commerce, qui ne leur eft pas d’un petit revenu ,
en ce qu’ils confomment plus de Corinthe dans une année , qu’il ne s’en con-
fomme dans le refte de l’Europe.
Les Hollandois y ont un Conful &: deux Marchands. Et les François y ontun
Commis qui fait la fomftion de Conful & de Marchand tout enfemble.
Ceux de Zante croyent encore aujourd huy que les Européens fe fervent
de fes raifins pour teindre des draps , ne f^achant pas que c’eft pour man-
ger,
Ces petits raifins font fur le heu fi communs , qu’ils ne s’y vendent que trois
livres le cent, mais il fe paye pareille foinme aux Vénitiens pour Icurfortic , c’eft
ce t|ui fait qu’on ne les peut pas avoir à Marfcille a moins de neuf ou dix livres
le cent, qui changent quelquefois de prix , fuivant la récolté & les rifqucs de
la mer.
Quand les mers font libres les Anglois , & les Hollandois en apportent quan¬
tité à Bordeaux , la Rochelle, Nantes , & g.oücn , d’où l'on les peut tirer àlncil-
Icur compte que de Marfeillc.
On choifira les Corinthes nouveaux , petits , en groffes maffes , c’eft à dire ,
non égrainez, ny frottez de miel, & prendre garde que ce ne foit du tour de
1a balle, qui eft ordinaireincni; blanc j &: par confequent mangé des mittes,
&
des Drogue^ Livre VII. 249 xvij
& prendre garde que ce ne foit des petits raifins d’Efpagne. Ces raifins fe peu¬
vent conferver pendant deux ou trois ans , pourveu qu’ils ne foient point re¬
muez , & qu’ils n’aycnt point pris l’air.
. Leur ufage cft pour mettre dans pluficurs ragoûts , avec des pignons blancs
&des câpres J principalement dans les carpes. Quelques-uns s’en fervent dans
des ptifannes au lieu de raifin de Damas»
CHAPITRE LX.
Des Raifins aux
L Es Raifins aux Jubis font des raifins que nous faifons venir de Provence ^
lurtout deRoquevarre&d’Ouriol. Lorfque ces raifins font meurs on cueille
CCS grappes & on les trempe dans une Icxivc chaude tirée de la barillc , & cn-
fuite on les met fur des canices ou clayes , feclicr au Soleil j en les retournant
de fois à d’autres , pour qu’elles fechent également, & lorfqu’ils font fecs on
les enferme dans des petites cailTcs de bois blancs , tels que nous les voyons. Et
pour qu’ils foient de la qualité rcquife , ils doivent être nouveaux , fecs , en bel¬
les grappes j c’eft â dire, les moins gras &les moins égrené qu’il fc pourra i ils
doivent être clairs &iuifans, d'un goût doux & fucré.
Outre ces raifins ils nous en vient d’autres que nous appelions Picardans,
qui font plus petits , fecs & arides ; en un mot moindre que les Jubis.
Mous vendons de plus les Raifins de Calabre , qui font gras & d’un très bon Divtries
goût. Les Maroquins qui font des raifins noirs , les raifins d’Arq & au Soleil , qui Rai^ns!*
viennent d’Efpagne , qui font ceux de qui on tire le vin d’efpagne , qui font des
raifi ns fecs , rougeâtre, & bluatre, 6^ d’un très- bon goût. Les Raifins d’Efpagne
qui font de petits raifins tant foit peu plus gros que les raifins de Corinthe ,
ainfi de quelques autres fortes.
Outre les Raifins nous faifons un fort gros négoce de differentes fortes de Diverfc*
Vins , tels que font ceux d’Efpagne, d’Alican , de faint Laurent, de Fron- vSs!
tignan , de Cofte- Rôtie , de Thin , de l’Hermitage, de Barbatannc ^ ou ck
Languedoc , ainfi des autres fortes. Outre ces Vins nous faifons un grand àe-
bit àc l’Eau de Vie , que nous faifons venir de Cognac , de Blois , de Saûmür , & devid
autres endroits. Il y a plufieurs autre» fortes d’eau de vie; feavoir, les eaux de
vie faites de Vin , celle de Bierre, de Cidre, de Sucre, de Fruits , ou de Grains ;
mais comme je ne prétends parler que de celle qui cil faite de vm , parce que
les autres font défendues , à caüfe de leurs méchantes qualitcz , je diray que
l’on la doit choifir blanche , claire, d’un bon goût & de preuve, c’eft â dire,
qu’en en verfant dans un verre il fc forme une petite moufle blanche qui en
diminuant forme un cercle qui cft ce que nous appelions chapelet ; car pour
le peu quelle ne foit pas bien travaillée , & qu’il y aye trop d’humidité , ce cer¬
cle ne fc fera qu’â demy. La fécondé preuve de l’eau de vie, cft de tremper le bout
du doigt dedans , & le prefentet au feu , fi elle prend , c’eft figne qu’elle cft
bonne.
Je nem’arréteray point â dire la maniéré qüe l’on fait l’cau de vie , étant une
chofe trop commune ; &c tout chacun fijait que jcct des vins pouffé ou noit
pouffé , que l’on diftille;
/. Partie,
xviij Z 50 Hiftoir^generale
L’ufagc de l’Eau de Vie eft fî frequent prefentement , que nous n’avons guè¬
re de marchandiles dont il fe falTe un plus gros dcbir, malgré tous les abus &
les malverfations que ceux qui en boivent commettent ^ par la tolerencc que
ceux qui la débitent, ont en tenant leur Cabaret toûjours ouvert , ce que I on
peut appeller avec jufte rai (on , une retraite à Voleurs , ce qui doit aver¬
tir nombre d'Epiciers , (i je n’olé dire Gargotiers , qui donnent à boire le
jour & prefquc toute la nuit , de ne plus s’amulér à faire ce gargotage , c’eft a
dire , de ne IbufFrir nombre de canailles qui viennent dam leur boutique avec du
pain & quelquefois de la viande, boire de l’eau de vie, de l’hypotcque , ou du
ratafia, (ur le cul d'un tonneau, ou fur des tables qu’ils leurs drefient exprès,
pendant que les CommilTaircs &c le Guet fe donnent bien de la peine de faire
fermer les Cabarets d abord que dix heures font fonnées , & les Dimanches &
Fêtes durant le Service Divin , pendant que ces Epiciers ont chez eux nom¬
bre de Buveurs qui en fortent les uns à moitié yvres , les autres yvres tout à
fait, ce qui caufe tous les meurtres quife font à Paris , &: que l’on y voit tant
d’hommes aveugles qu’il y en a.
Outre ce grand ufagede l’eau de vie , on s’en fert en médecine pour fortifier
les nerfs , & à quantité d’autres ufages où elle cil requife.
Nous tirons de l’eau de vie parle moyen d’un alambic, unecau fpiritueufcjclairc
& tranfparente , qui eft ce que nous appelions Efprit de Vm, lequel pour être
de la qualité requife, doit être bien blanc , & lorfquc l’on y m;t le feu il fe brû¬
le fans quil relie aucune humidité : & pour connoitre s’il cil bien defl o-mé,
F.rpiitae il faut en mettre dans une ciicillere de fer ou de l’argent , ôela pofer fur ui,c af-
(iette où il y ayede I cau, fi l’efprit de vin brûle à fdc, &: que la poudre que
l’on auroit mis dedans tire, c’ell une marque infaillible qu’il e(l de la qualité
requife, & fort propre à tous les ufages, ou l’efprit de vin cil requis.
L’efprit de vin a de fi hautes proprictez , qu’il eft prcfque impofliblc de croirtf
la vertu qu’il a , étant propres à quantité d’ouvrages.
Nous faifons icy un très gros négoce de Vinaigre en gros & en détail aufll-bien
que du Verjus, parce que nous envoyons le premier dans les pays étrangers , que
nous faifons venir d’Orlcans,& autres endroits. Et le dernier , nous en vendons
à caufe qu’il a quelque peu d’ufage dans la médecine, & que les Epiciers font obli¬
giez d’en avoir, à caufe qu’il eft excellent pour purifier la cire.
CH API T ETE LXI.
Du Tartre hlanc & rouqe^
O
foï? T E Tartre blanc & rouge, eft une efpccc de pierre qui fe trouve attaché au
T onneaux J _ ^haut des Foudres d’Allemagne, ou de vin blanc & rouge , & font appeliez
Ijciincnt" filivant l’épailfeur qu’ils ont,&:lc lieu d’où ils nous font apportez.
Le plus beau Tartre font ceux d’Allemagne , tant à caufe qu’ils font plus
épais pour avoir fejourné plus long-temps dans ces foudres, c’ell celuy-là qui
doit porter le nom de Tartre blanc ou rouge , & qui pour être de la qualité rc-
quiCc doit être épais, facile à calTer, blanc au dclTus , & au dedans brillant,
&le moins tereux qu’il fe pourra , & le rouge le plus approchant des qualitez
du blanc qu’il fera pofiible. Le fécond eft ccluy que nous tirons du côté de la
des Drogues. Livre VII. 2 51 xix
Provence & du Languedoc , qui approche des qualkc!z de ccluy du Rhin. Le
troifiéme cft ce que nous appelions Gravcilc de Lyon , qui ne diffère en rien Gravdie
de celle de Paris , fmon qu elle cft un peu plus épaiffe & plus haute en cou-
leur.
L’ufage du Tartre &: delà Gravcilc, cft pour les Teinturiers , & monnoyeurs,
fervant à blanchir rargent , & pour quantité d’operations chymiques ,
comme il fe verra cy-aprés. Le blanc cft préféré au rouge , étant beaucoup
jncilleur.
CHAPITRE LXII.
Dii Criftal de T anre.
LÀ Crefmc ou Criftal de Tartre, cft un Tattre blanc ou rouge , mis en pou¬
dre, & par le moyen de l’éau lx)üillante d’une chauffe & de la cave j eift
feduite en petits criftaux blancs , de là manière que nous la voyons.
La meilleure Crefnie de Tartre nouseft apportée de Montpellier • où il s’en
fait une grande quantité , & aux autres endroits circonvoiftns de Nifmc j mais
cette dernierc eft moins belle que celle de Montpellier.
Pour être parfaite , elle doit être en beaux criftaux, blancs, tranfparents^'
la moins remplie de menu & mélangée de grains brun qu’il fe pourra.
On fc ferc de la Crefmc de Tartre dans la mcdecine , après avoir été mife en pou¬
dre , parce qu elle eft fort difficile a fondre , principalement dans les potions pur¬
gatives , mais beaucoup plus par les Teinturiers du grand teint & par les Con-
ftfeurs.
CHAPITRE L X I 1 1.
Du Sel Vegetahle^
E Sel Vegctable , ou Tartre Soluble , eft de la CrcfiTie de Tartre & du Sel d»
jTartre fondu enfemblc, & réduit en fcl de la maniéré que nous le voyons, &
pour être de la qualité rcquife , il doit être bien blanc, fcc , fidèlement fait, &:
la meilleur connoiffancc qu’il y ait ^ aufli-bicn que de tout ce qui fe peut con¬
trefaire , principalement les marchandifes qu’il n’y a que ceux qui les ont fabri¬
quées OUI les puiffent connoitrc.
Quelques-uns criftalifent ccfel ,c’cft à dire, avant que de le dcffecherlc met¬
tent à la cave, ce qui ne luy augmente pas la bonté j mais luy donne une
plus belle vente,
L’ufage de ce Sel cft nouveau , & eft à Ce que l’on m’a affurc , de l’invention du
Frerc Ange Capucin , qui l’a mis fi en ufage qu’il en fait un débit prcfque in¬
croyable -, ce que je pourrois certifier , pour luy vendre tous les ans plus de douze
Cens de T artre rou ge, & plu s de mille livres de Grcfme de Tartre : & à fon imitation
quant té d’autres perfonnes j mais qui n’ont jamais peu le faire fi beau que luy;
XX 252 Hiftoire generale
On cftime cc Sel fort convenable pour plufieurs maladies , pris au^poid d’un
gros dans un verre d’eau ou de ptifanne , &:il purge fort doucement.
C H A P I T RE LXIV.
Du Tartre Chalihe.
Le Tartre Clialibc ou , Martial, ou Criftal de Tartre Chalibe , eft du Tartre
blanc, & de la roüillure de fer boüillie dans une marmitte de fer avec de
l’eau chaude, & réduite en criftaux. Ces Criftaux font quelque peu employé dans
la medecine, étant un très- bon remede pour guérir la mélancolie, & pour la
fièvre quarte. La doze eft depuis quinze grains jufqu’à quarante , dans quelque
liqueur appropriée à la maladie.
Le plus beau Criftal de Tartre Chalibé , eft celuy qui eft en beau criftaux 3
d’un blanc tirant fur le gris. Et ceux qui ne voudront pas le donner la peine
de le criftalifer , le réduiront en poudre grife \ il a les memes vertus que celuy
qui eft criftalifé.
CHAPITRE LXV.
Du Tartre Martial fo lubie.
Le Tartre Martial foluble, eft du fel vegetable , & de la teinture de mars 3
dcfechcz cnfemblc & réduite en poudre brune.
Ceft un bon remede pour faire uriner pour les hydropifies. La doze eft de¬
puis dix grains jufqu’à une demy dragme.
CHAPITRE LXVI.
Du Tartre Emetique.
Le Tartre Émétique , eft de la Crefme de Tartre , & du Ver ou du Foyç d*An-
timoine, mis dans de l’eau , & enfuite réduits en criftaux ou en poudre, dun
blanc tirant fur le gris. Lorfqu’il eft bien & fidèlement fait , c’eft un vomi¬
tif fort en ufage prefentement , à caufe qu’il fait vomir fort doucement. La do¬
ze eft depuis trois grains jufqu’à dix , dans une liqueur approprié à la maladie ,
ou pris dans une cerife confite, au lieu de noyaux , ou autres conferves feches ou
liquides. Je connois quelques perfonnes qui font un Tartre Emetique avec le Sel
Armoniac , qui eft très beau & fort propre pour ce que je viens de dire : & d’au¬
tre qui le font avec de l’urine, afin qu’il foit moins dilToluble : & d’autre qui le
font avec le fel vcgetablc , ainfi il n’importe pourveu qu’il foit bon , & propre à
ce que delTus.
des Drogues , Livre V 1 1. 253 xxj
CHAPITRE LXVII.
Difnllat'ion du 1 arire.
CE que l’on appelle diftillation du Tartre , cft du Tartre concalTé blanc oü
rouge , dont on remplit les deux tiers d’une cornue de terre , de Beau¬
vais &: Lutté , & par le moyen du feu on tire un flegme qui cft une eau blan¬
che , fans aucun goût que l’on doit jetter. Lorfque le flegme cft foiti , il en
fort une eau rougeâtre, qui eft l’cfprit de Tartre, & cnfuice une huile noire,
puante , & fort épaifle , qui cft ce que nous appelions Huile noire de Tartre
bu par la cornue , ce qui relie dans la cornue qui eft comme du charbon , icdc Tat-
après avoir été calciné & blanchi , on en tire par le moyen de l’eau chaude un
fcl très blanc, qui cft le véritable fel de Tartre. L’cfprit de tartre redtifié , c’eft-
adiré rediftiüé , eft fort convenable pour guerk l’épilcplic , la paralyfie, l’aft-
, & le feorbut. La doze cft depuis un gros jufqu’à trois , dans quelques li¬
queurs convenables.
L’huile de Tartre noire telle quelle fort de la cornue , cft admirable pour la
gucrifon des dartres ,& pour les maladies cy-defl'us j mais comme elle eft trop
puante, onia reélific avec delà terre gralfe fcche, avant que de s’en fervir.
Le Sel de Tartre cft fort ufttc pour faire le Sel Vegctablc, & quelque peuaiilli
Î)Our la médecine , tant pour tirer la teinture des Végétaux , que pour faire l’hui-
e de Tartre blanche , furnomméc par défaillance, comme il fe verra cy. après.
La plufpart de ceux qui ont bcloin de fel de tartre, ne s’amufe pas à le dif-
tiller , en ce que l’efprit ny l’huile , ne font pas de grand ufage j ainîi quand on
ne voudra pas fe donner tant de peine, on calcine le tartre rouge dans un bon
feu de charbon , l’ayant mis par petits cornets de deux onces dans du papier , &
lorfqu’il fera calciné à blancheur, on le retire du feu après en avoir tiré le
fel que l’on pourra criftalifer , on le gardera dans une bouteille bien bou¬
chée, & dans un lieu fcc pour le bcloin.
Le véritable fel fixe ou Alxali de Taure , doit être blanc , fcc j piquant au goût,
accompagné d’un peu d’amertume , & lorfqu’il cft mis fur un charbon de feu -,
il ne pétille point.
Quantité deChymiftes , fur tout ceux qui courent parles rues , vendent un
fel de tartre fait avec le falpctrc , qui frappe aux yeux de ceux qui n’y connoif-
fent rien, en ce qu’il cft extrêmement blanc, & en gros morceaux , mais l’ufagc
en eft tres-méchant. Et de plus, c’eft qu’il ne peut fe garder j ainfi ils vendent bien
chcrc une drogue qui ne leur coûte prefquc rien j la fourberie eft: facile û con-
noître ,encc qu’il pétillé fur le feu , qui cft le contraire du véritable.
On tire du véritable fel de tartre, après avoir été expofé à la cave, une huile
claire & blanche , qui cft ce que nous appelions improprement huile détartré Huîic de
|>ar défaillance, puifquc ce n’cft qu’un fel refout à la cave , de laquelle on fefert défaillance,
a plufieurs ulagcs.
Ceux qui voudront faire cette huile, pourront fe fervir du tartre calciné, &
le mettre à la cave dans une veflie fufpendu en l’air , & l’huile qui en découlera
fera claire, &aufli belle comme fi elle avoit été faite avec le fel. Il y a une Dame
2- Paris qui a le fecret d’adoucir cette huile fans aucune humidité , & qui s’eft
^"^li iij
xxi) 254 Hiftoire generale
fort pour fe décraffer le vifage , fans luy faire aucunes rides.'
Il Y a des perfonnes qui pour avoir bien-tôc une huile de tartre , fondent du
fcl détartre avec de l'eau, ^vendent cette eau faléc pour véritable huile de tar¬
tre, ce que je ne puis approuver , tant parce quelle ell rougeâtre , que parce que
l’on ne peut être aufli jufte que la cave , c ch â dire , ce qif il faut d’humidité pour
refoudre cefelcn liqueur, & par ce moyen en font bon marché.
chapitre lxviii.
De la Teinture du ^el de Tartre,
La Teinture du Sel de tartre eft du fel détartré qui a foulfcrt un très- grand
feu , & cnfuite difl'oud dans de l’efprit de vin tartarifé ,& apres avoir etc rc-
pofe , eh verfé par inclination dans une bouteille bien bouchée, on la garde pour
le befoin. Cette teinture pour être de la qualité requife , doit être rougeâtre ,
fidèlement faite : elle a quelque peu d’ufage dans la médecine ', principalement
pour le (corbut , pour purifier le fang. La doze ch depuis dix grains
jufqu'â trente.
On remarepera que plus cette Teinture de tartre ch parfaite , plus elle eh
rougcjmais ce qu’il y a de fâcheux , c’eh que plus elle vieillit plus cette belle
couleur fe perd.
CHAPITRE LXIX.
Du Tartre vitriole,
LË Magiher de Tartre, ou Tartre vitriolé, eh’du fcl de tartre 5 ou l’huile de
rartre blanche par défaillance , & de boncfprit de vitriol mêlé enfcmble , &
defcchcfur le fable & réduit en fel très blanc , comme il faut qu’il foit pour
être de la qualité requife, & le plus fec & leger qu’il fera pofliblc , & prendre
garde que ce ne foit de la crème de tartre boüilhe dans de l’efprit de vitriol ,
comme il n’arrive que trop fouvent, ce qui nclaijGfc pas d’être vendu des quin¬
ze â feize francs , la livre, comme s’il étoit fait dans les formes. Et d’autres
qui font encore pire , afin de le donner à fix ou fept franc la livre , qui le font avec
du falpctre fixe , ou avec du crihal minerai. Ccluy qui ch fait avec la crcfme de
tartre eh facile à connoitrc, pourveu qu’il ne foit pas en poudre, par les grains
durs, qui le rencontrent ordinairement dedans: &le dernier, parce qu’il pétille
au feu , & qu’il fc liquifte facilement. •
Le tartre vitriolé ch quelque peu ufité en médecine , tant parce que c’eh
un bon apéritif , que parce qu’il eh convenable à pluficurs autres fortes de
maladies.
On fera averti de tenir le tartre vitriolé dans une bouteille bien bouchée ,
car il eh fort fujet â fe liquificr.
des Drogues , Livre VIL 25^ xxiij
CHAPITRE LXX.
Du Sel Y 0 Utile de T^artre,
ON tire le Sel Volatile de tartre , de la lie devin blanc, exprimée S^fechéc
au Soleil, ou ailleurs , mis dans une cornue, & diftillé par un feu gra¬
dué , furquoy je ne fçaurois mieux faire que d’adreffer le Lecteur à ce que
Monfieur Charas en communiqua dans fa Pharmacopée Royale , Galéni¬
que & Chymique , qu’il fit imprimer en l’année ic-j6. puifque je fus un des
afliftans , lorfque dans fon Cours de l’an il tira chymiqucment ce fcl ,
fans aucune addition , du marc exprimé & dclfeché de la lie de vin blanc, à
^a grande fatisfadlion ^e toute la Compagnie j qui tomba d’accord que c’é-
toit ur^ préparation qu'on n’avoit pas encore vu faire au Jardin du Rtry ny
uillcurs, ôç qu’aucvin de ceux qui avoient écrit de la Chymic uavoicnt ny en-
feignéc,ny connue puifque je fçay que ceux qui n’ayans jamais connu de
Sel Volatile de tartre , ne parlèrent dans leur Livre imprimé l’an 1675. que do
fon fcl fixe , & qui ne l’ont inféré dans leurs nouvelles Editions , que pofte-
licurcment au Livre de celuy qui en a été l'Inventeur , quelque déguifement
qu’ils ayent taché de donner à leur préparation, ils n’ont pu écrire là-dclfus
rien de folidc,ny qui approche de ce que l’Auteur même nous en a donné, oii
il enfeigne fa préparation & fa rectification.
Le Sel Volatile de Tartre crt de fa nature fort diaphorctique ; mais il a cela
de particulier , qu’il ctl apéritif & fort divretique. Il doit être fort blanc , Si
d’une odeur auffi pénétrante que celle des Sels Volatiles des animaux. On le
donne depuis fix jufqua quinze grains , dans du bon vin, ou dans quelques au¬
tres liqueurs.
CHAPITRE LXXL
Y)e la Gravelee,
T A Cendre gravelée eft de la lie de vin fechc calcinée , & pour qu’elle foit de
la qualité rcquife elle doit être en pierre , nouvelle faite , d’un blanc ver-
<îâtrc , d’un goût falé & amer.
La Gravelée eftenufage par les Teinturiers ,& autres pcrfônnes qui s’en fer¬
vent i & la plus parfaite cil celle que nous faifons venir de la Bourgogne , à
caufe qu’elle eft faite avec de bonne lie, & vaut beaucoup mieux que celle que
nos Vinaigriers font.
Comme la Gravelée eft une lie de vin calcinée , on en peut tirer par le moyen
de l eau chaude , un fel qui a à peu prés les mêmes vertus que le fcl de tartre ,
a la rclervc qu’il eft plus corrofif, aufli-bien que 1 huile par défaillance que l’on
en peut tirer.
La Gravelec eft aulfi ufitéc'avcc la chaux vive, pour en tirer un fel, qui après
avoir été mis en fufion dans un bon creufet ^ on le jette fur une pierre , ou
Sel & huile
de Grave-
lée.
sxiv 256 Hiüoire generale
dans une bafllnc , & apres être refroidie & coupées par petites tablettes , on les
met dans une bouteille bien bouchées, &:ces petites tablettes font les véritables
Pierres à Pierres à Cautères, comme* l’ont écrit plufieurs Auteurs , où l’on pourra avoir
ourultehc recours, & ainfi on doit rejetter toutes les Pierres a Cautères que plufieurs Mar-
iotcairoi. & Colportcurs vendent, n’étant que du Savon & de Sublimé , ou autres
mixtions, ôidutout enfcmble ils en forment des petits trochifques de la grof-
feur figure des yeux d’ccrevilTe. Quoyque je dife que ces cautères doivent
être rejettez jils ne laifient pas neanmoins défaire leurs effets ; mais c’eft qu’ils
font bien plus longs que ces premiers.
On fait encore des Pierres à Cautères avec de la Cendre Graveléc , des cendres
de bois de chefne , de l’alun, de la chaux vive , & du tout par le moyen de
Caïucrc .k l’cau chaudc & du feu , on en forme des cautères que l’on appelle Cautères de
ydours , àcaufe qu’ils opèrent fort doucement. Il y en a qui y ajoutent le fcl
tiré des trognons de choux.
Quelques-uns eftiment beaucoup mieux la Gravelée de Lyon que toute autres;
mais pour mon particulier je foûtiens que toute Gravelée peut être bonne,
d’abord uu’elle aura été faite de bonne lie.
Outre la Graveléc nous faifons venir de Pologne, principalement deDantzic,
même de Mofeovie , une autre forte de Cendre Gravelée, que nous appelions
pom’Tç ouPotalfe ou Vedairc,que nous vendons aux Teinturiers. Cette PotalTe elt aflez
v.daflc. pçj.^^5ijble à la Gravelée , & je croy qu’il n’y a que les différends pays qui en font
la différence. •
CHAPITRE LXXn.
Du Noir d Allemaqne.
O
Ous faifons venir de Francfort , deMayance , & de Strafbourg , un Noir
çn pierre & en poudre, qui eft de lie de vin brûlée & jettée dans de l’eau,
& après avoir été léché on le paffe dans des moulins faits exprès, en y ajoû-
tant de l’yvoirc , ou des os , & meme des noyaux de pcfchc brûlé ; & lorfquc
le tout eft bien broyé &mélé cnfemblc,on nous l’envoyc le plus parfait Noir
d’Allemagne. Ët ccluy qui eft moëttc, c’eft à dire humide, fans neanmoins qu’il
ait été afpergé d’eau , d’un beau noir luifant , doux , friable, léger, le moins rempli
dc; grains lüifans que faire fc pourra ,& qu’il ait été fait avec de l’yvoirc brûlé j
étant meilleur que celuy qui a été fait avec des os , ou des noyaux de pefchc , ÔC
que l’on fefoit fcrvidc bonne lie; car c’eft de la lie d’où dépend la bonté du noir :
& fi l’on fc fcvoità-Paris d’auffi bonne lie qu’il s’en fervent en Allemagne , on le
NMr de pourroit faire tout aufli bon. Outre le Noir d’Allemagne, on en Hit aufli à
oiùrcrcif Troyes, aOrlcans , & même à Paris, ce qui fait que ce Noir a tant dc noms,
d;oiis. chacun luy donnant celuy du lieu oû il a été fait. Quelques perfonnes m’ont
alfuré que les Allemands lefaifoient avec du Tartre , ce qui n’eft pas hors du
bon fens. Quoy qu’il en foit , je diray qu’il n’eft guère en ufage que par les
•Imprimeurs en 'Taille-douces. •
257
des Drogues, Livre VII.
CHAPIT RE LXXIII.
Des F.^ues.
LEs Figues font des fruits dont il y en a de plufieurs couleurs : Sejavoir , de
vertes, de violettes, de blanches, & autres couleurs i mais de toutes ces for¬
tes de Figues nous ne vendons cjue les Figues violettes & les Figues crdmaircs.
Eorfque les Figues font meures , les Provenc^aux les cueillent & les font fcchet
fur des canices , & enfuitc les mettent dans des cabats faits de feüillcs de P d-
tïiier, ou dans des cailfes ou boëtes, avec des fciiillcs de Laurier , & de l’Anis
vert en o-rain. Nous diftinguons les Figues de Provence en trois ; fqavoir , en
Figues Violettes , en Figues de Marfeille. en petits cabats , & en grolfcs Figues
autrement dit Figues Gralfcs. Les Violettes doivent être grandes , fcches, tiou-
vcilcs,&:bien fleuries. Celles de Marfeille doivent être petites, blanches, nou¬
velles , fcches , non coriaces , & en petits cabats hiftoricz , c’efl; à dire que les pe¬
tits paniers foient de diflcrentcs couleurs : & les Figues Gralfes , les plus gran¬
des & les plus approchantes delà qualité, de celles de Marfeille qu il fe pourra.
A l’égard des Figues en gros cabats , qui viennent aulh de Provence , & meme
d’Efpagnc , elles font de beaucoup inferieures à celles en petits cabats , tant a cau-
fc quelles font plus dures , que parce quelles font plus coriaces.
L’ufage des Figues cft fi connu qu’il ell inutile que je m’y arrête. Je diray feu¬
lement qu’elles font quelque peu ufitccs en médecine , s’en fervant pour faire
desptifannes pectorales, & pour faire des mucilaps.
’ A l’égard des graffes , ons’cn fert apres avoir été rôties fur le feu , pour met¬
tre dans la bouche, pour appaifer le niai de dents, 5c on peut fe fervir des au¬
tres Figues en leur lieu & place.
CHAPITRE LXXIV.
Des Brugnoks^
Outre les Figues nous faifons un affez gros négoce de primes de ‘Brugno-
le , que nous faifons venir de Provence , fur tout d’Aubagne 5c de Bru-
gnolc , petite ville proche S. Maximin , d’où ell venu leur furnom.
Ces' Prunes nous font apportées dans de petites caiflcs longuettes j mais
plus ordinairement dans des boétes à confitures , ôc on les couvre avec des pa¬
piers blancs affez artillement découpez. ui ^
Les Brugnoles pour être de la qualité requifc , doivent être feches , blondes,
charnues , & quand le papier découpé qui les couvre eft fec , c’eft ui^ marque
infaillible qu’elles font d’une bonne nature , ôc qu’elles n’ont pas fouftert.
Nous vendons de plus les Prunes 5c Pruneaux. Comme des grofles ôc pe¬
tites prunes de Sainte Catherine , ôc des petit*^ pruneaux noirs de Damn<
ôc de Saint Julien , que nous faifons venir de Sainte Maure , de Chinon , ôc
autres endroits de la Touraine. Nous vendons beaucoup- encore de Pruneaux
xxvj 258 Hifloire generale
noirs , qui font longuets , & qui viennent de Bordeaux. Il y en a eiKorc
quantité d’autres fortes, comnic font ceux de Montinirel , de Pedriguon , Impé¬
riales, & pluficurs autres, aufli- bien que gcneralement toutes fortes de fruits fecs
& liquides, que nous faifons venir de ditterens endroits ; mais fur tout de Tours,
comme les poires parées , les pommes tapées , les cerifes en bouquets j ainfi de
plufieurs autres fortes qui fe mangent en Carême. Le choix de tous ces fruits
cfl d être nouveaux , & que dans les boetes ou galons , ils foicnt deffus comme
deffous.
L’ufage de tous ces fruits eft fi connu, que je n’en diray rien.
Avelines. Nous vcndons encore en Carême & même toute 1 année, les Avelines que
nous faifons venir de Provence, dont il y en a de deux fortes -, fcjavoir , les ave¬
lines lacadicres, 6c les communes. On appelle avelines lacadieres celles qui font
groffes , blondes, & qui ne reffcmblcnt point aux noifcctes. Elles doivent être
aufli nouvelles, & que l’amande foit d’un bon goût &c d une chair blanche.
Outre le grand ufage que l’on fait des avelines en Carême , comme étant un
Quatre quatte Mandiens , qui font Figues , Raifiiis , Amandes & Avelines , mélan-,
Wandians. égales pattics enfemble j ce qui ne fc pratique neanmoins guere , en ce
que ceux qui les font mettent de chacun plus ou moins , fuivant qu’ils font
chers. On fe fert aufli des avelines enles couvrant dcfucre, & pour en cirer une
huile qui a la même vertu que l’huile de noifettes , pour entretenir les che¬
veux.
CHAPITRE LXXV.
Des Marons,
LEsMarons font des fruits dont nous faifons un affez gros commerce, aufli-
bien que des Châtaignes de Limoge. Comme ces fruits font très communs,
c’eft le fujet que je n’en parleray point , finon que je diray que les meilleurs
Marons viennent d’auprès de Lyon , &:du Vivarcts, Icfquels pour être delà bon¬
ne qualité, doivent être gros, nouveaux, fermes, & comme- cendrés , & qui
ne foient point pourris ny gâtez , ny même échauffez ; car aufli- tôt que le feu y
eft , on a bien de la peine â les conferver & à s’en défaire : ce qui oblige d’abord
qu’une balle eft arrivée d’en ôter la paille, & le fécond emballage , afin de leur
donner de Pair. A l’égard des Châtaignes , elles doivent approcher en quelque
maniéré des Marons , â la referve qu’elles font plus petites , plus claires , àc pins
rougeâtres.
L’ufage des Marons eft pour manger aufli bien que les Châtaignes, ainfi que
tout le monde le fixait. On fefert encore des marons quelque peu en meiecine,
à caufe qu’ils font fort aftringents. Les Confifeurs les couvrent de fucre, &c en-
Marons fuitc font appellcz Marons c-facez.
glacez. * ^
des Drogues, Livre VIL 259 xxvij
CHAPITRE LXXVI.
Du Chefne.
Le chefne eft un Arbre connu de tout le monde , tant a caufe de fa lon-_
gue durée , que pour les dilferents ufages qu’on en tire , comme il le ver¬
ra cy-aprés.
Cet Arbre reprefente la vertu , la force, la fermeté, & la longue durée j c’eft
pour ce fujet que les Anciens le dcdiercnc à Jupiter. Quelques uns veulent que
cet Arbre foie* rennemy mortel de l’Olivier & du Noyer , en ce qu’ils ne peuvent
etre prés de luy fans mourir.
La première chofe & la plus confiderablc que nous tirons dii Cherne eft le
Guy , qui eft une excroilfancc qui fe trouve attachez au haut de cet arbre. Cette
produdion paroit extraordinaire, en ce que les Chefnes ne produifent pas le
Guy en toutes fortes de lieux. Il y en a peu que je ftjachc qui foient fcmbla-
blc en cela à ceux que l’on rencontre entre Rome & Lorerte, principalement
auprès d’une petite Ville nommée Folligni, qui eft à la moitié du chemin , au¬
près de laquelle il fc trouve des Chefnes fi chargez de ce Guy , qu’un fcul pour-
roit fournir pour charger une charette.
Cette excroilfancc a la forme de branches d’arbres, & eft d’une fubftance fo..
lide & pefante , d'un brun rougeâtre au delfus ^ d’un blanc jaunâtre au de¬
dans , où il fc trouve une efpece de foleil.
Ces branches fi dures & li compades , poulfcnt quantité de petits rameaux ,
qui s’entrelafl'ent les uns dans les autres , d’où il fort beaucoup de feiiilles lon¬
guettes , épaiffes , & à demy rondes , d’un vert pâle , & des petites bayes blan¬
ches, tout à fait fcmblables â nos petites grolIéilLcs blanches ,& ces bayes con-
/. ?mic. ij
xxviij 260 Hifl-oire generale
tiennent une humeur virqueufe, dont les Anciens fc fervoient pour faire la Glu.’
Ce Guy charge de ces feüilles fe conferve toûjours vert pendant qu’il eft furl’ar-.
bre , quelque tâcheux temps qu’il fade.
On choifira le Guy gros^pefant, bien nourri ; on connoîtra s’il eft véritable
par fa couleur foncée, &aufolcil qui eft dedans i mais la marque la plus fure,
c’eft d’y voir attachez quelques morceaux de Chefne, ou de confronter le Guy
qui fera expofé en vente avec celuy que l’on a , & que l’on ferait d’ailleurs être
véritable.
On attribue quantité de vertus au Guy de Chefne, & nos Anciens le reve-
roient & le tenoient pour facré, aufli-bien que l’arbre qui le portoit. Jules Ce-
far & Pline , difent que les Druides s’affembloient fous ces arbres pour faire leurs
prières. Ils*,étoicnt dans la Contrée que nous appelions aujourd’huy la Ville de
Dreux, proche de Chartres , ce qui fait voir qu’il y avoir des Chefnes portant
le Guy en France.
On eftime le Guy pris intérieurement un excellent remede Contre laParalyfic_,
l’Apoplexie, & le Haut-mal. A caufe de ces belles vertus , qui feroient trop lon¬
gues à expliquer , les Italiens en ont fait un traité fort ample fous le nom de
Bois, de la Sainte-Croix.
La fécondé chofe que rlous tirons du chefne, eft une petite plante que nous
Üfïïïnc ^PP^llons Polipode , il eft femblable à celuy que nous voyons fur les murailles.
Cette forte de plante fort des endroits où les branches du chefne fc fourchent,
par le moyen de quelque peu de terre qui s’y rencontre, & même par l’eau qui
a croupi : il croit aufli fur la fouchc de cet arbre.
On nous apporte rarement de ce Polipode j quoyquc fort mal à propos ,
puifqu’il eft beaucoup meilleur que celuy qui croit fur les vieilles murailles , qui
eft celuy qui nous eft apporté des environs de Paris.
On doit choifir le Polipode nouveau, bien nourri, fcc, facile a cafter , d’un
rouge tanné au deftus , verdâtre au dedans, d’un goût doux & fucré , tirant à
celuy delà Reglifte,& préférer celuy de Chefne , ce qui ne fc peut connoitre
qu’en la cueillant foy même, ou en le failant cueillir par des gens à qui on fô
puifte fier.
CHAPITRE LXXVII.
I>e / Huile de Cland,
Outre le Polipode , le Chefne produit des Glands qui eft fon fruit', dont
quelques-uns fe flattent d’en faire & vendre l’huile i mais comme je n’ay pû y
réüflir jufqu’âce jourd’huy , je n’en diray rien, finon que toute l’huile de Gland
que les Provcn(jaux nous chvoyent ,n’cft que de l’huile de Ben ou dcNoifettes,
empreint des qualitez du Gland i ainft ne peut être appclléc Huile de Gland.
M.Lemery dans fa Chy mie, à la page 481. en traite aftez au long, ou le Lec¬
teur pourra avoir recours. |
La grande rareté de la véritable Huile de de Gland, eft la caufe que l’on luy
attribue de grandes proprictez , aufli-bicn qu’à la véritable huile de talc. On
pourroit bien tirer du Gland une véritable huile par le moyen d’une cornue ;
mais elle feroit noir^ & d’une mauvaife odeur.
des Drogues. Livre VII. 26 i xxix
Outre riiuilc que l’on tire des Glands, le Chefne produit encore une moulTe
qui ett ce que nous appelions ufnée, de laquelle on fe fert pour faire Les pou¬
dres de Cypre , deFranchipane, & à la Marcfchale , que nous faifons venir de
Montpellier. La véritable defcription de faire ces poudres m’eft inconnue j c’eft
ce qui m’oblige de renvoyer le Ledeur à ceux qui en ont une jufte connoif-
fance , ou de s’en tenir aux deferiptions qu’en a fait le Sieur Barbe , dans un
petit Traité imprime à Lyon , auquel je ne puis contredire , pour ne pas fçavoir
ces deferiptions font julles.
Ily a encore quantité d’autres poudres que nous vendons ^ comme la poudre
d’ambrette, d’iris, ou de violette, de rofe, de jalTemm , de fleurs d’oranges, S>C
autres femblables, qui font décritte dans le Livre cy-deifus, où le Ledeur pour¬
ra avoir recours.
CHAPITRE • LXXVIII.
Des Galles.
LEs Galles font des fruits d’une efpece de Chefne , qui croit en quantité
dans le Levant , principalement autour d’Alep , & de Tripoli , qui font cel¬
les que nous appelions Galles d’Alep ôc de Tripoli. Il nous en vient encore
de Smyrnc. Il en croît aufli quantité en France , principalement en Pro¬
vence & en Gafeogne ; mais beaucoup inferieures à celles du Levant en ce
qu’elles font ordinairement rougeâtres , Icgcrcs , & toutes unies , & celles
du Levant font épineufes ( d’où leurs eft venu le nom de Galles à l’Epine ) pc-
fantes , noirâtres , ou verdâtres , ou blanchâtres. La diveriité de fes fruits font
la caufe que l’on les employé â divers ufages. Celles d’Alcp & de Tripoli , font
pour teindre en noir, & pour faire de l’ancre , principalement les noires ou ver¬
tes. Les blanches pour teindresles toiles , &les Galles légères ou de France , pour
les Teinturiers en Soye pour faire le noir éctû.
Les Galles ont quelque ufage en médecine , en ce qu elles font fort aftringen-
tes : on traye ordinairement les Galles , pour contenter ceux qui en veulent de
uoires ou de blanches; mais ceux qui les délireront avoir en fortes 3 doivent pren¬
dre garde que les moins grolfcs ou petites j n’en âyent été ôtées. A l’égard de
ceux qui en achèteront des balles entières , prendront garde â l’ambalagc ; parce
que les Galles d’Alep font en balles longues & étroites ; & celle de Tripoli ou de
Smyrne, font en balles groifes & courtes ^ & la toile en eft ordinairement rayée.
Je dis cela, parce que lesGallcs dcTripoli font inferieures â celles d’Alcp. On
prendra garde aufli qu’elles ne foient remplies de poudre 3 ou d’autres corps
étrangers ; car nous n’avons guère de marchandifes où il fe trouve plus de vil-
Icnies que dans les Galles , aufli-bien que quantité d’excremens du chefne.
Il croît en Turquie fur une efpece de Chefne un petit fruit rougeâtre , de la
grofleur dune noifette ,appellé par les Turcs *Ba:;^^endge y dont la figure eft re-
prefentéeâ l’Eftampedu Chefne. Les Levantins fur tout ceux d’Alcp, prennent
cent dragmes de Cochenille, qu’ils nomment Cometi. Cinquante dragmes de
Ba:(^end^e y & cinquante dragmes de Tartre , & après avoir tout pulverifé ils
en font de très belle écarlatte. Ce fruit eft fort rare en France , ce qui fait que
l’on ne s’en fert point. '
iij
Ufnée.
Poudie de
Chypre, de
Fiâiichi-
panne & à
la Marcf¬
chale.
Autres for¬
tes de poi-
dies.
XXX 26 Z
Hiftoire generale
CHAPITRE LXXIX.
De l Agaric.
TT ’Agaric cft une cxcroilTancc qui fe trouve aux troncs & aux
J| _ branches de differents arbres j mais principalement fur la MelefTe ,
que les Latins appellent L^rix ^ difur quelques cfpeces de chefncs \ mais le pre¬
mier &: le meilleur de tous doit être blanc , loger , tendre , friable , & d’un
goût amer, & c’eft cet Agaric que les Anciens ont appelle femelle j car pour
ccluy qu’ils ont appelle Agaric mâle, cft ordinairement pelant, jaunâtre & ligneux,
doit être abfolument rejette pour lufage de la médecine. Ainli je diray que le
bon Agaric doit être de la qualité cy-<icftus , & véritable Levant , étant beau¬
coup plus parfait que celuy que les Savoyards nous apportent de Savoyc , ou
du Dauphiné. Il nous en vient aufli d’Hollande , qui eft râpé & blanchi par
defl'us avec de la craye, qu’il faut aufli rejetter. En un mot, on ne doit fe
feivir dans la mcdecine que de l’Agaric des MelcfTes & du Levant 5 qui fera
facile â connoitre , par fa grande blancheur , legeteté , amertume & friabilité.'
On eftime l’Agaric fort propre pour purger le cerveau -, mais le peu qui s’en
confomme ne mérité pas la peine d’en parler. Ce qui cft contraire des
Teinturiers qui en employent beaucoup pour teindre en noir ; & c’eft ce que
peu de perfonnes fçavent, qu’il n’y a tres-peu de nos marchandifes , foit Grai¬
nes, Racines, Bois, Ecorces, Feuilles, Fleurs, Fruits, Gommes, Sucs, Ani¬
maux, ou leurs Parties , Foirillcs& Drogues de Chymic, donc les Teinturiers ne
fe fervent , ce qui caufe le grand nombre de Drogues qui entrent en France j
car s’il n’y avoir que la Médecine qui employât dos Drogues , un feul Droguifte
fufïiroit â Paris pour fournir tous les Médecins , Apoticaires , Chirurgiens ,
autres qui s’en mêlent , & s’il n’auroit pas grand peine.
L’Agaric de chefnc eft ordinairement rougeâtre & pefant, & comme il ne vaut
pas grande chofe , c’eft pour ce fujet que je n’en diray rien.
CHAPITRE LXXX.
la Confection Wamec.
L’Agaric étant un des ingrediens d’une Confection , que nous faifons venir
de Montpellier, aulfi-bien que la Confcdlion Hyacinthe, & AlKcrmcs ,The-
riaque Mitridat, j'ay jugé â propos d’en parler icy, & d’en donner une jufte
defeription tirée de laPharmacopée de M. Charas, comme étant celle qui m’a
paru la plus jufte. Je n’empêche neanmoins pas que l'on ne fuive plufieurs au¬
tres Pharmacopées (Jui en traitent ,& même les Codex de Paris, &:les autres bon¬
nes Villes de France , chacun étant libre de fuivre celles qui leurs paroiflent plus
faciles. Je ne prétends parler icy que des drogues dont elle eft compofee , lailfant le
Modits faciendi décrites dans les Pharmacopées oû ceux qui defireront la préparer
pourront avoir recours.
des Drogues , Livre VII. 26 3 xxxj
Prenez Polipodc de chcfnc. Suc de Fumeterre Dépuré , deux livres.
Raifins mondez. Sucre & Miel de Narbonne , de chacun
Pruneaux de Damas de chacun quatre trois livres.
Cafle & Tamarins de Levant mondez.
Manne en larmes de chacun quatre onces.
Rubarbe.
Agaric blancw
Sehé delà Palceou d’ Alexandrie,
Diagrede, de chacun dix onces & demye.
Cinq Mirabolans.
Epiihym de Candie ou de Venife.
Semence de Fumeterre , de chacun dix
onces.
Canelle.
Gingembre.
Ams , de chacun trois dragmes.
Du tout enfemble fuivant l’Arc , on en fait un élediuire liquide , qui étant
bien travaillé & fidèlement fait , pourra fe garder fort long- temps. Et même
il yen a qui cRiment mieux cette Confection étant vieille qu’étant nouvelle:
ce que je ne puis du tout approuver , lur tout quand elle a plus de dix ans.
Cette Confection pour être parfaite, doit être fidèlement & artiltemcnt faite,
d'un noir luifanc , & cuitte en bonne confiltancc.
La Confection Hamcc cft fore uficée dans la médecine, à caufe des grandes
proprictez que l’on luy attribue, ainfi qu’on le pourra voir dans plufieurs Phar¬
macopées.
je ne puis m’empêcher d’avertir les Marchands de Pans de n’acheter cette comC
pofition, aufli-bien que toutes les autres , que d’honnêtes & habiles Marchandsj
parce qu’il s’y fait de grandes tromperies , principalement par ceux qui donnent
cette Confection à quinze & vingt fols la livre j car pour que l’on la falTc
dans les règles, elle doit revenir à quarante-cinq ou cinquante fols la livre.
Il ne faut s’étonner de voir cet article dans ce livre: je fçay que le Reglement
particulier d’entre les Epiciers &les Aponcaircs permet feulement aux Epiciers
la vente delà Thériaque , du Micridat, & des .Confections d AlKermcs d’Hya-
cinthe , que nous entendons foûs le nom des quatre grandes Compofitions
Galéniques ; mais il y a pareille raifon pour la Confedion Hamec , que pour les
autres , étant compofées d’autant de drogues que quelques-unes d’icclles ; &
parce que nous la pouvons faire venir des lieux où elle lé fabrique en faveur du
commerce quis’cn fait, fuivant leTarit des droits de Sa Majclfé , dans lequel
elle elt exprimée comprifc avec les autres Epiceries & Drogueries , ce qui m’a
obligé d en parler.
Outre l’Agaric nous vendons encore des Morilles fcches , des truffes noires ,
que nous faifons venir de Provence le du Languedoc , des oignons de Tube- folies de
reufe, des Renoncules , des Jonquilles ,& autres , que nous faifons venir d’Italie , IrIuucT.
Provence , & même de Conllantinople , les MoufléronS , les Satynons confits , les'
Oreilles de Judas , qui font à ce que l’on m a affuré les velîics d’Orme feches ; c’eft OicUicsdc
a Roüen où l’on fc fert de ces oreilles , pour la gucrilon des maux de gorge , ^'*^***
trempé ôc boüillis dans de l’obxicrat , en s’en garganfanc le goficr. Outre toutes
onces.
Mirabolans Citrins,
Chebules.
Indiens.
Semence de Violette.
Coloquinte mondée.
Agaric blanc de Levant.
Séné , de chacun deux onces.
Abfinthe.
Thim , de chacun une once.
Rofês rouges.
Anis.
Fcnoüil j de chacun fix gros.
xxxij 264 Hiftoire generale
CCS cxcroiCfanccs , nous faifons venir de S. Flour en Auvergne , une certaine ter-
Pcreiie. j-g cn petitcs écailles , qui elt ce que nous appelions Perelle , que les Au¬
vergnats racilTent de dclTus les rochers. Cette terre eft produite par le moyen
des vents , qui portent de la terre fur ces rochers, & par le moyen de la pluye
& du Soleil, cette terre fe calcine après avoir été moüillée. Ces Montagnards
fe munilTcnt d’inftiumens de fer propres à la ratilfer , & d’un tablier de cuir ,
aux deux coins duquel il y a de la poix pour les faire tenir fur la roche , lorf-
qu ils veulent ratifier.
On choifira la perelle cn belles écailles , la plus grife , la plus fechc , & la
moins remplie de menu , ou autres ordures qu’il fera poflible.
Son ufage eft pour faire l’Orfcille , ainli que je l’ay marque à l’article du Tor-
nefol.
Si- tôt que cette terre eft ratifiée , il s’en refait d’autre qui n’cft pas plus épaif-
fe qu’une pièce de quinze fols. .
Nous vendons une certaine her-be que nous appelions Prefle , & les Bota-
PrcHe. Et^ufrtumy OU Qucuc de Cheval, dont fe fervent les Ebeniftes & autres
Ouvriers qui travaillent cn Bois , pour polir leurs Ouvrages apres qu’ils fe font
fervis de peau de chien de mer. On doit être averty qiic la Perelle & la Prefle
font deux, puifque la première eft une terre, & la fécondé une herbe.
Il y a quantité d’autres fruits que nous pourions vendre s'ils nous étoient com¬
muns, comme le fruit du Bctel, les Bananes, Faufcl ou Arcca, les Fagara, le Fruéîus
de Pilon , les Bonducs , ainli de pluficurs autres. Il y en a que nous ne
vendons pas, pour être trop communs, comme Poires, Pommes, Vautres fem-
blables fruits , qui font du fait des Fruitiers & non des Epiciers , cela étant au
dcfibüs d’eux, aufil-bien que les autres denrées quife vendent parregrat, à pe¬
tits poids & petites mcfurcs , étant une chofe honteufe que des Marchands s’at¬
tachent à vouloir vendre de ces fortes de chofes , pendant qu’ils dénuent leurs
boutiques de marchandifes pretieufes , & fur lefqucllcs ils pourroient faire plus
de profit que fur ces denrées qui ne font pas de leur fait : ce qui ne provient
que parce que la plufparc ont été reçûs , ainli que j’ay déjà marqué , fans au¬
cune fcicnce ny qualité i & de cette maniéré font obligez de vendre ce qu’ils
connoifient : ce qui donne occalion aux , Etrangers de ne pas faire eftime des
Epiciers de Pans , & de ne les pas conlideter comme ils fcroient s’ils ne fe mc-
loient que de vendre les marchandifes dont j’ay traité dans le cours du pre-
fent Ouvrage.
Fipi des Fruits,
HISTOIRE
GENERALE
DES DROGUES
LIVRE SEPTIEME
Des Gommes.
PRÉFACE.
N diftingue les Gommes en deux fortes de manières : fa^otr en Gom¬
mes aqueufes , G* en réfneufts. On entend par Gommes aqueujes
cetUi qui je peuvent dijjoudre dans L'eau^ dans le 'vin^ou autres liqueurs
JemblabLes , comme [ont la Manne , la Gomme-gutte ^ autres s Çÿ
par les réfineufes celles qui ne peuvent fe dijfoudre que dans l'huile^
comme la Gomme élemy fa Tacamaca ain fi des autres ^ comme on le pourra <voir
par la fuite de ce prefint difcours. il y en a qui adjoûtent a ces deux fortes de Gom¬
mes un e troiftéme , quils nomment irrégulier , en ce quils prétendent quils ont de U
peine a fe dijfoudre dans les bumiditez^aqueufes ÇS hmleufes , comme la Mirrhe ^ le
Benjoin. Si les Semences , Racines , Bois , Bjcorces , Fleurs , Feuilles ^
Fruits font difiîciles à pouvoir dfeerner les uns d'avec les autres , à moins
que d'en avoir une parfaite connoîjfance , ^ den faire un nevoce continuel ,
les Gommes tant aqueufes que réfineufes né le font pas moins ; comme la con-
noijfance en efi diffcile , cefi ce qui donne occajton à quantité de gens j fait faute
de cnnnoîjj'ance ou par malicé , de donner des JubJlituts à pre/que tout ce quily a
de Gommes^ ain/î que je le ferai voir par la fuite. On prétend que le mot de
Gomme dérive du mot Latin ^ Gummi , du Grec Kommi, gÿ quelles font un
fuc yifqueux qui fort des arbres & qui en eH comme la graiffe.
Gg
IJ. Partie.
2-34
Hiftoire generale
c H A P I T R E I.
De la Manne , dont Dieu nourrit les Ifraëlites dans h
Defert,
U A N D les Ifraëlites eurent paffe la Mer Rouge , d’une maniéré lî
V J. merveilleule , & qn’ils furent délivrez de leurs ennemis , la faim qui les
preflbit dans la folitudc,les fît murmurer contre Moyfejmais ce fidèle Mi-,
niftre du Seigneur , ayant fait fa priere. Dieu ne manqua pas de leur donner
à manger, & dés le loir melmc. Dieu fit venir dans leur camp une grande
quantité de cailles, & le jour fuivant au matin, il fit pleuvoir la Manne fur
la terre, ce qu’il continua de faire durant les quarante années que les Hé¬
breux demeurèrent dans le defert. Ces Peuples furent furpris d’abord, quand
ils virent la terra toute couverte comme d’une efpece de graine qui leur eftoie
inconnue -, & l’Ecriture nous apprend que ne fçaehant pas ce que o’eftoit, ils
s’écrièrent par admiration , huliluid efi hoc Qii’eft-ce que cecy ? Mais
Moyfc leur apprit que c’eftoit le pain que Dieu leur envoyoit du Ciel ,
il leur ordonna de venir tous les matins avant le lever du Soleil ramaffer cette
divine nourriture , parce que le joureftant un peu avance, il n’eftoit plus
temps d’aller recueillir la Manne qui le fondoit un peu après le lever du
Solcif. Moyfc leur défendit aulfi de ne rien garder pour le lendemain , & leur
dit, que pour obfervcr plus religieufement le jour du Sabbat, ils euflènt loin
le jour precedent d’en ramaffer pour deux jours j & ce que l’on ramalfoit pour
le jour du Sabbat ne fe corrompoit point , comme ce qu’on auroit gardé
pour les autres jours ; tout cela eft confiant & fans aucune difficulté , parce
que c’efi pofitivement ce que le Texte facrc nous apprend dans le Chapitre
16. de l’Exode.
Mais les Interprétés tant Juifs que Chrétiens ne s’accordent pas fur beau¬
coup de chofes qui regardent la Manne.
Us font d abord partagez fur l’étymologie du nom de Manne. Quelques-
uns veulent qu’il vienne de ces mots Hébreux ^an hu , que les Juifs pro¬
noncèrent quand ils virent la terre couverte de ces petits grains blancs , qui
efioient tombez durant la nuit : cependant plufieurs autres , du nombre
defquels tfi Buxtorfe, difent que ce mot de fignifie nourriture pré¬
parée, comme qui diroit une nourriture que Dieu avoir préparée luy-mefme
pour Ibn peuple.
On n’efi pas mieux d’accord fur la nature de la choie mefme. Plufieurs
Ibûtiennent que cette Manne efi celle dont on fe fert pour purger dans la Mé¬
decine, c’efi à dire, une liqueur qui tombe en manière de rofée, & qui le
ccngcle en petits grains femblables à ceux de Coriandre.
Valefius Médecin de l’Empereur Charles- Quint efi de ce fentiment. Corne^
lius à Lapide qui efi un trcs-fçavant Jefuite , dit dans fon Commentaire lue
l’Exode , qu’il a vu dans la Pologne de petits grains comme le millet , un peu
longs , rougeâtres qui tombent durant les nuits feraines de Juin & de Juillet,
& qu’il a mangé de la bouillie que l’on en a fait , qui avoir le meliTie goût
que celle que l’on fait du Panix i cq qui m’a efié confirmé par un de mes
V
des Drogues Livre. Vil. 535*
amis , ^ qui a efté long temps en Pologne , principalement • du cofté de la Sile-
lic, ou cette Rofee tombe en abondance j & je puis afliirer avoir auffi vu
dans le haut Dauphiné au pied du Mont Genévre , fur les quatre heures du ma¬
tin, une grande quantité de cette Manne, que je pris d’abord pour de la grê¬
le -mais après en avoir goûté, je reconnus par fon gouft doux & lîicré, que
celloit une rofée femblable à celle, dont parle la Sainte Ecriture , car aulFi-
toll que le Soleil fût levé, elle fe liquéfia.
Ceux qui tiennent que la Manne , dont Dieu nourriÛbit lès Juifs dans la
folitude , n’eftoit pas la mefme que celle qui eft employée dans la Méde¬
cine , difent que ce qui purge ne manque^point d’affoiblir & d’extenucr, Ôc
ne nourrit pas’: mais Vofjiué répond à cette difficulté, que la Manne du de-
fert ne differoit point quant à la nature , mais feulement quant aux accidens ,
de celle dont on fe lert dans la Medecine , & que cette différence venoit
de la préparation qu en failoient des Anges , qui paitriffbient & durciflbient
cette rofée , & en Difoient lortir ces vapeurs , dont la Manne ordinaire eft
remplie , afin qu’on en pût faire du pain folide & de la bouillie , comme l’on
en fait de la rofée qui tombe en Pologne aux mois de Juin & de Juillet.
D’ailleurs l’ufage frequent que l’on fait d’un re'mede , peut bien empefeher
qu’il ne produife fon effet ordinaire. On a vû des hommes faire leur nourri¬
ture des plus violens poifons par l’habitude d’en q)rendre fouvent , & le vin
qui fait tant de bien aux malades de la campagne qui n’en boivent jamais ,
eft nuifible aux malades qui en ufent ordinairement durant la fanté. Ce qui
a fait dire à Vale/tus qu’il ne faut point douter que la Manne des deferts
n’ait d abord purgé les Hebreux qui avoient amafle beaucoup de mauvailcs
humeurs par l'ulage des poireaux , de l’ail te de l’oignon , dont ils failoient
leur nourriture ordinaire florfqu’ils eftoient dans l’Egypte-, &: qu’aprés cela la
Manne ne trouvant plus rien à purger les nourri ffoit , fur tout après avoir
efté préparée par les Anges : car il eft dit expreffément dans le Pfeaume 77.
aux verfets 17. i8. z9. cl commandé aux nuées d en haut j & il a ouvert les
portes du Ciel s il leur a fait pleuvoir la Manne pour manger leur a donné le
pain du Ciel : lé homme a man^é lé pain des Anges. Et cette explication paroift
très- convenable au mot Hebreu Manna ^ qui lignifie nourriture préparée,
comme l’on peut encore inferer du verlèt 31. du Chapitre 16. de l’Exode , oû
il eft dit , C^e la Manne du deferc avoir le goût du Ccigle méfié avec du
miel.
Quant à la groffeur & à la couleur des grains de cette Manne, tout le
monde convient qu’ils eftoient blancs & gros comme des grains de Coriandre,
& il n’y a pas lieu d’en douter , puifque 1 Ecriture marque précilèment cette
reffemblance dans -le Chapitre i6. de l’Exode j mais fuivant le Talmùd des
Juifs quand l’Ecriture compare la Manne aux grains de Coriandre , c’eft pour
la rondeur, & non pas pour la couleur , puifque les grains de Coriandre né
font pas blancs : c’eft pourquoi le Scholialle Samaritain au lieu de dire com¬
me des grains de Coriandre , met comme des grains de Ris,
Enfin on dit d’ordinaire que la Manne avoir le goût tel que foühaitoit
celuy qui en mangeoitj & on fonde cette opinion fur le Verfet if* Chapitre
16. de la Sageffe , ou il eft dit qu èllc s’accommodoit à la volonté de chacun ;
ce qui potirroit lignifier feulement que quoique le gçqt foit ordinairement
fort different dans chacun des hommes , chaque Juif la trodvoit cepend.aiic
au Iten. Car fi la Manne avoit pû avoir^le goût d’une caille quand les' Juife
G g îj-
1^6
Hiftoire generale
l’auroient voulu , pourquoy s en feroient - ils dégoûtez } lis ne fe feroient
pas plaints à Moyfe du long ufage de cette nourriture , comme ils firent aux
Nombres Chapitre ii. Et il eft remarquable que Saint Auguftin qui a enfei-
gnc' abfolument dans fon Epître ng. Chapitre 8. que la Manne avoit cette
propriété que tous les Juifs y trouvoient le goût de ce qu’ils fouhaitoient
manger , corrige cette proportion dans le fécond Livre de fes Retradations
Chapitre u. & dit qu’il n’y avoit que les Juftes d’entre les Hebreux qui y
trouvaflènt ce goût different félon leur gré. Mais cette fécondé penfée de
Saint Auguftin ne femble pas s’accorder parfaitement avec les paroles de
Saint Paul en la première aux Coriîithiens Chapitre lo. qui dit que tous les
Ift aëlites ont mangé la mefmc viande : ainfi luppofé qu’il foit vrai que la
Manne fût fîifccptiblc de tous ces differens goûts , il faudroit dire , comme
quelques-uns l’expliquent, que cela venoit de la differente maniéré de l’ap¬
prêter , & du foin & de l’application differente qu’on apportoit à la préparer.
De la Manne.
que nous appelions & vendons fous le nom de Manne eft une li-
\^queur blanche U cryftalinequi découle fans incifion & par incifion que
l’on fait aux frefnes tant fauvages que domeftiques , que les Italiens appellent
Fraxint ^ Orni , qui croifïènt en quantité dans la Calabre , dans la Sicile ,
mais principalement à Galliopoli , au Mont Saint Ange & à l’atoflc , d’oû pref-
que toute la Manne que nous vendons nous eft apportée.
Nous vendons plufieurs fortes de>vlannes fous le nom de Manne de Cala-
des Drogues. Livre VIL 137
bre. La première & la meilleure eft la Manne du Mont Saint- Ange j mais ce qu’il
y a de fâcheux , c eft qu elle eft ordinairement graflè , ainfi de peu de demande
par ceux qui n y ont pas grande connoiflàncc.
La fécondé eft la Manne de Sicile , qui eft ordinairement blanche , fe'che & fon«“d?
larmeufe , mais fort fujette a être remplie de figues ou marons. Mannes.
La troifiéme & la pire eft la Manne de la Tolfe , qui eft cette Manne que nous
appelions mal à propos Manne de Briançon qui eft îeche d’un blanc matte , ter¬
ne & fort fujette a être remplie de menu j voilà en un mot tous les genres de
Manne que nous vendons , & ce qui fe voient ordinairement en France & à Paris,
qui fera que l’on doit être defabuse'e de croire tous les contes à plaifir que les
Anciens &; les Modernes ont faits touchant l’origine delà Manne & dçs lieux qu’ils
nous difent qu’elle vient j puifque c’eft une chofe afsûre'e, que toutes les Mannes
que nous débitons, viennent des endroits ci deflùs .A l’egard des diverfts figures qui
le rencontrent dans les Mannes que nous débitons j je dirai que celle qui eft la
plus eftimée , eft la Manne en larmes , tant à caufe quelle eft plus blanche , ainfi
plus agréable au goût , moins fale & aufti plus de vente , & comme il fe rencon¬
tre de la Manne qui eft d’une longeur grofteur extraordinaire. Cela a donne
occafion à plufieurs de vouloir dire quelle e'toit falfifice , ce que j’aurois cru auffi
bien qu’eux , fi je ne mettois e'clairci de la vérité.
On fera donc averti que la Manne en larmes eft naturelle & que ce qui la rend
en fi grandes , groflès & longues larmes qui s’en rencontre quelquefois, c’eft que
les habitans des lieux apres avoir incisé le tronc ou les grofles branches des Fref-
nés, ils y fourrent dedans des chalumeaux de paille, ou brins de bois, cette li¬
queur qui eft la Manne venant a découler fur cette paille ou bois , elle fe congelé
Sc fe réduit en larmes , plus ou moins , longues , ou groflès , fuivant la longeur
de la paille, ou bois & que l’arbre jette de liqueur,& la chofè eft fi véritable , que
j’ai dans mes mains une larme de Manne qui a plus un demi pied de long & de la
groflèur du poignet d’un Enfant , qui eft lur un brin de ballet , & en outre plu.i
fieurs petites larmes qui font fur des petits chalumeaux de paille.
On pourra peut être m’objeefter , que c’eft une marque quelle eft contrefaite, &
quelle a jetté fur ce bois ou paille pour la faire en larmes -, mais la raifon que j’ai a
donner,c’cft que je le fçai d’une perfonne digne de foi & de plus c’eft que la cho-
fe eft fi naturelle & faiiable , que tout ce qu’il y aura de perfonnes raifonna-
blés n’en douteront nullement , ôc de plus c’eft qu’il eft impoflible de pouvoir
faire d’aufli belles Mannes que celles que nous vendons.
Je dirai neanmoins que quelques perfonnes m’ont voulu afsûrer que les
Juifs de Ligourne, étoient fi adroits a contre- faire la Manne, qu’ils la rendoienc
prefque aulfi belle que celle qui étoit découlé naturellement. Je pourrois afsû¬
rer y avoir travaillé - mais elle eft pelante, & d’un blanc matte & tout a fait
differente de celle que nous vendons , peut être bien que cela vient de mon
ignorance.
Je dirai cependant , que les Mannes le recueillent dans les Païs ci-devant
nommez , pendant les mois de Juin , Juillet & Aouft ^ & qu’il eft d’une necelfi.
té abfolué que le temps foit beau & lec : car aufli-toft qu’il pleut , & que le temps
eft humide , la Manne qui eft liquide en fortant de l’arbre , fi le Soleil ne l’a con-»
denfe aufli-toft , elle tombe & fe perd-, & cet inconvénient qui arrive à la Manne
eft le fujet quelle eft plus ou moins chcre , fuivant que les années ont été feches
ou humides.
On doit choifir la Manne , foit en grandes , ou petites larmes, nouvelles fé-
ches , legeres , d’un blanc tant foit peu rougeâtre , d’un goût agréable , la moins
remplie de menu, de figues ôc marons qu’il fe pourra, laquelle étant rompue, il s’y
Ggiij
Efprit &
eau Ipiri-
tueulc >
Maimc.
238 Hiftoire generale
trouve une maniéré de fyrop , qui eft la marque infaillible de (à nouveauté : car
aulïi toft qu elle commence à vieillir , ee fyrop fe defleche , & laiflè une concavi¬
té, dans laquelle il fe rencontre de petites éguilles , comme fi elle avoic été fublb
inée,& rejeteer , tant qu’il fera pofIible,ces Mannes fales & vilaines, parce que ce
n’eft que de vieilles Mannes , dans lefquelles il fe trouve le plus fouvent quan¬
tité de drogues incapables d’entrer dans le corps humain j & ceux qui en vou¬
dront faire l’experiencc , ils n’auront qu’à en fondre , & verront fi ce que je dis
n’eft pas véritable. C’eft une erreur qui eft neanmoins affez établie que cette
Manne eft la plus purgative-, ils ont raifon , fi la Manne en vieilliftànt & étant
remplie de faletez acquiert une qualité purgative; mais je croiquils fe trom¬
pent , & qu’il n y a que ceux qui en font chargez , qui pour la mieux vendre fe
fervent de ce faux prétexté. C eft apparemment ce qui a donné fujet à ceux par
les mains de qui elles paftênt , en exceptant neanmoins les honnêtes Marchands,
de mélanger dans la Manne larmeufe & nouvelle , quantité de Manne grade &
vilaine , & de Manne menue , tant pour faire meilleur marché , que pour y Elire
plus de profit ; ce qui doit donner occafion à ceux qui en font gros négoce de la
tirer de Ligourne , d’où elle eft apportée tous les ans dans des caiffes ou ton¬
neaux , fuivant que la récolté en eft grande , foit par les Galcres du Grand Duc
de Tofeane , ou autres commoditez , ou de la faire venir de Marfeille & de l’a¬
cheter des gens incapables de la frauder -, car c’eft une chofè certaine que plus
la Manne paftè par de differentes mains , principalement par celles de certaines
gens qu’il n’eft pas befoin de nommer , plus elle eft furchargée de Manne com¬
mune ou de marons : ce qui altéré beaucoup fa qualité , Ôc ce qui caufe un gros
déchet.
Pour ce qui eft de l’ufage de la Manne , il eft fi connu , & tant d’ Auteurs en font
mention, qu’il eft prefque inutile que je m’y arrête : je dirai neanmoins que c’eft
un des plus grands êe des plus doux purgatifs que nous aïons , & duquel on le
peut fervir avec plus de fureté.
On tire par la diftilationde la Manne, un efprit acide qui eft fort propre aux
maladies de poitrine. Onenpcuttirerauffiparlemoïen d’une cornue une eau
fpiritueufe , qui contiendra tout ce que la Manne a de meilleur : cette eau fpi-
ritueufe eft un grand fùdorifique &c fpecifîque contre toutes fortes de fièvres in¬
termittentes.
Quelques perfonnes m’ont voulu dire & afïùrer, quclon tiroitde la Manne
un diffolvant capable de diffoudre l’or j c’eft ce que je ne puis pas certifier, pour
ne l’avoir pas expérimenté.
chapitre III.
De la Manne de Briançon ^
A Manne de Briançon eft une Manne blanche & féche , tout a fait fem-
jblable àla Manne de la Tolfle, mais comme cette Manne n’eft d’aucun
ufage , & que nous n’en vendons point j c’eft pour ce fujet que je n’en dirai rien:
cette Manne découle des groffes branches de Meleffes ou Larix : c’eft pourquoi
elle eft appelléc des Latins Mmna Uricaa , qui fc trouve en quantité dans le haut
Dauphiné , principalement autour de Briançon , d’où eft venu fon fiirnom.
Outre la Manne de Briançon , il y a encore d’autres fortes de Manne : la plus
rare la plus eftiméc eft la Manne Mafticinc du Levant ou de Syrie j c’eft une
des Drogues. Livre VIL 239
Manne qui approche en couleur à celle de Calabre , & qui eft pàr grains comme
le Maftic , d’où eft venu Ton {iirnom : elle découle des Cedres du Mont Liban,
ainfi que je l’ay marqué au Chapitre du Cedre.
Cette Manne eft fort rare en France: j’en ay environ trois onces, que l’on
m’a afluré être véritable , qui eft de la couleur ^ figure cy-deflus , d’un goût de
raifine amere & aftèz defagreablc -, ce qui n’a pas de rapport à ce qu’en a écrit
Fufehius , qui dit que les Païfans du Mont Liban la mangent : cette diverfité
de goût provient peut-être de fa vielleftè , ou d’avoir changé de climat.
Il y a plufieurs fortes de Manne ; comme celle d’Afrique , dont les Afri¬
cains le fervent au lieu de fiicre & de miel.
Les Mexiquains ont de la Manne qu’ils mangent, comme nous faifbnsicy le
fromage.
Il y en a en Perfe qui eft en gros marons ^ mais comme toutes ces fortes de
Manne ne viennent pas jufques à nous, c’eft ce qui frit que je n’en dirai rien.
CHAPITRE VI.
De la Manne liquide.
La Manne liquide ou Tereniabin , eft une Manne liquide blanche, & gluan¬
te , femblable à du miel blanc ; elle fe trouve fiir certaines plantes garnies
de feuilles d’un vert blanchâtre, de la grandeur de celle de la Traînaflc,& d’épi¬
nes rougeâtres ,aufïï- bien que les fleurs d’où fbrtent des gou fies fcmblables à
celle du Bagnaudier, qui croiflènt en quantité dans la Perfe autour d’Alep & du
Grand Caire , où elle eft apportée les jours de Marché par potées , où elle eft ven¬
due aux Habitans du Caire, qui s’en fervent , comme nous faifons ici de la Man¬
ne de Calabre.
Cette liqueur eft aufli fort rare en France. En 1683. un de mes amis qui
avoit été en Turquie m’en fit prefent d’environ quatre onces , que je garde
encore , qui étoit lorfqu’il me la donna de la qualité cy-defliis j mais comme le
temps corromp tout , fa couleur s’eft changée en grife , éc il s’eft frit un fyrop defr
fus d’une très- bonne confiftance , d’un brun rougeâtre ,& ce que je trouve de
plus remarquable, c’eft quefon goût doux,fiicré & agréable , ne s’eft point chan¬
gé en aigre.
Il fe trouve encore dans l’ACe majeure fur plufieurs arbres fcmblables au chê¬
ne une Manne. liquide, principalement autour d’Ormus , oû elle eft apportée
dans la ville dans des peaux de bouc , oû il s’en frit un fi gros négoce dans les In¬
des , qu’il s’en tranfporte jufqu’à Goa.
Cette Manne eft de la même figure & couleur que la precedente, excepté
quelle ne fe garde pas fi long- temps.
Je croi m’être alfez expliqué fiir les Mannes naturelles & fur celle qui
fort des arbres , & on fera defabufé de croire que les Mannes que nous vendons
tombent du Ciel , & au lieu d’être appelle miel de l’air , on la doit appeller Gom¬
me de freine ou du nom des autres arbres qui les portent ^ & ce qu’il y a en¬
core de probable, c’eft que la Manne celcfte fe liquéfié au Soleil , comme j’ay
déjà dit , qui eft le contraire de celle que nous vendons , qui fe féche & le
durcit.
Hiftoire generale
De lu. Gomme-Vitte.
(roirmie
G vite
La Gomme-gutte on Gutte- gambe , Gamboide, Gamandrc, Gutee-gemou,
Gutte gomme ou Gomme du Pérou , eft une Gomme qui découle du tronc
plante rampante d’une nature afTez particulière ,eii ce qu elle n’a ni feuil¬
les ni fleurs , ni fruits : & ce n’eft qu’un nombre de branches épincufès qui for-
tent les unes des autres, dont la figure eflreprefentée cy-deflus.
Les Siamois & Cochinchinois incifent le gros tronc de la plante , d’où il en
fort un fuc d’une confiftance moyenne, qui apres l’avoir laifle quelque temps à
l’air il s’épaiflit & jaunit ,& enfiiite ces peuples le roulent comme de la pâte,& le
mettent par morceaux ou turban de la maniéré que nous le voyons. Ce font
les Paifans d’autour ê^Odia ou India. , ville capitale de Siam , qui l’apportent
vendre dans la ville , comme nos païfans nous apportent du beurre ou autres
denrées : & ce que j’avance m’a été dit par un Interprète des Siamois , de qui
j’en acheté une aflez grandç quantité.
Quoi qu’il en Toit on la choifira féche , haute en couleur , en turban ou en
mafic ou fauciflTons , la figure ne faifant.ricn à la chofejpourveu quellefoit de
la qualité cy-deflus, & qu’étant cafleene foit point graveleiire,à quoy elle ell
fort fuiette , comme aufli à y trouver une Gomme rouge, claire & tranlparente,
tout-à-faitfcmblableà de tres-bel aloës cicotrin, qui avec toute fa beauté en em¬
pêche la vente, tant à caufe de fa grande différence , que parce qu’elle ne fait pas
une fi belle couleur jaune.
des Drogues Livre VII. ^4-i
Elle eft quelque peu ufitéedans la Medecine , en ce que c’eftun fort purgatif^
duquel on ne le doit fèrvir qu’avec de grandes précautions, & par l’avis d’habiles
gens. Ce qui n’a gueres de rapport avec ce qu’en dit Monfieur de Mefve ,
qui marque que l’on en peut prendre du depuis quatre dragmes jufqu’à fept :
groffe erreur , puifqu’il n’y va que^de la vie.
On s’en lèrt dans la Mignature pour peindre en jaune , & eftant broyée avec
de l’inde , on en fait un tres-beau vert d’herbe , qui fèrt prefentement au lieu de vert
dcvefïic*
CHAPITRE VI.
Dâ là, Gomme Arabique.
La Gomme Arabique, Thebaïque, Sarracene , de Babylone ou Achantine *
ou d’Acatia d’Egypte, qui eft le nom des arbres qui la portent, eft une
^omme blanchâtre en petites larmes, qui découle de plufieurs petits arbres fort
épineux, dont les feuilles font fï petites qu’à peine les pourroit-on compter , qui
fe trouvent en quantité dans l’Arabie heureufe , d’où elle a tiré fon nom. Cette
Gomme nous eft apportée en France par la voye de Marfèille. ,
Depuis qu’on nous en apporte du Senega , la véritable Gomme Arabique
eft devenue fi rare à Paris , qu’il ne s’y en trouve prefque plus.
On la choifira blanche , claire , tranrparente , & la plus féche & plüs en lar¬
mes qu’il fera pofllble , principalement pour la Theriaque , qui eft fon principal
ufage : on employé cette Gomme avec heureux- fùccés pour plufieurs maladies du
poulmon , & pour adoucir l’âpreté de la toux : c’eft pourquoi plufieurs per-
fonnes en font la baze de leur Suc de regliflc , fur tout à Blois , quoique mal¬
à-propos-, non pas pour fa méchante qualité, mais parce qu’ils retirent beau¬
coup d’argent d’une drogue qui ne' leur coûte pas grande chofe -, & encore au
lieu d’employer la Gomme Arabique , ils fc fervent de celle du Senega.
1 J. Partie,
Hh
Gomme à
frifer.
242
Hiftoirc generale
CHAPITR.E VII.
De la Gomme Turique.
T A Gomme Turique ou Turis , n eft autre chofe que de la véritable Gom-
Jj _ ;me Arabique , tombée des arbres en temps de pluye , qui eftant ramaflee ,
eft mile dans des elcaphas, laquelle eft apportée à Marleille ,où il s’en rencontre
des maflès feules, qui péfent quelquefois plus de cinq cens; ce qui ne provient,
que d avoir efté enfermée & preftee dans les Bâtimens qui l’apportent.
On la choifira féche , nette, claire & tranlparente, la plus chargée de blanche
qu’il fera poflible.
Cette Gomme eft fort en uiàge à Lyon chez les Teinturiers en foye.
CHAPITRE VIII.
De la Gomme vermieufee,
La Gomme vermiculée eft de la Gomme Arabique ou du Senega, qui en
tombant de l’arbre fe tortille & refte en figure d’un vermiflèau, d’où eft venu
fon nom.
On la choifira blanche , claire & tranfparente , en petits vermilTeaux, féche &
véritable Arabique, principalement pour laTheriaque, qui eft fon principal
ufage. •
Je dirai en paflànt que cette figure vermiculée n’eft qu’une pure momerie ,
en ce qu’eftant de la couleur cy-deflus, elle pourra eftre emploïée par tout,
où elle fera requife.
CHAPITRE IX.
De la Gomme d Angleterre.
O
La Gomme d’Angleterre eft la Gomme blanche d’Arabie ou du Senega ,
fondue dans un peu d’eau, & réduite en manière de pâte, après l’avoir
étendue fur une pierre graiftée d’un peu d’huile , de 1 épaiftèur que l’on voudra^
& après l’avoir laifle un peu delTécher , c’eft à dire , d’une confiftance appro¬
chante de la colle de Flandres , alors on la coupera de telle figure que l’on
fouhaitera,& eftant coupée, on la laiftèra (écher.
Cétte Gomme fert à frifer les cheveux , c’eft pourquoi on l’appelle Gomme
à frifer & d’Angleterre , parce que ce font les Anglois qui ont fait la
première.
des Drogues. Livre VIL
H3
C H A P I T R E X.
De la Gomme du Senega,
La Gomme du Senega , que nous appelions vulgairement Gomme Arabi¬
que, & qui fe vend aujourd’hui dans nos Boutiques, eft une Gomme qui
découlé du tronc & des groflès branches de plufieurs arbres, garnies d’épines &
de feuilles fort petites & toujours vertes , & de fleurs blanches d’où fortent des
fruits ronds & -jaunes femblables à nos figues, ces arbres croiflènt en quantité
dans plufieurs, endroits de l’Afrique, mais principalement du côté de la Guinée
& du Brefil, d’où cette Gomme nous eft apportée au Senega par les Nègres ou les
Blancs qui viennent des montagnes, & qui l’apportent fiir leurs dos ou fur leurs
Chameaux dans des paniers faits de feuilles de Palmier, ou dans des cuirs de boeuf
a ceux qui font établis au Senega de la part de Meflieurs de la Compagnie des
Indes Occidentales de France, qui l’envoyent en vracq dans plufieurs de nos
ports , comme Nantes, Rouen, & autres endroits d’où nous la tirons.
On choifira cette Gomme en forte, t’eft-à-dire, quelle n’ait point efté tryée ;
la plus féche & blanche qu’il fera poflible.
Cette marchandife a tous fes ufages fi connus, qu’il eft inutile d’en parler.
Le fujet pour lequel il ne s’en trouve plus guéres de blanche dans celle qu’oiv
nous apporte , c’eft que les Sauvages la gardent pour la manger.
DESCRIPTION DE T ETABLISSEMENT
que Meffieurs de la Compagnie de France ont au Senega^
qui ma k'e donnée par Monfieur Chamhonneau^ Gouver¬
neur pour ladite Compagnie au Senega ^ au fujet de la
Gomme quon. nous en apporte,
Le Senega eft l’habitation de la Compagnie RoYale d’Afrique , diftant du
Cap-Vertde trente lieues : la riviere le nomme Niger , trois lieues dans fon
embouchure eft la Fortereflè de l’Ifle S. Loüis , Magazin general de la Compa¬
gnie, où elle tràitte , & d’où elle envoie des barques fur ledit Niger jufqu’à trois
cens lieues L’on pourroit monter plus haut làns un|rocher qui borne & traverlc
toute la riviere; & fait un fceau d’eau que les François n’ont connu qu’en 1686.
que Monfieur Chambonneau en fit la découverte en perfonne. Il commença
en ladite année à partir au commencement de Juillet , que les eaux commencent
à groflir, & la riviere bien navigable, traverfa le Roïaume de Bracque, autrement
appellé F^oüalle , où il vifita le Defert, qui eft une grande place delerte & in¬
culte, qui eft à trente lieues de l’habitation, où le fait la Traitte des Gommes avec
les Maures de la Côte de Barbarie, où elle eft apportée fur des chameaux ou fiir des
bœufs porteurs. De là le fieur Chambonneau traverfa ce Roïaume de Bracque,
qui eft à quarante lieués de l’habitation, & finit au Village d’Angane. U entra
au Roïaume de Foudre , dont le Roi fe nomme Sirati : ce Roïaume eft fi long,
244 Hiftoire generale
qu il contient bien deux cens lieues , & jamais n’a efté palTe que par ledit Cham-
bonneau , qui l’a palTé malgré ce Roi en i69o. où il entra malgré les peurs , les
maux , & la détenle des vivres c]u’il fit à tous les Nègres qui éroient à le mon¬
ter ^ traverfa fon pais, & entra dans leRoïaume de Galand,dont le Roi s’appelle
ToLicamache qui le reçut bien j ce qui a fait qu’il lui a envoié des barques , &
que le commerce eft établi dans fon pais.
Le Roïaume de Bracque donne les cuirs, & la Gomme qui vient de Barbarie,
& qui ell apportée par les Maures -, mais donne peu de morfil ou d’ivoire, & d’cL
clav es. Celui de Foudre donne aufli des Cuirs & de la Gomme, beaucoup d’ivoire
& de tabac, pâmes ou ouvrages de cotton j mais Meilleurs de la Compagnie ne
traittent pas.
Le Roïaume de* Galand où eft le Sceau du rocher, & voifin du Roïaume de Tom-
but, traitte quantité d’efclaves, d’ivoire & d’or en Aurillet, c’eft- à-dire ouvragé,
qui eft tout ce que Meftieurs delà Compagnie de France tirent du Senega.
De Coté ou Cap- Vert, où la Compagnie a une Fôrtereflè , elle tire les mê¬
mes chofes , excepté la Gomme j mais auflî elle a de plus la Cire, qui eft ordinai¬
rement remplie de terre qui y eft mife par les Nègres: c’eft pourquoi elle eft fon¬
due dans l’habitation avant que de l’apporter en France.
CHAPITRE XI.
De la Gomme de Paîs.
La Gomme de Païs eft celle que nos païlàrts nous apportent à Paris , qu’ils
recueillent lur plufieurs Arbres fruitiers , comme Pruniers , Cerifiers ,
autres.
ün la choifira bien feche , étant fort lù jette à eftre apportée mollaftè & le plus
fouvent toute en maflè ^ & la plus de blanche qu’il fera poflible* * ^
Son ufage eft pour les Chapeliers, & autres.
des Drogues. Livré VII. 24^
ÇHÀPltRE XIL
De h Qomm Adragan.
La Gomme Tragagant , que nous appelions ordinairement Adragan , cft tihé
gomme blanche tortillée, &: faite en maniéré de petits vers.
L’arbriflèau qui la rapporte eft petit , épineux *, garni de feuilles fort petites,
cl un vert blanchâtre^ que les Marfeillois appellent Bairbe de Renard , ou "J^me de
^ouc.
Cette Gomme découlé pâr ineifion du tronc & des groiîes racines de ces petits
arbriflèaux qui croilïènt en quantité dans la Sirie, principalement autour d’Alep;
e’eft pour ce fujet qu’on trouve toûjours parmi cette Gomme des noix de galle
& mefme dii maftic.
On la choifira en forte -, c eft-à-dire que la plus blanche n ait point été ôtée,
en ce que le plus fouvent on en fait de trois fortes ^ fçavoir celle qui eft en petits
brins longs qui eft la plus belle. La fécondé, eft celle qui eft d’un blanc gris. La
troifiéme eft rougeâtre Ou noiràtrej & pleine d’ordures , à quoi elle eft fort fiijettc,
& faireen forte de l’avoir ou de la tirer de Marfeille ou d’ Angleterré : la plus blan¬
che & la moins chargée de faleté & dé rougeâtre qu il fera poflible.
L’uiâge de cette Gomme , principalement la blanche, eft fort ufitée par quan¬
tité d’ouvriers qui s’en fervent. A l’égard de la noire , il n’y a guère que les Peau-
ciers qui la mettent en ufage.
■ Hiftoire generale
Camphre
Brute.
246;
H A f I T R E X I I. O
Du Camphre, "
Le Camphre cft une ^omme réfine tort combuftiblc , & d’une odeur pé¬
nétrante , facile à fe difliper à l’air ( à caufe d un fouphre & d’un Tel volatil
dont il eft compofé ) qui découle du tronc & des groflès branches de plutîcurs
grands arbres ayant les feüilles femblablcs à l’eftampe ci-defTus .dont l’original eft
dans mes mains , qui m’a été donné par de Tourneforc , ces arbres croiftènt
en quantité dans l’ifle de Burneo , & autres endroits de TAfie , & même dans
la Chine.
Les habitans des lieux où croiflènt ces arbres , incifent les troncs , d’où il en
fort une gomme blanche, qui fe trouve au pied de l’arbre en petits pains , & qui
eft envoyée en Hollande pour y eftre rafinée, comme il fc verra ci-aprés.
Cette Gomme, comme elle vient de l’arbre , & de la maniéré qu’elle vient du
pays eft appellé Camphre Brute ^ lequel pour eftre de la qualité rcquife, doit eftre
en morceaux friable ,& eftant égrainé qu’il foit comme du fcl blanc de l’odeur
cy-deftus , le plus fec & le moins fale qu’il fera poftible.
Il fe rencontre bien fouvent à Roüen , & mefme à Paris , du Camphre Brute,
d’où on l’envoye en Hollande pour y eftre rafîné , à caufe que l’on ne s’eft jamais
émancipé d’y vouloir travailler , (oit faute de connoiftànce , ou pour ne s’en
eftre pas voulu donner la peine , quoiqu’elle ne foit pas grande. Je ne fçai pas à
quoy ont penfé tous nos Chimiftes , de n’avoir jamais inféré dans leurs Livres la
maniéré dont on rafine.le Camphre ^ apparamment qu’ils n’en ont rienfçu, ou
qu’ils ne l’ont pas voulu dire : mais je ne puis m’empêcher de croire que s’ils en
avoient fçu quelque chofe , ils n auroient pas manqué d’en faire part au public ,
des Drogues. Livre VIÎ. X47
& ne luy auroicnt point fait connoiftre qu’il découle de l’arbre tel que nous le
vendons j ce qui cft bien éloigné de la raifon , puifque le Camphre brute tel qu’il
fort de l’arbre , eft par morceaux de differentes groffeurs, tout à Fait femblables à
du Tel blapc , bien vilain : & celuy que nous vendons eft en pains faits en couver¬
cles de pot, blanc, clair & tranfparent; ce qui fait aflèz connoître qu’il a efté
travaillé, & qu’il n’eft pas tel qu’il fort de l’arbre. Et de plus , c’efl; que j’en ai
de Brute , & d’autre que j’ai rafînéj ijiême je fuis preft de faire voir la vérité dé
la chofè à ceux qui le voudront Içavoir ; &c afin que l’on foit certain de ce que je
dis , j’ai bien voulu donner icy au public la maniéré de le rafiner , qui ne m a ja*
niais efté dite de perfonne , mais que j’ai trouvée en travaillant.
On rafine ou purifie le Camphre Brute en le mettant dans des matras j ou au¬
tres vaiffeaux fublimatoires , après l’avoir concaffé, & après avoir rempli la moitié
du vaiflèau de cette poudre, on bouchera legerement le vaiffeau : on le mettra
enfuite fur un petit feu , d’abord le plus fubtil du Camphre s’élèvera & s’attachera
au haut du vaiflèau ^ & lors que toute la fublimation en fera faite , on le trouvera
beau , blanc, tranfparent , & épais fuivant la quantité du Camphre Brute que l’on
aura employé. Après la fublimation on trouvera au fond du vaiffeau une tefte
niorte & de nulle valeur. Il fe trouvera attaché au Camphre rafiné un Camphre
extrêmement blanc & tout en petits grains , qui cft apparemment celuy qui n’a
pu prendre corps comme l’autre. Ainfi comme le Camphre Brute nous eft affez
commun , il ne fera plus neceflàire de paffer abfolument par les mains des Holan-
dois , aufquels l’on ne fera plus obligé d’avoir recours , li nous voulons avoir de
Camphre rafiné , tant pour l’ufàge de la Medecine , que pour divers ouvriers qui
s’en fervent, comme pour &ire des Feux d’artifices, ou autres ouvrages où il eft:
requis. Je ne puis m’empêcher de dire ce qu’un de mes amis m'a affiiré touchant
la purification du Camphre; que les Holandois en leur donnant vingt cinq francs,
ils vous donnent cent livres de Camphre rafiné pour cent livres de Brute que
l’on leur adonné. Pour mon particulier, j’avoue que je ne fçai pas cjmme ils
peuvent faire , & quelque diligence que j’aye faite, je ne l’ai pu fçavoir.
Quoy qu’il en foit , je dirai que l’on doit choifir le Canq lue le plus blanc , le
plus clair , le moiris taché & brile que faire fè pourra ; quoi que quand c’eft pour
l’emploi, les petits morceaux foientaufli beaux & bons que les gros: & on fera
defabufé de croire ce que marque l’Autheur du Didionnaire Pharmaceuti¬
que , qui dit que l’on falfifie le Camphre à caufe de fà rareté & de fa cherté. Je
Voudrois bien luy demander quelles drogues l’on pourroitajoûcer dans une mat¬
ch ndi.è aulîi pute que le Camphre ; il faut laifter aller cette erreur avec les autres:
elle n’eft pas feule, puifque prefque tous les articles de fon Livre , c’eft-à dire ceux
qui traitent des Drogues, lent Luffes. On doit eftre encore defabufé de
croire , comme il le dit , que le Can phre acquiert fa blancheur après avoir
efté cuit , & dépuré par le moyen de. la chaleur du Soleil ou du feu. lia rai¬
fon de dire qu’il nous vient rarement de ce Camphre ainfi rafiné , car je
crois que ny luy ny tefte d’homme n’a jamais eu du Camphre cuit au feu eu au So¬
leil j non plus que quand il dit que l’on connoift le Camphre en le mettant dans
Un pain chaud au fortir du f mr ; que s’il rôtit, c’eft une marque qu’il cft falfi_
fié ; mais s’il fond c’eft qu’il eft bon. A l’égard de la derniere épreuve, elle eft vé¬
ritable, car plus il eft rafiné, plus il fe liquific : & quand même ff ne fe diffeudroit
pas tout_à-fait, cela ne proviendroit pas d’avoir efté falfifié comme il le marque ,
mais de n’avoir pas efté affez rafiné. A l’égard des vertus du Camphre, je n’en
dirai rien , cet Autheur en ayant afièz traité ; à quoy je ne puis contredire , n’en-
248 Hiftoire generale
Huile Ac trant point dans le détail de vouloir trouver à redire à ce que je ne connois point,
lailTant cela aux Médecins, pour dire que nous tirons du Camphre par le moyen
ïguLff I cfprit de Nitrc , une huile de couleur d ambre, qui fert pour la carie des os.
des Fièvres, Mouficur Lcmcry en traite fort bien , & 1 bn pourra y avoir recours. ,
pendu au col ' * ^
dans de !'£-
cailatc. - - — — - - - ... - — — - -
CHAPITRE XIV.
Du Benjoin.
Benjoin en
larmes.
Benjoin en
fol te.
Le Benjoin eft une gomme qui découle du tronc & des groflès branches d’un
grand arbre, par le moyen des incifîons que Ton luy fait, qui a fes feüilles de
la figure cy-deiîus , & qui croift en quantité dans la Cochinchine, principalement
dans les forefts du Royaume de Lao & de Siam ; c’eft pourquoy les Gens de la
fuite des AmbalTadeurs de Siam en apportèrent une grofïè quantité à Paris, où il
fut vendu à bon marché.
On choifira le Benjoin en larmes, d’un jaune doré, audeffus blanc, en de¬
dans accompagne de petites veines claires , blanches & rouges , friable , fans
aucun gpût , mais d une odeur douce , fuave, & fort aromatique.
Cette defeription de Benjoin ne manquera pas de furprendre ceux qui n’au¬
ront jamais vu de Benjoin de la maniéré dont il découle de l’arbre , & attache
à Ton écorce , ne voyant à Paris qu’une quantité de differentes fortes de Ben¬
join, dont le premier eft celui que nous appelions Benjoin en Urmesy quoiqu’en
maftè , qui eftordinairement clair & tranfparent , d’une couleur rougeâtre , mé¬
langé de larmes blanches , comme des amandes caftees j c’eft pourquoy il
appcllé Benjoin. amygdaloide, qui veut autant dire que Benjoin amandé^ & q^^
loir du goût & de l’odeur de celui cy devant , le moins rempli d’ordures qu il
fera poflible.
Le fécond que nous appelions Benjoin en forte, doit eftre, pour eftre de la
bonne qualité , bien net , d’une bonne odeur , le plus chargé de larmes blan¬
ches.
des Drogues. Livre VIL 249
ches , le plus reTineux & le moins chargé de poulïiere qu il fera poffible ; il faut
rejetter entièrement celui qui eh: noir , terreux ôc de nulle odeur , & que ce ne
foit du Benjoin artificiel, c’eft-à-dire plufieurs Gommes fondues enlèmble.
A l’égard de la couleur, elle eft fort triviale , s’en trouvant de gris & de noi¬
râtre , ce qui ne fait en rien , pourvu qu’il foit de la qualité cy-deffus.
Cette Drogue a plufieurs noms , comme JJfA-doux , Ben de Judée , Benjoin
de Boninas J en ce que quelques-uns veulent qu’il découle des jeunes arbres.
On tire du Benjoin, par le moyen du feu & d’un cornet de papier, des fleurs
blanches d’une tres-agreable odeur , & fort propres pour les Almatiques. Ces
fleurs doivent eftre nouvelles faites , bien blanches & legeres , & d’une tres-
ageable odeur • & de ce qui reftera dans le pot , on en peut tirer une Huile , qui
eft un tres-bon Baume pour les playes.
Le Storax Rouge , ou encens des Juifs , dont nous nous fervons fort com¬
munément , eft une réfine qui découle du tronc & des groftès branches
d’un arbre de mewenne hauteur, dont les feuilles font femblables à celles du
Coignier, à la reftrve quelles font plus petites , & fes fruits de la groflèur d’une
Aveline , dans lefquelles eft renfermé une amande blanche & huileufe d’une
odeur tout à-fait femblable à celle du Storax Et comme il fe rencontre du Storax
dans ces coques caffées qui s’y eft mis par hazard, c’eft ce qui a fait croire à plu¬
fieurs que le Storax fortoit de ces coques.
Cette Gomme npus eft apportée par Marfeille de plufieurs endroits de la Sy¬
rie & du Levant , où ces arbres croiflènt en quantité.
On le choifira en maffe d’une couleur rougeâtre, mollaftè & gras, dune
agréable odeur, & rejetter celui quieftfèc, rempli de farilles ou ordures, & qui
a l’odeur du Storax liquide à quoi il eft fort fujet, aulfi bien que le Storax en pain,
en boule, ou en maroris, en ce que ce n’eft qu’une compofition de Storax liqui¬
de, & cle farilles du véritable Storax ; avec quantité d’autres Drogues de peu de va¬
leur , auflTbien que celui qui eft en pouftieer, n’étant que de la feieure du bois.
II. Partie. li
Fleur de
Benjoin.
Huile de
Benjoin.
Stor.ix en
Pains.
ajo Hiftoire generale
Le Storax cft fort en ufagc dans la Medecine , mais principalement chez les
Parfumeurs , ôc autres perfonnes qui s en fervent au lieu d’encens.
On tire du Storax une réfine, ainfi que l’enfeigne la Pharmacopée de Monfieur
Charas à la page 197. quia de tres-belles qualitez, où on-pourra avoir recours.
CHAPITRE XVI.
Du Storax Calamite.
Le Storax Calamite ou en larmes , que nous tirons de Marfeille ou d’Hol¬
lande , ell une malTe rougeâtre remplie de larmes blanches , & quelque¬
fois aulTi réparées -, c’eft- à-dire qu’il eft tout par larmes blanches en dedans , &:
rougeâtre au deffis , d’une confiltance moyenne , d’une odeur douce & (ùave ,
approchant de celle du Baume noir du Pérou.
On le choifira en belles larmes féparées , de la couleur & de l’odeur cy dcflris,
le plus fec , le moins adhérant aux doigts , & le moins amer qu ’il fera poflible.
Cette Drogue eft fort peu en ulàge , en ce que la plupart le fervent en Ion
lieu & place du Storax ordinaire , tant à caule de fa cherté , que parce qu’ils veu¬
lent qu’il ait autant de vertu ^ ce que je ne veux defapprouver : mais je dirai feu¬
lement , que pour ne point engager fa confcience, on ne doit emploïer l’un pour
l’autre ; &: de plus, c’eft que les Drogues dont il cft compofé, ont du moins
autant de vertu que le véritable Storax.
On n’aura pas manqué d’eftre furpris, quand j’ai dit que le Storax en larmes
eftoit compolé de pluheurs ingrediens , en ce que la plupart croient qu’il eft na¬
turel , quoique Monfieur Charas à la page 196. de fk Pharmacopée, dit qu’il croit
que c’eft une compofition: ce que je n’avancerois fur cette penfée, fi je ne Pa¬
vois expérimenté moi même le 30. de Juillet 1691. & en avoir fait d’aufli beau ôc
auffi recevable que celuy que nous tirons de Hollande & de Marfeille j & fi je ne
l’euffe fait voir à quantité d’habiles Marchands , qui tous d’un commun accord
le trouvèrent avoir toutes les qualitez qui fe doivent rencontrer dans cekiy des
pays cy-deffus. Et de plus , c’eft que je fuis preft de le faire voir , & d’en faire de¬
vant ceux qui auront peine à le croire.
Cette compofition eft appellee Storax Calamite et qu’on prétend qu’il étoit
apporte autrefois de la Pamphilic dans des tuyaux de plumes , ou dans des ro-
feaux que les Latins appellent Calamiis.
CHAPITRE XVII.
Du Storax liquide.
Le Storax liquide cft compofe de quatre ingrediens fondus cnfèmble, qui
font le Storax, le Galipot , l’Huile & le Vin , battus avec de l’eau pour les
réduire en confiftance d onguent, d’une couleur grifè ,. pareille à celle de la terre
à Potier.
On choifira le Storax liquide d’un gris de fôuris, d’une odeur de Storax, d’une
bonne confiftance , le moins rempli d’ordures 5c d’humiditez. qu’il fera pofli-
ble, & véritable Hollande.
des Drogues. Livre VIL 2.J1
Son ufàge cft pour la Medecine mais principalement pour en faire un on¬
guent qui porte fon nom, comme en cftant la baze,& fort uficé dans les Hôpitaux,
lùr tout à l’Hotel-Dieu de Paris , 6c duquel ils fe fervent avec un heureux fuccés
pour guérir le Scorbut , les plaies , & la gangrené.
Il entre aufli dans pluficurs comportions Galéniques , 6c eft quelquefois
employé par les Parfumeurs & autres perfonnes , pour faire des pots pourris , mais
beaucoup chez les faifèurs de Storax en boule ôc en mafîe.
Le Storax liquide fe conferve long temps à lacave , pourvu que Ton ait foin d’y
mettre de l’eau deffus de temps en temps.
CHAPITRE X VIII.
Des Fajlilles.
LEs Paftilles à brûler font une compolition de Benjoin 6c de Storax fondue
enfemble fur un petit feu, ôc le plus promptement qu’il eft poftible. On
en forme des Tablettes de telle figure que l’on fouhaitc. Ces Paftilles , quoy
que peu compofées , ne laiffent pas d’eftre très - bonnes , fur tout quand elles
ont efté faites avec de bonne matière. Quelques-uns y ajoutent du Mufe , de
la Civette , 6c de l’Ambre. Enfin l’on fait les Paftilles plus ou moins bonnes, fui-
vant les differens aromats que l’on y emploie : 6c d’autres , qui au contraire
pour en faire de communes, n’emploient que des gueufèries, comme du Storax
liquide , du Bois de rofe , du Labdanum ; Et pour les rendre noires , 6c leur faire
tenir le feu , ils employeur le charbon de quelque bois léger. On peut donner
à ces Paftilles , comme au Galipot, le nom d' Encens de Village.
Monfieur Charas dans fa Cliimie , à la page 1057. décrit de trois fortes de Pàf-
tilles , qui ne different que fuivant les Drogues dont elles font compofecs. Et
comme elles feroient trop longues à rapporter toutes icy , ceux qui en defire-
ront Lire ^ auront recours à fon Livre. Ils ont pour Titre , Trochtjci odorati , W c/pré!''
AfüicuU Çyprea.
Ces Paftilles, ouTrochifques font appellées Cy filets de Cypre.
CHAPITRE XIX.
Du Lait V^irçinal.
O
OUtre le Lait Virginal que l on fait avec la Litargc , on en peut faire un
en diffolvant du Benjoin 6c du Storax dans de l’Efprit de vin , qui eft ce-
celuy dont fe fervent les Chirurgiens 6c Barbiers , à caufe de fon agréable odeur.
Cette teinture de Benjoin 6c de Storax eft appellée Lait Virginal ^ à caufé que
quand on en jette tant foit peu dans de l’eau , il la fait devenir blanche comme
du petit lait. Ceux qui veulent faire un Lait Virginal plus fin , fe fervent du Bau¬
me en coque , 6c de Storax en larmes , 6c même y ad joutent du Mufe , de la
Civette, Ôc de l’Ambre. Il y en a aufli qui ne fouciant pas de l’odeur ^ y font
entrer de la Myrrhe , à caufe , difènt-ils , qu elle eft bonne pour ôter les taches
de roufleurs.
Ce Lait doit cftre 'd’un tres-bcau, rouge, clair, 6c fort odorant, Tentant le moins
l’Efprit de vin qu’il fera poflible.
JL Fmie. li ij
Hiftoire generale
Staaé en
larmes.
Myrrhe
ongice.
CHAPITRE XX.
De la Myrrhe Ahyffine,
La Myrrhe cft une réfine qui découle du tronc d’un petit arbriflêau fort épi¬
neux, par le moyen des incifions que l’on lui fait, en larmes claires &
^ arentes , d’une couleur blanche , qui en vieilliffant devient d’un rouge
foncé.
Ces petits arbres , dont les feuilles approchent de celles de l’ormeau, croifiènt
en quantité dans l’Arabie heureuiè, eïi Egypte , Affrique , principalement chez
les Troglodites , d’oû eft venu fon furnom , aulfi-bien que celui d’Jbyffine,)i
caufe qu’il s’en recueille beaucoup dans le Royaume des Abifiins , ou Empire
du Prefte-Jean.
On choifira la Myrrhe en belles larmes , d’un jaune doré, claire & trafparen-
te, friable , legere , d’un goût amer, d’une odeur forte , & aflez delàgreable -,
ainfi choifie c’eft la véritable Myrrhe ou Staélé en larmes.
On doit eftre defabufé de croire , comme le marque un Autheur nouveau ,
quand il dit , qu’il avoue bien que toute la Myrrhe que les Epiciers vendent ,
n’ell pas de la qualité requife. Il n’y a donc jamais eu de bonne Myrrhe , puif-
que de tout .temps ç’a efté les Epiciers qui l’ont vendue j car le peu qu’en ven¬
dent les Apotiquaires , ne mérité pas la peine d’en parler. De plus , c’eft que
toute celle que les Apotiquaires vendent, aufli-bien que généralement toutes
autres Drogues , dont ils font leurs compofitions , ils les achètent des Epiciers,
ainfi que tout chacun le fçait, & ce que je n’aurois pas grande peine à prouver.
Mais comme il (è rencontre peu de cette Myrrhe , on le contentera de celle
qui cft en petites maftès , ou groflès larmes rouges , claires , &; tranfparentes j
qu’eftant rompues, il s’y trouve dedans de petites marques blanches , comme des
coups d’ongle d’où lui eft venu le furnom de Myrrhe onglée , ôcune manière de
des Drogues. Livre VIL 25^
liqueur onctueufe , qui eft le véritable Stade tant vanté des Anciens , & qui
de cette Ibrte pourra eftre employée fans contredit dans les compofitions les
plus exquilès , cftant doué de toutes les bonnes qualitez que tous les Autheurs
luy ont demandées.
il eft à remarquer que la Myrrhe nous ell: apportée par Marfeille en Ibrte,
dans des balles de cuirs de quatre à cinq cens livres , telle qu elle vient des pays
cy-deflùs , dans lefquelles il fe rencontre quantité d’ordures d’écorces d’arbres ,
& autres corps étrangers , à quoi elle eft fort (ùjette , aufli-bien que d’avoir
éfté tryée , principalement quand elle a pafté par les mains de certaines per-
fonnes accoutumées à tryer la marchandift -, & c’eft apparemment ce qui a fait
dire à noftre Autheur , qu'il ne le trouvoit point de belle Myrrhe chez les Epi¬
ciers , ce qu’il n’auroic pas dit , s’il avoir connu un nombre d’honneftes Mar-/
chands , qui la vendent telle quelle vient du pais, & qui n’a jamais efté
tryée.
La Myrrhe eft fort en ufage dans la Medecine, en ce quelle eft propre pour
la guérifon des playes , & c’eft une des principales Drogues dont on fe lèrt pour
embaumer les corps morts des grands Seigneurs.
On tire , parle moyen des œufs durs, dont on a ôté le jaune , ainfî que l’on
pourra voie dans la Chimie de M‘ Lemery, une liqueur onélueufè, qui eft appellée
Huile de Myrrhe par défaillance , qui eft cftimée propre pour ôter les taches de
rouftèur duvifage : & par la cornue l’on en tire un cfprit & une huile puante -,
& par le moyen de l’efprit de vin & autres liqueurs , une teinture doüée d’une
prandc propriété, ainfi que l’enlcignc le même Auteur à la page 757. & M" Charas
a la page 711. & 761. où le Ledleur aura recours. •
CHAPITRE XXI.
Bu StaBe , ou Sta^kn.
Le Stadé, ou Myrrhe liquide, eft ce qui fut prefenté à Nôtre- Seigneur par les
Mages , & que les Anciens appelloicnc ^^taUen , ou éMyna. Stacie y rvd
eleUdy dont l’odeur eftoit fort agréable , comme il eft marqué dans la troi-
fiéme Leçon de l’Office de la Vierge , où il eft dit en termes exprès :
mynhx elecÎA dedi fia^itatem odoris , eftoit la liqueur graffe & onéfueufe qui fe
rencontre dans la Myrrhe nouvellement tombée de Farbre j comme auffi celle
qui tomboit des jeunes arbres fans aucune incifion. Mais comme à prefènt
cette précieufe Marchandife nous eft tqut-a fait inconnue , plufieurs perfonnes
fe font inventées d’en faire d’artificielle , en faifant diffeudre de la Myrrhe dans
de l’huile , & lui ont donné le nom de StaUe unguentaire^ ou en onguent : d’au¬
tres en font épaiffir, qu’ils appellent StaUe artificiel.
Onfc.fèrt auffi quelque peu de l’écorce & du bois de l’Arbre qui porte la
Myrrhe ; mais je n’ai pu fçavoir à quoi ils etoient propres.
Huile de
Myrrhe pat
dclFaillancc.
Efprit.Hui-
Ic&Teintu-
re de Myr¬
rhe.
Stade unr
guentairc
ou en on¬
guent , ou
Siadc aici»
ûciel.
Hiftoire generale
2^4
CHAPITRE XXI L
De l'AJfa Fœtida.
L'Jfa Fœtida cft une Gomme, qui découle pendant les chaleurs du tronc
d’un petit arbriflèau , qui a les teuillcs femblables à celles de la Vue qui
croît en quantité dans les Indes, principalement autour de la Ville d’Utard ou il
appelle Hugt. Il en vient aulTi de Perfe, & même de la Medie , dcTAlTyrie & Li-
bie. Il y a quelques Auteurs qui dilent que Yjfa fœtida qui vient de Perfe dé^
coule du tronc d’un arbriffeau , dont les feuilles relfcmblent à celles de la Rave*
Lts habitans des lieux incilent ces arbres jufques dans leurs racines dbù À
fort une Gomme blanche tirant fur le rouge , d'une odeur tres-puante- c'eft
pourquoi les Allemans l’ont appelle Stercus ^Ubcli. ’
On chqifira l Ajja fœtida en mafle , rempli de larmes blancloes , fec, qui étant
frais coupe , foit a un blanc jaunâtre , qui peu de temps après fc chance en beau
rouge , tirant fur le violet , & que fon odeur foit neanmoins fupportable , & re-
jetter un nombre d Ajfa fœtida , qui eft gras , fallc , rempli de terre , & du jonc
dans quoi il cft venu : comme aufli celui qui eft noir, d’une odeur ft deiàgrea-
ble , qu il eft impoftîble de le pouvoir fupporter, & prendre garde que c’en foit
de véritable, & non d autres Drogues que l’on ftippofe aflezfbuvent à-fa placej
comme il arriva au mois de Juin i69i. que deux Particuliers m’acheterent deux
p’éces de Gallipot madré, ou encens commun , d’environ cinq à fix cens livres
pièce , qui les vendirent dans Paris pendant ce mois à quantité d’Epiciers ,
Apotiquaires , Maréchaux & autres , fur le pied de trente à quarante fols la livre,
de vmat livres le cent que je leur avois vendu.
L Ajpi fxtida cft quelque peu ufité en Médecine , mais beaucoup par les
Maréchaux. ^
des Drogues. Livre VII. lyj
On donne pliifieurs autres noms à fatida , comme celuy de Suc Syri-
nuc ^ Liqueur de Syrie ^ Siic de Medie , ou SM erde du Diable.
La plus grande partie de l'AJfa. fætida , que nous avons en France , vient de
Londres , oîi il ell apporté dans de grandes quantines de terre , de la mefme
maniéré & grandeur de celles que nous voyons encore à Paris , dans quoi on
nous apportoit autrefois de l’huile de Therebentine de Provence. Et il fe trouve
quelquefois à Londres une fi grande quantité d'Ajfa fatida, anfli-bien que
d’autres marchandilès , que l’on voit des Magafins d’une prodigieufe hauteur
longueur tout remplis de marchandiles.
Les Anglois ne nous envoient jamas X Ajfa fætida dans ces fortes de' pots , les
mettant dans des tonneaux de differens poids , & reliez de cerceaux de fer , ainfi
que nous en voyons afièz fouvent à Paris , qui eft le contraire de celui qui vient
par la voie de Marleille , qui eft dans des paniers faits de feuilles de Palmier.
A l’égard de XAjfa fætida en larmes, le peu d’ufage qui s’en fait, ne mérité
pas la peine d’en parler; car c’eft un abus tellement établi parles Maréchaux,
qui (ont prefquc les feuls qui confiiment 1’^^ fætida, que quand on leur don-
neroit ï A Jfa fætida en larmes , à moitié moins que celui en maffe , ils n’en vou-
droient pas,difant pour leurs raifons , qu’ils n’ont pas accoûtumé d’en employer
de cette forte. Pour ce qui eft de l’ufàge de la Médecine, jeconfeillc à ceux qui
en auront befoin , de préférer celui en larmes à celui qui eft en maffe , comme
cftant le plus pur & le plus beau.
CHAPITRE XXIII.
BU Galbanum,
i
Le Galbanum eft une Gomnie qui découle de la racine d’une plante , que
les Sirnpliftes appellent îeruU Galhanifera , donc les feuilles font de la fi¬
gure cy deflus, tirée fur l’original que j’ai entre les mains , qui m a efté donne
DifFcrcns
noms de
l'Afla for'
tida.
2^6 Hiftoire generale
pir Monfieurde Tournefort. Au haut de la tige naiiîènt desfemences plattes,
de la grandeur & groflèur de nos Lentilles , comme il fe peut voir dans le Gal-
banum commun, où il ne s’en rencontre que trop. Cette plante croill en quan¬
tité dans la Syrie , l’Arabie Heurcufe , & aux grandes Indes.
On nous apporte de Marfeillc deux fortes de Galbanum , fçavoir celui en
larmes , & celui en maflè. Le premier fera choifi en belles larmes , jaunâtres
en dedans , d’j^n jaune doré au delTus , d’un goût amer , & d’une odeur forte.
Le fécond, qui efâen maffe, fera choih fec , bien net , le plus chargé de lar¬
mes blanches, ôc le moins puant qu’il fera pofïible.
Il efl beaucoup ufité dans la Médecine, principalement chez les Apotiquai-
res , en ce qu’il entre dans beaucoup d’emplâtres.
chapitre XXIV,
L'ESa.gâpenum , ou Serapinum , ainfi appellé à caufe cjue fôn odeur appro¬
che de celle du Pin, & de nous Comme Séraphin , découle du tronc d’une
plante dont les feuilles font fort petites, & les fcmences approchantes de cel¬
les du Galbanum , à la referve qu’ elles font plus petites, qui croift en quantité
dans la Perfe , d’où il nous eft apporté.
On choifira le Sagapenum en belles larmes , claires & tranfparentcs , d une
odeur forte , & approchante de celle du Pin , le plus blanc , & le moins rempli
d’ordures qu’il fc pourra.
Il efl auffi fort ufité chez les Apotiquaires , entrant dans plufieurs compoli-
tions Gallcniques. ^ ^ c '
Monfieur Charas dans fon Livre de la Theriaque , & ce qu’il m’a confirme
lui-mefme , dit avoir vu en 1650. à la Foire de Beaucalre , une Caifïètte àc S aga-
penum^àiovx la blancheur tant dedans que dehors , égaloit celle du lait -, 6c
avoue
des Drogues. Livre VIL 2
avoue qu’il ne l’auroit jamais reconnu, fi cen’avoic elle' fon odeur forte 6c
netrancc.
Monfîeur Wormes Médecin Danois , dit dans Ton Livre , qu’il eft adm
blepourl’epilepfie&laparalyfîe. Pour moi, je fçai par expérience qu’il efl
cellent pour les Afmatiques , pris de la grofleur d’un pois dans une cerife c
lite en guife de noyau, le foir enfe couchant, & le matin en fe levant.
^a/^ax.
’Opopanax , que nous appelions fort commune'ment Opoponax ^ eft une
^ Gomme qui découlé , félon quelques Autheurs , d’une plante ferula-
nomme'e Pa»aces Hcracleum , qui croift en quantité dans la Béotie , la Pho-
d Achaïc,& en Macedoine, ayant fes feuilles âpres, 6c prefque fembla-
à celles du Figuier, qui font mi-parties en cinq. Sa tige eft fort haute 6c
cottonnée , produifant à la cime un grand moucher avec des fleurs jaunes,
)rés elles une graine brûlante à la langue , mais d’une grande odeur, Ses
les font blanches , un peu ameres , 6c couvertes d’une écorce allez épaifle.
’incifion de cette plante découle l’Opopanax liquide > 6c blanc au com-
cement ; mais qui fc defféche enfuitc , 6c devient peu à peu de couleur do-
•popanax
OpopanîX
apinat.^ou
de 1,1 Coin-
paj^nie.
2j8 Hiftoirc generale
Pour l’applati, que Ion appelle Opoponax de la Compagnie y 6c que plu-
fleurs canailles vendent pour celui en larmes, quoique facile àconnoillre, en
ce que le véritable ell en petites larmes rondes , 6c que lautre cft plat , de la
largeur 6c groflèur du pouce -, ce que je puis afliirer pour en avoir fait moi-m,ême
que l’ai encore. Ainfi on le rejettera entièrement, n cftant quePOpoponax mé¬
lange avec une Gomme de fort bas prix , dont je tais le nom.
L’Opopanax eft dune (i forte odeur, quen en ayant reçu une CailTe de
Marfeille au mois d’Aouft 1691. & l’ayant ouverte , nous caufa un fi cruel mal
de telle à dix que nous ellions , qu’il nous fut prefque impolfible de pouvoir du*
rer pendant quatre heures. Cet avis fervira pour ceux qui le feront venir nouveauj
car étant vieux , cette forte odeur, auffi-bien que la blancheur naturelle , le per¬
dent , & devient d’un rouge fort fonce.
Il approche des qualitcz du Sagapenum , 6c ell propre pour la guérilbn des
playe*; , encrant pour cet elFet dans la compofition de l’iimplâcre Divin , aulfi-
bien que le Galbanum, l’Ammoniac , 6c le Bdelium.
CHAPITRE XXVI.
De la Gomme Ammoniac,
La Gomme Ammoniac, eft une Gomme qui découle en larmes blanches des
branches coupées, 6c de la racine incifée , d’une plante ferulacée, qui croît
en quantité dans les fables de la Lybie , principalement proche de l’endroit où
eftoit autrefois le Temple de Jupiter Amon , d’oû elle a tiré fon nom.
Cette Gomme nous eft apportée en grofles maflès, dans lelquelles il lé rencon¬
tre quantité de larmes blanches, tant deflus que dedans, d’une allez agréable
odeur, tirant tant foit peu à celle de 1 Opoponax.
On choifira cette Gomme en belles larmes , féches , blanches , ron-
des Drogues. Livre VII.
des , d’un goût amer , & afïcz defagreable ^ & celle en malïè la glus chargée de
larmes , & la plus nette qu’il fera polTible, en ce qu’elle clt lujette à eftre rem¬
plie de lalete, principalement de fà graine, qui elt femblable à celle du GaL
banum.
Son ufage eft pour plufieurs remedes Topiques , comme celle ci-devant.
Monfeur de Meuve dans fon Diélionnaire Pharmaceutique , lui attribue de
grandes qualitez, oû le Ledeur aura recours. rrprit &
On en tire par la dilHllation , un Efprit & un Huile qui ont de grandes pro- coïm?
prietez, marquées par le même Autheur. Amonue.
Ç H A P I T R E XXVII,
Du Sani-Drazon des Indes.
O
Le Sang-Dragon des Indes , eft une Gomme qui diftilc du tronc du plu-
fieurs arbres , dont les feuilles font comme des lames d’epées , d’un demi-
pied de large, &; d’une couleur verte , au bas defquelles nailîènt des fruits
ronds , de la groffeur de nos Cerifes , jaunes au commencement , rouges dans
le milieu , & d’un trcs-bcau bleu dans leur maturité : defquelles en ayant levé la
première peau , d y paroît comme une cfpece de Dragon j ce qui lui a
fait donner le nom de Sang de Dragon , affez mal-à-propos : puifque c’eft une
Gomme d’arbre, & non le Sang d’un Dragon , comme plufieurs le croyenc
encore.
Les Habitans des lieux incifènt les troncs de ces Arbres, & auffi-toft il en fore
une liqueur fluide & rouge comme du fang, qui fè durcit aulTi-toft que le So¬
leil fe leve, & fe forme en petites larmes fryables, & d’un trcs-bcau rouge. Lors
que ce' premier-ci eft tombé, il en rediftile urt autre , qui nous ctoit autrefois
apporté, enveloppé dans des feuilles du même Arbre , de la figure d’un gros
1 1. Partie. K k ij
z6o Hiftoire generale
œuf de pigeon ; mais prefentement il nous vient enveloppe' dans des mêmes
feuilles, de la groflèur & longueur du petit doigt ; &: 'quelquefois auffi de la groi-
feur ôc figure de nos Sebeftes.
On choifira le Sang-Dragon en petites larmes , claires , tranfparentes & fort
fi-yables , & que la poudre en foit d’un tres-beau rouge foncé. Ce premier Sang-
San» Dra- eft fort rate en France , ne votant prefentement que celui en petits
gün"en to- rofeaux , que l’on choifira, fec aufli friable, & que la poudre foit de la couleur
du premier j & qu’en le rayant fiir le papier , ou liir une pierre à queux mouillée,
ou verre chaud, laiffe un tres-beau rouge. C’eil pourquoi' anciennement l’on
sang-Dta- ^’on cft fetvi pout peindre le verre en rouge.
Sre'“ malfe qui aproche afîèz de celui en larmes,mais le beau elf rare.
• CHAPITRE XXVIII.
De Sang- Dragon^des Canaries.
O O
Le Sang-Dragon des Canaries, eft aufli une Gomme qui découle du tronc
& des groflés branches de deux differens arbres , après avoir efte incifez,
dont l’un a la feuille du Poirier , mais un peu plus longues , & fes fleurs comme
un ferret d’éguillette , &d’un tres-beau rouge.
L’autre a lès feuilles approchantes de celles du Cerifier , & fes fruits jaunes
par côtes, de la groflèur d’un œuf de Poulie, dans lefquelles il fc trouve un
noyau de la figure de nos Mufeades , qui renferme une amande de la même
forme & couleur.
Ces Arbres croiflènt en quantité aux Canaries , principalement dans l’Ifle du
Port-Saint, aufli- bien que dans l’ifle de S. Laurent, ou ces Arbres font appeliez
'Rha.^ qui veut dire Sang, & leurs fruits Mafoutra, ou Vonfoutra.
Les Habitans de l’ifle Madagafcar tiren^t une Huile des amandes , dont ils fe
fervent pour guérir la brûlure , les Erefipelles , & autres maladies qui vien¬
nent de chaleur.
Ces Infulaires incifent le tronc de ces arbres , d’où il en fort une Gomme rou¬
ge , qu’ils mettent par pellottes de diflPerentes groflèurs. Mais comme ce Sang-
Dragon eft fort chargé de vilainie , perfonne ne s’en veut charger , quoique
d’une aflez bonne qualité.
Quelques-uns amolliflènt ce Sang de Dragon par le moyen de l’eau chaude,
& le mettent en rofeaux de la môme maniéré que celui qui vient des Indes.
Ces mêmes peuples liquifient cette Gomme , dans laquelle ils mettent de pe¬
tits bâtons blancs & légers -, & lors qu’ils font aflèz chargez de Gomme , ils les
retirent , & les font fccher , pour nettoyer les dents , qu’ils appellent Bois de U
Bois de la -pcLltle. Ces pctits bâtons nous font ordinairement apportez par Meflieurs de la
Compagnie des Indes.
Il eft encore à remarquer que ce qui a fait appcller cette Gomme Sang Dragoft ,
eft que les Habitans des lieux appellent l’arbre qui porte cette Gomme Draco. Et
comme elle eft d’une couleur rouge , joint à la figure qui fe rencontre fous la
première écorce du fruit, tout cela enlcmble a fait appeller cette Gomme Sang-
r>ragon. Ainfi au lieu d’eftte appellé Sang-Dragon , on le doit appcller Sang de
Dracon.
des Drogues Livre VIL
z6i
CHAPITRE XXIX.
Du Saug - Dragon faux.
LEs Hollandois nous envoient une manière de Sang - Dragon , qui ert en
pains plats , d’un rouge extrêmement fonce , & luifant tant en deiïîis
que dedans , aflèz fryable j lequel eftant e'erafé , eft d’un aflez beau rouge , &
brûlé , a l’odeur de la Cire d’Elpagnc.
Ce Sang de Dragon n’eft autre chofe qu’un mélange du véritable Sang de
Dragon , & de deux autres Gommes donc je tais le nom. Et la chofe eft fi
vraie , qu’il eft facile de le voir par la Figure quarrée qu’il a , & comme il a efté
jetté chaud fur les nattes de Palmes. Et deplus,c’eft que j’en ai fait moi-mê¬
me que je garde.
On nous envoie encore d’Hollande une autre forte de Sang de Dragon, qui
n’eft autre chofe que de la Gomme Arabique , ou du Senega , avec une teintu¬
re du Brefil de Fernambourg. Ainfi on fera averti de ne jamais emploïer de
ces deux derniers Sangs de Dragon: puifque ce n’eft autre chofe que des Gom¬
mes, qui n’ont ni la couleur, ni l’odeur, & d’une qualité fort contraire à celles
du véritable Sang de Dragon.
CHAPITRE XXX.
De la Gomme Elemy.
La Gomme Elemy eft une réfine blanche , tirant fur le verdâtre , qui dé¬
coule du tronc & des groflès branches , par le moyen des incifîons que
Fon fait à un arbre d’une moyenne hauteur , dont les feuilles font longues &
K K iij
z6t Hiftoire generale
étroites , d’un vert blanc, argente' deflus & defTous , avec une fleur rouge qui fort
d un petit calice de la couleur des feuilles , & des fruits de la couleur & figure de
nos Olives. Ceft ce qui a fait appeller ces arbres Oli^viers fiuvages.
Il fe trouve quantité' de ces Arbres dans l’Ethiopie , dans l’Arabie heureufe ,
d’où cette gomme nous cil: apporte'e en pains de deux à trois livres pièce , en-
Qomme veloppcz dans des feuilles de Cannes d’Inie. C’efl: pourquoi elle ell appellee
Comme Elemy en rojèuux.
On la choifira féche , neanmoins mollaflè , d’un blanc tirant fur le vert , d’une
odeur douce & alïèz agréable , & prendre garde que ce ne foit du Galipot lave
dans de l’Huile d’Alpic moïenne, comme il n’arrive que trop fouvent. Ce qui le
connoîtra facilement , tant par la grande blancheur , que par la mauvaile odeur,
tirant à celle de Therebentine , & quelle eft toû jours enveloppée des feuilles qui
, fe trouvent dans les cerons de bois de Gerofle.
F.iu(ïê Cette réfine fallifiée ell: appellee de ceux qui la font, Gomme Elemy de ïiAmeri-
felèrvant de ce beau prétexte pour‘î:ouvrir leur fi-iponnerie.
La véritable Gomme Elemy que nous tirons d’Hollande , ou de Marfcille ,
cil un Baume naturel pour guérir les plaies ^ c’ell pourquoi elle ell employée fore
à propos dans le Baume d’ Arctüs,
Il fe trouve aux Illes de l’Amerique un grand Arbre, dont le bois en eft blanc,
& qui a fes feuilles femblables à celles du Laurier , à la referve qu elles font heau^
coup plus grandes. Cet Arbre eft tellement chargé de réfine , qu’il y en a qui
rendent julqu’à cinquante livres d’une Gomme blanche, tout-à-fiit lemblable
au Galipot , à la referve quelle n’ell pas fi puante. Et comme cette Réfine n’eft
encore que très -peu connue des Marchands , quoi quelle nous foit commune ,
chacun la vend pour ce qu’il peut j les uns pour la Gomme Elemy, les autres pour
la Gomme Animée , d’autres pour la Gomme Tacamaca, Mais on doit plutoft
i^Amca- ' l’appeller Galipot de l* Amérique , en ce que fon odeur & là figure en approchent
tellement , qu’on a aftèz de peine à les pouvoir diftinguer.
Cette Réfine vient ci^ns des barils de differens poids, enveloppée dans de gran¬
des feuilles , dont je n ai pu encore fçavoir le nom.
Nous vendons encore de deux autres fortes de Gomme Elemy, dont l’une cil
fi femblable à la poix-rc'finc , que fi ce n’étoit fon odeur fuave & aromatique,
& quelle cil couverte de feuilles qui enveloppent le bois de Gerofle , il n’y a
cnZl perlbnne qui en pût faire la différence. L’autre forte de Gomme Elemy’, eft d un
^ iiemy. gris ccndté , tirant fur le brun , & en gros morceaux fecs & friables. Mais com¬
me il m’a elle' impoflible de fçavoir ce que ce pouvoir eftre que ces deux fortes
de Gommes Elemy -, c’eft ce qui fait que je n’en puis rien dire. Je dirai nean¬
moins que je croi que ce n’eft que des Gommes Elemy laies, &de la bonne
quantité que l’on a refondue & recuite fur le feu. Ce que je ne voudrois pas
affirmer, n’en eftantpas certain.
des Drogues. Livre Vil.
2^3
CHAPITRE XXXI.
De la Gomme Tacamacha.
La Gônime TâCamacha'eft une rcfinè îiqûiàé & tranfparente , quicîecould
du tronc de gros & grands Arbres , qui croiflènt en quantité dans la
nouvelle Efpagne , & dans Tille MadagaTcar, où ils font appeliez Harume , lef-
quels reiremblent alTez à nos Peupliers.
Ces Arbres font garnis de feuilles vertes , affez approcliantes de celles du Buis,
apres leiquelles nailTcnt des fruits rouges de la grolTeur de nos noix vertes ,
dans lefqucls il Te rencontre une réfine odorante ôc ballàmique.
Les Infulaires incifent le tronc de ces Arbres , dont il découle une liqueur
blanche & criftaline, dune agréable odeur, qui fe durcit peu après quelle eil
tombée , & dont ils fe fervent pour guérir les humeurs froides ^ pour appaifer les
maux de dents , mais principalement pour calfeutrer les barques & vaifTcàux :
& ils fe fervent de fon bois pour faire des planches.
Les Habitans de Tille Saint - Laurent avoient coutume de mettre la pre¬
mière qui tomboit fans incilion de l arbre, dans de petites gourdes coupées en
deux, fur laquelle ils appliquoient une grande feuille , comme une maniéré de
feuille de Palmier ^ &c’eft celle-là que quelques Autheurs entendent quand ils
demandent de la Gomme Tacamaca fublime. Et pour qu elle foit de la qualité
requife, elle doit eftre féclie, rougeâtre, tranfparcn te , d’une odeur forte, tirant
à celle de la Lavande, d’un goût tant foit peu amer: & c’cll celle-là que nous
appelions Gomme Tacimachj, en coque.
Celle qui tombe de TArbre par le moyen des incifîons , eft celle qui nous cft
apportée en mafle, & quelquefois en l^mes, femblables en figure à 1 encens des
InJes , que Ton choifira la plus garnie de larmes blanches, la plus nette , féchc ,
& qui approchera le plus de l'odeur de la première qu’il fera pofiible.
{rpmme ToAMmaccp
Gomme
^ aeainaclii
(ublinic ,ou
en coque.
Taoam.aclia
enlarn-icsac
en maille.
2^4
Hiftoire generale
chapitré X X X 1 1.
De la Gomme Bdera,
La Gomme Edera;, ou de Lierre, eft une réfine liquide , qui fc durcit à
mefure qu elle découle.
Cette Gomme croift en quantité dans les Indes, dans l’Italie , Provence, ôc
Languedoc , fur le grand Lierre qui rampe le long des arbres & des murailles.
Lltant à Montpellier en i68o. me promenant dans le Jardin du Roy, j apper-
çûs un Lierre qui rampoit le long d’un Laurier , qui avoit au haiit de la maître flè
branche , un m.orceau de gomm.e de la groffeiir du poing, lequel l’ayant deman*
dé au Fils de Monfieur Chicanneau, pour lors Chancelier dudit Jardin , il me
le fit donner j & après l’avoir examiné , je le trouvai fcmblable à de la glu , d’une
qouleur rouge, d’une odeur forte , pénétrante , & afièz defagreoble. Après l’a¬
voir gardé quelque temps , il devint fec , friable , d’une couleur tannée , telle
qu elle nous vient des Indes par la voie de Marlèillc.
On la choifira bien féche , tranlparente , d’une odeur balfàmique , & prendre
garde que ce ne foit de la Gomme Alouchi, que l’on luppole bien fouvent à fa
place , principalement quand elle eft chere.
Elle eft cftimée propre pour faire tomber le poil , & pour la guérilbn des
plaies.
CHAP. XXXIII.
dès Drogues. Livre VIL
26s
tronc de plufieurs
J— ^arbres , femblablcs au Palmier, qui fe trouvent en quantité dans la nou¬
velle Efpagnc.
Cette Gomme nous eft apportée en malïè, enveloppée de feuilles de rofeaux
de l’endroit ci-deflus j & pour quelle foit de la qualité requilc , elle doit eftrc
mollaflè comme un emplâtre , à demi-cuite , d’une couleur grifâtre tirant fur le
Vert , d’une odeur fuave , & aflez aromatique.
C^elqucs Autheurs marquent qu’il y a de la Caragne blanche , ce que je ciragne
crois facilement , en ce qu’étant nouvellement tombée de l’arbre , elle le peut
eftre. Et fi elle eft de la couleur ci-dcflùs , ce n’cft qu’à caulc de fa vieillefïc j ainfî
plus on la pourra trouver blanchâtre , plus elle doit eftre eftimée , & rejetter
entièrement plufieurs Gommes dures que l’on fuppofe à fa place , à caufe de fà
cherté , quoi que de même couleur.
Cette Gomme appliquée en emplâtre fur la tefte, eft admirable pour en appai-
fer les douleurs, aufti-bj^n que ceux des jointures j & cette Gomme ;a de fi belles
qualitez, que l’on dit ordinairement, que tout ce que laTacamaca n’aura pas
guéri , la Caragne le guérira.
Les Ameriquains font un Baume de cette Gomme , dont ils fe fervent avec Btume éd
un heureux fuccés pour la guérilon des playes ôc des Hemoroïdes en cette ma-
niere :
//r prennent
Therebentine fine , . demi- once. | Baume de Copaü,
Liquidambar, . . 3. onces. | Tacamaca,
1 1. Partie,. L 1
^^6 Hiftoire generale
Cajagne,Ana, . : a. onces. | Encens, Sang-Dragon,
Maltic , Myrrhe , Aloës , | Sarcocollc, Ana, i. gros. & demi
Et du UMt en fiire ce Bxume en cette façon, lï faut faire liquefer les Gommes
les Kcfines fur le feu , aj/rés y incorporer les poudres.
chapitre XXXIV.
Du Bdelium.
Le Bdelium eft une Gomme , dont les Anciens ont parle fort diverfementj
les uns ayant dit ^uil découlé du tronc d’un arbre épineux, dont les feuil¬
les étoient lemblables a celles du Chefiie , & Ton fruit comme le Figuier fàuva-
ge , d’un allez bon goût : & d’autres veulent qu’il Ibit lèmblable à celui qui rap¬
porte la Myrrhe, & que ces arbres croillènt en quantité dans -la Badlriane ,
l’Arabie heureufe , & aux grandes Indes -, &c’efl: apparamm.ent ce Bdelium que
l’on nous envoie aujourd’hui de Marleille , qui n’cll: autre choie que la Gomme
Alouebi , que quelques uns veulent eftre le véritable Bdelium. Mais je dirai feu¬
lement que celui qui eft reçu dans le négoce, & de tous les habiles gens , eft
cette Gomme qui le rencontroit parmi la gomme du Senega , à quoi il eft fort
femblable, il y a dix huit à vingt ans, & qui fût reconnu par pluheiirs Teintu¬
riers , en ce quelle ne fondoit point comme l’autre : ce qui fit que plufieurs per-
fonnes d’cxpericnce l’examinerent , &; la reconnurent pour le véritable Bdelium.
Mais depuis ce temps- là que l’on en a fçu la valeur, il ne s’en trouve quetres-
peu • car fur une pièce de Gomme dç cinq cens , il ne s en trouvera pas quatre
onces.
On choilira le Bdelium en morceaux clairs & tranfparens, d’un gris rougeâtre
au defllis, de couleur décolle d’Angleterre en dedans, & que paflànt la langue
par de (Tus, fa couleur fè change en jaune.
des Drogues. Livre V 1 1. 267
On ne doit point s’attacher ni à la couleur ni à la figure de cette Drogue , en
ce qu elle eft fort diverfe : mais ordinairement le plus beau eft en ovalle, comme
un Pendant d’oreilles.
Son principal ufage eft pour le Micridat , l’Emplâtre Divin, & antres compoJ
litions Galleniques. ^
CHAPITRE XXXV,
De l<z Sarcocole.
La Sarcocoleeft une Gomme, qui découle d un petit arbrifleau e'pineux, qui
a fes feuilles aflez approchantes au Séné de la Pake , d’une couleur blanche
tirant fur le jaune.
Prefque tout ce qu’il y a d’Autheurs difent que ces arbrificaux croiflènt en
Perfe : mais deux de mes Amis de Marfeillc m’ont écrit le zy. Juillet i69z. en ces
termes ;
La, Sarcocole eB une Gomme qui Je recueille dans t Arabie deferte : l'Arbre en efi
petit ^ & fort épineux.
On choifirala Sarcocole en larmes ou égrenée, d’une couleur blanche, ti¬
rant fur le jaune ou fur le rouge , d’un goût comme fucré, accompagné d’une
amertume a fiez dcfagreable.
Cette Drogue eft admirable dans (à nature , en ce qu’elle découle de l’Arbre
fans incifion , & par incifion en larmes de differentes couleurs & groffeurs , y en
ayant de blanches, de jaunes , & de rouges -, & lors quelles font féches, elles s’é¬
grainent telles que nous la voyons , & comme elles nous viennent de Marfeille.
Il fe trouve encore une autre forte de Sarcocole , qui eft en maftè brune , qui
paroîtroit affez Une compofition : mais je crois que ce n’eft autre choie q^ue de
la Sarcocole qui a efté marinée , ou qui a fouffert, qu’il faut entièrement rejetter,
aulïi-bien que celle dont les petits grains font bruns , & qui eft remplie de mille
faletcz , à quoi elle eft extrêmement fujette.
Cette Gomme eft fort propre pour guérir les playes : c’eft pourquoi les Grecs
lui ont donné le nom de Sarcocole ,qui fignifie Coüe-Chair.
IL Partie. Llij
2-68
Hiftoire generale
CHAPITRE XXXV l
I^e f Euphorbe,
L’Euphorbe eft une gomme qui découlé d’entre les feuilles epaifïcs & epineu-
fès d’une maniéré d’Arbre qui fe trouve en quantité dans la Lybie , fur le
mont Atlas , & en Aftrique.
Les Anciens ont écrit bien diverfement fur la nature de l’Euforbc , & de la
manière dont on la recueille. Les uns difent quelle découle par le moyen des
incifions que l’on fait avec de longues perches ferrées par les bouts , de peur
d en recevoir l’odeur qui cft fort méchante ; & aulli toft que ces feuilles font
ineifées , il en découle un fuc blanc comme du lait, qui eft reçu dans des cay êt¬
res de mouton, que les Habitans des lieux y ont mis exprès j & d’autres veulent
que ce foit le lue épaifti d’un fruit vert , de la groffeur & figure de nos Concom¬
bres. Mais ceux qui en auront vu & manié autant que moi , verront bien que
ce n’eft point un lue épaifti mais une Gomme d’arbre. Et outre plus , je puis
nfttfrer en avoir une feuille , qui eft de la longueur & groflèur du gros doigt de la
main , de figure quadrangulaire , & à chaque carré il fè trouve quantité de peti¬
tes épines fort aigues, au fond defquelles le voit l’Euphorbe, qui eft fortie fans au¬
cune incifion , dont la Figure eft ci-defliis marquée A.
On choifira l’Euphorbe en larmes nouvelles , d’un blanc doré, la moins char¬
gée de menu, la plus féche &; la plus nette qu’il fera polfible.
Il fe rencontre dans l’Euphorbe quantité de petites graines, faites en forme de
trèfle -, ou , pour mieux dire , du ?uftn ou Bonnet de Freflre , fort legere , d’une
couleur de Coriandre , dans laquelle eft contenue un petite graine ronde com¬
me une telle d’épingle . que quelques-uns m’ont aflùré eftre la lèmence de la
plante qui rapporte l’Euphorbe.
Cette Drogue eft fort peu en ufage dans la Médecine , à caule de fon excef-
fîve chaleur & de fa grande acrimonie j mais beaucoup par les Maréchaux ,
des Drogues. Livre VII. 269
cftant fort convenable pour le farcin & la galle des Chevaux.
Les AfFriquains fe fervent de cette Gomme pour rinterieur, mais ils la lavent
auparavant dans l’eau de Pourpier, pour en diminuer la chaleur.
L’Euphorbe efl: une Gomme fi pcrnicieufc à battre , que fi ceux qui la veulent
réduire en poudre, n y apportent tous les foins requis, qui font delà battre dou¬
cement , de frotter le haut du Mortier d’huile ou d’eau pour en arrefter le plus
fubtil, de le couvrir d’une peau faite exprc's , de fe boucher les narines de cot-
ton , on eft en grand danger d’e'cernuer & de ctacher jufqu’au lang , & d’endu¬
rer des douleurs exceflives.
Ceux qui auront beaucoup d’Euforbe telle qu’elle vient du païs , n auront
qu’à la paflèr doucement dans un tamis couvert , en ce que cette Marchandife
eft fi remplie de menu & de poulliere , qu’il n’ell pas bemin de la battre pour
en avoir de la poudre.
A l’égard de l’Euphorbe vitré, dont parle de Meuve, je ne fçai ce que c’eft.
CHAPITRE XXXVII.
De VOliban, ou Encens majle.
L’Oliban, que nous appelions ordinairement Encens maJU ^ eft une Gomme
qui découle par incifion du tronc de plufieurs arbriffeaux , qui fe trouvent
en quantité dans la Terre Sainte, & dans l Arabie Heureufe, où ils croifïênt en
grand nombre , principalement au pied du Mont-Liban , d’où eft venu Ion nom
de Thus Libaniy qui fignifîe Encens du Liban, & par corruption de langue, O/L
ban & incens; parce que lès Anciens s’en fèrvoient pour encenfer leurs Divini-
tez. De l’Arabie Heureufe on le tranfporte par la Mer rouge en Egypte , il vient
enfuice au Caire, du Caire en Alexandrie, où il eft embarqué pour Marfeille.
Quelques perfonnes ont écrit, que lors que l’on aincife le tronc des Thuri-
feres, ou Arbres portant l’Encens, & qu’ils commencent à découler ,il n’y a que
les perfonnes d’une Famille réputée fainte, qui aitpermiftion de le cueillir.
Lliij
270 Hiftoire generale
On le choifira en belles larmes , blanches , tirant tant foit peu fur le dore' , le¬
quel citant mâche , rende la lalivc blanche comme du lait, & Ibit d’un goût amer
&fort defagreablc, rejettant celui quielt rempli de poufliere & de quantité de
figues ou marrons noirs , & de petites larmes jaunâtres , à quoi il eft fort fujet.
Son ufage eft pour plufieurs compofitions Galleniques & Chimiques ou il
entre, mais principalement pour mettre aux Cierges Pafeaux, aufli-bien que pour
appaifer les maux des dents, quoi qu’alfez mal-à-propos , en ce que faifant appai-
fer la douleur , il gâte celles qui .fon proches : ce que je n’ofe certifier pour ne
l’avoir pas éprouvé.
chapitre XXXVIII.
De l Encens de Moca^
' H
L'Encens de Moca n eft autre chofe qu’une efpece d’Oliban en petites lar¬
mes ou en mafle , fort chargé d’ordures , d’une couleur rougeâtre , d’un
goût tant foit peu amer, qui eft apporté en France par Meftieurs de la Compagnie
ojiban , des Indes j c’eft pourquoi il eft appellé Encens de la Compagnie , Oltban , ou En-
des Indes! cens des Indes,
On ne s’en fèrt que pour contrefaire le précèdent, & par quelques-uns qui le
vendent pour le véritable Bdelium, quoi que mal à propos.
CHAPITRE XXXI X^
De la Manne d Encens ^
La Manne d’Encens eft les petits grains ronds, clairs & tranlparens, quifc
rencontrent dans l’Oliban , & qui peuvent eftre employez aux mêmes ufa^
ges que l’Oliban.
CHAPITRE XL.
De la Suie d Encens.
La Suie d’Encens n’eft autre chofe que le menu d’Olibah brûlé, de la ma¬
niéré qu’on brûle l’Arcançon pour faire le Noir de fumée.
On ne fc fert plus de cette Drogue , depuis que l’on a reconnu que l’Oliban
ou Encens avoir plus de propriété dans la nature , que d’eftre brûlé.
Qui en voudra fçavoir davantage , n’aura qu’à voir dans Pline à la page 371. 04
il en eft traité fort amplement , comme aufti de la Myrrhe.
des Drogues. Livre VII.
271
CHAPITRE XLI.
De la Gomme Copal.
La Gomme Copal, que nous appelions Copal d Orient y eft une Réfine
claire & tranfparente , d’un jaune doré, qui découle du tronc de plufieurs
-Arbres de moyenne hauteur, garnis de feuilles vertes , approchant de la figure
ci-delTus , & d un fruit qui relTemble à nos Concombres , d’une couleur minime ,
dans lequel il ie rencontre une farine d’un tres-bon goût.
On choifira cette Réfine en beaux morceaux, d’un tres-beau jaune doré ; &
de quelque grolTeur qu’il puiffe être, qu’on voie le jour au travers , friable tant
entre les doigts , qu’entre les dents -, & qu’étant fur le feu , elle fe liquifie facile¬
ment , & rende une odeur approchante de celle de l’Oliban.
Cette Réfine nous eft apportée fort rarement en France ; c’eft pourquoi fbn
ufage y eft fort peu connu, quoiqu’il s’en trouve beaucoup, tant dans les grandes
Indes , que dans la nouvelle Efpagne. Mais à fon défaut on nous apporte des
Ifles de r Amérique , une autre Gomme Copal , que quelques-uns appellent mal- rAnicrique
à-propos Karabe.
Cette Gomme découle, fans aucune incifion, du tronc & des branches de
plufieurs grands Arbres , femblables à nos Peupliers noirs , qui croilTcnt en quan¬
tité deftlis les Montagnes des Ifles Ajitilks, d’oû elle eft apportée au bord des Ri¬
vières par le moyen des groflès pluyes & torrens d’eau qui ont paflé au pied des
Arbres , où cette Gomme eft tombée naturellement.
On choifira cette Gomme en lorte , c’eft-à-dirc comme elle eft apportée de
Nantes ou de la Rochelle : on doit neanmoins préférer celle qui eft blanche , à
celle qui eft rougeâtre , noire ou terreufe.
Son ufatüe eft pour faire du Verni d’efprit de vin , & pour vendre à la place du
vrai Karabé, quoi que mal-à-propos, tant parce qu’il eft fort diflèmblable , que
parce qu’il eft beaucoup moins puant lors qu’il eft brûlé j ainfi nullement propre
pour appait'er les vapeurs.
*Romme
An.iiiée.
Myrrhe
Auiincc.
272 Hiftoire generale
Cette Gomme eft fi fcmblable à la comme du Sene^a , qu’il n y a que la cou¬
leur qui en peut faire la différence, & en ce quelle ne fond point dans l’eau com¬
me celleduSenega, niles autres Gommes diffolubles.
CHAPITRE XLII.
Bu Cancamum.
Le Cancamum eft une Drogue, qui jufques aujourd’hui aefte bien Contre¬
dite , les uns ayant voulu que ce fût la Gomme Lacque, d’autres la Myrrhe,
le Benjoin, ouïe Terra. Mérita.
Mais Monfieur de Brifot Médecin de Paris , à fon retour de Ton voyage des
Indes Occidentales , apporta en France une Gomme de quatre differentes
couleurs , dont la première étoit comme de l’Ambre , celle de deflbus de la cou¬
leur de l’Arcançon , ôc celle de derrière d’une couleur de corne , à laquelle fc
trouve attachée une comme féche & blanche , qui eft celle que nous vendons
fous le nom de Gomme animée.
Beaucoup de perfonnes auront peine à croire Ce que je dis, quoique Dalechamp
& d’autres en parlent , mais je luis preft de faire voir la vérité delachofè en un
morceau de la groffeur du poing que j’ai , où ces quatre fortes de Gommes font
attachées enfemble.
L’Arbre qui apporte ces quatre fortes de commes , eft de moyenne hauteur ,
& a fès feuilles approchantes de celles du Myrthe , qui croiftent en quantité en
Afrique , au Brefil, & dans l’Ifle S. Chriftophe, d’où le morceau que j’ai eft venu,
&m’a été donné par un de mes Amis, le trente- un Juillet 1686. qui l’avoit eu d’une
Perfonne de la première qualité , à qui il avoit été envoie par un Gouverneur
de rifle de Saint Chriftophe.
Celle qui reffemble à l’Ambre étant brûlée fe fond, & a l’odeur de la Gomme
Lacque.
La Z. qui eft noire , fe fond de môme , & a une odeur beaucoup plus douce*
Latroifiéme, qui eft comme de la corne, eft prefque fans odeur, aufli-bien
que la quatrième , qui eft l’animée.
Voilà ce que c’eft que le véritable- Cancamum ; ceux qui pourront en avoir ,
s’en ferviront pour la guérifon des plaies fondu avec de l’huile. Et pour appaifer
les maux de Dents , on le met deflus comme il vient de l’Arbre.
Comme nous ne voyons à Paris que l’ Animée, on la choifira blanche, feche,
f iable , d’une bonne odeur , la moins plàtreufè & mélangée des autres qu’il fe
pourra , quoi quelles ne different en qualité , mais en empêchant feulement la
vente, fur tout aux perfonnes qui ne Içavcnt pas la maniéré quelle tombe de
l’Arbre.
Cette Gomme eft fort peu en ufage dans la Médecine , quoi que douée de
tres-bonnes qualitez, étant un Baume naturel.
Qiielques uns font paffer, affez mal-à-propos , la Gomme Animée pour la
Gomme Elemi, quoiqu’il y ait bien de la différence, en ce que l’ Animée eft féche
ôc extrêmement blanche , & la comme Elcmy eft grafle &c d’un blanc verdâtre.
Celle qui reflèmble à l’Arcançon , eft appellée par quelques-uns Myrrhe animée.
Les Afriquains fe fervent de cette comme au lieu d’Enccns.
CHAP.
des Drogues. Livre V ÎI. ' 175
CHAPITRE XLIII.
De la Gomme Lacque en Bâton,
La Gomme Lacque naturelle ou en Bacon , eft une Gomme rougeâtre* ^
dure, claire & tranfparente , qu on nous apporte attachée à de petits bâtons
GU rofeaux , de la grolTeur & longueur du doigt , du Royaume du Pegu , où elle
(c trouve en quantité.
Cette Gomme , au rapport du Sieur RouïTeau , qui a efté long- temps dans
les Indes , principalement en Perfe & au Pegu, où il a appris â travailler la Gom¬
me Lacque , dit qu’il y a en ces quartiers-là quantité d’inlèdes, lemblables à nos
Mouches ordinaires , quiramaffent larolee qui fe trouve (ùr plufieurs Arbres,
de la même maniéré que nous voyons ici les Abeilles • & loriqu’elles font pleines
de cette Rofée , elles (e déchargent fur tout ce qu elles rencontrent. Ce qui fait
que les Habitans des lieux ont quantité de petites branches d’arbres , bâtons ou
rofeaux qu’ils enfoncent tant foie peu dans la terre, de la même maniéré que nous
ramons ici nos Pois -, & aulïi-toll: ces Infeéles ne manquent pas d’y monter , &;
de s’y décharger i Sc après quelles s’y font déchargées, &même s’y font enle-
velies , alors les mêmes perfbnnes ont foin dé faire paffer de l’eau pard-effus , par
le moyen de quelques éclulès : & quand le Soleil a donné fur cette Gomme, elle
devient dure ôc féche comme nous la voïons ; ce qui n eft pas éloigné de la rai-
fon , puis que toute la Lacque que Ion nous apporte, eft attachée iiir differentes
cfpeccs de bois, & même fur de petits rofeaux. lit de plus , c’eft qu’il eft facile
de voir que cette Gomme n’eft point forcie de ces petits brains de bois où elle fc
trouve attachée, en ce que Ton ne peut pas remareper aucun veftige d’où elle
pourroit eftre découlée. Ce qui Tait la beauté & bonté de cette Gomme , c’eft
félon la quantité de Mouches qui s’y rencontrent. Car ledit heur Rouffeau ma
affuré que le cul de ces Mouches mis dans de l’Efprit de Vin , le rendoit de la
plus belle couleur ronge que Ton fe peut imaginer ^ & que c’étoit le cul de ces
Mouches -que l’on pouvoit appeller avec jufte raiion Cochenille Animal ^ & non
pas la Cochenille ^eftec , donc j’ai parlé cy-devant.
Lors que cette Gomme eft dans fâ perfedion , ils retirent ces petits bâtons
charcrez de Lacque, qu’ils confervent pour en tirer la teinture, & pour en trafi¬
quer avec plufieurs Nations , principalement avec les Hollandois & les Anglois,
de qui nous la tirons , qui eft ce que nous appelions Lacque en Bâtons , ou ad¬
hérante a fes rofeaux.
On choifira cette Gomme claire & tranfparente , bien fondante, la moins
chargée de bâtons, de Gomme noire , & autres ordures , à quoi elle eft fort fù-
jette-, & qu’étant mâchée , elle teigne la falive en rouge ^ & bouillie dans 1 eau
avec quelque acide , elle fàflè un beau rouge. C’eft de cette teinture que les
Indiens font ce Rouge qui fc voit für les Toiles peintes des Indes, qui ne de-
teint point à l’eau, & de quoi les Levantins roügiftènt le Maroquin du Levant;
& les Indiens pour faire la Cire furnommée des Indes , comme il fe vérra ci-
aprés. Les Hollandois & les Anglois en font l’Hcarlate.
Lors que les Hollandois & les Anglois veulent tirer ce qu’il y a de bon dans
la Gomme Lacque en bâton , ils la paftent entre deux meules de pierre fort légè¬
rement ; & de ce qui peut paffer par des toiles , ils s'en fervent pour la teinture.
IJ, Partie, Mm
Le fieur Rouffeaa
étoit un Maichand
de Paris , qui fut
ruiné par le feu de
la grande lalle du
Palais; & revoyant
réduit, lui , l'a fem¬
me , & cinq enfans
à la mendicité , s’a
vifa de faire de là
Cite à cacheter , de
la manière qu’i; l’a-
voit vûë picpaier
aux Indes Oe for¬
te que Madaiiie de
l-ongueville , qui
ctoit une Dame fort
thaiitable , voulut
b:cn faire voit de
cette Cire au Roy
Louis XIII. qui
ayant clU reçue de
toute la Cour , en
îtun fi grand débit,
]u’en moins d’un an
1 gagna plus decin-
]uaiuc mille livics.
ire ^nL^d/coe
l'E'fagne , pour la
iiltérencier de la
jomme Lacque
bnduës, & ta. .t foie
icu colorée avec du
Vermillon, que l'on
iroyoït aupaiavant ,
■lUi portoit le nom
Cochenille animal.
Lacque en bâtons ,
ou adhérante à fés
rofeaux.
274 Hiftoire generale
Ce qui reftc , c’eft ce qu’il y a de plus méchant , & ce qu’ils nous envoient , avec
celle dont , parle moyen de quelques acides /ils en ont tiré la teinture fans la
changei* de figure , & cnfuke la font féther , & la mettent dans des balles pour
Lacque en graine, nous I cnvoyer. C’crt Ce que nous appelions Lxcque en graine , qui doit eftre bien
fondante , & la plus approchante des qualitez de la Gomme en bâtons qu’il fera
polTible.
Quand ces Nations cv-delïïis veulent faire de la Gomme Lacque plattc , ils
prennent de la Lacque telle quelle fort de delTas ces Rofeaux , ôc enlùite la fon-
Lac que plâtre ^ fonduë, la jettent fiir un Marbre, & la rendent platte &
mince de la maniéré que nous la voïons. Et ü nous en voyons de deux fortes ,
cela ne provient que fuivant que la Gomme en bâtons a efté plus ou moins belle.
Il y en a une troifiéme qui cft noirâtre j mais cela ne provient que de ce que l’on
en a tiré la teinture.
Les Anglois apportèrent en France, il y a quelques années , une fort grande
quantité de trçs-belle Gomme Lacque, faite en maniéré d’oreilles, ce qui luy
taequetn Oreilles. nC donnct le nom de Comme en Oreilles ; mais du depuis on n’en a plus vû. A l’é¬
gard du choix des Gommes Lacques ,le principal elt d’eftre bien fondantes ; car
toute Gomme Lacque qui ne fond point, n’eft bonne qu’à jetter, fiir tout celle
qui elâ deftinée pour la Cire d’Efpagne , qui eft fon principal ufage Pour ce qui
ert de la Platte , elle doit dire luifante, claire & tranfparente , la moins gromme-
leulè , la plus haute en couleur , Ôtlaplus mince qu’il fe pourra. Celle d’après doit
approcher des qualitez de la première. A l’égard de la troifiéme, qui n’ell: propre
que pour la Cire d’Elpagne , la teinture en ayant été tirée , doit eftre la moins
brûlée , & bien fondante. Pour la Gomme en graine, c’eft prefque un abus d’en
chercher de findantCj c’eft un hazard lors qu’il s’en rencontre. C’eft pourquoy
les Failèurs de Cire à cacheter la broyent dans des moulins , ne la pouvant faire
fondre.
De la Cire des Indes.
)ntre les Cires
très à cacheter ,
en fait d’autres
leurs : comme
Moire, avec du
r de fumée : de
ne avec de l'Or
broyé , & ainfi
autres couleurs
pour leur donner
me odeur, il y en
ni y mettent tant
peu de Civette.
La Cire des Indes eft de la Gomme Lacque , fondue & colorée avec du Ver¬
millon pâle , & enftiite mife en magdeleons ronds ou plats, de la maniéré que
nous les voyons. On doit choifîr cette Cire bien fondante, unie , la moins rem¬
plie de taches brunes & de paille de Ris , & la plus haute en couleur que faire fe
pourra Cette Cire n a autre ufage que pour cacheter des Lettres ^ & c’eft elle qui
doit porter le nom de 'véritable (^ïre à cacheter , & non pas la plupart de celle qui
ceux qui en font métier & marchandife, débitent à Paris , n’étant que de la La¬
que en graine , moulue & incorporée dans de la Réfinc fonduë -, & par le moyen
du blanc de Seve & du Vermillon, ils la vendent telle que nous la voyons. Et
comme cette Cire eft d une vilaine couleur , en ce qu’ils n’y mettent pas affez de
Vermillon, ils ont de la Gomme Laque bien rougic, dans laquelle i’s fourrent
leurs bâtons de Cire de la méchante qualité, enfuite les prefentent au feu , & les
roulent de cetre maniéré, la rendant belle par deftiis , c’eft-à-dirc rouge & bien
luifante. Mais la fourberie fera facile à connoitre j car en la caftant l’on verra bien
que le dedans ne répond pas au dehors. Et de plus, c’eft que l’on doit plutôt ar¬
racher le papier que d’enlever la Cire. Je n’aurois jamais fait , fi je voulois traiter
a fond de la Cire à cacheter , fauflement appellce Cire d' B/pagne ^ puis que les
Efpagnols n’en ont jamais fait, & même ne fçavcnt ce que c’eft -, ne fe fervant
que de petits Pains à chanter, aufti-bien que nous,
des Drogues. Livre V 1 1.
CHAPITRE X L I V.
Du Baume de Judée.
Le Baume de Jude'e , que nous appelions ordinairement Opohalfamum ;
ou Bitume £ Egypte , ou àu Grand, Caire , eft une Réfine liquide & blanche,
qui découle , pendant TEfté , du tronc d un arbrificau , qui a Tes feuilles aïlèz
femblablcs à celles de la Rue , & Tes fleurs blanches faites en forme d’Etoilcs, du
milieu defquelles fortent de petites bayes pointues par le bout , dans lefquelles
il y a une petite Amande.
Ce petit fruit que nous appelions Carpohalfamum , eft: attaché aux branches par
le moyen d’une petite queue ^ il eft verd dans Ibn commencement , & brunit à
mefure qu’il meurit.
Jerico étoit autrefois le feul endroit du monde où croiftbit le vrai Baume j mais
depuis que le Turc s eft rendu Maiftre de la Terre-Sainte , il en a fait tranlplan-
ter les arbrifleaux dans fon Jardin.de la Matarée au grand Caire, où ils font gardez
par plufieurs Janiflàires , pendant que le Baume en coule.
Un de mes amis qui a efte au Caire , m a aiîuré que l’on ne pouvoir voir ces
Arbrifleaux , que par dcfllis les murs d’un Clos où ils font , & donc l’encrée eft dé¬
fendue aux Chrétiens. A l’égard du Baume , il eft prefque impoflible d’en pou¬
voir avoir fur les lieux , fi ce n’eft par le moyen des Ambaflàdeurs à la Porte , à
qui le Grand Seigneur en fait prefent, ou par le moyen des Janiflaires qui gar¬
dent ce précieux Baume. Ainfi cela peut faire connoiftre que celui que plufieurs
Charlatans vendent , n’eft que du Baume blanc du Pérou , qu’ils ont préparé
avec de l’Efpric de Vin bien reélifîé, ou avec quelques Huiles diftilées.
Mais comme il s’en rencontre quelquefois aux Inventaires des grands Sei¬
gneurs , ainfi qu’il arriva en 1687. à celui de Madame de Villefàvin^ ou il s’en trou¬
va environ 14. onces en deux bouteilles de plomb, comme il vient du Caire , &
qui fut vendu à une perfonne c]ui me le fît voir-, nous le trouvâmes fort dur,
11. Partie. Mmij
.27^ Hilloire generale
d un jaun,j2 doré , & de l’odeur de Citron. Mais depuis , un de mes Amis m’en
a donné une once, qu’il a apportée lui même du grand Caire, où il l’avoit eu
d’un Bacha d’Andrinoplc , lequel cftd’i.ne confiftance alTez lolide , approchante
de celle de la Térébenthine de Chio & de l’odeur cy-delTus, qui cil; la véritable
marque de l'a bonté.
CHAPITRE XLV.
Du Carpo-Balfamum.
Le Carpo-Balfamum eft , comme j’ai déjà dit, les petites bayes de l’arbrillèau
du Baume , lefquellcs pour eftre de la qualité requf e, doivent eftre nouvel¬
les , d’un gcût aromatique , & d’une odeur allez agréable , principalement
quand elles font nouvelles. Elles font quelque peu ufitées en Medecine , mais
leur pri icipal ufage cil pour la Theiiaque . ou elles n’ent befoin d’autre prépara¬
tion que d’cllre du choix ci-delïùs , & mondé de leurs petites queues , des coques
vuides & vermoulues qui fe rencontrent dedans.
CHAPITRE XLVI.
Du Xilo-Balfamum.
Le Xilo-Udfdmum , ou bois de Baume , ell: le tronc & les branches dénuées
dé Feuilles & de graine de l’arbrillèau du Baume , qui nous font apportées
en petits fagots du Caire à Marfèille. La caule de cela vient de ce que l’on taille
tous les ans ces petits ArbrilTeaux, comme nous faifons ici les Vignes j & les Turcs
aiment mieux en tirer quelque chofe, que de les brûler.
On choifira le Xïlo-^dlfimum en petites verges remplies de nœuds, d’une écor¬
ce rougeâtre au delTus, & d’un bois blanc au dedans, le plus réfineux & aroma¬
tique qu’il fera polTible.
Son principal ufage eft pour les Trochi^ques d’Hedyoroüm , où il n’a befoin
d’autre préparation , que d’eftre comme ci-delTus.
CHAPITRE XLVII.
Du Baume de la Mèque.
LEs Turcs qui vont en pèlerinage tous les ans àla Méque, apportent d’un
certain Baume fec & blanc , femblable en figure à de la Couperofe blan¬
che calcinée, principalement quand ileftfuranné.
La perfonne qui m’en fit prefent d’environ demi-once, m’a aflîiré l’avoir
acheté elle-même àla Méque liquide, & que c’eft l’odeur de la marine qui le
rend tel que je l’ai marqué ci-deffus.
Cette même Perfonne m’^ certifié qu’il étoit aufli bon à faire des fards que le
Baume de Judée.
Je
Cc/jcui .
I. ufu^amhar- ^aeune
NOUS vendons à Paris de trois fortes de Baumes fous le nom de Baume du
Pérou /çavoir le blanc, que l’on appelle Baume d'incifion j celui en coque,
qui elt appelle 3aume /ec-, & le Baume noir , qui d\ appelle Baume de Lotion. Le
premier elt une liqueur blanche tout à- fait iemblable au Bi)on,dont je parlerai
au Chapitre de la Terebenthme j qui dillile du tronc & des groffes branches
de certains arbrilfeaux , qui ont leurs feuilles de la Figure ci-defl'us, qui croiflent
en quantité dans la nouvelle tfpagne , & au Pérou. Le fécond eft le Baume en
coque , ou Baume dur , qui diftile des branches coupées , au bout defquelles on
attache des cohines ou maracas , pour en recevoir une elpece de lait qui en tom¬
be , de la mênie maniéré que la Vigne nous rend une eau claire. Lors que ces
cohines font pleines , on en remet d’autres , en continuant toujours jufqu’à ce
que ces Arbres ne diftilent plus. Alors on expofe ces cohines dans des lieux
chauds pendant quelques jours, afin que ce Lait ie congclle & chang^de couleur.
Letroifiéme eft un Baume noir, qui le fait en failant bouillir 1 écorce, les ra¬
meaux, & les feuilles de ces petits Arbres dans de l'eau ^ & après avoir bouilli
pendantun efpace de temps , on retire le tout de dclf is le feu, & on ramaftè la
graiftè qui nage delTus, qui eft d’un brun noirâtre, & qui eft ce que nous appel-
Ions Baume noir du Pérou.
Le premier qui eft celuy qui diftile des branches , eft le Baume dur ^ qui étant
parfait , doit eftrc rougeâtre , le plus odorant , & le plus fec qu il 1^ pourra.
Son ufage eft pour pluficurs Particuliers , qui s’en fervent tant pour la Médecine,
que pour faire un Lait virginal , beaucoup plus odorant que celui qui eft fait de
Benjoin & de Storax. Quelques perfonnes m’ont voulu afturer que le Baume en
Coque eftoit une compofition de Benjoin, de Storax, de Baume du Pérou -,
278 Hiftoirc generale
ce que je n ai pas trouve' eftre véritable par plufieurs effais que j en aâ fait. Mais
quoi qu il en foit , je dirai qu’avec ce Baume fec &z autres Drogues , on en com-
pofe le Baume de Monfieur le Commandeur de Perne , que j’ai bien voulu don¬
ner au Public , à caulè de fes grandes proprietez.
Apre's que les branches ne diftilent plus rien , on incife le tronc , 6c enluitc il
en coule une humeur blanche & claire comme du Lait , qui ell ce que nous ap¬
pelions Baume blanc ^o\x Baume d'inci[ion, lequel j pour eftre parfait, doit eftre
bien blanc , le plus approchant du Baume de Judée que faire fe pourra. Ce Bau¬
me n’a autre ufage que je fçache, que pour les Playes , ou pour vendre à la place
du véritable Opo-Baljamum., mais la différence cft grande, en ce que le vérita¬
ble OpQ Balfamum a une odeur de Citron, ce qui ne fe rencontre pas au vérita¬
ble Baume blanc du Pérou. On prendra garde aufti qu’il ne foit point gras , &
que ce ne foit du Bijon, dont la connoiffànce eft aflez difficile. C’eft pourquoi
le plus court eft de l’acheter d’honneftes Marchands. L’ulàge que l’on fait de
ce Baume n’eft pas grand j mais en recompenfe on fe fert beaucoup du Baume
noir , ou Baume de Lotion , tant à caufe de fon agréable odeur , que parce qu’il
eft admirable pour les Playes j c’eft pourquoi divers Particuliers s’en fervent pour
les nouvelles bleffures: comme aufti les Parfumeurs, à caulé que c’eft un très-
bon parfum. Pour qu’il foie de la qualité requilè, il doit eftre épais, noirâtre,
d’une lùave odeur-, ôc prendre garde qu’il ne foit mélangé d’huile d’ Amandes
douces , comme il n’arrive que trop fouvent. Mais la fourberie fera facile à con-
noître, en en mettant tant foit peu fur du papier ^ s’il cft rougeâtre, 6c qu’il coule
frcilemcnt , c’eft une marque qu’il eft augmenté. Au contraire , s’il eft pur , il
fera noirâtre & aftez épais. Plulieurs perfonnes m’ont aftùré que ce Baume étoit
une compofttion que les Portugais faifoient avec des Huiles & des Drogues aro¬
matiques , & que c’eft eux qui le vendent aux Hollandois , de qui nous l’ache¬
tons le plus fouvent , & qu’il étoit fait avec les Drogues luivantes.
CHAPITRE XLIX.
Maniéré de faire le Baume artificiel du Pérou.
PRENEZ
Therebentine fine.
Galipot, de chacun
I. livre.
Huile de Ben ,
Oliban , Labdanum ,
Gomme Elemy , de chacun
é. onces.
Fleur de Lavande ,
Mufeade, de chacun
4 onces.
Spic Nard,
Bois d’Aloës , de chacun
1. onces.
Myrrhe , Alocs ,
Sang-Dragon , de chacun 1. onc & d.
Petite Valerienne ,
Iris , Souchet long , Acorus verus
Azarum , macis , Ben j oin ,
Storax , de chacun . .1. once.
Zedoare , petit Galanga ,
Gerofle , Canelle , Caftor , Maftic , de
chacun • . 6. gros.
Il faut pulverifer groftierement toutes les Drogues ci-defliis, enfuite faire li¬
quéfier fur le feu la Thcrebentinc, le Galipot, la Gomme Elemy, & l’Huile de
Ben- &; lors qu’elles font fondues, y incorporer la poudre: & quand cette pâte
eft faite, il la faut mettre dans une Cornue de verre, dont un tiers demeurera
des Drogues. Livre VII. 2.79
Vuidc; 6c apres avoir efté bienlutce & féchée, on la mettra fur le fable: & lors
que la matière commencera à s cchaulFer, il en fortira une eau claire , enlîiite
une Huile de couleur d’or ; finalement un Baume noir tirant fur le rouge , que &Bâume
quelques-uns veulent que ce (bit ce que nous vendons , fous le nom de Baume ’
ê^irdiè Pérou.
L’eau eft convenable prife intérieurement , pour ceux qui tombent du Haut-
mal, pour les Convulfions , Débilitez d’eftomach , & pour guérir les vents.
L’Huile eft bonne pour laParalyfic, les Nerfs blcffez & maux de Jointures, s’en
frottant chaudement.
A l’égard du Baume , il approche des qUalitcz de celui du Pérou.
CHAPITRE L.
Baume de Monfîeur le Commandeur de Berne ^ qui ma
ejle donne par Monfîeur de Bimodan ^ Lieutenant
de Roy de Toul en Lorraine.
PRENEZ
Baume fcc, ? i. once. l’Oliban en larmes ,
Storax en larmes , i z. onc. Racines#!' Angélique de Boëme ,
Benjoin en larmes, ï . 5. onc. Fleur de Millepertuis, de chacun demi-
Aloës Cicotrin , . once.
Myrrhe tryée, , * 1 Elprit de vin * , . . z. liv.
Le tout battu y ^ mis dans une bouteille bien bouchée au Soleil pendant la Canieuki
Et au bout de ce tertips-là on paflè le tout au travers d’un linge , & on s’en
fert pour les Maladies ci-delTous déclarées.
Les vertus du Baume de M. le Commandeur de Berne ^
fuivant / Original qui men a ejlè donne par
Monfîeur de Bimodan.
•
PREMIEREMENT, il n’y a point de coup de fer ou de feu , pourvu que
la playe ne foit pas mortelle , qu’on ne guériffe dans huit jours , en y met¬
tant du Baume , foit avec une plume , cotton , ou injedion -, pourvu encore que
l’on penlc la playe avec Baume, & qu’il n’y ait point eu d’autres appareils. La
railbncft, quen ayant penfé la Playe d’abord , il ne s’y fera point de pus ; &
quand on penlè avec les remedes ordinaires , il s’y en fait toûjours. Il ne faut
ni tente, ni emplâtre quand on met le Baume , fur tout les premières fois ^ il fait
grande douleur, mais cela ne dure pas un Maria y Ôc puis on n’en fent
plus.
Pour la Colique , ce Baume eft admirable : prenez deux doigts de vin clairet,
& y mettez quatre ou cinq gouttes de Baume , qui troubleront le vin , puis le
remuer & l’avaller j fi tôt après on eft guéri.
200 Hiftüire generale
Pour la Goutte , il eft fouverain , en en mettant fur la partie afflige'e , avec, une
plume , ou du cotton.
Pour le mal des Dents ;il eft merveilleux, en apliquant fur la Dent qui fait mal,
du cotton qui aura trempé dans ce Baume.
On en guérit toutes fortes d Ulcères , & même les Cancers & les Chancres.
Il eft fur pour les morfures des beftes veni r eufes , même des Chiens enragez.
Il eft bon pour empêcher d’eftre marqué de la petite Verole, en frottant les
grains qui fortent au vifage à mefure qu’ils paroiflent: il les fait fécher fans qu il
y vienne du pus , ce qui Élit la marque.
Il eft excellent pour les Hémorroïdes , en les frottant lors qu’on fe met au lit.
Il eft merveilleux pour toutes fortes de Fluxions & Murtriftures,en s’en frottant.
il eft admirable pour la Pourpre, il en faut avaler cinq ou fix gouttes dans
quatre ou cinq cuillerées de bouillon.
Il eft bon pour le mal des yeux , en en mettant fur le mal avec une plume.
Il eft de plus très- excellent pour le mal d’eftomach , le prenant, fi on a la fiè¬
vre , avec du bouillon j & fî on n’en a pas , on le prend avec du vin. Il nettoie
l’eftomac , & donne de l’appetit;
Il ne faut jamais chauffer ce Baume, il le faut toujours mettre à froid-, & fr-tôt
qu’il eft appliqué , il devient fec.
Il eft fort propre pour provoquer les ordinaires aux femmes , comme aufti pour
arrêter leurs pertes de fang , en prenant cinq ou fix gouttes dans du bouillon ou
du vin.
Quand on tire de ce Baufîfc d une phiolc, il ^ut la boucher aufti- rôt, de peur
qu’il ne s’évapore.
Quand on a penfe une playe par les remedes ordinaires, fr voulant fèrvir de ce
Baume , il faut laver la playe avec du vin chaud , & puis appliquer le Baume -, on
guérira (ùrement , mais non pas fi promtement.
Ce Baume guérit toutes fiftules, fi vieilles qu elles foient, & en quelques en¬
droits quelles puiftent eftre.
Il eft bon contre les flux de ventre & les flux de fàng, en.cn prenant cinq ou fix
gouttes dans du vin paillet , ou dans trois ou quatre cuillerées de bouillon.
Il eft très bon pour l’encloueurc des Chevaux , en jettant une goûte ou deux
de ce Baume dans le trou d ou l’on aura tiré le clou : il guérit dans le moment.
CHAPITRE LI.
Baume de Copaü.
Le Baume de Copaü nous eft apporté en deux fortes de manières , fçavoir en
Huile claire, &: en épaiftè j & cette différence ne provient quefuivant le
temps qu’il eft découlé de l’Arbre. Car celui qui fort aufti toft que l’incifion a
cfté faite à cet Arbre, dont la Figure eft cy-deftus, eft une huile claire, blan¬
che, & d’nne odeur de Réfine, &enfuite il en diftile une autre d’une couleur tant
foit peu plus dorée & eft plus épaiftè • ce qui lui a fait donner le nom de Baume.
Ce Baume nous eft ordinairement apporté de Portugal dans des bouteilles de ^
terre, pointues par le bout , dans Icfquelles il fe trouve beaucoup d’humiditez ,
ce qui caufe de la perte, & cela rend ce Baume blanchâtre comme du petit-lait:
cc^
des Drogues. Livre VIT. 281
«e qui lui ôte fa vente. C ’eft à quoi on doit prendre garde , comme aulTi à quan¬
tité d’ordures qui fe rencontrent dedans.
Les Sauvages n’ont point de meilleur Remede pour toutes fortes de playes ,
que leur CoLocai^ c’eft ainfi qu’ils appellent ce Baume ^ & les Brafiliens [opAibn-^
les Portugais , GAmelo j & nous Copaü , CopAïf^ ou CAmpAif. En effet c’eft un des
plus admirables Remedes qiii ait paru jufqu’à ce jour pour la guérilbn des playes ,
fur tout quand il eft pur , & qu’il n’a pas elté mélangé , ou qu’il n’eft pas rempli
de fon humidité, c’eft-à-dire d’une eau rouffe, qui diftile de l’Arbre dans le temps
que le Baume en fort.
Les Sauvages ont connu les vertus de ce Baume par le moyen de certains
Cochons Marons qui font auxifles; car d’abord que ces animaux font bleffez ,
ils ont l’inftindt d’aller donner un coup de dent dans le tronc de ces Arbres &
du Baume qui en fort, ils en mettent fur leurs playes , & continuent jufqu’à leur
parfaite guérifon. C’eft ainfi que me le mande M. François Rouffeau de S. Do-
mingiie. A l’égard du bois de l’Arbre, ils s’en fervent à teindre en rouge, com¬
me nous faifons du bois de Brefil.
CHAPITRE LU.
Du Baume de Tolu.
Le Baume de Tolu eft une Réfine qui découle du tronc de plufieurs arbres,
par le moyen des incifions qu on leur fait.
Ces Arbres ont les feuilles approchantes de celles du Caroubier , & fe trou-;
vent en grande quantité dans une Province de la nouvelle Efpagne, qui eft en¬
tre Cartilage & le Nom de Dieu.
Les Habitans des lieux attachent au bas des arbres , de petits vaiffeaux
faits de Cire noire du pais. Lors que cette liqueur eft tombée ,'elle fe durcit , ôc
devient de la confiftance & couleur de la Colle de Flandre nouvellement faite.
Ce Baume eft tres-rare en France • mais ceux qui en auront befoin , le pour¬
ront faire venir d’Angleterre , où il fe trouve aftèz ordinairement.
On le choifira nouveau, d’une odeur fuave & pénétrante , approchant de celle
du Baume de Judée ; car en vieilliffant il devient de la confiftance du Baume
fèc.
On lui attribue les mêmes proprierez qu’aux autres Baumes j mais ce qu’il y ^
de particulier , c’eft qu étant pris intérieurement , il n’excite point à vomir.
CHAPITRE LUI.
Du Baume nouveau.
Le Baume nouveau eft fort fcmblable en figure & couleur à celui de Tolu *
mais d’une odeur bien moins agréable.
Ce Baume fe tire , de -la même maniéré que l’Huile de Laurier , de petits
fruits rouges , qui viennent par grappes fur une maniéré d’arbre , dont les feuil-
9 les font fort grandes & larges', vertes au deflùs, & verdâtres au deflbus, qui
^Artïi.
28z Hiftoire generale
croift dans les Indes Occidentales , principalement dans l’Ifle de Saint Domin-
gue.
Ce Baume eft Ci rare en France, qu’il ne s’en voit prefque point du tout.
C H A P I T R E L'i V.
Du Liquid-AmbàT,
Le Liquid* Ambar eft une Re'fîne liquide, claire & rougeâtre, qui découle du
tronc de fort gros & grands Arbres , dont les feuilles font femblablcs à
celles du Lierre, & qui croiflcnt en quantité dans la nouvelle Efpagne, où ils
oçoçoi. font appcllés Ofoço/.
Les Indiens incifent l’écorce de ces Arbres, qui eft groftè & fort épaiftè, 64
aufti-toft il en fort une Réfine j quand ils en ont une quantité raifonnable , ils
l’envoient en Efpagne, où elle eft: vendue par barils , comme on fait ici la Therc-
bentinc fine -, & autant qu’elle étoit commune autrefois en France , autant elle
y eft: rare aujourd hui.
Comme on en peut foire venir aifémeiit d’I fpàgne , on la choifira claire ,
d’une bonne odeur, tirant à celle de l’Ambre grisj ce qui l’a fait appeller Li-
quidambar , qui veut autant dire Ambre liquide^ d’un blanc doré , en ce qu’en
vieilliflànt elle s’épaiftît & rougir.
Ceft un Baume exquis pour la guéiifon des playes, principalement pour les
Fiftules âlaniis.
Nous vendons de deux fortes de Liquid-Ambar , l’un en Huile claire , qui
pour ce fûjet eft appelle Huile de Liquid-Amb^r -, & l’autre en Huile de la conlif-
tancc de la Térébenthine, c’eft pourquoi il eft appcllé Bnume de Liquid-Ambar.
Mais cette différence ne provient que fiiivant qu’il eft tombé de l’arbre j car ce
qui fort le premier, eft toujours le plus clair, & ainfi doit cftrc préféré à l’autre.
Baume , ou Et comîue cc Lîquid- Ambar eft rare , on fe fert à fa place d’une Huile de Mille-
Muupï- percuis , qui fe fait avec des fleurs de Millepertuis , que l’on met dans de l’Huile
wis- d’olives au Soleil pendant la Canicule. Ces fleurs donnent à cette Huile une
couleur rouge tres-belle -, quelques-uns y ajoutent fort-à-propos de laTereben-
thine fine, & même du Saffran. Plus cette Huile eft vieille faite, plus elle a de
vertu -, l’on pourroit appeller cette Huile un <veritable 'Baume , & qui ne revient
pas à grands frais , ces fleurs étant à fort bon marché. Mais ce qu’il y a à pren¬
dre garde , c’eft que fi l’on veut que cette Huile foit d’une belle couleur rouge ,
il ne faut employer que les petites fleurs jaunes , car le vert cmpêchcroit qu’elle
ne fut d’un beau Rouge.
Huile <ie encore une autre Huile de couleur bleue, avec des fleurs de Camo-
eamomiiic. mille , en y procédant de la même maniéré j mais il y a bien à dire quelle ait
autant de vertu que celle de ci-defTus.
La Tercbenthinc cft une liqueur claire & tranfparente, qui dccoulc par
le moyen des incifions que l’on fait aux troncs & aux branches de plufieurs
:s , comme il fe verra cy-aprés.
Nous vendons ordinairement de trois fortes de Terebenthines : fçavoir la
Terebenthine de Chio, la Terebenthine du bois de Pilatrc, & la Therebentinc
de Bourdeaux. Il s en trouve encore d’autres dans la plûpart des boutiques , ce
qui ne provient que par les faux noms que l’on leur donne , & par la fbphiftication
que l’on leur fait , ainfi que je le vais décrire.
La première & la plus cherc de toutes les Terebenthines, cft celle de Chio,
qui découle du tronc & des groftès branches d’un Arbre de moyenne grandeur,
appellé Terebinth , qui croift en abondance dans l’Iflc de Chio , en Cypre , en
Elpagne , & même en France. Ces Arbres pouffent des feuilles vertes , desüeurs
& des fruits de la Figure cy-deffus. A l’égard des fruits, il y en a de deux maniè¬
res -, l’un de la groffeur de nos Noifettes , & de la figure de nos Piftaches : & les
autres affez femblables aux grains de Genévre. Mais comme nous ne faifons au-
Bijon.
Tereben-
chine fine.
284 Hiftoire generale
clié que l’on en fera ^ car nous ne pouvons gue'res e'tablir la véritable Térében¬
thine de Chio , à moins de fix ou lept francs la.livre.
Cette Terebenthine eft fort peu ufitée en Médecine , à caufe de fa cherté j
caî: le peu de débit que l’on en fait , ne mérite pas la peine d’en parler -, & fi ce
n’étoit quelques Curieux ôc honneftes Apoticaires, qui compofent la Theriaque,
ou d’autres Particuliers qui en emploient, je crois que ce ne (èroit pas la peine
d’en faire venir. Ce qui provient en partie de ce qu’il y en a qui vendent de celle
de bois de Pilatre en fon lieu & place , à quoi on doit prendre garde.
La fécondé eft la Terebenthine de bois de Pilatre en Foreft, que nous ven¬
dons fauflement fous le nom de Terebenthine de Venife, Cette Terebenthine dé¬
coule premièrement fans incifion, des Melezes , Pins & Sapins , pendant la gran¬
de chaleur ^ & cette Terebenthine, ou plutôt baume naturel , eft appellée des
Lyonnois Bijon. Mais lepeu que nous en voyons ne mérité pas d’en parler, ce
qui ne provient que de noftre ignorance , de laquelle Meftieurs les Lyonnois
(cavent bien profiter, en nous la vendant pour véritable baume blanc du Pérou.
Il n’y a point de tromperie pour la qualité j car je foutiens que le vrai Bijon, ou
Terebenthine eft découlé fans aucune incifion, a tout autant de vertu que le
Baume blanc du Pérou. Ce qui eft bien contraire à ce que marque Monfieur de
Furetieres, qui dit que le Bijon eft une Drogue que les Apoticaires fiibftitucnt
à la place de la Terebenthine -, grolTe erreur. Ils font bien mieux appris que cela
par plufieurs railbns. La i. en ce qu’une livre de vrai Bijon vaut plus que fix livres
de Terebenthine. La fécondé, eft que je fuis feur qu’il y a très- peu d’Apoticaires,
& meme d’ Epiciers de Paris, qui fçaehent ce que c’eft. Et la troifiéme, c’eft que
je crois que fi l’on avoir befoin de dix livres de Bijon a Paris , on auroit bien
de la peine à les trouver , au lieu qu’il fe trouveroit cinquante milliers de Te¬
rebenthine.
Pour revenir à noftre prétendue Terebenthine de Vcnilè , je dirai que lorf-
que les Bizeards, qui font de pauvres gens qui demeurent dans les bois de Pilatre,
& même dans les Montagnes, voient que les Arbres ne jettent plus rien , ils les
incifent , d’ou il en fortune liqueur claire comme de l’eau, d’un blanc doré, ôc
qui en vieilliftant s’épaiflit, & devient d’une couleur de Citron. Lors qu’ils ontTait
la récolté de la Terebenthine, ce qui arrive deux fois l’année, fçavoirau Printems
& en Automne, ils l’apportent à Lyon dans des tonneaux, ou dans des peaux de
bouc, vendre aux Marchands Epiciers, de qui nous l’achetons. On doit donc eftre
delabufé de croire que ce que nous appelions & vendons fous le nom de Tereben¬
thine de Venifey en foit & en vienne. Ainfi on ne doit plus l’appeller Terebenthine de
yenife , mais doit porter le nom de Terebenthine fine du bois de Pilatre, ou^^ Lyon,
Quoi qu’il en foit, on doit choifir la plus claire & la plus blanche qu’il fe pour¬
ra, en prenant garde qu’elle ne foit contrefaite ou additionnée d’Fduile de Tere^
benthine ^ ce qui fe pourra connoître facilement à fa couleur, odeur & confiftan-
ce j & en trempant un peu de papier dedans & le brûlant , fi elle eft augmentée
de cette Fduile, elle fera une flamme noire & puante : au contraire, fi elle eft natu¬
relle , elle aura une odeur de Réfine, & ne brûlera pas fi vite. On la pourra encore
connoître en en mettant une goutte fur l’ongle j fi elle eft pure , elle reliera : au
contraire , fi elle eft mélangée , elle coulera.
Cette Terebenthine fert à beaucoup d’ufages , tant à caufe de les grandes pro-
prietcz, qu’à caufe que quantité d’Ouvriers s’en fervent, principalement ceux
qui font le Vernix.
La troifiéme Térébenthine eft la commune, à qui l’on* a donné le nomdç
des Drogues. Livre VII. 285-
Bayone^ onde Bourdeaux. Cette Terebenthine eft blanche & épaiffe comme du
Miel i & fe fait luivant un Mémoire que l’on m’a envoyé de Dax , qui eft l'en¬
droit d’oû vient prefque toute celle que nous vendons , tant par la voie de Bour¬
deaux , de Nantes ou de Roüen. Cette Terebenthine ne découle pas du tronc
des Pins & Sapins , comme la plupart le croient ; mais elle eft faite d’une réfine
blanche & dure , que nous appelions Galipoe ; & les Montagnards , Barras.
A l’égard des véritables Terebentliînes de Venift , de Cypre & de Pife, nous
n’en voyons point du tout, & celle que nous vendons fous le nom de Venife^
eft, comme j ai- déjà dit, la Terebenthine du bois de Pilatre, à
lieues de Lyon. Pour celle de Cypre , on lui fiibftituc celle de Chio. Pour la Pile,
on lui fubftituë celle de Comté, ou bien de la Terebenthine commune, dans
laquelle on fait entrer de l’Huile de Terebenthine, & tantfoit peu de Verd de
gris pour lui donner un œil verdâtre , quoi que mal à-propos , pour trois raifons.
La première, parce que la véritable Terebenthine de Pife eft d’un blanc jaunâ¬
tre. La fécondé , c’eft que cette Terebenthine contrefaite eft capable de gâter
les Drogues dans quoi elle entre , à cauie de i Huile de Terebenthine , qui ne
convient pas à toutes fortes d’Oiivrages. La troifiéme, parce qu’elle eft verdâ¬
tre , qui eft le contraire de celle de Pife , qui eft jaune.
Il n’y aguéres d’endroits où l’on fafte plus de cette fauftè Terebenthine qu’à
Rouen : ce qui donne fujet à tous les Colporteurs d’y aller acheter de cette mé¬
chante Drogue , pour enfuite l’aller vendre à la campagne aux Apoticaires & au¬
tres , qui n’y ont pas grande connoifiânee , pour fraie Terebenthine de Venifè.
Et lors qu’ils rencontrent quelques Apoticaires habiles , ou autres peribnnes
qui la rebutent , ils dilènt qu elle n eft pas vraie Veniic, mais qu elle vient de Piiè:
& ces fiéfez Trompeurs , fauf ceux qui font honneftes-gens , fiparhazard il (è
rencontre qu’il y en ait, nomment cette Terebenthine , & généralement toutes
les Drogues fimples ou compofées qu’ils fçavent qu’ils ont contrefaites , foit
pour les avoir achetées toutes mélangées , ou les avoir fophiftiquées eux-mêmes,
la Courre , & ceux qui les mélangent , Gouneur^.
Pour les compofitions de Pharmacie , ils les appellent BerxeT^ , afin que les
Apoticaires qui ont lieu de Vifite fur eux, n’entendent pas leur patois. Et de peur
que les Apoticaires des petites Villes ne les puiftènt furprendre , d’abord qu’ils
entrent dans les Villes , la première chofe qu’ils font, eft d’aller à leurs Hôtelle¬
ries porter leur prétendu Berner dans un grenier , & enfuite font vifiter leurs
Drogues fimples aux Apoticaires, qui le plus fouvent, comme dit le Proverbe,
font pajfer quin-zf pour douze. Car je puis aflurer que ces Colporteurs font gens
les plus adroits, & qui, fans contredit, font fi rufez, que c’eft une choie iurpre-
nantc qu’étant élevez dans des bois , ils en fçaehent plus que, fi j’ofe dire , tout
ce qu’il y a d’honneftes Marchands , mais c eft en malice , & ils n’ont appris
cette belle fciencc qu’à deux ou trois Marchands qu’il y a dans chaque grande
Ville, comme à Paris, Lyon, Roüen, & autres.
Pour obvier à ces abus , que les Malades & Ouvriers neibient point trompez,
& que les Apoticaires puiftent vifiter leurs compofitions , ils en doivent faire la
vifite en entrant dans les Villes, Bourgs, ou Villages , & ne point permettre qu ils
iè déchargent dans leurs Hôtelleries.
Enfin, je crois en avoir aftèz dit au fujet de ces Colporteurs , tarit pour empê¬
cher que le Public ne foit trompé, que pour leur procurer leur (alut. Et d’ailleurs
les Apoticaires , Chirurgiens , & autres doivent confiderer que ce font de pau¬
vres gens qui ont bien de la peine , & qui font de grands frais. Ce qui les oblige
Nn iij
286 Hiftoire generale
à tromper de la forte , c’eft le bon marche que Ion leur demande. On pourroit
encore remedier a ces abus , en les contraignant de porter des Certificats de
ceux de qui ils ont acheté leurs Marchandifes, & qu’ils ne la débitalTent que dans
des pots & pacquets de differens poids , & cachetées par celui qui les leur auroit
vendues. Par ce moyen on obligeroit ces prétendus Droguiftes à vendre de bel¬
les & bonnes Marchandifes : je crois que ce feroit la plus grande charité que l’on
pourroit faire j car il eft certain qu’il meurt autant de perlonnes par les méchan¬
tes Drogues que l’on leur donne , qu’il en meurt de maladie , ainfi que l’on a
pu remarquer par le cours de ce prclent Ouvrage.
A l’égard de la Térébenthine de Strafbourg , elle vient rarement jufques à
nous , mais elle fe débité en Hollande.
CHAPITRE LVl.
Du Barras.
Gaiipot, vendons de deux fortes de Barras , l’un fous le nom de CnUpot , ou
blanc: &c l’autre fous celui à' incens Marbré y ou du nom Provençal
MlTaré. Madré. Ces Galipots ne different qu en couleur t le premier qui eft le blanc, eft
une Réfine qui découle parles incifions que l’on fait aux Pins j d’où luy eft
Gomme , vcuu le uom de Gomme , ou de Réfine de Pin & lors qu’il découle par un beau
de temps , il eft net & blanc : & lors qu’il attrape , en découlant, quelque partie de
fon écorce , il le làlit , & le plus fouvent eft tout marbré ; & pour cette mar¬
brure , fiir tout quand ce Galipot eft beau , les Colporteurs le vendent pour
du Benjoin , quoi que bien different , en ce que le Benjoin a bonne odeur , Sc
le Galipot madré put extrêmement : ce qui lui a fait donner les noms à' Encens
commun, ou à' Encens de yilUge. Quoi qu il en foit, comme le Galipot eft une
Marchandife qui a plufieurs ufages , & que c’eft la baze de toutes les Marchan¬
difes qui fe trouveront cy- après décrites , je dirai que l’on doit choifir le Ga¬
lipot blanc , bien net , le plus fec que faire fe pourra, Outre les grands ufages que
l’on en fait , on s’en fert, affez mal-à-propos , pour mettre dans la Cire, ce quife
pratique depuis un certain temps.
Qtiant au Madré , il n a autre ufàgc , que je fçache , que pour vendre au lieu
de Benjoin, en ce qu’il y en a qui lui reffemble fi bien, que fi cen’étoit fbn odeur,
on auroit peine d’en faire la différence.
On fond le Galipot blanc ^ & lors qu’il eft fondu , on le met dans des banques
ou demi bariques, qui font des pièces de trois cens cinquante jufques àfept cens
GrofTc Te- livres : & enluite on nous les envoie fous le nom de Cmjje Terebemhine , ou de
re >cnt inc. conmune, laquelle doit eftre la plus cUire , & fa moins remplie d’eau
qu’il fe pourra.
Comme la Tcrebenthine eft une Réfinc qui eft plus ou mpins claire , il fç ren¬
contre des bariques de cette Marchandife , où il y a quelquefois des cinquante
livres de cette Tcrebenthine claire comme de l’eau , qui nage au deftùs, que la
plupart la vendent pour Tcrebenthine de Venife , ce qui fe pourra connoître à
fa couleur rouftè.
La Tcrebenthine commune eft fort en ufage par les Imprimeurs en Lettres,
pour lacompofition de leurs Encres ; par les Maréchaux, & pour faire le gros
Vernix , qui fe fait en faifant liquéfier la Tcrebenthine commune dans l’huile de
des Drogues. Livre V î I. 287
Térébenthine: mais cell unç compofirion qu’il faut faire dans des lieux eéar.
tez , à caufe du feu.
On diftilc la Terebenthine dans de grands Alambics , & il en fort une eau
enliiite une huile blanche j puis une huile rouge , qui eft un véritable Bau¬
me naturel , tant pour la guérifon des plaies , que pour gue'rir les engelures.
Mais comme cette Huile blanche & rouge n’efl: pas fort iifitee , c’eft pour ce fu-
jet que nous n’en faÜons aucun négoce. Mais en recompenfe nous faifons un
débit confiderable de l’huile que l’on tire par l’alambic du Galipot , âufli-toft
qu’il eft forti de l’arbre. Cette huile le fait en quantité dans la Foreft de Cugés ,
à quatre lieues de Marfèille, & dans les Landes de Bourdeaux : cette huile difti-
lé^ du Galipot , eft ce que nous appelions & vendons fous les noms d'fiuile EfTcncc,
Ætherée , defprtt^ ou àejjence de Terebenthine. Du refidu qui refte dans l’alambic,
on en fait du Bray fec, qui eft ce que nous appelions ArcAn^on , & de U Poix
noire , comme il fe verra cy-aprés.
L’Huile de Terebentine ^ pour eftre bien de vente , & propre à tous ufages , doit
eftre claire & blanche comme de l’eau , d’une odeur forte & pénétrante. C’eft
encore une méchante Marchandife à garder par le gros déchet quelle fait, &le
, rifque du feu , fans y pouvôir faire aucun profit, fur tout ceux qui la vendent en
gros; c’eft ce qui* fait que la plupart n’en veulent pas vendre. Cette Huile eft
aufli fort en ufage par divers Particuliers , comme Peintres, Maréchaux, & autres.
Elle eft aufti un véritable Baume naturel , fort propre pour toutes (brtes de nou¬
velles playes.
Quelques perlonnes m’oftt voulu aflùrcr que l’huile de Terebenthine qui vc-
noit de Marfèille dans des bouteilles de fer blanc, croit faite avec des herbes aro¬
matiques , comme Thin , Romarin , Lavande , & autres femblables, & que cette
Huile étoit appellée Huile d Herbes, Mais cela ne m’a pas efté confirmé par plu-
fleurs Lettres que j’ai reçues de Marfcille^ Au contraire , chacun m’a aüuré
qu’elle étoit faite avec le Galipot.
On fait fondre le Galipot avec tant foit peu d’huile de Terebenthine , PoixgraiTej
& de la Terebenthine commune, & enfuite c’eft ce que nous appelions Poix blanche, oU
grajfe , ou Poix blanche de Bourgogne , à caufe que l’on prétend que la meilleure BoJ'rgîgne.
& la première s’eft faite à faint Nicolas en Lorraine : Ce qui eft tout le contraire
d’aujourd’hui ; car la meilleure Poix grafîè vient de Hollande & de Straftiourg,
d’où nous la faifons venir. Il eft à remarquer que cette Marchandife ne nous
vient incognito j car fi Ion attrapoit ceux qui l’apportent, ils fèroient auffi-
toft punis , eftant une Marchandife de contrebande : & les Hollandois font
comme fi l’on ne s’en pouvoir pafTer en France. Il eft vrai quelle eft la plus par¬
faite : mais il s’en fait en divers endroits de France , qüi approche fi fort de celle
de Hollande , que l’on a aflèz de peine d’en pouvoir faire la differcnce.
Je crois que ce qui fait que la Poix graffe que nous faifons en France , a plus
d’odeur & moins de corps > & eft plus blanchâtre que celle de Strafboui^, c eft
que nous y mettons trop d huile & de groflès Terebenthines : je penfe mêire
que les Hollandois ne fe fervMtt que de Galipot. Cela peut provenir auffi des
differens climats. Mais quoi cp il en foit, je dirai que l’on doit choifir la Poix
graffe, vraye Hollande , la plus blonde, la moins remplie d’eau, & la moins
coulante que Elire fe pourra. Son ufage eft pour plufieurs ouvrages,' ou elle eft
rcquife. On s’en fert aufti quelque peu dans la Medecine, à caufe qu elle eft fort
attraélive. Mais c’eft un Emplâtre bien incommode : car aufti toft quelle a été
p. ix Refî¬
ne.
Arrançon ,
ou Bray ûc.
Poix noire.
Huile &
Baume de
Bougie noi*
Poix Na-
valle. Cou¬
dra 11 eom-
po(é , ou
ZopiÂa-
288 Hiftoire generale
quelque temps fur la chair, il l’y faut abfolument laiiTer, àmoins que de l’ôter
avec de l’huile chaude.
On fait encore avec le Galipot , le faifant cuire jufqu’à une certaine conhftan-
ce , ce que nous appelions Poix R éfine ; mais celle que nous vendons eft faite
du Galipot qui eft ramalfé aux pieds des arbres , en un mot de celui qui eft fale.
Et apres avoir efté fondu , il eft jette dans des bacquets, pour en former de gros
pains de cent à cinquante livres , tels que nous les voyons. La plus belle Refîne
vient de Bayonne & de Bourdeaux ^ & pour cftrc de la belle qualité , elle doit
eftre féche, blonde, la moins remplie d’eau &: de fable que faire le pourra.
Plufieurs Particuliers fe fervent de la Poix-Réfinc, comme les Ferblantiers &
les Chaudronniers , en ce qu’il eft impoflible de pouvoir étamer fans cette Pbix.
Elle a auftî quelque peu d’ulàge dans la Médecine , entrant dans plufieurs Oar
guens & Emplâtres. On fait de plus avec le Galipot , en le faifant cuire /ufqu’â
ce qu’il foit prefque brûlé, ce que nous appelions Arcmqon , ou BrAy fec. Mais
tout celui que nous vendons , vient de Bayonne & de Bourdeaux ; & ce n eft
autre chofe que ce qui eft refté dans les Alambics , après en avoir tiré 1 huile.
Cet Arcançon doit eftre fec , bien transparent, & le plus foncé en couleur que
faire fe pourra, ,
L’ Arcançon, que nous appelions mal à propos Colophane j eft aufli quelque
peu ufité dans la Medecine : mais fon plus grand ufage eft pour plufieurs Ou¬
vriers qui s’en fervent.
Cet Arcançon eftant encore chaud, on jette dedans une quantité raifonnablc
de Goudran ou Tare , afin de lui donner une couleur noire , & enfuite eft ce que
nous appelions Poix noire , dont nous en avons de deux fortes , qui ne different
neanmoins que fiiivant qu elle eft dure ou molle.
La meilleure & la plus parfaite Poix noire, eft celle qui nous vient, auffi bien
que le Tare, de la Norvège & de la Suede , mais principalement de StolKom *,
laquelle, pour eftre de la bonne qualité, doit eftre d’un beau noir luilant faifant le
Soleil , & en un mot la plus approchante du Bitume 'de )udée que faire fe pourra.
On fait quelquefois en France de la Poix noire , mais il y a bien à dire qu’elle ne
foit fi belle que celle de StolKom.
La Poix noire eft fort en ufage à caufe de fes grandes proprietez, tant pour
calfeutrer les Vaiffeaux, que parce quelle eft employée par diverfes profeffions ,
fur tout par les Orfèvres en cuir. Elle a aufli quelque peu d’ufage dans la Mede¬
cine, mais le peu que l’on s’en fert ne mérité pas la peine d’en parler.
On tire de la Poix noire , par le moyen d’une Cornue , une Huile rougeâtre ,
â qui par excellence , & à caufe de fes grandes proprietez , on lui a donné le nom
de Baume , ou de Poix. C’eftun tres-bon Baume ^ & l’on prétend que fes
qualitez approchent de celles du Baume naturel.
On fond la Poix noire , & enfuite on en imbibe des mèches i & étant roulée
& refroidie , eft ce que nous vendons fous le nom de Bougie notre , dont on fe
fervoit autrefois pour noircir les fouliers. Mais depuis que l’on a fait une com-
pofition de Cire noire , on ne fçait plus ce que c^.
Outre cette Poix noire , il y en a encore une aWe à qui les Anciens ont don¬
né le nom de Zopijfa , qui eft proprement ce que les Mariniers appellent Gou-
dran^ dont ils fe fervent pour goudronner leurs Vaiffeaux. Ce ZopifÊ eft une corn-
pofition de Poix noire , de Poix Réfine , de Suif, & de Tare fondus enfèmble ;
Il y en a qui prétendent que c’eft la vraye Poix Natalie que les Apoticaires doi¬
vent employer dans les compofitions , ou la Poix Navalle eft requilè : c’eft ce
que
des Drogues. Livre V I î! 289
que je ne fçai pas. Mais je fçai bien qu’ils ne fe donnent pas la peine d’em¬
ployer dans leurs compofitions celle qui a efté raclée des VaifTcaux ^ mais fe fer¬
vent de la Poix noire ordinaire.
. ’ CHAPITRE LVIÎ.
ï)u T tre J OU Qoudran.
Le Tarc^ ou Goudran ^ ou Br>ty liquide ^ eft une liqueur claire & graflêj
qui découle du tronc des vieux Pins. Lors que l’on les veut faire mourir,
les suédois & Norvegeois les incilent , & enlïiite coupent l’écorce tout autour
de l’arbre. L’écorce de ces Pins eftant coupée , au lieu de jetter du Galipot
Liane , ils en rendent du noir , qui ell le Tare -, & d’abord que toutle Tare , qui
eft comme la gr aille de l’arbre , eif tombé , ces arbres meurent, & ne fervent plus
qu’à brûler.
On doit eftre defabufé de croire , comme le marquent plufieurs Autheurs ;
quidifent que le Tare eft fait en brûlant les Pins j car il eft certain que tout le
Tare que nous vendons , fe fait de la maniéré cy dclfus , & non par le moyen des
Pins que l’on brûle.
Ce qui lé trouve de clair deftus le Tare , eft appcllé mal-à propos , huile de
Cade, ou huile de Poix, Le Tare eft fort en ulage par les Mariniers & les Ma-
réel taux , tant pour marquer , que pour la galle des Moutons & autres animaux.
Son choix eft d eftre naturel & bien net, & non fait avec des feffes d’huile & de
la Poix noire, & vei i able StolKom.
Nous vendons cette Huile claire fous le iionâ d Huile de CadefAuJJe^ pour la
différencier delà véritable Huile de Cade, qui eft faite de la manière que je l’ai
marqué au Chapitre du Genewe.
L'on fait avec la Réfine ou avec l’Arcançon , un Noir, qui eft ce que nous Noir dt
appelions Noir de Fumée, dont nous en avons de deux façons , fçavoir en pou-
dre & en maffe. Celui en poudre fe vend au boiffeau , ou dans des petits barils
longs , & l’autre fe vend au poids. Le Noir eft employé par divers Ouvriers qui
s’en fervent. C’eft une Marchandifè , aufti-bien que tour ce qui vient de la Poix,
qui eft extrêmemet fujette à prendre feu ^ & quand une fois il y eft , on a bien
de la peine à le déteindre Que cet avis ferve aux Epiciers , & qu’ils foient avertis
de ne fe pas fier à des Apprentifs , pour aller quérir de ces fortes de Marchandi-
fes dans une cave : & fi on eft loge au large , on doit mettre toutes ces fortes de
Drogues feparées des autres , & dans une cave bien voûtée ; afin que fî par mal¬
heur le feu venoit à s’y mettre^ il n’y eût pas d’autre Marchandifè perdue. Quand
il eft dedans , il ne faut pas fe fervir d’eau pour le déteindre, mais il faut étouffer
le feu avec des linges ou pailles moüillées.
La plupart du Noir que nous vendons fe fait a Paris , avec les menus de Poix
Réfine & Arcançon , qui après avoir efté fondus & purifiez d’une partie de leurs
ordures, on en emplit des marmites de fer , & après on y met le feu fbus des
cheminées , & dans des endroits ou il y a des toiles pour en recevoir la filmée j
& lorfque ce qui eftoit dans ces marmites eft confumé , on en remet d autre , en
continuant toûjours de la même façon , jufqucs à ce que l’on ait affez de Noir.
Enfuite on le met dans des tonneaux ou autres vaîfléaux pour le befoin.
/ /. Pâme,
Oo
1<)0
Hiftoire generale
CHAPITRE LVIII.
De la Colo'phone. ' .
La véritable Colophone eft de la Terebenthine fine, & cuite dans de l’eau,
jufqu’à ce quelle ait acquis une conbftance folide , & par ce moyen ren¬
due portative. On doit donc eftre defàbufé de croire ■ & on ne doit plus ap-,
peller noftre Arcançon brun , & duquel on fe fert à dilFercns ulages , Colopho^
nés puifque la véritable Colophone cilla Terebenthine du bois dePilatre cuite,
endurcie à force de boüillir. On connoît quand cette Terebenthine eft cuite, lorf-
qu’aulh-toft qu’elle eft retirée de l’eau, elle lè durcit & fecaftèj cette Drogue ainft
tîmfcmtc cuite, eft ce que les Apoticaires appellent Therebenthine cuite , & de laquelle
eftant encore chaude , ils en forment des Pillules , qu’ils roulent enfuite dans de
la poudre deReglifte, ou qu’ils couvrent de feuilles d’or, & enfuite c’tft ce qu’ils
rm nies de appellent de Terebenthine ^ dont ils fe fervent pour guérir les Maladies
Terebinthe yencrienncs. Et comme cette Colophone , foit enmaftè, ou en pillules-, eft fans
_ aucun mélange, les Marchands Epiciers en pourront vendre de même que les
Apoticaires.
Pour ce qui eft de l’étymologie du nom de Colophone , l’on prétend qu’il
dérive du nom d’une Ville appcllée Colophone dans l’Ionie , ou elle s’eft faite la
première fois.
CHAPITRE LIX.
Du Vernix.
vernixsic. vcndons de ftx fortes de Vernix, fçavoir le Vemix Siccatif ^ qui eft de
Mtif"'’' l’huile d’Afpic, de la Terebenthine fine, & du Sandarac fondu enfcmble. Le
vernix fécond eft le Vernix blanc, furnommé de Venife, qui eft de l’huilc dé Tcrcbenthi-
alTenifc'" ne, de la Terebenthine fine,& du Maftic fondu enfemblc. Le troifiéme eft le Vernix
Vernix â Efprit de Vin , qui eft du Sandarac , du Karabé blanc , de la Gomme Elemi & du
a hfpnt ac Le ^ eft le V ernix doré, qui eft de l’huile de Lin, du Sandarac , de l’Aloës ,
Vernix ao- jç Gomme Gutte, & de la Litarge d’or. Le cinquième, eft le Vernix a U bron~
wic^ou ^^jCude la chine , qui eft de la Gomme Lacquc,dc la Colophone, du Maftic
dciiciunc. en larmes, & dcl’Eiprit de Vin. Le fixiémeeftle Vermx Commun ^ qui n’eft que
Commun, de la Terebenthine commune, fondue dans de l’huile de Terebenthine , ainfi que
je le marque au Chapitre de la greffe Terebenthine.
Il y a un feptiéme Vernix que quelques Religieux font : mais comme nous n’en
faifons aucun commerce , c’eft pour ce fujet que je n’en dirai rien. *
A l’égard de la façon & de la doze , chacun le fait à fa fantaifîe. Mais ce qui
eft à remarquer, c’eft de prendre garde au feu, & d’y employer tout ce qu’il y
a de plus beau j car on ne peut faire le Vernix trop proprement.
Tin des Comnés.
291
HISTOIRE
GENERALE
DES DROGUES
LIVRE HUITIEME
Des Sucs.
P R E F A C E.
E mot de Suc , ftgnfie une fibfiance liquide , qui fait une partie de
U compofition des Plantes , qui fe communique à toutes les autres
parités , pour fer^vir ^ leur nourriture à leurs accroijfemens s gÿ
le Suc ejl aux Plantes ce que le Sang efl aux Animaux. Le Suc Je
prend encore pour une Liqueur épaijfe , que l'on tire des Végétaux ,
ou de leurs parties s gÿ par le moyen du Soleil ou du feu, font réduits en conftflance
d' EleÜuaires liquides , ou d' Extraits folides^, & en état de fe garder fort long¬
temps. fe ne prêtent point parler des Sucs liquides , mais feulement de ceux qui
ont ejîé traaiaille^, qui font partie de noftre Négoces fe commencerai par
la Scammonée y comme ejlant le Suc le plus cher , t^le plus ufté que nous
ayons , gÿ dans lequel on commet le plus d'abus.
O O ij
IL Partie.
292-
Hiftoire generale
CHAPITRE I,
Ve la Scammonèe.
La Scammonée cft le Tue épaiffi de la racine d’une Plante, rampante le long
des arbres ou des murailles, qui a les feuilles vertes & faites cncϝr,
apres lefquelles naiflènt des fleurs blanches en forme de clochettes, Cette figu¬
re de fleur efl: la caufe que quelques-üns ont écrit, que la Plante de la Scammo¬
née étoit la cinquième eipece de yolubilis. Quoi qu’il en (oit, la Scammonée que
nous vendons , eft le fuc épaiffi par le moyen du feu , tiré par expreffion de la
racine de cette Plante, qui croît en abondance en pluficurs endroits du Levant,
mais principalement autour d’Alep^& de Saint Jean d’Acre, d’oû la meilleure
Scammonee nous efl apportée j & qui, pour eftre parfaite , doit être véritable
Alep, legere , grife , tendre, friable , réfîneufe ^ & qu’en l’écrafàht entre les
doigts , la poudre en loit^rifc, accompagnée dun goût amer, & d’une odeur
fade & aflèz defagreable, & rejetter celle qui cft pefàntc , dure & noirâtre.
A l égard de ceux qui achèteront de groflès parties , ou des bourfes entières
de Scammonée d’Alep,ils prendront garde quelle foit dedans comme deflîis j car
je puis aftùrer avoir trouvé dans cette Scammonée, du chai bon de bois de plus
qu’elle étoit toute brûlée dans le caur , enfortc qu’il n’y avoir que l’épaiftcur
d’un pouce de tres-belle Scammonée tout à l’entour. Je ne puis m’empêcher
de croire que les Levantins nefaflènt des rouleaux de cette Scammonée brûlée,
dont le cœur eft rempli de charbon , de pierres , & autres corps étrangers qui
s’y rencontrent par hazard , ou par la malice de ceux qui la travaillent , & en-
fuite la couvrent d’une pâte de belle Scammonée, de la mefme maniéré que nos
Faifeurs de Cire â cacheter, couvrent la Cire furnomméc à' Ffpagne , de la mâ¬
chante qualité, ainfi que je l’ai fait voir au Chapitre de la Cire des Indes j &
des Drogues. Livre VÎIL 293
apres les avoir fait Técher au four ou au Soleil, les mettent dans des bourfesde
cuir , de la maniéré que nous la voyons.
Il eft facile de juger par cette Delcription, que la Scammonée n’eft pas faite
au Soleil , comme plüfieurs le croient , tant par celle que nous trouvons alTez
fouvent toute brûlée , que parce qu un de mes amis Maiftre Chirurgien de Mar-
feille, qui a demeuré long-temps à Aiep,ma confirmé tout ce que j’ai marque
ci'deflus • & m’a dit de plus , que tous les Païlàns qui faifoient de cette Marchan-
dilc, la portoient vendre dans Alep, comme nos Païfans nous apportent icy
leurs Denrées. On tire de la Scammonée d’Alep, par le moyen de l’Efprit de
Vin ( ainfi que l’enlèigne Mônfieur Lcmery ) une Réfine qui a plus de vertus que
la Scammonée. Mais comme cette Réfinc eft cliere, elle a fi peu de confomma-
tion , que cela ne vaut prefque pas la peine d’en parler ; ce qui eft bien contraire
de la Scarrimohée qui l’eft beaucoup : & on pourroit l’appeller avec jufte raifon
des Pilliers de là Medecine. Et comme c’eft un des grands Purgatifs que nous
ayons, la plupart de ce qu’il y a d’habiles Gens, pour lui ôter fa malignité , la
préparent en diverfes maniérés , & en font ce que nous appelions Diagredé -,
ou Scammonée Diagredé. Les uns la préparent à la vapeur du fouffre, les autres
en la pulverifant avec tant (bit peu de fouffre vif- d’autres la préparent en la fai¬
sant cuire dans un coing. Mais la meilleure de toutes les préparations, c’eft de la
difibudre dans de l’Efprit de Vin , & en faire ce que nous appelions Réfine , ainfi
que je l’ai dit cy-deftus.
Depuis quelques années on diftbud de la Scammonée en poudre dans du fiicre
& dans de l’eau de vie j & apres y avoir mis le feu , & avoir laiffé le tout enfèmble
îufqu’à ce que le feu s'eteigne , aufti toft que la flâme eft paflee , on coule cette
Liqueur au travers d’un linge fin j enfuite e'tant refroidie, on met le tout dans
Une bouteille , & l’on s’en fert comme d’un tres-bon Purgatif, depuis une cuille¬
rée jufqu’à deux, le matin à jeun : & c’eft ce que nous appelions S^rop de Scam¬
monée.
On fait de plus avec la Scammonée d’Alep , la Crème de Tartre 3 & le Diapho-
rctique , une Poudre grife , qui eft ce que l’on appelle Poudre de Trois 3 ou Pou¬
dre Cornaéine. Voyez Mônfieur Lemery , qui la décrit affez au long.
Chapitre ii.
De la Scammonée de Smyrne.
Outre la Scammonée du Levant, où d’Alep, nous vendons de plus , quoi¬
que trcs-mal à propos , une Scammonée noire , pefaUte , mollaffe, rem¬
plie de pierres , de coquilles, Ô: autres corps étrangers -, en un mot toute oppofée
en tout & pour tout à la Scammonée d’Alep : c’eft pourquoi elle doit eftre en¬
tièrement rejettee, aufti bien qu’une Scammonée grife , aftèz légère , tendie, &
friable, n’étant qu’une compofition de Poix Réfine , dans laquelle on a fait en¬
trer quelques poudres viplentes , afin de lui faire changer de couleur , & par ce
moyen la rendre plus de vente. 11 faut que ceux qui font cette pernicieufe Mar-
chandife , foient des gens fans honneur & fans confciencc , pour inventer de
telles friponneries , & cela pour deux raifons.
La première, pour la méchante qualité de ce mélange, ainfi que je le vais faire
Voir,
Oo iij
Réfint de
Scanimo-
néc.
DIagtedê,
Syrop de
Scamm»-
nce.
Pondre de
Cornachine
ou de T rois
294 Hifcoire generale
La fécondé, par la différence qu’il y a du prix de la Poix Refîne, qui vaut or¬
dinairement deux lois la livre, à cette prétendue Scammonce , qu’ils vendent
depuis quarante fols jufqu’à dix francs , félon le peu de connoiffance qu’en ont
ceux qui leur demandent delà Scammonéej & pour couvrir leur abominable
malice , ils lui ont donné les noms de Scammonée des Jndes , ou de U Compagnie :
Bel honneur qu’ils défèrent à Meffieurs de la Compagnie, qui font de tres-hon-
neltes Gens, aufquels il femble que ces Impolfeurs attribuent la faute que nous
ayons en France de fi méchantes Drogues,
Je me fens même obligé de relever ces abus , pour dire que la plupart des Mar-
chandifes qui font fophifliquées , l’ont été par ceux qui en font le débit : ainfi
que je le pourrois bien prouver , par l’exemple de ceux qui vendent de l’Arcan- ’
çon pour de la Gomme de Gayac ^ fuffit pour faire connoître que Meffieurs
de la Compagnie ne vendent leurs Marchandifes que fuivant qu’ils les ont ache¬
tées j car toute la Gomme de Gayac qui eft venue & vient par leur voie, ell: véri¬
table: mais quelques perfonnes qui en ont acheté, pour gagner davantage, la
contrefont avec de l’ Arcançon. Et quand par malheur ces Meffieurs auroient efté
trompez , c’eft à ceux qui achètent d’eux les Marchandifes, à y prendre garde,
& les leur laiffer ^ afin que lé voyant trompez, ils y priffent garde une autre fois.
Je croi en avoir affez dit pour faire remarquer les abus qu’il y a fur les Drogues,
& pour faire connoître de la manière que les pauvres Malades Ibuffrent , & que
les Médecins font fruffrez dans leurs attentes.
J’avoue que je n’anrois jamais crû que les hommes eufient eu tant de malice ,
fi je navois vu vendre nombre de cette méchante Scammonée , ôc fi je n’en
avois encore entre les mains , que je garde depuis long-tems, pour la faire voir
à ceux qui auroient peine à me croire. Et pour mieux faire connoître la maligni¬
té de cette méchante Drogue , je rapporterai icy le Certificat de Monficur de
la Tour ,.Medcem de la Faculté de Montpelier,aufixjet de cette Scammonée.
Il nieÜ Arrivé qu ayant préparé une demie once d'une drogue quon m'avoit
vendue pour de la. Scammonee , après que la. préparation en a efié faite , le
Syrop en était dune couleur verte , approchant d'un fuc d’ Herbes -, ce qui me ft
juger que la Drogue etoit mauvaije : l' expérience authorifa mon fentiment j car en
ayant donné à un petit [hien^ fon corps enfla , en fut très maUde cinq ou fix
jours y fans neanmoins être purgé.
De laTour, Médecin de Montpelier.
Le i6. Septembre
Voila un accident d’autant plusfùrprenant, que l’effet ordinaire de la Scam¬
monée ell de purger.
TcuirotTloir
1 'opium que les Turcs appellent Amphta,m \ eft une liqueur blanche com- Amphum^
^me du Lait , qui découle de la telle des Pavots noirs, par le moyen des in-
cifions que l’on leur fait. Cette liqueur étant écoulée, elle s epailTit , & change
fa couleur blanche en brune: voilà ce que ceft que le véritable Opium y dont
les Turcs font un fi grand ufage, & dont ils fe peuvent nourrir pendant un jour
ou deux , fans prendre aucune autre nourriture , ce qui leur eft d’un grand fe^
cours -, & lors qu’ils veulent fe battre , ils en prennent par excès , ce qui les met
hors du bon fens , &: enfuite vont au combat tefte bailTée , fans fe foncier du
danger.
Il y a encore une autre forte ^ Opium y qui découle de la tefte des Pavots noirs
fans'aucune incifion, & qui en tombant le congele & fe brunit par le moyen
des ardeurs du Soleil j & c’eft ce Suc épailfi qui peut porter , préférablement à
celui ci dclïus , le nom ^ Opium y qui dérive du mot Grec Opon , ou Opion , qui
fignifie Suc. Il y en a encore un troifiéme , qui eft tiré par l’incilîon que l’on fait
aux telles de Pavots blancs , & ce Suc qui s épailîit de la même maniéré que celui
des Pavots noirs , eft appellé des Turcs Mejlac. Mais comme ces trois fortes d O- det
piumne viennent pas julqu’à nous, c’eft pour çe liijet que je n’en dirai rien,afîn de
faire connoiftre que ce que nous appelions & vendons pour Opium, cil une mallè
noirâtre que les Turcs & Levantins nous envoient , qui eft un Suc tire, par ex-‘
preftion des telles & des feuilles des Pavots , & enlùite eft réduit en confiftancc
d’extrait par le moyen du feu , puis ils le mettent par pains de differentes grof-
feurs, & pour les rendre portatü^, les cnvelopent de feuilles de Pavot, delà manié¬
ré que nous le voyons. Voilà un Opium fait à peu de frais. Le plus fouvent même
les Turcs tirent le Suc d’une Plante que l’on appelle Claucium. Cette Plante eft
296 Hilloire generale
femblable au Pavet cornu, qLuls njcOent avec le flic des Pavots, & du toutenfem-
ble en font une maffe -, & il elt fi vrai que \ Opium que nous vendons , n’eft qu’un
Suc tiré par expreffion , que le bon marché qu’on le vend , fait aiTez connoître
que cè ne peut cftre qu’un mélange , & non un Suc découlé naturellement.
Et comme les Anciens n’ont point douté Opium que nous vendons, fût
autre chofe qu’un Suc épaifïi , tiré par expreflion, ils lui ont donné le nom de
Mecenium. Mecontum. Qjclque diligcnce quej’aye pu faire, il m’a efté impoffiblc de pou¬
voir trouver de X Opium blanc, ainfi que le marquent quelques Autheurs Mo¬
dernes : je ne puis croire qu’ils en aient vu , ni même qu’il y en ait jamais eu 5
puis qu’il eft probable que X Opium fort de la tefte des Pavots blancs comme du
* lait , & qu’il ne peuffe durcir fans changer de couleur ^ & qiuls n’ont dit qu’il y
avoit de X Opium blanc , que lur le rapport qui leur en a efté fiit par des per-
fonnes qui l’avoient oui dire, ou qui l’avoient fùppofe, ou eux mêmes quifè l’é-
toient imaginé , en nous voulant faire croire qu’il y avoit des Drogues qui n’ont
jamais été, & jamais ne feront : contre lefquellcs erreurs je me trouve obligé d’é¬
crire , pour faire connoître au Public la vérité de la choie , & que ces Autheurs
n’ont écrit que lur le rapport d’autrui. Il auroit mieux valu qu’ils n’euftent parlé
que ce qui étoit de kurs minifteres/ans s’airailcr à écrire lür des matières dont ils
n’ont aucune connoiflànce; au rneins s’ils en ont , leurs écrits ne le font pas con¬
noître.
Je fuis fâché que ma plume Toit fî médifante ^ mais en vérité c’eft que leurs Livres
font caufe de tant d’abus, qu’il auroit efté plus à propos qu’il n’euflènt jamais efté
mis au jour, j’entens au fujet des Drogues. A l’égard de X Opium noir, dur, jaunâtre
& mol , ils ont raifon, ce n’eft pas une nouvauté ^ car il n’y a point de Caiffe ou dé
Baril àX Opium où il ne s’en rencontre du noir , du jaunâtre , du dur, ou du mol 5
car chacun fçait que plus un Suc cpaifti, vieillit, plus il fe féche ,& plus il noircir*
5 il y en a de jaunâtre , c’eft faute d’eftre afTez cuit & afièz l'cc. Et quand ils di-
fent que le blanc vient du grand Caire , ôc. que les Turcs le gardent pour eux, je
m’en lîiis enquis à des perfonnes qui y ont demeure long temps , même j’ai des
Lettres qui marquent que tout 1 Opium qui fe voit au grand Caire, ôc duquel les
Turcs fe fervent , eft brun.
La penfée de Monficur de Furctiere doit être auflî rejettee, quand il dit que
Voptum fe fait en battant le Suc dans un vieux Mortier , & qu’étant épaifti on en
forme des Trochifques j ils font bien mignons ces Trochifquesypuis que ce font
ordinairement des pains de la groflèur du poing. Enfin je ne m’arrêterai pas da¬
vantage à vouloir décrire tous les contes à plaifîr que les Anciens & les Moder¬
nes ont faits touchant cette Drogue, non plus que de fès qualitez, pour fçavoir fi
elle eft chaude ou froide^ je dirai feulement que l’on doit choifir X Opium, ou
plutôt le Méconium que l’on nous envoie, le plus fec, le plus uni, le plus noirâtre ,
Sc d’une odeur la plus fomnifèr que faire le pourra , & qu’il ne foit point grom-
melcLix , ni adhérant , ni tout en une mafïè ; car plus il eft bien conditionné ,
plus il eft de vente.
Voptum a fort peu d’ufage dans ta Médecine , mais l’extrait que l’on en tire,
par le moyen de l’eau de pluye & de l’Efprit de vin , en a beaucoup. Cet Extrait
Extrait bien préparé, ainfi que l'enfeignent Meflieurs Charas & Lemcry, eft ce que
rf’apium, nous & les Apoticaires appellent Laudanum 11 y a un autre Laudanum Opia>tum ,
** une compofirion du Laudanum , d’Extj^ait de Saffran , du Magifter de
Perles de Corail, d’Huile de Girofle, de Karabé,de Mufe & de l’Ambre gris:
6 du tout cnfemble on en compofe un Eleétuaire mol. Mais comme cet Elec-
tuairç
des Drog-ues. Livre VIII. 197
tuaire eft un fait de Pharmacie, c’cft pour ce fujet que nous n’en faifons aucun
commerce.
a Opium J le Laudanum fimple , font deux Drogues dont on ne doit fe fervir
qu’avec de grandes précautions , étant des Remedes dangereux. C’eft pourquoi
on ne doit s en fervir que par l’avis d’habiles Médecins , fur tout le Laudanum ^
quand il a efté fidèlement fait , & par d’habiles gens , qui eft la meilleure con-
noiflànce que j’en puis donner. Il doit être neanmoins d’un beau noir luifant, &
cuit en bonne confiftancc.
Quelques-uns font un Extrait à Paris avec le fuc tiré par exprefiion , des telles
de Pavots noirs & blancs , qui croifiènt alTez en abondance à Aubervilliers , &
ils appellent cet Extrait Opium , ou Diacadum fimple , pour le différencier du
Diacodum compofé ^ dont quantité d’Autheurs font mention. Ce Diacodum^
ou Opium n’agit pas avec tant de force que V Opium que nous tirons de Mar-
fêille.
A l’égard du Syrop de Diacodum ou Pavot blanc , & de Pavot rou^e , ou
Coquelicoq , je n’en dirai rien , renvoyant le Leébeur aux Pharmacopées qui
en traittent.
De î Aloes.
T oif moins grande ^ fui vaut dé terroir
■ jqu’clle rencontre-, ce qui adonné occafion à quelques uns de dire, quil
y en avoir d’aufli hautes que nos plus gros & grands arbres ; lis ne le (ont pas
tout-à fait trompez, car il fe trouve en Efpagne^ fur tout dans les Montagnes
de Strna 3torena , des Plantes d’Aloés d’une exceflive hauteur, & dont les feuilles
font fi épaifics , dures & picquantes , qu’il y a des feuilles qui feroitnt capables
de feier un homme en deux. Du milieu des feuilles fort une tige de la Figure ci-
<leflùs , qui renferme une graine blanche , extrêmement legerc, ôc a demi ronde.
/ 1, Partie. P p
298 Hiftoire generale
Je ne m’arrêterai point à rapporter ici ce que quantité d’Autheurs ont dit
touchant la Plante de l’Alocs , qu elle ne fleurit que tous les cent ans , & que lors
que fês fleurs forrent elles, font un grand bruitj ce qui cil tout-à-fait faux : puifque
nous avons vu de nos jours fleurir plufieurs fois au Jardin du Roy à Paris, la
Plante de l’Aloés , & qu’en fleuriflant elle ne fait aucun bruit : du moins fi elle
en fait , ce bruit ell fi petit , que l’on auroit affez de peine à l’entendre : & il me
fera facile de prouver ce que j’avance, par la I hralè Latine, qui eft dans le Hortu^
Kegius Parifienfis , à la page 8. de l’Article des Aloés , en ces termes : Floruit in
Horto Regio , Amo 1663. CS? 1664. quod ignotum haSîems fuerAt Luutï& , idque nuüo
firepitu^müa fubitanea caufs erupttone , ut perper'am multi fabuUntur. Mais je
dirai feulement que beaucoup de perfonnes feront étonnées de ce que je dis que
l’Aloés produit un fruit par trochets, de la Figure ci devant reprefentée jice que
je n’aurois pas avancé , s’il ne m’en avoit été donné par Monfieur deTournefort,
Dentelle cucillie lui même fur la Plante en Efpagne. lia de plus entre Tes mains
H’Aiüé*. environ une demie - aulne de Dentelle , de la hauteur de quatre doigts , & d’une
% couleur rougeâtre, qui eft faite d’une loye que l’on tire des feuilles de cette Plan¬
te.
Cette Defeription d’ Aloés eft tout à- fait differente de celle qu’en a fait Mon-
fieur de Furctieres, en ce qü’il confond l Arbre du bois d’ Aloés avec la Plante que
produit l’Aloés , ainft que je l’ai déjà marqué au Chapitre du Bois d' Aloés, Mais
quoi qu’il en loir, je dirai que nous vendons de trois lorres d’ Aloés, fuivant qu’ils
(ont plus ou moins purs,&: liiivant les lieux où ils ont été fabriqucz,êc félon la Plan¬
te dont il a efté fait. Le plus parlait de tous les Aloés, eft celui que nous appelions
Aloés Ciccotrtn, OM Sucotrin^ioïi à caule que l’Aloés tftun fuc concret, que les La¬
tins appellent Succum Concretum j ou parce que le m.eilleur vient de l’ifle de Soc-
cotra. Les FFabitans de cette Ifle tirent le Suc de la racine de cette Plante j ôc
après l’avoir laiffé repofer , ils le verfent par inclination dans un Vaiffeau capa¬
ble de refifter au feu ; & après l’avoir réduit en conftftance d’Extrait , ils le met¬
tent dans des Vefties extrêmement minces , afin de les rendre portatifs , & en état
de fe conferver ft long-temps que l’on voudra.
On choifira PAloés Cicotrin, friable, Icger , clair & tranfparent, de la Couleur
d’un beau Vert d’ Antimoine, & qu’étant écrafé, la poudre en foit d’un beau jau¬
ne doré , qu’il foit d’un goût amer & prefque fans odeur , & le moins rempli de
veffies qu’il fera poffible.
L’Aloés Cicotrin eft afîèz en ufage en îyledecine , à caufe que c’eft un grand
Purgatif j & pour ce fujet il n’y a que lui feul qui doit eftre employé pour prendre
intérieurement, & même pour en faire les deux fortes d’Extraits , que nous Sc les
Aloés rofat ^pocicaircs appelions Aloés Ro/at Çÿ , qui fe font en diffolvant de très- bel
Aloés Cicotrin dans les Sucs de Rofè ou de Violette : & après avoir filtré la diflb-
ludon , on l’expofe au Soleil, ou fur un petit feu pour la réduire en conftftance
d Extrait : & enfuite on en fait de petites Pillules, à qui quelques-uns ont donné
Piiiuksde le furnom de Pillules de Franc fort, ou de Pillules Gourmandes, & .mêmc de Pil-
ou^Gout-'’ If^les Angeliq^^Fs Ce qui eft bien éloigné de la raifon,‘jEn ce que les véritables
inandes. piHules Angcliques font une compofttion de plufteurs ingrediens mêlez cefem-
ble , dont la baze eft l’Aloés,
des Drogues. Livre VIlL 2.99
chapitre V.
Du ÏAloès Hépatique,
DEpuis un certain nombre d’années on nous envoie des Ifles de T Améri¬
que , un Suc épaifli , que nos François tirent de la racine & des feuilles de
l’Aloés de l’Amérique , donc ci-devant eft la Figure , avec fa fleur & fon fruit.
Cet Aloés nous eft apportée dans des Gourdes ou Calebaflès de diflerens poidsj
c eft- à dire depuis deux livres jufqu a Cent , & même davantage, ce qui eft nean¬
moins aflèz extraordinaire ^ ce que je peux certifier par une Gourde de cet Aloés
que j ‘ai, qui pefe cent deux livres. Quoiqu’il en foit, on doit choifir cet Aloés d’une
couleur de Foye, d’où lui eft venu l'on frirnorn à' Hépatique y du mot Grec Hepar^
qui fïgnifie le Foye y le plus fec , & le moins puant que faire fè pourra. Car il le
rencontre de cet Aloés qui eft gras ^ & de deux fortes de couleurs -, l’un de couleur
tannée, & l’autre d’un noir luifant, & d’une fi puante odeur , qu’il eft prefque
impofliblc de la pouvoir fiipporter ^ ce que l’on m’a afluré provenir de ce qu’il
étoit fait des feuilles de cette Hante: cela peut avoir aflèz de vrai-femblancc,parce
que ces feuilles coupées ou rompues ont une odeur fi puante, qu’il eft prefque
impofllble de les pouvoir porter au nez : ce qui eft tout different de celui qui eft
fait de la racine, en ce qu’il n’a prclque point d’odeur j mais en recompenlc il eft
beaucoup plus amer.
Cet Aloés doit cftrc entièrement rejette pour l’ulàge de la Médecine, &ne
doit eftre employé que pour les Chevaux , étant beaucoup meilleur que l’Aloés
Cabalin, dont je parlerai ci-aprés.
A l’égard des deux differentes couleurs qui Te rencontrent dans cet Aloés, cela
ne préjudicie nullement à fa qualité, parce que cela ne provient que de ce que le
milieu n’cft pas fi fec que les bordages, pour n’avoir pas eu tant d’air, & pour avoir
efté enfermé dans les Calebaflès lors qu’il étoit encore chaud -, la chaleur s’étant
concentrée au dedans , lui a donné cette couleur noirâtre , & cela fait aufli qu’il
eft fi mol & fi adhérant.
Le troifiéme Aloés eft celui qui eft noir, fec , & prefque fans odeur, que trous
appelions Aloés Cabalin , à caulc qu’il eft ordinairement apporté dans des paniers
faits de Palmes ou de jonc , que les Latins appellent Cabalmo ,• & d’autres, parce
qu’il ne doit fervir que pour les Chevaux Ce qui eft une erreur bien grande,
puis qu’il n’eft propre ni pour les hommes , ni pour les chevaux , n’étant que
des ordures , ou , pour mieux dire, un réfidu brûlé , qui n’a ni force ni vertu , &:
qui devroit eftre téjetté. On devroit même faire défenfe aux Marchands d’eti
vendre, aufli-bien que quantité d’autres Marchandifes qui font préjudiciables^
fur tout celles qui font deftinées pour l’ufage de la Medecine.
Pp ij
Àii^cs Cà=
balm.
IL Partie,
Hiftoire generale
De [ Hipodjlis.
L'Hypociflis que
épaiffi , que l’o
lous-arbrifTeau nommé Cïftus
nous
appelions aflèz ordinairement Hipochi^e , eft un filC
d’une efpece de rejetton , qui fort de la racine d’un
en Languedoc, d’où
_ faifons venir l’Hipochifte que nous vendons.
Monfieur Charas , & apres lui de Meuve fort habile Copille , ont (î bien
décrit la Figure & couleur de ce Rejetton , au/Ti- bien que l’ArbrilTcau qui le por¬
te, que je n’ai pas jugé à propos d’en grolTir cet article, m’étant contenté d’en
reprefenter la Figure que j’ai fait graver d’après l’Original.
On doit choifîr l’Hypochifte cuit en bonne confîllance , c’eft-à-dire ferme ,
d’un noir luiiant , le moins brûlé , & le plus aftringent au goût qu’il fe pourra ,
& véritable Hypochifte. Je dis que l’on le doit choifir véritable Hypochifte, parce
que M" de Meuve dit que les Apoticaires qui veulent tromper le monde , ulènt
ordinairement du Suc de la racine de la Barbe de Bouc féchéc au Soleil : mais je
crois que c’eft une charité qu’il leur prête ^ car je fuis certain que c’eft à quoi ja¬
mais Apoticaire n’apcnfé, pour trois raifons. La première, en ce que l’Hypo¬
chifte eft un Extrait que nous établiftbns à fort bon marché, tant à caufe que ces
Rejettons font fort communs en Provence, que parce qu’ils rendent beaucoup
de Suc. La Iccondc raifon , eft que l’Extrait de la Racine de la Barbe de Bouc re-
viendroit à plus que le véritable Hypochifte. La troifiéme eft qu’il faut que tout
cela loit venu de ion crû , puis que M' Charas , dont il a fi bien copié le Li¬
vre , n’en fait aucune mention -, & qu’au contraire il eft d’un fentiment tout
oppofe, par la railon que j’ai ci-devant alléguée, comme étant la vérité du fait.
Ainfî on doit cftrc defabufe de croire que l’on contrefaftè l’Hypochifte; ôc on doit
des Drogues. Livre V I II. 30Î
cftt e certain que celui que les Apoticaires emploient, ell tel que nous le leur ven¬
dons. Il eft bien vrai que ceux qui font la Thériaque en public , le fondent pour
en retirer quelques parties terreftres qui peuvent s y rencontrer , parce que les
Provençaux &c Languedociens qui le font, ny prennent pas garde de fi pre's,
tant à caufe du bon marché que l’on leur demande, que par la grande quantité
qu’ils en font.
Outre l’emploi que l’Hypochifte a dans la Theriaque , quelques-uns s’en fer¬
vent à la place de YJeaeU vera^ tant parce qu’il eft à beaucoup meilleur marché,
qu’à caufe qu’ils prétendent qu’il a les mêmes qualitez. Il eft aufliundes ingre-
diens de l’Emplâtre noir du Prieur de Cabriere , donc Sa Majefté en a donné la
recepte au Pulîlic.
CHAPITRE VII.
De r Acacia Vera.
L'Àcma, Vertu, eft un Suc épaifli , fuivant quelques Autheurs , du fruit des ar¬
bres qui portent la Gomme Arabique , dont la Figure eft reprefentée au
Chapitre des Gommes, à la page 241. Mais comme je n’en fuis pas certain , je
me contenterai de dire que XAcacïo, que nous vendons, eft un Suc épaiftl &
réduit en confiftance folide , qui nous vient du Levant en boules rondes de dif¬
ferentes grofleurs , enveloppeés de Veflies fort minces, tant pour empêcher qu’il
ne coule , que pour en faciliter le tranfport.
On doit choifir XiAcacia Vera cuite en bonne confiftance, d’une couleur tan¬
née , c’eft- à-dire d’un brun tant foit peu rougeâtre j ce qui ne fe rapporte guère
à ce que quelques Autheurs nouveaux en ont écrit , qui difcnc tous d’un com¬
mun accord , comme l’ayant pris les uns des autres , qu il faut que \ Acacia, yera^
pour eftre d’une bonne qualité , foie d’un Rouge affez beau , quoi qu’un peu
haute çn couleur. J’ai bien vû & manié de ï Acacia njera , & je n’en ai jamais trou¬
vé qui ait eu cette haute Couleur. C’eft pourquoi je dirai que ceux qui en au¬
ront befoin , préféreront celle qui eft d’une couleur tannée , pour deux raifons.
La première , parce qu’étant de cette couleur , c’eft une marque quelle a été
bien cuite.
La féconde, c’eft que ce Suça été tiré des fruits lors qu’ils étoient meurs, ce
Suc doit être aufli uni , luifant , d’un goût aftringent , & tant foit peu defàgréa-
ble.
V Acacia niera a fi peud’ufage , que fi cen’étoit la Theriaque où elle entre ,
le débit que l’on en feroit, ne meriteroit pas la peine d’en parler. Ceux qui en ont
befoin pour cette grande compofition , 1 emploient quelquefois telle que nous
la vendons , après en avoir ôté la peau qui l’enveloppe ; & d’autres , avec des
moules en font diverfes Figures , ce qui ne fert qu’à embellir le fiijet, & non pas
pour lui donner aucune qualité.
Outre \ Acacia niera ^ dont je viens de parler , nous en vendons une autre , quoi
que fort rarement , qui eft appelléç Acacia Germanica^ qui eft un Suc tire de nos ''«cia
Prunelles fauvages , & enfuite cuit en confiftance d’Extrait folide , puis après ./'ccmia-
mis dans des Veflies , comme celui d’Egypte, auquel il reftemble en Figure, &
non en couleur -, parce, que \ Acacia niera vraie eft d’un Rouge tanné , comme
je l’ai déjaflit , & X Acacia Getm^nica eft noire comme de beau Suc de Regliflé.
Pp iij
302.
Hilloire generale
"XcliiotIjOU
Oilcancj
CHAPITRE VIII.
Bu Roucou,
Le Roucou, que les Indiens appellent AcVioû^ ou Ÿrucu ^ ti les Holkn-
dois Orlexne , & nous Rt^ucou , eft une Pécule que les Habitans des Ifles dü
Vent & de Saint Domingue tirent dune petite graine rouge qui fe trouve dans
une goulTe , dont la Figure eft cy-defTus reprefente'e , marquée que j ai fait
graver d’après l’original que j’ai entre mes mains.
L’arbrifleau qui porte le RoucoU, poufîè , fùivant lePere du Tartre, dés fa ra¬
cine, plufieurs branches qui croifTent en arbrilTcaux, & fe divifent en plufieurs
petites branches. Ses feuilles font fort femblables à celles du Lilac, & portent
deux fois l’année plufieurs bouquets de fleurs blanches mêlées de rouge, & fem¬
blables en leurs forrnes à celles de Y Ellébore noire. Ses fleurs foi^ remplies d’une
infinité de petites etamines jaunes à pointes rouges j à la chute de fes fleurs
croiflènt des boutons tannez , tout heriflez de petites pointes brunes délicates ,
& qui ne picquent point. Quand ils font meurs, il y a dans le milieu deux doubles
grains ou pépins , tout environnez d’un certain vermillon ou peinture rouge li¬
quide , que les Sauvages appellent T{oucou. C’eft de cette peinture qu’ils fe pei¬
gnent lors qu’ils font voyage : mais auparavant ils la diflbudent avec de certai¬
nes Huiles qu’ils font exprès de quelques graines.
Les Européens l’accommodent avec des Huiles de Lin , la battant dans un
Mortier avec cette Huile j & après l’avoir réduite en maflè , ils l’envoient en
France, où l’on s’en fert pour donner couleur à la Cire jaune, lors quelle eft
trop pâle. On s’en Icrt aufli pour donner couleur au Chocolat. Il y en a aufli
qui fe contentent de la mettre dans un Mortier fans huile , & de la réduire en
maife ou en Tablettes j lefquelles étant diflbutes avec de l’urine, font une tein¬
ture rouge, qui tient aulîi fort que les meilleures Teintures de l’Europe. C’eft
des Drogues. Livre VIIL 303
encore une afTez bonne Marchandife. Au refte, ccc ArbrilTcau eft celui dont Sca-
ligcr fait mention , & qu’il nomme Jrhor finimn regundomm ^ Arbre limitant les
pofTellions. Cette Rel.ition du Roucou eft tout à fait differente de celle du S" Fran¬
çois Rouffeau , qui m’écrit que c’eft un Arbre de huit à neuf pieds de haut , qui a
lès feuilles à peu pre's comme le Pêcher , apres le! quelles naiflènt des GoulTes qui
approchent fort de la couverture de nos Châtaignes , garnies de petites épines
ou pointes tout autour. On trouve dedans une petite graine rouge, que l’on
brife dans un Mortier , ou lîir une pierre , & de-là on la m.et dans des vailïèaux
pleins d’eau. En un mot, le Roucou fe fait aux llles de la même maniéré que l’on
fait ici l’Amidon j non pas de la manière qu’en a écrit Monfieur de Meuve j mais
de la forte que nos Amidonniers le font -, & qu’aprés avoir efté mis en pain &
i'eché , nous eft envoïé.
Cette derniere Relation eft beaucoup plus jufte que la première , en ce que les
gouffes que j’ai fe rapportent en tout & pour tout à la Lettre dudit S' Rouffeau. Et
de plus t’eft qu’il eft facile de voir parle Roucou que nous vendons, fîir tout quand
il eft de la bonne qualité, qu’il n’a jamiais efté trempé dans de l’huile , en ce que la
bonne odeur du véritable Roucou fait allez cennoître qu’il n’eft point mélangé.
On fera encore delabulé de croire que l’Achiolt fe faftè de la mianiere que l’a
écrit le fieur Blegny, quand il dit dans Ion Livre à la page m. que l'Alchiolt eft le
Suc épaifli qu’on tire du fruit de l’Achiolt, arbre ftuicier del’Amerique. Ce fruit
eft une Graine rouge, qui fe trouve en grande quantité dans de groffes Gouflès
rondes. Quand on a tiré cette graine de les Gouffes , on la pde , & on l’exprime à
la preflè pour en tirer le Suc , que l’on expole enliiite dans un lieu chaud , pour en
faire évaporer l’humidité , & quand ileft épaiffî à peu prés comme la pâte, on en
fait des maflès de differentes formes , qui étant entièrement dcfféchées , font
proprement c e qu’on appelle A-.hioU-, car il eft certain que le Roucou ou Achiolt
fe fait comme F Amiâon , & qu’il eft impoffible d’en tirer le Suc , puifque la ma¬
tière dont on fait le Roucou , eft une matière rougeâtre & veloutée , qui fe trouve
attachée à la graine qui eft dans les Gouffes , & qu’on ne la peut leparer que par
le moyen de l’eau , en y procédant de la même maniéré que nos Amidonniers
feparent la farine qui eft reftée au petit Son , que nous appelions ordinairement
Reoupe y pour en Élire de l’Amidon ^ & non pas le Suc tiré par expieffion de fes
graines, ainft que cet Auteur le marque.
Quoi qu’il en foit , on doit choifir le Roucou d’une odeur d’iris ou de Violette,
véritable Cayenne, étant l’ifle de toutes celles de l’Amerique où il fe fait le mieux,
le plus fec , le plus haut en couleur que faire fe pourra. Le Roucou de cette na¬
ture eft celui epidoit eftre appellé Ai^hiotl car la plupart de celui que nous ven¬
dons, eft humide, laie, moifi , fentant la cave, en un mot incapable d’entrer
dans le corps humain , tant pour mettre dans le Chocolat , que pour s’en fervir
contre les maladies , aufqiielles le fieur de Blegny marque qu’il eft propre, à quoi
je ne puis contredire, pour ne l’avoir pas expérimenté.
Le Roucou eft fort en ufage par les Teinturiers. On s’en fert auffi pour donner-
une couleur jaune à la Cire , y prés l’avoir délayé avec tant foit peu d huile de
Noix , & jetté dans la Cire fondue. Mais ce qu’il y a de fâcheux, c eft que cette
couleur ne dure pas beaucoup, parce que l’air la mange.
On nous envoyoit , il y 3. quelques années , des llles, & même de Hollande,
un Roucou en petit Pain , de la forme & figure d’un Ecu blanc, qui etoit doüé
de toutes les bonnes quahtez , & fort propre pour l’intérieur , qui eft le contraire
de celui que. nous voyons aujourd’hui , qui eft en gros pains quarrez comme du
Savon de Marfeülc , ou en boules rondes j & qui eft quelquefois fi vilain & fi
puant, qu’il eft prelque impoffible d’en pouvoir fleurer.
Achiotlv
Vcrd de
Veflic.
Hydrago-
gue.
Elatetium
blanc.
304
Hiftoire generale des Drogues. Livre VII 1.
Les Américains Cannibales cultivent les Arbres qui portent le Roucou , avec
grand foin, à caule des grandes utilitez qu ils en retirent. La première, c eft qu’ils
en ornent leurs Jardins, & le devant de leurs cales ou habitations. La fécondé,
ell que le bois de cet Arbre ell: fi dur, qu’ils s’en fervent pour faire du feu, com¬
me nous nous fervons ici du pérîtes , ou pierre à fafil. La troifiémc , eft qu’ils fe
fervent de fon e'corce , pour faire des cordages & de la Toile. La quatrie'me , eft
qu’ils mettent de fes feuilles & de fa racine dans leurs fauces , tant pour leur don¬
ner bon goût, que pour leur communiquer une couleur de Saffran. La cinquiè¬
me conhile en fes graines , dont ils tirent le Roucou , tant pour fe peindre le
corps , délayé dans l’huile de .Carapa , fur tout les jours de réjouiffance, que pour
le changer contre d’autres Marchandifes dont ils ont befoin.
Le Roucou m’a donné occafionde parler d’un Extrait tiré des bayes duNoirprun,
que nous appelions mal à-propos Cet Extrait eft un Suc tiré des
bayes de Noir Prun , fort commun dans nos Bois. On tire le Suc de ces bayes,
enfuite on y mêle du vin blanc & tant foitpeu d’alun de glace, & enfiiite on verfe
le tout dans des Veffiesde porc , & on les pend à un plancher , afin que l’air en
diftipant l’humidité, il fe reduiie en confiftance d’Extrait , & à force de vieillir de¬
meure dur comme de la pierre, L’ufage de cet Extrait eft pour les Peintres en mi-
gnatures , & n*en a aucun dans la Medecine ; & pour cftre de la belle qualité, il
doit eftre nouveau, & bien travaillé-, &; qu’étant pafte fur un papier blanc, il
f.flè une belle couleur de vert d’Herbes. Ce Vert n’a plus tant d’ufàge qu’il avoit
il y a quelques années j c’eft-à dire, depuis que l’on a reconnu que la Gomme
Gutte & l’Inde faifoit un plus beau Vert.
Il eft donc facile de juger que ce Vert eft mal-à-propos appellé Vert-de-Vefpe ,,
puis que ce n’eft qu’un Suc épaifti des bayes de Noir Prun , & non tiré des
Veflies de quelques animaux , comme quelques-uns le croient.
Ceux qui voudront faire ce Vert > prendront garde que ce foit de Vtayes bayes
de Noir- Prun -, dautant que la plupart des Païfans qui nous les apportent , fubfti-
tuent des bayes de la Bourge-Epine au vrai Noir prun, qui s apporte à Paris vers
les Vendanges. C’eft de ces bayes que les Apoticaires compofenAe Syropdc Noir
Prun, qu’ils appellent ordinairement Syrupus Rhamms Catarticus eft admira¬
ble pour guérir les eaux des Hydropiques, d’oû lui eft venu le nom de Syrop
d'hydntpoguey parce que Hydros eft un mot Grec qui fignifîe Eau. C eft du Suc de
ces bayes dont fe fervent les Peauciers pour verdir la Bafanne j & ceux qui font
le Papier verd, s’en fervent aufti prefentement au lieu de Verd de gris & de tartre ,
en ce que cela leur coûte bien moins.
IL y a encore quantité d’autres fortes d’Extraits foliées & liquides que nous
pourrions vendre fi l’on nous en demandoit. J’entens par Extraits liquides,
ceux qui doivent eftre cuits en t leétuaires , comme font les Extraits d’Ellebore
noir de Peone ^ du fruit de Concombre fauvage , que les Apoticaires appellent
BUtertum , dont l’ufage eft pernicieux lors qu’il eft nouveau fait -, &: tout ce
qu’il y a de bons Autheurs dirent que l’on ne doit point s’en fervir, qu’il ne foit
extrêmement vieux, & que lors qu’on l’approche de la chandelle, il ne lafoufBe
plus , & qu’il foit d’un noir luifant , & d’un goût fort amer. On tire aufti de ces
fruits une Pécule, qui eft ce que quelques - uns appellent Elaterium blanc , &:
ainfi de plufteurs autres Extraits.
A l’égard des Solides, qui font ceux qui font portatifs , comme le Suc de Ré-
gliftè , ou l’Hypochifte, il y en a encore d’autres que nous pourrions vendre s’ils
nous étoient aufti familiers que ceux-là, comme le Lycium des Inde*, de Candie,
& autres femblables.
Fin des Végétaux.
I
HISTOIRE
GENERALE
DES DROGUES
SECONDE PARTIE.
LIVRE PREMIER.
Des Animaux.
PREFACE.
fortes
àe bêtes ^ tant du Ciel, que de la Terre O" de la Mer, eir
l'excellence des dons que Dieu luj a départis par dejjus
tout ce qui a mie , .n empêchent pas que les Naturalises,
qui ont parlé des Animaux , ne fc foienc compris eux-mê-
mes dans leur nombre , du moins - en ce qui concerne le
corps; & que l expérience que plujteurs ^Médecins ont fait
en divers tems , des bons effets des parties , OH descxcremens
de / homme mort , ou même encore vivant , pour la gueri-
fon ou le foulage ment de fon femblable dans fes maladies ,
ne les ajt porte^ à y recourir plutôt qu'à ce qui provient
nême à donner des deferiptionse^ des préparations particulières des parties de
!î ont cru le mériter ; jufques la que la plus part des Auteurs qui ont traité
, &des préparations qu on en peut faire pour lufage de la médecine , ont or~
mmencé par la defeription de l homme entier, ou par celle de fes parties, ^
irlé des autres , qu apres celles de leur dominateur.
ce qui m'oblige à les imiter en cela , er à renvoyer ce que je veux dire des
'a fin des chofes qui regardent celuy qui les maîtrife,er qui en peut difpofer.
* part les ^andes lumières & les connoijjances particulières que Dieu adonné
égard de (on corps , (ÿ* pour trouver en luy même , ou dans le corps de fon
vant ou mort, dequoy gutrir ou foulagerfes maux » & dequoy prolonger ou
ours en fanté iO' pour me rejjerrer dans les chofes qui font de ma portée,
fein que j'ay eu de m'attacher uniquement aux chofes que les Animaux , les
les Minéraux fournijjent de propre ^ particulier a la Droguerie , j'ay jugé à
mencerpar laMumie qui contient en foy toutes les parties du corps humain.
II. Partie.
A
Hiftoire senerale
Des Mumies.
Aiicmied'
N T R E tous les honneurs que l’antiquité a déféré aux hom¬
mes, celuy de la fcpulture a toujours cfté le plus eftimé, vou¬
lant par cette derniere & picufe rcconnoilTance , honorer & con-
ferver la mémoire de ceux que leurs actions & leurs mérités
avoient rendu recommandables pendant leur vie , & trouvant
en cet Office la charité, la confolation des furvivans, la paix &
le repos des defFunts.
Ces admirables Pyramides d’Egypte , dont je parleray cy-aprés , ces obe-
lifques gravez & taillez avec tant d’indufl:rie& de travail, ces Maufolécs> & en¬
fin tant de riches & fuperbes monumens difperfez par tout le monde , nous font
des preuves très certaines de la pieté des anciens envers les morts. ^
s Mais comme il y a eu diverfes Nations , & des Religions difFerentc^ mÇj^nc
elles eu des coutumes particulières en la pratique de ce dernier devoir.
Tous les Elemens ont partagé la dépoüille des morts, la Terre n’ayant _pas
cfté jugée capable d’eftre feule chargée de ces dépôts. - "
L’Hiftoire nous apprend que le feu a brûlé & confumé lejr^orps des Grecs,
des Romains, des Gaulois, des Allemands, & de plufieurs ,^ÿres nations j que
des Drogues, Livre Premier. 3
ceux de laColchidependoienc les morts en rair,& les branchoientàdes arbres-,
& que les vieillards du Septentrion ont trouvé leur fepulture dans les abymes
derOcean,aufli bien que les Ethyopiens dans le courant des eauxj &: que les
peuples de la Froide Scytie ont efté enfevelis dans les neiges: mais le plus ancien
genre de fepulture, a efté celuy d’enterrer & d’inhumer les corps, & c’eft ce
qui fait croire que nôtre premier Pere a efté enfeveli de cette maniéré.
C’eft: de l’Ecole des Juifs , que les Chrétiens ont appris à enterrer les morts,
faifant des foftes en des lieux fouterrains & retirez, appeliez tombes ou cata¬
combes, & plus ordinairement Cimetières, comme qui diroit dortoirs , nom
qui dure encore aujourdhuy; mais auparavant que de les enterrer, ils les em-
baumoienc comme nous allons voir, d'une maniéré aufli curieufe que furpre-
nante.
Le premier embaumement qui fe faifoir,& le plus riche, valoir un talent
d’argent, qui eftoic environ huit cens cinquante livres de nôtre monoye de ce
temps là, & qui feroit à prefent plus de huit mille livres.
Cet embaumement n’eftoit que pour les perfonnes de la première quali¬
té. Trois perfonnes y eftoient employées; une efpece de Deftinateur traçoit au¬
tour du corps étendu, les endroits qu’il falloir ouvrir pourvuider les inteftins-,
un DilTequeur , qui avoir un couteau fait de Pierre d’Ethyopie , co’upoit les chairs
autant qu’il eftoit neceftaire, & que la Loy le permettoit , & en même tems
fuyoit de toutes fes forces, parce que c’eftoit la coûtura'e des parens & des do-
meftiques de le pourfuivre à coups de pierre, de luy dire quantité d’injures,
de luy faire mille autres avanies, le traittant comme un impie & le dernier
de tous les hommes. Après cette operation, les Embaumeurs, que l’on confi-
deroit comme des perfonnes facrées, entroient pour faire leurs offices, & com-
mençoient les uns à ôter les inteftins fuperieurs à la referve du coeur & des reins,
& les autres à purger le bas ventre, qu’ils lavoient de vin de palmier, ou autres li¬
queurs aromatiques, & durant l’efpace de plus de trente jours, ils lavoient le
corps de Baume, de Gomme ou refîne de Cedre,&: le rempliffoient de poudre
de Mirrhe,d’Aloës,de Nard des Indes, de Bitume de Judée, & autres chofes
femblables -, mais ne fe fervoient jamais d’encens , que nous nommons aujourdhui
Oliban,foit à caufe de la grande vénération qu’ils avoient pour cette drogue ,
foit à caufe de fa rareté. A l’égard delà tête, ils fe fervoient de ferremens, qu’ils
faifoient entrer par les narines, pour tirer dehors toute la fuftance du cerveau,
& enfuite ils y feringuoient des liqueurs pretieufes 6c odoriférantes.
Le deuxieme embaumement eftoit d’un demy talent-, qui fervoit aux per¬
fonnes de moyenne condition; 6c pour le faire, on fe contentoit de le krin-
guer par le derrière, & y faire des injeéfions d’eau , ou plutôt une décoftion
faite de fimples,ou autres drogues, 6c d’huille de cedre- 6c enluitc le corps ain-
ü accommodé, eftoit mis dans du fel , l’efpace de foixante 6c dix jours; le tems
expiré, on le retiroit;& apres en avoir débouché le trou, on en faifoit fortirles
inteftins , qui eftoient prefque tous fondus 6c confommez ; ces préparations
faites, on enveloppoit tout le corps de bandelettes de fine toile de lin, imbi¬
bée (Je Mirrhe&d’Afphalte;& le Delfinateur, qu’ils appelloienr Scribe, couvroic
ces enveloppes d’une toile peinte , ou eftoit reprefenté le Rit de leur religion avec
^s caraéferes hierogliphiques,& les animaux que les défuns avoient les plus aimé.
de toits, ou, celujpour lequel ils avoient plus de vénération ,ejloit l Escarbot,
tArtt a caufe de fon admirable naijjance ^ que parle rapport qu ils pretendoient que cet
iufeéîe ’avoït avec le- Soleil ; & en effet , car quelque villain que foit ce petit animal , çÿ*
prefque toujours dam l’ordure , il a un inftin^ merveilleux pour agir 0* conferver Jon
IL Partie. A ij
Hiftoii'c de
l’EscAnBor.
4 HiPtoire generale
efpece. Ce pcth Animal'/ entendre de luy meme ^ fans l’aide d'aucune femelle ; car quand
le mâle njeut produire , il cherche une fante de Boeufs ^ apres l avoir trouvée , il en fait
une houle ronde ^ de la figure du monde ^ cir enfuit e il la roule avec fes pieds de derrière du
levant au couchant , après fe tournant vers le levant ^ il imite les mouvement du
monde ^ car alors U houle va du levant équinoêîiai au couchant ^par un mouvement contraire
à celuj des efioiles; ayant ainfi roulé fa houle ^ il la met dans terre ^ Ij laijfe l'efpace de
vingt-huit jours ^ qui efi le temps que la Lune efi a parcourir les fignes du fodiac^te , Ù'
pendant ce temps il s'engendre dans cette houle de petits Efearhot s-, O" le vingt- neuvième jour^
qui efi le jour de conjonéîion de la Lune avec leSoleifCT temps des produèlions qui f
font dans la nature ; ce petit animal roule fa houle dans l’eau , ou elle s’ ouvre, les Efcarh(fts
en fartent; c’efl pour pe fujet , félon quelques uns, qu'on enafait l'emhlemede la naijfance
(yrlefymhole des Peres ,parceque ces infeèîes nom quunpere ^ n'ont point de mere. Jls
reprefntent aujfi le monde , à eau fe de la houle qu’ils forment ^ qu'ils roulent ; & l’homme,
parce quiln'j a que des Efearhots mâles: il j en a de plufieursefpeces ,mais celle pour qui les
Egyptiens aveient plus de vénération ^ efioit de ceux qui avoient la tète femhlahle â unchaty
accompagnée de quelques rayons; ce qui leur donnait fujet de croire que ces animaux avoient
quelque raport avec le Soleil :& déplus , cefi que cet infeùle â trente petites pattes faites en
forme de doigts , qui reprefntent les trente jours que le Soleil met chaque mois k parcourir
un des fignes du ^odiaque.
A l'égard des autres caraéteres hierogliphiques, riiifloire feroic trop longue,
on pourra voir le Pere Kerker.
Le troifîéme embaumement , eftoit pour les pauvres gens , qui eftoic fait
d’un mélange de Poix &deBitume dc]udee,oubien,Ies corps eiioienc deffechez
avec de la chaux , ou autres drogues de bas prix , & quelque fois ils fe fervoient de
Natrum d’Egypte, de fcl,de miel,& de cire; quelque fois aulïî ils faifoientboüil-.
lit les corps dans riiuille pour en confommer l’humidité, qui feule eft la caufe de
la corruption; ou h vous voulez, comme l’a fort bien remarqué un fçavant de
nôtre temps, le principe de la corruption, eft une chaleur humide qui s’in¬
troduit dans les chairs par la diifolution de leurs parties , & par le mélange
des corps étrangers, qui vont occuper les efpacesque la chaleur a ouvertes &
relâchées; l’air qui eft chaud humide, eft le diftbluant le plus ordinaire des
corps le moyen le plus fur pour les conferver,eft d’empêcher l’air d’y entrer:
à quoy il faut ajouter que Pair que nous rcfpirons, eftant rempli d’une infini¬
té d’infedes, que nous ne pouvons pas apperccvoir,à caufe de leur pcticeftc,ce
font ces petits infeéles, qui s attachent aux chairs , àc qui les rongent j & com¬
me ils fe multiplient aifement, il y a des temps que tout l’air en eft rempli,
principalement au temps des peftes & des maladies contagieufes ; l’on a même
obferve, par le moyen des MicrofcopeSjque ce que l’on appelle Gangrené
qu’une infinité de petits infedes qui rongent les chairs, comme les Myrtes ron¬
gent le fromage. Il faut donc pour conferver les chairs, en exclure ces animaux,
ce qui fe peut faire par le moyen du miel, de l’huille , de l’cfprit de vin, & de
quclqu’autres liqueurs qui enveloppent ces infedes, les engluent & les font
crever.
Mais la curiofité des anciens Egyptiens a efté bien plus avant , à caufe de
la grande vénération qu’ils ont toujours eu pour leurs parents trépaftez , & ne
pouvant fe reloudre à les enterrer, & eftre privez de leur vctie , ils s’avilèrenc
de chercher les moyens de les pouvoir toujours avoir auprès deux, & de les
avoir continuellement devant les yeux , afin d’imiter leurs adions, c’eft a dire,
de vivre avec autant d’honnêteté comme leurs deffunts parents avoient vécu
eux-mêmes, &c fe regler fur leur conduite.
des Drogues , Livre Premier. $
C’eft pourquoy quand quelques uns de leurs parents eftôieht inorts , ils
les accommodoientfr adroitement, & les defTechoient de telle maniéré , que ces
corps egaloient en dureté les Statués de Marbre, les appellant en leur langue
GahUras^ qui fignifie Mumies, & leur induitrie à les accommoder ciloit fi grande
que l’on n’y voyoit jamais rien de défiguré; ils leur peignoient le vilage déplu,
ficurs couleurs , même avec de l’Or, les ayans auparavant bien vuidez & cm- phfi'^ur» Tu-'’'
baumez, mis les bras croifez l’un fur rautre,& bandez de linge fin, qu’ils avoient mTpcifî, qui
auparavant trempez dans des gommes aromatiques, &enfuitc ils metioicnt fur
leur tête une toile femblable à unecoëffe de femme qui pendoit des deux cotez
jufques fur leur poitrine, & par derrière jufques fur leurs épaules. Ils avoient de Bitume de
encore fous le menton une barbette tortillée, qui fervoit à leurs prefTer les joués
& à ferrer les mâchoires , de peur qu’ils ne baillaflcnt; fi bien qu’à les voir, on qir!iT’iq“‘cs‘'
les auroic plûtôt pris pour des perfonnes dormantes, que pour des morts.
Si par la maladie, ils avoient efté défigurez, ils leur mettoient des mafques vTc’d'cinT
de carton, ou de toile peinte, à la rcfiemblance de la perfonne morte, & enri- ZlZmtouT-
chie de plufieurs couleurs ; au contraire , fi la perfonne n cftoit point défigurée ctTqucTs"'
ils luy lailToient la face & les oreilles decouvertes & peintes de differentes cou-
j ' * toicnt accom.
leurs, modecs.
Ces morts ayant efté ainfi accommodez, ils les enfermoient dans de grandes
armoires de verre faites exprès, fuivant la grandeur des perfonnes, & les met-
toient après dans les lieux les plus élevez de leurs maifons: & ce leur eftoient des
gages fi prétieux,& une telle affurance de leur foy, que fi quelqu’un d’entr’eux
avoit befoin d’argent , il n’avoic pas de meilleur nantiffcraenc à donner que les corps
embaumez & vitrez de fès parents ;&celuy qui prêtoic fur ces fortes d’afturances,
ne fe metcoic nullement en peine de fon rembourfement , car fi par malheur Je
débiteur ne pouvoir rendre ce qu’il avoit emprunté, & retirer fon dépoft, il eftoic
réputé indigne de la vie civile*, ce qui l’engageoit indifpenfablcment à trouver
les moyens de retirer fes parens dépofezdans letems prelcrit, ou à eftre blâmé
de tout le monde.
Ils fe fervoient encore de ces morts à des adions plus relevées; car ils ne fai.
foient jamais de feftins qu’ils ne fe fiffent apporter ces Cadavres, pour ne pas
perdre la mémoire de la necefïité du fcftin,& qu’ils feroient un jour femblables
à ces fimulacres.
Les mêmes Egyptiens ont fait encore beaucoup d’autres dépenfespour laconfcr-
vacion de leurs Cadavres : car après avoir efté bien embaumez , fans nean¬
moins eftre deffechez avec des drogues Its plus pretieufes, ils les envelopoient
avec des grands draps de toile fine, par deflus ; & ils y mettoient quel¬
que fois plus de deux cens aunes de bandes , fi bien que l’on ne leur voyoit
que le vilàge, & quelquefois rien du tout; mais auparavant que de les enfeve-
lir, ils avoient foin de leur rougir les ongles des pieds & des mains avec des
feuilles d’Alcana. Eftant ainfi accommodez , ils les enfermoient dans des
cercueils de bois pretieux, que les défunts mêmes avoient fait faire ,& en mê¬
me temps ils enfermoient avec eux l’Idole qu’ils avoient adoré pendantleur vie.
Les Idoles, ou pagodes, eftoient fabriquées d’or & d’argent ou d autre mécail ,
6c le plus fouvent de terre du pays, avec des caraéteres hicroglifiques, qui mon-
croient les qualitcz du défunt, le prix de l’embaumement, le temps du deceds
& la ville d’où il cftoit.
Enfuite dequoy ayant bouché les cercueils, on les portoit en grande pompe dans
des lieux qu’ils avoientaufli fait bâtir durant leurvie, comme il fe voit encore au*
jourdhuy par les Piramides d’Egypte, qui font à deux ou trois lieués du grand
A iij
(5 Hiftoire generale
Caire, &: les Hiftoriensraportenr que Chemmis Roy d’Egypte en fit faire une, ou
•cent mille hommes avoienc efie' employez pendant vingt années, laquelle eftoic
de forme quarrée;&: avoir de profondeur environ quinze pieds, Ôc la face de cha¬
que côté de la bafe huit cens pieds de large & autant de haut, dan$ laquel¬
le il y avoir une Lampe perpétuelle.
On peut voir parla, combien ces peuples avoient foin des morts, & on doit
cftre defabufé de croire que lesMumies que Ton nous apporte, (oient devrayes
Mumies, dautant que fon n’auroit pas pris tant de peine pour les donner à fi
vil prix, mais que ce font des corps empoilTez, comme il (e verra cy apres,
Mumicsbiao- Outrc CCS pretcnducs Mumies , & les precedentes , il s’en rencontre encore d’au-
‘ très , comme celles de Ly bic , que l’on nomme Mumies blanches ; qui ne font au¬
tre chofe que les corps de ceux qui ont cité noyez dans la mer, lefquels elfans
jettezfurles côtes delaLybie,font enfevelis ôt deflechez dans les fables , qui font
extrêmement chauds-, fi bien que les plus forts hommes, apres y avoir cité quel"
que temps, nepefent pas trente livres, & font en ctatd’ellre gardez pour tou¬
jours. Il y en a une à Paris, dans le cabinet de M. Boudet, rue Sainie Croix de
la Bretonnerie, fils de feu M. Boudet Médecin du Roy.
Ces fortes de Mumies font peu en ufage, tant à caufe de leur rareté, qu’en
ce qu’elles font dénuées de vertu , n’eftant que du parchemin collé fur des os.
Voilà ce que c’eft que lès Mumies blanches, nom qui leur convient fort mal,
dautant que le nom de Mumic fignific un corps embaumé de drogues aroma¬
tiques pour le conferver de pourriture , ce qui ne fe rencontre pas en ces
corps delTechez. Ainfi on fera défabufé de croire que la Mumie que nous ven¬
dons, foit de ces corps noyez dans l’eau & dclTechcz dans les fables.
fauffesMumies Nous allons voir maintenant la friponnerie des Juifs, à Tégard des Mu-
mics j & apres eux, celle des Chreftiens. Je dirai donc que les Mumies qu’on
nous apporte d’Alexandrie d’Egypte, de Venite , & même de Lyon , ne font au¬
tre choie que des Cadavres de gens morts de differentes maniérés , lefquels
foit qu’ils ayent efte enterrez ou non, après avoir cllé vuidez,tant des entrailles
que du cerveau, font remplis de pouflîere de Mvnhe, Aloès cabalin. Bitume de
Judée, de Poix noire & autres Gommes ; & enluite entortillez dune méchante
(èrpiliere,cmpoi(rée de la même compofitionj ces corps eftanc ainfi accommodez,
on les met au Four , pour en faire conlumcr toute l’humiditc , ôc efianc
ainfi bien dclTechez , ils nous les envoyent , les vendans pour vraies Mu¬
mies d Egypte, à ceux qui ne les connoifient pas, & ne font pas informez que
les Egyptiens ont efté de tous tems fi curieux d’enterrer les morts , qu’ils n’y
ont rien épargné, dans le delfein d’en conferver la tnemoire , & non pas d^en
faire commerce, pour preuve de mon dire, je rapporteray ce que M. Guy
de la Fontaine Médecin du Roy, & après luy le ficur Ambroife Paré, en di-
fent.
Le fieur Guy de la Fontaine eftanc en Alexandrie d’Egypte, oüit dire qu’il y
avoir dans la Ville un Juif qui faifoit métier & marchandife de Mumies-, la cu-
riofité l’ayant porté à en elfre témoin oculaire, il (è tranlporta dans la maifon
dece Juif; ôdayant trouvé, le pria de luy faire voir fa marchandife, ou ces corps
mumicz , dont luy ayant d’abord fait quelque difficulté, il luy ouvrit enfin fon
iTaagazinj & il luy montra plufieurs corps entaffiez les uns lur les autres. Puis apres
une réflexion d’un quart d heure il luy demanda de quelles drogues il fe (ervoir,
& quels corps il prenoit -, il luy répondit qu’à légard des morts, il prenoie tous
ceux qu’il pouvoir avoir , qu il ne fe foucioir pas ce que fe pouvoir ertre , pourvu
que cefulTcnc des morts , qu’ils fulTent morts de* maladie ordinaire ou de conta-
des Drogues , Livre Premier. 7
gion, qu'il ne s’en foucioic pas j & qu’à l’cgard des drogues, que c’eftoitunamas
de.pl ufieurs vieilles drogues mêlees enfèmble, qu’il accômmodoit avec ces corps
& qu’aprés les avoir fait fecher au four, il les envoyoit dans l’Europe qu’il s'é-
lonnoic comment les Chréiiens elloient amateurs de telles vilenies.
Voilà qui cft bien éloigné de ce que les anciens Médecins ont cru ’, quand
ils ont ordonné de la Mumie, mais comme je ne fuis pas capable d’empêcher
tous les abus, & qu’il fe trouve encore des perfonnes qui en veulent ufer, je
diray que l’on la choifira belle, luifant-e, bien noire, non remplie d’os , ny de
poulîîere, d’une bonne odeur, laquelle eftant brûlée, ne fente point la poix.
On l’eftimc propre pour les contulïons,& pour empêcher que le fang ne fe
caillebotte dans le^corps. Mais Ton plus grand ufage cft pour prendre duPoif-
fon.
Quelques Auteurs veulent que la graifle, mélangée de Bitume, qui découle
des tombeaux, foit l’Afphalte & vraye Mumie-, & d’autres difent que c’eft la
chair confite qui a efté mile en ulage par la malice d’un Médecin Juif, qui a
écrit que cette chair ainfi confite & embaumée , fervoit à la curation de plu-
fieurs maladies, fur tout de celles cy-deftus.
On a donné aufli le nom de Mumies à plufieurs Bitumes naturels , comme
à celuy dejudée, & à ceux qui découlent de plufieurs montagnes d’Arabie, &
autres pays chauds -, mais c’eft mal à propos, n’eftant, pour ainfi dire, qu’une
humeur grafte , virqueufe & puante qui s’engendre dans les entrailles de la
terre.
Des autres préparations qui fe tirent
du corps humain,
OUcre la Mumie qui fe trouve dans nos boutiques; nous vendons de l’Axon-
ge humaine , que nous faifons venir de plufieurs endroits. Mais comme
chacun fçaitjqu’à Paris, le maître des Hautes- Oeuvres en vend à ceux qui en ont
befoin ; c’eft le fujet pour lequel les Droguiftes &les Appoticaires n en vendent
que très peu; neanmoins celle que nous pourrions vendre; ayant efté préparée
avec des herbes aromatiques , féroit fans comparaifon meilleure , que celle qui
fort des mains de l’Executeur.
On eftime l’Axonge,ou graifte humaine fort convenable, pour les rhumatif-
mes, ou autres maladies provenantes de caufe froide.
Outre l’Axonge, nous vendons le fel fixe & volatile du fàng, du crâne,
des cheveux, d’urine & beaucoup d’autres préparations chimiques, que l’on trou¬
vera fort bien décrittes dans la Pharmacopée Royale, Galcnique & Chymique
de M. Charas,à la page 771. Ceux qui en defireront fçavoir les préparations
pourront y avoir recours ,aufti bien qu’à quantité d’autres Auteurs qui en traitent.
A l’égard du choix, il eft difficile de le pouvoir expliquer, & la meilleure
connoiffance qu’il y a , c’eft de les acheter d’honnêtes Marchands, & ne pas
s’attacher au bon marché, en ce qu’il eft fort facile de donner aux plus habi,
les, les unes pour les autres; n’y ayant que celuy qui les a préparées qui en puif
feiit répondre; principalement, les huilles qui ont efté tirées par la cornue.
De l'Vfnee humaine.
LEs Droguiftes d’Angleterre, fur tout ceux de Londres, vendent encore des
têtes de morts ; (ur lefquellcs il y a une petite mouffe verdâte , à qui on
Préparation*
Chymiques.
8 Hiftoice generale
a donne le nom d’Ufnce, à caufe qu’elle a alTez de refemblance à i'üfnce ou
iPoufTe qui vient fur lesChefnes, & comme M. Charas a demeuré long-temps
en Angleterre, & qu’il en avû quantité 5 je rapporterai ce qu’il a bien voulu me
donner fur ce fujet.
L’Ulnée eft uneexcroiffance femblable à une moulTe verte, qui naît & croît
jufqu’à la hauteur de deux ou trois lignes j au defrus & aux environs du crâne
des hommes qu’on a pendu & laifle un très long tems aux fourches patibulai¬
res; elle commence iéulement de croître^ lors que le pannicule charneux eftanc
pourri & conlommé par les injures du tems , a abandonné le crâne, & que l’hu¬
meur fuperfluë, que la tête avoit accoûtumé de fournir pour la nourriture des
cheveux & de la barbe; ne trouvant plus de patrie charneufe pour y faire fes
produélions, engendre cette moufle en manière de chevelure, joignant le crâne
où elle cil fortement attachée, comme la moufle l’efl aux rochers ou aux chê¬
nes. Les Droguifles Anglois font venir ces têtes d'Irlande, où l’on a accoûtu¬
mé de laiflTer au patibulaire les corps des pendus, jufqu’à ce qu’ils tombent en
pièces.
On voit à Londres, aux Boutiques de certains Droguifles, des têtes couver¬
tes , ou tout â fait , ou en partie de cette Ufnée verte, mifes en montre, parmi
leurs autres Drogues; ce que je n’ay jamais vu ailleurs. On ne doit pas eflre flir-
pris de la naiflance de cette Ufnée fur le crâne des pendus, puis qu’on a fouvent
expérimenté que les cheveux & le poil de la barbe & des autres parties du
corps humain, croiflent apres leur mort, aufli long -tems que les parties
qui les portent peuvent fubfifler & leur fournir de la nourriture, & que même
quelques uns veulent, que la même chofe arrive aux ongles & aux dents. Les
mêmes Droguifles envoyent aux pays étrangers & fur tout en Allemagne , ces
têtes couvertes de leur Ufnée, pour s’en fervir dans la compofition de l’onguent
Symparatique ou Conftellé , que Croüius a décrit dans là Royale Chymie , &
fort exalté pour la guerifon du mal caduc. Ils vendent ces têtes vuides , parce
que le mauvais tems a confommé la cervelle, les yeux & tout ce qu’elles con-
tenoient de mol & de corruptible. On peut attribuer quelque vertu au crâne
de ces têtes, puis qu’on les a tirées des corps des pendus, mais on doit croire,
que la chaleur de l’Eflé, & le froid de l'Hyver, en ont diflipé la plus grande
partie.
Le crâne des criminels nouvellement pendus, dépouillé de fon pannicule char¬
neux, vuidc de fa cervelle, & de tout ce qu’il contient, bien lavé, feché 6c fè-
paré avec une feie de fa partie bafle,vaut incomparablement mieux; c’efl aufli
ccluy que les Droguifles vendent fous le nom de crâne humain.
CH A P. IL
!
(les Drogues, Livre Premier. P
CHAPITRE Ii;
De la Licorne.
La Licorne, eft un animal que les Nacuraliftes nous dépeignent fous
la figure d’un Cheval, ayant au milieu du front une Corne en fpirale ,
jx à crois pied de long : mais comme l’on n’a pu , jufques aujourd’huy , (çavoir
la vérité de la chofe ; je diray que celle que nous vendons, fous le nom de
Corne de Licorne, eft la Corne d’unPoiflbn que les Iflandois appellent Narvual
comme on le verra, cy-aprés, au chapitre des poiflbns.
Cette Corne eftoit autrefois beaucoup en ulage,à caufe des grandes proprietez
que les anciens luy actribuoienc, principalement contre les poifons, c eft ce qui
faifoit que les grands Seigneurs en eftoient fort amateurs, & pour ce fujet elle
eftoit vendue au poids de l’or. Cette erreur a efté tellement établie , & il y
a encore quelques perfonnes qui en font fi fort entêtées , qu’il leur en faut à
quelque prix que ce foie.
s> Ambroilè Paré, dans un petit Traité qu’il a compofé da la Licorne, dit que
*> dans l’Arabie deferte , il s’y trouve des Afnes fauvages ,qu ih appellent Camphurs, camphurs.
portant une corne au front, avec laquelle ils combattent contre les Taureaux,
» & dont les Indiens fe fervent pour fe garantir de plufieurs maladies, parciculic-
J' remcnc des veneneufes-, & qu’en Arabie, prés de la Mer rouge, il fe trouve un
//. P Ame, B
; -h
lo Hiftoire generale
Piraffoup!. autrc animal que ces peuples appellent PiraJ?ou^i, qui a deux Cornes longues,’
droites & en fpirale, donc les Arabes fc fervent lors qu’ils font blelTez ou mor¬
dus par quelques bêtes veneneufes -, la mettant tremper pendant bx ou fcpt
heures dans de l’eau qu’ils boivent, pour fc garantir. Il dit que cet Animal eft
de la grandeur & à fa tête quafi femblable à celle d’un Mulet, & que fon corps
cftvelu comme un Ours , un peu plus coloré tirant fur le Fauve, & a les
pieds fendus comme le Cerf.
Jonfionius dit dans fon Traité des Animaux, qu’il y a encore d’autres Li¬
cornes , ou le Leéleur aura recours.
CHAPITRE III.
Du Bezpar,
Le BEzoARi que les Indiens appellent Pa:^m^ eft un animal qui pro¬
duit dans foneftomachou dans fa vcITie une Pierre qui porte le même nom;
à qui l’on attribué de grandes proprietcz, ce qui la failbit autrefois beau(X)up
cftimcr , & on lavendoit fort cher, demêmcqu’encoreaujourdhuiceluy qui eft
de la bonne qualité & véritable Oriental, tant parce que l’on a beaucoup de
peine à en trouver de naturel, depuis que certaines perfonnes ont trouvé le fe-
cret de le contrefaire, qu’à caufe que ces animaux n’enproduifcnt pas beaucoup,
y en ayant même plufieurs qui n’en ont point; qu’il vient de bien loin &c paye
de gros droits, & que fi les Orientaux n’avoient l’adreffe de le faire paffer fans
le faire connoître( de même que le Mufe & les autres marcharidifes fines ) ou
de s’accommoder avec les Receveurs, il feroit encore plus cher. On ne con*
vient pas mieux de là nature, de la figure & des bonnes marques de ces Pierres
que de celles de plufieurs autres drogues.
M. Tavernier à la page 318. de fon fécond Tome, rapporte ce qui fuit, tou¬
chant le Beaoar.
II
des Drogues, Livre Premier.
” Lî BeT^oar vient d’une Province du Royaume de Golconde^ tirant au Nord-
Ert. Il fe trouve parmy la fiente qui eft dans la panfc des chèvres qui broutent
un arbrifleau dont j’ay oublié le nom: Cette plante pouffe de petits boutons,
” autour de quoy & des extremitez des branches que les chèvres mangent, fefor-
me le Bezoar dans le ventre de ces animaux. Il y prend fa forme félon celle
” des boutons & des bouts de branches, & c’eft pourquoy on en trouve de tant
de figures differentes. Les payfansen taftantle ventre de la chèvre connoiffenc
combien elle a de Bezoars, & la vendent à proportion de la quantité qu’elle
” en a. Pour le fçavoir ils coulent les deux mains fous le ventre de la chevre ,
” & battent la panfc en long des deux cotez, de forte que tout fc rend dans le
” milieu delà panfc, & qu’ils content jufte en les taftant combien il y a de Bezoars.
” La rareté du Bezoar eft dans la groffeur, bien que le menu n’ait pas moins
” de vertu que le gros: Mais dans celuy cy on cil fouvent trompé, parce qu’il y
” a des gens qui grofliffent le Bezoar avec une certaine pâte compolée de gom-
” me & d’une autre mitierc de la couleur du Bezoar. Ils luy fçavent mc-
me donner autant d’cnvclopcs que le Bezoar naturel en doit avoir. On peut
” connoître cette tromperie principalement par deux moyens. Le premier cil ,
qu’il faut pefer le Bezoar, &le mettre tremper quelque temps dans l’eau tiede.
” Si l’eau ne change point de couleur, & (i le Bezoar ne perd point de Ion poids,
il n’efl point falfifié. L’autre moyen eft d’approcher du Bezoar un fer rouge
pointu, fl le fer entre & le fait nifolcr,c’cft une marque qu’il y a du mélange,
& qu’il n’cft pas naturel. Au relie plus le Bezoar eft gros & plus il cil cher ,
haulfant à proportion comme le diamant. Car fi cinq ou fix Bezoars pefent
une once, fonce vaudra depuis quinze jufqucs à dix-huit francs; mais fi c’eft
un Bezoar d’une once , fonce vaudra bien cent francs. J’en ay vendu ^ un de
’* 4r onces jufques à deux mille livres.
J’ay eu la curiofitéde me bien inftruire de tout ce qui fe peut fçavoir du Be-
zoar, & j’avois déjà fait pluficurs voyages i Golconde qui eft le lieu où s’en fait
” le grand débit, fans pouvoir apprendre en quelle partie du corps de la chevre
” il le crouvoir. A mon cinquième voyage, quelques particuliers qui eftoient au
” fervice des Compagnies Angloife & Hollandoife,& quin’ofoient négocier à part,
m’eurent l’obligation que je leur fis vendre environ pour foixante mille roupies
de Bezoar, Les marchands qui l’avoient vendu voulant me témoigner leur rc-
connoifTauce & me faire quelque prefent, je le refulay & leur dis que je n’en
** avois jamais pris de qui que ce fût pour quelque lervice que j’eulfe pû rendre.
” Mais je leur fit connoître que je pourrois encore les fervir dans la moilfon
prochaine, & qu’ils m obligeroient auffi de leur côté s’ils vouloient m’aller que-
’’ rir trois ou quatre de ces chevres qui portent le Bezoar , leur promettant de
les leur payer ce quelles vaudroient. Ils parurent fort furpris de cctte'drman-;
de que je leur fis, & me répondirent que la dclfcnfe cllok fi étroite, que fi l’on
p^voit découvrir quelqu’un qui osât en faire fortir de la province, on Icferoit
mourir fans remiftîon. je vis bien que cela les fâchoitj car d’un côte ils crai-
gnoient le châtiment, & de l’autre ils apprehendoient que je ne les empêchaffe
de faire quelque autre vente, ce qui leur auroit caufe un grand préjudice, ces
pauvres gens-là, foit qu’ils vendent ou qu’ils ne vendent pas, eftant obligez de
donner au Roy pour la ferme 6000 Pagodes vieilles, qui font 45000 livres de
nôtre monnoyc. Quinze jours après ou environ ne pcnfantplus à eux il en vint
trois avant jour heurter à ma porte. Des qu’ils furent entrez dans ma chambre
>> où j’eftois encore au lit, ils me demandèrent fi tous rnes fervitcurs eftoient
!>, étrangers. Coname je n’en avois aucun de la ville, & qu ils eftoient tous Per-
,3 II. Partie. B ij
Pezoar do
Vache. '
Bcaoar de
Singe.
12 Hiftoire generale
Tiens eu c3e Surate, je leur dis qu’ils eftoicnc tous etrangers , & fur cela ils Te
retirèrent fans me rien répondre. Une demi-heure apres ils revinre nt avec fix
de ces chevresque je confideray avec loifir. Il faut avoüer que ce font de bel-
^Jes bêtes, fort hautes, ôc qui ont un poil fin comme de la foye. Auffi-tôt que
ces chèvres furent dans ma fale, le plus vieux des trois marchands qui me les
avoir amenées prenant la parole pour me faire un compliment, me dit que puif-
^^que je n‘avois pas voulu accepter le prefent qu’ils m’avoient voulu faire pour
leur avoir procuré la vente d’une fi groffe partie de Bezoar,au moins je ne de-
^ vois pas refufer ces fix chevres qu’ils me donnoient de grand cœur. N’ayant pas
voulu les prendre en pur don comme ils le fouhaittoient, je leur demanday ce
qu’elles pouvoient valoir, & après avoir fait grande difficulté de me le dire , je
fus enfin fort furpris ôc crus qu’ils fe mocquoient en me difant qu’une de ces
chevres qu’ils me montroient valoit trois roupies, que chacune des deux autres
qui fuivoient en valoit quatre, & que chacune des trois qui reftoient valoit 4^
roupies. Sur cela je leur demanday pour quelle raifon ces chevres eftoient plus
chcres les unes que les autres, ôc je Iceus que c’efl que l’une n’avoit qu’un Be-
zoar dans le ventre, & que les autres en avoient ou deux, ou trois, ou quatre,
ce qu’ils me firent voir à l’heure-mêmc en leur battant le ventre de la manière
que j’ay dit plus haut. Ces fix chevres avoient dix-fept Bezoars ôc une moitié
^ cômmc une moitié de noifette. Le dedans eftoit comme d’une crotte dcchc-
’’ vrc molle, ces Bezoars comme j’ay dit, croiffant parmi la liante qui cft dans
’’ le ventre de la Chevre. Quelques- uns me difoient que ces Bezoars fe prenoient
’ contre le foye, d’autres foiitenoient que c’efioit contre le cœur, ôc je ne pus
jamais me bien éclaircir de la vérité.
’’ Tant en Qrient qu’en Occident il y a grande quantité de Beroars qui vien-
’ nent des vaches, ôc il s’en trouve tel qui pefe jufques à dix-fept & dix-huit on-
ecs, en ayant eu un qui a efié donné au grand Duc de Tofcanc. Mais on ne
” fait point d’état de cette forte de Bezoar, fix grains de l’autre faifant plus d’effet
’’ que trente de celuy-cy.
Pour le Bezoar qui vient des finges comme croyent quelques-uns, il cft fi
” fort que deux grains font autant que fix de ccluy de chevre ; mais il cft fort
” rare, ôc il fe trouve particulièrement de ces fortes de finges dans Tlfle deA/a-^
” cajfar. Cette forte de Bezoar eft rond, au lieu que l’autre cft de diverfes figu-
’’ res, félon quil fe forme de ces boutons ôc de ces bouts de branches que les
” chevres ont mangé. Comme ces pierres que l’on croît venir des finges font
beaucoup plus rares que les autres , elles font auffi beaucoup plus chcres &
plus recherchées , ôc quand on en trouve une do la groffeur d’une noix , elle
” vaudra quelquefois plus de cent écus. Les Portugais fur toutes les autres na-
** rions font grand cas du Bezoar, parce qu’ils font toujours fur leurs gardes les
uns contre les autres^ craignant qu’un ennemi ne les veuille empoifonner.
” Mais ne pouvant fouferire à M. Tavernicr en ce que s’il avoic veu autant
d’animaux portant le Bezoar, comme il dit en avoir veu, il n’auroit pas maï-
qué d’en faire graver la figure comme il a fait celle du Mufe, c'eft le fujet
pour lequel j’ay mieux aimé m’en rapporter à M. du Renou , qui marque
dans fon Livre à la page 451. “ C’eft un animal très agile , qui faute de rocher en ro -
cherà fon aife^ fort cruel & qui tue bicnfouventlcsChaffeurs Indiens quand ils le
*> preffent par trop:outre plus il a les ongles des pieds fendus en <leux,ni plus nimoins
qu’une Chevre, fes jambes font affez groffes,fà queue courte ôc retroufrce,fbn corps
î) velu comme celui cl’unBouc,mais d’un poil beaucoup plus court,qui eft de couleur
cendrée tirant fur leroux,ou plutôt de couleur de ventre de Biche, fa tête cft quafi
i
des Drogues, Livre Premier. 13
comme celle d’un Bouc & eftarmé de deux cornes fort noires , creulès en la par-
,j tieinferieure&renvcrfées, prerquequaficommecouchéesrur le dos, fur lequel
„ elles font une angle obtus, en fe réüniiïanr. Ce que je puis alTurer eftre vray,
daucanc mieux que j’en ay veudcuxàCoubcrc au Château de Monfieur le Ma-
re'chal de Vitry ,& de plus ce qui confirme encore le dire du fieur du Renou,
ceft que j ay recouvert les quatre pieds, la corne & la tunique de cet animal,
dont la corne & les quatre pieds fe rapportent en tout à ce qu’en dit le fieur du
Renou j pour ce qui eft de la tunique c’eft une des grandes curiofitez qui fe
foit veué depuis long-temps en France, au rapport de tout ce qu’il y a d’habil¬
lés gens.
Cette Tunique marque'e cy-defius A eft de la grofleurd’un ceuf d’Oye, garnie
au dehors d’un poil rude, court, d'une couleur tannée, laquelle cftant coupée
en deuXjils’y rencontreune cocque, marquée cy-dcfllis B. mince & brune.,qui iert
de couverture aune autre cocque blanche & dure comme un os, marquée C. ou eft
contenue cette pierre, à qui on a donné le nom de Be:^oar. Voilà qui eft bien
contraire à ce que tous les Auteurs en ont écrit, & je n’aurois pas le front d’a¬
vancer une chofe pareille, fi je n’avois l’original à la main, qui fait que c’eft
une neccflïté abrolue qu’il ne fe peut pas rencontrer plus d’un Bezoar dans le
ventre de chaque animal, par la grofteur que cette Tunique eft; & c’eft appa-
rament le grand nombre de ces animaux qu’il fe rencontre fans Bezoar, qui
en fait la cherté.
Qu^y qu’il en foit, le beau & bon Bezoard Oriental doit eftre luifant, d’une
bonne odeur ,tiranjç: à celle de l’Ambre gris, doux à la main , & qu’en le frot¬
tant fur un papier frotté de cerufe, il la faffe devenir jaune, la moins brifée &c
remplie de morceaux mal faits qu’il fe pourra, & prendre garde qu’il n’y en
aye de contre-fait mêlé avec le bon, fur tout lors que l’on en achcpee de grof
fes parties ; car plus il eft luifant , gros , uni & bien rond , plus il eft eftimé j mais
à l’égard de fà figure, elle n’eft d’aucune confequience pour l’ufage de la méde¬
cine, non plus que la couleur , en ce quelle eft: fort bigeare , y en ayant de
rond, de long, tortu , boffu , uni , graveleux , de blanc , de jaune, de gris ;
mais fa prÿ^cipalle couleur & qui le rencontre le plus ordinairement eft la
couleur d’Clive.
L’ufage du Bezoar eftoit autre- fois for^c frequent, mais prefentement,
on ne fçait prefque plus ce que c’eft, à caufe de la mifere du temps, ou de fa
cherté, ou parce que la mode en eftpa(rée,quoy que ce foit neanmoins un fort
excellent remede , tant pour garantir le cœur du mauvais air, que pour ceux qui
ont la petite verole, ou autres maladies peftillentielles. On l’eftime aufti fort
propre contre les vertiges , l’épilcplic & palpitation de cœur , la jauniflé , la co¬
lique ,Ia dyffenterie, la gravelle -, contre les vers, les fievres malincs, pour faci¬
liter l’accouchement & contre les poifons -, ladoze eft depuis quatre grains juf-
qu’à fix & douze en poudre dans quelque liqueur appropriée à la maladie: Les
belles qualirez de cette Pierre font caufe que les Hébreux luy ont donné le
nom de Bel Zaard, qui lignifie maître du Venin.
Du Bexpar Occidental.
Le Bezoar Occidental différé de l’Oriental, en ce qu’il eft ordinairement
plus gros , s’en trouvant quelque fois de la grofteur d un petit œuf de
poule: il eft aufti de diverfes couleurs, mais le plus fouvenr d un blanc grifatrcj
il eft: aufti formé par écailles comme le precedent, niais beaucoup plus épaiffes^
B lij
llfereneomre
quelquefois du
Bezoar Orien¬
tal, patfemc de
paillettes d’or ,
qui doit eftre
préféré à tout
autre.
14 Hifloire generale
S>c cftant ca’lTé il paroît comme s’il avoir efté fublimé, en ce que l’on y voit
reluire quantité de petites éguilles, comme celles du fcl de faturne, & le deffus
cft doux & fort uni, d'un gris rougeâtre.
Ce Bezoar nous eft apporté du Pérou, ou il fe trouve quelques-unes de ces
Chevres, Cerfs , ou Animaux portant le Bezoar, & comme l’on n’en trouve que
rarement dans le ventre de ces animaux , c’eft ce qui fait que nous n’en voyons
que très peu en France; il a auffi une odeur très fuave,& même plus forte que
le Bezoar Occidental. Or comme ce Bezoar efl: fort rare, les Hollandois ou
autres nations en font un avec une pâte grife, qu’ils mettent en boules rondes
de telle grofleur qu’ils fbûliaitenti& je puis aflurer en avoir vû un, de la grof-
feur d’une boule à joüer au Mail, qui cftoit au milieu d’une foucoupc de vq:-
meil doré, &: qui efioit attaché d’une manière qu’il ne pouvoir pas remuer,
cftant dans les liqueurs que l’on vouloir mettre dans cette foucoupe ,pour faire
infufer avant que de boire.
Le M u s c eft un animal qui approche affez de la couleur & figure d’une
Biche, fl ce n’eft qu’il ale corps plus long, fuivant une peau que j’en ay
veuë à Roüen chez le fieur Nicolas Rondeau. Il y a quantité de ces animauj^
aux Royaumes de Tunquin & de Boutan , & en plufieurs endroits de l’Afie.
Ce que nous appelions Mufe, eft unfang corrompu qui s’amaftefous le ven¬
tre de cet animal en forme d’apoftume, & lors quelle eft meure, cette bête a
l’inftinâ: de s’aller frotter contre quelque arbre pour fc la crever , & ce fang
pourri cftant deftcché au Soleil, il acquiert une odeur forte & aftez dcfagreable,
qu’il doit avoir quand il eft pur , 5c qu’il n'a pas pafte par les mains des Juifs tant
d’Hollande, que des autres endroits, ou par les mains de quantité de gens qui
des Drogues , Livre Premier. i?
le (ophiftiquent avec de la terre, du faiig delTcché & autres vilenies.
On fera aulTi dcfabufe de croire que ce font les rognons de l’animal, comme
quelques-uns le veulent, & que cet animal fe châtre lors qu’il eft pourfuivi/çaehant
bien qu’on ne le veut prendre que pour avoir fes teibcules, mais cela vient de
ce que ceux qui le mettent en vefTies, les taillent en figure de rognons. D’au¬
tres veulent que le Mufe foit un fang meurtri, qui s’engendre par tout le
corps de cet animal par le moyen des coups de bâtons qu’on luy a donné
& on le met enfuite dans des morceaux de fa peau que Ton coupe &
coud en figure de rognons; mais comme ces deux origines de Mufe me parod¬
ient fort bigaréesjj’ay jugé à propos de rapporter ce qu’en a écrit M. Taver-
nier à la m €316. de Ton lécond Tome, afin que le Lecteur puilTe prendre le
parti qu il Ibûhaitera.
JJ La meilleure forte & la plus grande quantité de Adufe vient du Royaume
JJ de Boiitan ^d’où. l’on le porte à Patna principale Ville de Bengale , pour nego-
cier avec les gens de ce pays-là. Tout le Mufe qui fe négocié dans la Perle,
„ vient de là, & les marchands qui négocient de Mufe, aiment mieux que vous
leur portiez de l’ambre jaune & du corail , que de l’or ou de l’argent, parce
„ qu’ils font grand cas de ces deux chofes.
„ Après qu’on a tué cet animal, on luy coupe la vcllic,qui paroît fous le ven-
,, tre de la grolTeur d’un œuf, & qui eft plus pioche des parties génitales que du
J, nombril. Puis on tire de la vellie le mufe qui s’y trouve, & qui eft alors corn-
„ me du fang caillé. Quand les Payfans le veulent falfifier, ilsjmettent du foye
JJ & du làng de l’animal hachez cnfcmble : en la place jdu Mufe qu’ils ont tiré.
Ce mélangé produit dans les vcfiîe§ en deux ou trois années de temps, de cer¬
tains petits animaux qui mangent le bon mule, de forte que quand on vient à
** les ouvrir, on y trouve beaucoup de dechet. D’autres payfans quand ils ont
” coupé la veflîe, & tiré du mufe ce qu’ils en peuvent tirer fans qu’il y paroiffe
trop, remettent à la place de petits morceaux de plomb, pour la rendre plus
jj pelante. Les marchands qui l’achetcnt & le tranfpoitent dans les Pays étran-
gers aiment bien mieux cette tromperie que l’autre; parce qu’il ne s’y engen¬
dre point de ces petits animaux. Mais la tromperie eft encore plus mal-ailée à
, découvrir, quand de la peau du ventre de l’animal ils font de petites bourfes,
qu’ils coufent fort proprement avec des filets de la même peau & qui rclTeni.
blenc aux véritables veflies ; & ils remplilfcnc ces bourfes de ce qu’ils ont
ôté des bonnes veflîes avec le mélange frauduleux qu’ils y veulent ajouter, à
** quoy il eft difficile que les Marchands puilTent rien connoître. Il eft vray que
” s’ils lioicnt la veffie dés qu’ils l’ont coupée, lans luy donner de l’air & lailTer le
** temps à l’odeur de perdre un peu de fa force en s’évaporant tandis qu’ils en ti.
** rent ce qu’ils en veulent ôter, il arriveroit qu’en portant cette veffie au nez de
’ quelqu’un ,1c fang luy fortiroit auffi-tôt pat la force de l’odeur, qui doit necef.
* fairement eftre temperée , pour fe rendre agréable , fans nuire au cerveau.
” L’odeur de cet animal quej’ay apporté à Paris en eftoit fiforte,quil eftoit impof
fible de le tenir dans mes chambres; il entêtoit tout le monde du logis, & il
fallut le mettre au grenier, où enfin mes gens luy coupèrent la veffie, ce qui
n’a pas empêché que la peau n’ait toujours retenu quelque chofe de l’odeur.
On ne commence à trouver cet animal , qu’environ le 56. degré; mais au 60.
il y en a grande quantité, le pays eftant rempli de Forefts. Il eft vray qu’aux
JJ mois de Février & de Mars , apres que ces animaux ont fouffert la faim dans le
JJ pays où ils font , à caufe des neiges qui tombent en quantité jufqu’à dix ou
i5 Hiftoire generale
douze pieds de haut, ils viennent du côté du midy jufqu’au 44. & au 45. degré
pour manger du bled ou du ris nouveau j ôc ceft en ce temps-là que les pay¬
sans les attendent au paflage avec des piégés qu’ils leur tendent, & les tuant à
coups de fléchés & de bâtons. Qi^lques-uns d eux m’ont aflûré qu’ils font fi
maigres & fi languiflans à caufe de la faim qu’ils ont fouflcrtc , que beaucoup
fc laiflTent prendre à la courfe. Il faut qu’il y ait une prodigieufe quantité de
CCS animaux, chacun d’eux n’ayant qu’une veflie,&: la plus grofle qui n’efl: or-
<linairement que comme un oeuf de poule, ne pouvant fournir une demi-once
de mufe. Il faut bien quelquefois trois ou quatre de ces veflies pour en faire
une once.
Le Roy de Boutan , craignant que la tromperie qui fe fait au muf?mefit cef-
fer ce négoce, d’autant plus qu’on en tire aufli du Tunquin& delà Cocinchi-
ne qui eft bien plus cher, parce qu’il n’y en a pas en fi grande quantité ^ ce Roy
dis je , craignant que cette marchandife falfihée, ne décriât le commerce de
fes Etats, ordonna il y a quelque temps que toutes les veflies ne fèroient point
coufués, mais qu’elles feroient apportées ouvertes à Boutan ,qui eft le lieu de fa
refidence,pour y cftrevifttées & fcellécs de Ion Iceau, Toutes celles que j’ay
achetées eftoient de cette forte , mais nonobftant toutes les précautions du Roy
les payfàns les ouvrent rubtilemcnt,& y mettent commej’ay dit, de petits mor¬
ceaux de plomb -, ce que les marchands tolèrent , parce que le plomb ne gâte pas
le mufe, ainfi que j’ay remarqué, & ne fait tort que pour le poids.
On choifira le Mufe en veflies bien lec, & que la peau qui l’envelope foie
mince, parce qu’il y en a ou il y a plus de peau Ôc de poil que de marchandife,
Sc que certe peau loit peu garnie de poil ; qu’il loic de couleur brune , qui eft
la marque des véritables veflies ou rognons de Mufe deTunquin,qui eftbeau-
coup plus eftimé & meilleur que ccluy de Bengale, qui eft envelopc de vefl
fies garnies de poil blanc. Le Mufe feparé de fon envelope, fera choifi bien
fec, d’une couleur tannée, d’une odeur forte Ôc infuportaDle , d’un gouft amer
ôc le moins rempli de grumeaux , durs ôc noirs , qu’il le pourra 5 & lequel cf
tant mis fur le feu , brûle ôc fc confume; quoy que cette réglé ne foie pas ge¬
neral, n’eftant bonne que pour ccluy qui eft mélangé de terre, car celuy qui eft
mélangé de fang, le feu n’y fait rien: d’autres veulent que le bon Mufe doit |et-
cer une graifle en le preflant entre les doigts j neanmoins comme c’eft une mar¬
chandife fort difficile à connoître,& que les plus fubtils y font attappez ; cela
a donné occafion à quantité de perfonnes de le mélanger , ôc pour cela même
l’on ne doit pas s’attacher au bon marché, mais faire en forte de l’achcptcc
d’honnétes marchands , ôc rejetter entièrement tous ces mufes que plufieurs
Colporteurs vendent en veflie ôc hors de veflic, en ce que ce n’cft que de l’or¬
dure , ôc pour couvrir leur friponnerie ôc perfuader aux perlonncs , qui en achètent
qu’ils en font bon marché, ils leur font accroire qu’ils l’ont apporté du pays
eux mêmes , Sc qu ils en ont fauvé les doüanes , qui font à la vérité fort grofles,
ou qu’ils font matelots & que leur Capitaine le leur a dîonné pour recompenfc;ou
par d’autres raifons qu’ils allegucnt,ilsont l’adreffedc fe défaire de leurs méchan¬
tes drogues ,& donner plus de marchandife pour vingt fols, qu’un honnête
marchand n’en donneroit pour 10 liv. ôc avec tout ce bon marché ne laiflenc
. pas d’y faire un grand gain. Je dis donc qu’à l’égard de celuy qui eft mélangé
de terre, il fera facile à connoîtrc; parce que fi l’on en met tant foie peu fur du char¬
bon allumé, s’il y a de la terre elle reftera; ôc qu’au contraire , s’il eft mélan¬
gé avec du fang , ou du foix de cet animal , il ne reftera que fort peu de
cendre
des Di'ogues, Livre Premier. 17
cendre, OU poudre grife; qu’il faur rejetcer aufli bien que celuy donc lodeur efl:
agréable j en ce qu’il n’acquiert cccre bonne odeur, que lors qu’il eft addition¬
né de quelques drogues qui en e'cartenc les parrics.
L’ulâge du Mufe n’eft pas fort frequent dans la médecine, à caufe qu’il eft
extrêmement contraire aux femmes, mais bien chez les parfumeurs j & il s’en
faut bien que l’on en employé prefencement autant que l’on failbic le temps
pafle, à caufe que les Parfums ne font plus fi en régné.
Les Latins ont donné divers noms au Mufc; fçavoir, Mofehus , Mofehius I
■Mojchi Caj^roelus , Dorcas Mofehi, Ga'^^elU parce que les anciens ont ap¬
pelle l’animal qui porte le Mufc,G^:^e//e.
CHAPITRE V.
De la Civette.
Cacette
La Civette eft une liqueur onélueufe & epaifle qui fc trouve dans
une poche qui eft fous la queue & proche l’Anus d’un animal, fcmbla-
ble àtn Chat d’Efpagnc ,’mais beaucoup plus fauvage, & grand carnaefer; cet
animal porte aufli le nom de Civette, & eft fort commun dans la Chine, aux
Indes tant Orientales qu’Occidcntalcs,& même en Hollande.
Les Auteurs font extrêmement partagez fur la nature de cet animal , & fur
ce que nous en tirons. Mais comme mon but n’eft pas de répéter ce qu ils ont
écrit, je diray ce que j’en ay pratiqué moy même fur une Civette que j ay eu
vivante pendant un an , reprefentée cy - deffus. Elle avoir efté apportée de
la Chine par une perfonne de la fuite des Ambaffadeurs de Siam, qui Payant
donnée à un de mes amis, celuy cy m’en fit prefentenl’anne 1688. Ayant donc
gardé cet animal pendant quelques jours,j’apperceusqucle mur& les barreaux
qui rcnfermoicnt,eftoicnc tout remplis d’une humeur onélueufe , epaifle & fort
brune , d’une odeur forte ôc défagrcable, fl bien que pendant tout le temps
IJ. Partie. ~ G
La Civette ai¬
me extraordi¬
nairement les
méchantes o-
dcutSi audibiea
que les Rats 3C
les Souris.
Civette d’Hol-
lanac.
Civette de
Guynéc ou du
Brtiil.
Civette Occi-
doitalle.
i8 Hiftoire generale
que je garday cette bête, je la faifois curer cous les deux jours, non pas fans pei¬
ne nyfans rilque, en ce que cela luy caufoit quelque douleur, ou du moins de
1 appiehenfion-, & ayant fait cela pendant quelques mois, j’en ramalTay la valeur
d*une once ôc demies ellant certain que ü l’on y avoit apporté tous les foins
ncccfTaires , & que l’on eut pu empêcher cette bête de fe frotter , l’on en eût re¬
cueilli bien davantage j mais ce qui me fît négliger l’une & l’autre , c’cfl que
la couleur de cette drogue n’accommodoit pas ceux àqui jela montrois ,quoy
quelle n’euft pas moins d’odeur, & qu’elle fuft du moins aulTi bonne que celle
que l’on nous envoyé d’Hollande.
Il n’y a donc nulle raifon de croire que la Civette foit la fiance ou la Tueur
dccct animal, comme quelques- unsl’onc cru, & qui même ont écrit que cet
animal ne rendoit point de Civette qu’aprés avoir cfté bien battu ; ôc que
plus il eltoic en colere, & plus il rendoit de civette fous Ton ventre &c encre
lès jambes, ce qui eft bien contraire de la vérité, ainfi qu’on l’a pû remar¬
quer par ce que j’en ay dit; & à l’égard de la couleur blanche qui fe rencontre
en celle d’Hollande, cela ne provient que de ce que les Hollandois qui en font
un grand négoce, nourriffent ces animaux de lait & de jaunes d’œufs.
Outre la Civette d’Hollande, il nous en vient quelques fois du Brefil qui
eft brune, toute fcmblable en couleur & en odeur à celle que j’ay tirée de ma
Civette, &l’on luy a donné le nom de Civette de Guinée ou du Brcfîl.
Il y en a encore une troifiéme appellée Civette Occidentale, dont je nepar-
leray point pour eftre trop commune, Ôc pour n’avoir aucune relation à ce cha¬
pitre, renvoyant le Ledleur à quantité d’Auteurs qui en ont .écrit.
On doit choifir la Civette, nouvelle, d’une bonne confîftance, c’eft à dire,
qu’elle ne foit ny trop dureny trop molle, d’une couleur blanche, d’une odeur
forte ôc affez defagreable. Cette marchandife n’eft pas moins difficile à con-
noîrre que le Mule. C’eft pour ce fujet que les Hollandois ont foin de mettre
fur les pots de Civette de petits imprimez, ou des billets écrits à la main en leur
langue, pour faire foy qu’elle eft pure Ôc non falcifiée ôc qu’elle eft comme elle
fort de la poche des Civettes: mais la plus grande connoiifance que l'on en peut
avoir, c’eft de l’achepter d’honrkêtes marchands, fans s’arrêter, ny aux écri¬
teaux, ny à la couleur, en ce qu’elle peut eftre d’une couleur dorée, Ôc eftre bon¬
ne j car pour le peu que l’on la garde, quand même les pots n’auroienc jamais
efté ouverts, le deffius ne laiffe pas, de blanc qu’il eftoit, de devenir jaune ôc
doré, en forte que plus elle vieillit*, plus elle brunit.
Quantité de perfonnes foûtiennent que quand on a frotté un papier de Ci¬
vette ôc que l’on peut écrire deflus, c’eft une marque infaillible qu’elle eft na¬
turelle, ce que j’ay trouvé bien faux, pour l’avoir éprouvé plufieurs foi^ Ainfi
outre le foin que l’on aura de l'achepter de marchands de probité, on prendra garde
fi en la gardant elle ne fe moifît ôc ne fe corrompt point, parce que celle qui eft
mélangée , en la gardant fe chanfit deffus , ou deffous -, principalement quand
il s y rencontre du vuide,ôc elle devient d’une odeur rance ôc affez defagreable: ôc
lors que cela arrive à ceux qui l’ont falcifiée ôc qu’elle eft hors de vente , tant
pour fa méchante couleur , que pour l’odeur differente de la véritable Civette-, ils
la colorent avec quelque drogucs,Ôc s’en défont enfuite fous le nom de Civette
de Guinée, ce qui fe connoîtra facilement par fa couleur rougeâtre qu’ils luy
donnent ordinaiiement, ôc en fè défiant des écriteaux imprimez en Hollandois
ou en François , qu’ils y mettent , qui ne fervent qu’à couvrir leur friponne¬
rie, ôc à tirer vingt ou vingt-deux livres d’une once de marchandife qui ne leur
revient pas à quarante fols.
des Drogues, Livre Premier, 19
On ne (è fert que très peu de la Civette en Medecine : ainfi Ton principal
ufage cû pour IcsConfilTeurs & Parfumeurs , qui s'en fervent pour parfumer &
donner de l’odeur à plufieurs ingrediens. L employ de cette marchandife fe doit
faire avec bien de la modération , en ce que pour peu que l’on excede la jufte
quantité qu'il en faut mettre, au lieu de rendre une odeur fuave & agréable, elle
en communiqueroit une trcs-mauvaife.
CHAPITRE VI.
Du Ca/Ior.
Le Castor ou Bie'vre, nommé des latins Cajlor ou Fiher^ eft un animal à
quatre pieds, que l’on met au rang des Amphibies , qui vivent également
lur la terre & dans l’eau. Il fe nourrit fur terre de divefs fruits, defcüiiles & d’é¬
corces de quelques arbres, & fur tout des Saules-, & dans les grandes Riviè¬
res , il vit de PoifTons ou d’Ecrevifles qu’il peut attraper. Cette diverfîté d’ali-
mens eft caufequefes membres de derrière jufqu’aux côtes, ont le gouftdepoif-
fon ,& qu’on lesmange comme tels, les jours maigres, & tout le refte du corps
qui a le gouftde viande , dont Ton ne doit ufer qu’au temps de chaî nage.
Le Caftor à la tête prefque femblable à celle d’un Rat de Montagne , mais
un peu plus grande &: proportionnée à la grandeur de fon corps, qui eft maf-
fif, & à peu prés de la grandeur & grofteur d’un cochon de fix mois; il eft ar..
mé de bonnes & aftez grandes dents, dont celles de devant font incifoires; fon
col eft long d’un demy pied , fon corps dun pied& demi jufques a deux, fon
ventre aftez grand, & fes jambes courtes, fur tout celles de devant; il a les
pattes de devant fcmblablesà celles du Blereau,& celles de derrière a celles des
Cignes.Toutefa peau eft couverte de deux fortes de poil fort doux, 1 un un peu
plus long que l’autre-, celuy là eft de la couleur deceluy des Loutres dans fà fu-
perfîcie, mais grisâtre au dedans, ce qui paroîtlors qu on a arraché le plus long
//. Partie. C ij
20
Hiftoire generale
poil que loti n’a laifTé que le fin duvet, qu’on employé à faire les Chapeaux
de Caftor.
Tous les Caftors ont la queue plate, cchancrce, joignant fa racine, large
<lc quatre doigts, cpaifie d'un pouce, longue d’un pied : elle à la couleur , &
prefque la figure des Soles, &c elle eft (oûtenuë par de fortes vertèbres , arti¬
culées les unes avec les autres jufqu’au bout de la queue.
Le Caftor cftant redoutable par les fortes dents, il femble que la nature ait
echancré fa queue vers la racine, pour le l^ifir ou le lier par là, & pour s’en af-
furer & le conduire là ou l’on veut. La queue des Caftors de France, eft tout à
fait dénuée de poilj mais j’ay en mon pouvoir la peau d’un Caftordc Dantzic,
avec toute la queue, qu’un amy ma vendue, dont le poil couvre la longueur de
quatre à cinq pouces le commencement de la queue, & le furplus eft làns poil.
Je n’encreprens pas de contefter l’exiftence des petits tefticules, aftbrtis de
tous leurs vaifleaux neceftàires à la génération , que Meftieurs de l’Academie
Royale des Sciences, découvrirent il y a quelques années au dedans des cuiftes
êc prés des aines d’un Caftor, qu’ils diftequoyenc j mais n’ayant jamais vû met¬
tre ces petits tefticules au rang des drogues, ny vendu pour Cafioreum , autre
chofe que cette partie de l’animal que les anciens ont nommé fihri tefles^ fans
me mettre en peine fi ce font vrays tefticules ou non, ne s’agiftant pas icy delà
génération, il me fuffit d’en donner une defeription jufte & exaéle, laquelle je
crois d’autant plus neceftàircjque jene fçache aucune partie d’animal plus fujet-
teà eftre fophiftiquée que celle-là.
On appelle Cafioreumy la fiibftancc charneufe , contenue au bas de deux
CiRorcum bourfcs, cgalcs , diftiiidcs , placécs latéralement Time prés de l’autre &
enveloppées d’une bourfe commune, un peu plus grande, fichée au deflbus du
fondement de l'anhnal, entre Tes deux cuiftes , couverte de la tunique commu¬
ne, qui enveloppe tout le ventre, & y reprefentent extérieurement deux icf-
ticuleSjfort femblables à ceux des Pourceaux, ou des Verrats, lefquels quoy
qu’internes’, on peut diftinguer au travers delà peau, & même prendre à la
poignée, quoy qu’ils ne foient pas pendans , comme le font la plufpart des
tefticules des autres animaux. Ayant ouvert cette tunique velue , on y trouve
la première bourfe commune, & dans icelle, les deux diftinétes moyennes l’une
& l’autre qui contiennent lamatierequ on nomme & qui reprefentent
enfemblc deux vrays tefticules d’animal.
On a accoutumé de lier ces deux bourfes^ en l’état auquel on les trouve,
par leur col, & de les pendre fous Fa cheminée, les y laiftànc, jufqu’à ce qu’el¬
les foient bien deftechées , & la matière contenue tout à fait endurcie, & que
la bourfe extérieure ait contracté une couleur brune.
Ouvrant alors ces bourfes internes, on trouve dans la partie baffe de cha¬
cune une matière charneufe, folide, pulverable, de couleur approchante de la
Candie, entrelaftee & entrecoupée défibres & de membranes fort déliées,
& d’une odeur extrêmement forte. On trouve aufli dans chacune de ces moin¬
dres bourfes, un peu au dcfîus de la matière charneufe, une autre bourfe enco¬
re diftinéle, mais beaucoup plus petite, adhérente à celle qui l’enferme , qui
contient une humeur ondueufe, d'une odeur aufti forte que le refte, laquelle
eftant nouvelle, retire à de beau miel preft à fc coaguler, mais prend la couleur
^l’épaifteur du fuif, lors quelle vieillit.
Ce font là les vrayes marques du Cafloreum , que nous vendons , pour ena-
ploycr dans la Theriaque ou dans le Mithridat, & dans plufieurs autres corn-
pofitions & remèdes céphaliques, ou hyftcriques-, ce que je certifie véritables,
21
des Drogues , Livre Premier.
pour en avoir beaucoup acheté & vendu, & pour cftre certain qu’aucune per-
lonne entendue n’oferoit me contredire. Mais j’en pais encore parler avec beau¬
coup plus de certitude fur ce que M. Charas, ayant autrefois habité alTez prés
du Rône, & des lieux où l’on prend de temps en temps quelques uns de ces
animaux, me confirmant toutes ces chofes, m’a afiuré d'avoir alors acheté de
la fille d’ un payfan, les bourfes d'un Caftor, tirées nouvellement du corps de
l'animal j lefquclles eftans de couleur de chair & relTcmblans à delà chair, rem-
plilToicnt une alTez grande écuelle , & quoy que la fille qui portoit vendre ces
bourfes nofafl: pas les nommer par leur nom , il les connut bien-tôt par leur odeur
forte; fi bien qu’ayant achep/lç ces bourfes, & les ayant liées par le col en les
pendant fous la cheminée, elles parurent comme deux tcfiicules ; dont en
fe fechant, elles conlerverent & retinrent la figure ; & eftant bien fcches elles
peferent quatorze onces ; apres quoy les ayant ouvertes , il y trouva les
parties du dedans telles que je les ay décrites. Il m’a encore alTuré qu’ayant
quelque temps apres demandé au même payfan un Cafioren vie, il le luy por¬
ta au bout de quelques jours dans une cuve, conforme en toutes chofes à la
defeription que j’en ay donnée, & principalement aux bourfes , lefquelles eftant
fituées au même endroit que le font celles des Verrats, eftoient fi greffes , qu’il
luy eftoit impolTible de les bien empoigner.
Les Caftors eftans de diverfe grandeur, leurs bourfes y correfpondent, d’où
vient, que les achetant fcches, on en trouve qui pefent quatre onces , les au¬
tres fix, les autres huit, les autres douze, & les autres jufqu’à feize.
Ces animaux font ordinairement leur retraite dans des cavernes ou grands
creux qu’ils trouvent dans les bords des grandes rivières, & entr’aurres duRô-
ne, de la Lifere & de l’Oifc en France , où l’on en prend q^uelque fois , mais
on en prend beaucoup plus le long de l’Elbe , & de pluficurs autres gran¬
des rivières de la Pologne 6c de l’Allemagne, &i fur tout de la grande rivicre
de Canada.
La cherté du Cafloreumt&c l’avarice de certaines perfonnes de mauvaife foy,
les porte à faire leurs efforts pour le contre faire ; Ces gens font un mélange de
poudre de vray Caftor & de gommes qu’il n’cft pas befoin de nommer, donc
ils rempliftent des bourfes qui ont contenu des tcfticules d’Agneaux,* ou de Che¬
vreaux, & les ayant liées & pendues quelque temps fous la cheminée , lors quel¬
les font bien endurcies, ils les vendent pour véritable Caftor à ceux qui n’en
fçavcnt pas faire le difeernement; mais il cft très aifé d’en découvrir la trom¬
perie, en fendant ces bourfes & y cherchant les marques que j’ay données, donc
la plus eftentielle eft qu’on n’y trouvera ny fibres, ny pellicules , naturellement
entrelaftees, & qu’au lieu qu’on peut piler 6c paffer au tamis de foye le vray
Cajîoreum, &i voir refter fur la foye pluficurs petites membranes: les gommes
ny pouvant pafter, y relieront en maffe, fans pellicules.
]e laifte à part ce que pluficurs Auteurs renommez ont écrit du Caftor, que
fe voyant pourfuivi par les Chalfeurs, il coupe ou arrache avec les dents festef
ticu1cs,& les leur jette pour rançon; veu qu’il ne luy eft non plus poftiblc de
ployer fon corps & d’y atteindre de fes dents , qu’il le feroic à un Sanglier ôc
que ne s’éloignant pas des rivières , il luy cft très facile de s’y aller plonger.
On recommande beaucoup le Caftor diverfement préparé contre les mala¬
dies du cerveau & celles de la matrice, tant intérieurement qu extérieurement.
On employé fa liqueur ondueufe en on6lion,& dans la compofition de l’huillc
ùe Caftor.
J* Il a cfté dilTequc un Caftor à l'Academie de&Scicnccs, qui eftoit long de
C iij
Il
Hiftoire t^eneralc
” trois pieds ôi demi depuis le mufcau jufqu’à l’extremicé de fa queue , fa plus
grande largeur eftoic de douze pouccs,«3«: il pefoit plus de trente livres, fa cou-
” leur elloic brune ôc fort luifante, tirant fur le Minime, fon plus long poil elloic
d’un pouce & demi, délié comme des cheveux , & le plus court diin pouce ,
** doux comme le duv-ct le plus fin , fes oreilles efioient rondes , & fort courtes,
fans poil par dedans, velues par dehors: il avoic quatre dents incifives , com-
” me les Ecureils,les Rats,&: autres animaux qui aiment à ronger ^ la longueur de
** celles d’en- bas cfioit de plus d’un pouce, ôc celles d’enhaut qui fe gliffent au
’’ devant des autres, ne leur ertoienc pas direéfement oppofcejiTiais eftoientdifpo-
’’ fecs à agir à la maniéré desoizeaux, enpaffant l’un Contre l’autre, & eftant fore
” tranchantes par le bout & taillées en bizeau j leur couleur elloit blanche par
'' dedans & d’un rouge clair par dehors tirant fur un jaune de fafran batard : il
avoit feize dents molaires , huit de chaque côte'. Les doigts de derrière cfloienc
joints par une membrane , comme ceux d’une Oye , ceux de devant efloicnt
fans membrane lémblables à ceux des Rats de montagnes , & ils s’en fervent
’’ comme d’une main, de même que les Ecurcils; fes ongles eftoient taillez de
” biais & creux par dedans comme des plumes à écrire. La queue de cet animal
” tient plus de la nature du poifTon, que de celle des animaux tcrrelles, aufli
*’ bien que fes pieds qui en ont le goull-, elle cftoit couverte d écailles de l’épaif-
” feur d’un parchemin, longues d’une ligne & demy ôc d’unefigure hexagone, ir-
reguliere qui formoient une épiderme ou pellicule qui les joignoic cnfemble ;
” elle avoit onze pouces de long Ôc eiloit de figure ovale, large en fa racine de
quatre pouces & de cinq au milieu, cet animal s’en fert avec fès pieds de der-
ricre i nager, elle luy fert auffi de battoir pour battre le mortier, dont il abc-
foin quand il fe bâtit une maifon, cjui a quelque fois deux ou trois étages. Scs
tcfiicules n’efloient pas attachez à l’épine du dos comme difent Mathiole,
Amatus, Lufitanus & Rondelet, mais ils eftoient cachez aux parties latérales de
l’os pubis, à l’endroit des aines, & ne paroilToient point au dehors non plus que
la verge , & l’on ne peut les retrancher fans le faire mourir. Il avoic qua-
tre grandes poches fuuées au bas de los pubis j les deux premières plus élevées
quelesdeuxaucresavoienclafigured’une poire ou d’un V fort ouvert, & fecommu-
” niquoienc cnfemble j elles avoient une tunique intérieure charnue, d’une cou-
leur cendrée, rayée de plufieurs lignes blanches, quiavoieric plufîcurs replis fem-
” blablcs à ceux de k caillette d’un mouton, & de l’étendue de deux pouces, on
” y trouva les reftes d’une matière grisâtre, qui avoit une odeur foctidc, & fort ac-
cachée; c’eft là le Cafloreum donc on parle tant.
On doit choifîr le Caflor , ou Cafloreum , vray Dantzic comme eflant
beaucoup plus gros & d’une plus forte odeur , que celuy de Canada, qui cft
ordinairement fec, kle , & prefque de nulle odeur ; que les rognons en font
gros, pefans, & bien charnus; & prendre garde qu’ils ne foient remplis de
miel, ou autres vilenies, comme j’ay déjà dit; ce ejui fe connoîtra facilement
ence que ceux qui en font remplis, font bourfouflez , unis,luifans, & pour peu
que l’on les preffes, il en fort un miel liquide & puant; au contraire de ceux-
là qui font pefans , durs , & qu’en les coupans on trouve qu’ils font remplis
de quantité de petits filamens, & qu’ils font d’une odeur forte & pénétrante.
A l’égard du poil de Caflor dont on fait des Chapeaux, c’efl une des belles
& riches marchandifes c]ue nous ayons en France , & qui paye de plus gros
^ droits: & comme ces Peaux garnies de leur poil, font aufli en quelque façon
caft”?* partie de nôtre négoce; c’efl le fujet pour lequel on les choifira ; fçavoir, les
Caflors gros, maigres, que le* poil en foit long, doux , & foyeux , & les gras
des Drogues, Livre Premier. 23
doivent aufli avoir le poil doux , & foyeux , & que le cuir en foie moilleux comme
celuy d’un LieVre nouvellement tue'. Le Caftor gras j cft beaucoup plus cftimé
que le maigre.
CHAPITRE VIL
Dâ L’Elan.
\ I JClaJzè
L’Elan eftun animal fauvageî qui fe trouve fort communément dans les
pays froids, fur tout en Suede, en Norvège , en Canada, & autres en¬
droits. Cet animal eft de la hauteur d’un Cheval de Carofle,ou d’un grand
Bœuf, il a la tête fort grofle , les yeux étincelans , il porte un bois femblable
à celuy du Daim, il a les jambes hautes & menues , les pieds noirs & fendus
comme ceux d’un Bœuf ou d’une Vache, à l’égard de fbn poil il eft aflèzdoux
d’un jaune noirratre. Je ne m ’arrefteray point à décrire ce que quantité d’Au-
teurs ont dit touchant cet animal j je diray feulement que le nom d’Eland ou
Elan , luy a efté donné par les Allemands , qui fignifie Mifcre^ tant à caufe qu’il ne
vit que dans des lieux inhabitez, comme les bois, ou autres endroits, que par¬
ce qu’il eft extrêmement fujetà tomber du haut mal j & auhi - tô.c qu’il en
eft attaqué, il ne manque pas de fe mettre le pied gauche dansfon oreille gauche
pour fe guérir de cette maladie : ce qui a donné ftijet aux anciens de croire ,
que l’ongle ou la corne du pied gauche de cet animal, eftoit un remede fpeci,
fique pour fe garantir de l’Epilepfte^ du haut mal, ou mal caduc, que noqs
appelions ordinairement. Mal de Saint, ou de S. Jean. De tout cet animal,
on nefe fert en Medecine que du pied gauche de derrière, tant à caufe qu’il eft
cftimé, comme j’ay déjà dit, fort convenable pour fou.Uger ceux qui fon atta¬
quez des maladies cy-deflus nommées j C’eft le fujet pour lequel ceux qui au-
*’ont befoin de pied d’Elan , auront le foin qu’il foit véritable , & que ce ne
foie le pied de quelque autre animal femblable, ce qui eft aftez difficile à cpn-
L’Eléphant cft un animal qui furpafle en grandeur & en grofleur tous les
animaux cerreftres, il a beaucoup de connoilTance, d’adrelTe & de docili¬
té, il eft armé d’une longue trompe charnue & nerveufe, qui luy fert de bras
& de main en pluiieurs chofes ; il a aulïi alTez de difeernement pour allonger &
ployer Ton corps pour entrer & forcir par une porte de quelques pieds plusbaf-
l'c que Ton corps , pourveu quelle foie fufEfamment large pour fa grolTeur.
]c ne crois pas qu’il foie necelTaire de faire une plus particulière deferip.
lion de cet animal, puis qu’on en a'fouvent vu dans la plus parc des bon¬
nes villes de la France j je diray feulement qu’on fait venir ces animaux des In¬
des Orientales, & fpecialement du pays du Grand Mogol -, qu’il y en a de mà-
IjTS & de femelles, que ce font les feuls mâles qui font armez de grandes dents
plantées
des Drogues, Livre Premier. 25
plantées au bouc de leurs mâchoires inferieures, car les femelles n’en ont point
de pareilles, & que ces dents font le vray Ivoire, dont on fait tant de beaux ou¬
vrages, & quantité de remedes,ou autres chofes neceflaireà la vie.
Je ne m’arreteray pas à vouloir décrire tous les difeours, foie vrays ou faux^
que les anciens on fait touchant l’Elephant, non plus que les hautes cftimes
que Ion en fait en plufieurs endroits du monde, tant parce que pluficurs Au¬
teurs en ont parlé, & que cela feroic trop long , & ne regarde aucunement la
matière donc je traite. Je diray feulement qu’il n’y a efpece d’animal qui vive
plus long-temps*, ce n’eftoic les Dragons volans, donc il y en a de deux
forces J qui les font mourir, ou que l’on les tuent exprès , l’Ivoire feroic beau¬
coup plus rare qu’il n’eft.
Ambroife Paré traite de ces deux Dragons, qui font mourir les Elephans ,
en cette maniéré.
Ces Dragons s’entortillent autour des jambes des Elephans , & enfuice ca¬
chent leurs têtes dans leurs narrines, leurs crèvent les yeux, les piquent & en
fûllenc le fang jufqu’à ce qu’ils foicnc morts.
Be l’Ivoire.
L’Ivoire que les Latins appellent Ebur, font les dents ou plutôt delFenfes
des Elephans mâles, donc le meilleur & le plus blanc vient de la Province
ci Angolle & de Ceilan & autres endroits des grandes Indes.
Le commerce de l’Ivoire ou des dents d’Elephant eft confiderable en France, fiir
tout de celuy qui cft de la bonne qualité, tant pour quantité de beaux ouvrages
que l’on en fait, que pour les remedes & autres chofes, ou il efl: employé. On tire
de l’Ivoire par la cornue, un Efpric , & un Sel volatil qui eft eftimé dans les
maladies du cœur & dans celles dü cerveau.
La rapure d’ivoire eft fort ufitéeavec celle de corne de Cerf pour faire despti-
fànnes aitringentes. Et comme cette marchandife eft de peu de valeur à caufe
que les ouvriers qui travaillent en Ivoire , la donnent prefque pour rien : c’eft
le fujet pour lequel elle n’eft fujette à aucune falfification.
Du Noir d Ivoire,
Le Noird Ivoire, eft de l’Ivoire que l’on brûle, & lors qu’il eft devenu noir
on le retire en feuille-, on le broyé à l’eau & on en fait des petits pains
plats ou trochifques,dont l’on fe fert pour la peinture j & à qui on a donné le nom
de iVoir if ’Z-voirr, ou de Velours^ lequel pour cftre de la bonne qualité, il faut
qu’il loit bien broyé, tendre & friable.
Les Appocicaires ou autres, qui pouflent de l’Ivoire par la cornué, au lieu de
jeccer l’Ivoire brûlé qui refte dans la cornue, comme la plupart le font, pour¬
ront le faire broyer & mettre en petits pains ou rrochifques de la maniéré que
je viens de dire, & enfuite le vendre à ceux qui auront befoin de Noir d’ivoire,
ou bien le mettre dans un bon feu de charbon, pour le réduire en blancheur
& en faire ce que nous appelions Spode, ou Ivoire brûlé.
Dragons qui
tuënc les Lie.
pljans,
Il y a au(E
de l'Ivoire ver-
dâcre, qui n’eft
pas le moindre.
Efprit & Sel vo-
latil d'ivoire.
Noir de Vc3
lour,
II. Partie.
O
26
Hiftoire generale
Du Spode.
LESpode,ou Ivoire brûlé ou calciné en blancheur , eft de l’Ivoire que l’on
brûle expiés, afin de le pouvoir employer dans la medecine, oîi il eft re¬
quis.
Le meilleur Spode ell celuy qui eft blanc deftus & dedans , pefant, facile à
cafter, en belles écailles, le moins rempli de menu & d’ordures qu'il fera pof-
fîble. On broyé le Spode fur une écaille de mer ou autre pierre, & on le réduit
en trochifque,qui eft ce que nous appelions Ivoire ou Spode Trochifque ou pré¬
paré. On attribue les mêmes proprietez au Spode Trochifque , qu’au Corail
ou autres Alkali.
Les anciens, outre l’Ivoire, brûloient des Cannes ou des Rofeauxj&ces Can¬
nes réduits en cendre cftoient appellées aufli bien que Tlvoirc brûlée, ou
Autifpodc. ^ntifpode.
Du Rhinocéros.
Le Rhinocéros eft un animal à quatre pieds, de la grandeur d’un
Taureau, dont le corps approche de la figure du Sanglier; il eft ainfi nom¬
me a caule de la corne qu’il porte fur les narines , laquelle eft noire, longue
d’une coudée, dure, pyramidale, folide, & dont la pointe eft tournée vers le
haut, tendant vers le derrière; il aaufti une autre Corne de même couleur &
dureté fiir le milieu du dos, dont la pointe regarde de même le derrière , mais
dont la longueur n’eft que d’une paume. Cet animal a tout fon corps couvert
& armé de fortes écailles, & quoy que beaucoup moindre en grandeur, il com¬
bat contre l’Êlephant , & même il en triomphe quelquefois j tant par fa gran¬
de force naturelle, capable de foûtenir le corps de l’Elephant s’il vouloir tom¬
ber fur luy , que parce qu’il ne cefte de combattre avec la Corne qu’il a fur fes
narines , jufqu’àce qu il ait percé le ventre de fon ennemi avec celle qu’il a fur le
dos.
Le Rhinocéros eft un animal fî doux lors qu’on ne luy fait point de mal qui
fe laifte manier de tous les cotez jufqu’à luy mettre la main dans fa bouche,
fe laifte prendre la langue, ainfi du refte-, ce qui eft bien contraire à ce que les
.anciens en ont écrit, quand ils difent qu’il eft fî farouche, que l’on ne le peut
aborder, & ce que je ne pourrois contredire > fi un de mes amis qui en a vûëun
en Angleterre, ne me l'euft aft'uré.
L’on attribué a l’une & à l'autre de ces Cornes , des vertus égales à celles
de la Licorne, foit en en donnant la raclure en fubftance, ou en infufion ,
depuis un fcrupule jufqu’à deux ou trois, foit en en faifant des taftes pour y
laifter repofer U vin avant que de le boire, ou pour s’en fervir à l’ordinaire,
comme d’un verre à boire, dans la penfée que l’on a que ces taftes empêchent
l’effet de toutes fortes de poifbns.
Les Griffes & le fang du Rhinocéros font fî eftimez des Indiens, qu’ils n’ont
prefque point de remedes plus convenables, pour la guerifon des maladies con-
iagieufes,& s’en fervent comme nous faifons icy de la Theriaque ou autres
antidotes -, de fa peau ils en font des cuiraftes , dont ils fc couvrent pour aller
contre leurs ennemis.
des Drogues^ Livre Premier.
27
CHAPITRE IX.
Du chameau.
Le Chameau eft un animal domeftique fort doux. Il y en a quantité
par toute l’Afrique, & particulièrement dans la Barbarie, & aux Defcrts
Getulie,&de la Lybic. Les Arabes n’ont point de plus grandes richeffes.
Ceux d’Afrique font meilleurs que les autres, parce qu’ils fe pafTent durant qua¬
rante & cinquante jours à manger de l’Orge, & qu’ils (ont dix ou douze jours lans
boire ny manger. La femelle porte Ton fruit onze mois,& des aulfLiôt qu’il eft né on
luy plie les quatre pieds fous le ventre j on luy met un tapi-S fur le dos, dont
les bords font chargez de pierres, afin qu’il ne fe puiffe relever pendans vingt
jours -, & lors qu’ils ont atteint un âge raifonnable, on s’en fert comme nous
faifons icy des Chevaux. Lors que les Chameaux marchent en caravane , ou
en campagne , ccluy qui les conduit chante & fifle le plus qu’il peut, car plus
on rejoüit ces animaux , plus ils marchent, & on n’a autre foin d’eux, que de
leur fecouer la peau avec une petite baguette pour ôter la poudre qui eft fur leur dos
& de leur mettre de la paille,ou des tapis fous les pieds, quand ils doivent paiTcr
fur quelques terres gliffantes , pour les empêcher de s’écarteler, à quoy ils font fort
fujets : Et quand on les a déchargez,on les met paître dans les champs , du ils brouJ
cent des herbes, des épines, & des branches d’Arbres, & ruminent le long du
jour ce qu’ils ont mangé la nuit. Il y a trois fortes de Chameaux. Ceux qu’on
nomme Hegin, font les plus gros & Les plus grands, & portent jufqu’à un mil-
lier. Les féconds , qu’on appelle Bechet , ont deux bolTes fur le dos , que
l’on charge toutes deux , & outre cela ils en font plus propres à monter , mais il n’y
en a qu’en Afie. Les troifiémes s’appellent Dromadaires , qui font plus petits DromaJairc*.
^ délicats, mais ils ne fervent que de monture: & ils font fi vîtes, qu’il y en a
^ui font trente-cinq ou quarante lieues en un jour, & continuent de la forte
//. Fàrm* D ij
28 Hiîîoire generale
huit & dix jours parles Defercs, fans manger que fort peu. Quand on les char¬
ge, on ne fait que leur toucher les genoux & le col d'une baguette, auflî-tôcils
le bailfenc jufqu a terre, & tandis qu’on les charge, ils demeurent en cet état, ru-
minent continuellement, &c jettent des cris, s’ils font jeunes. Lors qu’ils Icn-
cenc qu’ils font chargez, & que celuy qui les garde, leur ôte un anneau oùcft
attachée une corde, pour les conduire en façon de bride, ils fè lèvent aufli tôt
avec leur charge. Les Chameaux endurent patiemment la faim &lafoif, & on
les abreuve tous les tfois jours au plus, ôc d’autres dilent qu’ils gardent l’eau dans
leur elfomach fort long -temps pour le rafraîchir, par le moyen d’un grand ven¬
tricule qu’ils ont, autour duquel on trouve un nombre confiderable de facs en¬
fermez entre fes tuniques, dans lefquels il y a apparence que ces animaux met¬
tent leur eau en referve^ôc c’elfee qui a fait dire à quelques perfonnes que lors
que les Turcs vont en Caravane , ou à la Mecque , & que l’eau vient à leur
manquer, ils tuent les Chameaux afin d’avoir l’eau qu’ils portent dans leur ven¬
tre, pour boire.
C’ell encore deecs animaux dont on nous apporte le poil, qui en porte le
nom & duquel on faitplufieurs belles étoffes, & dont le meilleur cft celuy du
dos , & qui ell le moins rempli de blanc.
Enfin le Chameau ell de tous les animaux le plus doux & celuy quieft le moins
à charge à fon Maître, & qui rapporte le plus de profit.
Sel Ammoniac natureL
leScI Ariro- T E Sel Armoniac ou plutôt Ammoniac naturel, ell: un Sel blanc deffus &
fcrfiflo.rnc'iie’. J _ /dedans, d’un goufi: falé & affez femblable à celuy du fel commun, à la
oicniài'au. jelerve qu’il eft plus acre. On nous l’apportoit autrefois de l’Arabie, ou de
la Libic, mais pour le prefent on n’en voit que très peu, c’eft le fûjet pour le¬
quel les Vénitiens & les Hollandois ont cherché les moyens d'en pouvoir
compofev un qui pût approcher des mêmes proprietez ^ ou ils ont beaucoup
mieux réülli qu’à la figure, en quoy le Sel Armoniac naturel eft tout diftérenc
de l’artificiel , ainfi qu’il fe verra dans la fuite de ce difeours.
Lors que lesTurcs & autres Nations de l’Afic , ou de l’Afrique , font des coiirfes
ou des caravanes, leurs Chameaux paffantdans les defertsôc urinant dans les fa¬
bles & le Soleil donnant aufti tôt deffus cette urine, elle ne manque pas de fc
deffecher& de fe réduire en maffe blanche , de la maniéré que je Le vay décrire j
ce que je puis certifier eftre véritable, par l’examen que j'ay fait, d’un morceau
que M -dcTornefortm’eTiadonné,le 6. Mars 1695. dont la figure eft cy-deftus mar¬
quée A. & que je garde comme une chofe aftez rare,ence que l’on n’en voit plus,oti
bien peu. Ce Sel eft criftalifé, c’eft à dire, qu’il paroît deffus des maniérés d’cguil-
les, comme au Salpêtre rafiné,& le deffous eft comme creux ou il y a encore quel¬
que peu de fable, qui fait voir que ce Sel s’eft fublimé de luy - même , par le
moyen du Soleil, & s’eft élevé hors des fables , qui font extrêmement chauds.
Les anciens ont tous d’un commun confentemenc , dit qu’il y avoitdu Sel Am¬
moniac naturel , que ce Sel fe trouvoit dans les fables de la Libie, &qu’il eftoit
formé de l’urine des Chameaux qui alloient auTcmple de Jupiter Ammon,d’oii
luy eft venu fon nom ;& d’autres difent que le motd’Amoniac,eft venu du nom
'Grccy^woj, qui fignifie Sahle ou & qu’il ne faut pas dire comme
Autre Sel Ar- l’appelle Ordinairement. Il fc trouve encore un autre Sel Ammoniai , ou Armo-^
nioiiiac naturel, natutcl , OU pour micux dire artificiel , qui fe fait de la même maniéré que nous
faifons icy le Salpêtre, qui eft ciré d’une maniéré de terre, ou écume làlée , qui
des Drogues, Livre Premier. 29
fort des vieilles Cavernes , & des fentes des Rochers qui font entre Labor ^
Tiianaflcri à Tzahint; niais comme ces deux Sels nous font prefque incon¬
nus ôc qu’il ne s’en trouve que très peu-, c’effc le fujet pour lequel nous devons
nous contenter de celuy que nous tirons de Venife , ou d’Hollande , dont le
dernier dl prefquc le feul que nous voyons à Paris, fur tout en temps de paix.
Bu Sel Armoniac artificiel.
Le Sel Armoniac, ou plutôt Acrimoniac , ou félon quelques-uns Acrimo- on nous»?-
niai , eft une ma/Te de differente couleur , faite en forme de couvert de fojldcvwïclc
pot, que les Vénitiens ou Hollandois tirent (au.rapport de plufeurs Auteurs)
dune compofition faite d’urine d’hommes, ou d'animaux, de fel commun ,& fait en pain de
de fuye de cheminc'cj & par le moyen des vaiffeaux fublimatoires, ils en font beaucoup plus
des pains de la maniéré que nous le voyons. que“rsvoïl“s
Quelques-uns m’ont afTuré que le Sel Armoniac , efloic auffi compofe de pteùntcmem.
toutes fortes de fang,ce que je ne puis certifier , pour ne l’avoir jamais veu
faire.
Quoy qu’il en foie, le Sel Armoniac de la bonne qualité, ^oit eftre blanc
clair àc tranfparant , lequel eftant caffé , il y paroiffe comme des éguilles ,
le plus fcc ôc le moins craffeux qu’il fera pofrible,& rejetter celuy qui n’cllque
trop ordinairement noirâtre deffous & defius, & quieffant cafTé fe trouve pref-
que tout gris ou tout noir , & qui eft tranfparant comme une muraille de fix pieds
d'épaiffeurjCe qui ne provient que de la force du feu, qui fait monter les par.
ties les plus grollîeres & terieftcs de la compofition dont il cft tiréj & c’eft le
fujet pour lequel nous en voyons oiiilfè rencontre defrus,& quelquefois dedans
de l’épaiffeur de deux écus, une crafle noire, aftez femblable à la fuye de che¬
minée , ôc cette imperfection ne provient que de l’avarice & du bon marché , q ue
ceux qui le travaillent font obligez de faire, ôc de pouffer le feu fi fort, qu’ils
enferoient monter toutes les parties s’ils pouvoient, afin de tirer quelque petit
profit fur une marchandife qu’ils font obligez de donner prefque pour rien.
Et rien ne me furprend plus que de voir ceux qui fabriquent cette mar- *
chandife , la puilTent établir à fi bon marché j cependant il feroit bien plus
a propos quelle fût de la bonne qualité, & l’acheter plus cher que d'avoir de
ce Sel à feize & dix-huit fols la livre , au lieu que lors qu’il eft fondu & puri¬
fié il revient à plus de cinquante fols, y ayant plus de la moitié de déchet.
L’ufage de ce Sel eft fort confiderablc en France, tant pour en tirer plufieurs
préparations Chymiques, fort neceffaires à la médecine, que pour quantité d’ou¬
vriers qui s’en fervent, comme Tcinturiers.Orfcvres, Fondeurs, Epinghers, Mare-
chaux ou autres ,& ce Sel cft fi acre & fi mordicant, que lors qu’il eft diffoud
dans l’eau forte, ou dans l’efpric de Nitrej il a le pouvoir de faire diffoudre l’or;
ce que refpric de Nitre,ou l'eau forte ne pourroienc faire fans Ton addition.
JLe Sel ‘Armoniac ïeduic en poudre impalpable , eft un remede infaillible
pour manger les tayes des yeux qui viennent aux Chevaux ou autres bêtes de
pareille nature ’ en le fbuflant danslesyeux avec un tuyau de plume. Ce remede
ne feroie pas moins bon pour les hommes, fi ce n’cftoit fa grande violence,
ôc les grandes douleurs qu il fait fouffrir j ce qui fait que je ne confeille à per-
fonne de s’en fervir, y ayant affez d’autres remedes qui ont a peu prés le mê¬
me effet, à la referve qu’ils n’agiffent pas avec tant de violence, commepour-
roit élire le Sucre Candy- réduit en poudre impalpable, de l’Eau Roze ou de
Plantain, dans laquelle on aura fait diffoudre quelque peu de couperofe blan-
Diij
30 Hiftoire generale
chc , de Sucre Candy & d’Aloes Cicotrin ; ou bien de l’Eau diftillec de fleurs de pa-
quettes ou Marguerites, qui croiflcncfort communément dans nos Prez &dans
nos jardins. Cette Eau eft un remede infaillible , mais qui agir prcfque avec
autant de violence que le Sel Armoniac , à la referve que la douleur cil: pref-
que aufli-tôt paflee , quelle y eft applique'e.
L’on peut tirer du Armoniac, diverfes préparations Chymiques que
nous faifons ordinairement venir d’Hollandeitant parce que lesHollandois les font
beaucoup meilleures & plus belles que parce qu’ils les établiflent à beaucoup
meilleur marche, que ne pourroient faire nos Chy milles, foit faute de bonne
matière, ou qu’ils ne foient fi habiles qucux.;& l’on pourroit dire en cet arti*
de comme en toutes les autres préparations deChymie, que celles que nous
tirons dedifFerens endroits, font beaucoup plus belles ôc à plus jufte prix, que
celles qui fc pourroient fabriquer à Paris, ainfî qu’il le pourra voir dans tout le
cours de ce prefent ouvrage.
Purification du Sel Armoniac.
La première préparation que l'on fait du Sel Armoniac, ell la purification
qui s'en fait par le moyen du feu, de l’eau, & du papier gris; & qui apres avoir
ellé defleché & réduit en Sel très blanc, eft un admirable remede pour provo.
quer les urines & les fueurs,pour refifter à la pourriture, pour les fievres qiiar-
tres, contre la gangrène, & dans les colyres pour les yeux. Sa doze eft depuis
huit julqii a vingt quatre grains, dans quelque bouillon, ou autre liqueur con¬
venable. On réduit le Sel Armoniac en fleurs, par le moyen du Sel commun.
Décrépite, ou de la Limaille d’ Acier , ^ d’un vailTeau fublimatoire, on le
réduit en des fleurs blanches, tout à fait lèmblables à de la folle farine^ ces
fleurs agiflent avec beaucoup plus de force que ne fait le Sel Armoniac puri¬
fie , c’eft le fujet pour lequel on les ordonne en bien plus petite doze, la plus
grande n’eftant que de quinze grains.
Efiprit volatil du Sel Armoniac.
ON tire du Sel Armoniac , par le moyen du Sel de Tatre, de la chaux
vive, de la cendre de bois de chefne,& d’une grande cornue de grais bien lu-
tée, 6c d’un grand récipient aufli bien lutc & joints enfemble , un efprit volatil
fort puant 6c fort pénétrant, capable de renverfer la plus forte perfonne aufli-
tôt que l’on l’approche du nez, principalement celuy qui a efté bien déflegmé ,
tel qu’eft celuy que nous faifons venir d’Hollande. Cet Efprit volatil eft un ex¬
cellent remede pour faire revenir ceux qui font tombez en Apoplexie ,EpiJep-
fîe ôc Lctargie; & il a quantité d’autres ufages , ainfi que l’on le pourra voir dans
la Pharmacopée Chymique de M. Charas , à la page 859. ou il traite de fes
qualitez fort amplement , aufll bien que de toutes les préparations que l’on peut
tirer du Sel Armoniac, ou le Leéleur pourra avoir recours, comme aufli à quan¬
tité d’autres livres dcCbymiequi en traitent, comme Glafcr, Lefnery,Ôc autres.
Efprit acide du Sel Armoniac.
ON tire encore du Sel Armoniac par le moyen du Bol, ôc d’une cornue ,
un Efprit Acide, qui eft un des grands dilTolvans que nous ayons, tant
pour diflbudre l’or ôc autres métaux, que parce que c’eft un Acide le plus
des Drogues , Livre Premier. 31
agréable que nous ayons, ainfi fort propre pour apaifer l’ardeur des fievres&pour
faire uriner-, eftant pris dans quelque liqueur convenable, jufqucs à acidité
agréable, ou depuis fix goûtes jufqua trente.
Du Sel Amoniaefixe.
ON peut fixer le Sel Armoniac par le moyen des coquilles d’oeufs ou de U
chaux vive & du feu , & on le réduit en maffe claire & tranfparcnte ,
comme du Crifl:al, qui cft un fort bon cauftique,mais fort facile à fe refoudre
en liqueur; c*eft pourquoy ceux qui defireront le garder, le mettront dans une
bouteille de verre bien bouche'e, de peur que l’air n’y encre. Ce Sel Armoniac
fixe & réduit en liqueur, eft ce que quelques-uns appellent improprement Huil-
le de Sel Armoniac , & donc pluficurs perfonnes fe fervent pour la refufcitation AimonUc
du mercure coulant, ou vif argent.
C H A P I T R E X.
Du "taureau.
Le Taureau, le Boeuf, le Bellier,& le Mouton font des animaux fi connus de
tout le monde, qu’il m’eft inutille d’en faire la defeription, & fi ce n eftoic
lei divers ufàges que l’on en tire, & qui font partie de nôtre négoce, je nen
n’aurois pas parlé.
Be^par de Bœuf, ou Pierre de Fiel.
ON trouve quelques fois dans la vefiîe des Bœufs une Pierre de la cou¬
leur & figure d’un jaune d’oeuf, mollaffe & tout par écailles , comme le
Bezoar; c’eft le fujet pour lequel on luy a donné le nom de5e:^04rdfe Bmf,ou
32 Hiftoire generale
M Pierre de piel. Cette Pierre pour eftre de la qualité requife, doit eftre haute
en couleur & bien fechejCar lors qu’elle eft fraîchement tirée de l’animal, elle
diminue beaucoup en fe fechant, & caufe de la perte à ccluy qui l’a achepte'e ,
en ce que cette Pierre ell vendue aflez chèrement, fur tout quand elle fort
des mains des perfonnes qui en fçavent la valeur.
Son plus grand ufage ell pour peindre en mignature, & l’on s’en fert comme
de Gomme gutee. On luy attribue aulïi les mêmes qualitez qu’au Bezoar. Mais
comme cette Pierre ne vient pas de bien loin,c’ell: le fujet pour lequel l’on en a pas
tant d’ellime que du Bezoar Oriental.
On trouve aulTi quelquefois dans le cœur des Bœufs un cartillage , comme
au Cerf, à qui on a donné le nom d'Os de cœur ' de ‘Bœuf ^ qui eft quelquefois
ufité dans la médecine, à la place de ccluy de Cerfj quoy qu’aftez mal à pro¬
pos.
Noir dOs.
ON brûle les Os deBœuf & on en fait un noir, qui eft (apres eftre broyé)
ce que nous appelions Noir d Os. Il doit eftre tendre , friable, luifant &c
bien broyé -, Ton ufage eft pour la peinture.
Des cartillages &dcs nerfs de Bœuf, après avoir cfté bien bouillis dans l’eau,
on en fait une colle, que l’on jette dans des moules, pour la mettre en feuilles
& la faire fechcri laquelle eftant feche eft appellée colle de Taureau, ou colle-
forte, dont nous faifons un débit confidcrable en France, fur tout de celle qui
eft faite en Angleterre, ou en Flandre.
La Colle Forte d’Angleterre doit eftre choifie bien cuite, feche, claire ôc
tranfparante, d’un rouge brun, facile à cafter avec le poignet, point graveleule,
ny falle ; mais la plus unie & propre que faire fe pourra j rejettant celle qui
eftant fondue , put extrêmement , aufli bien que toutes lesColles Fortes , qui ont
■efté fabriquées à Paris, ou aux environs, qui font beaucoup moins eftimées des
ouvriers , que celle que nous tirons d’Angleterre.
La Colle, furnommée de Flandre doit eftre aufti feche , bien cuite, claire, &
XoiiedeFian- tranfparante, d’un rouge tirant un peu fur le brun, car celle qui eft d’un aftez
Quelques-uns bcau Touge, u’cft pas eftimée la meilleure, quoy quelle paroifte plus de vente
f^JcTaCoiK n’eftant pas aftez cuite. L’ufagc de cette Colle eft pour les Chapeliers , s’en
de* Servant beaucoup plus que de celle d’Angleterre & pour pindre en détrampe.
Peaux d’Ei«i,& Meilleurs de la Compagnie des Indes Occidentales de France, nous envoyenc
niait jamais de fur tout à Roüen , une très grande quantité de Cuirs de Bœuf de Barbarie,
PwuxdcMou. ^ Marchands de Rouen font un confidcrable négoce ; mais à Paris ,
BœufdcBat- nous ftcu vcudous quc très peu. La plus grande partie vient du Sénégal ,avec la
Comme, & l’Or en poudre, & fi ce n’eftoit pour aller quérir les Cuirs que
Me flieurs de la Compagnie y ont , on ne fe donneroit pas la peine d’aller au Sc-
xiegal, pour apporter en France de la Gomme.
Comme les Marchands Efpifliers de Roüen font obligez de faire jufqu’à trois an¬
nées de crédit aux Tanneurs 3 fi par hazard un Tanneur vient à manquer , ou
à déceder,& que fa fucceftion ne foit pas fuftifante pour les payer j il eft permis
aux Marchands de faire ouvrir la fofte, & de retirer leurs marchandifes.
caiisdHon- Nous pouvous vendrc encore les Cuirs d’Hongrie: les meilleurs font les plus
gtie. blancs cftans coupez, 6c véritables Hongrie, parce qu’ils font beaucoup meil-
veauxd Ar fabrique en France. Les Veaux d’Angleterre & autres
gieteirc. Cuits ians poil, que nous faifons venir de divers endroits, aulïi bien que la
feS boure & U cram frifé ou nom frifé.
CHAP. X'
des Drogues, Livre Premier. 33
Outre toutes ces differentes marchandifcs que nous tirons du Bœuf, nous
vendons de plus quantité de fuif, que nous faifons venir d'Irlande, lequel pour
eilrc de la qualité rcquife, il doit dire nouveau & blanc.
CHAPITRE XI,
Du Bellier.
LEBellieRjOuIc Mouton, eft un animal dont nous ne tirons pas moins de
choies neceilàires à Thomme, que du Bœuf. La drogue la plus ufitee en
médecine cil l’Oefpe.
L’Oefipe que les Latins appellent Oefpus humida , eft une efpcce de GraiiTe ,
que l’on trouve nageant fur l’eau, &: qui eft adhérante à la laine des Moutons &: L OESiPE
Brebis, fur tout a celle d’entre les cuiiTes, & de la gorge. Ceux qui lavent
les laines ont foin de ramafter cette graifte, & de la pafter par une me'cbante
toille,& de la mettre enfuice dans des petits barils , pour l’envoyer en diffe¬
rents endroits.
Le Berry, la Beauffe, & la Normandie, font les endroits d’où l’on nous en^-
voye le plus de cette marchandiie, mais le peu d’ufage fait qu’il s’en [débité
très peu.
On doit choifir TOeftpe nouvellement faite, d’une confillance moyenne , en
ce que plus elle vieillit, plus eft durcit, & devient par la longueur du temps
dure comme du Savon bien fcc : il fautauftique fbn odeur fbit fuportable, parce
qu’il y en a qui put fifort, qu’il eft impolfible d’en approcher j que fa couleur
foit d’un gris de fouris, ôc finalement qu’elle foit la moins remplie de falletcz,
que faire fc pourra.
On remarquera que cette graifte, toute puante quelle foit, apres avoir efté
gardée un grand cfpace de temps, perd fa puanteur acquiert une odeur affez
agréable, tirant tant foit peu à celle de l’Ambre-gris. Je ne parle point parouy
dire , mais pour en avoir un morceau qui eft devenu tel que je le viens de dé-
I crirc.
Cette Graifte, ou Axonge, cil de quelque peu d’ufage dans la médecine, en
ce quelle entre dans quelques compofitionsGaleniques.
Les Médecins ordonnent affez fouvent à ceux qui ont des fluxions de gorge
de fefervirdci’huillede lys & de camomille, avec de la laine grafre,fur tout' delà
noire qui fe prend dans les cuiffes, & à la gorge des moutons, à caufe de cette
graiffe qui s’y rencontre; c’eft le fujet pour lequel ceux qui ne pourront trou,
ver de cette forte de laine , pourront fe fervir de l’Oefipc , fondue dans les
huilles'de lys de camomille. '
NOMS DES LAINES.
N O us faifons un affez gros négoce de Laines : & entr autres des Laines de
Perfè, dont la meilleure eft celle qui eft douce, la moins remplie de poil
long, qu’il fera poflible.
Laines d'Ef pagne.
Laines de Vigogne, Segovie très fine , Ditto fine, Soria Segovianc, de los
II. Partie, E
34 Hifloire generale
Rios, Soria ordinaire, Petite Scgovie & Caferes,Segew’ensSegoviane,Segevcn-
fc, de Moline, de Caftille, Florettonnes de Segovie, Ditto Ordinaire, de Na¬
varre , & d’Arragon , Cabefa del buei ôc Extramad. fine AlbafT. petit Campo ,
de Seville, de Mallagis, de Portugal.
jégnelim^ ou Laines d'J^neaux.
Laines de Segovie lave'e, Sor. Segovi, Segovic non lavée , Sdr. SegoviCjMo-
line ôc de Caftille, de Albaftin & de Navarre.
Laines d' Allemagne,
Laines de Roftoc & de Gripfw, de Stralfunt & d’Anclam, de Nieumarc &
de Wc-ydacker, de Stettin, del boom , de Dantzic & de Pruftie, de Kolberg ,
de Lunebourg & de Breme , Agnelins de Pologne, Ditto de Thoorn , Laine
d’Efté de Pologne, de Halberftad non lie'c , Fine Grife , Bluette ordinaire da
Rhin, Ditto liée, Laine furnommée Kiftc, Plure de Mulhoufe, Ditto du Rhin,
Ditto de Wifmar, Laine de Bruvyere, Ditto d'Yrlande.
Il y a de plus les Laines de Berry & autres endroits de la France. Finalemenn
le Rifflard,qui eft la plus longue laine qui fe trouve fur les Peaux de Mou¬
ron non apprêtées, qui ferc aux Imprimeurs ; pour mettre dans les Balles,
donc ils le fervent pour prendre l’encre avec quoy ils impriment.
Les Peaux' de Mouton, & deChevre, eftans bien préparées, font propres pour
faire du Parchemin; & celles de Veau font propres pour faire du Vélin.
suifdcMouton Oiure l’Oefîpe & les Laines il fe faicun gros négoce de fuif de mouton, que
nous faifons venir de dilFercns endroits, mais fur tout d’Hollande , parce quil
eft le meilleur, apres celuy de place, c’gft à dire,celuy que nos Bouchers ven¬
dent à paris, dont nous ne failons aucun commerce.
Le fuif de Marque, ou d’Hxdlande, doit eftre dun blanc clair ,& pur fuifde
Mouton, car quand il y a du fuif de Bœuf mêlé avec , il eft d'un blanc jaunâ¬
tre.
CHAPITRE XII.
Lu Cerf.
1E Ce RT eft ün animal fi connu de tout le monde, qu’il eft prefque
7 inutil d’en donner la defeription ; je diray feulement que nous n’avons
point d’animâl de fi longue vie, ainfi qu’on le peut voir par un bois de Cerf qui
eft: au Château d’Amboil'e, dune prodigieufe longueur , & qui témoigne une
extrême vieillefTe. Nos Hiftoriens raportent que le Roy Charles VI. tua un
Cerf dans la Foreft de Senlis, qui avoir un collier d’or, où eftoient gravez ces
mots latins , hoc (^afar me donavit.
Il n’y a aufti point d’animal dont on puiffe tirer tant de remedes, ny de
chofes neceftaires â la vie , que du Cerf
La première chofe que l’on peut tirer du Cerf, eft l’eau que l’on fait de fes
cornichons par la diftillation, que Pon appelle ordinairement Eau de tête^ ou
gu^detéte de cm de Cer/- qui eft un remede fouverain pour faciliter l’accouchement, ôc
contre les fievres malignes. Ceux qui en auront befôin feront avertis de ne l’a-
des Drogues, Livre Premier. 35
cheter que d’honnêtes Marchands, dlanc une Eau aflfcz rare, tant pour le
peu d’ulage que l’on en fait, que parce quelle elt alTez difficile àtrouver.
De fa Corne on en fait de la rapure, donc on fait des tifanncs aftringen-
rcs, comme celle d’ivoire ; on en faicauffi de la gelée, qui porte le furoom de
Corne de Cerf. Cette rapure doit eilre nouvelle râpée &c véritable, en ce qu’il y
en a qui vendent des os de Bœuf râpé, ce qui ert facile à connôîcre , pour le
peu que l’on connoiffie la Corne de Cerf. La meilleure connoiffiance que j’en
puis donner, c’eft de l’acheptcr d’honnêtes Marchands, ou la faire râper de¬
vant foy.
On rire par la cornue un Efprit 6c un Sel volatil de Corne de Cerf, qui eft
fort eftimé dans les maladies du cœur & du cerveau. On en tire auffi une huil-
Ic noire que l’on peut redifîer, qui eft un fouverain remede pour guérir les Dar¬
tres. Ce qui reftedansla cornue, qui eft noir, fe peut broyer à l’eau ,& en faire
un noir qui fera prefque auffi beau que celuy d’ivoire; cette Corne noire calci¬
née en blancheur, peut fervir au mêmeufage que l’Ivoire brûlé, & peut eftre ap¬
pelle auffi Spode,&fe peur préparer & réduire en trochifque, & a les mêmes
<iualitcz.
L’os ou le cartillage qui fe trouve dans Ton cœur, à qui on a donné le nom
d’Oj de cœur de Cerf^ eft un fort bon cordiaque. C’eft le fùjet pour lequel il eft un
ftes ingrediens de la confeéfion d’Hyacinthe.
Ils doivent eftre moyennernenc gros , blancs , & véritables Os de cœur de
Cerf, en ce qu’il y en a qui vendent des Os de cœur de Bœuf, & il n’y a au¬
tre différence , finon que ceux de Bœuf font plus gros ôc ne font pas ü trian¬
gulaires.
Nous vendons de plus la moelle de Cerf qui eft forte eftimée pour guérir
les humeurs froides, for tout lors quelle a efté fondue avec un peu d’Efpricde vin.
La véritable moelle de Cerf doit eftre d’un blanc doré,& doit eftre employée
comme elle fort des Os.
Le Suif de Cerf a à peu prés les mêmes proprietez , mais il n’agit pas avec
tant de foccez^ il doit eftre pur & non mélangé de fuif de bœuf , ou de mou¬
ton, On prétend que ce fuif a les mêmes proprietez que la Cire blanche.
Son Priape paffie pour un fort bon remede pour faire uriner. Sa veffie appli¬
quée for la tefte d’un teigneux, le guérit. Ses larmes dcftechées dans le coin de
fes yeux , paftenti^r Bezoardiques ; enfin comme quelques-uns l’ont dit , le Cerf
eft un monde de remedes , de commoditez , & d’avantages pour l’homme. Je
laifte à parler de fa peau, 6c de fa chair , dont l’une eft propre pour faire plufieurs ou¬
vrages, comme desGands, &c. 6c l’autre pour mettre fur la table des Grands,
eftant un excellent manger.
E ij
Rapurcd’IvoIrC
Erprit & Scivoi
laiil, & Huiile
noue de Ccif.
Noir de Cerf.
Cotnc de Ccif
préparée.
Os de Ccrui de
Cerf.
Moelle de Cerf
Suif de Cerf,
Priape, vcflîe ,
& larmes de
Cerf,
//. Partie,
35 Hiftoire generale
HciLC-ejtuuv
CHAPITRE XIII.
Bu Bouc.
3ûuc Jiroutant dw CistuJ
Le Bouc eft un animal aufli fort connu , tant en France, qu’en Italie, en
Chipre, en Candie, & autres endroits. La principale marchandifè que
nous vendons, qui fe tire des Boucs, ou des Cbevres eÂune cfpece de grailTe
qui fe trouve attachée à la barbe de ces animaux, fur tout de ceux qui ncfe nour-
riflcttt que des feüilles d’un arbrifléau fort commun dans les pays chauds, à qui
les Botaniftes ont donné le nom de Ciftus JUdum. Ses feüilles font longues ôc
aflez étroites , rudes , fort gluantes , d’un verd obfcur & vertes toute l’an¬
née. ^
Les habitans des lieux ramaflènt cette graiffe avec des inftrumens de bois
faits en maniéré de peignes, & enfuite mettent cette grailTe, qui eft ordinai¬
rement pleine de poil & autres fâlete2,en ma{re,ou en pains, de différend poids
î^Wanum voyoit autrefois, & c’eft ce qu’on appelloit Labdanum ou Ladanton
narmd ou en naturcl, ou en barbe *, mais depuis que ces inlulaires ont fçeu qu’il y avoic
dans cette Graiffe une odeur douce & agréable, & que lors qu’elle eftoit pu¬
rifiée des faletez qui s y rencontrent , elle ne manquoitpas d’eftre bien eilimée ;
c’eft le fujet pour lequel ils prennent foin de la faire liquifier & de la paffer
par une toile, tant pour en ôter les impuretez que pour luy donner une meil¬
leure odeur; ayant cfté ainfi purifiée, ils l’envelopent dans des velîies extrê¬
mement minces , ainfi que nous le voyons; & à qui on a donné le nom de
Labdanum Labdunum liquide ou de Beaume noir; cette graiffe ainfi préparée eft fort en ufàge
mïïïirr en Angleterre, à caufe de fon odeur agréable, car pour le peu qu’il s’en emploie
en France, cela ne mérité pas d’en parler , n’y ayant que les Parfumeurs qui la
mette en ulage; foit à caule de fa cherté, ou que cela vienne de ce qu’elleeftpeu
connue.
des Drogues , Livre Premier. 37
Du mar de ce liquide, ils en font des rouleaux qu'ils tortillent
de la même figure d'un pain de bougie ployé en rond, ainfi que nous levoyonsj
à qui l’on a donné le nom de Laudanum en tertis.
On doit choifir le Ldbàanum en barbe, le plus odorant, & le plus net qu’il
fera poflible. Le Liquide doit eftrc d’une confiftance fblide, d’un beau noir de
jayet , d’une odeur douce & a-ffez agréable, cirant à celle de l’Ambre gris; ce qui
a donné fujet à plufieurs Marchands de vendre du Labdanum liquide^ pour de
l’Ambre noir. A l’égard deceluy entortis,ildevroic eftre rej erré, comme n’eftahc
que de la terre , ou du fable , ainfi que l’on le peut voir par fa pefanteur &par
quantité de petits brillans quiyparoilTenc; nonobftant cette méchante qualité,
on nq laifTe pas d’en employer beaucoup, tant à caufe du bon marché qu’on en
fait, que parce qu'il eft facile à réduire en poudre. Ce Labdanum eil employé
par les Parfumeurs, tant pour faire desPaftilles communes, que pour faire des
Pots pourris. Le Labdanum en tortis bien roulé, & en petits pains icparez, doit
eftre préféré à celuy qui eft tout en mafle, eftant d’une plus belle vente.
Outre ces differentes fortes de Labdanum ^ on préparé le Sang de Bouc, dont s^gacBouc
on fe fert en medecine; Sc pour que ce Sang foie doué des bonnes qualitez
que les anciens luy ont attribuées,il fiut que l’on l’aye nourri pendant quelque
temps d’herbes aromatiques , & propres à rompre la pierre , ôc qu’il n’ait au
plus que quatre ou cinq ans j & l’ayant égorgé, on ne relèrve que le fang du mU
lieu, c’eft à dire, que le premier fang qui fort de l’animal, eft jecté à caufe
qu il eft trop rempli d'humidité j le fécond eft celuy qui eft refervéj & le troifié-
me fera aufli jerté, parce qu’il eft trop groflier.
Ce fécond fera mis dans un plat de fayance, couvert d’un linge clair , pour
empêcher qu’il n’y tombe des ordures , Sc cnfuice fera expofé au Soleil , ou à
l’ombre , & lors qu’il fera bien Cec , il faut le ferrer dans un vaifTeau de verre
ou de fayance, pour le befbin. On préparé ordinairement le fang de Bouc au
mois de Juillet , lors que l’animal a eu le temps de fe nourir de plantes aroma¬
tiques.
Vanhelmont veut qu ayant fufpendu le Bouc par les Cornes , & ployé les
pieds de derrier, du côté de fa tête, en cette maniéré on luy coupe fes tefti*
culcs, & après avoir recueilli le fang qui en fort, on le fait fechcr,&il devient
dur comme du verre, & fort difEcile à battre, 6c tout différend de celuy de la
gorge; il affure aufli qu’en ayant pris le poids d’un gros, il appaife & guérie
infailliblement la plcurtfie,fans aucune feignée; à l’égard du Sang de Bouc or¬
dinaire, on l’eftime admirable pour brifer la pierre, pris l’un & l’autre dans
quelques liqueurs convenable aux maladies.
Nous tirons d’Auvergne, du côté de Lion , Ôc de Nevers, quantité de Suifdcboucoa
Suif de Bouc & de Chevre, tant à caufe qu’il eft quelque peu d’ufage dans
la medecine , fur tout celuy de Bouc , qui eft propre à quantité de profeflions
qui l’emploient.
Il doit eftre fec , d’un blanc clair deffus ôc dedans , & prendre garde qu’il
n’ayc efte mélangé de Suif de Mouton, ce qui eft allez difficile à connoître ;
c’eft le fujet pour lequel on ne l’acheptera que des Marchands incapables de le
frauder.
A l’égard de fa Peau elle eft fort en ufage, tant pour tranfporter dedans les
Vins, Huillcs d’Olives , Therebentinc ôc autres liqueurs. Les Orientaux s’en
fervent aufli pour pafler les Rivicres à la nage,& pour foûtenir les Radeaux
qui tranfportent les marchandifes fur l’Euphrate, ou autres Rivières des In¬
des Orientales.
Eüj
38 Hiftoire generaie
Outre ces diffcrens ufàges , les- Levantins préparent les Peaux de Bouc ,
de Chevre, & de Menon , & apres les avoir paffees ou tannées, & leur avoir
donné une vive couleur rouge , par le moyen de la Lacc[ue en bâton & au-
Maroquin rou- tfes diûgues , & cnfuitc ed: ce que nous appelions Adaroquin de Levant ^ &du-
oe U (.v«nr. f^jjons uiv ncgocc confiderablc , à caulc du grand ufage qu’il a en
France, pour plufieurs ouvrages ou il eft requis. •
Le véritable Maroquin de Levant doit eftre d’un très beau rouge d’écar-
latte, doux fouslamain, & d’un beau grain , d’une aflez bonne odeur, &qu’en
le maniant il crie.
On en fabrique auffi à Marfeille, & même à Paris; mais il n’eft pas d’un
Maronuin noir ^ bcau tougc, ny d’unc fl longue durée: à l’égard du Maroquin noir, le meil-
ac Barbarie, vient dc Barbarie, en ce qu’il clt d’un plus bcau noir ôc d’un plus beau
Peaux fraîches. fabriquc à Roiien que l’on appelle Peaux fraîchts , mais il y a
bien à dire qu’il ne loit aufii bon, ny aulîi beau que celuy de Barbarie.
A l’égard des Peaux de Boucs que nous voyons à Paris , qui ont fervi à ap¬
porter les.Huilles de Provence, nous les vendons à de certaines perfonnesqui
les palTcnt en Chamois qui fervent à plufieurs ufages.
Quelques - uns veulent que le nom de Bouc foit dérivé du nom Allcmend
-Bock ou de l’Italien Becco, les Latins appellent le Bouc Hirens.
CHAPITRE XIV.
Du Bouc ejlam.
Le Bouc estain, ou Bouc fauyage,cft un animal peu connu en France,
mais beaucoup dans la SuilTe ; c’eft le fujet pour lequel j’ay trouvé à
propos de rapporter ce qu’en a écrit Pierre Belon du Mans, à la page i4.de
les voyages , dont en voicy la teneur.
T Es Loups ne vivent point en l’Ifle de Crete, par quoy oient feurement laif-
Lfer touts leurs animaulx aux camps paiftre de nuit fans en avoir crainte ,
î» & principalement leurs Brebis & Moutons. Si les habitans du pays peuvent
-»j prendre ics faons des Boucs eflains ( dont il y a grande quantité ) errants par
J) montagnes, ils les nourrilTent avec les Chevres privées , & les rendent appri-
voilez. Mais les fauvages , font à ceux qui les peuvent prendre ou tuer. Leur
grandeur n’excede point la jufte corpulence d’une Chevre privée : mais Mies
ont bien autant de chair comme un grand Cerf, couvertes de meme poil faulve
& court, non pas de Chevre. Les malles portent grande barbe brune , choie
JJ qui n’advient à nul antre ayant le poil de Cerf. Hz deviennent gris en vieillif-
'j fine, ài portent une ligne noir dclTus l’efchine. Nous en avons aufli en nos
JJ montaignes,& principalement en lieux precipiteux de difficile accès. C’cll bien
JJ de quoy feefmerveillcr de vcoir un fî petit animal de porter de (i pefances bran-
>j ches de cornes, defquelles en ay tenu de quatre couldées de long. Elles ont au-
jj tant de rayes par le travers comme les Boucs ou Chevres ont d'années. Aulfi
enay trouvé deux différences, comme j’ay fait apparoiftre par la diverlîté de
,> «fleurs cornes apportées de Cypre & Crete, dont ay fait prefent à Monfieur le
,1 Bailly des moncaignes de LyQn. l’ay quelques fois prins loifir de les vcoir
,» prendre ôc vanner aux chiens des habitans de Grece. Il y a des payfants fur
,jj la fummicé des haultes moncaignes de Crete fi bons tireurs de l’arc , & prin-
des Drogues^ Livre Premier. 39
jjCipalement entourla moncaigne de la Sphachie & Madara, qu’ilz les navrent
,, de leurs fléchés de vingt & cinq pas de loing , & à ce faire mènent des fe-
,, melles qu'ilz ont nourries & apprivoifées de jeuneflfe , & les lient à quelque
5, pafTage en la montaigne , ou les raafles ont accouftumé pafler. Le tireur le
3, tient à cofté, caché derrière quelque buiflon à l’oppofice du vent, Tachant
„ bienquelc Bouc ellainefi: de fi grand fens d’odorer, qu’il le fentiroie de cent
,, pas. Le mafle trouvant la femelle en Ton chemin, s’arrefl:e,& lors le payant luy
„ tire de Ton arc. Et fl d’aventure le Bouceftain n’eft guère navré , ou que le fer
3, luy foit demeuré au corps, il efl: maiftre à (è mediciner : car il va trouver du
3, Diétamum , quiell une herbe attachée aux rochers de Crete, laquelle il broufte
„ & par tel moyen fe gucrift bien toft.
Les Suifles vont à la chafle de ces animaux, tant pour les manger, que pour
en avoir le fang, qu’ils préparent & font fechcr comme le precedent, & dont ils san» ,3c bouc-
fc fervent pour brifer la pierre, parce qu’il a beaucoup plus de vertu que lefang'^“‘“'
de Bouc ordinaire, principalement quand il a efté nourry de Saxifrage, ou au¬
tres herbes , qui ont la faculté de brifer la pierre.
A l’égard de Ton choix, pourveu qu’il foit fidclle,c’efl: à dire ,vray fang de Bouc
cftain, ôc qu’il aye efté bien préparé, cela fuffira.
CHAPITRE XV.
Z>u chamois.
IL fe ‘trouve dans nos montagnes, fur tout dans les Pyrennees, une efpecc
de Chevres fauvages , à qui on a donné le nom d’Yfard ou Chamois.
Nous faifons un fort gros négoce de fa peau lorsqu elle eft paftee en huille,&
l’on s’en fert pour faire plufieurs ouvrages.
Le Chamois eft un animal fortfauvage, qui ne fe plaît que fur les plus hauts ro-
cherç ôc montagnes J c’eft pourquoy les Latins luy ont donné le nom de
Miroir fur les
Peaux de Cha¬
grin, (îgnifiecc-
Juy qui cft fans
aucun grain ,
c’eft à oiie.rout
uni, & qui cft
xeluifanc com¬
me un miroir
d’où cft venu ce
nom.
40 Hifloire generale
capra^ & ne fe nourrit le plus fouvent que du Doronic romain.
Il fe rencontre quelquefois dans la veflie de ces animaux, une pierre, de dif¬
ferentes couleurs & grolTeurs, qui cft appellée Bezoard d’Allemagne; en ce
que les Allemands attribuent autant de qualité à cette pierre qu’au Bezoard
Oriental.
L’Yfard, ou Chamois efl: de la grandeur d’une Chevre , il a les cornes fort
petites, noires, recourbées & fort aiguës, fi bien qu’affez fouvent en fe voulant
gratter le derrière il fe les enfonce luy même dans la feffe , & qu’à force de
tourner il meurt, ou il emporte la piecc; là queue n a guere que trois pouces
de longueur; il a de grands yeux, & ne marche jamais que fur la pointe du pied,
fbn poil eft de couleur fauve, ayant une raye tout le long du dos.
CHAPITRE XVI.
Du Chaorin.
O
Le Chagrin efl: la peau d’un animal fort commun en Turquie, & en
Pologne, duquel les Turcs & les Polonois fe fervent pour porter leurs
bagages, comme nous faifbns icy des Mulets; lors que cet animal efl; mort ,
ils en prennent la peau de derrière qu’ils étendent à l’air , apres avoir femée
deffus cette peau, lors qu’elle efl encore toute fraîche, de la lemence de mou¬
tarde. Ils les laiflent ainfi expofecs aux injures du temps, pendant plufîeurs jours
& puis ils les retirent, & les tannent, & lors qu’elles font accommodées, ils nous
les envoyent. Cette peau eft extrêmement dure lors qu’elle eft fcche, &elle cft
molle quand elle a efté trempée dans l’eau. L’on prétend & l’on m’a afluréquecc
qui rendoit cette peau fî dure, c’eft que cet animal s’aflîe & fe couche fur fes
fefles. On nous apporte de Turquie , de deux fortes de Chagrin ; fçavoir le
Chagrin gris, qui eft le plus eftimé, & le blanc ou falé , qui eft le moindre.
On doit choifir les Peaux de 'Chagrin de Turquie&de Conftantinople, com¬
me eftant beaucoup plus eflimées que celles d’Alger & de Tripoli; il en vient
encore de Pologne, qui doivent eflre rejettées,en ce qu’elles font trop feches,
& repouflent l'alun, lors qu’on les paftent à la teinture. On doit auflî choifir les
peaux grandes , belles , égales , d’un petit grain rond bien forme, les moins
remplies de Miroirs, que faire fe pourra, quoy que neanmoins celles qui font
d’un gros grain & inégalés, ne foient pas moins bonnes pour l’ulàge, mais ne
font pas tant de vente.
L’ufage du Chagrin eft pour couvrir les Livres qui font le plus en ufage ,
particulièrement les Heures , & autres uftancilles , comme Ecritoires, Boëtes
de montre , Tablettes, & autres. On donne au Chagrin telle couleur que l’on
veut; c’eft pourquoy l’on en voit de noir, de vert, & de rouge-, le plus beau &:
le plus cher eft le rouge, à caufe qu’il eft rougi avec du Vermillon & du Car¬
min. On connoît le véritable Chagrin d’avec le Maroquin pafte en chagrin,
parce qu’il ne s’écorche point.
CHAP. XVII.
des Drogues, Livre Premier. 41
OUtrc les parties d’animaux à quatre pieds décrits cy-defTus , nous ven¬
dons de plus la graifle &Iefuif d’Ours,que nous faifons venir des mon- Guiffedouis,
tagnes deSuiffcjde la Savoye, & du Canada.
La grailTe d’Ours pour eftre de la bonne qualité doit eftre nouvelle fondue ,
grisâtre, gluante, d’une odeur forte , & afïez mauvaifle , d’une confiftance
moyenne, c’eft à dire, entre le mol & le dur, & reietter celle qui eft blan¬
châtre & dure, eftant mélangée de fuif.
Cette Axonge, ou graifle efi: un fouverain remede pour guérir les humeurs
froides & rhumatifmcs, elle efl: aufli fort eflimée pour appailer les goûtes, en
frottant la partie affligée, & pour faire croître les cheveux, principalement
quand on y a incorporé des Abeilles pulverifiécs , & de l’huille de noirettes,elle
efl: quelque peu ufltéc en medecine , parce quelle entre dans plufieurs com-
pofitions galéniques, comme le mondificatif d’ache & autres.
A l’égard du fuif d'Ours, nous n’en faifons venir que tres-peu, parce qu’il
n’a pas grand ufage en France, ne fervant qu’à ceux qui ne veulent pas mettre
le prix à la graifle.
Nous vendons aufli de la graifTe de Blaireau ou Taiflbn, à caufe qu’elle efl Blaireau,
fort fouveraine pour guérir les maux de reins, & goûtes feiatiques , comme aufli
les Pinceaux faits de poils de Blaireau , qui font aufli d’ufage pour les Peintres,
Les foyes &c boyaux de Loup deflechez, font aufli eflimez fort convenables
pous guérir ceux qui font fujets aux maladies de fûye,& aux coliques.
Nous vendons encore la graifTe & les poulmons de Renard deffechés ; la c aiiTe &■ poni-
graifle, parce qu’elle efl admirable pour guérir les douleurs d’oreilles, 6c pour Ruaid
frotter les membres de ceux qui font fujets à tomber en convulfion : ôc les
poulmons deflechez & mis en poudre, fbulagent les pulmoniques,& ceux qui ont
la courte haleine, eflant fort convenables pour aider à la refpiration.
Le caillé de Lièvre, que Ton prétend que cefoit un contrc-poifon,&qu ila caiiiédcLicvrc
le pouvoir de diffoudre le fang caillé dans le corps.
Nous vendons de plus les dents,& des pinceaux de Sanglier, les Jambons furnom-
mezde Mayence, de Bayonne, d’Anjou, ôc même de ceux qui fe font autour
de Paris ; les SaucifTons de Bologne , les Mortadelles de Provence , les Fromages
de Parmezan,le Plaifantin,celuy qui fc contrefait en Normandie, le vray Roc- Bo,.iognc
fort de Gafeogne ou de Rouërguc, celuy d’Auvergne, le Gruyere, le Vache-
lin, le Berne, celuy de Roche, THollandc , ôc quantité d’autres fortes de Fro¬
mages, que nous faifons venir de differents endroits.
Outre les Fromages nous faifons un négoce confiderable de Beure fàlé,quc
nous faifons venir d’Hollande, d’Angleterre, d’Irlande, de Bretagne, de Lanion
ôc de d’ifigny en Normandie, d’où nous tirons la plus grande quantité de ce¬
luy que nous vendons à Paris.
Des ^ats
Ceux qui reviennent des Ifles de TAmerique nous apportent les rognons de
petits animaux , que les Ameriquains appellent Ratsmufquez, ou Piloris jà cau- devroua/oir
fe de la reflemblance qu’ils ont à nos Rats, à la referve qu’ils font beaucoup S'cdiiMuic^
plus grands. Ils vendent ces rognons pour des rognons de Mufe , aux perfon-
nes qui n’en ont aucune connoiffancei mais il fera facile de les connoître, par¬
ce qu ils font de la longueur ôc grofleur du petit doigt d un enfant.
Les Piloris, ou Rats mufqucz, fuivant le Pere du Tartre ont la même forme Sqtr
nos Rats , mais font d’une fî prodigieufe grandeur , que quatre de nos
Rats ne pefent pas un Piloris. Us ont le poil du ventre blanc ôc le dos noir ,
Jl. Partie. p
CaniJiwrules .
42 Hiftoire generale
ils fcntenc fi fort le mule qu’ils embaument tout l’air voifin des lieux où ils re-
paifient, ils nichent meme jufques dans les caves , mais ne peuplent pas tant
que les autres Rats communs. Les habitans de la Martinique les mangent »
mais ils font contraints, apres les avoir écorchez , de les laiiTcr expoféz à l'air ,
une nuit enriere, & même d’en jetter le premier boüillon,pour en ôter la trop
grande fenteur de mufe.
Ces Rats font naturels, dans Tlfle de la Martinique, & non pas les autres
communs , qui n’y ont paru que depuis quelques années quelle eft fréquentée
des Navires.
Voilà toutes les parties des animaux à quatre pieds que nous négocions;
& quoy qu’en petit nombre, ne laiffent pas d’eftre d’une grande utilité , confom-
ment bien de l’argent, payent des droits confiderables , tant pour l’entrée que pour
la fortie : fi ce n’avoit efté le gros commerce & que c’eft prefque tout le né¬
goce de la plufpart des Efpifliers de Paris, que je fuis obligé d’expliquer félon
le titre de cet ouvrage, je n’en aurois pas parlé.
CHAPITRE XVII.
I^e t Autruche,
des D rogues , Livre Premie r. 45
Les Autruches fc cliafTent en Afrique j elles font fi communes au Pérou quelles «
vont par troupes, comme le bétail. Les Sauvages en mangent la chair, & leurs ce
oeufs font bons, quoy que de difficile digeftion ; les femelles font prefque <c
toutes mêlc'es de gris, de noir , & de blanc j les mâles font blancs & noirs 6c cc
font bien plus elHmez, parce que leurs plumes font plus larges & mieux four- <c
nies, leurs bouts plus touffus & leurs foyes plus fines; on ne leschaffent qu apres cc
leur mue & lors que leur plumage cil: fec; ce font des Oyfeaux fort vîtes, que ce
l’on chaffe avec des Barbes harpez , comme lévriers , qui les attrapent à la ce
courfe. L’Autruche fe fert de fes ailes, non pas pour voler, mais pour aider à fa cc
courfe lors que le vent luy eft favorable, car alors elles luy fervent comme les ce
voiles font aux Navires; lors que l’Autruche voit que fes œufs font prêts à éclor-
re, elle en caffe quatre, qui le corrompent, il s y engendre quantité de vers, cc
dont fes petits fc nourriffent, comme le témoigne le Perc Acaret , dans la rela- ce
tion du Pérou. Ælian avoit dit autrefois quelque chofe de femblable. jOn aveu «c
vers le Cap de bonne Efperance des ceufs d’Autruche fi gros, qu’un feul fuf- «c
fifoic pour donner à manger à fept perfonnes. On a fait la diffeélion de plu- ce
fieurs Autruches, dans l’Academie des Sciences; la plus grande cfloic de fept ce
pieds & demy de haut, depuis la tête jufqu’à la terre. L’Autruche à l’œil com- «
me l’homme en ovale, ayant de grands cils, & la paupière d’enhaut mobile , ce
contre l’ordinaire des oyfeaux, avec une paupière au dedans , comme l’ont la ce
plufpart des brutes, fon bec eft court & pointu, fa langue petite &c adhérente ce
comme aux poiffons , fes cuifTcs groffes, charnues & fans plumes , couvertes d'une ce
peau blanche, un peu rougeâtre, rayée par des rides qui reprefentenr un refeau
dont les mâles pourroicnc laifTcr entrer le bout du doigt , fes jambes font cou- *«
vertes pardevant de grandes écailles en table, fes pieds font fendus ôc compo- ce
fez feulement de deux doigts fort grands ôc aufli couverts d’écailles , avec des ce
ongles aux grands doigts & non pas aux petits; elle n'a pas des plumes de diverfes
fortes comme les autres oyfeaux, qui en ont de molles &lagineufes, pour leur fer-
vir de fourrure, & d’autres dures & fermes pour voler ; celles de l’Autruche font ‘c
toutes molles & effilées comme le duvet , elles ne fervent ny à voler , ny à les <«
vêtir, elles ont le tuyau juftement au milieu de la plume, c’eft pourquoy les ‘f
Egyptiens reprefente la Juftice par une plume d’Autruche ; la peau de fon col “
eft de chair livide, couverte d’un fin duvet blanc, clairfemé, & luifanc , qui “
tient plus du poil que de la plume, fon corps eft couvert de plumes blanches, ««
noires, & grifes, celles que l’on voit d’autres couleurs , font feulement teintes,
les grandes qui forcent des ailes & de la queue font ordinairement blanches ,
celles du rang d'après font noires, celles qui garniffcnc le ventre ôc le dos font “
noires ou blanches, les flancs n ont point de plumes , non plus que les cuiffes
ôc le deflbus des ailes, au bout de chaque aîle, il y a deux efpeces d’*argots ‘f
longs d’un pouce, creux, & reffemblants à de la corne, à peu prés fcmblablcs *c
aux éguillons d’un Porc-épic ; quant au dedans on y a trouvé'cinq diaphragmes «<
ou cloifons qui divifent le tronc en cinq parties, dont il y en a quatre qui ont
leur fituation droite de haut en bas, & un cinquième fitué à travers fes ventri-
cules, lefquels ont efté trouvez remplis d’herbes, de foin , d’orges , de feves , cc
d’os , ôc de cailloux, dont il y en avoir de la groffeur d’un œuf de poule, on a <«
trouvé dans un jufquà foixante & dix doubles, la plufpart ufez & confommez, ce
apparemment par leur frottement mutuel,plûtôc que par corrofion. Mais il faut <c
remarquer que les Autruches avallenc le fer de même que les oyfeaux avallent
les cailloux, pour aider à broyer leur nourriture, non pas pour s’en nourrir ôc **
pour les digerer comme ont cru les anciens, au contraire elles meurent quand elles ‘c
//. Partie, p ij
44 Hifloire generale
„ en ont beaucoup avale'. Quelques-uns appellent cet oyfeau, Cerf,oifeaH,6zks
,, latins Strucie camelus , qui fignifie Coque -chameau.
De ce grand oyfèau nous ne vendons que les plumes, les os, & la graiffe.
CHAPITRE XVIII. .
De l'Aigle.
■J* ’Aigle cft auflî un grand oyfeau, qui a un bec long, noirâtre & cro^
J[ _ J chu, qui a les jambes jaunes, couvertes d écaillés. Ton plumage eft de dif¬
ferentes couleurs. Cet oyfeau eft fort frequent en plufieurs endroits de l’Euro¬
pe , & meme en Provence.
De tout cet oifeau, nous ne vendons qu’un efpece de pierre qui fc trouve
Pierre -d’Aigic. à l’entréc dcs trous ou les Aigles font leur nid, pour garantir leurs petits delà
foudre & de l’injure du temps. Cette Pierre nous ell apportée par les Pelle-
rins de S. Jacque en Galice. Les Pierres d’Aigle les plus eftimées font celles
qui font plattes , noirâtres , chagrinées, & bien fonnanccsi c’eft à dire, que
lors que l’on les remué proche l’oreille elles faffent du bruit, ce qui ne pro¬
vient que d'une pierre dure ou molle qui le rencontre dedans. On attribue
de grandes proprietez à cette pierre ^ fçavoir , de faire accoucher les femmes
heureufcmcnt;& d’empccher quelles ne tombent lors quelles font grolTcs.
Quelques - uns ont écrit que les Aigles vont chercher cette Pierre jufquc dans
les grandes Indes, pour faire éclorre leurs petits.
CHAPITRE XIX.
Du Vautour,
Le Vautour eft un oyfeau deproye, qui ne vit que de corps morts &
autres charognes, il approche aflez de la figure de l’Aigle , même quel¬
ques-uns veulent que s'en foit une efpece. De cet animal nous ne vendons que la
pefuxï'vau- graifle, laquelle eft fort eftimée contre les maladies des nerfs, La peau des Vau-
tour. tours eft trcs-bclle , & îiinfi fort recherchée de plufieurs particuliers.
CHAPITRE XX.
De la Frelate.
i ^ ^
La Frégate eft un oyfeau que les Indiens appellent ainfi, à caufe delà vicefte
de fon vol , cet oyfeau , n’a pas le corps plus gros qu’une poule, mais il a l’efto-
macli extrêmement charnu. Toutes les plumes des mâles font noires comme
celles du Corbeau : il a le col moyennement long , la tête petite , deux gros
yeux noirs, & la veué autant ou plus perçante que l’Aigle: il a le bec aficz gros ,
tout noir, long de fix à fept pouces , tout droit j mais le deffus cft recourbé par
l’extremité, en forme de crochet: il a les pattes fort courtes, deux griffes com>
me celles d’un vautour , mais toutes noires : fês »îles font fi prodigieufemenc
grandes, que de l’exrremité de l’une à l’autre, il y a quelquefois fept à huit pieds
&: ce n’eft pas fans fujec, puifquc fes aîlcs luy font abfolumenc neceffaires , s’é¬
cartant quelquefois de terre de plus de trois cens lieues. Il a beaucoup de
des Drogues, Livre Premier. 45
peine àfè lever de deffus les branches; mais quand il a une fois pris Ton vol,
on luy void fendre lair d’un vol paifible, tenant les ailes c'tcndues fans prefque
les remuer, ny fe fatiguer aucunement. Si quelquefois lapefanteur de lapluye,
ou l’impetuofité des vents l’importune; pour lors il brave les nues, fe guindé
dans la moyenne région de l’air, & fe dérobe à la veuë des hommes. Mais quel¬
que haut qu’il puiflc eftre, il ne laifTc pas de reconnoître fort clairement les
lieux où les Dorades donnent la chalTe aux poifTons volans: & alors il fe préci¬
pité du haut de l’air comme un foudre, non toutefois jufqu’au raz de l’eau ; car
ü feroit bien en peine pour s’en relever , mais quand il en efl à dix ou douze
toifes, il fait une grande caracole, & fe baiffe comme infcnhblemeht, jufqu’à
venir rafer la mer, au lieu où la chafl'e fe donne, & en pafTant il prend le petit
poiflbn au vol dedans l’eau, dil bec & des griffes, & fouvent de tous les deux
enfemblc.
Le mâle porte une grande crête rouge comme celle du coq , non pas fer la
tête , mais fous la gorge. Cette crête ne paroît pourtant qu’à ceux qui font
bien vieux. Les femelles n’en ont point , mais elles ont les plumes plus blan¬
ches, particulie^ment fous le ventre.
Or tout ainfi que dans l’Europe, les Hérons ont des hcronieres , qui font
certains petits cantons de bois qui leur fervent comme de lieu de refuge où ils
s’afT'emblent , fe repofent,fe confervent, & multiplient leur cfpcce ; de même
CCS oyfeaux ont eu fort long- temps une petite Iflc dans le petit cul-de-fàc delà
Guadeloupe, qui leur fervoit comme de domicile, ou plutôt d une fregatiere ,
ou toutes les Frégates des environs venoient fe repofer la nuit, & y faire leur
nid dans la fàifon. Cette petite ifle a efté nommée [’Jjlctte aux Frégates , eu
porte encore le nom , quoy qu elles ayent change' de lieu : car es années mil
üx cens quarante-trois & mil fix cens quarante-quatre, pluCeurs perfbnnes leur
firent une fi rude chafl'e, quelles furent contraintes d’abandonner cette Ifle.
Le R. P. du Tertre, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, de la Congrégation de
S. Loüis, Miflionnaire Apoftolique dans les Antilles, eftant poufle par les avan¬
tageux récits qu’on luy failoit de l’huille qu’on tire de ces oyfeaux, leur fit
donner la derniere chafl'e, & a l’ayde de trois ou quatre perfonnes, il en prit
plus d’un cent en moins de deux heures. Ils furprenoient les grandes fur les
branches, ou dans leur nid; & comme elles ont beaucoup de peine à pren¬
dre leur vol, ils avoient le temps de les aflbmer des coups de bâtons , ( qu’ils
avoient, longs comme des piques) au travers des ailes, & elles demeuroienc tout
court à demy étourdies. Il n’y en eut pas une de toutes celles qui prirent le
vol, qui n’eut mal au cœur en partant, & qui ne leur vomit deux ou trois poif-
fons grands comme des harans à demi cuits, il crut que c’eftoic pour fe déchar¬
ger, afin de voler avec plus de facilité.
L’huile ou la graifle de ces animaux eft un foiiverain remede pour la goûte
fciatique,& pour toutes les autres provenantes de caufe froide. On en fait un
grand cas dans toutes les Indes, comme d’un médicament précieux.
CHAPITRE XXL
•
Des Nids d' Oyfeaux.
LEs Nids d’Oyfeaux que les Siamois ont apportez en France il y a quel¬
ques années, font la bave, ou l’excrement de certains oifeaux nommez
-Alcyon, fort frequents en France principalerncxic en Normandie. Les Alcyons
F iij
Hui lie
Frcgaie.
4(j Hiftoire generale
de France font des Oyfeaux fréquentant la mer & les marêts-, ils font de la
grolfeur d’une Hy rondelle, ou d'une Caille, leur plumage & leur bec font de
differentes couleurs, coçnme vert , rouge, & bleu. Ces Oyfeaux ont difïercns
Ak'on-martinct noms, commc Alcyon-mattinec, Martinet pcfcheur,Oyfeau de faint Martin , ou
thcui, Oyfcitt Drapier; ces animaux font ordinairement leur nid entre les rofeaux, ou fur les
Les Alcyons des Indes, fur tout ceux de la côte du Royaume de Cam-
ba,Iors qu’ils font en amour, jettent par leur bec une écume blanche avec quoy
ils bâtilfent un nid de la grandeur & figure d’une taffe ronde , dont ils fe fervent
pour couver leurs œufs, & faire éclorre leurs petits ; ces nids font d’une cou¬
leur blanche tirant fur le jaune, d’une confiftance folide & feche, d’un gouft
infipide, & affez approchant de celuy du Ver-michel.
Les Chinois font fi amateurs de ces Nids d’oyfeaux,quc c’eft une chofepref
que incroyable de la quantité qui s’en cranfporte à Pequin , ville Capitale de
la Chine , & y valent ordinairement cinquante Tahers le cent, qui eft environ
fix cens livres de notre monnoye. Ils leur attribuent de grandes proprietez ,
car outre l’ufage continuel qu’ils en font pour fe nourrir, eftans cuits dans de
l’eau avec une volaille & du Gingembre, ils les eftiment fort propres pour gué¬
rir les maux d’cftomac, & pour foulager ceux qui font en langueur.
Ces Nids nous eftoient autrefois peu connus, & l’on croyoit que ces Nids
eftoient formez de l’écume de la mer j mais depuis que les Siamois npus. en ont
apporté , ils font devenus aflez communs.
Il y a encore queiques-autres parties d’Oyfeaux que nous vendGns,& dont
nous faifons un négoce confidcrable, comme des plumes & pinceaux de Cigne,
de la plumet du duvet d’Oyes, ou autres volailles, que nous faifons venir de la
Pierre Gafeogne, de la Normandie, & du Nivernois , comnie aulTi des Pierres d’Hy-
londciic. rondelles, Oyleaux fort communs en France, fur tout au Prin-temps; dont on
fe fert comme l’on fait des petites Pierres d’Ecrevifies , pour ôter les ordures
qui font dans les yeux.
CHAPITRE XXII.
Des Cantharides.
LEs Cantharides font des Mouches que les payfans d’autour de
Paris nous apportent, qui fe trouvent en quantité lut les Frefncs , fur
les Rofiers , & fur les bleds ^ ces Mouches ont les ailes d’un vert luifant &
fort belles à voir , à caufe de leur couleur azurée parmy un jaune doré, mais
en recompenfe fort veneneufes & d’une odeur fort puante. M fe trouve de grofi
fes Cantharides en Italie, qui ne font d’aucun ufage en France.
On doit choifir les Cantharides, nouvelles, léchés, & bien entières, car dés
aulTi tôt quelles ont deux ou trois ans, elles fe mangent en elles mêmes & fc re-
duifent tout en poudre.
L ufage des Cantharides eft pour l’cxterieur , eftant un fort grand veflicatoi-
rej c’eft le fujet pour lequel les Appoticaires en font la baze de l’emplâtre , fur-
nommé veflicatoire. Les Maréchaux ^’en fervent beaucoup, tant pour guérir le
farcin,que d'autres maladies qui arrivent aux Chevaux, â quoy elles font fort con¬
venables; mais c’eft un des grands poifons que nous ayons & dont l’ufage intérieur
doit eftre abfolument défendu, & ne pas fe fier à ce que quelques-uns en ont
écrit, qui veulent quelles fe peuvent prendre intérieurement, lors que les ailes.
îïViW
CHAPITRE XXIII,
LEs Abeilles ou mouches à miel font de petits infedes dont la nature ôc
la conduite ne font pas moins admirables que leur travail efî: neceffaire, pu if
qu’ils nous fourniflcnt le miel & la cire, dont nous faifons un négoce confidc-
rablcj comme je n’ay jamais élevé d’Abeilles, j’ay efté obligé de m’en rappor¬
ter à un de mes amis, lequel ayant pendant plufieurs années pratiqué & fait
ce négoce, a bien voulu me donner ce qu’il a pu remarquer, pour le conférer
avec ce que les Auteurs en ont écrit.
Quelques Nat uraliftes veulent que l’origine des Abeilles vienne du Lion &
du Bœuf mort, & qu’au lieu devers qui fortent ordinairement ^u corps des au¬
tres animaux, il fort du corps du Lion & du Bœuf, des Abeilles ou Mouches à
miel.
Cette naiffance , ou origine me paroîc dautanc plus éloignée de la veriré,
des Drogues , Livre Premier. 47
la tête & les pieds en ont cfté ôtées j c’eft ce qui fera que les EfpilTiers & les
Appoticaires n’en vendront à qui que ce foit, qu’ils ne les connoilfent bien &
qu’ils ne foient feurs que c’eft pour employer extérieurement, &: ils auront foin
d’en tirer des billets ainfî que l’Ordonnance du Roy le porte, comme des au¬
tres poifons qui feront marquez dans cet ouvrage.
Des Abeilles,
48 Hiftoire generale
cju’un particulier ayant voulu faire rexpcrience de ce que Virgile a die au qua¬
trième de fes Bucoliques, n’a rien trouvé de femblable ; le fait eft rapporte dans
un petit traité imprimé, attribué à un Curé de campagne, qui dans la quatorziè¬
me page de fon livre, en parle de la forte.
Le Seigneur Virgile me parut un Auteur allez grave pour établir une opi¬
nion probable,& qui meritoiclur fa parole que j‘en filTe l’experiencc -, jelafis donc,
à la mal-heure , & je penfay empoilonner tout le village , je fis étrangler un jeune
Taurcàu , Bina cornnaft€rens y ôc luy fis donner mille coups de bâton en mou¬
rant, quoy qu’il ne pufi mais des folies du Poète; pour lepulcrc on le mitain-
^ fi mutilé de tous fes membres avec fes deux cornes, au fond d’un grand ton¬
neau de bois, avec quatre petites fenêtres aux quatre vents, afin comme dit
* Virgile, d’en faire fortir des milliers de Mouches à miel. Le Roy fort de la cer-
’ vclle, les menageres de l’eftomac, & les fainéantes du bas ventre ; les Rois
font la guerre à leurs voifins , par mer & par terre, ils rangent leurs armées
en bataille, ils recompenfent les Capitaines, & les Generaux , ils puniflent les
lâches, les font palTer par les armes, & donnent l’eftrapade aux larrons ôc dé-
fertiLirs , ainfi de mil autres balivernes que quantité de pcrlonnes ont cru ôc
^ croy ent encore; au lieu de milliers d’ERains de mouches à miel e]ui dévoient fortir
du corps de cet animafil n'en forcit que des milliaces de gros vers, avec une puan-
teur inlliporiable qui penfa infecter tout le canton, & la puanteur eftoic fi grande
que tout le pays fe crut menacé de la pefte. Voilà des opinions bien diife-
rentes , & comme je ne fuis point capable d’en juger, c’eft le fujet pour lequel
je me contenteray de faire quelques obfervations fondées furl’experience jour¬
nalière, ainfi qu’il fe vera dans la fuite j & ceux qui defireront s en inftruirc
davantage, pourront lire Grenade, ou avoir recours au traite qu’en a fait ce Cure
de campagne, ou à un autre petit livre imprimé à Paris depuis peu, qui a pour
titre Traité des Mouches à miel ^ou font marquées les maniérés, & les règles de les
bien gouverner , & le moyen d’en tirer un profit confidcrable par la récolte de
la cire Sc du miel.
Remarques fur les Abeilles ^ fuivant l écrit qui m'en a ejlé donné par un particulier,
La produdion des Abeilles a pour principe ce qui les engendre qui eft une
clpece de petit germe , ou freflement tout blanc lequel cil pôle au fond des
petits trous ou creufccs,qui compofent les golfes ou rayons de cire, que les
Mouches font & batifient en leurs ruches, & quelles commencent par le fond de
la ruche ou efl: attachée la poignée ^ ce germe aide de la chaleur naturelle des
Abeilles, groflit & forme un elpece de ver blanc, qui au commencement de
la formation n’a rien de femblable à la Mouche j mais dans l’efpace d’un mois
devient comme une mouche, de la même couleur que le ver, & ayant pris peu
à peu cette forme, il noircit ôc éclos hors de fon creulct:& c’eft ainfiquecom-
mencela génération des Abeilles depuis le mois de Février julqu’à la fin d’Odo-
bre à ce que j’en ay remarqué, tellement que leurs ruches s’cmpliflant à la fa¬
veur d’une bonne température, elles eftainent aux mois de May & Juin jmais
les cflains de May font les plus eftimez en ce qu’ils deviennent plus forts que
ceux qui font tardifs j car ordinairement c’eft alors que le temps eft doux, & la
chaleur temperée, au lieu que les eftains de Juin ne peuvent pas fi bien réüftîr
cftans furpns pour l’ordinaire d’une trop grande chaleur & lechcrefté , & mê¬
me le plus fouvent ils ne trouvent pas aftez de quoy fe munir, ny affez de pro-
vifions pour le garantir d’un hyver qui feroit long.
49
. des Drogues, Livre Premier.
De leur T ^avail.
CE que j’en ay remarqué par un foin particulier, & par mon aflîduité ex¬
traordinaire; ayant paiTé beaucoup de temps auprès des ruches & à tou¬
te heure du jour , pour fatisfaire ma curiohté de les voir ménager ; & ayant
même employé pour cela quelques ruches demenuiferie ou il y a des panneaux
de vitres.
Ceft que vers la fin de rhyver,aufli. tôt qu’il fait doux, comme il arrive quel*
quefois & que l’air commence à fe purifier des grandes froidures, dés le mois
de Février elles fortent de leurs ruches, elles vont aux champs & apportent de
la cire de differentes couleurs , comme blanchâtre , jaune , citronnée , & rou¬
geâtre J laquelle eft attachée en forme de petites lantilles à leurs pattes de der^
riere, & dequoy ellant entrées en leur vaiffeau, elles fe d'epeftrent indufirieu-
fement & en forment les trous ou logemens de formation , dans lefquels elles
travaillent pour les conlfruire à fix pans , les rendans plus minces que le plus
fin talc & prcfqu’aulli tranfparans. Il efl â remarquer que ces mêmes
trous, ou creufets, font ceux oii elles pofent leur germe ou freflement qui en-
gendrenr d’autres Abeilles, & qui font remplis de miel àmefure qu’ils devien¬
nent vuides par la fortie des jeunes mouches qui éclofcnt.
Les Abeilles prennent la cire lur toutes fortes de fleurs, excepté celles des
rofes,les fleurs d’oranges, de pois, & de marguerites. Elles en apportent
dune force , de couleur purpurine, qui feel aufli fort comme les cires mol¬
les donc nous nous fervons pour le fceilc que l’on appofe fur le bois , & au¬
tres fceaux de juftice; & elles fe fervent de cetc^irc pour fermer les trous
qui fe repeontrent aux panniers qui leur fervent de ruches j de même qu’à cel¬
les de bois, dont je me fert & qui font de deux pièces pour en boucher la
jointure, lors qu’il s’y rencontre du jour : Elles fe prennent fi bien à luter ces
•deux pièces avec leur cire molle , de couleur purpurine , quelles font aufli fer¬
mes que fi elles avoientefté mafliquées de main d’homme j cette cire efl: d’une
odeur plus forte, & differente de celle que l’on fond, pour mettre en pain.
De la manière quelles recueillent le miel ^ ^ du temps
qui leur eft plus favorable pour faire leur moijfon.
Le temps le plus propre pour recueillir le miel efl: à peu prés vers la fin du
mois d’Avril & dç May plus qu’en aucun autre mois de l’année -, elles fortent
dés l’aube du jour par un temps doux & ferain,vont à la campagne recueillir la ro-
fée, qui efl plus frequente en ce temps là, qu’en toute autre faifon del’annéci
elles retournent aufli promptement quelles peuvent en leurs ruches pour y vomir
dans les trous ou creufets fus défignez, la rofée qu’elles ont humée & lefehée
fur les fimples de la campagne , qu’elles ont au dedans de leur corps & qu elles en
fbntfortirde la maniéré que font les Pigeons la nourriture de leurs petits. Et
quand elles ont rempli le trou ou creufet de cette rolée 3 elles le ferment &c
fcellent d’une petite pelliculle de cire blanchâtre pour en éviter la perte qui en
pourroit arriver par l’épanchement.
Vers la fin de Juin ôc Juillet , que les rofées ne font plus fi abondantes
que pendant les mois d’Avril & May , il arrive encore quelques matinées
de rofées que les Abeilles ne font pas moins foigneufes qu auparavant de faire leur
//. Partie. G
50 Hiftoirc generale
récolté : & amfi arrive, t’il fouvent ( par un malheur pour les biens de la ter¬
re, comme les bleds & autres) de certaines petite» bruines & pluyes^ qui s’at¬
tachent tant fur les bleds que fur les noyers qui les gâtent, & qui (ontfavora^
blés pour les mouches, au contraire pour leur cueillette & moiffon mielleufe.
Et quand leur récolté efl: faite, elles ne laiflent pas toutefois de s’occuper, s’at¬
tachant à ramalTcr la cire quelles recueillent fur toutes fortes de fleurs, ex¬
cepté celles cy-deffus nommées.
Il cft remarquable que quand elles eflaiment , &c auflî-tôt que les jeunes qui
compofent Icflaim, font forties de la ruche, quelles font comme une nue de
mouches en l’air, qui paroît noire, & qui fe forme à mefure qu’elles en fortenc
attroupées comme une armée combatancc; elles s’attachent à fuivre la prin¬
cipale d’entr’elles, qui cft plus longue que les autres, & qui a toutefois les ai¬
les fort courtes , moins longues que celles des autres & qui eft d’une couleur
rougeâtre; quand elles la perdent, elles deviennent vagabondes, & cet acci¬
dent en caufe bien. tôt apres la perte au proprietaire: quand l’effaim cft forty
elles s’arreftenc d’ordinaire à l’ombre de quelque branchage, plutôt qu’en aucun
autre endroit -, cftans aiîifcs, il faut le plus promptement que faire fe peut les ap-
pcllcr & les mettre en leur ruche, de crainte qu’elles ne defertent jcar fi on les
laiffoit aflifes fans les relTerrcr, le Soleil venant à les découvrir , elles s’éveil¬
lent 6c s’envolent-, & quand elles (ont en leur ruche, il eft à propos de la
mettre â l’abry du Soleil, de peur que la chaleur ne fafle f«ndrc leur nouvelle
ciré.
Il cft bon encore de remarquer que leur cire pendant trois ans eft fort ge-
ncrative, produdive & abondante pour la formation des mouches; & que
l’âge de la cire cft fort faS'e à connoître par fa couleur, car dés la première
année, elle eft blanchâtre; la féconde, elle cft jaune; & la troifiéme, elle eft
brune .-quand elle cft plus vieille, elle devient noire, fort fterile & fans produc¬
tion ,& môme les mouches n’y refferrent ny miel ny frefle.
Il eft à propos démettre fous la ruche de reffaim des autres ruches, & des
tables blanches,c’cft à dire, déplâtré, couleur plus remarquable que toute au>
trc;cc n’cft pas que jemc fuis trouvé aufli bien d’y mettre des planches.
J’ay eu des mouches lefquellcs pour n’avoir pas amaflfé afîcz de miel pour*
leur fubfiftance, j’ay efté obligé de les nourrir fur la fin de l’hyver jufquà ce
qu elles ayent atteint le beau tcmps,ô<: qui par après fe font trouvées des meil¬
leures qui me fuffent reftées. Plus l’elfaimeft gros de mouches, & plutôt la ru¬
che eft pleine de cire & de miel, il en cft auffi meilleur de beaucoup ôc il jet¬
te de bon heure l’année fuivance.
Comme il arrive fouvent qu’il y en a de parefTeufes;,, elles font fur l’arrie-
re faifon chaffées ou tuées par les plus fortes & les plus foigneufes.
La produdion des mouches cefTe au mois d’Oeftobre , & ne recorpmencc
que quand la terre commence à mouvoir, c’eft à dire, à produire, comme au
mois de Février.
J’ay dit cy-deffus que j’avois des ruchesde deux pieces,el!es font en forme de baril
ou de pain de fucrc, coupées par le milieu, afin de ne pas.faire mourir les mouches,
il faut couper CCS ruclies d’année en année, en enlevant une année une partie &
l’année fuivante 1 autrc,felon qu’elles fe trouvent pleines, & au lieu de pleines on en
met de vuides; ou les mouches travaillent, c’eft ce qu’on appelle châtrer; ils y
rciifllfleiit quelquefois, & meme d’une feule que j’avois coupée , comme j’ay dit
cy-deffus, j’en ay fait dcux,& au lieu des deux moitiées pleines j’y en joignis
deux yuides, qui rcuflarent fort bien ; mais peu réufliffent de la forte en ces quar-
des Drogues , Livre Premier. p
tiers, en ce qu’ils font trop arides. En effet les mouches Te plaifent grande¬
ment auprès des eaux, &aux lieux aquatiques, prenant beaucoup d’eau pour les
aidera faire leur miel.
Je me fuis rencontré chez plufieurs de mes amis , 6c particulièrement chez
un Officier du Roy qui en avoit dans Ton jardin à Argenccüil, ou il y avoitun
vivier, ou elles alloient & venoient fans dilcontinuer prendre de l’eau pour por¬
ter à leur ruche, furquoy luy ayant demandé ce qu’il en penfoit,il me dit que
c efloit une chofè qu’il avoit toujours remarquée 'depuis qu’il avoit des mou¬
ches.
Il eft à craindre de laifficr quelque efpace ou des trous vuides , dans le haut
ou dans le bas de la rucher car aux mois de Juillet & Aouft, il fè forme des Pa¬
pillons qui y entrenr,y font leur pontc& engendrent de gros vers courts & durs,qui
forment des traces & toilles d’araignées qui joignent les gauffes ou rayons cn-
fcmble & y mettent le feu- tellement qu’en moins de deux ou trois jours les
mouches en fortent & abandonnent la ruche , après l’avoir pillée. Ces vers
pour peu qu’ils y loient , multiplient tellement , qu'en moins de cinq ou fîx
jours, l’on ne peut pas retirer plus d’une once de cire de celle que les mouches y
avoient amafïécs,& pour toute recompenfe les vers y pondent des germes &
cocques fort dures, qui avec les toilles d’araignées qu’ils y ont formées, ne
font plus qu’une pelotte dans la ruche.
De plus il eft à remarquer que parmy les Abeilles il y a des mouches qui font
fainéantes & ne vont point en campagne, ou bien peu, & ne fortent gucres avant
midy jufquesfur les quatre heures de relevée, & ne rapportent aucun butin; au
contraire elles mangent la moiftbn des autres, & les bonnes tuent les feneanres
autant qu’elles peuvent dans la faifon d’Aouft. Elles font beaucoup plus groffics &:
plus noires que les autres, 6c n’ont point d’aiguillon pour piquer, mais quand
on Uurprefreje derrière , il paroît deux petites cornes comme des peaux tranf-
parentes, qui font jaunes par i’extremité.
En Pologne & en Molcovie les Abeilles font leurs ruches dans le tronc des
vieux arbres, & outre les commoditez que les peuples retirent des mouches
en ce qu’ils ne vivent prcfque de miel , c’eft que les mouches fe cultivent
d’elles mêmes, fans l’affiftance de perfonnes; ce qui eft bien contraire des
nôtres.
Sur cela Munftcr & Guyon rapportent une chofe fùrprenante. Un Payfàn
eftant tombé dans un de ces arbres, où les Abeilles font leur miel, aux grandes
Forefts de Mofeovie , où il avoit efté chercher de la cire, 6c n’en pouvant for-
tir, parce que le creux de ccc arbre eftoic fort profond 6c large, un Ours vint
en ce lieu par la Divine Providence, pour fe repaître du rrtel des mouches;
auffi-tôt le Payfan prit cet animal par un pied avec les mains, 6c fut ainfi tiré
hors du péril évident de périr dans cet arbre.
CHAPITRE XXIV.
Bu Miel.
NOiis voyons en France de trois cfpeçcs de miel que nous faifons venir
de differents endroits; fçavoir le miel blanc tiré fans feu, a qui quelques
uns ont donne le furnom de miel vierge, tant àcaufequ il fort de luy même , que
parce qu’il fe tire des rejettonsde l’année , ou des gâteaux nouvellement faits ,
//, Partie. G ij
Miel blanc de
Narbonne.
Miel blanc de
Provence.
Miel bJan:
de Pays.
Miel jaurc
de Champagne-
52 Hiftoire generale
pour tirer ce miel, Ton coupe ou l’on rompe ces gâteaux, ou bien on les met tous
entiers fur des nattes d’ozier pofées fur un vaiffeau bien net, de terre ou de bois,
& le miel qui en de'coule eft très excellent, d’un blanc clair , qui ne manque
pas en peu de temps de fe congeler, & devient dur & bien grenu. Le fécond
fe tire de toutes fortes de gâteaux que l’on met, apres avoir efté bien nettoyez
dans des facs de corde & par le moyen d’un prefToir , on en fait lortir un miel
blanc , mais bien different du premier, tant à caufe qu’il n’eft pas fi blanc ,
que parce que fon goufl: n’eft pas fi agréable. Le troibe'me eft le jaune qui fe
tire de tous les gâteaux que l’on mec fur le feu dans des chaudières avec tant
foie peu d’eau; & enfuite on les mec dans des facs ôc on les prefte, ce qui en
fort eft le miel jaune, qui eft plus ou moins beau,fuivancle peu de chaleur qu’il
a reccii, car s'il avoir efté trop chaufé, au lieu d’eftre d’un beau jaune , il le-
roit d’urr jaune brun & d’une mauvaife odeur. On prétend aufli que le miel eft
moins beau & bon, fuivanc la quantité d’eau que I on a mis pour le faire chau-
fcr.
Le miel le plus beau & le plus eftimé, eft celuy du Languedoc qui eft
blanc, principalement celuy de la Corbière petit Bourg à trois lieues au de-là
de Narbonne, qui eft l’endroit d’où nous vient le plus beau miel blanc, & qui
communément eft appcllé, miel de Narbonne, ce qui eft bien faux, car dans
Narbonne on ne fçaic ce que c’eft que miel de Narbonne , mais bien celuy de
la Corbière 5 mais ce furnom luy a efté impofé à caufe que Narbonne eft une
grande Ville plus connue que la Corbière qui n eft qu’un Bourg.
Le véritable miel de la Corbière ou de Narbonne, pour eftre de la qualité
reqiiife doit eftre nouveau, épais, grenu , ^ tout à fait femblable à du fucre
royal, d’un gouft doux & piquant, d’une odeur douce & tant (oit peu aroma¬
tique. Celuy d’après eft celuy des autres endroits du Languedoc ôi de la Pro¬
vence, mais qui eft bien different de celuy de la Corbière , tant parce qu’il
n’tft jamais d'un fi grand blanc, que parce qu’il n’eft pas fi agréable au gouft
& n'a pas cette odeur de romarin, à moins que ce ne foie par artifice , com¬
me il n’arrive que trop fouvent, ainfi que nous le rcconnoiftbns par la quanti¬
té de fleurs de Romarin qui fe trouve mélangez dans le miel blanc de Proven¬
ce, ou du Languedoc; &même j’en ay vû des Barils au fond defquels il s’eftoit
trouvé de la grofleur d’un gros oeuf de ces fleurs, qui y avoient efté mifes ex¬
près, pour donner du gouft ôc de 1 odeur au miel afin de le faire paffer pour
véritable miel delà Corbière ou de Narbonne. Le troifieme & dernier eft le miel
blanc des environs de Paris, ou même de vingt & trente lieues à la ronde, à
qui on a donné lé nom de miel de pays ôc il s’en rencontre quelquefois de
fi parfait qu’à la, referve du gouft & de l’odeur, qu'il ne cede en rien à celuy
de la Corbière: ce quin’eftpas fort difficile à croire , en ce que le gouft & l’odeur
du miel neconfiftent que dans la bonté des fleurs dont les Abeilles fè font nour¬
ries; Ôc comme le Languedoc ôc la Provence font des pays chauds, & par con-
fequent plus remplis de fleurs ôc de fimples aromatiques,comme Thim , Romarin,
StoechaSjôe autres, c’eft le fujet pour lequel le miel en eft meilleur ôc d’une odeur
plus agréable , ainfi le plus recherché, principalement pour faire dcsTifannes
pecforalles, qui eft fon principal ufage; ôc celuy de pays eft employé aux mê¬
mes ufages , ou pour faire des compofitions, ou des confitures, où il eft requis
en guife de fucre, ou pour manger en Carême.
A l’égard du miel jaune, le meilleur que nous voyons à Paris, ôc le plus re¬
cherché eft: celuy de Champagne, lequel pour eftre de la bonne qualité doit
eftre nouveau, d’une bonne confiftance, d’un jaune doré , le plus grenu ôc le
des Drogues, Livre Premier.
moins chargé de cire que faire fè pourra; ce défaut ne provient que de la mal-
façon, & pourveu que l’odeur en îbic fupportable, & véritable Champagne , il
cft beaucoup plus de vente & d’une meilleure qualité que tous les autres miels que
nous faifons venir de differents endroits, comme dé la Touraine, de la Picar¬
die, & fur tout celuy de Normandie en ce, qu’il ell: puant , rougeâtre, &c d’une
très mauvaife vente, quoy qu’il foit plus purgatif que celuy des autres endroits ;
le Miel de Normandie cft affez facile à connoître, tant par fa couleur & odeur
que parce qu’il nous vient ordinairement dans des Pots de grais,que nous ap¬
pelions Talevannes, ou Pots â heure, qui font les mêmes pots dans quoy nous
faifons venir le beurre d’ifigny en Normandiej &ce miel eff admirable pour les
Appoticaires, eftant fort propre & convenable pour faire les miels compofez,
comme le Violât , le Nénuphar & autres.
L’ufage du miel jaune eff fi commun , fur tout à Paris , qu’il n’y a penfonne
qui ne fçache (es facultez , c’eft le fujet pour lequel je n’en parle point-, je di-
ray feulement qu’aucant que fes ufages font connus, autant fonemploy eff-il ig¬
noré-, car la plulpart de ceux qui fondent le miel,l’écument tant qu’il mouffe,
ce qu’il ne faut pas faire, en ce qu’il écume jufqu’à la derrière goutte, mais le
contenter de le faire liquifier ou bouillir un boüillon, & enfuite le retirer de
deffus le feu, & eftant à demi refroidi il le faut palfer par un linge*& en-
fuite s’en fervir. Outre l’ufage ordinaire du miel, il eft auffi fort ufité par les
Pain d’e'piciers, qui s'en fervent pour faire le pain furnommé d’épice, dont le
débit eft fort grand en France, fur tout à Rheims, parce qu’ils le font meilleur
à caufe de la bonté de leurs miels de Champagne , que parce qu’ils y ajoutent
des épices , comme poivre & autres, qu’ils le lardent d’écorce de Citron, ou
d’Orange , & qu’ils le lâupoudrent de petites nompareilles.
Quere ces differents ufages, nous tirons du miel par le moyen de la diftiîa-
tion une eau, un efprit &une huille qui font eftimez propres pour faire croître esike
les cheveux, & pour effacer les tachesdu vifage : On acciibué à l’cfprit demiel,
bien redlifié la faculté de diffoudre l’or Scie plomb. Onpeut aulîi tirer du miel
qui à fermenté un vinaigre , mais le peu d’ufage que l’on en fait eft U caufe que
je aie confeille à perfonne de s’y amufer, auffi bien qu’à vouloir tirer l’huillc &
le fel du miel, parce qu’il n’en rend que très peu.
CHAPITRE XXV.
De la Cire jaune.
Outre ces differentes fortes de miels, & les ufages que l’on en peut faire, nous
faifons de plus un très gros négoce de Cire jaune & blanche 3 la premiè¬
re Cire que l’on tire eft la jaune qui fe fait en mettant ce que l’on a tiré de
deflus les clayes & dedans les facs que l’on a tiré du Preffoir , qpe l’on met
dans de grandes chaudières, avec une quantité fuffifàntc d’eau , & lors que le
tout eft tondu, on la paffe par une toile & on la met au preffoir pour cti faire
fortir toute la cire; cette cireeftantcoulée, repofécêc encore chaude, on en doit
retirer l’écume ou mouffe qui fe rencontre deffus, avec unq tuile, ou un mor¬
ceau de bois moüillé; cette cire écumée & refroidie, fera retiré des vaiffeaux,
où elle aura efté jettéepour mettre en painj & enfuite s’il s’y rencontre du pied
comme il n’arrive que trop fouvent , on l’ôtera avec un couteau ou autre inf
trumenc de fer fait exprès: avant que de mettre la cire chaude dans les moul-
Huilic ou bcu-
ic de cire.
Mare de mou-
cIks.
Piopolis.
54 Hiftoire generale
les foie de bois, de cuivre, ou autre me'cail, on les frottera de miel ou d’huil-
le d'olive , ou de noix, ou avec de l’eau pour empêcher que la cire ne tienne
au vailTeau. Quelques uns pour mieux purifier la cire le fervent du vitriol romain
ou autres coupcrolcs; mais pour mon particulier, le meilleur fecret que jayepù
trouver c’ell de la bien fondre & .purifier.
Ce que nous appelions cire , ell à proprement parler ce qui contient le
miel dans les ruches, & ce qui relie dclTus les clayes & dans les lacs, apres
que I on en a tiré le miel, comme j’ay déjà dit.
La Pologne, la Barbarie , la Bretagne, la Campagne, & autres endroits de
la France nous fournillènt quantité de cire jaune, & de quelque endroit quelle
vienne, pourveu quelle foit de la bonne qualité, & qu’elle ne foit point addi¬
tionnée, il n’importe ^ quoy que les cires de Dantzic , de Bretagne, & de
Champagne , palïent pour les meilleures. On doit choifir la cire jaune haute
€11 couleur, dune bonne odeur , facile à calTer , quelle n’adhere point aux
dents, & prendre garde qu’elle ne foit pas chargée de pied, c’ellà dire, qu’elle
foit bien purifiée, que le defibus foit comme le defius , ôc prendre garde aulfi
fur tout quand ceft des gros pains, comme eft celle de Dantzic, qu’il n’y ait
de l’eau, des pierres, ou de la terre da#s le milieu, enfin qu’elle foit naturelle,
& nofrmêlangée derefinc, galipot , ou poix grafie , ny colorée avec le terra mérita,
•ou roucou.
L’ufage de la cire jaune eft pour faire plufieuts ouvrages , comme cierges ,
bougies, & autres ouvrages de cire. La Cire jaune eft d’un grand ufage dans
la médecine, car elle fert pour donner du corps aux unguents&erapâtres; elle
a aufti quelque ufage chez quantité d’ouvriers qui s’en fervent pour plufieurs
chofes, dont ils ont befoin ; on s’en fêrr aufti pour fceller les parchemins qui
porte Privilèges & autres chofes femblablcs. Quelques uns veulent que la cire
jaune n’ait aucun qualité en médecine.
On tire de la cire jaune par le moyen d’une cornue de verre, ou de terre,
& du bol, ou autres terres infipides , ou de la cendre de bois de Chefnc,une
, huille blanche , cpaifle, toute femblable à du beurre, c’eft pourquoy oii luy a
donné le nom de beurre de eire, lequel doit cftre blanc & d'une odeur de cire;
de ce beurre de cire en y incorporant de la poudre de bol, ou de la chaux en
poudre, par le moyen d’une cornue de verre mile fur un feu de fable, on en re¬
tire une huillc claire & blanche comme de l’eau, & d’une odeur aftez agréable.
Le heure & l’huillc de cire font beaucoup eftimez pour la gucrifon des enge¬
lures, lur tout de celles qui font crevées, & autres maladies dépareillé nature.
Ce qui refte dans les facs de toile , apres que la cire en a efté preftée , qui
n’cft que des mortuaires de mouches & autres ordures, eft fort employé parles
Marefehaux, qui eft ce que nous appelions marc de mouches. .
Il fe rencontre encore dans les ruches une efpecç de cire rouge, à qui quel¬
ques uns ont donné le nom de cire vierge,ou de propolis qui eft cettecire dont
les abeilles fe fervent pour maftiquer & boucher les fentes ou trous de leurs
ruches, de peur que l’air n’y encre, ainfi plus il y aura de fentes ou de trous à
une ruche & plus il y aura de Propolis.
L’ufàge du propolis eftoit autrefois aftez grand, mais pour le prefent on ne
fçait prelque plus .ce que ceft, quoy que ce foit un fort bon remede pour gué¬
rir les maladies des nerfs.
55
des Drogues J Livre Premier.
De la Cire blanche.
La Cire blanche ell: de la cire jaune fondue & par le moyen de la fon¬
te & de l’eau cit réduite en grain ou en petite parcelle, & enfuite étendue
lur des toilles plantées fur des piquets & cxpofce à l’air nuit & jour du depuis le
mois d’Avril jufqu’à la fin d’O^obre. Il efl: à remarquer que lors que cette cire DmsicLjn-
a efté deux ou trois jours fur les toilles, on la refond jufqu’à trois & à quatre fois, df'^mcîuc 'u
fuivantle beau-temps & la quantité dergfée&la force du Soleilj eftant bien blan-
che, on la refond dans de grandes chaudières , & enfuite par le moyen d’un
vaifleau de fèr blanc fait exprès ; on l’écoule^ c’ell à dire, on la verfe fur une « forme de
table où il y aplufieurs trous en rond de la figure des petits pains de cire blan- qu"iscxpJe«
che, dans lelquels on a pafie auparavant de l’eau fraîche, pour empêcher que "jf paCpcrl
la cire n’adherre au bois, & enfuite efl mifc fur les toilles pendant deux jours
& deux nuits , pour la rendre plus tranfparantc & la faire fecher. qu’elle tic fon-
La meilleure cire & la plus propre a blanchir efl: la cire jaune de Bretagne,
laquelle lorsqu’elle efl: bien blanche , comme efl: ordinairement celle de Châ- o'^iduSoicii,
teau- Gontier, ville à huit lieues d’Angers, qulefi & qui pafie pour le meilleur
blanchiment de France, doit cfire blanche, claire ,tranlparante , en pains épais
& qu’efianccafiee fous les dents n’aye aucun mauvais goulî & n’adherc nullement
fous les dents, comme n’efianc mélangée d’aucune chofe & toujours pure.
C’efl: avec cette belle cire que nous faifons les beaux ouvrages de cire blan.
che , comme cierges , bougies, flambeaux, figures , & autres ou v<*ges de cire:
après la cire de Château Gontier, la féconde eft celle d’Angers, la troifiéme
celle du Mans, la quatrième celle d’HoIlaude qui nous vient ordinairement dans
des grandes caifies de quatre à cinq cens,& la première forte, eft ce que nous appt I- KÆccue'b.în'
Ions cire royale d’HollandCjla cinquième cfi celle d’Amboife,lafixiémeeft celle de
Chaumont proche de Troyes, enfin la feptiéme & la pire efl celle de Roiien,
à caufe de la force addition de luif qu’ils mettent dedans la cire blanche & t fl: plus
eu moins bonne , fuivanc le peu de fuif , Bouc , Chevre ou Mouton qu’ils y
mettent, & il n’y a fort peu d endroits où l’on ne fafie de plufieurs forces de
cire blanche à la referve de TAnjou, c’efl: lefujet pour lequel elle eft plus cbere
& plus eftimée pour les beaux ouvrages.
Outre que Ion doit eftre curieux d’avoir de belle cire, on doit prendre garde
que les cierges & bougies de table foient faites avec du cotton, les bougies filées
foit en baril, ou en rond avec du fil de Guibray j la bougie de Venife, avec du
...fil de Cologne ou de Guibray bien fin, & la bougie à lampe avec du cotton ;
car celle qui efl: faire avec du fil s’étaint & ne dure que fort peu allumée. Les
Flambeaux foit blancs ou jaunes doivent eftre à collets blancs, cflâns plus pro¬
pres & plus de vente i nous faifons de plus de la bougie en billot ou à bougier
dont fe fervent les Tailleurs pour bougier leurs écofFes.
Outre toutes les differentes préparations de la cire blanche, nous la faifons
fondre, & enfuite par le moyen de Tean fraîche, d’une écumoire, ou d’une poi¬
gnée de verge, Q.n la réduit en petit grain qui efl: ce que nous appelions Cire
grenéc, dont la plus belle & la pins blanche efl: celle d’Anjou ; il en vient du . ^
Languedoc , mais elle n’cfl: pas fi belle, ny fi bonne, en ce qu’au fli-tôc qu’elle
efl fondue, elle devient jaune. Cette cire n’a autre ufage que pour faire des pom¬
mades & pour adoucir le tein des Dames , en y incof poranc dp blanc de Baleine,
du Borax, du Talc de Venifè, Vautres femblabjes.
5<r Hiftoire generale
La plus grande partie de la cire grenee que nous vendons à Paris , y eft aire
car le peu d’ufage qu elle a, ne mérité pas den faire venir.
Delà Cire molle ^ rouge ^ verte.
La Cire molle rouge eft de la Cire blanche fondue avec de la Terebentine
lavee, & enfuite eft rougie avec du V ermillon , ou de l’Orcanetcc . Cette Cire
pour eftre de la belle qualitée, doit eftre en bonne confiftance,.& d’un beau
rouge &proprement faite. Son ufage eft pour les Commiftaires, pour ap-
pofer les fcellcz.
La Cire verte, eft de la même compofitionj la différence qu’il y a,c’eft que
l’on la verdi avec le Ver de gris. Son ufàge eft pour guérir les corps des pieds,
& pour la campagne qui s’en fervent aufli bien que de la rouge , pour verdir
les bouts des cierges ou flambeaux.
Cire à "orner. Nous faifons de plus de la cire à gommer les coutils, qui eft de la cire blan¬
che, ou jaune fondue avec de la terebentine, ou de la poix grafl’e , & enfuite
eft mife en petits pains , par le moyen des moules de fer blanc en forme de gobe¬
lets. Cette cire eft en ufage par les Tapiflîers.
Nous vendons encore quantité d'autres ouvrages.de cire, comme figures, fruits
& autres , de toutes couleurs, &le tout eft plus ou moins beau &bon, fuivant
que le Cirier fçait travailler & eft honnefte homme.
• De la Cire noire des Indes.
En plufîeurs endroits des Indes tant Orientales, qu’Occidentalcs, il s’y trouve
de petites Abeilles qui font leurs ruches dans le creux de certains arbres,
dont la figure eft reprefentee cy- devant. Ces Abeilles font leur miel dans de
petits vaiffeaux de cire noire , qui font de la groffeur & figure des oeufs de Pi¬
geons, ce miel eft très agréable & d’une couleur d’Ambre: Les Indiens fe fer¬
vent de cette cire pour faire des Cierges, & pour recueillir de l’arbre le baume
furnommé de To/wj ainfi que je l’ay marqué cy-devant.
Qi^lques Auteurs dilent qu’il y a un animal qui eft femblable à un chat
qui eft noir, que les Indiens appellent Heirat , ou Bête k miel^ qui le plus fou-
vent monte deffus ces arbres & mange tout le miel, ôc ce qui eft plus furpre-
nant,c’eft que cette animal tire les rayons du miel avec la patte, & ne fait
aucun mal aux mouches, & les mouches ne luy en font point aufli, parce quelles
n ont point d’eguillon comme les nôtres.
Cette Cire eftoit autrefois fort en ufage en Efpagne & quelque peu en Fran¬
ce, mais à prefènt on ne fçait plus ce que c’eft,eftant une des plus rares dro«
gués que nous ayons.
CHAP. XXVII.
des Drogues , Livre Premier.
CHAPITRE XXVI.
De { Ambre ms.
O
L’Ambre gris eft la marchandife la plus precieufe & la plus chere que nous
ayons en France, & la drogue la moins connue, & donr la nature, & l’o-
rigine eft la plus conteftée,car ii je rapportois ce que tous les Auteurs en ont
écrit , j’aurois aftez de cette matière pour faire. üh;.v.olume entier : mais pour
ne blâmer perfbnne,& ne point repeter ce qué-q^iShtité d’Auceurs en ont écrit j
je diray que l’Ambre gris que nous faifons venir de plufteurs endroits, mais prin¬
cipalement de Lilbonne, n’eft autre chofe qu’un amas des rayons de mouches
qui tombent de deftlis les rochers dans la mer, ou qui font arrachez par les va¬
gues de la mer, foit par la violence des vents, ou autrement: Ces rayons de
cire remplis de miel eftans dans la mer, foit par une propriété de l’eau ma¬
rine, ou par la venu |des rayons du Soleil, font rendus liquides & flortans fur
l’eau , comme il s’en rencontre aftez fouvent.
Quantité de perlonnes feront furprifès de ce que j'avance, que l’Ambre gris
dont la nature a efté jufqu’à prefent fi peu connue, ne loit que de la cire, ce
que je ne ferois pas , fi un de mes amis ne m’avoit afturé en avoir veu tin mor¬
ceau qui eftoit moitié Ambre, & moitié Çirej & pour confirmer mon dire,
M. de Monconys Lieutenant general de;LyQiXr,'à la page 71. de les voyages, af
furc qu’il a appris en Angleterre que l’Ambre gris eftoit la cire & le miel que
les Abeilles font contre les grands rochers qu’i^ya au bord delà mer des Indes j
ces ruches cuites par le Soleil, fe détachent & tombent dans la mer, qui par
fon agitation, achève de les perfeiftionner, & qu’ainfi ayant rompu une grofte
piece d’Ambre qui ne devoir pas encore eftre arrivée à fa perfeélion, on y avoit
trouvé dans le milieu de fa fubftancejlc rayon de cire & de miel tout enfem-
blei& pour une plus ample confirmation, quand on fait la diftolution de l’Am¬
bre gris avec de refprit de vin pafte fur le tartre , il refte à la fin une matière tou¬
te femblable au miel.
Et pour faire voir que l’Ambrc-gris ne peut eftre que de la cire, parla gref¬
fe quantité qu il s en trouve quelquefois, non pas des morceaux de trois cens
livres, comme quelques-uns l’ont écrit , mais de trente à quarante livres; je
rapporteray ce qu’en dit M. Tavernier, à la page 313. de fon fécond Tome, ce
qui fuit :
On ne fçait pas trop bien comment il fe forme, ny où ü f^ forme; mais il
y a bien'de l’apparence que ce ne peut eftre que dans les mers d'Orient, bien <c
qu’on en ayt quelquefois trouvé fur les coftes d’Angleterre & autres de nôtre ce
Europe. La plus grande quantité s’en trouve à la cofte de Melinde, principa- 1.-
lement vers les embouchures des rivières, ôc fur tout à l’embouchure de celle cc
qui s'appelle Hio di Sem. Quand le Gouverneur de Mozembique revint à Goa ce
au bout de trois ans que le temps de fon gouvernement eft fini , il apporte d’or-
dinaire avec luy, environ pour trois cens mille Pardos d’ambre- gris. H s’en c, lePardo^cft
trouve quelquefois des morceaux d’une srofteur & d’un poix confiderable. L’an
. O -.j II ' , — “W “nôrre muiiKovc
162.7, vailleau Portugais partant de Goa pour les Manilles , apres qu il eue
pafte le détroit de'Malacca fe trouva engagé dans une tempefte qui dura plu »
fîeurs jours & plufieurs nuits; le ciel eftant toujours couvert, & ellant impof cc
fible au pilote de' prendre les hauteurs. Cependant le ris ôc autres vivres venant «c
II. Partie, H
58 Hiftoirc generale
” à manquer, ils mirent en deliberation s’ils jetteroient dans la mer desNegres
’’ qui eltojcnc dans le Vaifleau pour conferver les vivres pour les hommes blancs ,
Ôi ils eltoientfur le point dcl exccuter lors qu’un matin le Soleil fe montrant leur
découvrit une 111e dont ils eftoient alTez proches, & où ils ne purent pourtant
aller moiiiller que le lendemain, la mer eftanc haute & le vent leur eftanc
” peu favorable. Il y avoic dans le vaifleau un François nommé Marin Renaud,
” natif d’Orléans & fon frere , lefquels eftant à terre trouvèrent une riviere& fu-
” rent lè baigner avec deux Caporaux Portugais & un Sergent à rcmbouchurc de
cette rivière. Un des Caporaux en ce baignant apperçût dans l’eau un gros
’’ morceau qui flotoit prés du bord, & qu’il prit en s en approchant pour quelque
” morceau de pierre fpongieufe, qu’il laifla là làns autre reflexion, de meme que
’’ les quatre autres qui furent aufli le voir & le manier fans pouvoir connoîtrece
” que c’efloir. Ertans de retour au vaifleau ce même Caporal fongea la nuit à ce
morceau dont il n’avoic pas bien pû reconnoître la nature, & ayant oüy parler
de l’ambre gris femit dans iefprit que s’en pouvoir eftre, en quoy il ne fetrom -
** poit pas. Le lendemain fans en rien dire à fes camarades, il prend un fac, fc
fait mettre à terre, & allant à la rivière comme s’il eut voulu encore fe baigner,
trouve le morceau d’ambre gris, & l’emporte fecrctement au vaifleau où il le
met dans fon coffre, il ne put s'empêcher de communiquer la chofe dés le hoir
” même à Marin Renaud, qui ne voulut pas croire d’abord que ce morceau fût
un morceau d’ambre- gris -, mais qui l’ayanc bien confideré crut à la fin que le
Caporal ne fe trompoic pas. Celuy- cy à tout hazard offrit le morceau à Marin
’’ pour deux pains d’or de la Chine , & le pain d'or eft fix cens livres de nôtre
monnoye; mais Marin s’opiniâtrant à n’en vouloir donner qu’un , l’autre tint
** bon de fon côté &c garda le morceau dans fon coffre. Peu de jours après, foie
que le dépit de n’avoir pu avoir le morceau d’ambre gris pour ce qu’il en avoic
” offert eut fait parler Marin, foit que la chofe eut efté découverte par d’autres
’’ voyeî , le bruit s’étant répandu dans le vaifleau que le Caporal avoic un mor-
ceau confidcrable d’ambre gris dans fon coffre , & qu’il l’avoit fortuitement
” trouvé fur le rivage de cette ifle où les Portugais eftoienc à l’ancre, les mace-
*’ lots & les foldats voulurent aufli en avoir leur part. Marin Renaud par une pe-
” tite vengeance pouflbic à la roue & leur faifoit leur leçon. Ils dirent au Capo-
” ral qu’eltans tous camarades & courans tous les mêmes dangers , il eftoic jufte
qu'ils euflenc tous parc aux mêmes biens que la fortune leur offroic en com-
** mun , puifqu’il n’efloit pas le feul à qui elle eut fait découvrir ce morceau d'ani-
bre-gris , qui dévoie par confequent eftre partagé à tout le vaifTeau. Le Caporal
” fe défendit de fon côté le mieux qu’il luy fut poflible, & comme il s’en trouva
” quelques-uns qui tinrent fon parti fous l’efpcrance d’avoir meilleure parc au
morceau s’il y avoic peu de precendans-, cette difputc commençant à s’échauf-
fer donnoic déjà le branle à une fedition que le Capitaine du vaifleau feeut in,
” continent appaifer par fa prudence. Il reprefenta aux matelots & aux foldats
** que ce gros morceau d’ambre gris qu’il fit pefer en leur prefcnce , & qui fc
’’ trouva de trente-trois livres, eftanc une piece rare Sc digne d’eftre prefèntee au
Roy, c’eftoic dommage de la rompre en tant de petits morceaux j qu’ils rrou-
» veroienc bien mieux leur conte à la garder jufqu’à leur retour à Goa, où la pre-
„ fentanc au Vice.roy il ne manqueroie pas.de la bien payer, & que de cette force
„ ils en auroient chacun bien davantage. Cetc^ expédient que trouva le Capi-
taine fut gencralemenr approuvé, ils pourfuivirenc leur route jufqu’aux Manil-
les, ôc à leur retour à Goa,, le morceau d’ambre gris fut porté au Vicc-roy. Le
,, Capitaine luy avoic dit auparavant de qu’eile maniéré la chofe s’eftoic pafréc,&:
des Drugues, Livre Premier.
19
ils avoicnt concerté enfémblc les moyens d’avoir lambrc-gris fans qu’il en coû¬
tât rien au Vice-roy. Ceux qui le luy prcfcnrerenc de la parc des marelocs &
des foldats en furent remerciez, & le Vice-roy leur dit qu’il leur fçavoic bon
grc d'un fi beau prefent qu’il envoyeroic au Roy, qui eftoic alors Philippe IV.
auquel le Portugal efloic encore fournis. Ainfî cous les pretendans au morceau
d’ainbre-gris d'echeu ent de leurs efperances, & ny du Vice-roy , ny du Roy
même à qui l’ambre-gris fut envoyé ils ne reçurent aucune douceur.
Je diray encore un mot d’un autre morceau d’ambre-gris pefant quarante-
deux livres. L’an 1646. ou 1647. un Zelandois d’une des meilieures familles de
Middelbourg, lequel commandoit pour la compagnie Hollandoife dans l’Ifle
Maurice qui cft à l’Eif de celle de S. Laurens , trouva ce morceau hirlc rivage
& l’envoya à la Compagnie. Comme ces gens-là ont toujours des ennemis ,
& fe trouvant une marque au morceau comme fi l’on en eut rompu une par¬
tie, le Commandeur fut aceufé d’en avoir pris la moitié, dequoy il fe julfifia à
Batavie. Mais le foupçon eftant toûjours demeuré dans les clprits deplufieurs,
ôc le Commandeur voyant qu’on ne luy donnoit point d’autre charge, irretour-
na en Zelande en l’an 1649. fur le même vaiffeau où j’eftois.
Quoyqu’il en foit,on doit choifîr l’Ambre gris, à qui quelques-uns ont don¬
né le nom de Succin Oriental, en beaux morceaux- d’un gris au delTus, d’un
gris marqueté de petites taches noires au dedans, d’une odeur douce, fuave &
fort agréable, & rejetter celuy qui eft molafle, crafTeux, moifi au deffus & au
dedans jCrouteux , rempli de becs de Perroquets qui s’y font mélangez dans le
temps de leur mu,ë,,& que l’Ambre gris cftoit encore liquide , auili bien que
d’autres corps étrangers qui ne s’y rencontrent que trop lôuvent.
L’ufage de l’Ambre gris ell pour les Parfumeurs, aufli bien que pour quantité
d’autres perfonnes qui s’en fervent à caufe de Ion odeur agréable.
L'Ambre gris a au (fi quelque ulage en medecine, mais à caufe que fon odeur
eft contraire aux femmes, c’eft le lujer pour lequel on ne s’en fert que très
peu.
Comme l’AmLre gris eft une marchandife extrêmement chere , ceux qui
en achèteront une, quantité raifonnable , prendront garde qu’il n y ait d’au¬
tres drogues mêlées avec , ou qu’il ne foit contrefait.
BJfènce d’ Ambre ^is.
ON tire de l’Ambre gris par Te moyen de l’efprit de vin & du mufe, &
d’un peu de Civette, une ElTencc fort odorante, donc on (e (èrt comme
de l’Ambre gris, à plufieurs ufages, principalement les Confifeurs, Parfumeurs
Ôc autres.
La véritable effence d’Ambre gris doit cftre faite de bonne Ambre gris ,
celle d’Hollande & de Portugal eft plus eftimée que celle qui fe fait en France,
en ce qu elle eft plus douce , à caufe de la petite quantité de mufe & de ci¬
vette que l’on y met,&: qu’ainfielle fent moins l’cfpric de vin.
Outre l’Ambre gris, nous vendons encore une autre forte d'Ambre que
nous appelions Ambre blanc , lequel n a autre ufage que pour les perfonnes de
qualité, qui le prennent dans des bouillons, pour fe réjouir le cccur & pour réta¬
blir la chaleur naturelle.
Il y a encore une troifiémeefpece d’Ambre, qui eft noir & tout àfait fembla-
ble au Lahdaniim liquide , a qui quelques-uns ont donné le nom d Ambre renar¬
de , parce qu’ils prétendent que cette couleur noire luy vient d avoir féjourné
IL Partie. H ij
Lefujet pont
lequel il fe ren¬
contre quelque¬
fois deçà ns
l’Ambre des
becs lie ^e^o-
quets , ceft que
CCS O y féaux en
font fort anu-
teuis.
Amble blan:
Ambre noir ou
rciuidé.
6 O Hiftoire generale
dans l’cftomac de certains poifTons qui l’ont rejette j ce que je ne puis afliirer ,
ne l’ayant pas vû.
L’Ambre noir a quelque peu d’ufage chez les Parfumeurs , tant à caufe de
fon agréable odeur, que parce qu’il cft à beaucoup meilleur marche que l’Am¬
bre gris. Ces trois fortes d’Ambrc fe trouvent indifféremment par tous les ri¬
vages de la mer, mais la plus grande quantité vient de l’Archipel, à caufe des
tremblemens de terre, à quoy cette région eft fujette,qui font renverfer tou¬
tes les ruches qui font fur les rochers , aux rivages de la mer.
Pour employer l’Ambre gris, le Mufe, &la Civette, on les doit bâtre & mê¬
ler avec tant foie peu de fucre en poudre.
CHAPITRE XXVII.
De la Vipere,
La V I p e R e eft une efpece de Serpent qui fè trouve en abondance en
plufieurs endroits de la France, mais principalement dans le Poitou d’oii
nous faifons venir prefque toutes les Viperes que nous vendons à Paris.
Autant que ces animaux ont cfté en horreur à tout le monde le temps paC
fé, autant font ils communs prefentement , en ce qu’il y a fort peu de gens
de qualité quin’en ufent comme d’un fort bon manger, & d’un remede fpeci-
fique contre plufieurs fortes de maladies, ainfi que l'on le pourra voir par le
livre qu’en a compofé M. Charas, qui a fait toutes les remarques, & a dit tout
ce qu’on peut dire au fujet de ces animaux, où le leéteur pourra avoir recours j
c’eft pourquoy que je me contenteray de dire que l’on doit choifir les Viperes
groftes, bien vives, & nouvellement prifes, & eftre foigneux de les mettre dans
des lieux temperez, en ce que le grand froid & la grande chaleur leur eft fort
contraire ; on fera aufli foigneux à leur arrivée de les ôter des caiftes ; & d’en
ôter les mortes, comme ils ne s’en rencontre que trop fouvent, & les mettre
des Drogues , Livre Premier. 6x
dans un tonneau avec du fon , ou de la moufle , non pas pour leur fervir de
nourriture, comme quelques-uns le croyent, en ce que dés que ces animaux
font pris , ils ne mangent plus , & né vivent que de l’air , & cependant ils
peuvent vivre en cet état pendant fîx mois : on remarquera auffi de ne 'les
point prendre que par le bouc de la queue, ou pour mieux faire avec des pin¬
cettes, en ce que cet animal fe Tentant prefîe, mord ce qu’il rencontre , & ;
comme la morfure en eft extrêmement dangereufe & même mortelle, c’eft
le fujet pour lequel l’on s’en donnera de garde j l’on les mettra dans des lieux
où il n’y ait que ceux qui les fçavenc manier qui y aillent, prenant garde auffi
que ces animaux ne forcent du vaiffeau ou on les aura mis, en ce que fi par
malheur ces animaux elloiént épars dans une maifoiij outre la peine que l’on
auroic à les trouver, l’on coureroit de grands rifques, fur tout où il y a des i
enfans. '
Nous faifons venir de Poitiers , quantité de Vipères feclies jlefquelles pour
eftre de la qualité requife,doivent eüre pefances, greffes, longues, bien ftches
& les plus nouvelles tuées, qu’il fera pofïiblc j car peu de temps après qu’elles
font tuées les vers les mangent d’une telle maniéré qu’il n’y'rclfe que l’ar¬
rête i il faut eftre foigneux auffi que chaque paquet de Vipères qui eft ordi¬
nairement d’une douzaine, foit garni de leur cœur &; de leur foye,eftant la par¬
tie la plus noble de l’animal, & du poid de trois oiiccs & demie, car de quatre
onces, il s’en rencontre très peu; & qu’il n’y aye point de Viperes mortes d’elles
mêmes: ce qui fc pourra connoître facilement, parce qu’elles font plus noires.
Quelques-uns veulent qu’il y en ait qui vendent des couleuvres, ou des af-
pics lecs, pour des Viperes j mais je n’ofe affurer cela, ne l’ayant jamais vû fai¬
re à Poitiers.
Nous faifons venir aufli quantité de poudre de Viperes , mais ceux qui en
auront befoin, ne s’attacheront pas au bon marché, en ce qu’il n’y a prefque vip«c.
point de drogue plus fujette à eftre falcifîéc-, ainfi ils doivent l’acheter d’honnê¬
tes marchands, ou la faire eux mêmes, cela eftant fort facile, puif que ce ne font
que des Viperes feches, garnies de leur cœur & de leur foye, réduites en pou¬
dre & paffées par un tamis de fbye.
Les Viperes feches, réduites en poudre, fontappellées de quelques-uns Bezoar
animal, en ce qu ils prétendent que cette poudre, fur tout quand le coeur &
le foye y font mêlez, ait autant de qualité que le Bezoar animal donc j’ay par¬
lé cy-devant.
Nous tirons déplus de Poitiers le Sel volatil & fixe de Viperes, la graiffe &
l’huille noire tirée par la cornue , dont les vertus fe trouvent décrites les
unes après -les autres, dans le livre qu’en a fait M.Charas.
■ Le moyen d'empêcher que les Viperes feches, cœurs &foyes entiers, ou en
poudre, ne foienc mangez des vers, l’on n’aura qu’à les mettre dans des.vaifl
féaux bien clos avec def l’argent vif , ou de l’abfmthe.
Outre toutes ces préparations de Viperes mentionnées cy-deffus, nous fai¬
fons venir d’Italie, fur tout de Padouç ,ou de Montpellier une compofition
faite de poudre de Vipere,ou de Vipere bouillie dans de l’eau avec de l’Aneth
& par le- moyen de la racine de Didamc rdiuitc en poudre, ou de la mie de
• pain, de l’huille de mufeade , ou du Baume de Judée, ou du Pérou, on en.
fait des tablettes excrcmemenc minces, de la ‘grandeur d une pièce de trente fols
à qui l’on a donné le nom de Trochifqucs ^oii Pajî-illes de f^tperes lerquelles nous
vendons aux Appoticàires, ou autres perfonnes qui veulent compoler la Théria¬
que eftant un des principaux ingrediens. Ces Trochifques pour eftre de la qua-
H iij
Bezoar animal
Sel five & vo-
lïtii Giaiirc&
Huillc de Vi¬
père.
T rochifques Je
Vipere de Pi7
doue ou de
Montpellier.
Paftilies de Vi¬
pere.
Les Trochil-
accs de Vipère
de Padouü Ibnt
jiune , & ceux
de Moncpcllirt
ioiu noirs, en ce
que ceux de Pa-
douë l'ont fait?
avec de l’huillc
de mufeade , &
ceux de Mont¬
pellier avec k
Baume du Pc_
rou.
62 Hiftoire generale
lice requife , doivent eflre nouveaux & fidellemenc faits, & ceux qui font faits
avec la racine de Didame , doivent elbe préférez à ceux qui ont elle faits
avec de la mie de pain, quoy que ce ne foie pas le fentimenc des anciens.
CHAPITRE XX VIII.
De la Theriaque,
La Thériaque eft une conapofition de drogues choifies, prepare'es, pulve-
rifées & réduites en opiat, ou éleduaire liquide, par le moyen du miel,
comme il fe verra cy. apres.
La Theriaque a tiré fon nom de la Vipere, que les Grecs appellent Therion ,
ou Thjrwn^ & a elfe compolée par Andromaque le pere, natif de Candie, &
premier Médecin de Néron.
Les Vénitiens fe font acquis depuis quelques fiecles, la réputation decre
les leuls qui avoient la véritable maniéré de préparer la Theriaque, & à pre-
fent les Appoticaires de Montpellier en préparent une fi grande quantité que
l’on ne voit dans Paris autre chofe que des Barils de Theriaque, qui le donne
à un prix fi modique, que la livre de miel blanc revient à davantage que cette
prétendue Theriaque j & s’il m’écoic permis de publier les malverfations qui fe
commettent en préparant cet Antidote, je fuis leur que lesMagiftrats ne man-
queroienc pas d'en empêcher bien- rôt l’abus, tant à l’égard de celle quife vend
dans les Foires, comme à Beaucaire, à la Guibray , & autres-, que de celle que
l’on débite à Paris à feize ou dix- huit fols la livre: car encore bien qu’elle fe
donne à fi bas prix , ceux qui la vendent ne lailTent pas d’y faire un très gros
profit, en ce que ce n'elt que du miel jaune fondu, dans lequel ils ont incorporé
quantité de méchantes racines pourries, gâtées, vermoulues j & pour le mieux
vendre, on couvre les pots qui font de fayance,d’un papier fur lequel font
peintes deux Vipères qui forment un cercle couronné de Fleurs de Lys qui enfer¬
me ce J Theriaque fine de f^eni/e , quoy quelle foie faite à Orléans , ou à
Paris.
A l’égard de celle de Montpellier, je puis alfurer, pour lavoir faite moy-
même plufîeurs fois à Montpellier, quelle ‘efi: préparée avec toute l’exaditu-
de poffiblej mais comme cette marchandife doit eftre tranfportée aux Foires,
ou on la donne à huit & dix fols la livre ,celuy qui l’a compofée voyant qu’elle
luy revient à trente huit & quarante fols la livre, fans y comprendre quanti¬
té de petits frais, & le grand temps qu’il faut pour parfaire cet ouvrage, ne man¬
que pas de la furcharger d’une grande quantité de miel cuit , & ainfi ceux qui
croyent avoic fix livres de Theriaque n’en ont qu’une ; & ces fabriqueurs de
Theriaque font appeliez des honnêtes Appoticaires, moutardiers, ou marchands
de moutarde, par dérifion.
Pour ce qui cfl de la Theriaque de Venife je n’en puis r^en dire , pour ne
pas fçavoir pofîtivement de quelle maniéré elle fort de leurs mains -, mais pour ne
point s'expofèr à y efire trompé., on pourra fe fervir de la Theriaque que phi-
fîeurs perfonnes d’honneur ont compofée à Paris, avec fuccés , comme Mef-^
fleurs Charas pere, Geoffroy, Joffon, Boulduc & Rouviere ,àqui j’en ay veu pré¬
parer avec tous les foins imaginables. Je puis auflî affurer avec vérité, en avoir
fait au mois de Mars 1688. une quantité confiderable, fans aucun fübflituc ôc
avec les plus belles drogues & les mieux choifies que l’on puifie jamais voir.
des Drogues^ Livre Premier. 53
& de plus c’eft qu’elles avoient efte deftine'cs pour un chef d’ccuvre j mais corn-
mc nous ne fommes pas immortels, & afin que ceux qui en vendent, en puiflent
connoître la véritable compofition, & la faire eux même dans les règles pour
obvier aux abus, ils en trouveront cy-aprés la véritable dirpenfation, ce que je
naurois pas fait fî les Auteurs &M. Charas qui a fait un petit Traité particu¬
lier delà Theriaque, eut mis le nom des drogues en Françoisjcelivreapour titre
Hifloire naturelle des minimaux ^ des Plantes, e's* des Minéraux qui entre dans lacompo-
fition de ta Theriaque d Andromaque.
THERIAQUE D’ANDROMAQUE
le Pere.
Renez Trochifques de Scilles 6 onces
Trochifqucs de Viperes, de Hedychroy, Poivre long. Opium préparé j de
chacun .... . . . . • 3 onces
Rofes rouges, Iris de Florence, Suc de Reglifie , Semence de Naveau fau-
vage. Baume de Judée, Canellc fine^ Agaric -, de chacun . i once & demie.
Mirrhe trayée, Coftus Arabie, Safran du Gatinois, Cafiia lignea , Nard in-
dic, Fleur dcSchænanchc, Oliban en larmes. Poivre blanc & noir , DuSiame de
Candie, Boutons de Muruble blanc , Rhapontic de Levant , Srœcas Arabie , Se¬
mence de Perfil de Macedoine,Calamentede Montagne, Terebentine de Chio,
Racine de Qmnte-feüille, Gingembre; de chacun . . 6 gros.
Polium Montanum, Chamæpitis, Storax en larmes, Mehon Athamantique,
Àmomum Racemofum , Valerienne , Nard Celtique , Terre Sigclée, Chamæ-
dris Folium indum , Calcifte naturelle, Racine de Gcntianne , Semence d’Anis,
Suc d’Hipochifte, Carpobalfamum , Gomme Arabie , Semence de Fenoüil , Pe¬
tite Cardamome, Sefely de Marfeille, Thlafpi, Aipmi, Fleurs de Millepertuis,
Acatia Vera, Gomme Séraphin en larmes i de chacun . . . gi’os.
Rognons de Caftor de Dantzic, Ariftoloche tenuis, Daucus de Candie, Bi¬
tume de Judée, Fleur de petite Centaure, Opopanax en larme, Galbanum en
larme i de chacun . • zgros
Miel de Narbonne, trois fois autant pefant que de poudre*
♦Vin d’Efpagnc, autant quil en faut.
64 Hiftoire generale
DES TROCHISQUES DE SCILLES.
Il onces
•8 onces
Ulpe de Scilles
Farine d’Orobe
DES TROCHISQUES DE VIPERES.
CHair de Vipere cuite dans de l’eau, avec de l’Aneth, & du Sel,& monde
de fes arrêtes i de chacun ..... 8 onces
Mie de Pain feche , & tamife , . i . . z onces & demie
Où lüivanc M. Charas,avec de la racine de Diâiame, au lieu de mie de pain.
DES TROCHISQUES DHEDYCROY-
P Renez Marum , Petite Marjolaine , Azarum , Afpalatum , de cha¬
cun . ... . . . ... 2 dragmes
Schænante, Calamus , Aromaticus , Grande Vâlerienne,XiIobahàmum , Opo-
ballamum, Canelle, Coft us Arabicus; de chacun . . . 5 dragmes
Mirrhe irayée. Folium Indum, Safran de Gatinois, Nard indic, Caffia lig-
neaj de chacun . . . • • . . . 6 dragmes
Amomum Racemofum , . . 1 once & demi
Maftic en larme . \ . . . . . une dragme
Vin d’Efpagne ce qu’il en faut , pour en former une pâte.
La maniéré de préparer ces trois fortes de Trochifques, fc trouvera de'-
critc dans tous les Difpenlâires , comme dans la Pharmacopée de Paris , de Ban¬
derons , de Charas , & autres.
des Drogues , Livre Premier. dj
THERIAQUE REFORMEE
de Monfieur d'Aquin.
Renez de Viperes feches , le cœur & lefoyc, . . Z4 onces
Trochifques de Scillc, Extraie d’Opium J de chacun . . 12, onces
Racines de Concra-yerva, de Vipérine virginienne, d’Angelique, de grande Va*
lerianc, de Mehon AtharaantiCj de Gentiane, d’Ariftoloche léger, de Coftus ,
de Nard indique, & de Nard celtique, Cinnamomc,ou Canelle, Huille de
mufeade tire'c par exprelTion, Safran , Didamede Crete, Feüille d’Inde , Scor-
dium, Calamenthe de montagne, Polium de montagne à fleurs jaunes, Chamæ-
pytis, Fleurs de petite Centaurée & de Milpertuis, Fleurs de Stœchas arabique,
grains d’Amomum en grape, & de petite Cardamome ; Semence de Perfll de
Macedoine, d’Ameos, de Scfely de Marfeille,& Myrrhe traiéc , de chacun 8 onces.
Refine de Storax, Opopanax en larmes, Sagapenum en larmes , ôc Caflor
mondé, de chacun . ... ... 4 onces
Extrait Mellagineux de grains de Genevre . . . yz livres.
Vin de Malvoifie,une livre & demie, poids de Medecine.
Qiielque bien receue qu’ait eftélaTheriaqued’Andromache depuis plufieurs fié-
<îlcs,& qu’elle le foit encore aujourd’huy de quelques-uns, le nombre excelfif de fes
ingrediens & le peu de vertu de plufieurs d’entr’eux, ayant porté Monfieur
d’Aquin premier Médecin de Sa Majefté à en ôter le fuperflu & à y ajouter
ce qui pouvoir y manquer j j’ay crû devoir ajouter ici la delcription qu’il luy
plût en donner à M. Charâs pour l’inférer dans fa Pharmacopée Royale Gale-
nique.
A l’égard des proprietezde la Theriaque, je nem‘y arrefle point, parce qu’il
y a plufieurs Auteurs qui en traitent, &que l’on ne voit autre chofe à Paris que
des imprimez qui viennent de Vcnife,ou de Montpellier, qui en expliquent
rufage,&; qu’il y a même des Apoticaires qui en débitant leur Theriaque don¬
nent de ces imprimez.
L’on trouve dans plufieurs difpenfaires une troifiéme Theriaque furnommée
Diatejferon y à eau fe qu’elle cft compoféc de quatre drogues j qui font la Gentia-
ne ^ 1‘ Arijioloche ronde , tes Bayes de Laurier, cy- la Mirrhe^ie tout réduit en poudre
& enfuite par le moyen du miel blanc &.de l’extrait de Genevre, on en compo-
fe un Opiat, ou Eleduaire liquide.
Cette Theriaque quoy que peu compofée & de peu de valeur ne laifle pas
d’avoir de bonnes qualitcz, & cfl: fort propre pour toutes fortes de befliaux.
Quelques perfonnes luy ont donné le furnom de Theriafic des Pauvres, ondes
allemands.
Avec la Theriaque que nous faifons venir de Montpellier, on nous envoyé
une eau furnommée à caufe que la Theriaque en efl: la bafe,&: quel¬
le a quelque chofe d’approchant de fes vertus , qui mérité qu’on foit exad à
ne la prendre que de perfonnes fideles & entendues, telqu’eftoit le fieur Pele--
rin perc, autrefois mon maître, & Maître Apoticaire à Montpellier, dont les
rcmedes eftoient préparez avec autant de perfedion que de fidelité ; & ils
eftoient fi renommez que pour marque de leur perfedion, c eftoit aflez de dire
qu’ils eftoient faits à la Pelerine.
Tlieriaque
Diaccdeion.
Theriaque
des Pauvres, ou
des Allemands.
II. Partie.
I
66
Hiftoire generael
Eau Theriacale de Montpellier ; de Bauderon,
JP Renez Theriaque fine ... ... 5 onces
Racines de Tormencille, d’Angelique, de Scorfonnere,dc Didame de Can¬
die & Saflafras , de chacun . . . % onces
Bol de Levant . .... . . i once
Graines ou Bayes de Genevre, Pépins de Citron mondez, Semence de Chardon
bénit, d'Ozeille , de Pourpie', de chacun . ... demi-once
Betoinc, Soucy, MelifTc, Scordium, Bourache & Bugloze , de chacun une
poignée.
Canelle fine & Malïis , de chacun * . . 2 dragmes
Vinaigre rofat, fait de vin blanc . , . 2 livres
Jus de Citron & Verjus, de chacun ... . 6 onces
On doit choifir & préparer toutes les drogues ainfi que Tcnfeignc la Phar¬
macopée de Bauderon, à la page 756. & en tirer par l’Alambic de verre, une
eau claire, d’une odeur forte ,de Theriaque qui peut avoir fes vertus-, mais de¬
puis que le fieur Pelerin, dont j’ay parlé cy - deflus , eut confiderc le peu de
difpofition qu’avoit le Vinaigre, le Suc de Citron & le Verjus, à dilToudre
faire monter avec eux la vertu des aromats dans la diftillation, il renonça volon.
tier à cette recette, pour fuivre celle que M. Charas a donné dans fa Pharma¬
copée, page 1030. qui luy parut beaucoup plus railonnable, & qui le fit refou-.'
dre à n’employer l’ancienne, que pour le Vinaigre Theriacal.
Eau Theriacale de M. Charas.
JP Renez racines de Gentiane, d’ Angélique, d’Imperatoire, de Valériane, &
de Contra'Yerva , de chacun . . . . . 2 onces
D’Ecorces de Citron & d’O range non confites , mais feches , Canelle fine , Gi¬
rofle & bayes de Genevre, de chacun . . . . I once
De Scordium fleuri, de Rue & de Millepertuis, de chacun une poignée.
Efprit de Vin, Eau de Noix,& de Chardon bénit, de chacun 2 livres
Theriaque fine .... .... 4 onces
De tous ces ingrediens préparez ainfi que l’enfcigne le meme Auteur, &
par le moyen d’un Alambic de verre, on tire une Eau plus odorante, plus ef¬
ficace , & mieux en état de fe conferver, c^ue ne peut cftrc la première.
On s’en fert fort à propos pour refifter a toutes fortes de venins. La dozeefi:
depuis un gros jufqu’à quatre, dans une liqueur convenable. On la donne
aulTi quelquefois feule en bien petite quantité.
M. Charas dit qu’il y en a qui font une Eau Theriacale en diflbluant de la
Theriaque, dans parties égales d’Efprit de Vin & de Vinaigre diftillé.
On pourroit aufli fe contenter de la diflbudre dans de l’Efprit de vin, fur
tout pour l’exterkur, pour avoir fur le champ une bonne Eau Theriacale , ou
vùaisre Je ^ diflbudtc dans du fort Vinaigre , pour avoir un Vinaigre Theriacal, pro-
ihctucai. ^ contre le mauvais air , & à s’en frotter les poignets & les mains, les
temples ôc les narines.
des Drogues ^ Livre Premier. 67
Outre l’Eau Theriacalcj au commencement que l’Orvietan de Rome eftoie
connu en France, nous en faifions venir de Rome &de quelques autres endroits
d’Italie, comme d’Orviette,d’oùeft venu Idn nom, mais depuis que lefieur Con-
tugi eft venu à Paris, & que fous pretexte d’une pcrmifïion de Sa Majefté , il a
prétendu s’entendre le maître; les Droguiftes avoient abandonné ce commerce,
loit par une terreur panique, ou parce que’ le débit n’en eltoit pas grand; mais
enfuite ils ont reconnu que quand Sa Majefté a donné le Privilège au fieur Con tugi
de vendre & débiter l’Orvietan à Paris, elle n’a pas entendu en exclure les Mar¬
chands Epiciers d’en faire venir, ny même les Apoticaircs de Paris d’en faire,
comme ilacfté jugé par Arreft j pour ne pas priver la France d’un remede fi au¬
thentique & fi necelTairc au public : eftant certain d’ailleurs que nonobftant
toutes les précautions que le fieur Contugi ait jamais pris à difpenfer cet anti¬
dote, il n’a jamais pu le faire comme en Italie, en ce que les ingrediens qui
font en grand nombre n’ont pas les mêmes proprietez en France que dans l’I¬
talie, comme eftant un pays chaud, oii les hmplesont beaucoup plus de vertu.
Enfin le fieur Contugi & la femme eftaiis morts, je m’étois propofé d’en don¬
ner au public la véritable defeription, aufli bien que de quantité d’autres rece-
tes que j’ay acquifes dans les difterens endroits où j’ay eftéjmais le vol qui m’a
efté fait d’une bonne partie de mes papiers & mémoires, dont le Procez eft à la
Cour, a retardé mon entreprife & m’a jette dans une cxcellive dépenfe que je
luis obligé de faire pour l’impreftion de ce livre, après la dépenfe confiderable
que j’ay faite pendant pluf de feize à dix-fept années, pour acquérir une con-
noiftance particulière des drogues les plus rares, & faire toutes les expériences
poflibles en cette matière, par rapport à ma profeflion,&au deflein de c-ct Ou¬
vrage.
ORVIETAN.
P Renez racines d’Efeorfonaire , de Carline , d’Imperatoire , d’Angelique de
Boëme, de Bitume, d’Ariftoloche leger, de Contra- Yerva, de Didamc
blanc , de Galanga , de Gentiane , de petit Coftus arabique , vray Acore , femen-
ce de Perfil de Macédoine , Feüilles de Sauge , de Romarin , de Galega , de Char¬
don bénit, de Didtame de Candic,Baye de Lauric,de Gencvre,de chacun une once.
Canelle , Giroffle, de chacun ... . . . demi once
Vipères feches garnies de leur cœur & de leur foye. Thériaque vieille, 4 onces
Miel blanc écume, huit livres, poids de Mcdecine qui eft de douze onces
chaque livre, c’eft à dire , fix livres poids de marc, ou de marchand pour ne pas
faire comme quelques Apoticaires , qui faute d’y penfer ,lou de le fçavoir j ou
fi je l’ofe dire, peut eftre par avarice, ne fe fervent que de la livre demarchand,
ou de marc, & de cette maniéré augmentent de vingt-cinq pour cent, toutes les
compofitions qu’ils font.
I ij
IL Partie,
68
Hiftoîre generale
CHAPITRE XX IX.
Du Stinc Marin.
Stûic cy^arttv
1E Stinc Marin eft un animal amphibie , aflcz approchant de la figu-
d’un petit Lézard. Cet animal a environ demi pied de long & un
pouce de diamètre, ayant le mufeau pointu , couvert d’écaillcs,& deux petits
yeux penetrans, avec une gueule fendue jufqu a l’endroit ou feroicntles oreilles,
fi cet animal en avoitj il a quantité de petites dents blanches &: rouges: cette
bête fe foûtient fur quatre pieds d'environ un pouce de hauteur, qui reffemblent
fort à ceux d’un finge -, elle çft couverte de petites écailles rondes , diffe¬
rentes de celles de la tête, qui font longues & larges , elles font d’un gris, bordé
de brun fur le dos, hc d’un gris argenté fous le ventre, & le corps de cet ani¬
mal va toujours en diminuant jufqu’au bout de la queue, comme la Vipère.
On trouve quantité de ces petits Stincs dans le Nil en Egypte, d’où ils nous
font apportez par Marfeillc, àlarcfcrvc des entrailles, & du petit bout de la
queuc-
On les choifîra gros, longs, larges, pefans, fecs, entiers, & lés moins man¬
gez de vers qu’il fe pourra, à quoy ils font fujets. . .f
On les eftimc propres pour réchauffer les vieillards, & font un des ingrediens
du Mitridat.
Le R. R du Tertre dit qu’il a veu non feulement dans la Guadeloupe, mais
encore dans les autres lües, de véritables Stincs, tout femblablcs à ceux qu’on
nous apporte de l’Egypte. C’efl une forte de Lézard, que les habitans de la
Guadeloupe appellent Maboüya, &dans quelques autres Iflcs Brochet de terre,
je ne fçay pour quelle railon;je crois pourtant que c’eft plutôt broche de ter¬
re que l’on a voulu dire, parce que cet animal efl prcfque toujours dans la ter¬
re j ôc que lors qu’on luy a coupé les pieds , il femblc que ce foit une broche ,
des Drogues, Livre Premier.
& ïion pas un brochet, comme a voulu dire le fieur de Rochefort , qui pour
s’accommoder au nom qu’on a donné à cet animal, écrit avecautam de hardielîc
que de faufleté qu’il a la figure entière, la peau, & la hure de nos brochets.
Ces Stincs font plus charnus que les autres* Lézards, ont la queue plus grofle,
& les jambes ou pattes fi courtes, qu’ils rampent contre terre: toute leur peau
cfl couverte d’une infinité de petites écailles, comme celle des Couleuvres , mais
d’une couleur jaune, argentée & luifànte comme s’ils avoienteftégraiflcz d ouil¬
le: leur chair eft bonne contre les venins 6c les blefiures des flèches empoifon-
nées, pourveu que l’on en ufe modérément, car ils déflcchent plus les humeurs
que les autres Lézards.
DU MIT RI DAT.
P Renez Mirrhechoifie, Safran de Gatinois, Agaric blanc, Gingembre Canelle
fine, Nard lndic,Oliban, & fcraenccdeThlarpi; de chacun lo gros
Sefeli de Marfeille , Baume de Judée, Schænanre , Stæchas Arabique,
Coftus Arabique, Galbanum,Therebentine, Poivre long, Caftor, Suc d’hipo-
chiftis,Storax en larmes, O poponax, & Feüiiles d’Inde: de chacun une once
Caflîa lignea , PoliumMontanum, Poivre blanc, Scordium de Candie, Dau-
cus de Crète, Fruit de Baume, Trochifques de Ciphi , & Bdælium j de cha¬
cun .... . . . . . .7 gros
Nard Celtique, Gomme Arabique, Vermiculée, Perfil de Macedoine, Opium,
petite Cardamome, Fenoüil , Gentiane, Rofes rouges ,& Didame de Candie;
de chacun ........ j gios
AnisjAcore vray. Arum, petite Valériane, & Gomme Serapin ; de cha¬
cun . . . ..... . . 5 gros
Mehon Athamantique, Acatia vray & Stinc Marin , Semence de Mille¬
pertuis ; de chacun . . .... Z gros & demi
Vin d’Efpagne, quantité fuflîfànte.
Miel de Narbonne, neuf livres, huit onces, deux gros.
DES TROCHISC^UES DE CIPHI-
RAifins gras, Therebcntinc , Mirrhc choific, Schænante, Canelle fine ,
Calamus Aromaticus, Bdælium, Spienard , Caflia lignea, Souchet Bayes
de Genevre, Afpalath , Safran du Gatinois, Miel de Narbonne, Vind’Efpagne.
Là maniéré de compofer le Mitridat ne diffère en rien de celle de la Thé¬
riaque ; c’eft ce qui fait que je n’en parleray pas plus au long, finon que je di-
ray que la plufpart de ceux qui vendent la Thériaque commune, la nomment
Mitridat, & la vendent fous ce nom, difànt que cette compofition coûte beau¬
coup moins que la Theriaque, ce qui n’eft pas vray,& Us fervent de ce pré¬
texté pour couvrir leur friponnerie.
A l’égard des Trochifques de Ciphi , les Pharmacopées de Bauderon & de
Charas enfeignent la maniéré de les préparer.
LEs Vers a Soyi font de petits infedes dont l’origine eft tout à fait fur-
prenante, aufli bien que les diverfes figures & les divers changemens
qui arrivent à ce petit animal ; divers Auteurs en ont parlé , & entr’autres
M. lihar dans un petit traité qu’il a fait des Vers à foyc , en rapporte la
nailTancejà la page deux cens cinquante-quatre en ces termes: Au temps que les
,, feüillcs du meurier font preftes à cueillir, qui peut eftre quinze jours apres
,, leur boutonnement* au commencement du Printemps j on prend une Vache
J, laquelle eft prête à faire fon Veau, on la nourrit tout de feuilles de Meurier,
5, fans luy donner aucune autre mangeaillc, ny herbe, ny foin , ny paille, ny
„ grain, jufqua ce qu’elle aye fait fon Veau, & on continue encore huit jours de
„ même j après lefquels on fait manger au Veau & à la Vache aufii des mê-
„mcs fcüilles de meurier pendant quelques jours, encore fans aucun mêlan-
„ ge des alimens cy-deiTus; on tue ce Veau apres eftre ralTafié de feüillcs de
J, meurier & du lait de la Vache, on le hache par morceaux , jufqu a la corne
„ des pieds, & fans rien ôter on met tout cnfcmblc, la chair, le làng, les os,
„ la peau , les Inteftins , tout pêle mêle , dans un auge de bois , fur le haut
JJ d’une maifon, dans un grenier ou autre part, jufqu’à ce que la pourriture s’y
des Di'ogueSj Livre Premier. 71
i, mette; Et de cette corruption fortcnt de petits vers, Icfquels on amafle
5, avec des feuilles de meurier, pour les élever enfuicede la même maniéré que
3, ceux qui o.nt efté formez de graine: Ce qu’il y a de plus aux Vers à (oye
J, qui font formez de la chair de Veau,c’eft qu’ils font incomparablement plus
„ fruélifîans que ceux de graine; c’efl: pourquoy ceux qui en font un grostra-
J, fie, ne manquent pas tous les dix ou douze ans d'en faire naître de cette
3, maniéré.
Il y a tant de particularitez & de fujedion à gouverner ôc à élever ces pe¬
tit^ animaux qu’il feroit ennuyeux de s’arrêter à vouloir décrire ce feul article:
Outre que cela ne regarde aucunement mon négoce; &que M. Ifnard en ayant
fait un livre entier, ceux qui defireront en Içavoir davantage pourront y avoir
recours.
Ces petits animaux nous fourniffent une marchandife fi precieufe qu’il n’y
avoit autrefois que les perfonnes de la première qualité qui en eftoient ha¬
billez. Il y ade plufieurs coulcursde foye, comme delà blanche, de la jaune, &
autres; Ces differentes foyes fe trouvent fur de petits coucons de la groffeur
& figure d’un oeuf de Pigeon; & par le moyen de l’eau chaude & de certains
dévidoirs on la file & enfuite avec diverfes drogues on la teint, & on luy don¬
ne telle couleur qu’on veut.
Je ne m’arrêteraÿ point à vouloir décrire toutes les differentes foyes que nous
faifons venir de plufieurs endroits, me contentant feulement de dire que celle
qui eft uficée en Médecine eft la naturelle, c’eft çl dire , en coucons , ou qui a
efté filée naturellement & fans avoir paflé à l’eau chaude, à qui les anciens SoyeGrcfre.oû
ont donné le nom de fbye crue, fbye grege, ou en mataffe. emaaufle.
Cette foye, après avoir efté réduite en poudre, ce qui n’eft pas fort facile ,
entre dans plufieurs compofitions, comme dans la Confedlion d’alkermes , celle
d’Hyacinthe, & autres. On fe fert aufîi de *la foye teinte en écarhitre , pour
faire prendre aux femmes groffes qui font tombéds, au heu de graine d’écarîat-
te. Quelques Auteurs veulent que la foye ait la faculté .^e réjoiiir le coeur, for¬
tifier les dprits, & de purger le fang.
Ceux qui emploieront les coucons de foye, auront foin avant que de les ré¬
duites en poudre , de les couper en deux & d’en tirer le ver qui eft dedans,
quelquefois entier & quelquefois en pourriture, avec la première peau qui l’en¬
veloppe , eftant incapable d'entrer dans le corps humain ; & ceux qui défire-
ront encore mieux faire, ne fè ferviront que de la foye filée, parce que le refte
n’efl: que de la bourre & du parchemin. On peut réduire la foye en poudre, en
la coupant extrêmement menue , en forte qu’elle puiffe pafTer par un tamis ; car
vouloir s'amufer à labattfe,c’efl:une chofe bien iono-ue,& d’ailleurs il s’en éva¬
pore la moitié.
Pour ce qui eft: de Confedion - d’alkermes , & d’Hyacinthe, la foye cramoi-
fie doit eftre préférée à toute autre, quoyque prefque tous les Auteurs deman¬
dent de la foye crue, qui eft celle qui eft blanche ou d’une couleur dorée, &
qui n’a foufert aucune teinture.
Il y a quantité d’autres reptiles que nous vendons; comme les Sangfuës sang$üis.
qui fe trouvent dans les foffez deGentilli prêt de Paris, & dont les Chirurgiens
fe fervent pour appliquer fur diverfes parties du corps, principalement fur celles
où les ventoufes ne peuvent tenir. Il y a plufieurs fortes de Sangfuës ; les meil¬
leures font les petites , qui ont une petite tête , le ventre rougeâtre , & le dos
vert rayé, de couleur d’or , lefquelles fe trouvent dans les eaux claires Secouran¬
tes; ôc l’on doit rejetter celles qui font venimeufes, qui ont une grofte tête de
Sri vo^ï'i\tc &
!' iilic Je Cia-
P-
Craj^udinc,
Sel .
& puJtc de
Hiiüle deScor-
i i >ij, timjilt &
cuii'{)oiec.
72 Hiftoire generale
couleur verte , c[ui reluifent comme des vers ardens , qui font rayées de bleu &
qui ont cfté trouvées dans des eaux bourbeulcs -, car au lieu de ioulager le ma--
laJe, ils luy caufent des inflammations, des apoftumes , des fièvres ,& des ulcé¬
rés malins, qui font quelquefois incurables.
Pour conferver les Sangfuës, il les faut tenir dans de l'eau , en la renouvel-
knt de temps en temps; quelques-uns y ajoutent du fable & de la terre.
Nous vendons encore la poudre, le ftl volatil , & l'huille de Crapau , aufli-
bien que la pierre qui fe trouve dans la tête des gros & des vieux, à qui on a
donné le nom deCrapaudine, & à qui les anciens ont attribué de grandes pro-
pnetez, principalement M. Charas qui en traite fort amplement dans fa Phar¬
macopée Chimique, page 794. où ceux qui defireront en fçavoir davantage,
pourront avoir recours.
Quelques-uns mettent la crapaudine, ou pierre decrapeau, aurang des pier¬
res préciw^ufes, tant à caufe qu’elle eft rare à trouver, que parce quelle efl douée
de très grandes vertus , étant propre pour refifler à toutes fortes de venins. La
plus c filmées efl celle qui efl de couleur blanche, quoyque celle qui fe ren¬
contre d’autre couleur, ne foit guère moins remplie de vertu. On fupofe à la
place de la Crapaudine une petite Pierre ronde, ou longue qui fe trouve en plu-
fieurs endroits de l’Europe & même en France, comme il le verra cy-aprés.
Nous vendons de plus le fel volatil , l’huille , & la poudre de Cloportes à
qui M. Charas attribue encore de grandes proprietez, aufli-bien qu’au fel vola¬
til de Cantharides, de vers de terre, & fourmis, ainfi qu’on le peut voir dans
fa Pharmacopée Chimique; comme aufli les huilles de Scorpion fimples,ou
compofées, que nous faifons venir de Provence & de Languedoc, & que nous
pouvons établir à meilleur marché que celles que les Apoticaires font à
Pari»,& qui fans contredit font beaucoup meilleures , parce que les Scorpions
font bien plus frequens dans ces Provinces, & que les fimplcs dont celle de
Mathioleell compoléc, ont beaucoup plus de vertu à caufe que le pays efl plus
chaud, La première efl celle qui efl appellce huillc de Scorpion fimple, en ce
qu’elle n’cfl compofée que de Scorpion & d’huille d’amandes ameres. La fécon¬
dé ell 1 huille de Scorpion compofée, furnommée de Mathiolc. Voicy le nom
des drogues donc cette dernierc efl compofée ; fçavoir , de Scorpions , d’huille
d Olive vieille , de fleurs, fcüilles & graine de Millepertuis, de Chamadrys, de
Catameniede montagne, de Chardon benit,de Scordium ,de petite Centaurée,
dcVervene,de Diélame de Candie, de Zedoare, de Diélame blanc, de Gentia¬
ne, de Tormcntille, d’Arifloloche ronde, de Storax en larmes, de Benjoin, de
Baye de Genevre, de Nigelle romaine, de Canelle fine, de Jonc odorant, de
Süuchet, de Santal blanc, de Rubarbe, de Mirrhe, d’Aloes, de Nard indique,
de Safran, de Theriaque, de Micridat,&: de Vin blanc ; ôc du tout enfemblc
on en compofe une huille, en fuivant les dofes, ainfi que Mathiole l’enleigne
dans fon fixiéme livre des Venins , ou dans la Pharmacopée de Bauderon, ou
de Charas, où ceux qui defireront d’en faire, pourront avoir recours.
Cette Huille efl une des difficiles compofitions qu’il y ait dans la Pharmacie
à caufe des differentes reprifes qu’on met à la faire, & la difficulté qu’il y a de
pouvoir faire venir des Scorpions vivans , de la Provence, ou du Languedoc;
ce qui efl: caufe que celle qui fe fait à Paris, comme j’ay déjà dit , revient à
bien plus cher que celle que nous faifons venir de Montpellier , & des autres
endroits.
L’Huille de Scorpion, fur tout la compofée , efl doüée de très grandes
proprietez , ainfi que le marque M. Charas dans fa Pharmacopée, page 457. qui
efi celuy qui l’a mieux décrite, & avec moins d’embarras.
des Drogues , Livre Premier,
CHAPITRE XXXI,
De la Baleine,
La Baleine eft le plus gros de tous les poiffons , qui erouverîs
dans Ja mer du nord > puifqu’il s’eft veu à Paris en iCjS. Je fquelettc
d’une Baleiné donc le crâne croit defeifeà dix- fept pieds , pefanequatre mil (ix
cens livres les mâchoires, dedix pieds d’ouverture, & quatorze pieds de longueur,
pefant chacune onze cens livres; les nageoires qui reflembJoient a des mains , de
douze pieds de long , pefant chacune fix - cens livres j les cotes de douze pieds &
demy , pefant chacune quatre-vingts livres j les noeuds de l’échine depuis la tête
jufqu’au bouc de la queue de quarante- cinq pieds de long, les premiers nœuds
I /. Partie. K
74 Hifloire generale
pefanc cinquante livres ,& les autres diminuant jusqu’au bout. Je ne m’arréteray
point à d’écrire tout ce qui concerne cet animal > ny de la manière que l’on le
prend , parce qu’il y a quantité d’ Auteurs qui en traitent; je me contenteray
de dire (èulement qu’il y a de deux efpeccs de Baleine, dont l une cft appcllée
c-tchuot Cachalot , qui drlFctc de celle qui eft appellce Baleine , en ce que la gueule
Fanons de Ba- du Cichalot cft gamie de petites dents plattes fans fanons , qui eft le contraire de
b^^rbeqnipcnd cclle qui potte le nom de Baleine, qui n’a que des fanons. Ceft du lard de ces
ï ia‘*<'ucidîde animaux dont on tire l’huile furnommée de Baleine , de laquelle noos faifons un
“efi dcSVa- négoce , fur tout en temps de paix , à caufe du grand ufage quelle a en
lions ou ba.be, France , tant pour biûler, que pour plusieurs ouvrages , orl l’on auroit bien
après ks avoir dc la peine a s en paüer , prmcipalemeiat pour rahnet le louftre , & pour la prepa-
ration de certains cuirs , où il en faut neceffairement.
Ouvrages. Nous voyofis à Paiis de deux fortes d’huile de Baleine, dont la meilleure eft
cclle que nous appelions huile de Grande Baye , qui eft faite par les Franrjois tout
fluffi-toft qu’ils ont tiré le lard de la Baleine , d’où vient que les huiles Françoi-
fes ne Tentent pas fi mauvais que celles faites en Hollande ; parce que les
Hollandois ne font pas leurs huiles aufti toft qu’ils ont tiré le lard de la Baleine ,
mais le tranfportent en Hollande pour le fondre ; ainfî l’on doit prefefer les
huiles Franijoifes à celles d’Hollande, ce qui fe pourra connoître , en ce que
celles d Hollande font extrêmement rouges &: puantes cependant bien clai¬
res & fort peu garnies dc faille. Les huiles de B ileine, la plus grande partie ,
viennent de la mer glaciale, principalement celles d'Hollande, parce que c’eft
l’endfûit où il fe trouvent un plus grand nombre de Baleines.
Du blanc de Baleine,
Le blanc dc Baleine , que tous les anciens & modernes ont appelle , & qu’on
appelle encore aujourd’huy très mal-à-propos , fperme , ou nature de Ba¬
leine , cft la Cervelle d’une cfpccc de Baleine , que les Bafques appellent Byaris >
&: ceux de S Jcàn du Luz Cachalot. Cet animal , fuivant quelques uns, eft appeU
lé Baleine male , & des Latins Orca. Il a environ vingt- cinq pieds dc long& douze
dc haut, Ôi chacune de fes dents pefe une livre, qui font très propres à faire
divers ouvrages.
Ces animaux font fort communs au cap de Phenifter en la côte de Galice, &
même en Norvège. En 1688 il en fut pris un par un navire Efpagnol qui le
mena à S. Sebafticn , dc la icte duquel on tira vingt quatre bariques de cer¬
velle, & dc fon corps quatre vingt leife bariques de lard. On fera donc defabufe
de croire que le blanc dc Baleine foit autre chofe que la cervelle des Cachalots ;
& j’en puis parler jufte, tant pour en avoir veu préparer que pour en avoir
préparé moy-même, ainfi qu’il fuit.
Le blanc de Baleine fe préparé ordinairement à Bayonne , & à Saint Jean du
Luz , ôc cette fabrique eft ft rare en France , qu’il n’y a pour le prefenc que deux
perfonnes à S. Jean du Luz qui le fjavenc bien préparer, entre-autre le Sieur
Jean de Haraneder Monfequir.
Ceux qui travaillenr à cette préparation, prennent la cervelle de cet animal,
la fondent fur un petit feu,enfuite la mettent dans des moules faits comme
ceux où l’on jette le fucre, & après qu’elle cft refroidie & égoûtée de fon hui¬
le , ils la retirent & la refondent, & ils procèdent toûjours delà même manière
jufqu’à ce qu’elle foie bien purifiée & tres-blanche , alors pat le moyen d’un cou¬
teau fait exprès , ils la coupent pour la réduire cij écailles de la manière que nous
des Drogues, Livre Premier. 75
la voyons. Comme cette marchandife eft aflez de confequencè à catifé dé fori
prix > je diray qu’on doit la choifir en belles écailles blanches > claires & iranfpâ-
rentes , d’une odeur fauvagine , & prendre garde qu’elle ne foit augmentée avec
de la cire blanche , comme il n’arrive que trop fouvent ; ce qui fera facile à con-
noître , tant par fon odeur de ciré , que parce qu’elle eft extrêmement menue
d'un blanc mat.
On remarquera auffi que ce foit de celle qui a été faite de la cervelle dé l’ani¬
mal , en ce que celle qui eft faite de graifte eft facile à fe jaunir j c eft ce qui fait
qu’il y a des blancs de Baleines qui jauniflent aufli roft qu’ils font expofez à
l’air.
Nous n’avons point de marchandife qui âpprehende plus l’air que le blanè de
Baleine, c’eft le fu/ec pour lequel on fera foigneux de le conferver dans des vaif-
feauxde verre ,où dans les barils dans quoy il vient, les tenant bien bouchez dè
peur que l’air n’y entre , & que cette drogue nefe jaunifle.
L’ulàge du blanc de Baleine eft pour les Dames de qualité, foit pour faire dü
fard, ou pour faire des pâtes dont elles fe lavent les mains. Il eft aufti quelquepèu
en ufage pour la médecine , mais c’eft fi rarement que cela ne vaut pas la peine
d’en parler.
CHAPITRE XXXIL
Colle de Poiffon^
IcÛuo-CoUe
CE que nous appelions Colle de PoifTon , les Latins Çittteii alcana^ , les
Grecs léîhjyocoüe , ôi les Arabes , Jlcana , ce font les parties mucilagineufcs
d’un Poiflbn, dont le dos eft rempli de petites écailles blanches, piquantes &
ires-bien arangées, que l’on trouvefort communément dans les Mers de Mof-
covie , c’eft lefujet pour lequel prefque toute la Colle de Poiffon que nous fai-
fons venir d’Hollandc , y eft apportée d’ Archange! > qui eft la Ville où fe tient
IL Partie, K ij
76 Hifîoire generale
tous les ans , cette fameufe Foire furnommée d’Archargel , (quelques uns qui ont
écrit duPoilTon donc onfaitla Colle, cntre-autrcsRondclct , ont ditqu’il étoit
fansos, c’eft cequia donné occafion de l’appeler Poiffon fans os;ils prétendent
aulTi qu’il n’a aucunes épines , ce qui eft bien éloigné de la vérité , puis qu’il en
a le dos fi garni , qu’il n’y a point de Poiflbn , fi fore qu’il puifle tftre , qui oze le
mordre, en ce que ces écailles quoy que petites, font extrêmement aiguës, dont
la Figure qui eftcy-defluscfl: conforme à l’original que j’ay entre mes mains.
Les Anciens prétendent aufli que ce foie un Poifibn Cetacée , c’eft à-dire, qui
approche de la nature &' grandeur des Baleines & Dauphins , parce que fa tefte cft
extrêmement grolTc , pefantc & large , fa gueule fort grande & béante, & qu’à fa
mâchoire fuperieure eft attachée une certaine longue production pendante en bas
en forme de Barbe : quant à fa chair , elle cft dou(jatrc &c gluante , & par con(c-
quent de peu de goût , fi elle n’cft falée long- temps auparavant que de la man¬
ger. A l’égard de la manière donc on fait la Colle de Poiffon , les Mofeovires
prennent les parties nerveufes du Poiffon qui après être boüillies font affez
fcmblablcs à la vifeofite qui fe rencontre à la peau des Moliics , & enfuite les
font cuire en confiftancc i & après avoir étendu cette matière fur des inftrumens
faits exprès pour la mettre de l’épaiffeur d’une fcüille de papier , & lorfqu’elle cft
prefquc fcichc, ils en font des Pains de differentes grofleurs & figures, ainfi
que nous les voyons
Prefquc toute la Colle de Poiffon que nous faifons venir d’Hollande prcfcntc-
ment eft en cordons , c’eft à dire , pliée en forme de croiffant , & pour être de la
qualité rcquife , elle doit être blanche , claire & tranfparcnte, de nulle odeur , Se
la moins fourrée que faire fe pourra , en ce qu’il y en a, fur tout celle qui cft en
gros cordons , qui eft fourrée, ou remplie d’une Colle jaune , fcichc aride, &
quelquefois bien puante j c’eft le fujet pour lequel la plus part de ceux qui ont
befoinde Colle de Poiffon , s'attachent à celle qui cft en petits cordons d’une
once , ou d’une once & demie, parce qu’elle cft moins fujctc à être fourrée, ce
qui n’cft pastout à fait hors du bon Cens, quoy que neanmoins ce ne foit pas
une règle generale , s’en trouvant quelque fois des petits cordons aufli defe-
éfueuxquedes gros, ainfi on ne doit s’attacher nullement à la figure ny à la
groffci r, mais feulement à voir qu’elle foit de la qualité cy-dcffus;cc qui fe pourra
connoîcrc facilement en la rompanten deux, & en fapprcchant du nez, pour voir
fi elle n’a point quelque mauvaifc odeur. A Icgarddc ceux qui cnachcttcront les
boucaux entiers ,ils ncfeconicnrctoni pas d’en voir une douzaine de Cordons,
mais la verront entièrement , dautant que c’eft une marchandife où il s’en trouve
toujours de defcéfucufe mêlée avec la bonne. Il y a des boucaux bien plus char¬
gez de cordons fourrez l’un que l’autre, ce qui n’cû pas d une petite confcqucnce,
parce que c’eft une marchandife affez chère, On doit être foigneux de la tenir dans
des Vaiffeaux bien clos, en ce que c’eft une marchandife à qui l’air peut faire
un notable préjudice.
L'ufagc de la colle de Poiffon cft fort frequent en France , non pas pour la
Médecine , car le peu qui s’y en confomme , ne mérite pas d’en parler, & fi ce n’é-
toit qu’elle cft un des ingrediens de l’emplâtre de diachilon, je crois que tous les
Apoticaircs de Paris cnfcmblc n’en confommeroient pas une livre par an: mais
:n recompenfe elle cft fort ufitéc par les Marchands de vin & Cabarcticrs,qui s’en
fervent pour faire éclaircit leur vin, ce que les Anciens ont beaucoup blâmé,
quoyquc mal- à-propos. Ceft une erreur fi fort établie , que la plufpartdcs gens
croyent encore que la Colle de Poiffon cft une drogue mortelle , cependant
il cft certain qu’elle n’a aucune mauvaife qualité , & que le Poiffon donc
des Drogues, Livre Premier. 77
elle provient, cft une des principales nourritures des Mofeovites, & fi ce n’étoit
fon goût douceâtre, ce feroit un excellent mangcr.Cctte colle n’a donc point d’au¬
tre propriété à l’égard du vin, finon que dés aufli- toft qu’elle a été jeitée fur du
vin trouble , elle vient à s’étendre fur la lupcrficic de cette liqueur comme une
peau, & ne manque pas enlbitcdc le précipiter & d’entraîner avec clic toute la
lie au fond des tonneaux , & pour preuve de mon dire , c’eft qu’outre qu’il y a
quantité de gens qui fijavent cela par expérience , il n’y a qu’à regarder dans les
tonneaux où l’on en aura mis on la trouvera mélangée avec la lie jenfortc
que fi IcsCabaretiers ne faifoient jamais d’autres mixtions à leurs vins on ne ver-
roit pas tant de maladies ny de morts fubites que l’on en voit. Outre ce grand
ufage î cette Colle cft propre à quantité d’Ouvriers en loyc qui s'en fervent pour
donner du luftre aux rubans, ou autres ouvrages de foyc. On s’en fert aufli
pour blanchir les gazes >& c’eft une des principales drogues de la compofition
qui fert à contrefaire les perles fines Orientales. Le nom de Colle luy a été donné
en ce que nous n’avons gucrcs de Drogues qui collent mieux la Pourfclainc & la
Fayance , que la Colle de Poiflbn détrempée dans de l’eau de vie , ou de l’cfprit de
vin, Qi^clqucs-uns s’en fervent aufiî étant détrempée dans de l’eau commune
pour fc laver & cmbclir le vifage & les mains.
Nous tirons d’Angleterre , d’Holandc , & autres endroits, une Colle de Poif-
fon pliée en petits livrets , qui a fort peu d’ufage en France , en ce qu’elle cft fort
difficile à fondre, & en ce qu’elle n’cft jamais guère blanche .• quelques perfonnes
m’ont afluré qu’elle étoit compoféc des reftes de celle qui eft faite en petits
cordons} & d’autres veulent quelle foie faite des parties mucilagineufes d’un
PoifTon que quelques Auteurs appellent Silure, & Nous Etourgeon , qui cft un
PoifTon aflczrarccn France : il s’en trouve quelquefois dans nos Rivières, mais à
caufe de cet ufage , & de la rareté de ce PoifTon . & qu’il cft fort gros , & d’un très-
bon goût» ceux qui en trouvent le vendent jufqu’à trois ou quatrc-ccns livres*
K iiij
78
Hiftoire generale
C H AP I T R E XXXIIÎ,
Du Namal.
Tricorne ^ifer
Le NarwAl ainfî appelle des Iflandois, & de quclques*autres Rhoar ,
de nous Licorne de Mer > eft un gros Poiflbn que quclque«-uns cftimenc
être une efpece de Baleine, qui fc trouve en quantité dans la Mer glaciale , ou du
Nord, principalement le long des côtes d’Iflande te Grocnlandc. Ce monftre
marin porte au bout de Ton nez une corne blanche, pefante, luifantc & de figure
fpiralc, telle qu'eft celle de faint Denis en France: Il y en a dediflerentcs groC-
feurs & pefanteurs , que l’on peut voir dans les cabinets des Curieux , comme eft
celle de Monfieur Morin Médecin de feu Mademoifelle de Guife , que j’ay veue &
maniée, & qui eft reprefentee cy-defius. M‘ Charas ma dit en avoir eu une qui
étoit plus haute & plus grofle que celle du Trefor de S. Denis. Ce font les tron¬
çons de cette corne que nous vendons à Paris , comme ils fc vendent ailleurs , pour
véritable corne de Licorne, à laquelle quelques perfonïies attribuent de grandes
proprietez , ce que je ne veux ny autorifer ny contredire , pour ne l’avoir pasex-
perimenié , n’ayant trouvé loccafion d’en avoir des preuves fuffifantes.
Il fc trouve encore un autre Poiflbn à qui l’on a donné le nom de Licorne de
Mer, qui fe trouve en difFerens endroits. . MonfieuF Dumantel dit en avoir
veu une prodigieufe au rivage de l’Ifle de la Tortuë proche S. Domingue en
l’année Cette Licorne , dit-il > pourfuivoit une Caranguc , ou un autre
Poilfon médiocre, avec une telle impetuolité , que ne s’appercevant pas quelle
avoir befoin de plus grande eau qu’elle n’en avoir pour nager , elle le trouva la
moitié du corps à fcc , fur un grand banc de fable, d’ou elle ne pût regagner la
grande eau , ô^où leshabitans de fille falTommerent. Elle avoir environ dix- huit
pieds de long , étant de la grolfeur d’une barique au fort du corps. Elle avoir
fix grandes nageoires femblables dans leurs extreraitez aux rames de galcre, dont
des Drogues. Livre premier. 79
<^eux étoient placées au défaut des oüies , & les quatre autres i côté du ventre
en égale diftance j elles croient d’un rouge vermeil Tout le deflus de (on corps
étoit couvert de grandes écailles de la laigeur d’une pièce de cinquante huit
fols , lefquelles étoient d’un bleu qui paroilToit comme parfemé de paillettes
d’argent. Auprès du col fes écailles étoient plus ferrées, & de couleur brune , ce
qui luy faifoit comme un collier. Les écailles fous le ventre étoient jaunes :1a
queue fourchue; la telle un peu plus grolfe que celle d’un Cheval, Si prefque
de la même figure} Elle étoir couverte d’une peau dure & brune.- Si comme la
Licorne a une corne au front , cette Licorne de mer en avoir aufli une parfaite¬
ment belle au devant de la telle, longue de neuf pieds & demy. Elle étoit entiè¬
rement droite, & depuis le front où elle prenoit fa naiflance , elle alloic toujours
en diminuant jufqu’à l’autre bout , qui étoit fi pointu qu’étant pouflée avec for¬
ce , elle pouvoir percer les matières les plus folidcs. Le gros bout qui lenoit avec
la tête ^ avoir feize pouce de circonférence, & de là julques aux deux tiers de la
longueur de cette merveillcufe corne, il étoit en forme d’une vis de preflbir , ou
pour mieux dire, façonné enondes,comme une colomne rorfe ,hoirmisque les en-
fonçuresalloient toûjoursen amoindriirantdufques à ce qu’elles fuflent remplies Sc
terminées par un agreableadouci(rcmenr,qui finiflbitdcux pouces au delTus du qua¬
trième pied. Toute cette partie bafle étoit encroûtée d’un cuir cendré , qui étoit
couvert par tout d’un petit poil mollet ,& court comme du velours de couleur
de feüille morte } mais au defl'ous elle étoit blanche comme y voire. Quant à l’au¬
tre partie qui paroifloit toute nue «elle étoit naturellement polie d’un noir lui-
fanc , marqueté de quelques menus filets blancs & jaunes , & d’une telle folidité ,
qu’à peine une bonne lime en pouvoit faire fortir que quelque menue poudre ,
Elle n’avoit point d’oreilles élevées, mais deux grandes ouïes t^mme les autres
Poiflbns. Ses yeux étoient de la grolTeur d’un œuf de poule. La prunelle qui
croit d*un bleu celefte émaillé de jaune , étoit entourée d’un cercle vermeil , qui
étoit fuivy d’un autre fort clair, &luifant comme criftal. Sa bouche étoit af-
fez fendue & garnie de plufieurs dents , dont celles de devant étoient poin¬
tues & tranchantes, & celles de derrière, tant de l’une que de l’autre mâchoire ,
larges & relevées par petite boffes. Elle avoitune langue d’une longueur & épaif-
feur proportionnée, qui étoit couverte d’unepeau rude Si vermeille. Au relie,
ce PoilTon prodigieux avoir encore fur fa telle une efpece de couronne rthauflee
par dclfus le relie du cuir , de deux pouces ou environ , & faite en ovale , de la¬
quelle les extremitez aboutiflbient en pointe; Plus de trois cens perfonnes de
cette Ille-là mangèrent de fa chair en abondance, Si la trouvèrent extrêmement
délicate. Elle étoit entrelardée d’une grailTe blanche, & étant cuite elle fe levoic
par écailles comme la moluë fraiche; mais elle avoir un goût beaucoup plus fa-
vourcus.
Ceux qui avoient veu ce rare Poillon envie , & qui luy avoient rompu l’échinc
à grands coups de leviers , difoient qu’il avoit fait un prodigieux efforts , pour les
percer avec fa corne, laquelle il manioit ôitournoit de toutes parts avec une dex¬
térité & une vitefie incomparable , Si que s’il eut eu alTez d’eau pour fe foutenir Sc
pour nager tant (oit peu, il les eut tous enfilez Q^nd on l’eut éventre on recon¬
nut aifement qu’il fe nounilToit deproye,car on trouva en fes boyaux beaucoup
d’écailles de Poifibns.
Les rares dépouilles de ce merveilleux animal , & fur tout fa tête , Si la riche
corne qui étoit attachée , ont demeuré prés de deux ans fufpendues au corps de
garde de fille, jufques à ce que Monfieur le Vafleur qui en etoit Gouverneur, vou¬
lant gratifier Monfieur des Trancaiis , Gentilhomme de Saintonge , qui l 'étoit
8 O Hifloire generale
venu voir , luy fit prcfent de cette corne. Mais quelc[ue peu apres m’etanr em»
barque dans un vaifTeau de FlefTingue avec le Gentilhomme qui avoir cette pre-
cieufe rareté en une longue caifle , nôtre vaifleau fe bnfa prés de riflcdcla
Fayale. qui cft l’une des Açotes. De forte que nous fîmes perte de toutes nos
hardes & de toutes nos marchandifes. Et ce Gentilhomme regretta fur tout
fa caifle. ^
On fera donc defabufé de croire que ce que nous appelions corne de Licorne ,
& des Latins Vnicornis , &des Gïccs Monoceros , fort la corne d’un animal ter-
relire dont il eft parlé dans l’Ancien Teftament > où la corne de ces animaux cy-
devant reprefentez au Chapitre des Licornes, mais n’eft autre chofè que la corne
du Narwal l’égard de fon choix, elle n’en a point d’autre fînon d’eflre bien
blanche , les pluseftimées font les plus hautes^ groflTes , pefantes , cannelées & lui-
fintes. Autresfois ces cornes étoient fi rares queMonfîeur André Racq Médecin
de Florence, dit qu’un Marchand Allemand en vendit une à un Pape 4500. livres,
ce qui eft bien contraire du prcfent, en ce qu’il s’en trouve de très- belle que l’on
peutavoirà beaucoup meilleur marché.
CHAPITRE XXXIV.
Du cheval Adarin.
Chet^atÆcvrinj '
Jdîfrpapatams.
Le Nil , le Niger , t>L autres lieux d’Afrique , nous produifent un animal afiez
femblable à un Boeuf, dontj’ay jugé à propos d’en faire icy Ihiftoire,i
caufe de fes dents que nous vendons.
„ Cot animal nereflemble du tout point a un Cheval , mais plutôt à un Bœuf
„ à caufe de fa grandeur , & fes jambes font fcmblables à celles d’un Ours, il a
,, treize pieds de long , quatre pieds & demy de larges »& trois pieds ôedemy
,, depuis Ton ventre eft plutôt plat que rond ,fes jambes ont trois pieds de circuit ,
,, & fon pied un pied de large , & chaque ongle a trois efpeces de doigts , fa
des Drogues , Livre Premier. 8 1
tête a deux pieds & demy de larges, trois pieds dé long, neuf pieds de circuit, &
paroît fort groflo , par rapport au refte du corps , fa gueule cft grande d’un pied ,
l'on nez charnu & recroufTé, fcs yeux petits & large d’un pouce & long de deux ,
fcs oreilles font petites & courtes, £<: n’ont pas plus de trois pouces de longueur,
il eft foi t g^as pat tout le corps , ces ongles font fendues en quaties &: relTemblent
à ceuxd’unbœuf, & fa queue à celle d’un pourceau ou d’un Ours,fes narines
vont en ferpenrant, & a deux pouces & demy de profondeur , Ton mufeau a
quelque conformité avec celuy d’une lionne ou d’une chate,& cft velu, quoy
qu’il n’ait point de poil dans tout le refte du corps } il a fix dents dans la mâchoi¬
re de delTous, &: les deux qui font à l’extremité, ont demy pied de long , deux
pouces ôc demi de larges, &un demy pied dépais de chaque côté, on voit fept
dents machelieres , courtes, mais épaifles, il en a tout autant dans la mâchoire
de defliis, laquelle il remue de même que le crocodile jfes dents (ont aufli dures
qu’une pierre à feu, & meme il en fort des étincelles quand on les frape avec un
coûteaUjCe qui rend vray femblable le fentiment des anciens, qui ont crû que
cet animal vomiflbit du feu enfrapantfes dents l’une contre l’autre j fou vent il
fort du Nil , court le pais, & après s’y eftre rempli de grain , fe va replonger dans
l’eau, pour tromper les pay fans J & afin que les chafleurs ne puilfent pas découvrir
fa pifte , il n’eft pas moins mal faifant que le crocodile , lors qu’il eft trop chargé
de gr ai fie il fe frotte contre des rofeaux, jufqu’à ce qu’il s’ouvre une veine, ôi la
ferme en fuite avec de labouë,quand il s’efl; déchargé d’une quantité fuffirante de
fang.
Les Ethiopiens mangent fa chair, au laport deClufiusjqui dit que le Capi¬
taine Vander Hagen l’a veu dans la Guinée, auprès du Cap Lopezgonzalvez , &
qu’il a trouve dans la ville de Libetto plufieurs têtes de Chevaux Marins , d’où
fon monde a arraché des dents d’une prodigieufe grolTcur; les Egyptiens en at¬
tachent fur leur corps contre les hemoroides, ou portent une bague faite de Tes
xlents. Les Negres s’en fervent encore contre d’autres maladies.
Pierre de VandenbrocK , dit qu’il a veu quatre Chevaux de Mer paître dans le
pais de Lavango, pendant fon voyage Dangole,qui rcflembloient à de gros bu files ,
leur peau croit prefque aufli luilante que celle des lapins, leur léie cioit comme
celle des jumens, leurs oreilles courtes, leurs narines larges > & ils avoienc deux
dents crochues dans la gueule comme les langliers, les jambes courtes, les pieds
faits comme des feuilles de pas d’âne & hannilfoient comme des chevaux , à la vûê
des Matelots ils s'arrêtèrent tout court, puis fe retirèrent à petit pas dans la mor;
quelquesfois ils ievoient le nez au defliis de l’eau, mais ils s’y replongcois des
qu’ils appercevoient les matiniers, de forte qu’ils n’en purent tuer aucuns, queU
que ruze dont ils fe ferviflenr.
De tout cet animal , nous ne voyons en France que ces dents, defquclles, à caufe
de leur grande blancheur & dureté , on s’en (ert à contrefaire les dents que l’on
met dans la bouche de ceux à qui ils en manquent.
Ses dents n’ont point d’autres choix , que d’étre véritables & bien blanches.
Il y a encore un autre animal d’écrit dans plufieurs Auteurs, â qui on a donné
le nom comme à celuy cy , d’Hypopothame,ou de Cheval Marin, qui n’aaucun
ufage dans la Médecine , ni ailleurs que je fejache } c’eft le lujet pour lequel je
JC n’en parlcray point.
Neanmoins Maihiole dit dans fon Livre à la page que la cendre de ce
Cheval Marin incorporécavec poix liquide , ou autres grailles, fait revenir Iq
poil.
//. Pdrlie,
L
Hiftoire generale
8z
CHAPITRE XXXV.
Bu Lamantin,
Le Lamantin » ou Vache Marine , au rapport du R. Pere du Ter¬
tre , cft un Poiflbn tout à fait inconnu dans l’Europe ; il porte
quelquefois jufqu’à quinze à feize pieds de longueur > & fept ou huit de ron¬
deur de corps. Il a le mufle d’un bœuf, &les yeux d’un chien, il a la vûë fort
foible, & n’a point d’orcilles; mais en leur place il a deux périt pertuis ^ où à
peine pourroic-on fourrer le doigt ; il entend fi clair par ces pertuis > que la foi-
blcfle de fa veuc cft fuffiramment fupplcéc par la fubtilitc defon oiiie. Au dé¬
faut de la tefte j il a fous le ventre deux petites pares en forme de mains , ayant
chacune quacre doigts fort court & onglez ; & c’efl: ce qui l’a fait appeller Ma^
par les Efpagnols , comme qui diroit PoifTon pourveu Jde mains : depuis le
nombril il appenfle tout a coup, & ce qui tefte de fbn corps depuis cette par¬
tie, cft ce qui compofé fa queue , laquelle a la forme d’une pelle à four j elle cft
large d’un pied & demy , épaifle de cinq à fix pouces , revêtue de la mcfmc
peau de fon corps » & toute compofee de graifte & de nerfs. Ce Poiffon n*a
point d’écailles comme les autres poiftbns , mais il cft revêtu d’un cuir plus épais
que celuy d’un bœuf. Sa peau eft de couleur d’ardoife fort brune , & parfemcc
fort clairement d’un poil de couleur d’ardoize , femblable à celuy du loup ma¬
rin. Sa chair ale goût de celle de veau , mais elle cft beaucoup plus ferme, &
couverte en plufieurs endroits de trois ou quatre doigts d’épais de lard , duquel
on fc fert à larder, à barder, & à faire tout ce qu’on fait du lard de porc.
Ce lard eft excellent , & plufieurs le fondent &cn tirent la graifte, qu’ils man¬
gent fur le pain en guife de beurre. La viande de cet animal étant falée , perd
beaucoup de (on goût , & devient feiche comme du bois. Je crois pour¬
tant que cela fe doit attribuer au fcl du pais, qui cft extrêmement corrofif.
des Drogues, Livre Premier. 83
On trouve dans la tefte de cet animal quatre pierres , deux greffes & deux pe¬
tites , aufquelles on attribue la force défaire diflbudre la pierre dans la veflie , Sc
de faire jetier le gravier des reins : mais je n’en fçaurois approuver l’ufage , dau-
tant que ce remede eft fort vomitif > ôc fait de grandes violences à l’efto-
mach.
La nourriture de ce Poiflbn eft une petite herbe qui croît dans la Mer , laquelle
il paift tout de même que le boeuf fait celles des prés : & après s’étre faoulé de
cette pâture, il cherche les rivières d’eau douce > cù il boit & s’abreuve deux fois
le jour. Après avoir bien beu & bien mangé , il s’endort le mufle â demy hors de
l'eau, ce qui le fait connoître de bien loin par les Pefeheurs, qui ne manquent
point de luy courir fus , & l’attraper en la maniéré fuivante.
Ils fe mettent trois ou quatre au plus , dans un petit Canot ( qui eft une petite
naflelle toute d’une pièce, faite d’un arbre creufe en forme de chaloupe) leCaba-
rcur eft fur l’arriere du Canot , qui remue à droit & â gauche la pelle de fon avi¬
ron dedans l’eau ; de forte que non- feulement il gouverne le Canot, mais encore
le fait avancer aufli vite que s’il étoit pouffe d’un petit vent & à demy voiles. Le
Vareur ( qui eft celuy qui darde la befte ) eft tout droit fur une petite planche au
devant du Canot , tenant la varre en main ( c’eft à dire , une fat^on de picque , le
bout de laquelle eft emboiic dans un harpon , ou javelot de fer. Letroifiéme eft
dans le milieu du Canot , qui difpofe la ligne , qui eft attachée au harpon pour la
filer lors que la befte lcra frapée.
Tous gardent un profond filence ; car cet animal a l’ouïe fi fubtile, qu’une
feule parole ou le moindre clabotrement d’eau contre le canot , eft capable de
luy faire prendre la fuite , & fruftrer les Pefeheurs de leur efperance. Il y a du
plaifir à les voir ,car le Varreur palpite de peur que la bête ne luy échape , & s’i¬
magine toûjoursque fon Cabarcur n’employe que la moitié de fes forces , quoy
qu’il falTe tout ce qu’il peut de fes bras ,& ne détourne jamais fes yeux de defliis
la Varre , du bout de laquelle le Varreut luy montre la pifte qu'il qu’il doit tenir
pour arriver à la bête qui les attend toute endormie.
Lors que le canot en eft à trois ou quatre pas , le Varreur darde fon coup de
toute fa force, &luy enfonce le harpon pour le moins demy-pieddans la chair.
La Varre tombe dans l’eau» & le harpon demeure attaché à la bete, laquelle eft
a demy pnfe. Alors cet animal fc fentant fi rudement frapé , ramaffe toutes fes
forces & les employé à fe fauver : il bondit comme un cheval échapé , fend les
ondes comme l’aigle fend l’air , & fait ccumer & blanchir la mer par tous les lieux
où il palTe. Il croid s’éloigner de fon ennemy , mais il le porte par tout après foy;
de forte qu’on prendroit le Varreur pour un Neptune conduit en triomphe par
ce monftre marin. Enfin , après avoir bien traîne fon malheur en queue , & perdu
une bonne partie de fon fang , les forces luy manquent, l'haleine luy défaut, &
comme réduit aux ahms, il eft contraint de s'arrêter tout court pour prendre un
peu de repos : mais il n’eft pas plutôt arrête que le Varreur, tirant fa ligne fe rapro-
che de luy, & luy darde un fécond coup de harpon plus violent que le premier ; à
ce fécond coupla bête fait encore quelques foibleseflorts» mais en peu de temps
elle eft rcduiteàl’extremiié,& lesPeftheurs l’entraînent aifcmcm à la rive du pre-
micr iflet,cù ils l’embarquer, t dans leur canot, s’il eft aflez grand pour le contenir,
La femelle fait deux petits qui la fuivent partout : elle a fous le ventre deux te-
tins , delquels elle les allaidc dans la mer , comme une vache allai^te fon veau fur
la terre. Si on prend la mereon cil affuré d’avoir les petits ; car ils fenient leur
mere,& ne font que tournoyer au tour du canot ,jufqu’â ce qu’on les ait fait com¬
pagnons de Ion malheur.
//. Parité. L ij
84 Hiftpire generale
La chair de cct animal fait une bonne partie de la nourriture des habitans de
ce païs. On en apporte tous les ans de la terre ferme & des ifles circonvoifines ,
pluheurs navires chargez -, & tant à la Guadeloupe, à faint Chtiftophe , à la Mar¬
tinique, qu’aux autres Illes prochaines , la livre s’y vend une livre & demie de
Petun ou Tabac.
CHAPITRE XXXVL .
Des trois fortes d’efpeces de Tortues ; fçavoir la Tormë
Tranche ^ le Caret & la Kaoüanne^
La figure que je donne de la TortuH cft fi exaâ:c> dit le R. P. du Tertre , que
ce feroit perdre le temps de m’arrêter à faire aucune defeription de fa foime>
Je me contcnicray de décrire feulement ce que celles des Ifles ont de particulier ,
& ce qui les diftinguede celles de l’Europe.
L’on peut dire en commun de ces trois fortes dcTortuës , que ce font des ani¬
maux ftupides, pefans , fourds) &fans cervelle , car dans toute la tête { qu’elles
ontgroffe comme celle d’un Veau) il ne s’en trouve pas plus gros qu’une petite
fève. Elles ont la vûc excellente , leur grandeur cft fi prodigieufe , que la feule
écaille de deflus porte quelquefois cinq pieds de long & quatre de large :leut
chair { particulièrement celle de la Tortue franche )eft fi femblable à celle d’un
boeuf, qu’une pièce deToriuë mife auprès d’une pièce de bceuf, ne fi^auroitêtre
diftinguéeque par la couleur de la graifle, qui eft d’un jaune verdâtre. Il y a des
Tortues franches, qui toutes desoflées donnent plus d’un demy baril de viande ,
fans y comprendre la tête, le col, les pattes , la queue , les trippes & les ceufs ;
defquels trente homincs pourroient faire un bon répas ; &: outre cela on tira
des Drogues , Livre Premier. 85
quelquefois tant des pânnes que de la graille fupei flue > on a dequoy faire quinze
ou vingt pots de d’huile , jaune comme de l’or , excellente pour les fritures &
pour toute fortes de fauces > pourveu qu’elle foit nouvelle ; car lorfqu’elle eft
vieille, elle ne ferc plus que pourles lampes. La chair de ces Tortues cft fi remplie
d’efprit vital , qu’éianc coupée par morceauz dés le foir, elle remue encore le.
lendemain.
J'ay crû fort long temps que les Tortues de ces quartiers avoient trois cœurs/
car au delîus du cœur ( qu’elles ont gros comme celuy d’un homme ) fort un gros
tronc d’artcrcs , aux deux cotez duquel font attachez deux autres faqons de cœurs,
gros comme des œufs de poule, & de la même forme & fubftance que le pre¬
mier : mais j’ay depuis changé d'opinion , & crois fermement que te ne font que
les oreilles du cœur. Q^oyqu’il en foie , il cft certain que cela bien ajufté fui une
table, compofe une fleur de Lys, d’eû on peut tirer une conjecture allez avanta
geufe du progrez de nos Colonies Franqoifesdans l’Amerique , puifque la Provi¬
dence de Dieu ne fait rien en vain , a plante lafleur de Lys au coçur l’animal qui
çft le Hiéroglyphe du pais.
De la KaGüanne.
La Kaoüanne différé de la Tortue-Franche , en ce qu’elle a la tête beaucoup
plus greffe à l’équipolent du corps que le relie des autres Tortues. Elle eft
plus méchante , &: le défend de la gueule & des pattes, lorfquon fe met en devoir
de la prendre &: de la tourner: Et quoy qu’elle foie la plus grande des trois efpe-
çes, elle eft neanmoins fort peu eftiméc , parce qu’elle a la chair noire , quelle
fenr la marine , & qu’elle cft d’un aifez mauvais goût. Ceux qui la vont pefeher
aux KaymanSjla mêlent avec la Tortue-Franche pour en avoir le débit , mais elle
luy communique fon mauvais goût. L’huile qu’on en tire eft acre, & gâte les
fauces dans lefquelles on la met» l’on n’en mange qua faute d’autre : elle n’eft
pas pourtant inutile , car l'on s’en fert à brûler dans les lampes.
Quelque temps après que la grande écaille de la Kaoüanne eft dépouïllée , &
que les cartilages commencent à fe pourrir , il fe détache de deffus huit feuilles
beaucoup plus grandes que celles du Caret, mais plus minces , & maibrécs de
blanc & de noir, l a plufpart des grands miroüers en (ont garnis , & il eft certain
queft elles écoient plus épaiffes , elles iroienc du pair avec l’ccailledu Caret.
Bu Caret.
Le Caret cft la plus petite de toutes les trois efpeces de Tortues , la chair n’en
cft pas fl bonne que celle de la Tortue-Franche 5 mais elle eft beaucoup meiU
Icure que celle de la Kaoüanne. L’huile qu’on en cire cft excellente pour les de-
biiitez de nerfs , goûtes fyatiques , & pour toutes les fluxions froides. Je connois Carec
desperfonnej qui s’en font fervies fort utilement , pour des maux de reins caufez
par des efforts.
Mais fur tout ce qui le fait eftimer , eft l’ccaillc qu’il porte fur le dos , qui vaut
jufqu’â fix francs la livre. Toute la dépouille d’un Caret confifte en treize fcml^
les, huit places &' cinq en d’os d’âne.
Des huit plactcs il y en a quatre grandes , qui doivent porter jufqu’â un pied
de haut & Icpc pouces de large. Le beau Caret doit être épais, clair , tranlparenr,
de couleur d’antimoine , & jalpé de minime & de blanc. 11 y a des Carets qui por¬
tent (ix livres de feuilles fur les dos. On s’en ferc à faire des peignes , ôc d’auiic^
I iij
8 6 Hiftoire generale
petits ouvrages , qui font d’une exquife beauté & de prix. Voicy la faconde lever
ces feuilles de deflus la grande écaille , qui eft proprement la maifon du Caret.
Après en avoir ciré toute la chair on fait du feu deffous ,& ces feuilles venant à
feniir le chaud , le lèvent ailément avec la pointe d*un couteau.
L’huile que l’on tire des pannes & de la graifle du Caret , eft chaude & eftiméc
des Sauvages» 6c des habitans Frantjois qui s’en fervent contre lés fyatiques, 6c
les goûtes froides , les goûtes crampes > & engourdiftèmenc de net fs.
Dâ la façon de pefeher les T onuës,
La pefche des Tortues fe fait en trois façons , fçayoir au Chevalagc , à la Vat*
re, & quand elles terrilfent.
La Tortue Chevallejc’eft à dire s’accouple, depuis le commencement de Mars
jufqu'à la my May. Je lailTe toutes les circonftances de cette aékion , c’eft aflez de
dire que celafe fait lur l’eau ,:eriforte qu’elles peuvent être facilement découver¬
tes .-alors deux ou trois perfonnes fe jettent promptement dans un Canot , leur
courrent lus , &lcs abordent facilement \ ils leurs palîent un lacs coulant dans le
col , ou dans une patte , ou bien n’ayant point de corde on les prend avec la main
par delTus le col au défaut de l’écaille. On les prend quelquefois toutes deux ,
mais pour l’ordinaire la femelle échapc. Pour lors les mâles font fort maigres &
durs » ^ les femelles en très bon point.
La Varre de la Tortue fe fait de la même façon que celle du Lamantin , ex¬
cepté qu’au lieu de harpon au bout de la Varre , on y enclave un cloud carré long
de la moitié du doigt , 6c fort pointu , auquel eft attaché la ligne. La Varie étant
jetiée furie dos de la Tortue, le cloud s'enfonce jufqu’à la moitié dans l’écaille,
qui eft toute compofee d’os»& y tient comme fi elle eftoit fichée dans du chê¬
ne. La Tortue fe feniant frapée , fait les mèches efforts que le Lamantin , 6c les Var-
reurs les mêmes diligences. Quelqu’uns difent que fes forces luy iranquenc
à caufe du fang qu’elle a perdu , mais il ne fçavent pas que la Tortue ne
perd pas une feule goûte de fang par cet endroit où elle a été bleffée, jufqu’à ce
que le clou en ait été tiré.
Le Terriffagc .des Tortues , fe fait depuis la Lune d’Avril jufqu’à la Lune
d’ Aouft : car alors la Tortue fe fentant incommodée par 1 accroiffement , la pc-
fanteur, &le grand nombre de fes œufs, qui font quelquefois jufqu’au nombre
de plusde deux mille , étant contrainte par uncneceflité naturelle, qui ne fe peut
différer ; elle quitte la mer pendant la nuit , & vient reconnoître le long de la rive
un lieu propre pour fe décharger de fon fardeau , ou au moins d’une partie. En
ayant reconnu un propre pour cet effet , qui eft toujours une Ance de fable ; elle
fe contente pour cette nuit de reconnoître la place, & fe retire doucement dans
la mer, remettant la partie à la nuit fuivante , ou à une autre bien prochaine.Touc
le jour elle fe promene paiffant l herbe fur des rochers dans la mer , fans toutes-
fois s’éloigner du lieu où elle doit pondre.
Le Soleil venant fur fon déclin on la voit paroître tout proche de la Lame, re¬
gardant deçà 6c delà , comme fi ellefe défioitdes embûches ; 6c comme fa veuc
eft fort perçante, fi elle voit quelqu’un fur le bord du rivage, elle va chercher ail¬
leurs un lieu plus affuréiquefielle n’apperçoit perfbnne elle vient à terre à la fa-
veut de la nuit, & apcés avoir bien regardé de tous cotez, ellefe met à travailler
6c à creufer dans le fable avec les pattes de devant , fait un trou tout rond , large
d’un pied ,& profond d’un pied & demy ice qui étant fait elle s’ajufte là defTus,
6c fait tout d’une fuite deux ou trois cens œufs , gros 6c ronds comme des balles de
des Drogues. Livre premier. 87
jeu de paume. L’écaille de ces œufs eft fouple comme du parchemin moüïllé ;
leur blanc ne cuit jamais , quoyque le ^aune durcilTe facilement. La Tortue de¬
meure plus d’une bonne heure occupée à pondre, & pendant ce temps un chariot
luy pafleroit fur le corps, fans qu’elle fe bougeât de la place. Ayant achevé de
pondre fans qu’on l’ait interrompue, elle bouche fi proprement le trou, & re¬
mue tant de fable tout autour, qu’on a toutes les peines du monde à trouver les
œufs. Cela fait j elle les abandonne & retourne à la mer. Les œufs fe couvent
d’eux- mêmes dans le fable, où ils (ont quarante jours, àu bout defquels les pe¬
tites Tortuéi> fortent grofies comme des petites cailles , &: fuyent droit à la mer,
fans qu’on leur en ait montré le chemin. Efiant prifes avant que d*y être arrivées,
on lesfricaflc toutes entières, & c’eft un mets délicieux.
Quantité dcReifuiems» & autres grands PoilTons , leur font une cruelle guerre ,
& en avalent quafi autant qu’il en décend en la met ; ôi c’eft un dire commun des
Iiabitans , que fi de chaque ponailon il en réchapoic deux , toute la terre en foroic
couverte. Celles qui échapent (e retirent dans des marefts ou étangs d’eau falée,
fous des roches , & dans des racines de Parétuviers , dont les arcades font fi cm-
barralfées l’une dans l’autre , que les grands Poilfons carnafliers n’y peuvent en¬
trer ; & elles y demeurent jufqu’à ce qu'elles foient en état de fuît où de fe défen¬
dre. Elles ne terrilTenc jamais que de nuit, & même elles attendent que la Lune
foie couchée. Quand il pleut, qu’il éclaire qu’il tonne à tout rompre, c’elt
alors quelle tcrrit en plus grande abondance.
Si-toft que la Tortue commence à terrir , nos François , dans tous les quartiers
où il y a de bonnes Ances , y envoyenc des hommes , & l’on diftribue également
la viande que l’on a prifè àceux qui s’y font trouvez; d’autres fe mettear fix ou
fepe enfcmble , & équippenc un Canot qui porte , dix , douze , ou quinze barils ,
ou quelquefois trois ou quatre conneaux, & vont chercher les Ances les plus fré¬
quentées des Tortues, & là diyifant la nuit en quatre, chacun garde & fait fenti-
nclle le quart de la nuit , & des revûës de temps en temps tout le long de l’ance.
Ayant rencontré quclqye Tortue , ils la tournent fur le dos , & la iaiflent-là juf-
qu’au lendemain , fans craindre qu’elle fe puilfe retourner. Quelques- uns ont dit
qu’étant ainfi tournée , elle foûpiroit & pleuroit ; les foûpirs (ont véritables , mais
pour les larmes ce n’cft autre chofe que certaines glaires qui luy iortenc des yeux,
que l’on fait palTcr pour larmes.
S’il arrive qu’elle foir fi grande qu’un homme n’en puifle venir à bout ; il la
mec aifémenc à la raifûn,luy f apant quatre ou cinq coups de maffuëfur le bec*
Ceux qui fe veulent donner du piaifir fe mettent fur fon dos , luy bouchent les
yeux de leurs doigts, & la conduifenc où bon leur fcmble } mais fut-elle à dix
lieues fur la terre , fi on la laifle en liberté', elle prend fa route droit à la mer,
quand même on luy auroit fait faire cent tours. Chacun contribue également aux
viétuailles, & aufelpour Caler la viande :& au retour on parcage également tome
la viande, mais il y a un lot particulier pour celuy auquel appartient le cours.
Le Caret vient reconnoîire la terte dix-fept jours auparavant que de pondre fes
œufs j de forte que rencontrant un tram de Caret , fi on ne trouve point fes œufs,
il y faut venir le dix-feptiéme jour enfuivant, & indubitablement on 1 attra¬
pera.
Le Caret eft aufiî méchant que la Kaoüanne , mord plus ferré & tient plus
opiniâtrément. Un jour ayant voulu en apporter un vif jufqu’à notre Cale,
attaché par les deux pieds de derrière , à un levier qui étoic fur les épaules de
deux de nos valets , il en mordit un par la feffe , qui fe prit à crier fi ef¬
froyablement , que tous les domeftiqucs y accoururent , chacuQ fe pm a
R ouffcttcs
ou Dou¬
cettes.
88 Hiftoire generale
fraper deflus , à le, brûler ^ & tâcher de luy ouvrir la gueule avec des mor¬
ceaux de fer > mais on ne^ luy peut jamais faire lâcher prife, qu’aprés luy avoir
coupé.: la gorge.
.1^- - ^ -
CHAPITRE XXXVII.
^ Du Chien de Mer.
C hee^ de
Le chien de Mer eft un PoifTon alTez gros > qui fe trouve en differents en¬
droits, mais fur tout en Elpagne & à Bayonne. De tout ce Poiflbn nous
n’en vendons que la peau , à caule du giand ulage que les Ouvriers en bois
en font , étant fort propre â le polir. Les véritables peaux de chien , pour
être belles , doivent être grandes & larges ,d’un grain rude, ny trop gros ny trop
petit , & gainy de (es oreilles & nageoires.'
On nous apporte encore de la Hougue, en baffe Normandie , la peau d’unPoif-
fonaffez fcmblable au Chien de Mer, â qui l’on a donné le nom de Doucette ou
Roufetie, dont quelques Ouvriers fe fervent comme de peaux de Chien, quoy
qu’il y ait bien de la différence , en ce que la peau de Chien eft extrêmement rude»
la Roufette ne Teft que fort peu \ & de plus, c’eft que la peau de Chien eft tou¬
jours brune, Ôi les Rouffettes iont de differentes couleurs» & toujours garnie fur
le dos de petites étoiles, Ôc font beaucoup plus petites, c’eft le fujet pour lequel
ces peaux des Rouffettes font fort peu uficécs à Paris. & ne s’employent guere que
pour l’Auvergne.
Outre l’ufage que les Ouvriers en bois font de ces deux fortes de peaux, elles
font encore mifes enufage par d’autres Corps de Métiers, comme Gainiers &
autres.
Noiis vendons de plus une autre peau de Poiffon» que quelques- uns veulent que
ce fou une efpece de Rets qui n’a autre ufage tant en France ,en Angleterre
autres endroits ,que pom fane des manches de couteaux.
des Drogues, Livre I. 89
CH^APITRE XXXVin.
Du Thon ou de la Thonine-.
Le Thon , que les Latins appellent Thumuî , eft un t^oiffon alTez grand , maf-
fif& ventru , qui fe trouve en abondance dans la Mer mediteranée, prin¬
cipalement en Provence , comme à Paint Tropez & à Nice , d’où nous vient tout
celuy que nous vendons. Il s’en pePeheaufli quantité en EPpagne , mais ccluy-ià
ne vient pas jufqu’à nous.
La pefehe du Thon fe fait pendant les mois dfe Septembre & Odobre (& cette
pefehe a tant de particularitez , que les pefeheurs la font voir aux étrangers j qui
cil le temps que les Thons Portent de la mer Oceanné , pour entrer dans la mec
Mediteranée, pour s en aller au Levant comme les Anchois ; je laide à part tou¬
tes les particularitez de cette pefehe , pour dire que lorfquè le mois de Septem¬
bre approche les Provençaux jerrent dans la mer de grandes rets faites de cordes
de jonc qu’ils appellent la Madrague , ces Rets ou Madrague font enjancez d’une
maniéré qu’il y a plufieurs feparations en maniéré de Chambre , donc la premiè¬
re eft plus grande que les autres , afin que les Thons entrant par là plus grande
dans les autres, n’en puilfe teflortir aufli toft que la xMadrague eft pleine , ou que
les pefeheurs en ont aftez, ce qui fe fait enbien peu de temps, tant parjaaraude
II. Par lie. M ^
go Hiftoire generale
quantité qui s’y en trouve que parce que dés qu’un Thon eft entre dedans , les
autres le Tuivent ainû que font les moutons. La Madrague craat retirée de
la mer , tous les Thons meurent d’eux-ménieS) ne pouvant vivre hors de l’eau
criluite on les pend en l’air , on les vuide & on leur^ôte la tete , & apres on
les coupe par tronçons, on les fait rôtir fur des grandes grilles de fer , ôc on les
fricaflTe dans de l’huile d’olive , & apres avoir été aflTaifonné defel , de poivre,
gerofle , de quelque fcüillesde Laurier: on le met dans des petits barils ainfî
tout cuit J & prêta manger avec d’autres huiles d’olives & un peu de vinaigre,
pour le tranfporter en différends endroits , où il eft appellé > à caufe de cette pré¬
paration , Thon ou Thonine marine.
Nous.voyons &: vendons à Paris de deux fortes de Thon, qui ne diftere nean¬
moins qu’en ce qu’il y en a dont les araites ou vertebresfontotces> & à qui pour
Thondef- cet effet on a donné le nom de Thondefoffez, & que l’on met ordinairement
dans des petits barils de bois blanc , large par le bas & étroit par le haut , & celuy
qui n’eff pas defoffez dans des petits barils ronds.
On doit choifir le Thon defoffez > ou non defoffez > nouveau , ferme, bien en-
huilé de bonne huile , & d’une chair blanche femblable à celle de veau.
L’ufage du Thon cft fort commun en Europe, & memes en plufieurs autres en¬
droits > tant parce quil eft preft à manger i que parce qu’il cft d’un très bon goût
& approche de celuy du veau.
On pcfche ordinairement avec les Thons un autre Poiffon que les Provençaux
appellent Imperador, & nous Empereur, on y voit aufli des Daufins qui font
«TDauttus'. toûjours dcux à deux, puifque ayant accoutumé de fauter en l’air tous deux en
un même moment, foriant des filets ils ne fe laiffent pas prendre , il y a lieu de
les admirer, (ortant également de l’eau l’un auprès de l’autre, ôi retombant en-
femble dans la mer dans le même moment comme s’ils croient accouplez.
CHAPITRE XXXIX.
Des Anchois & Sardines,
Outre leThon nous vendons de plus des Anchois que nous faifons venir des
mêmes endroits que le Thon , & comme nous faifons un fort gros négoce
de ce. Poiffbn, on les doit choifîr petits > nouveaux, blancs deffus & vermeil de,
dans , bien ferme , ayant le dos rond » en ce que l’on prétend que les gros & pla!;s
foient les Sardines , & qu’en débouchant les barils la fauce foit d’un bon goût ,
& qu’elle ne fente point le vent.
La pefche des Anchois lè fait en differens endroits > comme dans la Rivière de
Gennes > en Catalogne , à Nice > à Cannes , à Antibes, faint Tropez , & autres en¬
droits de la Provence. Cette pefche ne le fait guère que la nuit , & toûjours dans
les mois de May , Juin & Juillet , qui font les trois mois de l’année qu’elles for-
tent de la mer Oceanc pour entrer dans la mer Medilcrannée pour aller au Le¬
vant.
Lorfque l’on veut aller à la pcfche des Anchois > & que l’on veut en pefeher
quantité, on allume du feu fur une grille de fer à la poupe du barreau , à celle
fin que ces petits poiffons enfuivant la clairté fe laiffent prendre, mais ce qu’il y
a de remarquable à cette pcfche, c’eft que les Anchois qui ont cfté pris par le
moyen du feu , ne font pas fi bons . nv fi ferme i ny d’uae ii bonne garde que
des Drogues , Livre Premier. 9 1
tcux qui ont été plis fans feu , loifque la pefche eft faite , on leur arrache à tous
la tête , afin d’en tirer par le même moyen les tripaillcs qui font fuperflues , &
les différencier d’avec les Sardines à qui on la laiffe , qui pourroient les faire cor¬
rompre ,& non pas comme dit Monfieur de Furetiere , à caufe de leur fiel, qui
marque dans fon livre être dans leurs têtes. A l’égard de la maniéré qu’on les ac¬
commode, on ne fait que les arranger dans des petits barils de differens poids ,
dont les plus gros ne pefent au plus que vingt-cinq à vingt-fix livres 3 en y met¬
tant du fel une quantité raifonnablc avec les Anchois. Nous faifons auffi venir,
mais fort rarement, des Sardines feches , préparées tout de mêmes que les harens sardines
fors , mais le peu de confommation , & le peu de goût que l’on a trouvé a ce pe-
tit poiffon, a fait que ceux qui en ont fait venir Une fois j ny ont pas retour¬
né unefccondci
Etant à Royan , petite ville de Xaintonge , où il fc trouve le plus de Sar¬
dines , quoy (Ju’il y en aye beaucoup en Italie & en Provence, quelques Pef-
cheurs m’ont afliiré que ces poiffons ne marchoient jamais qu’en troupes , de
que par la conduite de leur Roy & Capitaines comme les abeilles;
CHAPITRE XL.
Du Marfoüw,
LEMarfoüin, ou Cochon de Mer, eft un gros Poiffon fort connu , & dont
l’ufage eft affez grand à caufe qu’il eft d’un affez bon manger j c eft ce qui
fait que quclqu’uns l’ont mis au rang des Poiffons Royaux: de tout ce Poifl'on
nous n’en vendons que lagraiffe,oules huiles aromatifez, ou non aromatifez, di
quin’cft autre chofe qUe delà graiffe fondue , & par le moyen de quelques ^to-
mats, on luy fait changer fa puante odeur à quelque agréable. On attribue à la
graiffe & aux huiles de Marfoüin , la propriété de guérir les humeurs froides.
Quelques Apoticaires tirent du Marfoüin , par le moyen d’une cornue , phi-,
fleurs préparations a qui ils attribue des differentes proprietez.
Il, Partie . M ij
Hifloire generale
Des os de Seiches,
CE que nous vendons & appelions os de Seiches , & les Latins w , cft
le dos d’un Poiflbn fort commun danslamcrOceanc_, &même dans laMe-
diteranée ; les Seiches font des PoilTons fort ideux , & d’une nature fort lùrprc-
nante , il s’en mange en differentes Villes de France , conameà Lyon , Bordeaux , la
Rochelle,Nantes Vautres. L’os de ce PoifTon eft de differentes grandeurs, les
plus grands nepaffant neanmoins pas un demy pied ; ces os font blancs , dur d’urv
côté & tendre de l’autre ; c’eft pour ce fujet que les Orfèvres s’en fervent pour
mouler'i quelqu’uns fe fervent des os de Seiches pour fe nettoyer les dents, mais
leur plus grand ufage cft pour les Orfèvres ,& pour ceux qui font lalacque fur^
nommé de Venize.
CHAPITRE XLIL
Du Soldat ou Gancelles.
^oLLit
Hifrruu’s
E Soldat , dit le R. P. du Tertre, cft une cfpccc de petit cancre, long de
trois ôu quatre pouces au plus : il a la moiâ.c du corps femblablc à une
Des Drogues. Livre prèmier. 93
fauterelle marine , mais revêtu d’une écaille un peu plus dure: quatre pieds alTez
lemblables à ceux d’une Crabe; deux mordans^ dont l’un n’eft guère plus gros
qu’un de fes pieds , & l’autre cft plus large que le pouce, rond , qui ferre étran¬
gement, ôc bouche tout le trou de la coquille où il loge. Tout le refte du corps
n’ell: qu’une efpecc de boudin , d’une peau alTez rude Seépailfe, gros comme le
doigt, long de la moitié , ou un peu plus. Au bout il y a une petite queue 3
compofée de trois petites ongles, ou trois petites écailles , comme la queue
d’une fauterelle de mer. Toute cette moitid du corps eft remplie d’un Taumaly^
femblablc à celuy qui fe trouve dans la coquille d’une Crabe : mais rouge, & qui
étant expofé au feu ou au Soleil , fe fond & fe refoud en huile , qui eft un véri¬
table baûme pour les playes recentes. J’en ay fait moy-même l’experience fur ,,,
plulieurs perfonnes avec de tres-heureux fuccez. Tous les habitans en font grand
cas , & il s'en trouve peu qui n’en falfent provilion.
Ils defeendent tous les ans une fois au bord de la met , je ne fc^ay il c’eft
pour s*y baigner , & y jetter leurs œufs comme les Crabes 5 mais je f(^ay bien que
c eft aulli pour y changer de coquille , car la nature qui les fait naître le derrière
tout nud , leur a donné l’inftimft d’y pourvoir en nailfant j car à peine font-ils
monde , qu’un chacun d’eux cherche une petite coquille proportionnée à fa gran¬
deur , fourre fon derrier dedans , l’ajufte fur foy , & ainfi revêtus des dépouilles
d’autruy,&: armez comme des Soldats de ces coquilles étrangères j gagnent la
montagne, repairent dans les rochers ôi dans des arbres creux Comme font les
Crabes , vivent comme elles de fcüilles de bois pourris & de fruits ; & quelque¬
fois aufli de pommes de Mancenille. D’où vient qu’encore qüc nos habitans en
mangent , & les eftiment fort, ils font tres-dangereux. J’ay une fois penfé ren¬
dre l’amc , pour en avoir mangé deux dans la grand? terre ^ fous des Mance-
nillcs.
Cependant , nos Soldats croilfent dans la montagne , & la coquille , qui n’a pas
été exprelfément faite pour eux, commence aies preirer& à leur ferrer ii étroi¬
tement le derrière , qu’ils font contraints de defeendre au bord de la mer pour
changer de maifon. Les curieux qui ont pris garde à ce qui fe palfe dans ce chan¬
gement, avoüer ont ingenuëment avec moy , qu’il y a un plaifir extrême à les
voir faire. Ils s’arrêtent à toutes les coquilles qu’ils rencontrent, les confiderent,
attentivement, & en ayant rencontré quelqu’une qu’ils crôyent leur être propre,
ils quittent incontinent la vieille ,& fourrent fî promptement le derrière dedans
l'autre , qu’il femblc que l’air leur falTe mal , ou qu’il ayent honte de leur mon¬
trer à nud.
Ariftotequiaditqueles animaux ne combatoient qüe pour le manger ôc l'ac-
éouplemcnt , auroit ajoûté , s’il avoir fçû ce que font ces petits animaux, &c pour
lé logis : car fi deux fe rencontrent en même temps dépoüillez , pour entrer en
une même coquille , ils s’entrcmôrdent & fe battent , jufqu’à ce qu’en le plus
foible cede , & quitte la coquille au plus fort 3 qui en étant revêtu fait trois ou
quatre caracoles fur le rivage ; que s’il trouve que ce ne foit pas fon fait , il la
quitte & recourt promptement à fon ancienne , & en va chercher une autre ail¬
leurs. Ils changent fouventjufqu’â cinq ou fut fois , avant que d’en trouver une
pîêopre.
Ils portent dans leurs coquilles environ une demy cucillcree d eau claire , la¬
quelle cft un fouverain remede contre les puftulcs & veflies , que le lait ou
l’eau qui tombe de delTus les branches de Mancenille , fait élever fur la
peau.
Quand on le prend, ù fait paroître de lacolere^ jettant un petit cry , comme
M iij
Cheli Cari-
trtrHm.
Pierres
d’EcreviX-
f«V.
94 Hifioire generale
qui diroit , grc , grc , grc , & tâche d’attraper avec fon gros mordant , celuy qui
le tient J & dctlors qu’il a une lois mordu, on le tuéroit plûtôt que de luy l:aii«
lâcher prile. 13 n de ces Soldats m’ayant une lois pris par le bout du doigt , me
ht par l’cfpace de deux heures loulfrir d’étranges douleurs , fans que j’y pufl’e ap¬
porter aucun rcmede.J’ay apris depuis qu’il ne faut que luy chauffer la coquille;
car alors non feulement il démord , mais même abandonne fa maifon & fc
fauve.
Les habitans des Ifles pefehent ce Poilfon , & auffi-toft qu’il eft pris ils l’enhlent
par la tête &l’cxpofc au Soleil ; qui le fait fondre en fortt qu’il n’y relie que le;»
araites. Ils rc(joivent l’huile qui en fort , qui eft épailfc comme du beurre , &:
d’une odeur extrémemeut puante. Avec cette grailfc il découle une eau roulTe,
qui empêche que cette huile ne fe rencilfe. Sa vertu éft admirable pour IcsRu-
matifme, & les guérit fi promptement, que ceux qui ontrefl'enti les effets , ont
plûtôt attribue cela à une efpecc de miracle qu’à un rcmede humain ; & les
Sauvages qui font fort fujet â ce mal , ne fe fervent point d’autres remedes ,
c’eft ce qui fait qu’ils vendent cette huile fi chere , & quelle eft fi rare en
France.
Q^el qu’uns m’ont affuré que le Soldat étoit un Poiffon de la ftgure d’un Efper-
lan , mais comme le R. P. du Tertre , en a fait une jufte defeription , & qu elle m’a
été conftrmée par le R. P. Plumiers , j’ay crû mieux faire de les fuivre que de
m’en rapporter à des perfonnes qui ne l’ont fqû que par ouy dire, & quelque di¬
ligence que j’aye fait, je n’en ay pû avoir qu’une coquille, & delà graiffeou
lîuilc.
CHAPITRE XLilI.
Des ËcrevijJ'es de Mer & de Civières,
IL y a deux fortes d’Ecreviffes de mer , dit le R. P. du Tertre, que l’on appelle
communément Homars , qui ne font different qu’en ce que les uns ont deux
o-ros mordans , plus longs & plus larges que la main , & beaucoup plus fort que
ceux des Crabes , les autres n’en ont point ; niais ils ont deux grands barbillons
hcriflcz comme les pieds de nos Crabes, communs & longs comme le bras ; je
croy que c’eft ce que nous appelions le Pan de mer. Ils croiffent d’une grandeur
extraordinaire ; car il y en a qui ont prés de trois pieds de long. Leur chair eft
blanche, Sautant ou plus favoureufe que celle des crabes, mais bien plus dur»
plus indigefte , elle fe mange avec le jus de citron &: le poivre.
On les va pefeher la nuit au flambeau dans les lieux pierreux , & d’où la
mer s’étant retirée j il ne laiffe pas d’y demeurer de petites mares ou fofles plei¬
nes d’eau , où on les foin* , harponne , ou bien on les coupe en deux avec un
coutelas.
De ces écreviffes de Mer ou Homals , on ne fe fert en medecine que des groffes
pattes noirâtres , que quelques-uns nomment , fur tout en Angleterre (^heit
cxorim.
Pour ce qui eft des Ecreviffes de Rivières ,. nous ne vendons pour l’ordinaire
qu’une petite pierre blanche faite en forme dé yeux , d’où eft venu leurs noms ,
qiioyque fort improprement , puifque ce ne font que des petites pierres qui fc
trouvent dans la tête des groffes Ecreviffes de Rivières.
des Drogues , Livre Premier. 95
Ces pierres que la plufpart appellent yeux d’EcrevilTes , ou Oculi Cancri, ne fe
trouve gucrcs que dans les mois de May & de Juin , qui eft le temps que les
Ecrevillcs polent leurs écailles.
Les pierres d’Ecrevifl'e que nous vendons à Paris, viennent d’Hollande ; & fi
on en veut croire le Médecin de l’Envoyé de Pologne , qui cil; un fort honnête &
habile homme, qui a demeuré long-temps en Hollande , m’a dit & alfuré que ce
que nous vendions fous le nom de yeux d Ecrevifl'e, n’étoit qu’une terre blanche
lavée, & miles en petites paftilles ou trochefques, & cachetez avec un petit inf-
trument fait exprès , pour y former ce petit trou qu’on y voit , & après avoir
été cuit au four elles nous font envoyées. Et pour prouver fon dire,il m’a alluré qu’il
y avoir à Amfterdam deux perfonnes qui ne faifoient autres négoces que contre¬
faire ces petites pierres , ce que je n’ay pû fçavoir par lettres , quelque diligences
que j ’aye fait. ^
Il pourroit y avoir quelque vray femblables , en ce qu’il n’eft pas pollible que
l’on puiffe trouver en Hollande & autres endroits , afl’cz d’écrevilTes pour pou¬
voir retirer toutes les pierres qui fe confomment en Hollande , en ce qu’il y a
fort peu d’Hollandois qui n’en ufe , & qu’il n’en ait aduellement dans la bou¬
che , fans ce qui peut s’employer en medecine , fans compter toutes celles qui
s’empl'oyent en France & autres endroits ; &: j’ay veu des temps à Paris que ces
pierres d’Ecreviffes y étoient à fi bon marché qu elles s’y font données à des vingt
& vingt deux fols la livre. D’un autre côté, je ne puis croire que fî c’étoit une
terre pteparéc que les Hollandois , qui font gens d’efprit 6c fort éclairez , fuf-
fent affez fîmples pour faire un ufage continuel d’un remede qui ne feroit que
de la terre. Ainfi n’ayant pû m’éclaircir fur cet article , je le lailTeray à décider
à d’autres plus habiles que moy ; & cependant je diray que l’on doit choifir ces
pierres foit naturelles , ou fabriquées telles que l’on nous les envoyé, bien blan¬
ches, & les plus groffes que faire fe pourra. L’ufage de ces pierres eft prefente-
ment fort eftimé , principalement depuis que l’on a reconnu que c’étoit un
puiffant Akali , 6c qu’elles étoient fort convenables pour arrêter les vomifTe-
mens ; on ne doit fe fervir de fes pierres qu’aprés qu’elles auront été bien broyées,
on les prend au poids d’un demy gros dans du boüillon,& autres liqueurs con¬
venables , on fe fert des plus petites 6c entières , que l’on met dans les yeux pour
en tirer les ordures. Monheur Charas m’a dit avoir tiré beaucoup de fel volatillc
d’huile 6c de teinture de fes pierres d’écrevifles , 6c même le marque dans fa
Pharmacopes à la page 797. ce que je crois être véritables , n’étant pas un hom¬
me à avancer une chofe tpi ne feroit pas , ce qui ne fe rapporte guere à ce
que m’en a dit ce Médecin ; car nous fejavons par expérience qu’une terre inci-
pidc telle qu’eft la terre blanche d’Hollande, ne peut donner d’Huile n’y de Sel.
Et de plus , c’eft que ces pierres d’écrcvilTes étant mife fur un charbon allumé ,
fe noircifl'ent & fe calcine comme font tous les os.
Outre les pierres d’écrevilTcs nous en vendons les cendres, que l’on fait faci-
Icmcnt en brûlant les Ecrcvilfes dans un pot capable dcrcfifter au feu 5 fes cen-
dres doivent être jaunes 6c bien préparées, car celles qui font noires ne valent
rien , ayant été trop brûlée. Ces cendres n'ont pas grand ufage en Medecine ,
n’étant ulitées que pour quelque compofition galcnique , comme le Mondificatif
d’Ache, ainfi qu’il eft plus au long d’écrit dans la Pharmacopée de Monlieur
Verny , Maître Apoticaire à Montpellier , avec qui j’ay eu I honneur de con-
verfer plufieurs fois aulfi , qui a Commenté fur celle de Monfieur Bauderon
pcrc* Maître Apoticaire à Maçon.
96
Hiftoire generale
CHAPITRE XLIV.
De La Boutarque & du Cavial,
La Boutarquc eft les œufs d’un Poiffon que les Provençaux appellent Muge ou
Mujon , fort frequent dans la Mediteranée :La meilleure Boutarque eft celle
qui vient de Tunis en Barbarie ^ il s’en fait aufli au Martegue à huit lieues de
Marfeille la plus eftimée eft celle qui eft rougeâtre, on la mange les jours mai¬
gres avec de l’huile d’olive & du citron.
Le Cavial que nous faifons venir d’Italie , fc fait en plufieurs endroits du Le¬
vant, aufli d’œufs dePoiflbn,que quelqu’uns m’ont afliiré être ceux de l’étur-
geon,ceque je ne puis certifier pour ne le fçavoir pofitivement i je diray feule¬
ment qu’il s’en mange beaucoup en Italie & peu en France, n’étant prefquc con¬
nu de perfonne aufli-bien que la Boutarque , principalement à Paris.
CHAPITRE XLV.
Du Requiem.
CEPoiflbn eft appelle par les Efpagnols Phihuron^ par les Holandois Haye I
& par les François 'F^c^uiem , parce qu’il dévore les hommes , & fait chanter
P^ecjuiem pour eux. Il eft en tout & par tout feinblable au Chien de Mer.
C'eftbienle plus glouton animal du monde 5 toutes chofes luy font bonnes,
ne fuflent que des morceaux de bois , pourveu qu’ils foient un peu oraiflez
d’huile. Il avale tout fans mâcher j il eft furieux , hardy , & fe jette quelquefois
fur la rive , jufqu’à demeurer à fec , pour engloutir les palTans. Il y en a quelque¬
fois qui mordent les rames à belles /dents , de rage & de dépit de ne pouvoir avoir
les hommes qui font dans les Canots.
On trouve dans fa tête deux ou trois cueillerées de cervelle blanche comme
neige, qui étant fechée,mife en poudre, &:prifd dans du vin blanc, eft excel¬
lente pour la gravelle. L’on fait de l’huile â brûler de fon foyc.
Le ReverendP. du Tertre fait un long difeours de cet animal, où le Ledeur
pourra avoir recours. Qi^lques-uns ont donné â ce Poiflbn le nom de Tibe-
rons , & d’autres ccluy de Poiflbn â deux cens dents , eft fi furieux qu’il coupc
la cuilfe d’un homme d’un feul coup de dents.
Outre tous les animaux , ou leurs parties dont j’ay parlé cy-devant , nous
vendons encore , mais fort rarement , les os de tête de Tiberons ceux des
têtes de Crocodilles , de Carpes , de Perches , de Merlans , & les mâchoires des Bro¬
chets. Finalement il eft permis aux Marchands Epiciers de faire venir toutes
fortes de Poiflons falc , &lcs vendre en gros & en détail.
des Drogues , Livre Premier.
97
CHAPITRE XLVI.
Des Perles.
LEs Perles font des petits cotps ronds ou baroques , qui fc trouvent dans les
Mers tant d’Orient que d’Occident. Il y a plufieurs fortes de Perles , qui font
plus ou moins eftimées , fuivant qu’elles font grolfcs , rondes & d’une belle eau,
& fuivant l’endroit où elles ont été pefehées -, comme il fc trouvera par la fuite du
prefent difcours ,& comme Monfieur Tavernier dansfes voyages en a fait une
curieufc recherche , j’ay jugé à propos j fans renvoyer le Lcélcur à fon Livre ,
de rapporter icy ce qu’il en a dit , dont voicy la teneur.
Il lé trouve des Perles , diC-il,dans les mers d’Orient &dans les mers d’Occi¬
dent i & tant pour la fatisfaftion du Ledeur , que pour ne rien omettre fur
cette matière , bien que je n’aye pas été en Amérique , je remarqueray neanmoins
tous les endroits où il y a des pefeheries de Perles , commençant par celles de 1 0-
rient.
Premièrement, il y a une pefeherie de perles autour de l’ifle de Bahrcn dans le Golfe
Perfique. Elle appartient au Roy de Perfe, & il y a une bonne for ter efle ou il entre¬
tient une garnifon de 300. hommes. L’eau qu’on boit dans cette lfle,& celle de la côrc
de Perfe.ellcommelalce& de mauvais goût,& il n’y a que ceux du païs qui en puil-
fent boire.Pourcc qui cft des étrangers il leur coûte allez pour en avoir de bonne j
car il faut qu’on l’aille puifer dans la mer depuis une dcmi-lieuc de 1 iflcjufquesà
II. Fartte. N
98 Hiüoire generale
prés de deux lieues. Il faut que ceux qui la vont quérir foicnc cinq ou flx daR§
unebarque,defquelsun ou deux vont au fond de la mer. avec une bouteille oiî
deux pendues à leur ceinturci Icfquellcs ils ciTipliiTenc d’eau §: enfuitc les bou¬
chent bien. Car au fond delà mer environ deux ou trois pieds, i’eau cft doue?
& des meilleures que l’on puifl'e boir«. Quand ceux qu’on dévale au fond de la
mer pour puiter cette eau , tirent une petite corde qui cft attachée à un de ceux
qui font reftez dans la barque , c'eft le f^^l afin que leurs capaar^ides les reçU
renr.
Pendant que les Portugais tenoient Ormus & Mafcaié , chaque Ter^cc ou batr
gue qui alloit pefeher , ctoit obligée de prendre d’eux un palTeport qui coûtoig
quinze Abaflîs; & ils tenoient toûjours là plufieurs brigantins , pour couler à
fond celles qui n’en avoient pas voulu prendre. Mais depuis que les Arabes onç
repris Mafcaté ,& que les Portugais ne font plus forts fur le Golfe, chaque hoPl-
me qui va pefeher paye feulement au Roy de Perfe cinq abaffis , foit que fa pelcjaç
foit bonne» foit qu’il ne trouve rien. Le Marchand donne aulîi au Roy quelque
peu de chofe de chaque milliers d’huitres.
La fécondé pefcherie de perles eft vis à vis de Rahrcn fur la côte de l’Arabie
heureufe proche la ville de Catifa. qui appartient à un Prince Arabe avec toute
la contrée d’alentour. Toutes les perles qui fe pefehenc dans ces lieux-là fe yeu-
dent la plufpart aux Indes , parce que les Indiens ne font pas fi difficiles que nous,
tout y palfeaifément > les baroques âuffi bien que les rondes, & chaque chofe à
fon prix . on fe défait de tout. Il s’en porte aufli quelqu’unes à Balfara Celles quj
vont en Perfe & en Mofcovie,fe vendent au Bander- Congo à deux journées d’Qrr
mus Dans tous les lieux que je viens de nommer & autres endroits de l’Afe, il§
aiment autant feau tirant un peu fur je jaune que l’eau blanche , parce qu’ils difeng
que les perles dont l’eau eft un peu dorée, dcmcurçni; toûjours dans leur viva¬
cité & ne change jamais i mais qu’étant blanches elles ne durent pas trente an§
fans perdre leur vivacité, & tant à caufe de la chaleur du puisque delafueur de
la perfonne elles prennent un vilain jaune.
Avant que de forrit du Golfe d Ormus, je pat Icray un peu plus au long que je
n’ay fait dans mes Relations de la Perfe» de cette admirable perle qu’a le Prince
Arabe , quiôra Mafcaté aux Portugais. Il prit alors le nom d’imeneçt Prinçe de
MafcatCjS appellant auparavant Aceph Ben Ah Prince de Norenvaé. Ce n’eji
qu’une petite Province, mais la meilleure de toute l’Arabie heureufe, Il y creje
tout ce qui eft necefiaire à la vie de l’homme , mais particulièrement de beaux
fruits, & fur tout d’excellensraifins , dont on pourroit faire de bon vin. C’eft çç
Prince qui a la plus Belle perle qui foit au monde , non pas tant pour fa grofleur ;
car elle ne pefe que douze carats , & ny pour fi parfaite rondeur , mais parce
qu’elle eft fi claire & fi iranfparente que l’on voit prelque le jour au travers.Com-
me le Golfe vis à vis d’Otmus n’a gueres que douze lieuçs de large de l’Arabie
heureufe à la côte de Perfe, & que les Arabes étoient en paix avec les Perfans ,
le Prince de Mafcaté vint rendre vifiteau Kan d’Ormus qui le traita magnift-
quement, priant auffi du feftin les Anglois & les Hollandois, & quelques-autrcç
Francs du nombre defquels je fus. A l’ilTuë du feftin le Prince tira cette pcrlç
d’une petite bourfe qu’il avoir pendue à fon cou , & la montra au Kan & à tou¬
te la compagnie. Le Kan la voulut acheter pour en faire prefent au Roy de Per¬
le, & en offrit jufqu’à deux mille tomensjmais il ne s’en voulut pas défaire. Dcr
puis je paffay la met avec un Marchand Banian, que le Grand Mogol avoii eor
vpyé à ce Prince pourluy offrir quarante mille écus de fa perle , ce qu’il ne vou¬
lût pas accepter. Cette hiftoitc fait voir que pour ce qui regards les joyaux )ÇS
des Drogues. Livre premier. 99
qui cft beau ne fc doit pas toûjours apporter en Europe , mais plûtôt d’Europe en
Àfie comme j’ay fait , parce qu’on y fait grand cas des pierreries & des peiles
quand elles ont une extraordinaire beauté > à la referve de la Chine & du Japon
où l’on ne s’en foucie en aucune forte.
L’autre endroit de l’Orient où fl y a unepefeherie de perles, eft dans la mer ,
qui vient battre un gros bourg appelle Manar en l’ifle de Ceylan. Ce font les
plus belles pour l’eau» &c pour la rondeur de toutes les autres pefeheries , mais ra^
icment en trouve-t-on qui paflTent trois ou quatre carats.
Il y a enfin fur la côte du Japon des perles de fort belle eau, & afiez grolTesjniais
elles font fort baroques. Toutefois on ne les pefche point , parce que comme je
viens de dire , les Japonois ne font point d’eftime des joyaux.
Bien que les perles qui fe trouvent à Bahren & à Catifa > tirent un peu fur le jau-
8 c, on en fait autant de cas que de celles de Manar, comme je l’ay remarqué; &
ans toutfOrient on dit quelles font meures ou cuites, & quelles ne changent
jamais de couleur.
Je viens aux pefeheries de l’Occident qui font toutes dans le Grand Golfe de
Mexique le long de la côte de la nouvelle Efpagne,&il y en a cinq quifefuivent,
d’Orient en Occident.
La première eflle long de l’Iüe de Cubagua, qui na que trois lieues de circuit,
& eft éloigné de cinq ou environ de la Terre ferme. Elle eft à dix degrez & de¬
mi de Latitude Septentrionale , & à cent foixante lieues de S. Dominique dans
l’ifle appcllée Efpagnole. C’eft une terre fort infertile qui manque de toutes cho-
fes , & particulièrement d’eau que les habitans font obligez d’aller prendre dans
la Terre- ferme. Cette Ifle eft renommée dans tout l’Occident , parce que c’eft où
fe fait la plus grande pefche de perles, quoyque les plus grofles ne paifent pas
cinq carats.
La fécondé pefeherie eft a l’ifle de laMarguerite,c’eft à dire l’ifle des perles à
une lieue de Cubagua, qu’elle furpafle de beaucoup en grandeur. Elle produit
tout ce qui eft neceffaire à la vie , finon qu’elle manque d’eau de même que C 1-
bagua , & elle va s’en pourvoir à la riviere de Cumana proche de la nouvelle Ca-
dis. Cette pefeherie n’eft pas la plus abondante de toutes les cinq de l’Amérique;
mais elle eft eftimée la principale , parce que les perles que l’on y trouve furpaf-
fenc les autres en perfeiftion, tant pour l’eau que pour lagrofleur. Une des der¬
nières que j’ay eues en main , bien formée en poire & de belle eau, pefoit cin-
quante cinq carats , & je la vendis à Cha Eft Kan , oncle du Grand Mogol.
Plufieurs s’étonneront de ce qu’on porte des perles de l’Europe en Orient , d’où
il en vient quantité; mais il faut remarquer que dans la pefeherie de l’Otienc ,
il ne s’en trouve point de fi grands poids qu’en Occident ; joint que tous les Rois
& Grands Seigneurs de l’Afie , payent bien mieux que l’on ne fait en Europe , non
feulement les perles, mais toutes fortes de joyaux quand ils ont quelque chofe
d’extraordinaire, excepté le diamant.
La troifiéme pefeherie eft à Comogote , aflez proche de la Terre-ferme.
La quatrième eft au Rio de la Hacha, le long de la même côte.
La cinquième & derniere eft à Sainte-Marthe , à foixante lieues du Rio de la Ha¬
cha. Toutes ces trois pefeheries produileiit des perles d’alfez bon poids ; mais
d’ordinaire elles font mal-formées & ont l’eau plombcufe.
Pour ce qui eft enfin des Perles d’Ecofle , & de celles qu’on trouve dans une des
Rivières de Bavière , bien qu’il s’en faflé des colliers qui valent jufqu’à mille écus
& au delà, elles ne peuvent entrer encomparaifon avec cellc$ dçs Orientales ôc
Occidentales.
II. Partie, M ij
1 oo Hiftoire generale
Peiir-eftre cju aucun de ceux qui ont écrit des perles avant moy, n’ont pas re¬
marqué que depuis quelques années on en a découvert une pefeherie en un certain
endroit des côtes du Japon , & j’en ay vu quelques-unes que les Hollandois en ont
apportées. Elles font de fort belle eau l’on en trouve de grolTes , mais toutes
baroques. Les Japonois, comme j’ay dit ailleurs , ne font point de cas des perles,
& s’ils en étoient curieux , il fc pourroit faire que par leur moyen on decouvri-
roit quelques bancs où il s’en trouveroit de plus belles.
Avant que de finit ce Chapitre , je feray une remarque foit confiderablc tou¬
chant lés perles & la différence de leurs eaux , les unes étant fort blanches , d’autres
tirant fur le jaune,& d’autres fur le noir^ôi qui font comihe plombeufes.Pour ce qui
cil; de ces dernieres il ne s’en trouve que dans l’ Amérique , Sc cela vient'de la nature
du fond qui eft plus rempli de vafe qu’en Orient. Dans uii retour de carguai-
fon que le feu Sieur du Jardin, ce fameux Joüaillier avoir dans les Gallions d’Ef-
pagne , il fe trouva fix perles parfaitement rondes , mais aufli noires que dji
jayet, 6e qui l’une pour l’autre pefoient douze carats. lime les donna a\^c d’au¬
tres chofes pour porter enOricnt, 6e voir h l’on s’en pourroit défaire i mais je
les luy rapportay , 6e je ne trouvay perfonne à qui cela donnât dans la vûë.
Pour ce qui eft des perles qui tirent fur le jaune , cela vient de ce que les pef-
cheurs vendant les huitres par monceaux , 6e les marchands attendant quel¬
quefois jufquesâ quatorze ou quinze jours quelles s’ouvrent d’elles mêmes pour
en tirer les perles, quelques unes de ces huitres venant pendant ce temps-lâ â
perdre leur eau , elles fe gâtent ^s’empuantilTent, &: la perle fe jaunit par l’infec¬
tion, ce qui eft fi véritable qué" dans toutes les huîtres qui ont confervé leur eau
les perles font toûjours blanches. Or on attend quelles s’ouvrent d’ellc-mêmes,
parce que fi on les ouvroit de force comme nous ouvrons nos huîtres â l’écaille,
on pourroit endommager Sc fendre la perle. Les huîtres du détroit de Manar
s’ouvrent naturellement cinq ou fix jours plûtôt que celles du Golfe Perfique,
parce que la chaleur eft beaucoup plus grande â Manar qui eft au dixiéme degré
de Latitude Septentrionale, qu’a l’Ifle de Bahren qui eft environ au vingt-fept.
Et ainfi entre les perles qui viennent de Manar il s’en trouve peu de jaune. En¬
fin tous les Orientaux font fort de nôtre goût en matière de blancheur, 6«:j’ay
toûjours remarqué qu’ils aiment les perles les plus blanches , les diamans les plus
blancs, le pain le plus blanc, 6^ les femmes les plus blanches.
CHAPITRE XLVII.
JDâ quelle maniéré les Perles s'engendrent dans
les Huitres.
JE fi^ay que fur le témoignage de quelques anciens Auteurs qui n’ étoient pas
bien inftruits des chofes , on croit vulgairement que la perle s’engendre de
la rolée du Ciel , 6«: qu’il ne s’en trouve qu’une dans chaque huître; mais l’expc-
tiencc fait voir le contraire. Car pour ce qui eft du premier , l’huître ne bouge
du fond de la mer où la rofée ne peut penctrer, àc quelquesfois mêmes il faut
plonger jufqu’à douze braffes , comme nous verrons bien-tôt ; 6e pour l’autre , il
^ft conftant qu’il fe trouve jufqu’â fix où fept perles dans une feule huître ; car
J enay eu une entre les mains où il y en avoir jufqu’â dix qui etoit en train de
des Drogues , Livre I. i o i
fe former. Il eft vray qu elles ne font pas toutes de même grofleut , parce que
s’engendrant dans l’huître de même que les œufs dans le ventre de la poule ,
comme l’œuf le plus gros s’avance vers l’orifice &c fort le premier , les petits œufs
demeurent au bas pour achever de fe former iainfi la perle la plus grolTe s’avan¬
ce la première, & les autres plus petites & n’ayant pas toute leur perfedion , de¬
meurent fous l’huître au fond de la coque , jufqu’à ce qu’elles ayent atteint la
groflêur que la nature peut leur donner. Mais ce n’eft pas à dire qu’il y ait des
perles dans toutes les huîtres , &c l’on en ouvre plufieurs où il ne s’en trouve
point du tout.
Au refte, il ne faut pas s’imaginer qu’il y ait grand bénéfice pour ceux qui
pelchent les perles j car li les pauvres gens qui s’y occupent avoient dequoy s’oc¬
cuper à autre chofe , ils quitteroicnt cette pefche qui les empêche feulement de
mourir de faim. J’ay remarqué dans mes relations de la Perfe , que depuis Balfara
jufqu’au Cap de Jafque , de côte de d’autre du Golfe Perfique , la terre ne produit
rien. Le peuple y eft fi pauvre & vit d’une maniéré fi pitoyable , qu’il ne voit ny
pain ny ris , de ne mange que dej dates avec du poiftbn falé j de il faut faire prés de
vingt lieues dans la terre avant cjue de rencontrer de l’herbel
Cette pefche dans les mers d’Orient ,fe fait deux fois l’an , la première en Mars
& Avril j la fécondé en Aouft de Septembre ; de pour la vente elle le fait depuis le
mois de Juin jufques au mois de Novembre. Mais cette pefche ne fefait pas tous
les ans. Car ceux qui font pefeher veulent fi^avoir auparavant s’ils y trouveront
leur compte. Pour ne fe pas tromper ils envoyeur fur les bancs où l’on pefche fept
ou huit barques , qui rapportent chacune environ un millier d’huîtres lefquelles
on ouvre , de s’il ne fe trouve pas dans chaque millier d’huîtres pour la valeur de
cinq fanos de perles , qui font demi écu de nôtre monnoye , c’ert figne que la pcf*
chenefera pas bonne ces pauvres gens nepourroient pas retirer les frais qu’il
leur faudroit faire. Car tant pour leur équipage que pour fe nourrir pendant le tems
de la pefche, ils empruntent de l’argent à trois de quatre pour cent par mois. Ainli à
moins que le milliers d’huîtres ne rapporte pour cinq fanos de perles,ils ne pefchenr
point cette année-là. Il faut que les Marchands achètent ces huîtres au hazard ,
& qu’ils fe contentent de ce qu’ils trouvent dedans. Ce leur eft un grand bon¬
heur quand ils trouvent de grofl.es perles ; mais c’eft rarement , de fur tout à la
pelcheriede Manar,qui n’apporte rien de gros comme j’ay dit. Ce font pour
la plus grande partie , des perles à l’once & à piler : Il y en a quelqu’unes d’un
demy grain de d’un grain, & c’eft un grand hazard quand il s’en trouve de deux
ou de trois carats. Il y a des années que le millier d’huîtres vaut jufqu’à fept fanos,
éc que la pefche monte à cent mille piaftre de au delà. Pendant que les Portugais
étoient maîtres de Manar, ils prenoientun droit fur chaque barque depuis
que les Hollandois le leur ont pris, ils tirent huit piaftres de chaque plongeur,
& quelquefois jufqu’à neuf. Cela leur eft revenu dans la plus haute année juf¬
ques à dix-fept mille deux cent reales. La raifon pourquoy les Portuguais pre-
noient ce tribut de ces pauvres gens , de pourquoy les Hollandois le prennent
encore, qu’il faut qu’ils les maintiennent contre les Malavares leurs enne¬
mis , qui viennent avec leurs barques armées , pour tâcher de prendre ces pef-
cheurs & les faire efclaves. Tandis que la pclche dure , les Hollandois ont toujours
en mer deux ou trois barques armées du côté que les Corfaires peuvent venir,
& de la forte ils font qu’ils travaillent en repos. Ces pefeheurs , pour la plus gran-
de^artie , font Idolâtres , & il y en a aufll de Mahoinetans qui ont leurs barquds à
part. Ils ne fe mêlent point enfemble , de les Hollandois prennent plus de ces der¬
niers que des autres. Car outre que les Mahometaiis payent autant que les Idola-
^ N iij
I ox Hiftoire generale
très , ils donnent de plus toute la pefch-c d’un jour , lequel jour eft au choix des
Hollandois.
Plus il tombe de pluyes dans l’année plus la pefchc des perles cft bonne. Mais
pluheurs s'étant imaginez qu’au plus profond que l’huitrc fc trouve, la perle ed:
d’autant plus blanche , parce que l’eau n’y eft pas fi chaude , & que le Soleil trouve
plus d’empêchement pour donner au fond ; il faut fe defabufer de cette erreur.
O npelche depuis quatre jufqu’a douze bralTes de profondeur, & cette pefche le
fait fur des bancs où il fe trouve quelquefois jufqu’à deux cens cinquante barques.
Dans la plus grande partie ilnyaqu’i^n plongeur, & dans les plus grandes il y
en a deux.
Ces barques partent tous les jours de la côte avant Icfoleil levé, avec un vent
de terre qui ne*manquc point, qui dure jufques furies dix-heures du matin.
L’aprefdinée elles reviennent avec un vent de mer qui fuccede au vent de terre, &
qui ne manque point à fe lever fur les onze heures ou midyfi-tôt que l’autre a
celfé. Les bancs fur lefquels ils pefehent font à cinq ou fix lieues en mer,&
lors qu’ils font-là , voicy de quelle maniéré ils fe prennent à pefeher les huî¬
tres.
On lie une corde fous les bras de ceux qui plongent, de laquelle ceux qui de¬
meurent dans la barque tiennent le bout. Us tiennent attachée à leur gros ortcuïl
une pierre de dix-huit à vingt livres , de laquelle aulTi ceux qui demeurent dans la
barque tiennent un bout. Il y a déplus un rets fait comme un fac, dont la bou¬
che eft entourée d’un cercle pour la tenir entre-ouverte , & ce rets eft attaché
comme le relie. Alors le plongeur dévalé dans la mer , & lî-toft qu’il eft au fond,
où il fe rend promptement par le poids de la pierre qu’il a attachée au gros or-
teuïl , il l’ôte en diligence , & ceux qui font dans la barque la retirent. Tant que le
plongeur peut tenir fon haleine il met des huîtres dans les rets , & fentant qu’il ne
peut plus tenir bon , il tire la corde dont il eft lié fous les bras , qui eft le lignai afin
que l’on le retire , ce que ceux qui font dans la barque font le plus vîte qu’ils peu¬
vent. Ceux de Manar font plus habile à la pefehe, &: demeurent plus long-temps
fous l’eau que les pefeheurs deBahren & de Catifa ; car ils ne mettent point à leur
nez de pincetes , ny de cotons à leurs oreilles de peur que l’eau n’y entre , comme
l’on fait au Golfe Perfique.
Après qu’ils ont tiré le plongeur dans la barque , ils tirent le rets où font les huî¬
tres , & il fe palfe environ un demi-quart d’heure , tant à ôter les huîtres , qu’à
donner au plongeur le temps de reprendre haleine , après quoy il retourne au
fond delà mer comme auparavant , ce qu’il fait par diverfes fois pendant dix ou
douze heures , éepuis il revient en terre. Ceux qui ont affaire d’argent vendent
d’abord ce qu’ils ont pefché ^ mais ceux qui ont dequoy vivre les gardent jufqu’à
ce que toute la pefehe foit finie. Ils laifl'ent les huîtres fans les ouvrir , & à mefure
quelles fe corrompent elles s’ouvrent d’elles -mêmes. Tl y a de ces écailles qui
font quatre fois aufti grandes que celles de nos huîtres de Roüen, & comme la
chair des huîtres dont nous parlons , eft fade & de mauvais goût, on n’en mange
point & on la jette.
Pour conclufîon du difeours des perles , il faut remarquer que dans toute l’Eu¬
rope elles le vendent au poids de carat qui eft de quatre grains , de même que le
poids des diamans s mais que dans l’Afic on a divers poids. En Perfe on pefe les
perles par Abas , & un Abas eft un huitième moins que nôtre carat. Aux Indes ,
& fur tout dans les terres du Grand Mogol ,& des Rois deGolconda & deVifa-
pour , on les pefe par Ratis , & le ratis eft aufli un huitième moins que 'le
carat.
des Drogues , Livre Premier. i o 3
Goa etoit autrefois le lieu où le faifoit le plus grand négoce de toute l’ Afie j
pour ce qui étoit des diamans, des rubis, de faphirs, des topafes, ôc d’autres
pierreries. Tous les Mineurs &les Marchands s’y rendoient pour y vendre cc
quils avoient apporté de plus beau des mines, parce qu’ils avoieht-là toute li¬
berté de vendre , au lieu qu’en leur païs quand ils montroient quelque chofe aux
Rois ou aux Princes ^ il falloit la leur donner pour le prix qu’ils vouloienti C’é-
toit auffi à Goa où le faifoit le grand commerce des perles , tant de celles qui ve-
iioient de l’Ille de Bahren au Golfe Perlique, que de celle qui le pefehentau dé¬
troit de Manarfur la cote de l’Ifle de Ceylan , comme aulli de celles qu’on ap-
portoit de l’Àmerique. Il faut donc f^avoir que dans Goa, & dans tous les autres
lieux que les Portugais tiennent aux Indes, ils ont pour les particulier, ce que l’on
h’a point dans tous les autres lieux où le fait le négoce des perles , ni dans l’Eu-J
rope, ni dans 1 Alie, ni dans, l’Amérique. Je ne parle point de l’Afrique, parce
que cette marchandile n’y eft point connue, & que dans cette partie du monde
les femmes fe contentent pour tous joyaux de quelques morceaux de cryllal , ou
de quelques grains de corail faux, ou d’ambre jaune 3 dont elles fe font des col¬
liers & des bralTclets qu’elles portent aux bras &aux jambes.
Les Portugais donc dans tous les lieux des Indes où ils commandent, vendent
les perles a un poids qu’ils appellent Chegos j mais ils les achètent des Marchands
Iclon les lieux d’où ils les apportent , par carats 3 ou par abas , ou par ratis;
A l’égard des perles que nous vendons ordinairement , ce ne font que de celles
que nous appelions perles a l’once , à piller ou à broyer , & qlielquesfois aulB
femencede perles , non qu’elles fervent à en produire d’autres , mais parce qu’el- sommet d*
les font petites , &: pour être delà qualité requife, elles doivent être blanches 3
claires & tranfparentes ,& véritables Orientales , & rejetter celles qui font d’un
blanc mat ôc rempli de mille impuretez. Il fe trouve tant de fortes de perles,
que j’aurois alfez de peine de les pouvoir toutes définir j m»is comme on ne
doit vendre pour l’ufage de la medecine ou autres 3 que des perles Orientales j on
doit rejetter toutes les autres qualitcz de perles , principalement fes petites per¬
les rondes ée d’un blanc de farine , que nous appelions ordinairement perles d’E-
code ou de Bruxelle , n’étant que du ver 3 à l’égard de la grolfeur il n’importe,
pourveu qu’ elles foient d’une belle eau & véritable Orientales.
L’ufage des perles, eft pour mettre dans les potions 3 ou autres compofitions
cordiales -, après qu’elles ont été bien broyée les Dames de qualitez s’en fervent
àuflipour s’embelir Icvifage*
On tire des Perles Orientales par le moyen de quelque acide ou avec d’autres .1.*
liqueurs , un Magiftcr & un Sel de perlé à qui on attribue de grandes propriétez , ;ioh‘’drpcù
& comme ces deux drogues font extrêmement chere 3 ceux qui en auront befoin
ne les achèteront que d’honnêtes Marchands. A l’égard de l’Huile de Perle, cc
n’eft que du Sel de Perle refou à la cave , a qui on a donné le nom d’Huile de Perle
par défaillance. Il y a encore quantité d’autres préparations imaginaires de perles3
comine les blancs ou arcanne , les fleurs , les cfphts , les effences , les teintures
autres femblables , qui font plus propres à atéfaper l’argent des idjots , que
d’apporter aucun foulagement ; la meilleur préparation qu’il y ait aux perles ,
c’eft de les bien broyer.
104
Hiftoire generale
CHAPITRE XLVIII.
Des Nacres de Perles.
N O us voyons à Paris de grandes coquilles grifatres & rabotteufcs au dcf*
fus, & d’un blanc tant foit peu verdâtre au dedans^ à qui on a donné,
mal-àpropos le nom de Nacre, ou de mere de Perles , non pas â caufe que les
perles s’y engendrent comme beaucoup de perfonnes le croyent , mais parce
qu’ elles font dedans d’une couleur &: d’une eau de Perles Orientales , de me¬
me que le deflus , principalement lors qu’on l’a ôté par le moyen de l’eau
forte.
L’ufage de CCS coquilles eft pour faire pluficurs ouvrages j quantité de perfon¬
nes les préparent & les broycnt , & après les avoir mis en trochifqucs , les ven¬
dent pour perles préparées.
CHAPITRE XLIX.
Des Porcelaines en Coquillage.
CE que nous appelions Porcelaines en Coquillages, & les Latins Concha 'tie-
nerea , font des petites coquilles blanches que l’on nous apporte de plufieurs
endroits deHndestant Orientales qu’Occidenrales , enfilées en maniéré de Cha¬
pelets & par pantes ", fi bien que dans un paquet où il y a plufieurs de fes pantes ,
il s’y trouvera plus d’un millier de ces petites coquilles : Les Siamois , les Aroüar-
gucs & les habitans de la Nouvelle El pagne , fc fervent de fes petites coquilles
comme nous faifons icy de la monoyes. Ces coquilles n’ont autre ufage dans la mé¬
decine que pour quelque compofition galcnique où elles entrent i on s’en fert
après les avoir broyées comme des Perles.
A l’égard du choix on doit prendre les plus petites &les plus blanches.
Il y a plufieurs efpeces de coquilles que l’on appelle porcelaine, ainfi que l’a fort
bien d’écrit Jonfton ^ mais comme on ne doit (e fervir que de celles dont la fi¬
gure eft dépeinte àl’étampe des Perles , je n’ay pas jugé â propos d’en faire au¬
cune defeription.
chapitre l.
Du Dentale,
•
Le vray Dentalé ou Dantalium & non pas Dentalis , comme la plulpart Pappel-
lent , eft un tuyau d’environ trois pouces de long , gros par un bout & menu
par l’autre, fait en forme de dent de chien ; ce tuyau eft d’un blanc verdâtre,
luifant j garni de lignes droites qui vont d’un bout à l’autre j il eft creux, léger.
des Dî-ogues , Livre Premier. i o 5
de la grofTeur du tuyau d’une plume par ion gros bout , en diminuant toujours
jufqu à l’autre.
Ce véritable Dentale cil fi rare qu’il n’a jamais été d’écrit de perfonne , &: fi
çe n’avoit été Monfieur de Tornefort qui m’en a donné un dont la figure fc
trouvera aufli-bicn que des autres coquillages d’écrits cy-aprés à l’Eftampes des
Perles , j’aurois été contraint de le paiTer foûs filence , & de dire comme du Re-
nou,Scrodcr,&plufieurs, autres , que ce petit tuyau creux de differentes couleurs
qui fe trouvent fort communément au rivage de la mer, & qui fe vend dans
nos boutiques auroit été le véritable qui eft celuy dont les Apoticai-
res , mal à propos , fe fervent dans quelques compofitions galéniques , er'
autres l’onguent citrin j je diray neanmoins qu’ils ne font pas tout-à-fait
ma ble , tant parce qu’ils n’en onteu jufques àprefent aucune connoiflance , v ue
parce qu’ils eft extrêmement rare,
' Quelques-uns fuppofent auifi pour le véritable Dentalé l’os de la tête d’un
poiflon de mer , dont je n’ay pû pofitivement fçavoir le nom 5 cet os eft blanc
deffus &deffous, & dentelé tout au tour, & tout à fait femblables en groffeur
^ figure à un clo- porte.
A l’égard des proprietez ^ on veut qu’il foit étant bien broyé , un tres-bon
Alï^ali,
CHAPITRE LI.
Du Antalè ou Amalium^
Le vray xAnuVt n’a pas etc mieux connu que celuy cy-deffus , puifque les
Apoticaires ont toûjours employez pour vray tantale on Anuiium^ un
tuyau creux de differentes couleurs &groffeurs, ne paffant neanmoins celle du
tuyau d’une greffe plume 5 ces tuyaux fe trouvent dans le fond de la mer & fur
les rochers , tantôt feparé ài tantôt plufieurs cnfemble ^ ils fervent de retraite à
de petits vermiffaux marins , à qui quelques Auteurs , entre-autres Rondelet , fa¬
meux Médecin de Montpellier, a donné à ce tuyau le nom de Tuhuli Marini \ je ^ubuii
ne m’arréteray point à rapporter tout le long difcours que du Renou dit dans
fon Livre , pour dire que le vray Antalé ( fuivant Monfieur de Tornefort , l’homme
le plus éclairé , tant fur les plantes que fur les coquilles , qu’il y ait du en Europe
depuis plufieurs fiécles ) eft un autre forte de tuyau qui naift auffi dans le fond
de la mer 5 ce tuyau eft long d’environ un pouce &demy, de la groffeur d’une
groffe plume par le gros bout , & de celle d’une petite plume par l’autre , il eft
creux , large par un bout & étroit par l’autre j il eft garni de petite lignes droi¬
tes éc creufes , qui vont d’un bout à l’autre. A l’égard de la couleur elle eft toû¬
jours blanche, mais differente, s’en trouvant de blanc verdatrç , de blanc mat,
ainfi du refte.
A l’égard du choix de ces deux tuyaux , ils n’en ont point d’autres que d’êtr^
Ycritable , pour les proprietez de \' Antalé il ne différé en rien du Dentals^
Il P^trtk,
9
Neriu.
I o6 Hiftoire general
CHAPITRE Liî.
Da N'omhril Mann.
CE que nous appellonsNombril Marin, & les Latins 'U mmnm ^ c'ft
le couvercle d'une Coquille ou LimalTon de Mer, alTei commun dans la
MediterancCjà qui Rondelet a donné le nom dcCocleaCMataiCt couvercle ell
attaché à une des extremitez de ce PoilTon qui loge dans cette coquille , & lorr*
que cet animal fe retire dans le fond de fa loge, il entraine le couvercle \ & fer¬
me fi exadement l’ouverture de fa coquille, que l’eau delà mer n’y f^auroit en¬
trer, Rondelet nous avertit avec raifon,que le véritable Nombril Marin eft une
coquille fort differente de ce couvercle , il a d’écrit dans les Chapitres trente-huit
ôc trente-neuf du même Livre, mais l’ufage a décidé pour le couvercle , & il faut
s’en fervir quand on ordonne le Nombril Marin, Ce nombril Marin cft de dift'e-
rentes groffeurs , mais ceux que nous voyons ordinairement , ne font gucreplus
grand qu’un dernier , & de l’épaiffeur d’un écu blanc , quoy qu’il s’en trou¬
ve de bien plus gros -, car Monfieur de Tornefort en a qui pefent juf-
qu’à une demi livre i ce que je n'aurois crû fi je ne l’avois veu , en ce que le
plus gros que j’ayc pu trouver , n’ell que de la groffeur du pouce. Ces couver¬
cles font appeliez nombrils, à eau fe de la grande reffemblance qu’ils ont avec
le nombril de l’homme, & fonttoûjours à demy plats & de differentes couleurs,
ayant le côté plat , quelquefois tout blanc j mais le plus fouvent d’un brun
mêlé de noir , faifant enfcmblc une fort belle jafpure , & le côté rond , qui
cft le dehors cft d’un blanc mêlé de rouge , qui fait un affez beau vermeil , quoy-
que CCS petits Nombrils marins ne foient pas tout à fait rares. Quelques-uns
emploient à leurs places la coquille d’un Limaffon appellé Ncrità , dont voicy
ce que m’en a dit Monfieur de Tornefort.
L’hiftoire du Neritu cft fort confus dans les Auteurs anciens & modernes ; celle
que Rondelet prend pour le Nerita Dtelian , eft une cfpccc de Lima<çon de mer qui
fe trouve dans la Meditcranéc , & que les vagues jettent fur le fable dans les
mêmes endroits que le Solen. Ce Limaçon eft gros comme les Limaçons de ter¬
re , & d’une figure à peu prés fcmblablcs j mais il cft plus épais , poli & rougeâ¬
tre ordinairement en dedans j pour ce (jui cft du dehors on le trouve de dîilfc-
rentes couleurs. Rondelet affurc que l’cfpecc dont il parle, cftpointilléc de noir,
mais cette efpccc eft rare j j’en ay veu quclqu’uns qui font tous blancs ; d’autres
qui font comme couleur de roze, quclqu’uns rouffatre ou grifatre tirant fur le
fauve, traver fez de quelques bandes fpiralcs , blanchâtres ou rouges, entrecou¬
pées de brun, ou mêlées de quelques taches affez femblables â un V. rcnvcrfé.Ccllc
dont parle Bcllon livre deuxieme de 417. approche affez par fa figure
de celle de Rondelet , mais il n’en d’écrit pas la couleur , cet Auteur affure que l’on
l’appelle J^trlisz Paris , ou en Bretagne.
Outre fes , quelques Apoticaires confondent une petite plante, dont les
feüillcs font rondes & épaiffes , a qui les anciens ont donné le nom dc(^otylerJon ,
ou d'Urnhelicut V rneris , à caufe que fes fcüiles approchent affez de la figure d’un
Nombril. Cette plante cft affez rare â Paris , mais fort commune dans le Lan¬
guedoc, & il y a peu de maifon où il ne s’en trouve deffus la couverture j ainfi
ceux qui auront befoin de Nombril Marin , ne s’attacheront qu’â la couverture
de cePoiflbn dont j’ay parlé cy-deffus.
cits Drogues , Livre Premier.
107
CHAPITRE Llir.
Z)aBlatta Bizantia.
Le BUtta 'Bix.otntix , unguis oJoratus , ou ongles odorant , eft aufli le couvercle
d’une coquille appellée des Latins cette couverture eft de diiFe-
rentes grandeurs^ mais pour la figure elle rcflemblc aux griffes de quelques ani¬
mal, elle eft mince, d’une couleur brune facile à brûler , & d’une odeur affez
defagreable , fcmblable à celle de la corne ; ce qui eft bien contraire du nom
qu’eUe porte, ôe je ne puisfi^avoir par qu’elles raifons les anciens luy ont donné
le nom d’ongles odorant , tant parce qu’il ne rcffemble nullement aux ongles ,
ce n’eft aux iiargots ou griffes de quelques animal i & parce que fon odeur
^i^igné d être agréable eft fort puante. Difeoride appelle ce couvercle Onguu
jnt onix : ce couvercle, dit-il ^ eft femblable à ccluy de la pourpre ; celuy qui fc
trouve dans les lacqs des Indes Orientales parmy le nard , eft d’une odeur fort
agréable , à caufe que le Poiflbn qui le produit en mange. Cet Auteur préféré
celuy qui vient de la Mer Rouge j a celuy quife trouve du côté de Babylone , qui
eft noirâtre & plus petit 5 oh bruloit de fon temps l' un & l'autre pour les vapeurs,
à caufe , dit-il , que cette odeur approchoit de celle du Caftoreum , ce qui
confirme affez mon dire, en ce que l’odeur du Caftor & de ce Couvercle eft
fort defagreable i ainfi il ne doit plus être appellé Ongle Odorant , mais
feulement Blatta qui fignifie Blatte dcBizanceou de Conftantinoplc j
comme ce couvercle de poiffon eft affez rare, la plufpart fuppofent à fa . place les
Solen , mâle ou femelle^ dont voicy la deferipuon.
CHAPITRE LIV.
Du Solen-.
Le 5a/f« eft une coquille de deux pièces, qui font articulées enfembles par un
bout , longues de quatre â cinq pouces , fur fept â huit lignes de large , creufes
engoutieres, voûtez par deffus , minces , coupées quarement par les bouts, & qui
joints enfembles reflemblent affez-bien à un petit coffre , ou â ces étuis où l’on
met un coûteau de table & unecueillere.
Rondelet appelle Solen mâle celuy dont la coquille eft bluatre , ou couleur d’ar-
doife, &1I à fuivi en cela la penfée d’Apulée , il nomme Solen femelle celuy
dont les coquilles font! blanches ou rouffatres , Sc qui font ordinairement plus
petites que les autres *, ces deux efpeces font affez communes dans laMeditcranée,
& j’en ay amaflé fur le fable dans les Ifles d’Hyeres,&du côté du Martigues en
Provence, & dans le Languedoc , du côté de Peraut & de Cete } on trouve encore
une efpece de Solen fur les côtes de Normandie ^ dont les coquilles font blanches
tirent furie Purpurin, mais elles font plus épaiffes que celles delà mediteranéc^
ôj long d’environ fept pouces , fur un pouce de large. , ,
Outre les Coquilles dont j’ay parlé cy-deffus , nous vendons les deffous des huî¬
tres â l’écailles, apres qu’elles ont été calcinées en blancheur & mifes en tro- ^„\tTcs
chifques. On remarquera qu’il eft affez difficile de pouvoir conferver ces tfo-
II. Partie. O ij
io8 Hifloire generale
c'hifques en leurs eilticTS , parce qu’elles fe reduifent en poudre comme la chaux^
-çes huîtres calcinées font une tres-bonne chaux , ce qui fait que les Hollandois
ne fe fervent point d’autres. Quelques Auteurs comme Monlieur EttmulerMc-
• -decin Allemand , dit dans fon Livre au Traité des animaux à la page 300. que les
huitres brûlées font fort propres pour guérir les bubons pelfilantiels , étant ap¬
pliquez delTus^ il dit aufli que l’on peut fe fervir du PoilTon j il marque encore
que l’on peut s’en fervir au heu de perles , ce que je ne puis aprouver , non pas
parce qu’ils ne peuvent avoir les mêmes proprietez , mais parce qu’il y a bien
différence de prix; & en cet article comme en toutes les autres -, on ne doit ja¬
mais donner l’un pour l’autre , quand même ils feroient de la même qualité & du
même prix , n'étant pas à faire à nous autres Marchands de faire des Subftituts.
Outre les coquilles dont j’ay parlé cy-devant ,il y en a quantité d’autres dont je
ne fais aucune relation pour trois raifons. La première pour n’êtie pas en ufa-
ges ; la deuxième J en ce que je n’y ay aucune connoiffance ; en troifiéme heu^j,g|^
en ce que MonheurdcTornefort, qui a une connoiffance parfaite fur cette
ble & agréable curiolité , efpere avant qu’il foit peu d’en donner au public une
jufte connoiffance , ce qu’il pourra faire avec beaucoup de facilité, tant par fa
grande connoiffance que par le grand norribre qu’il en a , qui va a plus de trois
milles toutes differentes , & l’on peut dire que c’eft dans ce grand nombre de
coquilles où l’on peut admirer les yeux de la natur e.
ïindes Animaux ou de leurs Parties , tant Terrefires que Aquatiques^
I
des Drogues , Livre Premier.
HISTOIRE
GENERALE
DES DROGUES
TROI s I ESM E PARTIE.
LIVRE PREMIER.
Des Fojffilles.
PREFACE.
■ * entends par le mot de ToJJiüe generaîement îùutte qui fe rencontré
dans les entrailles de la Terre , comme font les Métaux > les demy-
MéîoMX^ les Minéraux^ les Bitumes * les Pierres ^ les Terres : Or
comme mon but eft de commencer par les Métaux s je dîray que ce que
l on entend par le mot de Metail eji un corps dur ^ d'une
fuhfiance égale en toutes fes parties qui fe fond au feu , qui efî duMe , (y qui s'étend
fous le Marteau^ ^ qui ejl different des Minéraux , Bitumes ^ Pierres çÿ* Terres,
comme il fe verra cy^aprés : il y a bien de la contefiation touchant le nombre des Métaux,
les uns veulent qtt'tly en ait neuft les autres huit Jes autres fept, tir les autres fix* en
ce qu'ils veulent que le vif argent , l'eftain > glace ty U fonte pajfent pour Métaux , mais
comme cette opinion nef ps bien fondée en ce que l'Efain , Glace ^ la Fonte font des
chofes faites , je maintitndray a ceux qui ont conclu quil ny en avoit que fept qui
réponde aux fept Planettes* & aux fept jours delà Semaine fScavoir > l'Or au Soleil,
^ au "Dimanche ; l' Agent à la Lune f0 au Lundy j le Fer à Mars CT au Mardy 5 U
vif Argent > au Mercure (yauMercredyil’EJîain à Jupiter f^aujeudy ; le Cuivre à V enus
^ au V'endredy j finalement le Plomb àSaturne & au Samedy. Quelques Perfonnes veulent
que le ^^ercure ne fait qu'un derny- /[détail > mais comme fay jugé à propos de nen
rien dire icy » je renvoyé le Leéîeur au Chapitre du gerçure ou Argent vif^ pour com^
mençer par l'or comme étant le plus beau de tous les JHetaUX,
Hiftoire generale
CHAPITRE L
De 1 ok
L'Or cft un Mctail jaune , doux & mallcabk, le plus noble , le plus puî,
le plus preticuxj&leplus pcfahtdctous les Métaux, On nous apporte TOr
de plulieurs endroits du monde i mais la plus grande quantité vient des Miniè¬
res de Caravana au Pérou , & de Valdivia au Chili , où il eft fi commun qu’ils s’en
fervent de la même manière que nous nous fervons de l’étain, du cuivre du
fer , èc quoyquc ce foit le meilleur païs , le plus abondant en or qu’il foit venu
à. nôtre connoilTance. Les hommes y font fort pauvres ^ parla grande cherté que
font les vivres. Il y a beaucoup d’autres endroits ou l’on trouve de l’or , mais la
plus grande quantité vient du Pérou, c’e'ft parce qu’il s’y trouve plus commu¬
nément, ô: fe rafine avec bien moins de peine &:de dépenfe,
L’Afrique, l’Afic & l’Europe, produilént de l’or en quatres maniérés. S^avoir,
en morceaux de differentes gtolTeurs , lequel cft fi pur & fi mol, qu’avec un ca¬
chet l’on y peut graver tout ce que l’on veut, comme fic’étoit de la cire. Cet
Or vierge ot natutcl cft appelle Or vierge.
«2 nataici. Le deuxième fc trouve en grain, le troificme en pierre , le quatrième en fable
D fFcrcmer , OU paillette. Ces trois derniers Ors fc trouvent ordinairement apres
foncsd’oi les grandes pluyes aux endroits oûkstorrens d’eau ont pafte, & même au fond
des rivières , principalement de celles qui ont palTe au travers de quelque mines
d’or, comme font celles dcDatzin&dc Diguvira en Afrique , où il y a des Nè¬
gres qui ne font autre metié que d’aller quérir de l’or au fond de Tes rivières,
La plufpart de l’Or que nous voyons en France vient du Pérou , d’où il eft ap¬
porté en barre ou lingots à Cadix par les Galbons d’Efpagnc. McITieurs de la
Oïjn An- Compagnie de France font venir du Senega un Or appelle en aurillet, c’eft-à-dirc
ouvrages des mains des Sauvages , qu’ils tirent du Royaume de Galan , qui cft voi-
fin de celuy dcTombut. Les Hollandois apportent aufli de l’Or de Sumatra, &
autres endroits des grandes Indes, avec des Poivres, & autres Marchandifes de
Or des Al- ces quarcicrs-là. Il y a encore une autre efpcce d’Or qui eft celuy des Alchi-
miftes , duquel je ne diray rien pour n’en avoir aucune connoiflance , lailTant
cela à ceux qui ont k temps de s’y amufer , & de chercher la ruine de leurs fa¬
mille, dans une operation où il n’y a guère de poftibilité, pour dire que comme
Roy des Métaux , on luy a donné k nom de Roy des Mé-
Metaux, taux , & que l’on en tire par k moyen de la Chimie , plufieiirs chofes neceflai-
rcs à la vie. La premicre préparation que l’on fait à l’Or , cft la purification la¬
quelle fefait en quatre manière. Sejavoir, par l’Antimoine qui eft la meilleur j
la fécondé par la Coupelle ^ la troifiéme par l’Eau-Forte ^ & la quatrième par le
Diverfes Cimcnt. On appelle Or de Ceupclk celuy qui a été purifié par k moyen du
hS’” î ^ cendres privez de leurs fel ou des os brûlez , qui eft celuy dont fc
fervent les Batteurs d’Or, pour le réduire en feüillc. Celuy qui a pafte par l’Eau-
Forte, eft appelle Or de départ j en quatrième lieu , celuy qui cft appellé Or de
ciment, cft celuy qui a été rafinépar le moyen d’une pâte compolee de brique,
de fel commun, de fel armoniac, defel gcfme & d’urine. Il y a encore une cin¬
quième purification d’Or par k Mercure , & comme ces matières feroient trop
longues â décider , on pourra avoir recours â quantité de Livres de Chimie
qui en traitent.
des Drogues, Livre I.
S
CHAPITRE IL
Du recule d or.
Le régule d’Or cfldcTOr paffé par l’Antimoine , & cnfuicc verfé dans un
petit culot ou mortier de fonte , chauffé & graiffé d^a même maniéré que
ceux dans quoy on jette le régulé d’Antimoine. Cette operation eft fort peu en
ufage àcaufe de fa grande cherté j&il n’y a guere que les curieux qui s’y amu-
fent , tant pour fatisfairc leur cunofité , que pour avoir un Or extrêmement
pur.
CHAPITRE III.
De l or en feuille.
NOus appelions Or en feuille l’Or qui a pafle par la coupelle , & par le moyen
de quelque parchemin , ou de boyaux de bœuf ( que les Ouvriers nom¬
ment Baudruche ) àc des coups des marteau eft réduit en feuilles extrêmement
minces & légères.
C’eft une chofe furprenante de fçavoir qu’un Batteur d’Or réduira une once
d’or en i6oo. feuilles , qui auront chacune trente-fept lignes en quarré. Et Mon-
lîcur de Furcticre dit que l’on réduit lOr en cent cinquante-neuf milles quatre-
vingt-douze fois plus que fon volume ; & les Tireurs en fix cens cinquante un
mille cinq cens quatre-vingt dix fois. On trouve chez les Batteurs d’Or de Paris uîTersor
de cinq fortes d'Or en fcüiUe jle plus beau & le plus fort eft celuy qu’ils vendent
aux Fourbiffcurs , pour dorer ces belles épées Damafquinez.
Le deuxième eft celuy qu’ils vendent aux Serruriers & Armuriers pour dorer
le fer & les armes , qui n’eft plus guercs en ulagc. Le troiliéme eft celuy que l’on
employé â dorer les livres. Le quatrième eft celuy des d’Orcurs en bois & des pein¬
tres. Le cinquième &le dernier, eft celuy dont on fc fert en Médecine, & que
les Apoticaires mettent dans plufîeurs poudres ou confedions , tant pour leurs
donner quelque vertu que pour l’ornement.
On broyé ces fcüillcs d’Or, ou les rogneures que l’on appelle Badreole , avec Baareoie,
du miel blanc , & enfuite on les met dans des petites coquilles de moules , c’eft ce ot en co-
qui luy a donné le nom d’or en poudre ou en coquille \ cet or ainli préparé fert JÏÏrç?'"
à peindre en mignature.
CHAPITRE IV.
De I or fulminant ou fafran d or^
L’Or fulminant eft de l’Or en Grenaille, diffoud dans l’eau rcgale, & préci¬
pité en poudre brune par l’huile de tatre faite par défaillance, yerfez fur U
4 Hiftoire generale
difTolution *, ccttc poudre defeichec a beaucoup plus de force beaucoup plusl
enflamable <jue la poudre à canon î cette préparation dor cft un fud orihquc
fort convenable à ceux qui ont la petite verole , donné depuis deux grains jul'
eju’a fix i il eft aufli propre pour appaifer le vomilTement , éc à reprimer la trop
grande aebon du mercure.
.CHAPITRE V.
De [Or en poudre ou Moulu.
ON calcind l’or avec le mercure & le Tel armoniac , & cette calcination eft
appellée or en poudre ou amalgamé cet or en poudre ou amalgamé ^
fert aux d’oreurs en ce qu’il s’étend facilement » il y en a qui ne fe fervent
point de fel armoniac pour réduire for en poudre , & ne fc fervent que de mer¬
cure i il y a encore quantité d’autres préparations d’or , comme les tentures ,
les extraits , le prétendu or potable i mais comme toutes ces préparations ne font
pas remues de tout le monde*, je diray avec eux que la plus grande propriété que
peut avoir l’or , c’eft de donner toutes fortes de perfections à ccluy qui le pof ■
fede.
CHAPITRE VI.
Des Marcafltss.
SOus le nom de Marcafite , fuivant Monficut Morin Dodeur en Médecine de
la Faculté de Montpellier, on entend un Minerai métallique, qui eft embarrafté
avec le fouffre & la terre i cclle-cy abforbe la matière métallique qui fe détache j
le fouffre enleve celle qui étant plus fubtiles & mercuriales & moins fixes fe fubli-.
me , de forte qu’il ne refte qu’un coups vitrifié 6c inutile que l'on nomme
Lctje/, Letier.
Quoyque ce minerai imparfait ne donne rien pat le feu de fiifion , quelque
bon fondant qu’on y meîle , il eft très recherché par tous les vrays Alchimif-
tes , & préféré à celuy dont on tire les métaux, que quelques-uns nomment
improprement Marcafite, & l’eft avec jufte raifon , car les principes n’étant point
encore bien liez, il eft moins difficile de les defunir, par la fuite les détermi¬
ner & les multiplier pour leurs operations.
C’eft pour cette raifon que ceux qui travaillent aux mines , les rejettent &î
les feparent d’avec la mine , qui eft dautant meilleur qu’elle contient moins
de fouffre &: de terre.
Il eft facile de concevoir , apres ce que je viens de dire , que chaque métail
a fa Marcafite propre , qui en eft comme le germe , & que plus il fermente
& plus il approche de la perfedion métallique , plus il eft éloigné du nom de
Marcafite.
Il eft neanmoins à remarquer que nous ne vendons pour l’otdinairc que de
trois fortes de Marcafites , qui font celle d’or, celle d’argent , & celle de cuivre.
(Celle d’or eft ordinairement en petite boule ronde , fort pefantc , & difficile à
cafTcf
Des Drogues. Livre premier. 5
cafler. Celle d'argent cft à peu prés de la mêrne frgiire , mais elle cïl moins colorée.
Celle de cuivre elt ronde ou longue , le plus fouvent bofluë , delà grolTeut
d’une balle à joüer : cette Marcabte eft tort dure , neanmoins fi on la laiîle dans
un lieu humide , l’humidité la pénétré , la convertit toute en vitriol &
devient à rien , lorfque bon call'e èc divile en parcelle ces Marcafiftes de cuivre j
foit la ronde que l’on appelle A rognon, ou la longue furnomnée A boudin, eft
d’un jaune doré, & tout par éguiîle, failant comme uneefpcce de foleil. Voilà
à peu prés la définition des trois Marcafiftes dont l’on le fert ordinairement i car
pour celles de fer , d’étain & de plomb , je n’ay pu jufqu’aujourd’huy fi^avoir
pofinvement ce que c’ eft. Il y en a qui veulent afteurer que l’aymant foit la Mar-
cafite de fer, le bifmuth ou étain de glace naturel : celle de l'étain & le zain mi¬
nerai , celle du plomb ,& d’autres qui difentque l’étain &: le plomb font la même
chofe , & ne diferent qu’en couleur , fe fondant fur ce que les anciens ont ap-
pcllé l’étain plomb blanc, & le plomb plomb noir; ainfi il ne peut y avoir de
deux fortes de Marcafites , & mon fentimens feroit bien le leurs m’ayant été
tout à fait impoflible de pouvoir trouver de l’étain , glace naturelle , comme je
diray cy-aprés. D’autres , ctmime Monfieur de Furetiere difent , que les Marcafites
de plomb fervent à vernir les pots de terre, mais il fe trompe ; car la matière dont
on vernit les pots , eft ce que nous appelions plomb minerai ou alquifoux , &: avec
jufte raifon , puifque c’eft dequoy on fait le plomb en faulmon , & par confe-
quent mine & non pas Marcafite.
Il cft à remarquer, quoy que je dife que nous ne Vendons quedd trois fortes de
Marcafiftes,qu'il y a tres-peu de bonne boutique de Droguiftes 6ù«$|^e s’en trouve
de plufieurs autres fortes, comme de quarrée, deplatte , degrife, dc noire, de
jaune j ainfi du refte : & cela provient que tout ce que l’ori ne connbjic pas , &
que l’on croît être minerai , onluy donne le nom de Marcafite , & comme le plus
fouvent ceux qui les achètent ne les connoiffenc non plus que ceux qui les
vendent, c’eftcc qui eft caufe que ceux qui les travaillent font trompés & travail-»-
lent en vain.
]’ay en mon pouvoir une Marcafite blanche remplies de vaines d’or , quia été
apportée des Ules, que l’on m’a afl'uré être de la vraye mine d’or.
CHAPITRE VIL
[Argent,
L’Argent que les Efpagnols du Pérou appellent Platta, cft un mctail le plus
beau & le plus parfait de tous après l’Or. Il eft blanc , dur, extinfiblc, &
fort agréable à la vûë. Les plus fameufes mines d’ Argent , font celles de Rio, de
la Platta , qui fignific Rivière d* Argent , & de Potocchi au Pérou , qui furent
découverte en l’année 154;. l’enclos qui en borne l’étendue s’appelle Potofi ; c’eft
une Montagne feituée en rafe campagne , qui a la forme d’un pin de fu-
cre , &c a plus d’une lieue de circuit par en bas , & par en haut un quart de
licLië. Il y a quantité de mines d’Argent aux Indes , en Europe, & même en
France , on affine l’Argent en Portant de la mine avec le Mercure au Vif-
Argent , & il y a eu des années où l’on a tire de ces mines trois milles quintaux
d’Argent pur net, & pour l’avoir on employé jufqu’à fix ou fept mille quin¬
taux d’Argent -Vif , car plus on l’affine avec l’Argent-Vif, plus il eft beau,
II/. Partie. p
./
6 Hiûoire generale
Comme l’Argent cft aufli un Métail trcs~pur , principalement quand il a etc
bien purifié , on en fait par le moyen de la chimie quelques operations dont la
première eft fa purification.
CHAPITRE VIII.
Deîjirgent de coupelle,
L’Argent de coupelle cft de l'Argent que l’on met dans du plomb fondu ,
& par le moyen du feu , & d’une qualité fecrette du plomb , il agit fur
l’Argent comme fait le blanc d’œuf furie fucrej lorfqu’il eft bien purifié on le
met en grenaille , de la maniéré que nous le voyons , lequel pour être de la
bonne qualité doit être bien purifié , blanc & bien luifant i l’argent de coupelle
eft celuy dont on fe fert pour faire quelques operations de Chimie , comme il
fe verra cy-aprés.
CHAPITRE IX.
Bes Crijlaux d argent ou vitriol de lune,
ON tire les Criftaux d argent , de l’argent de coupelle difibud dans l’efprit
de nitre , & lorfque l’humidité en eft prefque évaporée , on en tire les
criftaux , Icfquels étant îyppliqucz fur la chair, y font des écarts comme la pierre
infernale^
CHAPITRE X.
De la Pierre infernale ou lune cauftique , ou
cauftique perpétuelle.
La Pierre infernale , ainfi appellée à caufe de fa qualité brûlante , & de fa cou¬
leur noire , eft de l’argent de coupelle difibud dans l’efprit de nitre , puis
confommée au feu & verfé dans une lingotiere , chauffée & graifiee au dedans , ou
s’étant refroidie elle fe coagule & devient pierre de la figure que la lingotiere
luy a donné.
On doit choifir cette pierre en petits motceaux , longs comme le doigt fecs &
folides , de couleur brune tirant fur celle du fer , qui ne brûle ni les doigts ni le
papier lorfqu’ils ne font pas moüillez , & qui ne fe liquide qu’avec peine expofez à
l’air , mais qui brûle fur le champ quelque endroit que ce foit lorfqu’on l’a un peu
moüillé,qui font les vrayes marques de la Pierre infernale préparée avec de l’argent
de coupelle jil faut rejetter celle qui eft verte, qui verdit le papier dans lequel on Pen-
vclopc,& qui s’humeéle & fe liquifie facilement àl’air,parce quelle eft faite avec du
cuiv re, quel qu’uns y employent l’argent de vaifielle,ou des vieilles dantellcs d’argent
brûlées, mais la pierre qu’ils en font ne fe garde pas fi bien que celle qui eft faite avec
l’argent de coupelle j d’autres en font aufli avec des pièces faufics , qui ne peut pas
des Drogues , Livre Premier. 7
égaler en bonté , celles de l’argent bien afiné. Cette pierre eft beaucoup en ufa-
ge chez les Chirurgiens, qui s’en fervent pour brûler & confommer les chairs
mortes ôi iuperfluës,mais il faut dautant prendre garde de ne toucher la chair vive,
que la pierre ne manqueroit pas de brûler, & de faire fouffrir aux malades des
douleurs mfupportables , principalement fi on avoit moüillé l’endroit.
La pierre infernale a la propriété de peindre fur le marbre, & d’entrer de¬
dans , enforte qu’en feiant le marbre , la même figure qui paroît deffus , fe trou¬
ve dedans , & ne s’efface jamais ; & pour s’en fervir on ne fait que definer com¬
me fi c’étoit du crayon. Sa couleur ell noire.
CHAPITRE XL
De la teinmre d'amnt,
O
T A teinture d’argent eft une diffolution de l’argent dans l’efprit de nitre,
^ dont on fait précipiter l’argent par le moyen de feau faléc, duquel mis dans
Tefprit de vin renforcé de fel volatil détartré , & de fel volatile d’urine ; on en tire
une teinture d’un beau bleu celefte , fort recommandée contre l’épilepfie , la
paralifie , l’apoplexie, & les autres maladies du cerveau , la doze eft depuis fix juf-
qu’à quinze ou feize goûtes.
CHAPITRE XII.
Du fer OU Mars.
Le Fer , que les Chimiftes appellent Mars , à caufe des influences qu'ils préten¬
dent qu’il en reçoit , eft un Métail le plus dur , le plus fec , & le plus difficile à
fondre de tous les Metaux.Ce Metail eft compofé d’une terre, cfun fcl,& d’un fouf-
fre mal digéré &: mal uni, ce qui le rend fujet àla roüille. On trouvedes mines
de fer en Efpagne, en Allemagne & en Suède j mais il y a bien de la différence
qu’elles foient fi abondantes que celle de France. Les meilleures mines ou mi¬
nières que nous ayons en France , font celles de Champagne, de Lorraine & de Nor¬
mandie J il y en a encore en d’autres Provinces , comme en Bourgogne, en Berry, &
autres endroits : la mine de fer fe trouve quelquefois à un pouce de terre, quel¬
quefois auffi d’un, deux, trois , quatre, cinq & fix pieds en fonds. Cette mine
fè trouve de differentes maniérés , quelquefois en morceaux de la groffeur de
nos truffes , quelquefois auffi en fable , je ne marréteray point l d’écrire la ma¬
niéré dont les Jongleurs fe fervent pour trouver les mines avec leurs baguette
de coudre. Monfieur l’Abbé deVallemont en ayant depuis peu fait un traité
fort exatfti
P v
III. Partie.
8
Hiftoire generale
CHAPITRE XIII.
Mankre de tirer le Fer de la Mme pour en faire
du Fer de Fonte.
A Prés avoir tiré le Fer de fa minière , on le lave dans, une eau courante, afin
d’en feparer la terre , &c enfuitc on porte cette mine lavée dans des grands
fourneaux , &:l’on y met par deflus des caîllous de largille, ou de la terre que l’on
nomme la caftine du charbon , & par le moyen de deux grands foufflets de cuir
ou de bois , &de l’eau qui les fait agir , cette mine devient comme du plomb
fondu J & après l’avoir écumée d’une craffe qui étant refroidie, eft comme du
verre, on arrête les foufflets on débouché le trou avec une barre de fer, qui
eft au bas du fourneau, (&:aufri-rôt il en fort comme une rivière de feu , qui
tombe dans des trous faits en manière de lingots , qui font de fix , fept jufqu’à
dix pieds de long, &:jufqu’aun pied d’épailTcur. Le Fer ainfî jette en Lingots, eft
ce que les Forgerons appellent Gueufe : il eft à remarquer que lorfque l’on veut fai¬
re des boulets de canon, des mortiers, des poids à pefer , des contre-cœur de chemi¬
née , ou autres ouvrages de ces gueufes , ou pour mieux dire de ce fer de fonte : on
prend le métail fondu avec des grandes cucilleres de fer, àc on verfe dans les
moulas. Ces moules font faits en plein fable, ou bien delà même matière , c’eft
à dire de fer de fonte.
Il eft à remarquer que plus on veut qùe les ouvrages foient délicats & fines , &
plus on laifTe la mine enfufion , car quand c’eft pour faire de gros ouvrages,
on ne laifTc cette matière au feu que douze heures , & aux ouvrages fines jufqu’à
quinze & dix-huit heures : le fer de fonte de France ne fe peut limer , mais fc
polit avec du grés ou de lemeri & à force de bras. Le Fer de fonte d’ Alcmagnc|,
&dc quelques-autrcs endroits , fouffre la lime.
CHAPITRE XIV.
JDu Fer en barre ou autres maniérés,
LOrfquel’om veut réduire le Fer en véritable Fer , on prend un de ces lingots
de fer de fonte , que l’on porte à l’affinerie , c’eft à, dire, dans une efpece de
Forge, qui eft à ras dé terre dans le milieu , duquel eft un trou ou découle la
matière à mefure qu’ellé fc fond. On fond ce métail par le moyen du charbon, &
deux grands foufflets qui font aufli conduit par l’eau à mefure que cette ma¬
tière font , l’Affineur la remue avec une barre de fer , & plus la matière eft remuée
avec vigueur , plus le fer en eft doux & d’une bonne qualité \ apres avoir efte
bien remué on porte la matière qui fc fait avec des fortes pincettes fur Un enclume,,
par le moyen d’un gros marteau qui frape dclTus , on en fait fortir la grailfe , ou
Î)our mieux dire la terre ou autres corps étrangers qui pourroit y être reftez , alors
e fer eft fait , & ne fe peut plus refondre & fouffre la lime. Qiwnd il eft
qucftioi;x de le réduire en bwrç ou d’autre manicrcp on prend cette maife que les
des Drogues, Livre I. 9
Forgerons appellent la pielTe, on la porte dans une autre forge appelléela chauf¬
ferie , &: par le moyen du charbon & de deux foufflets que deux hommes font
aller , & lorfque cette malTe eft alTez chauffée , on la porte fur cette enclume ,
& par le moyen du gros marteau de bois aufli ferré par le bout , l’on l’alongc
& l’on la met fi mince & de telle manière que le marteleur fouhaite. Il y a icy un
chofe à remarquer J ce qui n’elf pas d’une petite confequcncc , qui eft que com-*
me le Marteleur ne peut réduire que la moitié de cette mafle en barre, en ce
qu’il eft obligé de la tenir par un bout , & afin qu'elle foit plûtôt refroidie
pour refaire l’autre bout, il la jette dans l'eau, & voila ce qui caufe que le fer de
France eft caffant , à quoy il feroit facile de remédier, puifqu’il n’y auroit qu’aie
laiftcr refroidir deluy même ; on me pourra peut ctreobjeder que ce n*eft pas tout
SL fait d’avoir mis le fer dans l’eau qui le rend fi aigre & fi caftant, & que cela dé¬
pend de la minc,& fuivant qu’il a été bien remue , je n’en difeonvient pas,
mais il y a un Proverbe qui dit que , mal fur mal n’cft pas fanté , ainfî a ce
que l’on peut remedier facilement , il eft toûjours bon de le faire. Voila de la
manière dont on met le fer en barre ou barreau.
CHAPITRE XV.
Du Fer en Verge ou Fil de Fer.
Le Fer en verge eft du Fer en barre , que l’on a chauffé dans une cfpece dé
four , & avec des roues d’acier eft fendu de la forme & figure que nous les
voyons. A l’égard du fil de fer, cefontdcfes verges de fer , que l’on pafte par
des petits trous de la même maniéré que l’on fait la bougie. • En commen¬
tant par le plus grand trou & finiftant par le plus petit , allant toûjours en dimi¬
nuant.
CHAPITRE XVI.
De la Tôle à' du Fer ^oir & hlanc.
La Tôle eft du fer en barre que l’on fait chauffer , & avec des marteaux on
les rends fort minces. Il y a de deux fortes de Tôle , ftavoir la grande &
la petite : on fait de plus du fer noir en battant la tôle avec des petits manelets x
outre le fer noir on fait furtçut en Allemagne un fer blanc qui eft fort en ufag«
pour plufieurs ouvriers. Ce fer eft un fer doux , réduit en plaques mince , & en-
fuite eftamé avec l’étain, quelques-uns difent que l’onfc fert de l’eau forte. H
fc fait du fer blanc dans leNivernois, mais il n’eft pas tant eftimé des Ouvriers
que celuy d’Allemagne, en ce qu’il roüille & celuy d’Allemagne ne ro^e pas ,
& déplus c’eft qu’ifeft plus blanc & plus luifantj
10
Hiftoire generale
CHAPITRE ;cvii.
De [ Acier.
1*Acier cft un fer pluficurs fois fondu , & trampé dans de l’eau commu-
^ne , ou dans une eau compofée de plufieurs drogues comme il fe verra
cy-aprés.
Le meilleur acier cft celuy que l’on nous envoyé d’Allemagne , à qui on a don¬
né le nom d Acier de Carme, à caufedu nom d’une ville d’Allemagne appelléc
Kernentjou fe fait le meilleur acier, Cette forte d’acier eft appelle auffi acier à la dou¬
ble marque , & ne fert que pour faire des ouvrages extrêmement fines , comme ra-
foirs , lancettes , & autres outils de Chirurgie, des filières pour les Tireurs d’or ,
des burins pour les Graveurs , ainfi de refte. La deuxieme forte d’acier cft celuy
que l’on appelle acier à la rofe,tant parce qu’étant cafté il y paroît dedans une
maniéré de petite rofe , d’une couleur d’œil de perdrix s 6c de plus , c’eft que les
barils qui font de fapin 6c en oval font marquez d’une rofe : cet acier cft en peti¬
te barre j depuis un pied jufqu’à deux de longueur , fur un demi pouce de large. Il
y a de plus des aciers mois , qui font les rebuts de l’aeier à la rofe , que quelqu’uns
appellent acier de la fimple marque. Nous avons encore des aciers de Hongrie,
d’Italie , de Piémont, 6c de quantité d’autres fortes qui fe font en France , com¬
me font ceux de Vienne , 6c de Rive en Daufine, de Clamccy en Auvergne , de
faint Dificr en Champagne , il s’en fait aufii à Nevers & à la charité , que l’on
appelle acier foret ou commun.
Il eft à remarquer que tous les aciers de l’Europe n’approchent pas en bonté
de celuy de Kernent , tant parce que de plus de cent cinquante mines de fer que
les Allemands ont, il n’y a que ceux de Kernent qui peuvent faire le bon acierj
&de plus c’eft qu’il fi^avent au juftcla quantité d’arfenic, de reagal, d’orpin, de
fublimé, d’antimoine, decouperofe blanche , Vautres droeues dont ils compo-
fent leurs eau ou trempe ; 6c voila en deux mots la caufe qu’il n’y a qu’en Allema¬
gne où on peut faire de bon acier, 6c ce quiacauféla ruine à plufieurs qui fe font
voulu mcler de le contrefaire. Pour ce qui eft delatrampc des aciers communs, on
ne fe fert ordinairement que d’eau commune.
Autrefois on voyoit de l’acier de Damas qui étoit tres-bon, 6c fi on en veut
croire Monficur de Furetierc qui dit que la trampe de l’acier de Damas , fc
fait par les impreflions de l’air , lors qu’un cavalier courant à toute bride , le tient
a la main 6c en fait la roue dans l’air. Il ditaufti que l’on le trempe en le paftantfur
un chamois moüillé, en paftant fon tranchant deftus comme fi on vouloit cou¬
per le chamois.
Le bon acier doit être caftant , d’un grain fin , 6c le plus blanc que faire fc
pourra. A l’égard de la figure il y en a de bien de fortes , mais la plus ordinaire eft
en bille pu en barre.
L’ufage de l’acier eft pour faire quantité d’outils propre à couper le fer , bois
& autres choies. On en tire par le moyen de la Chimie plufieurs operations,
comme il fc verra cy-aprés. Pour ce qui eft de la limaille d’acier elle eft quelque
f>cu en ufage en Médecine ,6c h meilleure 6c la plus naturelle , cft celle des aiguil-
es , fon épreuve cft de la mettre fur une chandelle allumée, celle qui ne brûle
qu’à moitié, qui fouffle la chandelle, eft mélangée de limaillcde fer.
des Drogues , Livre Premier.
1 1
CHAPITRE XVIII.
Du Safran de Mars.
T E Safran de Mars , furiiommez apéritif , eft une préparation de Fer ou
j^ d’ Acier , qui fe fait en trois manières. La première, en expofant des lames de
fera la roféc. La fécondé , en arrofant de la limaille de fer avec de l’eau de
pluye, ou de l’eau miellée j & au bout de quelque temps on en retire une roüillc
d’une couleur brune. Ces préparations de Fer ou de Mars , font fort longues ,
mais fort propres pour les maladies cy-aprés déclarées j mais comme ces deux
Safran de Mars font comme j’ay déjà dit, d’un long travail & d’une très vilaine
couleur : on s’attache à la troifiéme faiçon qui fe fait par le moyen d‘une bille
d’acier , que l’on fait blanchir dans un feu deMarefchal ou de Serrurier , & par
le moyen d’un canon de foufre que l’on approche contre j on le fait fondre &
réduire en poudre i cet acier fondu eft enluite mis dans un creufet avec du fou¬
fre, & par le moyen d’un feu de reverbere , eft réduit en une poudre d’un alTcz
beau rouge. D’autres fe fervent de limaille de fer au lieu d’acier.
Ce Safran de Mars apéritif , fort communément appellé Croc«5 Martis d()eritivM
Ou aperiens , eft un fort excellent remede pour l’hydropilîc , & pour g|Vierir les pâles
couleurs des filles.
LaDoze eft depuis dix grains jufqu’â quarante, dans quelque opiat, eonlcrvc
ou tablette, ou comme dit Monficur Lemcry, avec quelque purgatifs;
CHAPITRE XIX.
Bu Safran de mars aftringent.
Le Safran de Mars aftringent , aufli appelle Croem Màftis aftringens , eft une
de fes préparations de Mars cy-deflus, lavée pluficursfois avec du vinaigre,
&enfuite mis dans un creufet ,& par une forte calcination de cinq â fix heures,
eft réduit en une poudre rougeâtre , mais moins belle que celle ey-deflus.
L ufage de ce Safran eft pour arrêter le fang , tant ccluy qui fe perd par le haut
que par le bas. Il fe prend en pareille doze que ceux cy-delTus , & dans des remedes
convenables â la maladie.
Les anciens ont donné le nom de Safran â ces deux préparations comme à beau¬
coup d’autres , â caufe de leurs couleurs rougeâtres.
CHAPITRE XX.
Du Sel ou vitriol de Murs,
L y a de deux fortes de Sel de Mars , ou de Fer, mais le mcillcul: eft ccluy qui le
fait en mettant de l’huile de vitriol &de l’elprit de vin dans un poêlon de
I ^ Hiftoire generale
fer , & après y avoir féjourné trois femaincs ou un mois , il fe rencontre au
fonds un fel grifatre que l’on fait fccher , & que l’on garde pour le befoin.
L’autre fel de Mars fe fait en mettant de la limaille d’acier dans du vinaigre diftillé ,
en y procédant de la même maniéré que fi on vouloir faire du fel de faturne j ainli
qu’il fe pourra voir fi après. Cepremicr Sel de Mars eft un excellent remede con¬
tre les obftruûions. Ladozeeft depuis quatre jufqu’à douze grains, dans quel¬
que liqueur convenable à la maladie. Al’égard de fon choix le plus blanc &lc
plus fcc , doit être cftimé le meilleur .
CHAPITRE XXI.
De l Huile de mars.
ON appelle improprement Huile de Mars ou de Fer, un Sel de Mars refont
en liqueur à la cave. Quelques perfonnes fe fervent de cette Huile com¬
me du fel , avec cette différence qu’il l’ordonne en plus grande doze.
CHAPITRE XXII.
DesCriftaux demars.
ON tire du Marsdes Criftaux , en mettant de la limailled’acier dans de
l’ean , & jettant defîus de bon efprit de vitriol j & par le moyen de la cave
l’on en tire des Criftaux verdâtres , qui apres être fechez l’on s’en peut fervir aux
mêmes ufages que le fel & l’huile, à la referve qu’il les faut donner en plus petite
doze ^ à caufe de leur grande acrctè. Quelques perfonnes prétendent que l’on
peut tirer de fes Criftaux par le moyen d’une cornue un efprit de vitriol, mais
comme cet efprit eft affez foible , je ne confeille à perfonne de s’y amufer.
CHAPITRE XXIII.
De la Teinture ou Sirop de mars avec le tartre.
ON tire de la roüille ou de la limaille de fer , par le moyen du tartre & de l’eau
boüillantc , une teinture noirâtre, qui après avoir été évaporée & réduite en
conliftance de firop, eft ce que l’on appelle Teinture ou Sirop de Mars j d’autres
en faifant evaporer prefque toute l’humidité , en font une autre, qui eft ce que
Tcîmuve uous appclloiis Teintute épaiffedeMars.
‘Iraiîn.''” Cn attribue à ces Teintures , ou Sirops de Mars , la propriété d’être de
très bons apéritifs. Leurs doze eft dffierentes , en ce que plus ces teintures font
épaiffes moins on en prend >ainfi la doze ordinaire doit être depuis un gros juf¬
qu’à une demie once.
Vc
des Drogues, Livre Premier.
n
CHAPITRE XXIV.
De la teinture ou Sirop de mars aftringent.
ON tire encore de la roüille de fer , avec du gros vin , ou du fuc .de
coing, ou de quelques-autres fucs aftringens , une teinture , un firop , ou
extrait, à qui on attribue la qualité de referrer, la doze cft auflî fuivant leur
épaifrcur,maisla plus ordinaire eft depuis dix grains jufqu a un demy orosdans
quelques liqueurs aftringentes.
CHAPITRE XXV.
Du Mats diaphoretique.
Le Mars Diaphoretique , cft de la roüillure de fer mêlée ' avec partie égale
de fel armoniac , & avec un vaiffeau fublimatoire , on en tire des
fleurs que Ton dilToud dans de l’eau , & que l’on fait précipiter en verfant. def-
fus la dilTolution de l’huile de tartre par défaillance j on fait fechcr cette pou¬
dre, laquelle étant lechée eft ce que Ton appelle Mars Diaphoretique , quoyquc la
vertu Diaphoretique qu’elle a pû tirer du fel armoniac , ne foit pas grande , puif-
que l’eau a prefque tout emporté.
C HAPITRE XXVI.
De t Argent-vifs.
CE que nous appelions Argent-vif,Vif-argenc,Mercure crud,Mercurc coulant
ou courant,hydrargyre,argent aqueux, ou eau d’argent prothée de la nature,
fel fugitif , ou efprit minerai , eft félon Monfieur Charas une liqueur métallique ,
ou minerai , d’une nature volatile trouvée dans les mines, & compofée comme
on croît d’une terre fulphurée blanche, & de fon propre mercure interne , que
les Philofophes croyent être un de ces principes , & qui eft de même que fon fel
& fon foufre. Qi^lqu’uns , entr’autres le même Auteur , difent que le mercure
n’a pas été mis au rang des Métaux , mais on luy a donné le nom de demy mé-
tail, parce que n’étant ny dur ny malléable, comme le font les vrays métaux,
il fe joint neanmoins facilement à tous , & furtout à l’or auquel même il ferc
fouvent d’intermede pour le joindre à d’autres métaux. Sa couleur d’argent, &
la difpofition qu’il a àfe mouvoir , font caufe qu’on l’a nommé Argent-vif de
même que fa couleur & fa fluidité l’ont fait nommer Hydrar^ymm , c'eft à dire ,
Argent aqueux , ou eau d’argent. On l’a nommé mercure, à caufe de l’analogie
qu’il a avec la planette qui porte le même nom. On a pu aufli luy donner ce
riom à caufe du rapport qu’il a au changement de figure , que les payens attri-
buent à Mercure , l’un de leurs faux Dieux. C’eft encore pour la même raifon , &
pour la diverfité de couleur qu’on peut luy donner , qu’on l’a nommé eaa
J II. Partie. Q_
1 4 Hiftoire generale
prothcc , & c’eft pour fa fluidité & pour fa volatilité que quelques-uns l’ont
nommé Tel fugitif.
On trouve r Argent-vif dans les mines en diverfes maniérés, tantôt renfermé
dans fa propre mine , & quelquefois aufli fluide de coulant de la figure que
nous le voyons, &: à caufe qu’il fe trouve naturel. Quelques-uhs luy ont donné
Mercure Ic nom deMctcute vierge ; on le trouve aufli quelquefois parmy des terres & des
pierres , &c aiTcz fouvent aufli corporifié en cinabre naturel , comme il fe verra cy
•après . Ceux qui tirent l’ Argent-vif de fa mine , ( ou pour mieux dire des endroits
où il fe trouve , ) fe fervent pour le feparer de fa mine , ou autres corps durs avec
iefquclles il eft joint de grandes cornues de fer , & par le moyen du feu & de
l’eau Iraîche dans laquelle il tombe ils le rendent fluide tel qu’il eft ordinairement.
La mine de mercure eft fi femblable à l’Antimoine de Poitou , que fi ce n’étoit que
Mercure, les éguillcs Cil foiit tant foit peu plus blanches , il n’y auroit point d’hommes qui
en pourroit faire la différence, & lorfqu’il fe trouve coulant dans la terre , les for-
(Jats qui lé tirent, ne font que le pafferparunc peau de chéimois , pour le nctoycr
de fes impuretez. Il n’y a gueres que deux endroits en Europe où l’on tire le
Vif-argent qui font la Hongrie & l’Efpagne , dont ccluy d’Hongrie eft tranlporté
â Vienne en Autriche, Sé delà Hollande d’où nous le faifons venir j & ccluy
d’Efpagne cfttranfporté au Pérou , pour fervir à la purification de l’or&del’ar-
gent, comme j’ay dit cy- devant. Le Mercure d’Efpagne étoit affez commun
par le paffé en France , &c â caufe que ce mercure étant mis fur de l’argent tant
Ibit peu chaufé , avoit la propriété de dorer la fupcrficie , & de rendre cet ar¬
gent d’une tres-bellc couleur de vermeil. Cette haute propriété , fuivant quelques
Alchimiftes , & qui au fond n’eft rien , & la difficulté qu’il y a d’en avoir prefen-
tement , à caufe que le Roy d’Efpagne a défendu expreffement d’en tranfporter en
d’autres Royaumes , c’eft ce qui fait qu’il eft aujourd'huy fi recherché, aufli-bicn
que le cinabre naturel. Quelques Auteurs modernes ont écrit que l’on trouve du
mercure aux Indes , en Pologne , en Allemagne , & même en France , ce qui peut
être vray j mais quelque foin que j’aye pris , je nay pu découvrir la vé¬
rité de lachofe, il eft bien vray que l’on a trouvé depuis peu en Normandie,
entre faint Lo & Charentan , prés un lieu appelle le Foffé-Rouge , une mine
de cinabre -, mais la grande dépenfe que l’on auroit été obligé de faire, a été la
caufe que l’on l’a rebouché. MonfieurLcmcry dit que le Mercure fe trouve or--
dinairement deflous les montagnes , couverts de pierres blanches , & tendres com¬
me de la chaux. Les plantes qui croiffent fur fes montagnes, femblent plus ver¬
tes &: plus grandes qu’ailleurs; mais les arbres qui font proche de la mine du vif-
argent , produifent rarement des fleurs & des fruits , leurs fcüilles mêmes font
plus tardives à paroitre que dans les autres lieux.
Un des indices pour découvrir la mine du Vif-argcnt, c’eft quant au matin
des mois d’ Avril &: de May J il fort d’un lieu particulier des vapeurs ou broüil-
lards épais , qui ne s’élèvent que peu dans l’air , à caufe de leur pefantcur ; on s’at¬
tache à ces lieux-là pour rechercher le métail , & principalement quand ils font
par hazard fcimezài’opofite du vent feptentrionnal ; car alors on croit la mine
tres-abondantes : on trouve aufli beaucoup d’eau aux environs de ces mines.
Qui en voudra fcjavoir davantage touchant l’Or, l’Argent, le Vif-argcnt, life
uiccojU » & le Mercure Indien , en ayant traité fort amplement.
Q^y qu’il en foit, on doit choifir l’Argent-vif blanc, coulant , net , bien vif
& d’une belle eau , de rejetter ccluy qui étant mis dans quelque vaifleau de cui¬
vre , comme balance de autres , paroît plombé , c’eft à dire , lorfque fa couleur en
eft brune , de qu’il fait des queux ou trainées , comme s’il étoit gras , ou qu’en
le maniant il adhéré aux mains , de fe convertiffe en petites boules rondes , ce
des Drogues , Livre Premier. 1 5
qui n’cft pas d’une petite confequcncc , en ce que la plufpart de l’Argcnt-vif
quife confomme, elt pour les Miroitiers, Orfèvres, Fourbifl'eurs , d’Oreurs ÔC
autres, &fi par malheur ou par fourberie , fur un boüillon d* Aro-ent-vif , il y
avoir dedans une livre de plomb , cela feroit capable de leur gâter leurs Ou-*
vrages.
Outre les qualitcz cy-defTus que doit avoir l’ Argent-vif , on peut réprouver
en en mettant tant foit peu dans une cueillcrc d’argent, & l’ayant fait évaporer
fur le feu s’il refte une tache jaune, c’eft une marque qu’il elt naturel j & au
contraire s’il refte une tache noire, c’eft une marque qu’il eft mélangé de plomb
ou d’étain. LcVif-argent eft une matière fi pefantc, qucMonfîeur de Furetiere
dit que le pied cube de Mercure peze 5)47. livres j&ccluy d’eau de Seine nepeze
que foixante dix livres , c’eft â dire unvaifteau qui contiendra trente-cinq pA tes
d’eau de la Riviere de Seine , mefure de Paris, peut contenir neuf cent quarante
fept livres de Vif-argent. Si le Vif-argent eft extrêmement pf’zant,iln’en eft pas
moins fort , puis qu’un poids de cinquante livres de fer mis fur un boüillon de
Vif-argent, qui peze ordinairement tel qu'il vient d’Hoilande, cent foixante ou
cent quatre-vingt-livres , n’enfonfc non plus dedans comme li l’on y mettoit
une once ; ce que je n’aurois jamais crû fi je ne Pavois expérimenté moy-même.
A l’égard des proprietez de l’Argent-vif elles font fi grandes quelles furpalTenc
l’imagination i &même quelques perfonnes prétendent qu’un gros pezant d’ Ar¬
gent-vif a la meme propriété que telle quantité que l’on en pourrcit faire pren¬
dre, & que fi on en ordonne quelquefois en grande doze, furtout pour les coli¬
ques de mifererc , c’eft afin qu’il pafte plus vite , &c que fon grand poids
fafle dénouer les boyaux. C’eft aufîi une chofe furprenante que de quelque ma¬
nière que Pon puifTe metamorphofer le mercure, on le pcuttoûjours faire reve¬
nir dans fa première nature ,& avec tres-peu de diminution. Chimiqu®
Danois, dit dans fa Chimie qu’ayant tourmenté pendant un an du Mercure, Sc
l’ayant réduit en plufieurs manieres,il reprit fa première forme dans k milieu du feu
par le moyen du fel de tartre. La grande confommation que Pon fait du mercure
dans tous les Royaumes , furtout en France, eft la caufe que les Hollandois Pont
augmenté de deux fols par livre monnoye d’Hollande, qui eft prés de trois fols
d’icy, & comme cette marchandife a été depuis long-temps en party , elle ne s’y
vendoit que trente-fix fols la livre. Je lailTc encore â part le grand nombre de
vertu que Pon attribue â ce demy mécail , en ce que plufieurs Auteurs en trai¬
tent, & même à décider s’il eft chaud ou froid, pour dire qu’il eft d’une nature
extérieure fi froide, qu’il eft impofîible de pouvoir'durer la main dans un boüil¬
lon d’Argent-vif un quart-d’heure de temps ,& pour dire auffique cet un abus
de croire comme quelques Auteurs modernes ont écrit, que les Hollandois pren¬
nent la peine démettre le mercure en cinabre pour le tranfporter en plufieurs
endroits pour trois raifons. La première, parce qüil fetranfporte fort facilcmenc
dans des cuirs de Mouton, liez ôc enfermez dans des cailfes ou barils de bois,
dont le vuide eft rempli de fon, de feieurede bois , ou de paille coupée. La fé¬
condé , en ce que fi nous étions obligez de revivifier le cinabre en mercure , nous
ne pourrions pas l’établir au prix que nous l etablilTons j & tout le mercure qui eft
réduit en Hollande en cinabre , eft pour broyer ou pour confommer en France ou
autres endroits aufli en cinabre, â moins que ce ne foit quelque curieux qui foit
bien aife d’avoir un mercure pur & net, qu’il fe donne la peine de le revivifier , &
la chofe eft fi réelle que fi nous faifons venir tous les ans unmilier d Argent- vif
5c autant de vermillon broyé , nous ne faifons venir au plus que cinquante li¬
vres de cinabre. Entroifiéme lieu, quand les Hollandois ont envie de le rendre
I IL Partie, Q^ij
1 6 Hifloire generale
portatif, il le fixc& Tarreftc avec tres-peu de chofe , & le mettent dans toutes
fortes de vaHlcaux , & même dans du papier , & l’envoyent à ceux qui ont le fe-
cret de le rendre coulant fans faire aucune dépenfc.
CH APIT RE XXVII.
Du Cinahre Minerai ou naturel.
Le Cinabre Minerai eft une pierre rouge , pefante & brillante , que Ton
trouve en divers endroits du monde , mais le meilleur & le plus eftimé , eft
d’Efpagne j j’ay eu beaucoup de peine de fejavoir le nom du véritable en¬
droit d'où fe tire le Cinabre, en ce qu’une perfonne de mérité m’a alluré, &
pour en avoir veu & ramalfé , que celuy de la meilleure qualité fe trouvoit dans
T'Andaloulie , furies Terres des Religieux de faint Jerome, & que l’on mar-
choit dell'us comme on fait icy fur les pierres , mais ne pouvant croire la cho¬
fe Il commune , j’ay été obligé de m’en informer à Monfieur Charas , le¬
quel m’a àfluré qu’il y avoit dans les Montagnes de Sierra Morena , de
grandes mines de cinabre , & que pour en tirer le mercure pour envoyer au
Pérou , le Roy d’Efpagne y entretenoie à fes frais & dépens plulîcurs Ouvriers :
& comme cette derniere relation me paroît plus jufte, je crois que l’on peut s’aC-
furer que la plus grande quantité de cinabre que l’on voyoit icy par le palTé ,
& qui fc voit encore aujourd’huy , mais rarement venoit des Montagnes de Sierra
Morena , & que le bon marché auquel il étoit en ce tcmps-là , nous fait alTez
connoltre qu’il n’ étoit pas fort difficile , ny de grandes dépenfes à tirer de fes
minières s ce qui pourroit favorifer en quelques manières le fentiment de la per¬
fonne qui m’a alluré qu’il fe trouvoit aulli communément que les pierres , & qui
ne coutoit qu’à ramaller.
On doit choifir le Cinabre minerai , haut en couleur , le plus brillant & le moins
chargés de roche que faire fe pourra depuis que le véritable cinabre d’Elpagnc
eft devenu rare en France, on en voit de tant de fortes que j’aurois alTez de pei¬
ne aies pouvoir toutes définir 5 & à caufe de cette grande rareté on ne voit au¬
tre chofe prefentement que demander du véritable Cinabre d’Efpagne j & com¬
me la plufpart de ceux qui en vendent ne font pas de fcrupule de donner l’un pour
l’autre , donnent de celuy de faint Lo , quoyque bien different , en ce que celuy
d Efpagne eft d’un rouge brillant j & celuy de faint Lo eft d’un rouge mat ,
beaucoup moins abondant en mercure , quoyque quelques perfonnes m’aye
voulu foûtenir que le Cinabre de faint Lo rendroit auffi-bien quatorze onces
de mercure par livre comme celuy d’Efpagne : à quoy je ne puis contredire pour
ne l’avoir expérimenté.
Le Cinabre minerai d’Efpagne , quoyque fort recherché , n’a autre propriété
que je fijache, que pour en tirer le mercure dont les habiles Alchimiftes préten¬
dent en faire du vermeil , & même en faire de l’or en le fixant , & luy donnant la
teinture ; car à l’égard du poids il approche fort du véritable or. Monfieur Le-
mery dit , que le Cinabre naturel ou minerai , eft un mélange de mercure & de
foufre , qui fe font fublimez enfcmblc par le moyen de quelque chaleur foûter-
raine , & cela fe fait naturellement à peu prés de la même manière que le Cina-
Bre artificiel.
Monfieur de Furetierc marque dans fon Livre , qu’il y a un Cinabre minerai
des Drogues , Livre Premier. ï 7
quUft une pierre fort rouge, lourde &pcu dure , reifcmblant à de rhæmatitc
qui contient du Vif-argent , lequel en dégoûte de luy-même & fans le fccour dù
feu : il dit qu’il fe trouve vers la Carniole, & que c’eft la même chofe que le Mi¬
nium des anciens &eft un poizoïii il dit encore que le mot de Cinabre vient du
mot Grec Kinabra, qui lignifie 1 odeur des boucs une odeur inlupportable >
parce que quand on tire de terre une efpccede cinabre fofîllc, il jette MonMa-
thiolcjune odeur fi étrange que l’on eft obligé de fe boucher le nez , & de fe
couvrir le vifage de peur d’en être infedé ; je n’aurôis pas parlé de ce dernieï
cinabre, en ce que je crois que c’eft une faulTeté j & fi ce n’étoit que Mathiole
&deFuretiere font decedez , je leurs dirois en cet article comme en beaucoup
d’autres, qu’ils ont écrit ce qu’ils n’ont jamais veu,& ce qui eft même hors, du
bon fens j &c afin de dilTuader ceux qui pourroient croire qu’il y a du cinabre
minerai, dont le mercure en découlé naturellement^
CHAPITRE XXVIIL
Du Cinahre artificiel.
Le Cinabre artificiel ou en pierre , eft un mélange de rtiercüte & de foufre^
6c enfuite fublimé & réduit en pierre, de la maniéré que nous le voyons.
Onchoifira le Cinabre en pierre , en belles éguilles,6<: le plus haut en couleur
que faire fe pourra.
L’ufage de ce Cinabre eft comme j’ay déjà dit y pour en tirer un mercure par
ceux qui veulent avoir un Vif- argent pur & net , tant pour faire la panacée
mercurielle, que pour plufieurs autres operations ou le mercure revivifié du ci¬
nabre eft requis.
Le Cinabre en pierte éft aufti quelque peu ufité par les peintres , après l’avoir
broyé , à caufé qu’il eft d’un rouge plus vif que celuy qui vient tout broyé d’Hol¬
lande , mais ce qu’il y a de fâcheux , c’eft que l’on a bien de la peine â le faire
fecher:il a encore quelque peu d’ufage en Médecine , tant pour faire des fumi-
gatoires que pour employer dans plufieurs remedes , tant intérieurement qu’ex-
terieurement ; je diray neanmoins que le cinabre n’eft guère en ufage pour Lin-
terieur, fi ce n’eft pour les chevaux , pour en faire une compofition dè pilule
furnommé de cinabre^ Tour le cinabre entier ou broyé , vient d’Hollande , 6c
c’eft une chofe furprenante que de fi^avoir que ceux qui le font , en font des
pains de trois à quatre cens pezant, ce qu’ils font fans aucune peine en mettant
vingt-cinq livres de matières , c’eft â dire de foufre & de mercure , & lorfque ces
vingt-cinq livres font fublimez, ils en remettent vingt-cinq autres, 6c continue
toujours de la même maniéré jufqu’â ce quele vaifteau foit plein j 6c c eft ce qui
fait que le cinabre en pierre que nous voyons eft difpofé par lits. ^
A l’écrard du vermillon ce n’eft que du cinabre en pierre, broyé avec de l’u¬
rine ou avec de l’eau de vie, 6c après avoir été fcché eft tranfporte en differents
endroits.
Il nous vient d’Hollande de deux fortes de vermillon îfi^avoir 3 du rouge 6c du
pâle, ce qui ne provient que fuivant qu’il a été plus ou moins broyé 3 car plus
il eft broyé plus il eft fin, plus il eft pâle 6c plus il efteftime , principalement
pour ceux qui l’cmployent â rougir la cire d’Elpague.
On doit choifir le vermillon bien broyé , fcc, le moins terreux, le plus pur 64
D’où vicnï
que le ci¬
nabre eft
difpofc pal
lits.
Vermillon.
1 8 Hiftoire generale
le plus net que faire fe pourra j il eft d’une neceflîté abfoluë que les Hollandois
mêlent dans le vermillont broyé de la mine de plomb , ou autres drogues ficcati-
ves , en ce que le cinabre en pierre broyé , comme j’ay déjà dit , a bien de la peine
à feclier, qui eft le contraire de celuy qu’ils nous envoyent tout broyé.
Le vermillon eft fort en ufage en France , tant par les faifeurs de cire d’Erpagne,'
que par les peintres, & parce qu’il entre dans plufieurs Ouvrages où il eft requis.
On fera averty de ne fe jamais fervir du cinabre broyé & mélangé avec quelque
grâilfe pour s’embelir le vifage , ainfi que l’a fort bien remarque Monlieur Le-
mery , en ce que ce fard eft dangereux , & qu’il en pourroit arriver de fâcheux
accidens ;&:on pourra employer â fa place du vermillon furnommé d’Efpagne,
duquel l’on fe peut fervir avec toute fureté, n’étant fait que du fafran du levant
ou Safranum.
Du Mercu- Cinabre ou du Vermillon , par le moyen du feu, & de la limaille d’a-
encinibre" ^ cHaux vivc mife dans une cornue, un Vif-argent très pur &fort pro¬
pre à tous les ufages , où le Vif-argent eft requis , mais comme ce mer¬
cure eft beaucoup plus cher , tant à caufe des frais qu’il faut faire que par le
déchet j ceux qui ont befoin de Vif-argent, â moins que ce ne foit quelques
curieux, ils fe fervent de celuy d’Hollande.
A l’égard du choix de ce mercure il doit être extrêmement blanc & bien vif.
CHAPITRE XXIX.
Du Suhlme corrofif.
Le Sublimé Corrofif que nous tirons d'Hollande oudeVenife, eft du Mer¬
cure ordinaire ou revivifié du cinabre, de i’cfprit denitre, du vitriol cal¬
ciné en blancheur & du Tel marin decrepité j bc par le moyen d’un vailTeau fubli-
matoire , il eft réduit en une maife blanche & brillante.
On doit choihrle fublimé foit d’Hollande, {bit deVenife, bien blanc, le plus
brillant, le moins pefant , le moins compacte qu’il lera polTible 5 &rejctter tant
qu’il fe pourra , le fublimé de Smyrne , qui eft pefant , remply de miroirs , en
ce qu’on prétend qu’il eft fait avec de l’arfcnic , ce que je n’ofe afturer pour n’en
être pas certain , & la meilleur connoilfance que j’en puis donner i c’eft d’y
jetter dclTus quelque goûte d’huile de tartre fait par défaillance , ou le frotter
avec tant foit peu de fcl de tartre i s’il jaunit , c’eft une marque infaillible qu’il
eft fait de mercure , & qu’il eft de la qualité requife j au contraire s’il noircit c’eft
une marque qu’il n’eft pas d’une bonne qualité , & qu’il doit être rejetté.
L’ufagedu fublimé corrofif eft pour plufieurs perfonnes , comme Chirurgiens,
Orfèvres , Maréchaux & autres \ il eft aufli ufité en Médecine pour l’extérieur,
mais comme c’eft un des plus forts poizons que nous ayons , on ne s’en doit fer¬
vir qu’avec de grandes précautions ,& les Marchands qui le débitent n’en doi¬
vent vendre qu’à ceux d’une profcftîon à en avoir befoin ,ainfî que les Ordon¬
nances du Roy le portent , dans lefquclles il eft exprelTément défendu â tous
Marchands de vendre toutes fortes de poizons qu’au fcul Maître de famille , & de
tirer des certificats de celuy qui l’achetc, & de fi^avoirce qu’il en veut faire,
Marchand qui le vend de le tenir fous la clef , & qu’il n’y aye que luy qui en
faftelc débit. Je ne croy pas que l’on trouve cet avcrtiiTcmcnt mauvais , puifqu’il
eft fait pour la lureté publique.
Des Drogues. Livre premier.
19
chapitre XXX.
Du Suhlimè doux.
Le Sublimé ou Mercure doux , ou dulcifié ^ aufli appelle t^cfuiU alba i
cft du Sublimé corrofif , & du Mercure crud réduit en mafie blanche par
de petites éguillcs , par le moyen du feu & de plufieurs matras ou phioles de
verre.
Le Sublimé doux ou Mercure dulcifié 3 doit être blanc , brillant , garni de pe¬
tites éguilles dures , qui étant pofé fur la langue font d’un goût incipide , & qui
étant réduit en poudre, il foit d’un blanc tant foit peu jaunâtre. On fera averty
de bien prendre garde qu’il ait été dulcifié au moins trois fois ; car à moins
que cette marchandife ne foit de la qualité rcquife, c’eft à dire d’un goût fort in¬
cipide, il feroit capable de produire de fâcheux accidents. Ceux qui le feront ve¬
nir d’Hollande, ne s’attacheront pas tanta la grande beauté que les Hollandois
le font J mais qu’il foit fans aucun goût, S>c je puis afiureren avoir tiré d’Hollan¬
de, que fi je n’y avoit pris garde il en feroit arrivé de très méchantes fuites : ce
qui ne provenoit que de ce qu’il n avoit été fublimé , ou dulcifié qu’une
fois.
Le Sublimé doux bien préparé , cft un fort excellent remede pour guérir les
maladies fècrettes , & pour faire mourir les vers ftxr tout des petits enfans j la doze
ordinaire cft depuis deux grains jufqu’â trente pris en bol , foit dans quelques
remèdes purgatifs , ou dans quelque conferve.
CHAPITRE XXXI.
De la Panache mercurielle.
ON appelle î^anaccemcrcur^lcjUnSubiimé doux fait dcmcrcurcj revivi-
fié de cinabre, & ditlcifié ou fublimé jufqu’â huit fois. Je ne m’étendray
point fur cet article , en ce que les Diredeurs de l’Hôpital des invalides en ont
fait faire un imprimé qui en traite fort au long , je diray feulcmint que ce re-
,mede cft fort recherché & eftimé , tant â caufe de fa nouveauté que parce que
l’on prétend que c’eft un remede general pour la guerifon des maladies cy-def.
fus, &onluy attribue tant de qualité que l’on luy a donné le nom de Panacée*
qui veut autant dire que remede univerfeL On met ordinairement cette Panacée
en petites pilules , avec des mucilages de gomme adrangant , & lorfqu elles font
fcches, ne different en rien^ tant en couleur qu’en grolfeur âla coriandre en
dragée.
20
Hiftoire generale
CHAPITRE XXXII.
JDu Précipité hlanc.
Le Précipité blanc eft un vif-argent diflbud dans refprit de nitre , & préci¬
pité parle fel en poudre blanche. Cette poudre après avoir été bien lavée
&fcchéc,eftce que nous appelions vray Précipité blanc de mercure, pour le
différencier d’avec deux autres fortes de Précipités blancs , dont l’un eft fait de
Sublimé corroftfjdifToud dans une eau compofée de fel armoniac, & réduit en
poudre blanche, en jettantfur la diflblution de l’huile détartré par défaillance,
&enfuite lavé &fechc comme celuy cy-defTus. Le troifiéme fe fait encore de
Sublimé corrofif réduit en poudre , & mis dans de l’eau chaude ; & 'apres avoir
jetté fur cette diffolution de l’cfprit volatil de fel armoniac , on en retire une
poudre blanche , qui après avoir été aufli lavée & fechée,a les mêmes proprie-
tez que les deux autres , qui eft pour exciter le flux de bouche , ou mélangé dans
quelques graiffes ou pomades , pour guérir les dartres & même pour la galle.
Comme ces précipitez & generalement tout ce qui vient du mercure , font
des remèdes violents , auquel il peut y avoir quelques rifques j l’on ne doit
s’en fervir qu’avec de grandes précautions , & par l’avis d’habiles gens. Le Pré¬
cipité blanc de mercure pour être de la bonne qualité , il faut qu’il foit blanc ,
pefant, & fidclement fait j ce qui fe pourra connoitre en en mettant tant foit
peu fur un charbon allumé , s’il s’exale c’eft une marque qu’il eft bon j & au
contraire s’il refte fur le feu , ou qu’il en découle du plomb , c’eft une preuve
infaillible que ce n’eft que de la cerufe broyée , ou quelque-autre blanc comme
de celuy de Roiien & autres femblables.
A l’égard du précipité fait avec le Sublimé, il doit être extrêmement blanc, &
beaucoup plus leger que celuy qui eft fait avec le mercure i ce qui femblc affez
extraordinaire , en ce que tout ce qui eft de mercure eft ordinairement pefant :
& c’eft ce qui fait que ceux qui ne s’y connoiffent pas n’en veulent point , quoy
qu’il foit aufli beau & bon que celuy qui eft ^t avec le mercure.
CHAPITRE XXXIII.
Précipité rouge.
Le Précipité rouge eft du Mercure diffoud dans l’cfprit de nitre, ^'cnfliitc
rougi au feu,jufqu’à ce qu’ils aye acquis une couleur rouge & brillante,
tel qu’eft celuy qui nous vient d’Hollande. A l’égard des Précipitez rouges qui
fe font par les Artiftes à Paris , ou autres villes de France, il eft prefque autant de
differentes couleurs comme il y a de gens qui l’ont travaillez , & il y a tres-peu
de fes Artiftes qui le faffent comme en Hollande .C’eft ce qui fait que la plufpart
des Précipitez rouges que les Apoticaires vendent , font tantoft rouges , tantôt
orangé & jamais brillant , à moins qu’il ne Paye acheté des Droguiftes qui l’ont
fait venir d’Hollande \ je ne veux neanmoins pas dire qu’il ne foit aufli bon j
mais il n’eft pas tant de vente. Il y a encore deux autres fortes de Précipité
des Drogues , Livre Premier. 1 1
tou gc, dont lu n cft de couleur de rozc , t:ela ne provenant qu’au lieu de mettre
au feu la diflolution du mercure dans refprit de nitre, on verfe defl'us de l’urine
chaude, & auffi-tôt il fe fait un précipité decoùleür de roze, qui après avoir
cte lave elt tort convenable pour tuer les vers , pour le Icorbut , pour la o-allc , &
même on s’en peut fervir aux mêmes ufages que celuy qui a été rougi au feu.
Le troifiéme précipité rouge fe fait avec du fublimé diflbud dans l’eau chaude,
fur laquelle on verfe de l’huile de tartre par défaillance. Monfieur Lemery dit
que cette préparation de fublimé elf le veritable^precipité rouge , mais qu’il n’a- yr»y pre*
git pas avec tant de violence que celuy de mercure ; ces -deux derniers Precipi-
tez font fort peu en ufage , en ce que l’on fe fert du premier , lequel pour
être bon doit être fidèlement fait , prendre garde qu’il ne foit mélangé de
mine de plomb , ce qui fe pourra connoître facilement en en frottant une piece
d’otjcar s’il la blanchit c’ell une marque qu’il eft bon, & qu’il efi: fait de mer¬
cure j au contraire s’il la noircit c’eft un figne qu’il tient du plomb , & qu’il
en cft mélangé j on le peut encore mettre fur le feu , s’il s’exhale c’eft une bonne
marque ; je diray neanmoins que l’on doit préférer celuy d’Hollande , tant à
caufe qu’il eft plus beau ôc ainfi plus de vente , que parce que nous le pouvons
établir à meilleur marché fur tout en tcrnps de paix, que celuy que fe pourroit
faire en France.
CH AP I T R E XXXIII.
De (arcane Coralin,
L‘On appelle Arcanc Coralin un Précipité rouge de mercure , fur lequel ori
a fait brûler de bon efprit de vin , en réitérant jufqu’à fix fois , & c’eft de
cet Arcane Coralin , ou Précipité ROuge préparé que l’on doit fe fervir pour
l’intérieur , en ce que l’cfprit de vin Pa adoucy , & luy a ôté ce qu’il y avoit de plus
pernicieux.
CHAPITRE XXXIV.
Du Précipité jaune.
LÉ Précipité jaune , ou Turbith minerai , eft dû mercure revivifié du cinabre ;
dilfoud dans de l’huile de vitriol , & enfuite avec de l'eau tiede on en fait
précipiter une poudre jaune , qui après avoir été bien lavé & fechéjons’en fert
comme d’un puilTant purgatif & vomitif. On fait encore un Précipité jaune en
diflblvant du fublimé en poudre dans de l’eau chaude , & y verfant defius de l’eau
de chaux , la poudre jaune qui fe trouvera au fond , après avoir été aulli lavée
&fechéc, peut paffer pour Précipité jaune ou Turbith minerai. Monfieur Lemery
dit que Cette diflolution ou eau jaune , cft appcllée eau Phageudenique ou Ulce-
rcrc, parce qu elle eft propre pour deterger & pour guérir les Ulcérés jles Chi¬
rurgiens s’en fervent fort fouvent , principalement dans les Hôpitaux j mais ^
l’eau Phageudenique ordinaire eft de l’eau de chaux , dans laquelle on y a mis phageudej
quelque peu de fublimé.
///. Pmii. R
22
Hifloire generale
CHAPITRE XXXV.
JD^ Précipité verd.
Le Précipité verd eft du Mercure & du Cuivre dijÛfoud dans l’efprit de nitrc ^
& enfuite avec du vinaigre diftillé on en fait une poudre d’une couleur
Verte, dont on fe fert pour purger par le haut par le bas j & même quelques-
uns prétendent que c’eft un fpecifique pour guérir les Maladies Veneriennes.
Ceüx qui préparent ces Précipitez trouvent une poudre jaune qui eft alTez fem-
blables au Turbith minerai.
Il eft à remarquer que plus on fait entrer du Cuivre dans cette operation ,
plus il ad’acrcté & plus il a d’effet. Ce Précipité eft fort peu en ufage , & eftoit
peu connu avant que le Sieur Matte de la Faveur , Diftillateur du Roy à Montpel¬
lier en eut donné la deferiptipn.
CHAPITRE XXXV 1.
De / H^ile de mercure.
L’Huile, ou pour mieux dire , Liqueur de Mercure , eft un Vif-argent diffoud
dans de l’Huile de vitriol , & réduite en maffe blanche par le moyen du feu,,
& cette maffe eftant mife à la cave ne manque pas de diffoudre & de fe réduire
en eau. On peut faire une autre Huile de Mercure plus douce, en diffolvant du
Vif-argent dans l'efprit de vin , & de laquelle on fe peut fervir avec plus de fu¬
reté ; on en peut faire encore avec le Sublimé doux & le Sel armoniac , ou au lieu
de fel armoniac on fe peut fervir du fel faturne , &: au lieu du fel de faturne de
fucre candy , ainfi que de beaucoup d’autres fortes dont la plufpart des Au¬
teurs font remplis.
CHAPITRE XXXVII.
De î Etain.
L’Etain que les Anciens ont appelle plomb blanc , eft un métail blanc qui
n’eft pas li dur que l’argent , & plus dur que le plomb. Qj^lques-uns ont
donné à l’étain le nom de Jupiter , en ce qu’ils ont prétendu qu’il tir oit des in¬
fluences de cette fauffe Divinité : ils prétendent aufli qu’il foit formé de deux
matières , ftjavoir de plomb & d’argent, en ce qu’il fe trouve quelquefois dans
les mines d’étain , de l’argent & du plomb , & quelquefois aufli des diamans qui
font attachés à la roche dont on tire l’étain ; Ils font naturellement polis , quar-
ré & pointus , & font de differentes groffeurs , s’en trouvant de celle d’une
noix , mais ils ne font ny fl durs , n’y n’ont pas l’enfoncement des véritables dia-
mans. On veut aufli qu’il foit compofé d’une terre , d’un foufre impur , d’un fel
métallique , & d’un mercure un peu plus pur & mieux digéré que celuy du
plomb , & qu’ij eft ennemy de l’or &dc l’argent , & quand ils font un® fois mêlé
cnfemblç , on a de la peine à les feparer.
des Drogues , Livre Premier. 2 3
Laplufpart de rétain que nous voyons en France, nous vient en faumons de
différents poids d’Angleterre, furtout de la Province de Cornoüaille, &: il y a des
I fies en Angleterre qui font fi abondantes en étain , quelles en portent le nom.
Nous voyons à Paris de trois fortes d’étain : f(^avoir, l’étain plané , l’étain fo-
nant , & l’étain commun. L’étain plané qui eft le plus beau & le meilleur, cft de
l’étain d’Angleterre tel qu’il vient de la mine : & pour Touvrager on y incor¬
pore del’étaindecrlace,du cuivre, de rofette, & tant foit peu de Zaïn pour le Etain plané
^ecralfer. _ ^ “
L’ étain fonant eft de l’étain d’Angleterre qui a été abaiffé par des étains plus |oi"o£ii-
trommuns ; ainft l’étain fonnant étant compofé d’étain glacjp Sc de cuivre , c’eft
ce qui caufe , comme la trcs-bien remarqué M.Lemcry , que ces matières qui font étain à-i*’
compofées de parties roides & calfantcs , étant unie avec l’étain affermiflént fes ou“ctâm
parties, & rendent lemétail plus dur, plus folide & plus compare , c’eft par cette « "c-eTu
raifon cju’il devient fonant ; car il faut de neceflité qu’une matière fonante foit
compolee de parties roides , & difpofées en forte qu’étant frappée elles s’agi¬
tent fe tremouifent en fc hurtant les unes contre les autres ; ce qui ne fepeuc
pas faire dans l’étain pur qui eft molacc & pliant. L’étain commun eli de l’é¬
tain d’Angleterre , & du plomb allayé de cuivre jaune que Ion incorpore
dedans. Pour f^avoirà quel degré de bonté eft l’étain, on prend une craye blan¬
che qui fe trouve.proche de Tonnerre en Bourgogne j de cette craye on en fait
une efpece de lingotiere , dans laquelle l’on y verfe de l’étain fondu , Sc par le
moyen de cette craye les Potiers d’étain voyent â quel titre il eft , par de pe¬
tites rayes qûi s’y forment , ou bien ils rcmpliifent des moules de balles de
îUoufquet d’étain fondu , ôc celuy qui fc trouve le plus leger eft cftimé le
meilleur. Q^lques Auteurs difent que l’étain ou plomb blanc , fe trouve
à fleur de terre parmy les fabloniercs , & les rorrens fechez & taris , àc qui fe trou¬
ve en grenaille j qui après avoir été lavé par les Arpailleurs , eft fondu jetté dans
des moules pour le mettre en faumons de la figure que nous le voyons. Outre ïcience des
les differens ufages que nous tirons de l’étain, on en tire par le moyen de la chi-
mie pluficurs operations , comme il fc verra cy-apres. «iSXÏ
Outre l’étain d’Angleterre , il nous en vient quelquefois de l’Allemagne , mais cettc“\r'
il n’eft pas fi bon , en ce que ce n’eft que le rebut de celuy qui afervi à eftamer le
fer blanc. On nous en apporte aufli quelquefois de la Lorraine.
CHAPITRE XXXVIII.
De l Etain en feuilles,
L’Etain en feuille ou appeau , eft de l’étain battu que les Hollandois ont peint
d’un côté , par le moyen d’un verni de telle couleur qu’ils ont voulu. C’eft
ce qui fait qu’ils nous en envoyent de jaune, de rouge, de noir, de blanc d’au¬
rore, Vautres Couleurs-.
On doit choifîr cet appeau ou étainenfeüille,uni, bien verni , entier , & le
mieux roulé qu’il fe pourra j les Hollandois nous envoyent cet étain dans des pe¬
tites boctes qui contiennent ordinairement une grolTc , qui eft douze douzaine.
L’étain en feüilles étoit autresfois fort en ufages j à caufe que les Ciriers s’en
fervoient pour mettre aux torches , & autres ouvrages de cire , mais pour le prefent
on ne s’en fert que lorfqu’il eft mort quelques perfonnes de qualité pour mettre à
leurs armoiries.
/ / /. Partiel ^ ij
24
Hiftoire generale
CHAPITRE XXXIX.
Y^et Etain en poudre.
ON réduit l’étaîn en poudre en deux maniérés . fçavoir avec du charbon
pillé, ou avec de la craye , comme il fe verra cy-aprés à l’article du plomb.
Ceux qui travaillent fur l’étain au lieu de le mettre en poudre le brûlent , c’eft
à dire* le calcinent, & le reduifent en poudre grifatrCjqui eft ce que Nous
pothéc. les Potiers d’étain vendent fous le nom de Pothée d’étain , & s*en fervent pour
frotter leurs marteaux , & d’autres pour polir les miroirs d’acier. Ceux qui défirent
rendre cette Pothée extrêmement blanche , la calcine jufqu’à ce qu’elle foit
d’un très beau blanc. Cet étain calciné en blancheur .cft ce que les Chimiftes
ceruze ou appellent ccrufc ou chaux d’étain , ôc d’autres blanc d’Efpagne ou bezoard
jovial. . , ‘
ÏÏSrd Auteurs alTurent que l’on peut réduire Tctain en chaux ou en ceru-
joviai. fc par le moyen de l’urine, & que Turine agit fur l’étain comme le vinaigre fur
le plomb. Outre les ufages que les Chimiftes tirent de cct étain calciné, il s’en
employé beaucoup par les Faycnciers, pour faire ce beau verni ou émail blanc qui
cft fur la Faycnce j mais il y a icy une chofe à remarquer , que cette cerufe d’étain
ne peut fervir aux Faycnciers qu’elle n’aye été auparavant expofée un an aux
injures du temps , afin que l’air falfc une fécondé calcination, mais ce qu’il y a
à prendre garde c’eft que cette cerufe d’étain ne loit point remplie de faleté;
car ce feroit autant de taches fur lafayancc.
C HAPIT RE XL.
Se/ d étain.
Le Sel d’Etain eft de Pétain calciné , fur lequel on verfe du vinaigre diftillc y
& par le moyen du feu & d’un lieu frais , on en tire un fel blanc, en petits
criftaux , duquel on fe feit pour les dartres mêlé dans quelque pomades, il doit
être fcc , blanc , leger , & en petites éguillcs.
chapj^tre xli.
Des T leurs détain ou de ïupiter.
ON tire de l’étain avec le Sel armoniac , par le moyen d’un vailfeau fubli-
matoire , des Fleurs blanches , au lieu du Sel armoniac : D’autres fe fervent
Salpêtre rafiné. On peut faire des Fleurs d’étain par le moyen del’efprit de
^ volatil de Sel armoniac , ou de l’huile de tartre fait par défaillance , un magifter
d'éuS ^ d’étain qui après avoir été dulcifié &;lavédansde l’eau ô«:feché, eft un très beau
blanc, qui étant mis dans quel que pomades, on s’en peut fervir comme de fard.
d e s Drogues , Livre Premier. 2 5
Et même on peut employer des Fleurs d’étain , aux memes ufages que le ma-
gifler.
CHAPITRE XLII.
Du diaphoretique dEtuin.
Le Diaphoretique d’étain que Monfieur Lemery appelle Diaphoretique jovial
ou antiheétique de Poterius ^ eft de l’étain fin d’Angleterre & du régulé
moine fait avec le mars fondu enfemble , & enfuite avec du falpêtre , &:
de diverfes lotions 5 on en retire une poudre dont l’on fe fert pour les maladies
du foye, pour les fièvres malines , pour la petite verol| , & autres maladies^ ainfi
que l’enfeigne le même Auteur.
CHAPITRE XLIII.
De î etain de qlace naturel.
O
Quelque diligence que j’aye fait pour pouvoir découvrir s’il étoit vray
qu’il y eut de l’étain de glace naturel , il m’a cfté impoflible de le pouvoir
apprei^dre, & tous ceux avec qui j’en ay conféré débouché ou parTettres , ils
m’ont tous dit d’un commun accord qu’il n’y avoit point d’autre étain de glace
que celuy que nous vendons , qui eft un étain de glace artificiel , comme il fe
verra au chapitre fuivant. Je ne voudrois pas neanmoins alTurer qu’il ne s’en
pût trouver , mais il n’eft pas venu a ma connoillance ^ ainfi je ne puis con¬
tredire ceux qui ont écrit que Pétain de glace eftoit une marcafite fulphureule
que l’on trouve- dans les mines d’étain aufti-bicn que ceux qui ont dit que c’etoit
«n corps minerai à demy métallique , compofé delà première matière de l’étain,
qui eft encore imparfait, & qui difent que l’on le trouve dans les mines d’étain ,
^ que fa fubftance eft fort dure , pefantc , caflante , d’un grain gros , poly,
blanc & éclatant. Ils difent encore qu’il eft appellé étain de glace , parce qu’étant
briféjil fait voir plufieurs petites fubftances polies comme une glace j ils 1 ap¬
pellent aufli marcafites par excellence , à caufe qu’il furpalTc les autres en blan¬
cheur & en beauté i ils veulent qu'il contienne un fel arfenical , qui eft dangereux
à prendre intérieurement. Q^y qu’il en foit , je fuis feur que ceux qui en ont
ainfi parlé, om crû que l’étain de glace que nous vendons étoit naturel.
CHAPITRE XLIV.
De t etain de glace ordinaire.
L’Etain de glace que quelques-uns appellent Bifmuth , eft un mélange d’é¬
tain , de tartre & de falpêtre , & par le moyen du feu & d’un treulct , on
R iij
ïicurs ^
Magiflei-
de Bif-
Kiuch.
felanc
Perles o
d’HIl'agr
26 Hiftoire generale
■on retire un étain de glace très blanc & très pur, & beaucoup plus beau & plus
blanc que l’étain de glace que nous faifons venir d’Angleterre. Et cette différence
ne provient à ce que l’on m’a affuré, que de ce que les Anglois y meflent du
Cuivre, pour liiy donner cet oeil rougeâtre qu’il a.
On poLiiToit fort à propos donner -à l’étain de glarele nom de régulé d’étain,'
puirqueeffedivement il eft jc’eft une chofe fi probable & fi a{ruréc,que l’étain
déglacé que nous vendons eft artificiel, que fa figure le demonltre, en ce qu’il
efl: facile de voir que C’ eft ml métail fondu &: jette dans un mortier , auparavant
chauffé & graiffé comme on fait les autres régulés 5 & il eft fi vray que cet étain
de glace eft artificiel que j’en ay fait moy-meme , & que je fuis preft de faire voir
à ceux qui auront de la peine à me croire.
On doit choifir l’ctain de glace ou régulé d’étain , en belles écailles , larges^
blanchesde facile àcaffer, & rejetter celuy qui eft en petites écailles, & qui en
un mot approche de la figure du régulé d’antimoine , aufïi-bien que celuy
qui étant caffé paroit moitié en grandes écailles moitié en petites , & d’une
couleur fombre.
■L’ufage de l’étain de glace eft pour les Potiers d’étain, qui s’en fervent prefen-
tement au lieu de régule d’antimoine , ou pour en tirer par le moyen de la Chi¬
mie des fleurs , ou un magifter ou précipité blanc.
Pour tirer des fleurs de l’étain de glace on le calcine , U avec du fcl armo-
niac Sc un vaiffeau fiiblimatoire , on en tire des fleurs qui après être dif-
foud dans l’eau , & précipité avec de l’efprit de fel armoniac ou avec l’huile de
tartre j on peut s’en fervir comme du magifter de Bifmuth dont je vais
CHAPITRE XLV.
Du Magifter de Bifmuth ordinaire.
Le Magifter de Bifmuth , que quelques-uns nomment fort mal à propos , Wanc
d’Efpagne ou de perles , eft de l’étain de glace diffoud dans l’efprit de ni-
tre &: précipité en poudre blanche, avec tant foie peu de fel marin, & enfùite bien
lavée avec de l’eau claire & fechéc :IIy a des Perruquiers qui fe fervent quoy-
que très mal à propos de ce magifter , pour donner une couleur blonde aux
che^x roux j cette fourberie fera facile à connoître, en ce que cette 'cou¬
leur ne dure pas long-temps , principalement quand la perruque a efté portée
à la pluye.
Le Magifter de Bifmuth eft quelque peu ufité pour blanchir le vifage en le
mettant dans des pomades ,ou(hlayé dans de l’eau de lys ou deTeve. Il eft fort
“bon aufli pour guérir la gratelle 5 parce qu’il mange fuivant Monfieur Lcmcry,
les acides où les fels qui fomentent cette maladie. On fera averty de ne pas
faire grande provifion de ce Magifter de Bifmuth , en ce qu’en vieilliC-
fant fa couleur blanche fe change en jaunâtre , ^ devient enfin hors de
vente.
Ce Magifter doit être acheté d’honnêtes Marchands ; car il s’y fait bien de la
fe'urberie,&il n’y a que celuy qui la fait qui en puiflé répondre \ c’eft pour ce
Tujet que l’on ne doit pas s’attacher au bon marché.
Des Drogues. Livre premier.
2-7 .
CHAPITRE XLVI.
Des Emaux.
LEs Emaux font de vitrifications faits avec de l’étain , du fablon, &de la
foudc d’alican , à qui on a donné divcrfcs couleurs avec differents métaux ,
comme il fc verra par la fiiitc.
Les Emaux viennent de Venife & d’Hollande , ^ font par petits pains plats
de differentes grandeurs , & marqué de differentes marques i il y en a de mar¬
qué d’un norn de Jefus , d’une fireine , d’un finge , d’un îbleil , & autres fembla-
blés , & les differentes marques ne viennent que des Ouvriers qui les ont fabri-^
quez.
Le premier eft l’émail blanc , qui cft la bafe des autres Emaux , eft de l’étain cal¬
ciné ou potée, du fablon& de la foudc, qui après avoir fouffer-t un grand feu
font réduits en pâte, & étant refroidie font dure comme de la pierre ; c’eft cet émail
blanc que l’on employé aujourd’huy pour \ernir la fayence , ne fe fervant plus
prefentement de l’étain calciné & expofé un an aux injures du temps , cet ou¬
vrage étant trop longue. L’émail blanc eft employé par les Emailleurs, Orfè¬
vres & autres» A l’égard du choix il n’y a que ceux quil’employent qui enpuiffent
connoître la beauté & la bonté s pour cc qui eft de la blancheur il eft plus ou
moins blanc fiiivant qu’il cft fait de belle étain.
Le deuxième Email eft le gris-dedin tirant fur l’ardoiffc , qui cft de l’émail blanc
coloré , avec de l’azur ou émail.
Le troifiéme cft le bleu celcfte , qui cft de l’émail blanc coloré avec du cuivré
de rofette , & du vitriol de cypre.
Le quatrième eft le couleur de chair, qui eft de l’émail blanc coloré avec du
perigucur.
Le cinquième cft le jaune, qui eft de l’émail blanc ^ coloré avec la rouille de
fer.
Le fixiéme cft le vert , qui eft de l’émail blanc coloré avec de la limaille d’épin¬
gle, ou d’autres cuivres jaunes.
Le feptiéme cft le bleu , que les Emailleurs appellent Faux-lapis , qui eft de l’é- raux-iapi*;
mail bleu coloré avec le faphre j on donne â ces Emaux encore dift'crcntes cou¬
leurs , c’eft â dire que d’une même couleur on en fait de plufieurs en y metÎÉÎiÇ
plus ou moins de métail.
. 28 Hiftoke generale
CHAPITRE XL VU.
Du Cuivre.
Le Cuivre cft un métail qui fc trouve en plufieuts endroits de l’Europe J
mais principalement enSuede & en DannemaiK , d’où on nous apporte
prefque tout celuy que nous vendons. Le Cuivre fc tire de fa mine en fable &
en pierre à peu prés tomme le fer, & après avoir été lavé & purifié d’une terre
dont il eft mélangé , cft jette dans des moules de differentes figures -, pour le
rendre en véritable cuivre de rofette , on le refond une fécondé fois , & lorf-
qii’il eft; bien purifié on le jette dans des moules de fables , pour en faire des pains
ou des plaques mal unies telles qu’eft: le cuivre de rofettes. Lorfqu on veut rendre
îî.f«tc Cuivre de rofette propre àfouffrir le marteau , on lexefond pour latroifiémc
fois, & enfuite on en forme des pains de trois pouces d’épaiffeur , & environ
de quinze pouces de diamettre. De ces pains en les mettant ati feu entiers oU
par quartiers, on en fait des plaques* & de ces plaques des chaudrons , Se autres
uflanciles femblablcs , ce qui fe Fait facilement par le moyen de certains pilons
qui font conduits par des moulins à l’eau ,& les plaques de cuivre font formées
en chaudrons par un homme qui tourne ces plaques avec ces jambes, qui font
garnies de peaux de mouton, à les met de telles formes qu’il fouhaite , fans fe
fervir prefqne de fes mains. Le Cuivre eft un métail fort dur & fcc avant que
d’être fondu, & lorfqu’il a été bien fondu il devient dudille , & prefque aufti
malléable que l’or & l’argent. Q^lques-uns appellent le Cuivre Venus , en ce
qii’ils croyent que cette Planette verfe fes influences fur ce métail. On tire du
Cuivre par le moyen de la Chimie quantité de chofes neceflaires & propres à
divers ufages , comme il fe verra cy-aprés.
CHAPITRE XLVIII.
Bu Cuivre ^aune.
Le Cuivre Jaune eft de la mitraille ou vieux cuivre rouge fondu , & ïéndu jau^
ne , par le moyen de la véritable pierre calaminaire j la plus grande partie du
’ Cuivre jaune fe fait en Allemagne & en Flandres : l’on bat ce cuivre & on le ré¬
duit en fcüille de l’épailfeur d’une feiiille de papier , & c’eft ce que l’on appelle
Aatipeau. Auripeau ou Clincant j on rebat cet auripeau & on le réduit extrêmement mince ^
que l’on met enfuite dans des livrets de papier j & c’eft ce que l’on appelle or
Or d'Aiic- d’Allemagne. On broyé cet or d’Allemagne pour en faire de la bronze qui a plus
Qy moins de couleur , fiiivant les degrez de feu que l’on luy a fait fou fSir î
on rebroye cette bronze, & lorfqu’clle cft en poudre impalpable, on la vend
fous le nom d’or d’Allemagne en poudres. D’autres mettent cet or en poudre
dans des petites coquilles de moule , & enfuite eft appelle or en coquille. L’or en
coquille le plus eftimc cft celuy qui vient d’Auftbourg en Allemagne , & qui
ot d’Aiie- porte le nom d’un nommé Augufta. A l’égard du choix de l’or d’Allemagne,
foie en feüille, en poudre ou en coquille, celuy qui cft le plus fin & le plus haut
des Drogues , Livre Premier. 2 9
en couleur cfl; cftimé le meilleur. Pour ce qui cft des bronzes , clics fe font à Broaïei
Paris.
L’ufage de l’or d’Allemagne eft pour les Peintres, fur tout pour la mignaturc.
La bronze fert aufli pour les Peintres , mais Ton plus grand ulàgecft pour bron¬
zer des figures de plâtres ou autres.
Outre les differentes préparations qüc l’on tire du cuivre jaune j les Vénitiens
en font à ce que l’on m’a affuré , ce que nous appelions Purpurine, dont on fc
fervoit le temps pafle pour bronzer les caroffes. Du cuivre jaune on en fait par
le moyen du feu 5 cette efpecc de vitrification que les Èmailleurs appelîtni.
Avanturinc j & on prétend que ce nom luy a etc donné , parce que cctcc ope- aitifickika
ration fut trouvée fans y penrer,& s’étoit faite par des limailles de cuivre jau¬
ne , qui étoit tombée dans un fourneau de Verrier. L’Avanturine eft toute
garnie de petites paillettes d’or.
Il y a une autre Avanturinc qui fe trouve naturellement en plufîeurs endroits Avan-urinà
de France, laquelle pluficurs perfonnes fe fervent. L'on m’a affuré que les pail-
lettes de cuivre que l’on met fit le papier étoit une avanturinc.
CHAPITRE XLIX.
Du Pompholix.
LÈ Pômpholix appelle calamine blanche^ «//, nihil , fiihili , éilttum ou fleur*
d’airain , &mal à propos cendre de bronze, cft ce qui s’attache au carreau qui
couvre le creufet & à la hapcou tenailles des fondeurs 3 quand ils fondent le cuivre
jaune , & il cft certain qu’il n’y a que le cuivre jaune qui donne la vraye calamine 3
& non pasia bronze ny le métail , ny le potiii, comme la plufpart des Auteurs
l’ont écrit , n’y ayant humainement que le Icton ou cuivre jaune , qui donne
delà Calamine ou Pompholix.
Quoyque ce Pompholix foit fott facile à trouver 3 il n’y a guère de dro¬
gues plus inconnues , ce qui ne provient que de la négligence ou ignoran¬
ces des Apoticaircs, en ce que la plufjpart croyent que la Tutic & le Pompho¬
lix font la même chofe j ainfî ils employent toûjours la Tutie pour le Pom¬
pholix.
La plus belle Calamine Vient d’Hollande , ce n’eft neanmoins pas pour qu’el¬
les foit meilleure , mais parce qu elle cft plus proprement ramafice.
On doit choifir le Pompholix bien blanc , léger , fryablc, net, d’Hollande où
de France il n’importe pas , pourveu qu’il foit bien blanc.
Ceux qui fondent les cloches en pourroient recueillir quelque peu 3 mais la
petite quantité , & parce quelle n eft pas fi belle 3 ne mérite pas la peine d’en
faire aucune recherche.
Le Fondeur où j’ay veu faire la Calamine m’â affûté qu’il n’en vendoit jamais
a pcifonne , fi ce n’eft à quelques particuUers qui en viennent demander urx
gros pefant pour prendre avec dü vin pour fe guérir des fièvres 3 & m’a certifié
que c’étoit un remede affuré , & qüc cela guerifîoit toutes fortcl de fièvres , ce
que je n’ay pas éprouvé , & je ne confcille à perfonne de s’en fervir qu’avec dè
grandes précautions , en ce que le Fondeur m’a dit que c’étoit un remede forÉ
Violent.
ni. partie, S
3°
Hiftoire generale
CHAPITRE L.
De /Æs Uftum,
L'Æs Vftm ou Cuivre brûlé , cft du cuivre rouge coupé en petites plaques
& mifcs dans un creufee avec du foulfrCj & quelque peu de fel marin,
tum fuper Jîratum , & mis dans un grand feu de charbon , & lorfque le fouffre cft
brûlé on retire le cuivre qui fe trouve d’une couleur de gris de fer au deflus , di
d un gris rougeâtre & brillant en dedans & fort caftant.
VÆs Vfium ^our qu’il foit de la bonne qualité, doit être moyennement épais
delà couleur cy-deflus ,& qu’étant frotté l’un contre l’autre fafle un rouge de
cinabre , ce que VÆs Vjlum ou cuivre brûlé ne peut faire , à moins que l’on y ait
ajoûté du fcl, qui eft le fecret des Hollandois , & ce qui fait qu’ils le font plus
beau qu’en France.
VÆs Vfîum a quelque peu d’ufage dans la médecine en ce qu’il eft deterfif »
mais ceux qui s’en fervent le font rougir au feu jufqu’à neuf fois , & l’éteignent
chaque fois dans l’huile de lin , &c apres l’avoir mis en poudre ils s’en fervent
pour manger les chairs, & on appelle cette poudre d’Æs Uftum ainli préparée
cuivre. Crocus OU Safran de cuivre.
CH APIT RE LL
JD U Verd^^de ^ris natureL
Le Verd-de-gris naturel eft uncefpccc de marcafitc verdafTe, femblablcàdu
mâchefer qui fe trouve dans les mines de cuivre , & qui n’eft d’aucuû
ufage que je ftjache.
CHAPITRE LU.
IDu Verd^de^ojris.
O
LEVerdetou Verd-dc-gris , ou roüillurcde cuivre, cft des lames de cuivre
rouge , & des raffes de raifins imbibez de bon vin , & mis cnfemble dans un
grand pot de tent ^ jîratum fuptr jîratum, on lit fur lit, c’eft \ dire que l’on met
une poignée de raffes au fond d’un pot ÿ & defliison y met des lames de cuivre,
& enfuite des raffes & après du cuivre, & l’on continué ainfi jufqu’à ce que le pot
foit plein , on le porte à la cave, & au bout de quelques jours on retire ces lames
de cuivre , qui font chargez d’une rouille verte que les Latins appellent aru^o^
& apres avoir ratifte cette roüillc , ils remettent les plaques tout de nouveau
dans fes pots avec des raffes , & continué de la même manière jufqu’à ce que le
cuivre fort confommé , ou rendu fi mince qu’ft foit en état d’être m’élange
des Drogues > Livre I. 3 i
avec le Verdet, comme il leurs arrive trop fouvent. Laplufpart de ceux qui ont
écrit du Vert-de-gris, nous difent qu’il fe fait avec du vinaigre, ce qui n’eftpas
vray , car le meilleur vin n’y eft pas trop bon , la chofe eft ü véritable qu il
n’y a prefquc que le vin de Languedoc qui foit capable de faire du bon Ver¬
det, c’ eft ce qui fait que la plus grande partie du Verd-dc-gris qui fe confomme
en France, & meme dans les païs etrangers, fe fait dedans & autour de Mont¬
pellier ,& c’eft une marcliandife fort difficile à faire & à bien reuffir, quoy qu’il
fcmble d’abord qu’il n’y aye rien de fi aifé ÿ car pour le peu que l’on le manqué
on l’engrailTe & on le perd en ce qu’il noircit , on ne luy peut plus faire prendre
corps. Sans le vol qui m’a été fait j’aurois donné au public la véritable maniéré de
faire le Verd-de-gris^ ainfique jcl’avois veu faire à Montpellier, & toutes les cir-
confianées que l’on y apporte ; mais ne pouvant mieux faire pour le prefent , ce
fera Dieu aidant pour la féconde Edition, en cas que jel’aye pû recouvrir.
Il y a quelques Auteurs qui difent que l’on peut faire du Verd-de-gris en met¬
tant des lames de cuivre dans un creufet avec du fel , du foufre &: du tartre , &: après
avoir été calciné & refroidi j ces lames de cuivre font converties en untres-beau
Verd-de-gris jmais comme ces fa<^ons , fuppofez quelles foient véritables , ne
font prefentement d^aucun ufagé^ en ce que tout le Verdet que nous vendons
eft fait & fabriqué de la maniéré que j’ay cy-devant dit.
Nous tirons de Montpellier de deux fortes de Verdet j fçavoir en poudre ôcen
pain, lequel pour être de la bonne qualité il faut qu’il foit fec,d’un beau verd
Foncé , & le moins rempli de taches blanches qu’il fera poffible. Le Verd-dc-
gri's cfi: la marchandife la plus ingratte , & celle oïlil y a le plus à perdre de l’Epi¬
cerie ic’eft ce qui fait que ceux qui le fabriquent font obligez d’y mélanger des
Drogues qu’il n’cft pas befoin de nommer , & de le rendre fi humide que les
Marchands qui le reçoivent y perdent beaucoup à caufe du gros déchet qu’il fait,
fans comprendrcla peau quil envelope,quiefl: comptée aux d’Etaillcurs comme le
Verdet.ll feroit beaucoup plus à propos que ceux quil’employent l’achetaflcnt plus
cher , ôc qu’il fut de la qualité rcquifc j car je foûtiens qu’il n’y a point de pains
de Verdet du poids de vingt-cinq livres , telle que l’on nous envoyé dé Mont¬
pellier, qui après avoir été feché ne foit déchu d’un grand tiers ,ainfi du Verd-
dc-giis qui aura coûté vingt fols mol, reviendra à prés de vingt-huit fols
étant fec.
Le Verd-de-gris eft une drogue des plus ùfitées que nous ayons , & c’eft une
chofe prefque incroyable de la quantité qui s’en employé , non pas pour la
mcdecine , mais par les Teinturiers , pelletiers , Chapeliers , Maréchaux & les Pein¬
tres *, mais cequil y a à remarquer c’eft que l’on ne fi^auroit employer le Verd-dc-
gris feul broyé à l’huile, il faut de neceffité abfoluë y mêler pour la peinture de
la cerufe , car au lieu de faire verd il feroit noir.A l’égard des proprietez Verd-
de-gris on l’eftime propre pour manger les chairs. Les Apoticaires en employent
dans quelques onguents & emplâtres, comme l'Æ^ypfùc, V Jpofolorum ^ l'Em¬
plâtre divin & autres. Ceux qui colorent le papier en vcrd,fc fervent du Verd-
dc-gris du Tartre blanc pour luy donner cette couleur, mais depuis quelque
temps il ne fe fervent plus que du fuc de noirprun. •
Les Apoticaires ou autres perfonnes qui auront befoin de Verd-de-gris, pour
employer dans les compofitions cy-demis nommées ou autres , au lieu de le
mettre en poudre, pourront le dilToudre dans le vinaigre, & le palTer par un
tamis de crain,&par ce moyen éviteront la méchante qualité du Verdet qu’ils
fcîoient obligez de fouffrir en le mettant en poudre.
J IL Partie. S ij
Hiftoire generale
32-
CHAPITRE LUI.
T)u Verd-de-gris criftalife.
LEVerd-de-gris criftalifé ou criftaux de Verdcc,&ruivant les Marchands
& les Peintres verd calciné ou diftillé , efl; du Verd-de-gris dilToud dans du
vinaigre diftillé , &: enfuite filtré , évaporé fiicriftalifé à la cave i ces criftaux de
Verdet ont quelque peu d’ufages dans la medecine pour manger les chairs j ils
font aulïi employez par les Peintres pour peindre en verd , fur tout pour la mi-
gnature.
Tous les Criftaux de Verdet que nous vendons à Paris , viennent d’Hollande
ou de Lion, & ne différé en rien fi ce n’eft en couleur , au fucre candy , fur tout
à celuy qui eft fur des bâtons j & pour qu’il foit de la quatité requife , il doit
être en baux criftaux , clairs & tranfparents , bien fecs & les moins chargez de
bois qu*il fe pourra. On remarquera icy que les criftaux de Verdet que les Apo-
ticaires font , font mis en criftaux par le moyen de la cave , qui eft contraire de
ceux que nous faifons venir , qui font faits de la même maniéré que le fucre
candy, ainfi que quelques perfonnes me Tout affuré.
Je ne fi^ay ce qui a porté les Marchands à appeller ces criftaux de Verdet,
verd diftillé ou verd calciné , en ce qu’il n’eft ny diftillé ny calciné , puifqu’il
eft préparé comme je l’ay marqué cy-delfus.
L’on peut faire encore des criftaux de Verdet , en faifant diftbudre du cuivre
en grenaille dans l’efprit de nitre , enfuite évaporé jufqu’à pelicule , & porté â la
cave pour le réduire en criftaux. Si on veut réduire ces criftaux en liqueur , apres
avoir été fechés on les reporte à la cave où ils fe refondent en eau*, & cette li-.
SHauxck appellée des Apoticaires ouChimiftes, liqueur de cuivre ou deVenus^
Venus. & les criftaux vitriol de Vertus ou de Cuivre.
CHAPITRE II V.
Y) U Verd de Montagne ou de mer.
Le. Verd de Montagne J ou Verd d’Hongrie , eft une maniéré de poudre vci*-
datre en petits grains comme du fable , qui fe trouve dans les Montagnes de
Kernaufen en Hongrie,qui vont depuis Prclbourg jufqu’en Pologne. Il s’en trouve
aufli dans les Montagnes de la Moravie , & d’autres veulent que ce que les anciens
ont appelle fleur d’airain, qui fe fait en jettant de l’eaUjOU plûtôt du vin fur le cuivre
de rofette encore rouge , c’eft à dire comme il fort du fourneau , & que cette fleur
OU verd de n^ntagne fe reejoit & fe trouve attaché à d’autres plaques de cuivre
froid , que l’on expofe deffus en petits grains comme ceux du fable , & que cela
fefait par les vapeurs qui s’élèvent quand on jette l’eau ou le vin fur ce cuivre
chaud , & c’eft ce qui fait que le cuivre de rofette que nous avons , eft fi mal uni de
fi rempli de petites figures i & d’autres qui m’ont affuré que le verd de montagne
ctoit des lames de cuivre diffoud dans le vin , qui fe faifoit à peu prés comme
le Verd-dc-gris ;mais commejen’ay pu enfl^avoir davantage, je diray qu’on le
des Drogues , Livre Premier. 3 3
doit choifir fcc , haut en couleur , bien grenu , c eft à dire fableux , qui eft la mar¬
que du verd de montagne naturel , & le diftcrencicr d avec l'artificiel, que quel¬
ques-uns font en^pulverifant du verd-de-gris , & en y mettant quelque peu de
blanc de ccrufe parmy.
Le Verd de montagne n’a autre ufage que pour la peinture , principalement
pour peindre en verd d'herbe , c’eft pourquoy prefquc toute la peinture verte
que l’on void dans les jardins , eft fait de verd de montagne.
Comme le ver de montagne eft une marchandife aflez cherc, & qu’il en vient
de differens endroits , c’eft le fujet pour lequel on en voit de plufieurs fortes &
à difterens prix j ceux qui en auro*nt befoin ne s’attacheront pas au bon marché;,
mais qu’il foit de la qualité cy-delTus.
CHAPITRE LV.
la Brori'j^.
La Bronze eft , fuivant Monficur deFurcticrc, un alliage de métaux, dont le
principal eft le cuivre fondu avec quelque partie d’étain ou de Téton . Q^l-
ques-uns par épargne y mettent du plomb, parce qu’on ne fçauroit fondre du
cuivre dans un fourneau de reverbere , qu’on ne le trouve percé &plcin de trous
comme une éponge il y a encore un autre cuivre compofe qu’on appelle mé-
tail,qui n’cft pourtant en effet que delà bronze, & on luy donne ce nom fe-
Ion la plus grande ou la plus petite quantité qu’on y mêle d’étain , qui eft de
douze jufqu’à vingt-cinq pour cent : la lie ou marc de bronze appelle Dyphry-
ges , & eft en ufage en Médecine. La fleur de bronze fe fait quand on jette de
Veau pure fur de la bronze fondue j lorfqu’clle s’écoule par les canaux , on met
une platine de fer au deffus de la fumée , &:dans ce congclcment il s’y forme
des petits grains en forme de millet , qui font luifant & rougeâtre , & c’eft ce
qu’on appelle fleurs de Bronze : écailles de Bronze , eft ce qui tombe de Tairain «cursac
quand on le bat , & que Ton le met en oeuvre. icùWts de
A Tégard de la brônze & dumétail, nous nous en fervons pour faire des
gures, des cloches & des mortiers , ou autres ouvrages. Le meilleur métail eft
celuy qui eft blanc ôdqui fonne comme de l’argent. Je n’aurois pas parlé delà
bronze ny du métail , fi ce n’avoit été à caufe de la Tutie qui en fort , dont
cy-aprés eft la defcription.
chapitre ivi.
Di? /a Tutie.
La Tutie furnomméc d*Alexandrie ou Spode des Grecs, eft une efpece de
métallique fait en écailles & en goutiercs , de differentes grandeurs & épaif.
feur, uni au dedans & chagriné au deffus , oùfe trouve des grains de la groffeur
des têtes d’épingles ; ce qui a donné occafion aux anciens de Tappcller Tutie,
ou Spode en grappe. La Tutie que nous vendons en France vient d’Allema¬
gne, & de quelques autres endroits où fe fait de la bronze ou le métail. On
S iij
Tutic
i’Oilea»».
M’.fi, Mc-
lanteiia &
Soi'i,
3 4 Hifloire generale
doit être dcfabufé de croire comme ie marque prcfque tous les Auteurs tant
vicuK que nouveaux, que la Tutie fe fait & fe tire du cuivre jaune , & qu elle fe
fait en même temps que le Pompholix -, ce qui eft bien faux , puifquc la Tutic
fe trouve attachée à des rouleaux de terre qui font fufpcnduës &c mis exprès au
haut des fourneaux des Fondeurs en bronze ou en métail , pour retenir la va¬
peur du métail comme fait la fuye aux cheminées -, ôc par le moyen de fes
rouleaux cette vapeur eft retenue & réduite en écaille de la figure de ces rou¬
leaux de terre , ainfi que nous le voyons , & la chofe eft fi réelle que l’on n’a
qu a chercher dans la Tutie on en trouvera encore attaché à la terre , & non
pas 'que la Tutie fe falTe au bas & au tour des fournaifes où elles fe trouve en-
talTées de répailfeur quelle eft ordinairement 5 & ce qui marque de plus que
c’eft une fuppofition, c’eftque toute la Tutic que nous avons eft toûj ours faite
en goutiere, & toûjours à demy rondes , &ceux qui la font appellent cette ma¬
niéré de faire brazer laTutie.
La Tutie doit être en belles écailles , épailTes, gtenées d’un beau gris de fou-
ris au deflus , Se d’un blanc jaunâtre au dedans , difficile a cafTcr, ôc la moins
remplie de menu ôe d’ordures qu’il fera poffible. La Tutie n’a autre ufage que
je fqachc pour employer en medecine , on ne s’en fert qu’aprés qu’elle a été
bien broyée. D’autres la brûlent, & enfuitela lavent Sien fôrment destrochif-
ques dont ils fè fervent pour guérir les maux des yeux , méla-ngéc avec du beur¬
re frai^ , ou délayé dans de l’eau roze, ou de l’eau de plantin. La Tutie bien
préparée, incorporée dans dû beurre frais , eft un excellent & un feur remede
pour guérir les hémorroïdes. On doit preferer celle que nous faifons venir d’Or-
leans , foit parce qu’il la préparé mieux , ou que ce foit par la vogue quelle a eu
de tout temps.
CHAPITRE LVII.
T)e la Chalàtis^
La Chalcitis , ou Chalcite , ou Colcothar , eft un vitriol naturel rubifié par
les feux foûterrains dans les entrailles de la terre , c’eft ce qui fait que la
Chalcite eft une pierre de couleur rougeâtre. Je ne m’arréteray point à vouloir
d’écrire ce que les anciens ont dit touchant les differens changement qui arri¬
vent à la Chalcite , non plus qu’à vouloir expliquer ce que c’eil que le Mifi , le
Melanteria, &leSori, m’ayant été impolfible de pouvoir fi^avoir ce que c’eft &ou
fc trouve ces trois derniers. Mathiole fur Diofeoride à la page 719. dit que le
Mifi eft dur & femblable à l’or , & qu’il reluit comme une étoile , & qu’il fe trou¬
ve en Chipre. Le Melanteria fe trouve de deux fortes : l’un fe trouve & croit com¬
me le fel à l’entrée des mines du cuivre j & l’autre fc trouve tout congelé au
haut de fes mines : il veut que le meilleur Melanteria foit celuy qui eft poly , net,
vni & d’une couleur.de foufre, & que auffi-tôt que l’on y verfe deffus une goûte
d’eau il devienne noir. A l’égard du Sory , il dit qu’il eft noir , troüc & d’un
goût aftringent , & d’une très méchante odeur , & qu’il s’en trouve beaucoup en
-Ægypte , dans la Lybie , en Efpagne & en Chypre. Pline tout au cpntrairc dit
que la Chalcite, le Mify, le Melanteria, le Sory, eft la même chofe, & que l’un
fe change en l’autre par fucceffion de temps , c’eft adiré que la Chalcite devien¬
dra en Mify, de Mify en Melanteria , & de Melanteria en Sory, ce que je n’ay
Des Drogues. Livre premier. 3 5
jamais pu reconnoître, quoy qu’il y aye plus de dix-huit ans que j’en ay un mor^
ceau , lequel je n’ay jamais reconnu avoir changé de nature ny de couleur ^
quoyque j y aye pris garde ; il cft bien vray qu’il y a de la Chalcite qui dans un
même morceau fe trouve de differentes couleurs, mais comme je ny ay remar¬
qué aucun cbangement , tout le temps que jcl’ay gardé , c’eft ce qui m’a fait
croire qu’elle fe trouvoit ainfi naturellement.
Qi^y qu’il en foit , on doit choihr la Chalcite en beaux morceaux , d’un rouge
brun, d'un goût de vitriol, & qu’étant mifes dans un peu d’eau elle fonde faci¬
lement , &c qu’étant caflé foit d’une couleur de cuivre , 6c tant foit peu bril¬
lante.
La Chalcite ou Colcothar naturel , nous eft apportée de differents endroits,
comme de la Suede 6c de l’Allemagne. C’eff une drogue fort peu ufitée en
Médecine, à caufedefa rareté i écfi ce n’étoit que c’eft un des ir.grediens de la
Theriaque , l’on s’en ferviroit que tres-peu. La chertéAla rareté de cette pierre a
donné occafïon à plufîeurs de le contrefaire , 6c de luy chercher des Subftituts ,
comrne le Calcanthum ou vitriol rubifié , la Comproze blanche calcinée, la pierre
calaminaire , à caufe de fa reffcmblancc , ainfi d’autres chofes femblablcs , ce qui
fera que ceux qui auront befoin de vray Chalcite , s’attacheront à d’hijnnêtes
gens, &n’y plaindront point l’argent.
CHAPITRE L VIII.
Du Vitriol Romain^
m
Le Vitriol romain cft auffi-bien que tous les autres Vitriols oü Compfo^
fes,une criftalifation que l’on tire d’une efpece de marcafite qui fe trou¬
ve dans les mines de cuivre par le moyen de l’eau, â qui les anciens ont donné
le nom de Pyrites ou de Quis. On trouve de ce Qms ou Pyrites deffous nos ter¬
res glaiflés de Pafli , â une licué de Pans, ôi duquel on fait plufîeurs operations-,
6c l’on m’a affuré que c’étoit de ce Qms qu’un certain Abbé faifoit fon re¬
mède univcrfel. Le Pyrites dequoy on tire le vitriol Romain, fe trouve en
plufîeurs endroits d’Italie i pour réduire cette marcafite en vitriol , on l’expo-
fc quelques mois aux injures du temps , afin que l’air s’infinuc en dedans,
qu’elle fe calcine 6c fe convertiffe toute en chaux d’une couleur verdâtre. Lorfl
que le Pyrites cft en état de travailler on le jette dans de l’eau, 6c enfuite par le
moyen du feu 6c des caiffes de bois , cft réduit en criftaux de la maniéré que
nous le recevons d’Italie. En un mot, tous les Vitriols ou Comprofes , fe fabri¬
quent comme on fait en Angleterre l’allun , 6c icy le Salpêtre j 6c toutes les dif¬
férences qü’il y a entre les comprofes , ne provient que des differens endroits
où fe trouve lamine, &;dece que les uns participent du cuivre & les autres du
fer. Ceux qui tiennent du Cuivre font les Vitriols de Cypre & d’Allemagne : ôi
du Fer , le Vitriol Romain , &la Comprofe de Pife 6c d’Angleterre. Cette differente
qualité cft la caufe que lorfque l’on frotte du Vitriol de Chypre ou d’Allema¬
gne fut une allumellcdc couteau frottée de falive,ils la font rougir j ce qui cft
contraire au Vitriol Romain , de Pife & d’Angleterre , qui ne Font changer
nullement de couleur cette allumelle de coûteau , & comme la Compro¬
fe de Pife ou d’Angleterre, ne colore pas plus que le Vitriol Romain , cela a
donné occafon a de certaines perfonnes qu’il n’eft pas befoin de nommer de
3 6 Hifioire generale
'COBTre-faire le Vitriol Romain avec laComprofe d’An'glcrerrc, ce qui font en
lavant tant foit peu ccitc comprofe , Se la laifl'ant quelques jours à l’air pour ren-
‘dre fa couleur verte en grilàtre , ce qui lcra aflez facile à connoître , en ce que
le vray Vitriol Romain ell en gros morceaux longs, d’un vert faladon. Se aflez
^ilïkik à fondre , &e étant cafle eft tranfparant comme du verre , dont on pré¬
tend qu’eft venu fon nom, & d’autres veulent que le nom de Vitriol foit tout
myftcrtcux , en ce que chaque lettre lignifie un mot , Se que le mot de Vitriol
vouloit autant dire que, inurma ierrj: , reâifcando invenics oçcultum /4-
Ÿtdem medrânam.
Le véritable Vitriol Romain cft prefentement fort recherché , tant a •eau-
•fc de fa grande rareté que parce qu’il eft le plus propre pour faire une poudre
rm-;iic<ie blanche que l’on appelle poudre de fimpathie , qui n’eft que du Vitriol Romain
çxpofé à l’air pendant le beau temps , Se la grande chaleur le long de la canicule ,
Se lorfqu’il eft devenu extrêmement blanc par la calcination que le Soleil en a
fait, on s’en fert pour guérir les play es, & pour arrêter le fang. ■Quelques-uns
mettent avec le Vitriol Romain de la gomme adrangant.On nous apporte en¬
core d’îtalie un autre vimol alTez approchant en couleur au Romain. , à la rc-
forve qu’il dh plus verdâtre & plus menu, qui eft ce que nous appelions Vitriol
comproiè t)u Coiiiprofe dePife, Sc dont lé fervent les Teinturiers,
acPize. Le troificme vitriol qui tient du fer, &le plus ainfi le moins cher,
Cotiprofc eftla Comprofe ou Couprofe d’Angleterre, laquelle eft fort en ufage , tant par
a^Aiigic- les Teinturiers, Chapeliers, & autres qui teingnenr en noir,& l’on prétend que
ce qui fait que la comprofe teint en noir , c’eft â caufe qu elle participe du fer j
Se d’autres qui veulent que c eft â caufe que ceux qui la fabriquent jettent dedans
lorfqu’ellc eft en liqueur du vieux fer.
LaComprofe d'Angleterre pour être de la qualité requife, il faut qu’elle fojf
fechcjd’un verd clair & tranfparent , &la moins chargée de mcnu& de mor¬
ceaux blanchâtres que faire fe pourra.
CPÎAPITRE LIX.
Vtriûl de Cypre ou de Hongrie.
Quelque foin que j’aye pu prendre pour découvrir ce que ce pouvoir
être que le Vitriol de Cypre que nous vendons , il m’a été impolTi-
ble de le pouvoir fi^avoir. Les Anciens Se quelques Modernes ont préten¬
du que CG vitriol écoic une criftalifation faite avec une eau bleue que l’on
trouve dans des lieux foûterrains en Cypre d’où eft venu fon furnom. Ec
une perfonne de probité de mérité m’a alTuré , que le vitriol de Cy-
pre étoit fait de cuivre de rofette diflfoud dans dcl’efprit de vitriol , Se enfuitc
criftalifé. Et un autre m’a certifié que le vitriol de Cypre étoit fait avec la
comprofe d’Allemagne \ mais ne fçaehant lequel des trois parties prendre n’y
ayant rien de certain ; je diray que l’on nous apporte de deux fortes de vitriol de
Y, trio! <ic Cypre : S^avoir , l’un en gros morceaux que nous appelions vitriol de Cypre de
la Compagnie, en ce que c’eft ordinairement Mcflicurs delà Compagnie des în-
des qui l’apportent en France -, Se l’autre vitriol de Cypre eft: le taillé , en ce qu’il eft
taillé exprès par petits morceaux, & toujours en pointe de diamans, tant pout
le rendre plus beau que pour ca faciliter la vente.
Oa
des Drogues , Livre Premier. 3 7
On doit choifir le vitriol de Cypre ou de Hongrie , d’un beau bleu cclcftc,
principalement lorfqu’il eft calTé j car comme c’eft une marchandife que l’air
pénétre aflfez facilement , elle eft fujette à être d’un blanc grifatre par deffus , ce
qui ne luy diminue aucunement fa qualité j mais luy ôte feulement roeil de la
vente , & marque qu’il n’y a que la fuperficie qui eft endommagée , on a
qu’à l’approcher de k langue , la moindre humidité le fait revenir à fa première
couleur. Q^lqucs perfonneS m’ont aflhré que l’on tiroit du vitriol de Cypre
un efprit ft pénétrant qu’il calToit tous les vailTeaux de verre quelques épais
qu’ils fulTent, & que cet efprit , quoyquc fi pénétrant , étant mis avec égale
partie d’eau étoit un remede fouverain pour confolider toutes fortes de playes
fraîches , & en arrêter le fang > ce qui eft alféz probable , en ce que nous n’avons
point de drogues plus aftringentes , qui arrête plûtôt le fang que le vitriol de
Cypre.
Le Vitriol de Cypre eft aufti fort enufage par plufieurs Corps de Métiers qui
s’en fervent, que pour plufieurs particuliers qui en portent fur eux pour fe gué¬
rir les bubons qu’ils ont au vifage. On fc fert aulTi du vitriol de Cypre au lieu
de Romain, pour faire la poudre de fimpatie.
C ]^A P I T R E L X.
JDe la Couprofe d Allemagne,
La Comprofe d’Allemagne eft un vitriol d’un vert bluatrc , clair & tranf-
parent , qui eft fait & criftalifé à Golfelar en Saxe ; c’eft ce qui fait que
quelques-uns appellent Comprofe d’Allemagne , Vitriol , bu Comprofe de Gof-
Iclar ou de Saxe. On la doit choifir en gros morceaux , clairs &: tranfparant , la
plus fechc&la moins remplie de menu qu’il lcra poflîble.
La Comprofe d’Allemagne eft beaucoup en ufage dans la Médecine, c’eft à
dire que c’eft d’elle que la plûpart des Chimiftes en tirent plufieurs préparations,
comme il fe verra cy-aprés ; les Teinturiers s’en fervent aufti.
Cette Comprofe peut fervir en cas de befoin à arrêter le fang comme le vi¬
triol de Cypre , mais elle n’agit pas avec tant de force.
CHAPITRÉ LXI.
Delà Couprofe blanche,
Le Vitriol blanc que nous tirons d’Allemagne , eft de la Couprofe de Gofle-
krdontj’ay cy-devant parlé , calcinée en blancheur , &enfuitemife dans de
l’eau & filtrée , & réduit en fel , & lorfqu’clle commence à fc coaguler , les Allemans
en forment des pains de quarante à cinquante livres ^ de la forme & figure que
nous la voyons. On fera donc defabufé de croire comme un Auteur nouveau
la écrit , que la comprofe blanche fe trouve proche des fontaines , & que c’eft
le plus dépuré de fubftancc métallique.
On doit choifir cette Comprofe bien ferme , la plus blanche & la plus appro¬
chante à de beau fucre que faire fe pourra. On fera averty de ne jamais laifter la
///. T
Comprofe
de Goflélar
eu de Saxe.
Gilla Vi-
tiioli.
l»s MaiÊ-
chaux ap"-
pcllcnt cet
efpric de
vitriol eau
fécondé de
laquelle ils
fe lérvent
fort com¬
munément.
3 8 Hiftoire generale
comprofe blanche à l’air, en ce qué aufli-tôt que l’air donne deiTus elle jaunit
& devient hors de vente.
Cette Comprofe a quelque peu d ’ufage en médecine , en ce que quel qu’uns
s’en fervent pour mettre dans de l’eau rofe ou de plantin,avec de l’iris & del’a-
loës cicotin , pour guérir les maux des yeux. Les Peintres s’en fervent après
l’avoir calciné pour mettre dans leurs couleurs pour les rendre ficcatives j mais
fon plus grand ufage cft pour les Maréchaux.
On tire de la Comprofe blanche par le moyen de l’efprit de vitriol des crif-
taux , qui cft ce que nous appelions Gilla Vhriolï > ou vitriol vomitif , à, caufe
qu’étant pris depuis douze grains jufqu’à une dragme dans un boüillon ou au¬
tre liqueur , il excite un doux vomilfcment.
CHAPITRE LXII.
De l Ef prit & huile de vitriol.
ON tire du Vitriol d’Allemagne ou d’Angleterre , calciné en blancheur , par
le moyen d’une cornue & du feu , un flegme , un efpric , & une huile j mais
comme cette operation eft d’une longue haleine &: fort pénible , je ne confeiHç
à perfonne de s’y amufer ^ & de plus c’eft que l'Efprit & l’Huile de vitriol que
nos Apoticaires & Diftillateurs font, ne font pas d’une ü bonne qualité, &nc
les peuvent établir à fi bon marché que ceux que nous tirons d’Hollande, ou
d’Angleterre. On fera averti que ce que Nous , les Apoticaires & les Diftillateurs,
appellent huile de vitriol , n’eft qu’un efprit bien de flegme i car on doit entendre
en cet article comme dans les autres, que ce qui eft huile doit être gras & nager
fur l’eau , & c’eft ce qui n’arrive pas en l’huile de vitriol, puifque elles fe mêlent
fort facilement dans les liqueurs aqueufes.
Ce qui eft appdlé Efprit de vitriol , cft la liqueur qui fort immédiatement
après le flegme , lequel pour être bon doit être clair comme de l*cau , d’un
goût aigrelet , & qui étant mis fur un papier blanc & prefenté au feu , de¬
viennent noir. On fe fert de l’Efprit de vitriol fort communément en
Medecine pour rafraîchir , & à beaucoup d'autres ufages ou l’efprit de vi¬
triol cft requis. L’Efpritde Vitriol bien deflegmé , eft ce que nous appelions im¬
proprement huile , doit être d’une couleur fombre, d’mn goût fi pcnctrant & fi
cauftique , qu’il eft impoflible d’en mettre fur la langue ; c’eft un abus de croire
qu’il ne faille point boucher les efprits acides , en ce que quelques-uns préten¬
dent qu’ils ne s’évaporent point : ce qui cft bien vray ,mais il arrive que comme
cet efprit bien de flegme cft dénué de Ion flegme i fi vous le laiffez dans une
bouteille débouchée , l’air s’infinuë dedans luy , augmente fon volume &c fon
pois, & deviendra enfin incipide comme de l’eau.
L’Huile de vitriol eft un fort cauftique , c eft pourquoy l’on s’en fe'rt pour diC
foudre les métaux. On en ufe aufti pris intérieurement aux mêmes maladies que
l’Efprit j mais il faut s’en fervir avec plus de modération , en ce qu’il agit avec
beaucoup plus de force. On ne doit acheter de l’Efprit de vitriol que d’honnê¬
tes gens, en ce qu’il y en a qui font de l’Efprit de vitriol en mêlant de l’eau
forte dans de l’eau , 6c ce qui fait qu’ils la peuvent donner à fi bon marché j de
cet efprit de vitriol fait avec Icau forte, eft appelle Efprit de vitriol Phüofophi-
que , à quoy il faut bien prendre garde.
des Drogues , Livre I. 39
A l’égard de l’eau ou phclgmc de vitriol dont j’ay parlé cy-devant , il n’çil:
d'aucun ulagc , en ce qu’il cil: mcipidc. Qùclqu’uns neanmoins s’en l'crvcnt pour
ic laver les yeux. ‘
M. Lcmery dit que l’on doit fc fervir du vitriol ou comprofe d’Angleterre,
pour faire les operations cy-deifus, en ce qu’il n’cll: pas fi acre que celuy d’Al^
lemagne ; neanmoins prefqiie tous ceux qui travaillent fur le vitriol , fc lervcnt
de celuy d’Allemagne , ce que je laiiTe à décider à ceux qui font plus capa¬
ble que moy ; ce qui refte dans la cornue apres la diftillation , qui cil une ter¬
re rougeâtre que les Chimiftes appellent Tête morte de vitriol , Coîeo-
thar artificiel , ou vitriol rübifié , on en peut tirer un fel par le moyen de l'caii
&dufeu,qui eft ce que l’on appelle fel de vitriol, & duquel on fe fert comme
de Gilla Vitrioli,àIa referve que l’on en prend pas en fi grande doze. Le fel de
vitriol doit être blanc & fidclement fait , en ce qu’il y en a qui vendent duGilla
Vitrioli , ou du Vitriol vert calciné en blancheur pour le fel de vitriol. ^ Vî-
Le Colcotliar a quelque peu d’ufage dans la médecine , en ce que quelques- ’
uns s’en fervent au lieu de Chalcite , tant à caufe de Ton bon marché qu'àcau-
fc qu’il a les mêmes qualitez. Quelques Apoticaires mettent leColcothar dans
leDiapalme, tant pour le rougir que pour fe conformer à l’humeur des Chi¬
rurgiens , qui font bien aife que le public ne connoifTe pas que ce n’eil que du
Diapalmc , & pour le mieux déguifer on a donné le nom à cet emplâtre de
Diachalcitcos.
On fait avec le Colcothar, l’alun brûlé , le fucre candy, l’urine & l’eau rozè,
une eau fort aftringcnte , & fort propre à arrêter le fang , ainfi que le m^que
M. Lemcry , oli le Leâ:eur pourra avoir recours.
Il y a encore l’eau ftipitic de la faveur, décrit dans M.Charas.
On doit être averti que l’on appelle mal à propos le Colcothar Calcan^ium,
puifque le mot de Calcanthum ne lignifie autre chofe que vitriol.
CHAPITRE LXIII.
Dâ la Pierre Medecinale ou Mediçamemeufe
de CroLius.
La Pierre de Crolius eft de la Comprofe d’Angleterre, de la Comprofe blanche,
de l’allun , de la fonde blanche , ou natrum d’Ægypte , du fel commun , du
fcl de tartre, du fel d’ablinthe , du fel d’armoife , du fel de chicorée, du fel de
plantin & du fel de perficaire , de la cerufe , du bol du levant , de la mirrhe , de
l’encens , du vinaigre rozarj toutes ces drogues bien dozées comme il eft mar¬
qué dans Crolius à la page 441. on en fait par le moyen du feu une pierre rou¬
geâtre doiié de grandes proprictez , ainfi qu’il eft marqué par le même Auteur,
qui feroient trop longues à vouloir icy les décrire. Comme cette pierre eft aR
fez de confequence, tanta caufe qu’elle revient à de l’argent , que parce que
peu de perfonnçs n’ont aucune connoiffance de cette pierre, la plufpart des
Apoticaires luy fubftitue la Pierre Medicamenteufe décrite dans Meftieurs Cha-
1 as Lcmery , ce qui caufe qu’ils en font beaucoup meilleur marché que ceux
qui ne vendent que de la véritable Pierre de Crolius, en ce que la Pierre Mcdi^
camenteufe n’eft compoféc que de drogues de bas prix , comme il fc verra cy-
apres.
T ïy
III. Partie,
40 Hiftoire generale
CHAPITRE. LXIV.
■Dtf la Pierre Medicamenteufe,
MOnficur Çharas décrit dans fa Pharmacopée à la page 1041. une Pierre
Medicamenteufe, compofée avec le vitriol de Cypre ,1e Ici de nitre, la
ccrufe, Tallun, le bol , le Tel de verre, le fel armoniac, & le vinaigre commun.
Et Monficur Lcmcry compofe Fa ficnne de colcothar ou vitriol rouge , de li-
targe , d’allun , de bol , de falpêtre , de fel armoniac & de vinaigre j ainfi Ton
peut voir par ces deux dcfcriptions qu’il y a bien de la différence de cette pierre
d’avec celle de crolius , & ne pas s’étonner s’il y a des Marchands ou des Apo-
ticaircs qui en font meilleur marché les uns que les autres.
CHAPITRE LXV.
Da Lapis Mirabilis.
Le Lal>is Mirahiîis , aînfî appellé à caufe de fes grandes proptictez , furtout
par la gucrifon des tayes, &c des maux qui furviennent aux yeux des chevaux*
Cette pierre fc fait en mettant dans un pot de terre la quantité de comprofe
blanche , d’allun , de bol , de litarge > & d’eau commune » ainfi qu’il eft marqué
dans le livre de M. dcSoUeyfcl à la page 85. où ceux qui en auront befoin pour¬
ront avoir recours , tant pour en fijavoir la doze que pour en connoitre les bel¬
les qualitez que cet Auteur attribue à cette pierre , ainfi qu’elle en porte le nom*
A l’égard de fon choix elle n’en a point d'autres qued’etre bien & fidèlement
faite.
CHAPITRE LXVL
Du Mendiquè,
Le Mondique que quclques-ühS appellent Qms ou Pyrites , clf une cfpccc dé
Marcafitc de cuivre dont fe fabriquent les coitiprofçs ou vitriols. Cette Mar-
cafite eft pefante, d’un gris de fouris j rempli de petites taches jaunes & brillantes.
Nous avons en France quaiuité de ce Quis , & il s’en pourroit tirer beau¬
coup de deffous la terre glaife de Pafli proche Paris*
On^ne doit pas être furpris fi j’appelle le Vitriol ôu Couprofe 3 Comprolc *
quoy que cefoit mal parlé , mais c’elt que tous les Marchands l’appellent ainfi*
Ceux qui vaudront l’appellcr par fon propre nom, l’appelleront Coupetofe , qui
vient du mot Latin Cttprum , qui fignihe Cuivre , ou de Ctipri rofa , qui veut
autant dite que cuivre de rofette.
Nous vendons de plus du fil de letton qui eft du cuivre jaune pafle par la fi[-.
lierre comme le fer. Cet article deyroit avoir été mife après le cuivre jaune»
des Drogues , Livre Premier. 4î
CHAPITRE LXVIl.
X)u Plomb Minerai.
NOusavonsdctrois fortes de Plômb minerai qui ne different les uns des
autres qùe fuivant ce qu’ils ont reijû de cuilTon dans les entrailles de la
terre. Le premier , c’eft à dire, celuy qui a reçu le moins de chaleur, & par
confequent le plus pefant j eft celuy qui porte le nom de plomb njineral , en ce
que c eft de luy dequoy on fait le plomb en faumon^
Ce Plomb minerai appelle de quelques-uns alquifoux, eft un métail pefant,
facile a mettre en poudre & difficile à fondre , qui fe tire de la mine en mor¬
ceaux de difterentes groffeurs , quelquefois pur & net, quelquefois aufli mé¬
langé de roches , femblables à du marbre que les mineraliftes appellent la Gaa- •
guc.
Ce plomb étant calTc eft en écaillé luifante , d’un blanc tirant fur le npir , alTez
approchant de la couleur des éguilles d’antimoine.
Les Anglois fondent ce plomb , & enfuite le jettent dans dés moules pour \&
mettreenfaumons, de differentes groffeurs&pefanteur tel que nous le voyons^
Le plomb minerai n’a autre ufageen France que par les Potiers de terre , qui
8 en fervent apres 1 avoir palvcrifc,pour vernir d’une couleur vérce leurs vaiflcaux
de terre.
Quoyque cette matchandife ne foit pàs d’une grande Cônfcqucnce , nous n’en
avons point a qui on doive prendre garde de plus prés , en ce que s’il fc ren-
controit dedans quelque-autre métail, comme il ne fe trouve que trop fouvent,
cela feroit capable de faire gâtér tous les Ouvrages des Potiers de terre , & de cau-
fer du chagrin à celuy qui auroit Vendu la marchandife ; c’eft pour ce fujet que
l’on ne doitjam^s vendre d’alquifoux aux Potiers de terre, que l'on ne Icurfaffc
voir morceaux apres autres , & leurs faire donner un billet comme ils en font
contents pour éviter à procez.
1Lc Plomb minerai pour être de la belle qualité, doit êtré-eh gros morceaux,
pefant, en belles écaillés , brillantes , comme gras , c’eft à dire doux à le marticr.'
En un mot ,1e plus approchant en figure a Pétain dé glace que Faire fc pourra,
éc rejetter celuy qui eft rempli de gangue, ou roches & de pouflicrcs, n’étant
propre à rien^ aufli-bicn que celuy qui eft mélangé de plomb minerai de la fé¬
conde forte comme je le Vais faite connoitre.
Le Plomb minetal de la fécondé forté^ eft un plomb niineral moini pefant &
beaucoup plus dur que celuy cy^deffus , & qui étant caffe eft d'un gris de fou-i
ris, & d’un grain fort aigre, &le deffus eft doux, & rcffemble en quelque ma¬
niéré au crayon noir , ce qui fait voir qu’il n’a pas reçu affez de chaleur pouf
être converti en mine de plomb noif . Cette qualité de plomb minerai eft en¬
tièrement à rejetter n’étant d’aucun ufage , & c’eft cette qualité de plomb qui
fc trouvent affez fouveiit dans l’alqùifouxi & ce qui caufe tant de chagrin aux Ou^-
vriers , en ce qu’ils hefond au feu non plus que du marbre , & leurs fait gâter
tous leurs ouvrages i quoyque je marque icy qu’il faut entiereménf rfcjetier ce
plomb, je juge à propos de dire qu’il y a quelques Akhimiftes qui en cher¬
chent pour én tirer le plomb , en ce qu’ils prétendent que le plomb que l’on ert
peut tirer eft plus doux &plus ferme queleplonib ordinaire-. Et d’autres vculenf
T
H
4^ Hifloire generale
qu’il abonde quelque peu en argent , ce que je lailTc à décider ; mais comme
fes uiages font peu de chofes , je ne confeille à perfonne d’en faire de grofles
provifrons.
Le troifiéme Plomb minerai eft tout au contraire fort ufité ,&cftcc que nous
appelions Mine de Plomb noire. Plomb de mine, ou crayon, parce que le plus
parfiit iert à defigner. Les Anciens luy ont donné le nom de Plombagine 6c de
Plomb de mer , en ce qu’ils ont prétendu qu’il fe tiroit du fond de la mer -, les
jEcrangers le nomment Potelot,
Nous avons à Paris de deux fortes de Mine de Plomb noire -, fc^avoir la fine &
la commune. La fine pour être parfaite , c’eft à dire de la belle qualité , doit être
legere, d’un noir argenté, luifante, ny trop dure ny trop molle , fc feiant aifement,
6c qu’en la coupant foit unie 6c non graveuleufe, d’un grain ferré 6c fin, en moyens
morceaux , c’eft à dire longs , bien-faits & propre à couper, & celle qui cfi:
propre à faire ces crayons longs eft la plus clbmce ^ 6c la mine de plomb de
cette qualité n’a point de prix , 6c le Marchand la peut vendre ce qu’il veut ,
étant fort recherchée des Architeftes , 6c autres perfonnes qui defignent. Ce
plomb de mine vient ordinairement d’Angleterre j car pour le commun la plus
grande partie vient d’Hollande , 6c n’a autre ufage que pour frotter les planches,
ou pour les Chauderonniers qui s’en fervent pour frotter le vieux fer, afin de le
faire pafier pour neuf, ce qui fera facile à connoitren’y ayant qu’à jetter de l’eau
delTus , ou y pafler les doigts i s’il eft frotté de crayon l’eau le fera en aller , 6c ne
manquera de baiboüillcr les doigts , en ce qu’il n’y a point de marchandifes qui
appréhendé plus l’eau que le plomb de mer.
Pour le plomb de mer commun, il n’importe qu’il foit dur ou tendre , d’un
grain gros ou fin , pourveu qu’il foit en morceaux , 6c qü’d ne foit pas rempli
de mâche fer ou de pierre ou de menu. Celuy qui n’cft que du mâche fer eft fa¬
cile à connoître étant caifé ; car quand il s’y trouve de la roüille , qui eft une
matière dure 6c ferrugineufe , que nous appelions mâche fer , il n’cft propre à rien,
6c c’eft ce qui eft alTez difficile à connoître à moins que de le cafîcr, car tout ce
qui tombe dans le crayon fe baiboüille d’une manière à ne 1^ pouvoir diffé¬
rencier à la vue d’avec la mine de plomb noir.
A l’égard du crayon en poudre on ne doit l’acheter que d’honnêtiS Marchands
en ce qu’il eft facile de mélanger dedans des drogues qu’il n’cft pas befoin de
nommer, (^elques perfonnes s’attachent à le pafler fur la main , pour voir s’il
eft d’un noir bien argente, mais l’épreuve n’en eft pas jufté.
Monfieur Morin Médecin &Mincrahfte, m’a affuré qu’il y avoit quantité de
Minières de plomb en France , fur tout en Auvergne d’où l’on pourroit tirer
beaucoup de ces trois fortes de plomb, & c’eft furquoy on peut conter, n’étant
pas un homme à dire une chofe qui ne feroit pas. vray.
CHAPITRE LXVIII.'
Plomb en Saumous.
ON appelle Plomb en faumons du plomb minerai fondu & purifié de (à
roche , & autres impuretez , qui après avoir été bien purifié , foit en l’écii-
mant ou en y jettant dedans du fuif 6c autres graiffes , on le verfe dans des mou¬
les pour en faire des faumons de differentes groffeurs 6c pefg;ifc\irs , comm*
j’ay déjà dit. '
des Drogues, Livre Premier. 4^
Ce plomb ainfi fondu pour être de la bonne qualité , doit être doux , c’eft â
dire facile à couper , plyant , & le plus blanc & luifant qu il fera pofllblc. Les
differens ufages que nous tirons du plomb, tant pour plufîeurs corps de métiers
qui s’en fervent que pour en faire plufieurs operatiî>ns de chimie , eft la caufe
qu’il s’en confomme un grand nombre, tant en Europe qu’en plufîeurs autres
parties du monde.
CHAPITRE LXIX.
Du Plomb en poudre.
La première préparation que l’on fait au plomb eft de le mettre çn poiidfe^
non pas de la manière que font beaucoup d’ Apoticaires, qui pou-P le réduire
en poudre, le fo#t limer & le battre dans un mortier, non plus comme difent
quelques Auteurs, de fe fervir de plomb fondu jette dans une boëte ronde frot¬
tée de blanc, en ce que le jeu n’en vaut pas la chandeïe, & que la peine en oafîe
le plaifîr 5 mais bien de faire fondre du plomb dans un vaiiTcau de terre ou de
fer , Ôilorfqu’il fera fondu y jetter en le remuant du charbon pillé i Sc de cette
manière l’on aura plutôt mis un millier de plomb en poudre , que l’on en au-
roit mis une gnee dans un mortier, &: dix livres dans une boëte pour netoycr
le plomb , c eft a dire , pour en feparer le charbon , on a ’ qu’à le laver dans de
l’eau & le faire fecher. Le plomb en poudre eft fort peu en ufâge, fî ce n'eft par
les Potiers de terre qui s’en fervent comme de plomb minerai à vernir leurs po¬
terie.
Le plomb en poudre furtout celuy qui eft en poudre impalpable , a quelque
peu d’ufage dans la medecine , en ce qu*il entre dans quelques onguents com¬
me le Pompholix, & autres. Ceux qui purifient le plomb , ou ceux qui le fon¬
dent pour en faire des balles de moufquet , ou autres dragée , nous envoyent
leurs écumes que nous vendons aux Potiers de terre , Ôc c’eft ce que nous appelions
écume ou cendre de plomb.
Cendre ^
riomb.
chapitre lxx.
Du Plomb brûle.
Le plomb btûlé que les Latins appeUent (lumhum uflum , eft des lames de plomb
en faumonsmifes^dans un pot avec du foufre 3 & par le moyen du feu oii
retire le plomb en poudre brune.
Le Plomb brûlé a quelque peu d’ufage dans la médecine , en ce qu’il dcfTeicl-tc
& entre dans la compofition de quelques onguents & emplâtres. A l’égard de
fon choix il n’en a point d’autre que d être bien brûlé & bien net. Q^lques-
uns le lavent pour en feparer les ordures , ou le foufre qui pourroit y être
refté.
44
Hifloire generale
Mercure ^
Plomb.
C H,A PITRE LXXI.
"Delà Mine de Tlomh rouoe.
La mine de Plomb rouge que nous appelions Minium, cik de l’alquifoux, ou
plomb minerai , mis en poudre & calciné au feu , & réduit en poudre rou¬
ge , tel que nous la voyons ^ c’eft un abus de croire que la mine de plomb rou¬
ge que nous faifons venir d’Angleterre foit faite de plomb en faumons , en cc
que le bon marché que l’on nous en fait , fait affez connoître quelle ne peut
être faite que du plomb tel qu’il fort de la mine. Et de plus , c’eft que le Plomb
en faumons ne rougit jamais tant au feu que le Plomb minerai quelque feu qu’on
leurs falfc fouftrir.
OndoitchoifirleÂ/i«/«w haut en couleur, le plus en poudi^ & le moins fale
qu’il fe pourra , & prendre garde qu’il n’aye été lavé , ce qui fe connoitra en la
couleur blanchâtre ,& qu'il eft ordinairement par petits plottons. On peut tirer
de du mirûum avec de la chaux ou de la limaille un mercure , mais en lî petite quan¬
tité que cela ne vaut pas la peine d’en parler;
La mine de plomb eft quelque peu ufttéc eii médecine , à caufe qu’elle eft
ftccative , & qu’elle donne du corps à quelques onguents & emplâtres. Les Peintres
s’en fervent aulli tant pour peindre en rouge que pour mélanger avec d’autres cou¬
leurs , à celle fin de les faire fecher.Lcs Potiers de terre en employeur quantité pour
vernir leurs poteries en couleurs rougcâtre,&s’en fervent comme de plomb minerai
ou d’autres plomb , aufli-bicn que plufieurs autres Corps de Métiers qui en ufent.
CHAPITRE LXXII.
JD U Bl(tnc de plomb,
Le Blanc de Plomb eft du plomb en faumons mis en feüillc, & enfuitc rou¬
le comme on roule une feuille de papier j enforte quecc plomb roulé nefe
touche point l’un à l’autre. Ce plomb ainfi roulé eft mis fur des petits bâtons
qui font pofez dans des pots au fond dcfqucls il y a du vinaigre. Ayant
rempli ces pots de plomb roulé , on les bouche de telle maniéré que l’air n’y
puiffe entrer, & enfuite on les enterre dans du fumier, & on les y laiffe pendant
trente jours, au bout duquel temps on débouché ces pots, & on trouve dedans
le plomb qui eft devenu caftant & d’une couleur blanche telle qu’eft le blanc de
plomb J ayant retiré ces lames de plomb on les brife par morceaux , & enfuite
on les expofe â l’air pour les faire fecher.
On doit choifir le blanc de plomb tendre, blanc deftus dedans , en belles
écailles , le moins remply d’écaiîles noirâtres , d’ordures & menu qu’il fera pof-
fible.
Le blanc de plomb n’a autre ufage que je fjache pour les Peintres , étant
broyé â l’huile ou â l’eau, d’autant que c’eft le plus beau blanc que nous ayons,
bi qui dure le plus long-temps , mais en rccompenfc eft une tres-dangeureufe
drogue , tant à mettre en poudre qu’a broyer.
De
Des Drogues. Livre premier. 4^
chapitre lxxiii.
De la Cerufe.
La véritable cerufe ou chaux de plomb cft du blanc de plomb en poudre
& broyé à l’eau , ôc enfuite mis dans des moules pour en faire des petits
pains que l’on fait fecher , & que l’on cnvclopc de papier bleu , de la ma¬
niéré que l’on nous l’envoye. Cette cerufe ainfi préparée eft ce que l’on
peut appeller chaux de plomb , & non pas celle que nous vendons prefentc-
ment qui vient d’Hollande ou d’Angleterre, n’étant prefque que de la craye,
ainli que je le vay décrire.
La véritable Cerufe eft celle que nous furnommons de Venife, en ce que les
Vénitiens ont été ceux qui en ont fait les premiers j mais comme cette Cerufe
eft extrêmement rare à caufe de fa cherté , nous ne faifons venir que de celle
d’Hollande , parce que les Peintres l’eftiment autant que la véritable Venife ,
quoyque tres-mal à propos, puifque la cerufe d’Hollande broyée à l’huile ou à
l’eau , eft un blanc qui ne dure que tres-peu de temps à caufe de îa craye qui cft
dedans i ce qui n’arrive pas à la cerufede Venife véritable, n’étant que du blanc
de plomb broyé, ainfi fi on avoir de véritable cerufe de Venife , on pourroit fc
pafl'er de blanc de plomb broyé , ôc par cc moyen on éviteroit le danger qu'il y
a de le faire broyer par des hommes ,& on leurs fauveroit bien des maladies, &
même quelquefois laMnort. Lesperfonnes qui auront befoin de cerufe pour em¬
ployer en médecine, ou pour faire du Sel Saturne , fe ferviront de véritable ce-
nife de Venife , &c leurs operations en feront plus parfaites. Et au lieu
de prendre de la cerufe en pain , ils n’auront qu’à ufer de blanc de plomb
broyé , ôc s’en fervir à toutes fortes d’ufages j mais ce qu’il y a à remarquer
cft qu’il ne faut pas acheter ce blanc de plomb broyé que d’honnêtes Mar¬
chands , en cc qu’il n y a que ceux qui l’ont broyé qui en puilTent répondre ;
neanmoins le véritable blanc de plomb broyé eft extrêmement blanc, doux, tendre
& fryablc.
!l cft à remarquer que les Hollandois pour faire leur cerufe ne fe fervent
que de la pouflierc qui fe fait en - brifant le blanc de plomb , & comme cette
poufflere ne pourroit pas fuffire à une fi grande quantité de cerufe qui fc con-
fomme tant en france que dans les pays étrangers , & qu’ils ne la pourroient
point établir à fi bon marché , ils y mêlent une cfpcce de marne ou craye
blanche. A l’égard de celle qui vient d’Angleterre, elle eft encore pire que celle
d’Hollande, parce qu’il y mêlent plus de ce blanc & qu’il n’cft pas fi beau. Ceux
qui broyé le blanc de plomb pour en faire de la Cerufe ont des moulins à l’eau,
& enfuite avec de l’eau il en font une pâte qu’ils mettent dans des petits moules
pour la former en pain , laquelle pour être de la qualité requifc , doit être ex¬
trêmement blanche , douce , fryable , & feche , & la moins brifée & remplie
de menu qu’il fera pollible , furtout quand c’eft pour vendre on doit rejetter
celle qui n’a point de corps , & qui eft li tendre qu’en la maniant elle s’écrafe j
ce qui ne provient que d’avoir été enfermée avant que d’avoir été bien fechéc ,
ou avoir fouffert de l’humidité.
Chaax
plomb.
III. Punie.
T
46
Hifloire generale
Molibdxna
CHAPITRE LXXIV.
Hu Sandix.
Le Sandix cft de laCeifufc rougic doucement aù feu 5 mais comme ce Sandix
ou Cerufe rougic eft peu en ufageence que ce ne peut être qu un Mïnmm^
c eft pour ce fujet que l’on ne s’en fort que très -peu. Quelques modernes ont
écrit que la mine de plomb rouge étok faite de Cerufe rougie au feu ; mais com¬
me il n’y a rien de plus faux , & que ce font des gens qui ont écrit fur des ouy
dire, comme il eft facile de le prouver, puifque la Cerufe vient d’Hollande
la mine de plomb vient d’Angleterre j & de plus , c’eft que la Cerufe eft toûjours
plus chere que la mine de plomb.
CHAPITRE LXXV.
Des Majficots.
O us faifons venir d’Hollande de trois fortes de Mafllcots j fçavoir , le blanc>
ie jaunes le doré. Ces differentes couleurs ne proviennent que fuivant les
degrez du feu que l’on a donné au menu du blanc de plomb, dont on fe fert
pour faire les Maflicors , quoyque l’on appelle le premier Maflicot , c’eft à dire
celuy qui a fouffert moins de feu , Maflicot blanc s il ne s’enfuit pas pour cela
qu’il foit de couleur blanche, mais bien d’un blanc jaunâtre. Le deuxième eft le
jaune, qui a-fouffert plus de feu que le premier. Le troifiéme eft le doré, qui a eu
plus de feu que le jaune. Ünpourroit faire un quatrième Maflicot en le calci¬
nant jufqu’à ce qu’il devint rouge, qui feroit un véritable Sandix ou Cerufe ru-
bific, ou vermillon commun. Al’égard du choix des Mafllcots ils doivent être
pefant en poudre impalpable & haut en couleur, fuivant le nom qu’il porte U
véritables Mafllcots. Pour ce faire il faut s’attacher à d’honnetes Marchands.
Les Maflicots n’ont autre ufage que pour la peinture.
chapitre lxxvi.
De la Litarge naturelle.
La Litarge naturelle à qui les anciens ont donné le nom de Molibdæna j eit-
uneefpecede métallique ou minerai par écaille de l’épaifleur& de la figure
du blanc de plomb, d’une couleur rougeâtre, facile â caffer qui fe trouvent dans les
mines de plomb , mais comme cette Litarge n’cft connue que de très peu de per-
fonnes , & quelle cft fort rare â trouver , c’eft le fujet pourquoy l’on ne fc ferc
de la Litarge artificielle , comme il fc verra au Chapitre fuivant.
des Drogues , Livre Premier
47
CHAPITRE LXXVII.
Delà. Litarge artificielle.
ON appelle mal à propos laLitarge que nous vendons , Litarge d’or
gent , en ce que les anciens & même les modernes ont prétendu que cette
Litargc avoiffervi à purifier l’or & l’argent , ce qui eft bien éloigné de la raifonj
püifque toute laLitarge que nous tirons de Pologne, d*Angletcrre,ou d’autres en¬
droits , comme d’Allemagne , de Suede & de DannemarK , eft le plomb qui a fervi
à purifier le Cuivre fortant de la ininepourlc mettre en rofette j je ne difcon-
viens neanmoins pas que ceux qui purifient l’or & l’argent , ne puifTcnt faire de
la Litarge \ mais cette Litarge n’eft nullement vendue , en ce que les Monnoyeurs
la refondent & la remettent en plomb pour s’eii feWir de nouveau , & pour en
retirer fi peu d’or ou d’argent qu’il pourroit y avoir refté. On fera donc defabufe
de croire que nôtre Litarge aye fervi à purifier l’or & l’argent , ainfi ne doit plus
être appellée Litarge d’or ou d’argent , mais doit porté feulement le nom de Li¬
targe. On doit être aufli defabufé de croire comme quelques modernes ont
écrit , que la Litarge eft la fumée du plomb évaporée dans l’affinement de l’or
de l’argent , & que c eft comme une fu)^ qui s’attache à la cheminée du four¬
neau, non plus qu’à quantité d’autres Hiftoires fabuleufes , donc les Livres qui
ont traité desLitarges 4ont remplis. On fera encore defabufé de croire qu’il y
ait de la différence entre la Litarge qui eft d’une couleur jaune rougeâtre , à celle
qui eft plus blanche, ces differentes couleurs ne provenant que fuivant la vio¬
lence du feu que le plomb à fouffert dans fa fonte.
On doit choifir la Litarge haute en couleur , véritable Dantzic , étant beaucoup
plus belle que celle qui vient d’Angleterre , en ce quelle eft bien moins terreufe
^ eft d’une plus belle couleur. On doit preferer aufli celle qui eft menue à la
groffe, en ce qu’elle eft plus calcinée & eft d’une couleur plus vive , ainfi plus
propre & plus facile à difloudre dans les liqueurs ondueufes dans lefquelles on
employé ordinairement la Litarge.
Cette marchandiffc a beaucoup d’ufage en France , tant àcaufe que l’on f em¬
ployé afléz en Médecine , étant la bazeoupour mieux dire le corps de la plul-
part des emplâtres ,& d’une bonne partie des onguents. Les potiers déterre eii
employent quantité pour donner à leur poterie. Ce verni de couleur de bronze,
les Teinturiers, les Pelletiers, les Peintres , les faifeurs de toile cirée s’en fervent
aufli , & cette drogue eft devenue fi en ufage qu’il y a jufqu’aux Cabaretiers qui
s’en fervent, quoyqucaffez mal à propos, puifque la Litarge eft un poifon, ainfi
que quantité d’Auteurs l’onllfort bien reniarqué , ce qui n’eft pas fort difficile
à croire , puifque l’experience & la raifon nous font voir que nos Litarges no
'font que du plomb mélange de la craffe &:des ordures de cuivre.
Il l. Partie,
V ÿ
48
Hifloire generale
CHAPITRE LXXVIII.
D« Sel Saturne.
Le Sel ou Sucre de Saturne, ell du blanc de plomb &: de la véritable Cerule
^de Venife,& du vinaigre diftillé infufe enfemble, & enfuitc filtré & éva¬
poré , & réduit en une mafi'e legere , blanche & par éguillc , & d’un goût doux
& fucré , neanmoins aflez defagreable. La plufpart de ceux qui font du Sel Sa¬
turne, fe fer^critdela Cerufe d’Hollande telle que nous la vendons , c’eft ce
qui fait qu’ils ne peuvent établir du Sel Saturne à fi bon marché que ceux qui fc
fervent du blanc de plomb ou de la cerufe de Venife,en ce que la cerufe d’Hollande
comme j’ay dit cy-devant , n’eft prefque que de la crayequi ne rend aucun Sel,
aufli-bien que ceux qui fe fervent du plomb en poudre , du Minium ou de la
Litarge, en ce que ces trois dernieres préparations étant moins ouvertes que le
blanc de plomb ou la cerufe, ils ne peuvent rendre tant de fel.
On doit choifir le Sel Saturne du goût cy-delîus, blanc & en petites' éguilles
brillantes , le plus leger qu’il fera poflible , éc qu’en en diffolvant dans de bonne
eau de plantin ,il la faite devenir comme du petit lait , & cette expérience peut
fervir àdeux ufages, qui eft de fi^avoir fi le Sel Saturne eft de la qualité rcquife,
Â: fl l’eau de plantin eft véritable.
L’ufage du Sel Saturne eft pour rafraichir étant pris taiTt intérieurement qu’ex-
terieurement , c’eft pourquoy on l’eftime fort propre pour arrêter le cours de
ventre, &mêmc pour guérir les maux de gorge pris dans de l’eau de plantin ou
de trainafle , depuis deux grains jufqu’à quatre.
La plufpart de ceux qui font le Sel Saturne le rendent pefant & grifatre , ce qui ne
vient que de n’avoir pas été alTez purifié ou de n’avoir été fait avec du bon vinaigre;
car ce Sel popr être beau ôc leger, doit avoir été purifié au moins quatre fois,& pour
ce faire on fc doit fervir d’eau commune &: de vinaigre diftillé,ainfi que l’a fort bien
remarqué M.Lemery. Je ne m’arréteray point à décider icy fi ce que nous ap¬
pelions Sel Saturne eft un véritable fel de plomb, je diray feulement que l’expe-
rience nous fait voir que ce n’eft qu’un fel de vinaigre emprint des qualitez du
plomb , ce qui le rend d’un goût doux & fucré , pour dire que ce même Auteur
en a fait une dilTertation jufte ou le Ledteur pourra avoir recours.
CHAPI T RE LXXIX.
• ♦
Du Beaume ou Huile de Saturne,
ON appelle Beaume ou Huile de plomb , un Sel Saturne dilToud dans l’huilc
de therebentine. D’autres fe contentent de mettre du Sel Saturne à la cave
pour le mettre en liqueur. Ce premier Beaume ou Huile de Saturne,, doit être pré¬
féré au fécond , en ce qu’il eft plus propre à netoyer & ficatrifer les ulcères ,
parce qu’il rclifte plus à la pourriture.
D’autres font une Huile de plomb en tirant l’efprit ardent de Saturne qui fe
fait en rcmplilfantles deux tiers d’une cornu'd de Sel Saturne , & par le moyen
des Drogues , Livre I. 49
du feu ils en tirent un efprit qui prend feu comme 1 eau de vie j mais comme
cette huile n eft pas lî violente que celle <][ui cft faite avec l’huile de thereben-
tine , l’on s’en fert pour nettoyer les yeux , furtout des chevaux ou autres ani^
maux. L’Efprit de Saturne cft un remède excellent pour rcûfter à la putrefadion ^
des humeurs. Satume,
CHAPITRE LXXX.
Du Magifier de Saturne.
Le Magifter de Saturne eft du Sel Saturne delà qualité requife , diftbud dans dû
vinaigre, diftillé , mélangé d’eau commune, & par le moycai de l’huile de
tartre par défaillance , on en retire une poudre très blanche , qui apres avoir été
lavée &:feichée, cft fort propre pour guérir des «dartres , étant mélangé dans
quelque pomade j on fe peut îervir de l’imprégnation de Saturne , c’eft à dire le
vinaigre & l’eau dans lefquelles'-i’on a difloud du Sel Saturne comme de lait vir¬
ginal , non pas pur , mais en verfant quelque goûte dans de l’eau , tant pour la
faire devenir blanche que parce que cette eau blanc*hie a la propriété d’appai-
fer les inflamations , & de guérir les bourgeons qui viennent au vifage. Quoyquc
le Magifter de Saturne foit une poudre extrêmement blanche, on ne doit jamais
s’en fervir aulïi-bien que des autres blancs tirez des métaux , en ce qu’au lieu
de blanchir la chair ils la noircifl'ent.
CHAPITRE LXXXI.
Du Vinaigre de faturne,
Le Vinaigre de plomb ou de Saturne, eft un vinaigre diftillé, mis en digef-
don fur de la ccrufe & autres préparations de plomb , duquel on fe peut fer¬
vir pour la guerifon des dartres , ou bien pour incorporer avec de l’huile rozar
pour en faire une cfpeee d’onguent que nous appelions beuirc de faturne^ Beurre da
CHAPITRE LXXXII.
Du Zinc naturel ou minerai, .
IL n’en eft pas du Zinc comme de l’étain de glace, en ce qu’il cft probable,
& que c’eft une chofe feure qu’il y a du Zinc naturel , qui eft ce que les Aile-
mans appellent ficrfarrr, & les Flamands Speauter. Ce Zinc minerai fe trouve
en grande quantité dans les mines de GolTelar en Saxe , d’où nous vient la coni-
profe d’Allemagne. Ce Zinc eft prefentement aftez rare en France , ceft pour-
quoy il eft fort recherché de quelques particuliers.
Ce métail cft une maniéré de plomb minerai , à la referve qu il cft plus dur , •
plus blaijc & plus brillant. Q^lqucs perfonnes m’ont voulu alfurer que ce Ziuc
• ' V lij
50 Hiftoire generale
en gros pains quan'é épais que nous vendons , eft du Zinc minerai fondu , &
après avoir été purifié elt jette dans de%raoules de la maniéré que nous le voyons;
ce que je pourrois croire facilement, m’ayant été impoflible de pouvoir faire du
Zinc avec duplomb.,dcrarfenic,du tartre & du falpêtre , ainfi que le marque
M. Charas. Qimy qu’il en foit , le Zinc que quelques-uns ont appellé , fort mal
à propos , Antimoine femelle, doit être blanc, en belles écailles , le moins aigre
ôc le plus difficile à caifer qui fe pourra ; car plus il a fouffert le feu &plus les
écailles en font belles & larges,plus il eft cftimcz des Ouvriers qui l’cmployent, fur-
tout des Fondeurs.Ce qui le pourra connoître facilement parles petites étoiles qui
paroiflent principalement fur celuy qui a été refondu & mis en petites barres
ou Lingots.
Le Zinc eft prefentement fort en ufage depuis que le Potiers d’Etain ont re¬
connu qu’il étoit plus propre à décrafer leurs étains que les limeures d’épingle ôi
lapoix refinc. O’cft tin abus de croire que le Zinc que l’on met dans 1 étain foie
pour en augmenter le poid ; car fur une fonte de cinq à fix cens livres d’étain , il
n’y mettent pas une livre Zinc., & c’ eft une chofe admirable que ce Zinc ait la
qualité de decrafer& blanchir l’étain, & agir comme le plomb fur l’or, fur l’ar¬
gent & fur le cuivre. Le Zinc fert aux Fondeurs & à ceux qui font la foudu-
re , mais il faut bien prendre garde qu’il foit de la bonne qualité , car autrement
il gâteroittout. LcZinc fert aufli à rendre le cuivre de couleur d’or , principale¬
ment quand on y a mêlé du Terra mérita , & agit fur le cuivre comme l’ar-
fenic fait fur le cuivre pour le rendre d’une couleur d’argent ; la calamine pour
du cuivre rouge en faire du jaune ; fiinalemcnt du vitriol d’FFongrie pour rendre
le fer en couleur de cuivre, ainû que le marque l’Hiftoire de la Société de Lon¬
dres à la page 345?. '
des Drogues , Livre fécond. 5 1
HISTOIRE
generale
DES DROGUES
LIVRE SECOND.
Des Minéraux.
PREFACE-
N enttnà par minerai tout ce qui tient quelque chofe des mines » ou qui croit
dans les ruines •, ou qui a pajj'é par les mines.
i On prétend que les Minéraux [oient des corps fixes ^ folides » engendre':^^
- des exhalaifons ^ vapeurs enclofes dans les entrailles de la terre > de même
aue les Meteores dans les Régions de Pair. Et d'autres que ce [oit un corps [oible que
fon trouve dans U terre» qui s'engendrent par une coagulation ^ s'augmentent par
me addition extérieure de parties fenfthles, qui fort fouvent efi U matière dont avec
le temps fe forme le metail j ainfi je comprendray fous le nom de Minerai tout ce qui par.:
ticipe du metail » ^ qui ne di^ere qu'en ce qu'il ne peut fouffirir le marteau ^ CP" en cè
quilyen a qui ne peuvent fe fondre , comme Payman ^ autres femblablei ,pour com..
mencerpar PJntimoine , qui efi celuy qui approche le plus du metail , & qui nen différé
que parce quil nefi pas duéîtlle.
M. de Furttiere dit que P Antimoine efi un Minerai qui approche de la nature des
Métaux , & quelques-uns croyent en contenir tous les principes , parce qu'il fe trouve
prés des mines des. uns ^ des autres , (ÿ* furtout dans celle d'argent de plomb ,
qu'il efi compoféd'un double foufre minerai , l’un métallique a,pprochant de la pureté ^ de
îa couleur de celuy de l'or ; ^ l'autre terre fire 0* combufiible , femblable prefque au foufre
commun» d’un mercure fuüigineux & mal digéré participant de la nature du plomb , ^
(Pun peu defel terreflre. Il dit aujfi qu'avant le doU':fiême Siecle l'Antimoine nefioit connu
que pour entrer dans la compofition du fard ; mais en ce temps, là un CMoine nommé
Bafile Valentin , fit un Livre intir«/eCurrus Antimonii Triumphalis , oit H foütint
o^e c'émt un remede à toutes fortes de maux. T/ois cens ans après H^aracelle le
Antimoine
de Siam.
52 Hiftoire generale
mit en 'vogue » mais on en condamna Nfagepar Jrrejî du Parlement de l'an ijéé. auquel
fin Médecin nommé ’Befnier ayant contrevenu en l6op. fut exclu de la J^aculté,
L'i^ntimoine fut reçu par autorité puhlie^ue au nombre des remedes pnrgatifs en i6^y.0*
en l’an l6çq. on cajfa l'Arref de iç66. la Faculté le ft mettre au rang des remedes purga¬
tifs dans l’Antidotaire imprimé par fon ordre en l6^"j.fuivant l’opinion de Mathioles &
enfin elle a fait donner un t^rrejî du xp. Mars i66S. qui a donné permijfion aux Doc¬
teurs de Medecine de s’enfervir* avec défenfes aux autres per fonne s d’en employer que
par leurs avis. Ce mot d' Antimoine vient félon quelquuns de ce qu’un Moine Alle¬
mand y ejl ce mefme Valentin qui cherchoitla Pierre Philofophale , ayant jette aux Pour¬
ceaux de l’tyintimoine dont il Je fervoit pour avancer la fonte des Métaux > reconnut que
les Pourceaux qui en avoient mangé , apres en avoir efié purge^ tres-violemment > en
€ fiaient devenu bien plus gras", ce qui luy fitpenfer quen purgeant de la mefme forte fs
Conférés ils s’en porteraient beaucoup mieux , mais cet ejfay luy reujfit fi mal qu’ils en
moururent tous. Cela fut caufe que l’on appella ce Jl/Jineral xyintimoine y comme qui
dirait contraire aux Moines.
L'Antimoine tel qu’il fe tire de fa mine efi en pierres de differentes grojfeurs , affcT^ ap¬
prochant en figure au plomb minerai , à la referve qu’il efi plus leger plus dur , ^ à
cauf de cette reffemblance quelques-uns l’appellent Plomb noir ou Mafcafite de plomb ;
d’autres loup ou Saturne des Phtlofophes iparce qu’il dévoré les autres Métaux , & les
confomme tous à la referve de l’or j il l’appelle aujfi Prothée à caufe de la diverfité des
couleurs qu’il prend par le moyen du feu ; mais fon nom vulgaire efi Antimoine Minerait
des plus habiles t^ntimoines crud > puifquil n’a jamais foufrt lefu.
CHAPITRE 1.
De ï Antimoine minerai.
Autrefois la Hongrie étoitle fcul endroit où il fe trouvoit-des Minières
d’ Antimoine, mais prefentement il ne nous en vient plus depuis qu’on d
trouvé des mines d’antimoine en France. Le meilleur & le plus bel Antimoine
cft ccluy des Minières de Poitou & de la Bretagne.
L’Antimoine minerai fe rencontre quelquefois net quelquefois rempli de ro¬
ches, que les Mineraliftes appellent la Gangue, il y en a qui cft tout garny d’é-
guillcs , d’autres aufti tout mat d’un noir grifatre. Cet Antimoine eft fort peu
en ufage dans la Medecine , à moins qu’il n’ayc été fondu , comme il fe verra
cy-aprés. Les Alchimiftes s’en fervent pour leurs préparations particulières.
Onchoifira l’Antimoine minerai bien pur, c’eft à dire le moins rcmply déro¬
chés que faire ce pourra , il n’importe d'ou vienne l’Antimoine minerai , pour-
veu qu’il foit net i quoy qu’il y en a qui prétendent que ccluy d’Auvergne foit
beaucoup plus rempli de Ibufre.
Les Gens de la fuite des Ambafladeurs de Siam ont apporte quantité d’ An¬
timoine Minerai, mais fon ufage n’cft pas encore connu. Cet Antimoine cft
blanc & par petites éguillcs , & autant que jç l’ay pû connoître fort propre
pour employer aux mêmes ufages que l’Antimoine Minerai de France. Pour ce
<5ui eft de l’Antimoine de Hongrie je n’en diray rien , en ce que je n'en ay ja¬
mais vcu.
De
des Drogues ^ Livre Second.
Si
CHAPITRE II.
Dâ r Antimoine fondu.
L^Antimoine fondu» que nous appelions mal- a-propos Antimoine
crud , puifqu’il a foufferc le feu pour le rendre en pain & en éeuillcs , de la
maniéré que nous le voyons. Pour fondre l’Antimoine minerai les Mineraliftes
ont deux pots de terre dont ils en rempliflent und’Antimoine minerai en pou¬
dre , & ayant placé le pot vuideau milieu d’un grand feu ils le couvrent d’une
cfpece d’écumoire de fer fur laquelle ils renverlcnt le pot plein de poudre, &:
les ayant tous deux entourez de feu , l’Antimoine fc fond , pafle au travers des
trous, & tombent dans le pot de deifous qui eft vuide,&: fc forme en pain tel
que l’on nous l’envoyc.
L’cfpece d’écumoire ou de plaque troiiéc que Ton met entre les deux pots
fertà retenir la gangue ou roche qui fc trouve avec l’Antimoine minerai. Lors
que 1 Antimoine eft fondu on le retire du feu, & après être refroidi &: avoir
cafte le pot qui le contient, il eft envoyé où l’on fouhaite.
On voyoit autrefois en France de l’Antimoine d’Hongrie qui étoit en pain Antimoiné
de trois à quatre livres en petites éguillcs cntrc-lacées l’une dans l’autre, d’une
couleur jaune tirant fur le doré , fur un fond blanc comme de l’argent. Cet An¬
timoine fc trouve dans les mines des montagnes qui dépendent de Preibouro-j
ville capitale de la BaftTe Hongrie, où il eft fondu & réduit de la forme & fi¬
gure qu’on le voyoit. Cet Antimoine eft devenu ft rare, qu’il eft prcfquc im-
poftibled’cn pouvoir recouvrer. Ceux qui ont travaillé fur cet Antimoine m’ont
aftTuré qu’il étoit beaucoup plus propre à en tirer ce que nous tirons ordinaire¬
ment des Antimoines de France: & de plus, c’eft qu’on en peut tirer de chaque
livre deux onces de Mercure plus beau que ccluy d’Efpagne.
Nous avons en France pluficurs fortes d’Antimoinc-, qui ne different que fui-
vant que les gens le fçavent bien purifier , & fondre: Et le plus parfait, après le
Hongrie, eft ccluy que nous faifons venir de Saumur en Anjou , ou il eft ap¬
porté tout fondu du Poitou.
L’Antimoine de Poitou doit c^rc en belles éguillcs, droites, longues, larges , Antimoiniê
blanches, brillantes, léger, facile à cafter, & le moins rempli d’une cfpece d’An-
timoine à demi fondu qui eft comme du mafehefer, & qui fc trouve au deffus
des pains en manière de feories que l’on appelle Pied ou Tefted’Antimoine. Cet¬
te défcétuofité ne fe trouve guère à l’Antimoine de Poitou, en ce qu’ils le fça¬
vent fort bien fondre : Et c’eft de cet Antimoine dont on doit fc fervir pour
toutes les Operations qui fc trouveront cy-aprés décrites, en ce qu’il eft moins Antimoine
foufreux , & en ce qu’il donne beaucoup plus de régulé depuis quelque temps. '
L’on nous envoyé de Bretagne un Antimoine en petites éguillcs fort pures, ^
tres-propres aux memes ufages que ccluy de Poitou j mais comme il n’cft pas
encore fort connu , on s’en tiendra à celuy du Poitou. Le troifiéme eft ccluy Anrimoin»
d’Auvergne, qui en un mot n’cft propre à rien , jufqu’à ce que ceux qui le tra-
vaillent ayent appris aie bien purifier & le bien fondre; car tout l’Antinioinc
qui nous vient d’Auvergne eft extrêmement dur, rempli de feories en petites
éguillcs, d’un jaune bleuâtre, qui font affez connoître qu’il n’cft: pas â moitié
purifié , ni privé de fon fou fre puant & malin \ cc qui caufe beaucoup de peine
â ceux qui le veulent travailler,
X
Hiftoire generale
Outre le grand nombre de rcmedes Chimiques que l’on tire de l’Antimoi¬
ne, quantité d’Ouvricrs s’en fervent tant pour aider à fondre les métaux , que
pour employer a en tirer le régule j fur tout en Angleterre, où nous en envoyons
de grolTes parties pour mettre dans Ictain, afin de le rendre plus dur , plus
blanc, & plus fonant. Je diray neanmoins que depuis quelques années les An-
glois ne s’en fervent pas tant, en ce qu’au lieu de régule d Antimoine ils fc fer¬
vent d étain de glace. Les Fondeurs en Lettres d’imprimerie fe fervent d 'Anti¬
moine , afin de rendre le plomb plus dur. L’Antimoine fondu & boüilli dans une
tifanne de falcc pareille, efquinc, & gayac,& un remedealTurc pour guérir les ma¬
ladies fccretccs ; £t autant que cette drogue a été en horreur par le palTé, au¬
tant l’ufagcen cil commun prefentement. Pour fe fervir de l’Antimoine on le
concalfe par petits more aux , ou bien on le réduit en poudre groUIerc, & on
la met dans un petit linge boüillir avec les hutres Drogues. Quelques perfonnes
fc fervent de 1 Antimoine en poudre pour donner à leurs chevaux, au lieu de
Foyc d Antimoine, & prétendent qu’il a le meme effet.
je ne m’arrêteray point à vouloir entrer dans la difeution defçavoir s’il y a
de l’Antimoine mâle &c femelle, comme la plupart des Auteurs le difent, que
le mâle eft plus grofîicr , fablonncux , écailleux & moins pcfant,& par confe-
quent de moindre qualité que la femelle , qui eft pefante , brillante, & plus frya-
blci car j’ay bien travaillé & vendu de l’Antimoine, & je n’y ay jamais reconnu
autre différence finon fa purification , & que lors qu’il eft d’une bonne qualité
il peut fervir en toutes chofes également j ainfî il ne peut y en avoir de deux
fortes.
CHAPITRE II I.
Du Requle d Antimoine.
O
IE Régulé d’ Antimoine ordinaire, c’eft adiré fans mars, eft de l’Antimoi¬
ne du falpêtrcôe du tatre fondu enfemblc,& jetté dans un petit mortier
graiffé, & par le moyen d’un coup de marteau on en fait tomber le Régulé au
fond, qui pour être beau doit être blanc en belles écailles tout-â-fait fembla-
ble a l’ctain de glace. Si ce Régulé n’eft pas beau de la première fois, on peut
le faire refondre & le purifier avec un peu de falpétrc. Plus on le fera fondre
plus il diminuera, plus il fera beau.
On fe fert de ce Régulé pour faire des goblets,dcs pillulcs,& autres opera¬
tions de Cbymic, comme il fc verra cy-aprés.
chapitre IV.
T)u Régulé d Antimoine avec le mars,
T E Régulé d’Antimoine avec le mars eft de l’Antimoine, du faipcrre &dcs
J[ _ ^pointes de clouds de Maréchal, ou des petits clouds fondus enfcmblc, &
par le moyen du feu, en y procédant de la meme manière qu au precedent, eft
réduit en Régule.
Ce Régule pour être beau doit-être comme l’autre, & doit avoir de plus une
étoile au deffus. jc ne m’arreteray pas à dire tous les contes que les Anciens
des Drogues, Livre Second. sS
ont fait aj^ujet de cet étoile, & d’où elle provenoit ; mais feulement cju’cllc
ne provicnTque fuivant lesdcgrc du feu que le Régule a foufferti car plus il a
eu de feu , plus l’étoile eft grande & belle.
On fe fert de ces Régules p^pur rendre le vin purgatif, ou plutôt émétique;
& on fera averti de jetter Icsinois ou quatre premiers vins que l’on aura lailTc
tremper dans les goblets , en ce qu’ils pourroit caufer quelque accident.
Comme la plupart de ceux, qu^ ont befoin de goblets de Régule ont de la
peine à en venir à bout, iis n’auront qu’à s'adrelTer à un Fondeur, qui leur en cobicts.
fera de telle grandeur ôc figure qu’ils fouhaiteront , & à fort bon marché , fans
s’amufcràdcs moules que plufieurs particuliers ont qui caufent bien de la pei¬
ne, beaucoup de déchet, & fi le plus fouvent on eft obligé d’y renoncer , ne
pouvant faire CCS goblets fans trou, ou autres défauts. On pourra aulfi leur
faire faire des pilullcs perpétuelles, ou bien les faire foy même avec des mou¬
les de baies de moufquet, étant uncchofc fort facile à faire. ,
Les pilulles fervent à faire prendre à ceux qui ont les boyaux noücz ou co- p""
liques de Mifcrcrc, & on les lavent lors qu’ils font forties du corps & peuvent
fervir toujours , d’où eft venu leurs noms. On peut les mettre infufer, aufti-bien
que le Régule, dans du vin pendant douze heures à froid , &: l’on prétend que
c’eft une bonne mcdecinc pour les gens robuftes.
chapitre V.
Du Verre d’ Ântimome,
•
Le Verre d’Antimoinc,ou Antimoine Vitré eft un Antimoine feparc de fes
fouphres, qui font un poifon mortel. C’eft pourquoy on le doit tra-
r fous une cheminée pour en éviter les cxhalailons , & enfuitc eft Vitri¬
fié ou fondu en huile dans un creufet & jetté fur un marbre chaud pour le ren¬
dre de la manière que nous le voyons, & tel qu’il nous vient d’Hollande.
C’eft une operation que je ne confcille à perfonne de faire, tant à caufe de la
grande peine qu’il y a & du rifque, que parce que nous ne pouvons l’établir
fur le même pied que les Hdllandois.
On choifira l’Antimoine en Verre, plat, d’un beau rouge clair, & tranfpa-
rent, le moins rempli de menu, & de morceaux épais noirs & gris, qu’il
fc pourra. On m’a dit que les Hollandois y mcloicnt moitié ver cafte dans
la fonte pour le décharger de fa couleur noire, & pour le rendre d’une aufti
belle couleur que nous le voyons ; ce que je nefçay pas. Au lieu de jetter l’An¬
timoine fur un marbre, on le peut jetter dans un moule de Fondeur , & on en
fera des goblets; mais ce qui ne peut être que pour les curieux, n’ayant pas de
dcmandc.On fc fcrtdcccVerred’Antimoine pour faire vomir, pris depuis deux
jufqucs à fix grains. Les. Apoticaircs en font un Sirop, & le Vin Emétique.
chapitre VL
^ Du F(^e d Antimoine,
Le Foyc d’Antimoine, appcllé mal à propos Crocus mctallorum eft de
l’Antimoine &du Salpêtre commun incorporé ou mêle cnfcmble, & par
X ij
Toiidic Ttnpe-
liak.
Ciociis métal-
lorum.
j8 Hiftoire generale
le moyen d’un charbon allumé cfl: réduit en pierre de la manicr||^uc nous le
voyons.
On doit choifir ce Foyc d’Antimoinc en beaux morceaux luifans, étoillez,
unis, tendre, & qu’étant écralé ou pulverifé la poudre en foie rougeâtre d’u¬
ne couleur de Safran ; ce qui luy a donné le nom de Safran des métaux , Ôc en
morceaux de couleur de foyc, d’où cft venu fon nom de Foye d’Antimoine.
Ce Foyc cfl: un remède univcrfcl pour guérir les chevaux de pluficurs ma¬
ladies, mais fur tout pour les purger & leur donner un embon point pris dans
du fon moüillé depuis une once jufqu’â deux , ainfi que l’cnfcignc le Livre
de Monficur de Soylefcl ou Parfait Marcfchal. Il efl: quelque peu uflté en
Mcdecine-, mais la petite quantité qui s’en ufc ne mérité pas d’en parler. Ce qui
cfl; bien contraire pour les chevaux , en ce qui s'en coniume une très grande
quantité, tant fous les noms cy dcITus que fur ccluy de Poudre Impériale.
Ceux qui voudront faire cette operation , qui paroît la plus facile du mon¬
de, efl: neanmoins tics mal aifée â y bien réülTir, fur tout quand on n’a pas de
bon Antimoine & de bon Salpêtre ou qu’il cfl: rempli de Sel, comme il n’ar¬
rive que trop fouvent i c’efl: pourquoy avant que de faire cette operation on
doit faire fechcr fon Salpêtre & fc fcrvir d’Antimoinc de Poitou , Si non pas
d’Auvergne, tant â eau fe qu’il cft: trop rempli de foufre qu’à caufe qu’il n’cft pas
aflTcz purifié. Et lors qu’il aura été quelque temps expofé, étant mêlé enfem-
blc à l’air , on en mettra une quantité raifonnablc dans un mortier ou marmite
de fer placez fous une cheminée, & ayant mis le feu il fc fera un grand bruit,
que les Chymiftes appellent Détonation} Si lorsqu’elle ferapaffée & le vaifteau
refroidi, on le feparera de fes fcorics ou écumes qui feront blanches, & le fond
fera en pierre, de la manière que je l’ay décrit. On ne doit pas fc fervir d’un,
mortier de fonte de peur qu’il ne calTc, comme il arrive quelquefois, ny avoir
peur du feu; au contraire, il n’y a rien qui ramone les cheminées comme cette
operation, feulement il faut mettre une toile devant la cheminée de peur de la
vapeur s’en aller d’auprès: & non pas le faire dans des places publiques, Sc
faire mille figures j c’eft une operation bien fantaftique; car j’ay veu avoir une
grofle quantité de Salpêtre & Antimoine mêlé, & préparé cnfcmble , en faire
une venue tres-belle, ôc reprendre la même matière & faire de même & être
beaucoup moins belle, & la manquer quelquefois tout-â fait j ce qui fera que
ceux qui en auront bcloin en poudre prendront garde qu’elle foit d’un beau rou¬
ge, & que ce ne foit ce qui s’attache au haut & au coté du vailFcau qui cft en
petites écailles minces & brune, ou qu’il n’aye pas été manqué; ce qui caufe
qu’il y en a qui en font meilleur marché l’un que l’autre, à quoy il faut bien
prendre garde.
Ceux qui voudront avoir un Safran des métaux ou Crocus metallorum pro¬
pres pour prendre par la bouche, le feront avec égales parties d’Antimoinc & de
Salpêtre rafiné , Sc après l’avo^ fait ils le feront réduire en fine poudre , & le lave¬
ront par pluficurs rois dans de l’eau chaude, tant poiy: en ôter ce qui pourroit
ctrcrcftédefalpêtrc,qucpourlc rendre un peu plus emetique. Plus on le vou¬
dra emetique,^ plus on y mettra de falpctrc. Mais il fait de grofles diminu-
tions^ôc revient â beaucoup plus, mais c’eft à quoy il ne faut pfcndre garde, en
ce que cette marchandifc vendue par petits poids comme elle fe vend paye bien
fes frais , & les peines que l’on fc donne.
On donne telle couleur â la Poudre Impériale ou au Foye d’Antimoinc
que l’on veut, fuivant les préparations & le falpêtreque l’on y employé: & fi
c’eft du commun, il fera un peu plus de couleur tannée ou de Foye qu’avec le ra-
des Drogues, Livre Second. yp
fine : Et fi on y ajoute le fcl décrépite, c’efl: à dire fechc & à moitié calciné juf-
eju’à ce qu’il ne pétillé plus , on le rendra d’un aflez beau rouge tirant à celle de
l’Opale & de figure de Marcachifte ; ce qui a été caufe qu on luy a donné le
nom de Ma^nefîa Opalina, ou de Rubine d’ Antimoine.
Quelques-uns fc fervent des fcorics blanches, tant pour faire prendre aux
chevaux que pour en tirer par le moyen de l’eau un fcl ou falpctre fixe, qui eft
un très bon remedepour les chevaux, & à qui ils ont donné le nom de Poli-
crete, ou remede general ou univerfel. On fe lcrt du Crocus metallorum lavé
& non lavé pour faire le Vin Emétique, qui fe fait en mettant du Crocus me¬
tallorum ou du Foye d’antimoine dans du vin blanc, le lailTant tremper pen¬
dant 24 heures.
CHAPITRE VIL
Du Diaphoreti^tie d' Antimoine,
•T* E Diaphoretique d’Antimoinc, ou Antimoine Diaphorctique, ou Chaux
j| _ yd’Antimoine, eft de l’Antimoine de Poitou & du falpctre rafiné incorpo¬
ré enfcmble, & par le moyen du feu & de l’eau chaude on en fait une poudre,
qui étant prefque feche on en forme de petits trochifqucs que l’on fait fcchcr
bien proprement, & on les garde pour le befoin. Ce remede eft quelque peu en
ufage pour guérir les fièvres malines,c’eft pourquoy quelques uns l’ordonnent
contre la pefteou maladies contagieufes en ce qu’il eft fudorifique, & chafTc le
venin au dehors. Il y a quantité de perfonnes qui n’y ajoutent pas grande foy,
en ce qu’ils prétendent qu’il n’a aucune vertu, n’étant qu’une efpecc de crayc;
ce que je ne fçay pas, & ce que je laifle aux Médecins. Comme ces Meilleurs là
avec cette penfée luy fubftituënt des chofes que d’honnetes gens auroient de la
peine à s’imaginer, comme du blanc de feve, de la cerufe, & autres femblablcs
àquoy il faut bien prendre garde; ce qui fera qu’on 1 achètera toujours d’hon-
nctes gens : car je ne fçachc pas aucune épreuve pour le connoître , finon que
le véritable Antimoine Diaphorctique doit être extrêmement blanc, velouté,
fryablc, d’aucun gouft ni odeur, étant tout-à fait infipide. Quelques habiles
çens m’ont alTu ré que le temps faifoit changer de qualité à l’Antimoine Diapho¬
retique; car au lieu qu’il eft fudorifique nouvellement fait, lors qu’il eft vieux
il devient vomitif; ce que je n’ay pas expérimenté : mais quoy qu’il en foit, le
plus nouveau fait doit être toujours préféré.
On pourroit tirer des lotions deux fortes de fels , mais le peu que l’on en
pourroit retirer fait que je ne confcille à perfonne de s’y amufer. •
chapitre VIII.
Des Fleurs dJ Antimoine,
LEs Fleurs d’Antimoinc ne font que de l’Antimoine que l’on brûle dans des
pots mis les uns fur les autres qui font appeliez Aludels , & par le moyen
du feu on fait monter une vapeur qui fc trouve dans les pots en poudre blan¬
che , & que l’on ramafte avec la barbe d’une plume. Si on fc fert d’une Cornue
de grez au lieu d’Aludcls, on aura des fleurs rouges.
X iij
Rubine d’An-
timoiiic.
Policrefte.
Vin Eméti¬
que.
j8 Hiftoire generale
Les Fleurs d’Antimoine font eftimées propre contre l’épilepfie & contre les
fièvre intermitantes. La doze eft depuis deux grains jufqua fix, àc des rouges
depuis deux grains jufqua quatre, en ce qu’elles font plus vomitives pris dans
quelque conferve ou tablettes , ou dans du boüillon. Je diray en paifant que de
toutes fortes de remèdes Chymiques on ne s’en doit fervir que par l’avis d’ha¬
biles & honnêtes gens,& ne pas s’attacher â un nombre de Charlatans qui font
mourir plus de monde qu’il ne s’en tue à l’armée : car autant que tous les remè¬
des de Chymie font doüez de bonnes qualitez crans pris en temps & lieu , au¬
tant font-ils pernicieux quand ils font pris dans un temps contraire, & mal-
a-propos.
CHAPITRE IX.
Du beurre Ù- Cimbre d' Antimoine.
Le Beurre & Cinabre d’Antimoinc fortent des mêmes matières, n’y ayant
que les degrez du feu qui en font la différence. Et ce n’cfl; que de l’ Antimbi- *
ne & du Sublimé corrofif mêle enfemblc, & mis dans une Cornue. Le pnemier
qui fort efl une huile claire , & le fécond eft une huile cpaifTc comme de la cire,
qui étant bien travaillée eft comme du candy blanc i & le troifi.cme qui efl;
venu à force de feu , eft une matière rougeâtre en petites éguilles aflez appro¬
chant en figure au cinabre minerai , d’où eft venu foii nom.
Ce Beurre d’Antimoinc eft un fort cauftique , mais fbn principal ufage eft
pour faire la poudre angélique, comme il fc verra cy-aprés , & le Cinabre eft
fudorifique ; c’eft pourquoy on l’ordonne dans la veroic du depuis fix grains juf-
qu’à quinze.
On doit choifir le beurre d’Antimoinc bien blanc, & tout-â-fait fcmblable
au fucrc candy blanc & le moins liquéfié , c’eft â dire le plus fec qu’il fera poftl-
blc,& le tenir dans une bouteille bien bouchée.
Le Cinabre fera choifi en beaux morceaux, le plus cguillé & rouge qu’il fc
pourra, ôc rejetter celuy qui eft noiraftre.
CHAPITRE X.
De D Poudre ^karot ou PMercure de vie,
O
La Poudre Algarot ou Emétique ou angélique, eft une poudre blanche fai¬
te avec le beurre d’Antimpinc liquifiez & jettez dans de l’eau tiedç , lave par
plulicurs fois , fcchc & mis dans une phiolc , & gardé pour le befoin. _
Cette poudre eft un tres-bon purgatif, la doze eft depuis z grains jufqu’â 8
dans du boüillon, ou autres liqueurs, cette poudre doit eftrc bien blanche, &
faite aucc l’huile glaciale ou beurre d Antimoine, c’eft adiré celuy qui eft iFaic
avec le régulé, comme il fe verra cy-apres \ car quand la poudre émétique eft
faite avec le beurre d’Antimoinc faite d’Antimoinc cru , clic eft bien moins blan¬
che que celle qui eft faite de régule.
des Drogues J Livre Second.
S9
CHAPITREXI.
Du Beipard minerai.
Le Bczoard minerai eft du beurre d’ Antimoine prépare avec rcfprit dcNi-
tre , & par ce moyen réduite en poudre blanche 5 on luy attribue les memes
Çroprictez qu’au Diaphoretique , c’eft ce qui fait que la plufpart luy fuppofe,
a quoy il faut prendre garde. La doze eft depuis C grains juiqu à 10.
CHAPITRE XII.
De fHuMe Raciale d' Antimoine.
L’Huille glaciale ou beurre d’Antimoine eft du régulé d’ Antimoine, & du
fublime corrofif, par le moyen du feu font réduit en huille épaiflfe comme
la précédente, te l’huille eftant fortie en pouffant le feu te ofter le récipient, te
en mettre une autre dans quoy il y aura de l’eau froide , il en fortira un mercure
courantquiefttres-beau &; bon.
Cette huille cfl: fort cauftique te mange les chairs baveufes te rupcrflucs,
c’eft de cette huille que l’on doit faire la poudre Algarot te le Bczoard minerai.
CHAPITRE XIII.
De l’ Huille d' Antimoine Caujliejue.
L’Kuillc d’Antimoine Cauftique eft de l’Antimoine en poudre de l’efprit de
Sel ,& de l’Huile de Vitriol cauftique , te du tout on en en tire par le moyen
du feu une liqueur blanchcâtre que l’on doit garder pour le befoin , on s’en ferc
pour la carie des os, étant un forte fearotique, & pour la gangrenne & pour net¬
toyer les vieilles ulcérés.
Cette liqueur n’eft pas proprement une Huille, en ce quelle n’eft pasgraccj
on peut encore tirer une autre liqueur de l’Antimoine , par le moyen de l’Anti^
moine & du fucre candy.
CHAPITRE XIV.
De In Teinture d' Antimoine»
La Teinture d’Antimoine eft du fcl détartré, & de l’Antimoine fondu en-
fcmble, te par le moyen de l’Efprit de Vin on en tire une liqueur rouge
qui eft tres-bonne pour le Scorbut, pour les vapeurs des femmes ,&:pourguc,
rir la galle. La doze eft depuis 4 goûtes jufqu’aio.
6o
Hiftoire generale
CHAPITRE XV.
Du ^agtjler Ù' Précipité d’ Antimoine.
r^E Précipite cfl: de rAntimoinc en poudre fubtilc, & de l’eau regale mclcc
jcnfcmblc, enfuite jettée dans une terrine remplie d’eau, & la poudre qui fera
au fond il l’a faut laver i & c’eft proprement le foulfre d’Antimoinc en ce qu’il
prend feu comme le fouifre ordinaire, on s’en ferc pour l’Apoplexie & Paraliific.
La doze cft depuis z grains jufqu’à n , dans une liqueur convenable à la ma¬
ladie. Outre ce Soufre d’Antimoinc il y en a encore un autre que nous appcl-
souficdoté. Ions Soufre doré d’Antimoine, qui cft fait des fcorics de régulé d’antimoi¬
ne ordinaire, c’eft à dire fans mars, & les ayant fait bouillir dans de leau fil¬
trée & précipite la poudre avec du vinaigre on en tirera une poudre rouge, qui
après avoir été fechéc on s’en fert pour faire vomir. La doze cft de quatre grains
jufqu’a fix dans du boüillon, ou en pilulle. On ne doit pas trouver étrange fi
je ne me fuis pas étendu davantage fur le fait de la Chymic, c’eft qu’il n’eft pas
permis aux Marchands de travailler; & de plus , c’eft que Mefticurs Charas,
Glacer & l’Emcry en ont fort amplement traité.
CHAPITRE XVI.
De l'Aimam.
L’Aimant, fuiyant quelques Autheurs, cft une pierre minérale noire qui a
des mervcilleufcs proprietez, entre autres d’attirer le fer, & de tourner ces
pôles vers le Nord & le Midy, & meme de communiquer fa vertu au fer qui
la touche : on la trouve dans toutes les mines , & furtout en celles de cuivre ôc
fer, de la nature defquclles elle participe. Le bon Aimant cft fort folide ^ peu
poreux & peu pcfanc, homogène, de couleur d’eau ou d’un noir lu liant, &
quelquefois d’une couleur perfe ou bleu obfcure ou tirant furie roux: la vertu
que l’Aimant a communique au fer fe perd fi on luy fait changer de figure,
foit avec le marteau, foit avec les doigts, comme une aiguille droite fi on la
couvre , ou quand elle cft courbée fi on la rcdrelTc, ainfi l’aflurele Pcrc Fran¬
çois Maria Grimaldi dans fa Phyfique. On appelle un Aimant généreux ccluy
qui attire fortement le fer; l’Aimant fc conferve en lieu fec & entouré d’efear-
late; mais pour luy faire bien conferver fa vigueur, il faut l’armer ôdefufpcn-
dre par fon équateur avec une corde de boyau pour luy lailTcr prendre fa fitua-
tion au Midy : s’il vient a tomber il perd fa force pour quelque- temps. On
trouve fes pôles en luy appliquant un morceau d’aiguille à coudre; car les deux
endroits où les deux aiguilles demeurerons doites, ce font les deux pôles. On
tient que l’Aimant rend fouxeeux qui en ont pris, & que fon contrepoifon cft
l’or où la pierre d’emeraude. Mathiolc dit que l’Aimant fondu avec de la bronze
roufle le fait devenir de couleur d’argent, comme la Calamine donne la cou¬
leur d’or au cuivre. Pline dit que Dinocrates Alexandrin avoit commence d
voûter d’Aimant le Temple d’Alfinoé , afin d y faire tenir fon image fufpcn-
duc en l’air qui éoit toute de fer, on a fait accroire au peuple la même chofe
delà Voûte du Sepulchrc de Mahomet ; mais fe font toutes fables. Galfendi &
des Drogues , Livre Second. 6l
le Pcrc Fournier derivént ce mot dcr.lmour que l’Aimant a pour le fer & pour
le pôle, quis. nil Ammt'm quamut atrahere O* rctinere. Ménage le dérive de Addmantr
ablatif dd Adamus dont on a ufe en cette fig'nifîcation, on l’appclleen latin Ma¬
gnes , lapis Lidjus^ ou Heraclm , parce qu’on le tfouvoit dans Hcraclcc qui cft une
ville de Magnclîe , qui fait partie de la Lydie ou du nom d’un Berge nommé Ma¬
gnes, qui le premier le découvrit avec le fer de fa houlette au Mont Ida, com¬
me témoigne Nicander ; on l’appelle, aulfi pierre Herculienne a caiife qu’elle
montre les chemins dont Hercule étoit lcl>icu & le Guide ; c'efl: ain fi qu’elle efl
nommée dans Euripides, on l’appelle aufiî Sideritis à caüfe qu’il attire le fer , que
les Grecs nomment SideroSy & en vieux françois Olamitc.
Outre l’Aimant cy-dclfus , on en a trouvé en au haut du Clocher de
Chartres, fur quoyMonficur l’Abbé de Vallemont a/aitun Traitté., où ila re¬
marqué parles cxpfcriences^u’il ena faites , qu’il attire le fer , dirige fes pôles
vers le Nord & le Sud en décliné comme fait l’Aimant ordinaire. Il feroit à
fouhaitter qu’il fc trouvât fouvent de cet aimant 5 & il en faudroit faire recherche
dans les ruÿies des vieux édifices que l’on démolit. Car il eft certain qu’il ed d’une
vertu tout'à'fait extraordinaire. Monfieyr de’Vallemont m’en a fait voir d’une
vigueur furprenantc,&quilevoit un poids de fer tres-confiderablc. ]em etendrois
davantage fur cet Aimant s’il efioit plus commun ; mais il ell tres-rare : & depuis
que l’on en a prefenté au Roy , on le recherche avec bcaucuup de foin. Pour le pla¬
cer dans le cabinet dès curieux ,& des fçavans. Comme Monficur de Vallemont a
fait la defeription de cet Aimant, ^®’il explique, comme la nature l’a formé au
haut du clocher de Chartres. LcLcitftcur peut y avoir recours pourvoir tout cc
qu’il en dit de curieux. Il y en a un troificme , mais fort rare , qui eft ce
que nous appelions Calamite blanche ou Aimant blanc. Il y en a encore un qua¬
trième quieft très-commun, n’étant prefque que du mafehefer, qui efl; ccluy
que nous vendons ordinairement, tant parce que le.vcritable Aimant noir d’Er-
thiôpiccft fort recherché â caufe de fes hautes proprictez, dont on auroit bien
de la peine â fc palTcr , principalement pour ceux qui vont fur mer , en ce qu’il ti*.
rc toujours vers le Nord & fait connoître aux Pilotes où ils font. A l’égard de
r^^imant blanc fa grande rareté ôc les hautes proprietez qu’il n’eft pas befoin de
nommer que l’on luy attribue, font la caufe qu’il cft fort recherché, & que la
plupart luy fubftituë la Marne ou terre blanclrc qui fe trouve attachez â l’Ai¬
mant commun, & nclailTent pas de vendre une drogue, bien chcrc, qui en un
mot ne vaut rien , n’étant que de la terre ; ce qui fera facile â connoître , en ce
quele véritable Aimant blanc eft d’un blanc grisâtre pefant , attirant le fer com¬
me l’aimant noir d’Ethiopie , ce qui ne fe trouve en aucune façon dans celuy
que quelques-uns vendent de plus , c’eft que le bon marché que l’on le vend
fait aftez connoître qu’il n’eft pas véritable. Nous fommes donc obligez de nous
contentenrer dcccluy que nous faifons venir de pluficurs endroits , entr’autres
d’Auvergne 6c de le vendre â ceux qui ont bien de la peine â l’achepter quarante
fols la livre , qui par confequent ne pouvoient pas fe réfoudre de l’achepter des
fommes confidérablcs, ainfi que fe vend le véritable aimant noire d’Ethiopie ,
puifqu’il y en a que l’on troqueroit volontiers pour autant pefant d’or, quoy-
que je blâme beaucoup l’aimant que nous vendons, il n’eft pas qu’il ne s’en rem
contre quelquefois du bon 5 mais la chofe eft fi rare, que fur un 1000, il n’y
en a pas dix livres. Mais pour* donner un milieu , ceux qui auront befoin d'ai¬
mant pour l’ufagc de la Médecine, fc contenteront de ccluy qui fc trouve dans
l’aimant que nous vendons, qui a la propriété d’enlever de petites éguillcs , ou
de faire aller de la limaille de fer fur une aftiette, en palTant l’aimant par deflbus
■Aimant dé
Chartre en
Beaufl c.
Calamine
blanche où
Aimant
blanc.
éz Hiftoire generale
Taffiectc fans y toucher , ou en jettant de la limaille de fer deflus , fi elle fc dref-
fe & s’attache à l’aimant , c ’eft une marque qu’il y en a quelque peu de bon
parmy, & qu’il peut être employé dans l’emplâcre divin, quieft fon plus grand
ufage.
chapitre XVII.
JDâ la Cadmie ou Calaminé.
•
La pierre Calamine ou Calaminaire ou Cadmie eft un minerai, donc il y en
a de deux fortes , fçavoir , l’une grife & l’autre rouge.
La première qui cft grife, eft aflez approchant erf" figure Ai Bol gris , à la re-
ferve qu’elle eft plus dure j elle fe trouve en Allemagne , en Angleterre proche les
Minières de plomb , & meme auprès de Licge.
Lacleuxicme qui eft la rouge, eft auftî une pierre rougeâtre parfemée de vei¬
nes blanches, dures & pefantes , remplies de grains durs Ôc ronds, de la grofleur
du poivre, ces pierres croiflent en abondance dans le Berry proche dcBourge ôi
Saumur, où il s’en trouve une fi grande quarKitc, qu’il y en a des carrières
toutes remplies , ôc elle y eft â fi bon marché , qu’elle ne coûte qu’à tirer. H
en vient aufli en plufieurs endroits, mais comme celle qui fe trouve en Berry
eft aufii bonne que celles des autres endroits , il n’eft pas ncceflaire d’en faire
venir de plus loin.
Cette pierre eft quelque peu ufité dans la Médecine en ce qu’elle entre dans
quelques compofitions galéniques, ôc pour ce fujetldoit eftre préparée fur un
marbre & réduite en trochifques avec de l’eau roze, &c’eftceque lesApotfcai-
caiamine appellent Calamine préparée.
piepa*™” Pour ce qui eft de la prqmierc , quoyque ce foit de la véritable elle eft peu
en ufage dans la Médecine , mais ion plus grand ufage eft pour convertir le
cuivre rouge en jaune que l’on appelle Letton.
CHAPITRE XVIII.
Feret d'Efpagne.
La pierre Hématite que nous appelions ordinairement Fercr d’Efpagnc eft
un minerai de couleur rougeâtre, dur, pefant&par éguilles longucs^oin-
tues & fort dangereufes, principalement quand onenaefté piqué.
Cette pieçre nous eft apporté de plufieurs endroits, en ce qu’il n’y a point
de miniers de fer où il ne s’y rencontre du Feret d’Efpagne.
On doit choifir la pierre hematique haute en couleur en belles éguilles , &
la plus approchante au Cinabre que faire fe pourra.
Ce minerai a quelque peu d’ufage en Medecine , & meme Monfieur Cha-
ras dit dans fa Pharmacope chimique â la page 8x3 , qu’eftant poulTé par la
Cornue avec du Sel Armoniac on en tire des Fleurs de la couleur Ôc de l’odeur
du Safran, c’eft ce qui fait que l’on appelle ces Fleurs aromats des Philofo-
Aromats des phes , & de plus OU en fait un efprit martial , acide , & avec de l’cf-
piuiofophej. pj.j[ jjç teinture & des Fleurs , & qui ont chacun â parc de gran¬
des proprietez , ainfi que le marque le meme Auteur où.le Le(fteur aura recours.
des Drogues , Livre fécond.
On prcceiid que ecctc pierre cft fouveraine pour arrcRcr Icfang, d’où eft
venu le nom d’hematitc du mot grec haima qui fîgnific fang , ôc de pierre
fanguine à caufe qu’elle cft de couleur de fang, & Ferec à caufe qui fc trouve
dans les mines de fer.
Cette pierre eftant broyée comme l’aimant , entre dans quelques compoll-
tions galéniques, ceux qui travaillent à la Métallique ou a la pierre Philofo-
phique fc fervent de cette pierre.
Les Doreurs & Orfèvres s’en fervent pour polir l’or en feuilles apres qu’il efl
applique fur quelques ouvrages que ce foit, comme argent, cuivre, fer, bois sanguirtc
& autres.
Il y a encore une autre forte de Sanguine dont ceux qui deffio-nent fe fer¬
vent, que nous appelions crayon rouge qui eft alTez femblablc au Ferec d’Lf-
pàgne, a la referve qu’il n’ell: pas par cguilles , mais marte comme de la terre.
On nous apporte cette Sanguine ou crayon d’Angleterre de deux differen¬
tes qualiteZj la plus parfaite eft* celle qui eft moyennement tendre, douce , fa¬
cile àfeier ou à couper pour faire des crayons, la commune cft dure, gravclcufcj
difficile a feier, 6c en un mot du tout a rejetter.
CHAPITRE IX.
lEmery dEfpag?2è,
LEmery d’Èpagnc eft un minerai rempli de roche 6c de quelques petites
veines d’or qui fe trouve da is les mines d’or du Pérou Ôc d’aillcuis , ôc
comme ce n’eft qu’une marcafifte ou pierre dure comme marbre , parfemé
de veines d’or , c’eft ce qui le fait tant cftimer de ceux qui recherchent la pierre
Philofophalc, elle cft fi requifcprcfcntcmcnt , que quiconque en auroit la ven-
droit au poids de l’or j & comme cette pierre ou marcafifte abonde affez en
or, le Roy d’Efpagnc en a interdit la fortic hors defon Royaume, c’eft le fu-
jet pour lequel on en voit que tres-rarement, cetEmery n’a aucun ufage dans
la Médecine, quoyquc Monfteur Demeuve dife qu’il eft corroftf & cauftique.
Il y a encore de deux fortes d’Enicry , dont le premier cft rougeâtre, ôc c'eft E-ncryidüge.
ccluy qui fc trouve dans les mines de cuivre, tant dans la Suède quâux autres
endroits , & c’eft cet Emcry que quelques-uns vendent pour Emery d Efpagne ,
ce qui fera facile âconnoîcre , en ce qu’il cft matte , uni, dure , d'un allez
beau rouge & nullement parfemé de veines d or.
Le troifiéme cft le commun qui cft ccluy dont on fc ferr, fur tout les Ar¬
muriers 6c Coutclliers, ôc gcncrallement tous ceux qui travaillent en fer ou
en acier, n y ayant rien qui Icpoliffcnt , comme 1 Emery battu , & memépour
polir les glaces des miroirs dackr 6c à quantité d’autres ouvrages, on s’en fert
aufli â polir les pierres.
Cet Emery nous cft apporté de plusieurs endroits où il y a des mines de ferj
Sc même d’Angleterre, Ôc il n’y a que les Anglois quis’amufent à le battre par
le moyen des mouhns qui ne fervent qu’à cela ou à pulvcrifcr d’autre pierre de
pareille nature, car 1 Emery commun cft fi dure , que quiconque le voudroit
battre ou faire battre dans un mortier, il feroit des trous au pillon à y fourcr
le pouce, ôc comme ce minerai eft allez employé, fur tout en poudre , on le
choifira en fine poudre, c eft-à-dire, comme le poivre pur ôc net, ôc ccluy en
pierre le plus haut en couleur ôc le moins rempli de roches que faire fc pourra.
Hiftoire generale
L’Emcrv coupe le verre comme le Diamant , & ne peut mordre fur un Dia-
mant comme fur les autres pierres précieufes, on prétend qu cftant fondu avec
avec du plomb & du fer il en augmente le poids, les durcit & les fait deve-
nir rouges , ce que je n’ay pas expérimenté , on en mclc aulTi avec l or de Ma-
dagafear C mais c’eft du deuxième Emery qui cftccluy qui fe tire des mines de
cuivre) qui efl un or mol & pale. ^
On s’en fert aiilTi à couper & à tailler le marbre, on prétend aufTi que dans
l’eau de vie ou l’efprit de vin , il fc réduit en poudre imperceptible , ce que je
n’ay pas encore éprouvé, ce qui tombe des meules des Lapidaires qui eft com-
de la boue, on en fait des boules qu’ils vendent à divers particuliers fous le
Pothec d’E- nom de pothéc d’Emery.
mtry. * _ | _ _
CHAPITRE XX.
De la Magalaije.
La Magalaife , Mcganaife, Magne ou Magnefe eft un minerai aftèz ap¬
prochant à l’Antimoine, à la referve qu’il eft plus tendre, fc caftant com¬
me du grais, & qu’au lieu d’icelles font de petits brillants.
11 y a de deux fortes de Magalaife, fçavoir la grife & la noire, la grifeeft
fort rare ainfi peu ufité, mais la noire eft fort en ufage, tant par les Email-
leurs que par les Potiers de terre, & meme les Verriers s’en fervent pour pu¬
rifier & blanchir le verre mife en petite quantité, car fi on en mettoit trop ,
elle feroit bleue & de couleur de pourpre.
Nous ferons venir la Magalaife de plufieurs endroits du Piedmont où on
la trouve dans les carrières en morceaux de differentes grofleurs ,& figurée à
l’égard du choix , elle doit eftre tendre , la plus brillante ôc la moins remplie
de roche ôc menue que faire ce pourra.
- On fera defabufe de croire, comme dit Monfieur de Furticre, que la Ma¬
galaife ou Maganaifc foit la meme chofe que le Safre & le Perigueur , ainfi
que je viens de dire, & comme il fe verra dans l’article du Safre.
CHAPITRE XXL
Du Perigueur.
Le perigueur ou Perigueux eft un minerai ou pierre noire fcmblable à du
charbon pefant, dur ainfi difficile à mettre en poudre.
Les Emailleurs & Potiers de terre fc fervent du Perigueux , & n’a au¬
tre choix que d’eftre pur & net ; car pour le peu qu’il fc rencontre quelque autre
minerai parmi , cela feroit capable de tout gâter , c’eft ce qui fait que ceux qui
en vendront aux ouvriers prendront les memes précautions qu’au plomb minerai.
Le Perigueur que nous vendons à Paris nous vient du Dauphiné ôc d’An¬
gleterre.
0^^
des Drogues, Livre Second.
6^;
CHAPITRE XXII.
Du Safre.
Le Safre ouZafreeft un minerai de couleur d’œil de perdrix, rue les Ham-
bourquois, Hollandois & Anglois nous apportent des grai.de.> Indes fur-
tout de Surate.
La plus grande partie du Safre que nous avons nous cfi: envoyé en poudre
grife comme de la cendre à laquelle on y peut rien connoître , c’eft pour ce
iujet que nous Tommes obligez d’en ftire faire les épreuves par dr ouvriers
pour fçavoir d’eux s’ils en font contents , & s’il cfl: de la qiiàlir' ..quife.
Nous vendons de deux fortes de Safre, fçavoir le fin &lecr,nmun, on en¬
tend ordinairement par Safre fin celui qui cfl: en pierre d’une couleur bluâtre,
ou d’œil de perdrix, & par le commun celuy qui nous cfl: envoyé en poudre,
qui le plus I^uvent efi: fi commun , qu’il n’efl propre à rien , il cfl: d’une nc-
cclïité abfoluc que ce Safre en poudre Toit mélangé de la gangue- ou roche
qui fe rencontre ordinairement de dans les minéraux , en ce que le Safre en pou¬
dre eft extrêmement pefant qui efl: le contraire de celuy en pierre qui l’eftbien
moins.
Le Safre cfl: fort en ulàgc par les Fayenciers & Verriers pour donner une
couleur bleue aux verres ôc a la faycuce, c’efl: aufli avec le Safre que Ton co¬
lore Tétain calciné pour en faire du faux Lapis , ainfi que je 1 ay marqué au
Chapirr'c des Emaux, c’eft encore avec le Safre que 1 oii colore le verre pour
en fiiirc Tazur , comme je luy marque cy-devant, & de quoy on fait les faux
Saphirs d’où cfl: venu fon nom de Saphre.
CHAPITRE XXII.
Du Bufma.
Le Rufma cfl une cfpccc de minerai fcmblablc en couleur & en figure à du
mâchefer qui fc trouve en grande abondance dans la Galatic appcilée au-
jourd huy changer , ce minerai cfl fi en ufage parmi les Turcs pour Te faire
tomber le poil, qu’il n’y a fi petit ni fi grand qui ne s’tn fervent, c’efl ce qui
fait que le Grand Scign ur retire de ce minerai plus de trente mille Ducats
par an, ce Dépilatoire cfl fort peu en ufage en France, quoyque s’il y cfloit connu,
je fuis fur que Ton le préfereroit à la chaux & â TOrpiment en ce que ce mine¬
rai a plus de force , ainfi plus de vertu , & s’il n’y a aucun danger.
chapitre XXIII.
ï)e l'Orfiment.
L’Orpin ou Orpiment cfl un minerai qui fc trouve ordinairement dans le*
mines de cuivre en pierres de differentes groffeurs, couleurs & figures, y
en ayant de jaünc doré , de jaune rougeâtre & de jaune verdâtre quclquc-
Yiij
66 Hiftoire generale
foisaufïi prcfquc de tout rouge, cette dernière couleur vient du plus ou du
moins de chaleurs qu’il a reçu dans les entrailles de la terre & les mines de
cuivre où fe trouve i’Orpin ne manque d’abonder quelque peu en or, c’eft ce
qui fait que les ouvriers prennent foin d’en faire la féparation par les voyes
ordinaires.
L’Orpin jaune fe trouve de differentes couleurs , c’eft pour ce fujet que les
Hollandois ee Anglois nous en envoyent de tant de formes & figures , mais
le plus beau Ôc le plus recherché , cil ccluy qui cil en gros morceaux, & en bel¬
les écailles luifantes d’un jaune doré , Sc qui s’écaille facilement , c’eft-à-dire
qui fc levé par petites écailles minces & luifantes comme de l’or.
La deuxieme qualité d’Orpin jaune eft au lîi ccluy qui cllengros morceaux,
moitié jaune & moitié rouge, ou qui eft rempli de veines rougeâtres ^ & on
doit abfolumcnt rejetter celuy qui efl en petites pierres d’un jaune verdâtre ^
n’ellant que de la terre auffi bien que celuy qui n eft que de la poulficrc.
L’Orpin ou l’Orpiment cil fort en ufage pour plufieurs Profcllions , fur-tout
â Roüen pour jaunir le bois de quoy on fait les peignes afin de les vendre pour
du buis, les Maréchaux s’en fervent â plufieurs ufages , c’cll encore un des
grands poifons que nous ayons, c’ell pourquoy on n’en doit vendre qu â ceux
qui en ont befoin pour leur Profeffion , ôc â qui l’ordonnance permet d’en
donner. Les Peintres s’en fervent apres avoir ellé broyé.
C’eft cet Orpin rougeâtre naturel que lôn doit appellet Sandarache des
Grecs &C non pas le fuivant, comme la plupart des Auteurs ont écrit, puifquc
rOrpin rouge aruficiel eft fait de celuy- cy comme je le vais faire voir.
CHAPITRE XXV.
jD(? i Orpin rouge.
L’Orpin rouge que nous appelions ordinairement Arfcnic rouge eft fui*
vanc ce que m’en a affuré Monfieur Morin Médecin de la Faculté de
Montpellier de l’Orpin jaune tel qu’il fort de fa mine, mis au feu jufqu’â ce
qu’il ait. acquis une couleur rouge & enfuite mis dans un creiifec avec de
l’huille de chenevis, d’olive, ou de noix, & lors que l’huille eft évaporée, on
en met d’autres en réitérant toujours de la meme maniéré jufqu’â ce que l’Or¬
pin foit vitrifié &: en état d’eftre jetté dans des moules pour en faire des pains
& les réduire en pierre de la forme que nous le voyons, cette manière de fai¬
re m’ayant paru affez faifable, j’ay voulu effayer d’en faire, mais je n’y ay pu
réüflir en ce que 1 Orpin au lieu de rougir c’eft calciné & eft devenu blanc,
tout fcmblable à du plâtre , je ne veux neanmoins pas dire que quoyquc je
paye manqué , que la chofc ne foit pas failablc , en ce que je croy Mon¬
fieur; Morin trop honnefte homme pour dire nne chofe dont il ne feroit pas
certain.
Quoyqu’il en foit je diray que l’on doit choir l’Orpin ou Arfcnic rouge en
gros morceaux pefants , luifants, & le plus haut en couleur qu’il fera pollible.
L’Orpin rouge n’cft guerres employé que par les Peintres qui s en fervent â
peindre apres avoir efté broyez en fcüiiles-mortes.
des Drogues J Livre Second. 67
chapitre xxvl
De r Arfenic hlanc naturel.
L’Arfcnic Uanc naturel cft un minerai blanc qui approche alTcz de’ l’ A rfc-
nic blanc ordinaire, c’eft à-dire, de l’artificiel, à la referve qu il eft plus
blanc, plus éclatant & moins écailleux. Cet Arfenic blanc minerai & naturel fc
trouve aulfi dans les mines de cuivre , & lors que les mineurs rencontrent ccc
Arfenic j c’eft un indice le plus certain pour eux qu’il y ait pour y trouver dil
cuivre , on trouve ordinairement cet Arfenic dans les commiflures qui font
entre la vraye gangue & la terre gralfe , & quelquefois on en trouve des mor¬
ceaux détachez dans le philon de la terre glaifc fcche, cct Arfenic eft tres-peu
connu &: fort peu ufité. ^
CHAPITRE XX VIL ‘
De L Arfenic blanc artificiel.
«
QÜelquc foin que j’aye pris pour pouvoir découvrir cc que pouvoir cftté
que 1 Arfenic blanc que nous vendons, il n’a pas cflé en mon pouvoir de
le pouvoir apprendre, c’efl: ce qui fait quoyquc contre mon fentiment je fuis
obligé de dire comme les autres , que l’arfcnic eft une compedition faite d Or¬
piment & de fcl commun fublimé enfemblc, mais cc fenyment me paroît fi
éloigné de la raifon , que je ne puis croire que fi l’ Arfenic cftoit compofé de
Sel & d’Orpin que les Hollandois pourroient nous l’établir au prix qu’ils nous
^ l’établiflcnt , puifquc l’Arfcnic ne vaut à Parisien temps de paix au plus que dix
livres le cent, qui marque qu’il faut que l’Arfcnic ne revienne pas à deux liards
la livre , ôc ccluy qui le compofe ; comme je n’ay pu décider cet article , je dL
ray que l’on le doit choifir en gros morceaux blancs dehors & de dans, la plu¬
part de l’Arfcnic que nous tirons d’Hollande & d’un blanc matte deffus, ÔC
cftant calTc en tranfparant comme le vc^rc , ce qui a donné fujee aux Anciens
de 1 ’appeller Arfenic criftalin qui eft fort recherché des uns & rejetté des au¬
tres, c’eft-à-dirc que les uns eftiment celuy qui eft matte , & lcs autres ccluy qui
eft criftalin.
L’Arfcnic; a quelque peu dufage dans la Médecine pour en tirer quelques ope¬
rations, comme il fe verra cy- après , mais beaucoup par les Teinturiers Ôc
par les gens de la campagne pour faire mourir la vermine comme rats fouris ,
& autres.
On fera averti comme l’Arfenic eft un dangereux poifon , de nen vendre
qu’à ceiï\ à qui on eft obligé d’en vendre, comrme Teinturiers, Maréchaux Sc
autres.
«
Arftnic criC*
talio'
Hiftoirc generale
CHAPITRE XX:VII I.
Du Régulé d'Arfinic.
1E Rcgulc d’Arfcnic cfl: de l’Arfenic de la cendre gravelée,& du favon
_ yque l’on met dans un crcufcc & par le moyen du feu d’un culot ou
d’un mortier graifle, on en tire un Régulé quia beaucoup moins de force que
1 Arfcnic des fcorics du Régulé d’Arfcnic boüillie dans l’eau & filtrée 8c fur
cette liqueur fi on y jette du vinaigre jOn fera précipiter une poudre jaune que
’AuSc. appelle foufre d’Arfenic, qui agit ayee plus de violence que l’Arfcnic
même.
• CHAPITREXXIX.
De l’Arfenic Caujlie^ue.
L’Arfenic CauftiqUe eft de l’Arfcnic du Salpêtre Ôc du foufre que l’on met
dans u\^ mortier pour y mettre le fetr comme au Crocus , ôc lors que la dé¬
tonation en eft faite , ôc que le tout eft brûlé ôc refroidi, on met la malTc en
poudre, on la remet derechef dans un creufet pour la calciner ,ceux qui veu¬
lent réduire cet Arfenic Cauftique en liqueur , n’ont qu’à l’expofer à la cave
pendant quelque^ jours. •
On peut tirer de l’Arfcnic par le moyen du Sublimé un beurre ou huilic
corrofive, cet huille ou beurre d’Arfenic eft un très fort Cauftique pour faire
. des écarts , mais comme tous les remedes que l’on peut tirer de l’Arfenic ne
peuvent eftre que pernicieux , l’tJn ne ne s’en doit fervir qu’avec bien de la mo- '
deration ôc par l’avis d’habiles gens. •
On fublimc l’Arfenic calciné avec 1er Sel maïin de crépite , & c’eft de ce Su¬
blimé que quelques-uns veulent que l’on contrefalTe le Sublimé de Venife,
qui eft ce que nous appelions Sublimé de Smirne , ce que je ne puis afturer pour
n’en eftre pas certain, ainfi que je l’ay marque à l’Article du Sublimé corrofif.
CHAPITRE XXX.
l- Aimant Arfenic al.
L’Aimant Arfenical eft de l’Antimoine de Poitou, du foufre, 8c de l’Arfc¬
nic criftalin pulverifc ôc mis. dans un vaifteau propre à refifter au feu
pour rendre le tout en une matière aftez tranfparente telle que doit eftre l’Ai¬
mant Arfenical.
Qn prétend que l’Aim'ant Arfenical eft un Cauftique fort doux, & quefon
operation fe fait avec beaucoup de facilité , il eft un des ingrediens de l’em- '
plâtre Magnétique, d’Angclus , Sala décrite dans plufieurs Pharmacopées, com¬
me de Meflieurs ZVvelfcr 8c Charas.
CHAPITRE XXXI:
des Drogues, Livre Second.
CHAPITRE XXXL
Du Sel Gemme.
Le Sel Gefmc ou Gemme eft un Sel naturel ainlî appelle, à caufe qu’il
eft clair ôc tranfparenc comme une pierre précieufeque les Latins appellent
Gemma , ce Sel fe trouve naturellement dans les entrailles de la terre en
plullciirs endroits de l’Europe, mais principalement en Pologne & en Catalo¬
gne, ôc comme je n’ay pas clic fur les lieux pour confirmer ce que jedis,j'ay
trouvé à propos de rapporter icy ce que Monfieur du Pérou Docteur en Mé¬
decine de la Faculté de Montpellier a bien voulu me donner par écrit ôc fio-né
de famain,quidit qu’eftant en Pologne au mois de Mars iCy^, avecMonfci-
gneur le Cardinal Janfon de Forbin que fon Eminence eut la curiofité de voir
les Sallines de Vvilifca proche Cracovie , que pour cet effet elle fit faire une
cfpecc de brancar pour y defeendre, le fîeur du Pérou fon Médecin ne pût
pas fc difpenfer d’eilre de la partie , quelques Pages 6c Valets de pied de fon
Eminence firent l’cpreuve de la machine, 6c portèrent avec eux pluficurs flam¬
beaux allumez pour éclairer ces lieux fouterrains , dont la profondeur eftoit
extraordinaire, ôc IcSahe Kegina que les enfans du Village chantent lors qu’on
y dccend, leur donna beaucoup d’apprehenfion pendant une demie heure lors
que la machine fut remontée, fon Eminence defeendit ôc fut reçue en bas par
les anciens Habitansde ces lieux qui y demeurent avec leur famille, c’eft pour-
quoy ils ont le vifage extrêmement pâle, ces pauvres gens prefenterent à fon
Eminence des Chapelets 6c Crucifix, il les donna au fleur du Pérou pour exa¬
miner la qualité de cette matière, de laquelle il approcha fa langue, 6c dit â
fon Eminence que ceftoit un Sel qui avoit le même goût que celuy que les
Droguiftes appellent Sel Gemme, cependant on conduifoit fon Eminence au
lieu où eftoient les ouvriers qui avec dcscifcauxôc marteaux tiroient cette ma¬
tière falée, de la même manière que l’on tire les pierres des carrières , ces ou¬
vriers trouvoient dans ces mêmes veines un Sel plus tranfparent 6c plus pur
que l’autre, lequel ils feparent de celuy dont les Polonnois ôc autres peuples du
Nord fe fervent dans leurs cuifincs ôc fur leurs tables, ce qui fit connoître au
Sieur du Pérou que les ouvrages qu’on avoit prefenté à fon Eminence eftoient
faites de ce Sel plus pur ôc d’un goût plus âcre, 6c que c’eftoit le véritable Sel
Gemme dont les Teinturiers du grand teint fe fervent â l’égard de celuy de Ca¬
talogne , voila ce que Monfieur de Tornefort m’en a donné par écrit , comme stUGcCmea
ayant efté fur les lieux. On trouve quatre fortes de Sels dans les montagnes de «lecauiogn*
Cardonc qui eft une Vill^aflcz confidcrable en Catalogne, le premier ôc le ^üIcuÎs'
plus commun eft le Sel foftille qui eft blanc 6c affez femblable au Sel marin,
mais il n’eft pas grainé, on le coupe en gros carriers comme le raoilon dans
nos carrières. Le fécond eft le Sel gris de fer ou couleur d’ardoife qui ne différé
du foftille que par le mélange de quelques terres noirâtres. Le troifiéme eft le
Sel rouge qui approche par fa couleur à la conferve de roze, 6c qui ne diffère
des autres que par le mélange du bol ou de la roüillurcde fer. Le quatrième eft
le Sel Gemme qui eft le plus pur de tous ôc tranfparent comme le Criftal de
roche. Tous ces Sels font placez par couches dans cette montagne, ils font tres-
]^ropres pour l’ufagede la vie , 6c pénètrent mieux la viande que le Sel marin ,
i caufe qu’ils font moins fixc,ÔC qu’ils approchent du Salpêtre, on travaille le
Sel Gemme,
-70 Hiftoirc generale
Sel Gemme afTcz facilement, & on en fait de petits coffres, des Croix, des Cha¬
pelets & autres petits ouvrages , mais rien n’approche de la beauté d’une caverne
c[ui eft dans cette montagne, Ôc qui cfl: rcveftuë de congélations admirables que
le Sel diffout par leur forme par differentes couches , les gens du pays affurenc
que le Sel vejetc dans fes quartiers ôc que les foflez que l’on a vuidez fc rcm-
pliffcntdc nouveau Sel par fucceflion de temps, mais cette obfervation deman¬
de beaucoup d’exaétitude, & l’on ncl’affure que fur le rapport d’autruy.
De toutes ces differentes fortes de Sels Gemmes que j’ay cy-devant décrits,
nous ne vendons que celuy qui nous eft apporté en gros morceaux , clairs &
tranfparcnts dont les Teinturiers fc fervent. Ce Sel eft admirable dans fa natu¬
re en ce qu’il rougit 5c fignific au feu comme le Fer, en ce qu’il ne pétille que
tres-pcii , mais en récompenfe fort facile â fe diffoudre à l’air. Il doit eftre en
gros morceaux facile â fc caffer, 5c qu’en fe caftant il fe mette par petits pains
quarre, clair & tranfparcnt, quoyquc je difeque ce Sel foit facile à fe diffou¬
dre , on le peut neanmoins laver lors qu’il eft falc, en ne le laiffant gucrcs dans
l’eau, 5c le faifant fcchcr aufti-toft. Le Sel Gcfme que quelques-uns appellent
Sel foflille nous eft apporté de pluficurs endroits, mais la plus grande quantité
vient de Pologne, Monfieur de Furtierc 5c quelques autres Auteurs difent qu’il
envient des grandes Indes, 5c qu’il y a un Royaume appelle' Dancal qui fgni-
fic pays de Sel qui en forme tous les ans la charge de fix cens chameaux,
que dans l’Ethiopie il fert de monnoyc courante, je ne m’arreteray point à dire
comme Pline 5c autres qui difent qu’en la Ville de Carrhos en Arabie que l’on
bafti les maifons de ccSel,ÔC quepour mortier on fcferr d’eau commune, non
plus que de croire comme quelques Auteurs le marque, que le Sel Gefmceft cc-
luy qui fournit 5c qui falc l’eau de la mer, ainfî d autres particularitcz dont je
ne fuis pas certain , & qui paroiftent même hors de bon fens.
Je ne puis m empêcher de rapporter icy que ce Sel vejette d’une telle maniè¬
re dans fa mine, que Monfieur de Tornefort a une végétation de Sel foftilc,
c’eft- à- dire , de celuy qui eft blanc comme du fucre de prés, plus de deux pieds de
haut fait en manière d’arbriffeau qui a pris naiftancc fur un pied de fcfeli de Mar-
fcille , qui fans contredit eft une dçs pièces des plus curieufes que nous ayons en
Europe.
CHAPITRE XXXII.
Du Sel Mann.
Le Sel Marin eft une criftalifation faite de l’eau de la mer par le moyen du
Soleil & réduit en grains de figure cubique , jinfi que l’a fait voir Mon-
fieur Defeartes, à 1 égard de fon origine , quelques-uns veulent qu’elle vien¬
ne du Sel Foflille ou Gefme , mais comme je ne puis décider cette affaire
là, je diray que le Sel marin dont nous nous fervons 5c duquel on tire quel¬
que operation de Chymie vient 5c fe fait à Broüagc & autres lieux, j’ay ju¬
gé à propos de rapporter icy ce qu’en a écrit Monfieur l’Emery à la page 34)-.
On fait le Sel Marin à la Rochelle dans les marefts Salans , ce font des
lieux qui doivent eftre plus bas que la Mer, & d’une terre argillcufc,car
autrement il ne pourroit point retenir Peau faléc qu’on y fait couler, ainfi
tous les lieux voifinsde la Mer ne font pas propres pour faire les marefts Salans.
Lors que l’on fent que le temps commence à s’échauffer, ce qui arrive ordi¬
nairement vers le mois de May , on épuife l’eau qui ayoit efte mife dans les ma-
des Drogues, Livre Second. 71
tais pendant l’hyver pour la conferver , puis on lâche les bondes pour laifler
couler telle quantité d’eau falce qu’on veut, on la fait pafler par beaucoup de
dilFcrens canaux où elle fe purifie & s’échauffe enfuite , on l’introduit dans les
aires qui font des lieux plats, polis & propres à faire crefmer le Sel. Ce Sel ne
fe forme que pendant les grandes chaleurs , le Soleil fait premièrement éva¬
porer une partie de l’humidité, & comme il vient fort fouvent après la gran¬
de chaleur un petit vent principalement aux etivirons dc la Mer, la frâicheut
de ce vent fait condenfer & criftalifer le Sel.
Mais s’il pleuvoir feulement deux heures pendant ce temps lâ, on ne pour-
roit faire dc Sel dc quinze jours, parce qu’il faudroit nettoyer le marais & en
ôter toute l’eau pour en introduire d’autre en place , de forte que s’il plcuvoit
tous les quinze jours une fois , on ne feroit jamais de Sel dc cette maniéré.
Outre le Sel marin cy-devant décrit , il y a encore le fcl blanc dc Norman- Sel blanc
die qui fe tire par le moyen dc l’eau d’une cfpece dc limon ou fable que la Mer
apporte en Eté fur lequel le Soleil a donné, & lots que l'eau cfl affez chargée
de fcl ce que l’on connoît en jettant un œuf dedans , s’il nage c’eft une marque
que l’eau cfl: aflfez chargée dc fel &; quelle n’en peut plus diflbudre, car chacun
fçait que l’eau ne fe charge dc fcl ou dc fucre que ce qu’elle en peut porter ,
alors on filtre cette eau avec dc la paille, & lors qu’il cfl bien clair on la fait
boüillir fur le feu jufqu’â pcliculc, & enfuitc cfl jettée dans des paniers pour
le réduire tel que nous voyons , plus ce fel eft bien travaillé , plus il cfl blanc ,
& plus il cfl: doux & d’une bonne qualité, la nature dc ce fel cfl: particulière en
cc qu’il cfl; toujours molct, & que plus il vieillit, plus il devient infipidc. Il y
a encore d’autres fcls en France , comme ccluy dc Lorraine qui fe fait par le
moyen des eaux falées que l’on jette fur des plaques dc fer chaudes , celuy de
Comtéainh des autres dont je ncparlcray point, n’en faifant aucun commerce, càmté/*
CHAPITRE XXXII L
VurifxaüM'du Sel Marin.
Pour purifier le Sel , on le fait fondre dans l’eau, l’on filtre par tin papier
gris la diflblution , puis on en fait évaporer toute rhumiditc dans une
terrine, il relie un Sel fort blanc , mais il fera encore plus pur , fi au lieu dc
faire évaporer toute l’humidité on en laifle une partie pour la faire criftalifer
en un lieu frais , car on trouvera au fond du vaifleau le plus net du Sel que
l’on pourra fcparer de l’humidité & le faire fechcr , il faut encore faire éva¬
porer une partie dc la liqueur falée , 6c ayant mis le vaifleau à la cave le faire
criflalifer 6c continuer ces évaporations 6c ces crillalifations , mais fur la fin on
fera évaporer la liqueur jufqu’â confommation de toute humidité, parce qu’il
ne fe criftaliferoit plus rien , la raifon ell que le Sel qui relie rempli d une graif-
fe bitumineufe, qui ell comme infcparablc ôc celle qüi empêche la crillalifa^
tion. Ceux qui voudront mettre le Sel en pain dc fucre pourront le jetter dans
des moules, lors qu’il fera un peu plus qu à pcliculc, 6c après l’avoir lailTé congeler
on le mettra dans une étuve pour l’achever de fechcr. Ce Ici bien purifié ne dilFerc
âlavcuëcn aucune maniéré au fucre demi-royal.
On appelle Sel Décrépite un Sel marin qui a cllé calcine au feu duquel
on fe fert pour divers ufages.
Hiftoire generale
V-
CHAPITRE XXXIV.
De l'ej'pit de Sel.
’Efprit de Sel cfl: une liqueur jaune tirant à la couleur d’ambre jaune que
l’on tire du Sel marin dclTcché par le moyen de la terre glaife feenée
Cornue & du feu. Lebon elprit de Sel nous vient ordinairement d’Ah-
^Iccerrc, & pour qu’il foit de la bonne qualité il doit eftrc bien deflegmé , c’eft,
a-dire bien travaillé & fidcllemenc fait , il doit eftrc d’une belle couleur d’am¬
bre jaune Ôc d’un gouft fort acide & pénétrant. Je ne m’arrefteray point à vou¬
loir écrire toutes les particularitcz & les differentes fortes d’cfprits cIcScl,Mon-
fieurrEmery en ayant parlé fort au long, je diray feulement que le bon cfprit
de Sel eft fort en ufage pour guérir ceux qui ont des defeentes ainfi que l’on l’a
pu remarquer par le fecret du Pere de Cabrier que fa Majefté a donné au Pu¬
blic, il eft auffi uficé pour foulager ceux qui font tombez en apoplexie, en leur
faifant prendre tant foit peu, foit avec de l’eau ou tout pur , on s’en fert auffi
mélangé avec du miel rofat clarifié pour fe nettoyer les dents , ceux qui trou¬
veront l’cfprit de Sel trop acre, pourront le dulcifiér ainfi qu’il eff: marqué dans
Bafilc Valantin cn'y mêlant égale partie de bon Efprit de Vin , en les faifant di¬
gérer cnfemblc pendant trois jours fur un petit feu de fable , on fe fert de cet
Efprit de fci cfprit dc Scl dulcifié en plus grande dofe que ccluy cy-deffus effant moins fort
dulcifie. ^ moins corrofif à l’égard de la dofe, on en met dans les liqueurs jufqu a une
agréable acidité, quoyquc je dife que le bon efprit de Scl vienne d’Angleterre,
cela n’empêche pas que l’on n’en puifle faire dc bon en France, mais c’eff; qu’il
revient à davantage.
d’une
CHAPITRE XXXV.
Dît Mitre oit^ Salpêtre,
T E Salpêtre que les Chyniiffcs appellent Dragon, Cerbère, ou Sel d’Enfcr,
I _ ;cff un Scl artificiel que l’on tire de pluficurs materaux, comme des vieil¬
les pierres , d’où eff: venu fon nom dc la terre, delà cendre & même de lafian-
tc de pigeon , je ne m’arrcflcray point à décrire toutes les differentes prépara¬
tions que l’on fait pour tirer le Salpêtre en ce que la livre de la focicté dc Lon¬
dres en a fait un traitté fort ample, & en ce qu’il cfl facile dc le voir faire en
plufieurs endroits dc France, & même en l’Arfcnal de Paris où il s’en fut dc
groffe quantité, où il eft diftingué fous fix noms qui font fous ccluy dc Sal-
s.iipêtre de pêttc dc Houfigc , qui eft ccluy qui eft fait des ratiffures des murailles & paf-
SîîSde fe par le vinaigre, le Salpêtre qui eft tiré de la terre dont l’ufagc eft défendu ,
le troifiéme eft le Salpêtre commun qui eft tiré des pierres & des cendres, qui
munou de U eft appcllc dcs ouvricts balpetrc de la première cuittc ou de la première eau ,
s,UpTue 3- quatrième eft le Salpêtre rafiné qui eft auffi appcllé dc la fécondé cuite ou
eau. Le cinquième encore eft ccluy qui eft appc lé dc la troifiéme cuit¬
tc ou eau. Le fixiéme Salpêtre qui eft Icplus beau & fi fin qu’il a bien de la pei¬
ne à fc fondre dans l’eau, ce Salpêtre fin eft du Salpêtre de a troifiéme eau que l’on
fond fans aucune humidité, ôc après eftrc fondu 6c refroidi on le met dans des
des Drogues, Livre Second. 75
tonneaux pour envoyer fur les frontières ce Salpêtre en quelque endroit que l’on
le mette ne fait plus aucun .déchet , ce dernier Salpêtre ne fc vend point.
Ainfi tous les Salpêtres font plus ou moins beaux fuivant quils ont elle
plusou moins rafinez, & fuivant leur qualité fontpropresà divers ufages & en
tirer ce qu’ils ont de meilleur, comme il fc verra par la fuite.
Outre les Salpêtres artificiels que l’on fabrique en Europe, on en apporte de
grofles parties des grandcslndes quelquefois brutte quelquefois aulTi rafiné,qui cft
un Salpêtre tres-bcau & tres-pur , il y a encore d’autres fortes de Salpêtre qui font
naturcls,c’efl:-à-dire qui fe trouve naturellement comme font ceux qui fe trouvent
attachez à des rochers aux vieilles murailles en petits criftaux blancs qui cil ce que
les anciens ont appelle Aphronitre, on en fait en Egipte de l’eau du Nil de la mê¬
me manière que l’on fait le Sel commun à Broüageou à la Rochelle, &; ce Salpê¬
tre fait d’eau du Nil , efl: ce qui eftoit fi commun il y a une vingtaine d’années en
France, ôc que nous vendions à fort bas prix aux blanchifleufes pour blanchir le
linge fous les noms de fonde blanche , de Natrum ou d’Anatrum , nous n’avons
gueres de drogues qui ait plus embaralTé les Anciens &c les Modernes que le Na¬
trum d’Egipte pendant qu’il cftoit aufli commun que chofe du monde, puifqu’à
Paris feul il s’enconfommoit tous les ans plus de dix millions dclivres,fans ce que
lesBouchers employent pour faler leurs cuirs qui efl; lefujet pour lequel l’ufage de
la fonde blanche ou natrum d’Egipte a efté défendu, & efl: devenu fi rare que pour
le prefent elle efl: au poids de l’argent cftant même défendu fous peine de grofles
amandes aux Marchands d’en vendre , on fera donc defabufé de croire que le Na¬
trum d’Egipte ou foude blanche foit ou le Borax naturel ou un Sel tiré naturelle¬
ment de la terre en mafles grifes compadlcs, quoyque ces deux comparaifons ap-
prochcroient plus delà vérité que ceux qui en afliurcnt,& ont écrit que le l’Ana-
trum cft ce Sel volatil &: l’écume de la compofition du verre que l’on tire des creu-
fets dans les fourneaux des Verriers, & qu’il cft gris, blanc, brun &bluâtre,&:
qu’il cft inutile à la vitrification , & n’eft bon qu’à donner aux brebis ou aux pi¬
geons. Rien de plus faux , puifque le Sel de verre véritable cft encore fi commun
que nous ne le vendons que quatre à cinq fols la livre, & la foude blanche on
n’en fçauroit avoir à quelque prix que ce foit pour les raifons que j’ay cy-deflus
déclarées, & de plus c’eft que ce Sel de verre n’eft nullement ufité pour les beftiaux,
mais par les Fayanciers qui s’en fervent pour aider à fondre le fable dont ils fc
fervent pour faire le blanc qu’ils vernilFcnt leurs fayanccs, & déplus c’eft qu’il
y a autant de différence entre le Sel de verre ou le Natrum comme du jour à la
nuit , en ce que le Sel de verre cft en pa'in ou quartier extrêmement pefant &c en
un mot femblablc à du marbre, & qui ncs’humeûc nullement à l’air, & le Natrum
cft un Sel blanc engroffe maffe comme criftalilé, auffi pefant , d’un gouft falé
& puant , ce qui n’empêchoit pas qucles pauvres gens nes’en ferviffent dans le
temps qu il fervoit à blanchir le linge au lieu de Sel , 5c de plus c’eft que ce Na¬
trum eft fi facile à feliquificr à l’air qu'il fc refout en peu de tems tout en liqueur.
Le Natrum d’Egipte a quelque pèü d’ufage dans la Médecine en ce qu’il cft un
des ingrediens de la pierre de Crollius , ainfi ceux qui auront befoin de Natrum
d’Egipte fc donneront bien de garde d’employer du Sel de verre en fa place comme
cftant bien different , l’un cftant un Sel pur , 5c l’autre une écume ôc ces
derniers Salpêtres ne nous cftant d’aucun ufaçc en ce que nous n'en avons
que très- peu , 5c que nous ne nous fervons" que du Salpêtre artificiel , je
diray que l’on le doit choifir bon 5c bien travaillé fuivant fa qualité, mais tou¬
jours fcc ôc le moins rempli de fel qu’il fera poffiblc, 5c pour ce faire ôc pour
cftre fur qu’il foit bon, ceux de Paris ou d’autour le doivent achepterà l’Arfe-
Z iij
Apliro-nitrc»
Natrum d’E¬
gipte ou fou-»
de blanche.
74 Hiftoire generale
i\ai en ce qu’ils font incapables de le frauder fans s'amufer à l’acheter à un nom^
bre d’ouvriers qui le colportent, outre qu’il eft défendu de l actwcpter de fes ou¬
vriers , c’eft qu’ils ne vendent le plus fouvent rien qui vaille.
Le commun doit eftrc le plus blanc, le plus fcc & le moins chargé de Sel
qu’il fe pourra, le rafinc plus il eft fcc , blanc , de en beaux criftaux longs de
larges, & plus il eft cftimé.
L’ufagcdu Salpêtre eft fort grand, tant a caufe des groftes quantité! qui s’en
employent pour la poudre , que pour quantité d’ouvriers qui s’en fervent , de
que l’on en tire diverfes préparations de Chymic , ce grand ufage eft la caufe
qu’il a efté défendu aux Marchands Epiciers de autres d’en vendre, de ceux de
Paris ou d’autour qui l’cmploycnt ne peuvent employer que ccluy qu’ils au¬
ront acheptez à l’Arfenal fur peine de confifeation de d en payer l amcndc qui
eft de dix francs par livre de Salpêtre que l’on aura faifi , il eft défendu aufti
de fe fervir du fel de Salpêtre quoyquc quelques uns prétendent qu^ |Oitbon
pour alTaifonncr le manger ainu que l’aflurcMonfteurl’Emcry. . ^1
CHAPITRE XXXVI.
Du Salpêtre fondu , ou Sel Mitre.
ON appelle Sel Nitre un Salpêtre rafiné fondu au feu de jette dans un poê^
Ion , de par ce moyen réduit en pain de trois ou quatre doigts d’épaifleur-
Le Sel Nitre de cette façon a tres-peu d ufage , mais en récompenfe on fe fert
beaucoup du Salpêtre fondu fur lequel on a jette tant foit peu de fleur de fou-
fre qui eft ce que nous appelions criftal minerai.
On fixe le Sel Nitre ou Salpêtre avec le charbon, & l’on prétend queecSah
Sai être petre fixé ayc les mêmes propriété! que le Sel de Tartre, de que l’on en peuE
tirer avec l’Efprit de Vin une teinture rouge comme du Sel de Tartre.
CHAPITRE XXXVII.
De l’ej'pii de Mitre,
ON tire du Salpêtre de Houflage ou d’autres par le moyen de l’argillc fc-*
che d’une Cornue & du feu , un efprit extrêmement fort de violent de pro¬
pre à toutes fortes d’ufage où il eft requis.
L’efprit de Nitre pour eftrc de la bonne qualité, il faut qu’il foit clair com¬
me de l’eau de qu’il fume perpétuellement lors qu’il eft débouché, de prendre
garde que ce ne foit de l’eau forte que quelques canailles vendent pour I efprit
de Nitre, ce qui fe pourra connoître facilement, tant parce que je viens de di¬
re, que parce qu’ils ne la peuvent gueres établir à moins de quatre francs ou
cent fols la livre.
Le peu d’ufage qu’a l’efprit de Nitre, ou plûtoft l’avarice des ouvriers eft la
caufe que nous n’en faifons venir que tres-peu d’Hollande , de c’eft ce qui fait
que toutes les operations qui devroient eftrc faits avec de l’cfprit de Nitre,
n eftant fait qu’avec de l’eau forte, ne font jamais ni fi bon ,ni fi bientravaiU
lées.
Comme l’efprit de Nitre eft un puiflant cotrofif il a fort peu d’ufage pour
des Drogues,, Livre Second. 75"
î’intericur, on le dulcifie ou adoucie avec autant d’Efprit de Vin, mais ce qu’il
y a à remarquer , c’eft qu'il n’y faut point de feu en ce que ces deux cfprits
cftant mêlez enfemble bouillent aufïi forts que s’ils cftoient fur un bon feu ,
il en faut éviter les vapeurs ellant fort nuifiblc , ces deux cfprits unis enfem-
ble & devenus clairs font cllimcz un tres-bon remède pour guérir les coliques
venteufes & nefretiques , la doze efl; depuis quatre jufqu à huit goûtes dans
quelque liqueur convenable, fi on dilToud dans l’elprit de Nitredu Sel Armo-
niac fefera un tres-bon dilTolvant pour dilToudre 1 or , & c’eft ce qui fait que
l’on appelle cette eau , eau royale , àcaufe qu’elle dilTout l’or qui cil: le roy des mé¬
taux.
CHAPITRE XXXVIlr.
De t Eau forte.
ON appelle eau forte un efprit tire du Sàlpctrc & du Vitriol d’Allemagne,
ou d'Angleterre calcinée en blancheur par le moyen de la terre ou argille
fechec d’une Cornue & du feu.
L’eau forte ainfi appellce à caufe de fa force qui n’cft néanmoins pas fi violent
te que l’cfprit de Nitre eft fort en ufage par quantité d’ouvriers qui s’en fer¬
vent , comme font Monnoycurs, Orfèvres , Graveurs, Fourbilléurs , & quanti¬
té d’autres , & meme par les ouvriers du grand teint.
La meilleure eau forte que nous ayons en France vient d’HoIIandc, ce n’eft
pas que l’on ne la puilTc faire aufii bonne en France , mais c’eft que pour en
faire meilleur marché, on ne la deflegment qu’à moitié, on prétend que l’é¬
preuve de l’eau efl: d’en jetter quelques goûtes fur du bois , & mettre deflTus deux
ou trois doubles fi l’eau forte les fait marcher, c’efl: une marque qu’elle efl: bon¬
ne, au contraire fi elle n’en enleve que lacrafle, &: qu’elle ne les fafle marcher ,
c’eft une marque qu’elle eft foiblc,ainfi mélangée de fon phlcgme.
Avec l’eau forte de l’eau & des logncurcs de cuivre, on en fait une eau fé¬
condé qui eft d’une couleur bleu dont fc fervent les Maréchaux, ou bien ils fe
fervent de celles que les ouvriers en argent font, ou pour avoir plûtoft fait,
ils acheptent du phlcgme de Vitriol ou de l’cfprit de vitriol fait avec l’eau for¬
te à qui ils ont donné le nom d’eau féconde.
On ne doit pas appréhender que l’on vende des autres cfprits pour de l’eau
forte, n’y en ayant point de plus bas prix, aufli quand il eft bien de phlcgme
on pourra cftrc fur qu’il eft bon & naturel.
CHAPITRE XXXIX.
Du Crijlal minerai
Le Criftal minerai que quelques-uns appUcnt Sel anodin ou minerai, pierre
ou Sel de Prunelle, eft un Salpêtre rafinc fondu dans une marmite de fer bien
nette, & lors qu’il eft en fufion on y jette tant foit peu de fleur de Soufre, &
& lors que la matière eft toute fondue le foufre brûle, & qu’elle a cfté rcpofé
quelque temps, on tire l’écume d’un côté , & on tire le Salpêtre à clair avec
une cucillcrc aufli de fer bien nette , on verfe ce Salpêtre dans un poêlon aufti
Efprir de Nli
cre dukiSé.
F.3a regaîo»
royale.
Ead fccondc.
Tel de P.'uncl.
le.
y6 Hiftoire generale
de fer pour le rendre mince 5c en écuclle de la manière que nous le voyons ,
nous faifons venir d’Hollande du Criftal minerai trcs^blanc 5c tres-bon , mais
à caufe qu’ils nous Icnvoycnt en petits pains épais , nous n’en trouvons pas
grand débit , n’eftant propre que pour vendre au poids 5c à ceux qui l'cm-
ployenc.
On doit choifir le Criftal minerai bien blanc, nouveau fait& mince, quand
c’eft pour détailler le plus fcc 5c le moins piqué que faire ce pourra, 5c préfé¬
rer celuy qui cft fait de Salpêtre rafinc a ccluy qui cft fait avec leSalpctrc commun,
ce qui feconnoîtra facilement à fa grande blancheur 5c à fa garde. C’eft un abus
de croire comme un Auteur nouveau marque que les gens qui vendent par les
rues du Criftal minerai le falfifient avec de l’Alun, avec le refpeél que je luy dois,
il fe trompe ou il eft mal informé , car il eft prefquc impoOiblc de pouvoir
faire entrer de l’Alun dans du Salpêtre ( car quand on y en jettroit, il s’en iroic
en écume) non plus que dans du fucre , ainfi que quelques uns ont marqué que
l’on faifoit entrer de l’Alun dans le fucre pour le rendre blanc, mais trop bien
que ceux qui veulent établir du Criftal à bon marché , fe fervent de Salpêtre
commun, 5c après l’avoir fondu deux fois le rendent aufli blanc, fur tout quand
ils fçavcnt leurs métiers, que s’il avoit efté fait de Salpêtre rafinc, la différen¬
ce qu’il y a c’eft qu’il ne le garde que tres-peu de tems, comme il n’arrive que
trop fouventa ccluy que l’onaachepté de fes coureurs, & ce qui caufe bien de
la perte à ceux qui en font de groffes provifions. On fera averti aufti de ne ja¬
mais l’envelopper de papier, en ce que le papier eftant fpongieux attire l’humi¬
dité 5c humeéle le Criftal minerai 5c lercndhorsdc vente, ondoitauftl le met¬
tre dans des lieux fecs en ce que l’humidité 5c la poudre font bien contraires à
cette marchandife, 5c la plus grande connoiffanec quej’cn puis donner, c’eft de
le faire faire devant foy.
Le Criftal minerai cft fort en ufage dans la Médecine, & cft fi tellement à la
mode qu’au lieu de Chypre ou fucre rouge dont on fefervoit autrefois, on ne fe
fert plus que de Criftal minerai , on prétend que l’on luy a donné le nom de
Sel de prunelle, à caufe qu’il eft fort propre pour la guerifon du gozicr ôc de
l’cfquinancic que quelques-uns nomment prunam ou pruneüam , & d’autres parce
que le Sel efTcnticl que l’on tire des prunelles cft à peu prés femblalble au Criftal
minerai , ou à caufe que l’on s’en fert dans les fièvres chaudes que l’on com¬
pare à un feu que l’on appelle en Latin prma, 5c d’autres c’eft parce que les AI-
Icmans luy donnent la figure d’une prunelle.
CHAPITRE XL.
Du Sel Polycrejle.
Le Sel Polycrcftc ainfi appcllé à caufe de fes grandes proprictez , cft du Sal¬
pêtre rafinc & du Soufre d’Hollande pulvcrifécnfemble, & par le moyen
d’un petit feu on en fait un Sel très- blanc 5c très -léger.
Cette façon cft bien differente de tous les Auteurs qui en ont trait-
té, en ce qu’ils recommandent tous de faire rougir un camion ou creufet 5c
d’entretenir pendant trois ou quatre heures le feu au tour, je ne veux pas dire
que cette manière de faire ne loit bonne , mais l’impoftibilitc qu’il y a de le
vendre ce qu’il cft pefant 5c de diverfes couleurs , fait que l’on «c peut
s’en défaire , ainfi je crois que l’on préférera ma manière à celJc-cy en cc
que
des Drogues , Livre fécond. 77
que par îc moyen de deux charbons allumez & une heure de tems, oii fera un
Sel blanc & foie léger qui fera d’une aulïi bonne qualité, beaucoup plus de
vente & coûtera bien moins de frais que ccluy cy-deflus , & comme je rc;-
fute icy la façon de faire le Sel Policrefte de tous ceux qui en ont écrit, ilcfl: a
propos que je dife la maniéré qu’il faut s’y prendre pour y bien réülïir,i’on prendra
égale partie de fou fre & de Salpêtre fin,ôcayant fait chauffer un camion non verni
au dedans , & l’ayant place fur cinq ou fîx charbons allumez , en forte qiril
puiffe faire rougir le cul du pot, 6e lors qu’il fera rouge on y jettera une cuil¬
lerée de Soufre & de Salpêtre mêlez enfemb’Ic , & lors que la détonation en fe¬
ra faite & que le Soufre ôc le Salpêtre feront brûlez on y jettera une autre cuil¬
lerée de la même matière, jufqua ce que le tout foit brûlé, alors on retirera le
pot dedeffus le feu , 6c l’ayant laiffé refroidir on le caffera 6c on trouvera de¬
dans unfcl Policrefte, blanc, léger 6c d’une trcs-bcllc vente, il n’eft pas diffici¬
le de croire ce que je dis , puifqu’il cfl: facile déjuger qu’il n’y a que la gran¬
de violence du feu qui le réduit en mafficôcd’un petit volume 6c fort pefant ,
ceux qui voudront avoir encore un fel policrefte plus pur 6c plus beau, c’eft- à- di¬
re criftalifé le diffioudront dans l’eau, 6c apres l’avoir filtré 6c évaporé jufqu a
pelicule le mettront à la cave ou autres lieux frais pour le rendre en criftaux,
ôc apres eftre fcchez doit cftrc en petites plaques moyennement épailTcs en
petits br liants comme des Diamans , 6c d’un blanc clair 6c folide, c’eft-à-dire
aftez difficile à cafficr. Car celuy qui fc réduit en farine facilement, c’eft une
marque qu’il n’a pas elle bien travaille. su Poiyc«-
Cc fel policrefte criftalife cft ccluy donc on doit fc fèrvir préférablement ‘
au premier quelque bien fait qu’il foie , en ce qu’il ne fepeue qu’il n’y ait encore
du fou fre dedans quiluy donne un mauvais goût 6c une méchante qualité.
C’eft fur cette marchandife où les Colporteurs font de grofles friponneries,
en ce qu’ils ne colportent dans les boutiques autre chofe que du falpêtre qu’ils
ont fondu 6c mis en pierre , mais la fourberie fera facile à connoître en ce
que le véritable fel policrefte ne pétille point au feu , au contraire il rougir, qui
cft le contraire de ce faux fel policrefte qui brûle Ôcqui pétille commc\lu fal¬
pêtre ,on Icconnoîtra aufti à fa grandeblanchcur 6c au bon marché qu’ils en font.
Le fel policrefte en roche, c’eft-a-dirc comme il fort du creufet, ou criftalifé
eftoie il y a quelques années fore en ufage en Médecine, mais prefentement
que la mode en cft paffiéc, l’on ne s’en fert que tres-pcu , âc le fel policrefte a
cfté du nombre des Drogues qui d ms leurs nouveaucezont eu de grandes pro-
prictez , 6c qui d’abord que la mode fc paffic, il fcmblc que les vertus s’évanouift
fent avec , ou pour mieux dire , c’eft que les François n’aiment que la nouveauté.
On a donne à ce Sel le nom de fou fre fufiblc ou de Nitre fixc,ainfi qu’il cft plus Wrc fas.
amplement décrit dansPenotus à portu , ce qui fait aflez connoître que la corn- u'c
pobtiondece Sel n’cft pas tout-à fait nouvelle, 6c qu’il y a long-temps qu’il cft
connu fous le nom de Nitre fixe.
chapitre XL.
Z)// Sel Anti’Fehrilâ.
IE fel Antifebrilc ou fel contre les fièvres cft compofe de falpêtre rafiné de
^Fleurs de foufre 6c d’urine diftiüéc, le tout mis cnfcmblc, ôc cm.y procé¬
dant de la meme manière qu’il cft marqué dans la Chymic, de glacer à la pa-
Aa
78 Hiftoire generale
gc 2,13. OÙ le Lecftcùr pourra avoir recours , ce fcl Antifcbrile ou fébrifuge cÆ uft
excellent remède pour laguerifon des fièvres dans le commencement des accez oU
des redoublcmens, on le prend depuis huit jufqu’à trente grains dans qucl(jue li¬
queur convenable.
CHAPITRE XLL
Hu Nhre Vitriole.
LENitrcVitriolcefldu felNitre que Ton difibüd dans l’efprit de Vitriol le¬
quel on préparé &: auquel on attribue les mêmes qualitcz qu’au tartre vi¬
triolé, il doit eftre blanc, léger & en petites éguillcs comme le fcl Saturne.
^ ^ On tire encore du Nitre uneefpccc de beurre par le moyen du tartre donc
Nitrc. * la maniéré de préparer ce beurre furnomme de Nitre ou de pierre Jean Fabre
fc trouvera décrite dans la Chymie deMonficur Charas à la page 853, où ceux:
qui le voudront faire pourront avoir recours.
CHAPITRE XLII.
Du Borax naturel.
Le Borax naturel à qui les Anciens ont donné le nom de Chryfocolle, efi
un fel minerai de la figure du fcl Gemme ordinaire qui fc trouve dans les
entrailles de la terre en pluficurs endroits delà Perfc,& au fond d’un torrent
dans les montagnes de Purbeth dans les terres Radziaribron qui vont jufqu aux
confins de la Tartarie blanche , lors que l’on a retiré ce minerai de la terre ,
on l’expofe à l’air afin qu’il acquerre une maniéré de grailTe rougeâtre qui luy
fert de nourriture ôc qui empcchc que l’air ne le calcine , & lors que ce Bo¬
rax eft comme il doit cftre,lcs Perfans l’cnvoycnt pour l’ordinaire en un lieu,
appelle Amadabat, d’où les Anglois , Hollandois & nous le faifons venir, fie
c’efl: ce que nous appelions Borax naturel , Borax brutte, ou Borax gras Ôc
kÏu«c ou duquel quelques ouvriers fc fervent comme de Borax rafiné.
Il nous vient une autre forte de Borax naturel qui ne diffère de ccluy cy*
deffus qu’en ce qu’il cfl plus fec, ôc qu’il efl d’une couleur grife , ce qui ne pro^
vient que d’avoir cflé un long-temps à l’air , ôc fa graiffe rouge dont il choit
chargé s’eft dcffechée ôc eft devenue fcmblablc â de la couprofe d’Angleterre
qui a demeuré long tems â l’air. Comme ces deux fortes de Borax ont quelque
peu de demande , ceux qui en achèteront ou qui en feront venir , prendront
garde qu’il ne foit rempli de pierres ou autres corps étranges , â quoy il cfl: af-
fez fujet. C’efl ce Borax gras ou fcc que les Vénitiens & Hollandois puri¬
fient ôc en font ce qu’ils nous envoyent fous le nom de Borax rafiné , comme
il fc verra cy-aprés.
Les Anciens ne fc font point trompez quand ils ont dit qu’il y avoir du
Borax naturel verdâtre de la couleur du poireau , non plus qu’Agricola
qui a dit fort â propos qu’il fe trouvoit du Nitre fofille, dur Ôc épais comme
une pierre dont on fait le Borax â V enife , mais le meme Auteur c’efl: bien trom-
Nitre foGi- quand il marque dans fa même phrafe que l’on ne fe fert â prefent que du
Borax artificiel qui cfl fait de l’urine des jeunes garçons beuvant vin , laquelle
on bac dans un mortier de bronze jufqu’â ce quelle ait acquife une confillancc
des Drogués J Livre Second. 7P
d’onguent , & que l’on y ajoute de la roüillc d’airain & quelquefois du Nitre i
ce qui cft bien éloigné delà vérité , puifquc le Borax n’eft que le Borax graspii-
rific & mis en criftaux.
CHAPITRE XLIII.
JDu Borax rafine.
f^Omnie le Borax naturel fc trouve de differentes couleurs, tantôt verdâ-
jtre & tantôt jaunâtre, les Vénitiens qui ont efté les premiers qui ont mis
le Borax en ufage voyant qu’il faifoit de la peine â employer avec fa graifle ils fc
font avifez dele purifier en le faifantdifToudre dans l’eau , le filtrant & le crifta'i-
fant, & pour le réduire en criftaux , ils fe fervoient de meches de cotton fur
laquelle le Borax fe criftalifoit de la même maniéré que les criftaux de verd
de gris ou le fiicre candi fe criftalife fur le bois.
D’autres qui nefe fervoient point de cotton, réduifoient le Borax en petites
pierres de la forme & figure d’un feret d’éguillettc, mais comme cette forte de
Borax avoit un œil verdâtre, les Hollandois y ont travaillé, & l’ont fait d’un
oeil plus blanc ôc plus de vente & en plus gros morceaux qui cft ccluy que nous
vendons prefentement.
On doit choifir ]c Borax , foit de Venife ou de Hollande clair ôc tranfpa-
rant , d’un goufl: prefquc infipidc, prenant garde qu’il ne foit mélangé d’Aluri
d’Angleterre , ce qui cft affez d fiîciic â connoître quand l’Alun a efté trempé
dans une liqueur, qu’il n’eft pas befoin de nommer, ôc apres qu’il a efté retiré,
que l’on l’a expofé quelque jour â l’air afin de luy donner un certain œil mar¬
te que le Borax a ordinairement , mai^ la fourberie fera facile â connoître, tant
parce que cet Alun ne braze aucunement les métaux , ôc de plus c’eft que l’A¬
lun mis fur du charbon allumé ne boufle pas tant que le Borax, Ôc n’eft jamafs
jfî blanc ni fi Icger , ainfi on peut voir par là qu’il n’y a que les ouvriers ôc le
feu qui le puiflent faire connoître â fond.
Le Borax rafiné cil fort en ufage par quantité d’ouvriers qui s’en fervent
pour fouder ôc fondre les métaux , quelques perfonnes s’en fervent aulfi pour
mettre dans leurs compolîtions dont ils fdnt des fards, il cft aulfi quelque peu
ufité dans la Médecine * en ce qu’il cft un des ingrediens de l’onguent ci-
trin.
chapitre XLI V.
jDâ [Alun,
L'Alun cil une efpcce de fcl folîlle qui fe trouve en pierre de dilFcrcntes
grofleurs Ôc couleurs en pluficurs endroits de l’Europe , mais principale¬
ment en Italie, en Angleterre Ôc en France après que l’Alun a efté tiré de fa
caricrc ni plus ni moins que l’on tire les pierres a Montmatrc,on brûle ces perres
dans des fours faits exprès , comme de la chaux , ôc lors qu elles font calcinées , on
en retire le fcl qui cft l’Alun avec de l’eau en y procédant de la meme ma¬
nière que l’on fait icy le falpêtrc , un certain particulier m’a voulu foûtenif
çn prcfcncc d’une perfonne de probité que l’on ne fe favoit point d’eau pour
Alun Scidic.
nicche pcrpc-
tiKlle*
A'bcfton
Albeftcs.
8o Hifloire generale
faire l’AIun , & qu’au lieu d’eau on fc fervoit d’urine , mais comme c’efl; une
p^rfonne peu connue dans le monde & fur laquelle je n’ay pii ajouter foy >
j’ay mieux aimé m’en tenir àeequ’ena écrit Mathiolc fur Diofeoride, comme
témoin oculaire qui en a fait une fort ample defeription dans fon livre à la page
733. où le Leéleur pourra avoir recours.
Nous vendons ordinairement de fx fortes d’A’un , fçavoir l’Alun de plume,
l’Alun de Rome, l’Alun d’Angleterre, l’Alun de Liège , l’Alun brûlé, ôc 1 Alun
fuccarin. A l’égard de l’Alun rond , liquide ôe noir, je ne fçay ce qucc’cft.
CHAPITRE XLV.
De [Alun de pliune,
I’Alun de plume eft un minerai qui fe trouve dans le Negrepont, que
_ ^quelques-uns veulent que ce foit cette pierre à qui les Anciens ont don¬
ne le nom de lapis amiantus, mais comme je ne fuis pas certain de la chofe ,
je diray que l’Alun de plume que nous vendons eft une efpccc de pierre flan-
dreufede differentes couleurs , mais le plus fouvent d’un blanc verdâtre appro¬
chant affez de la figure du talc de Vcnife,â la referve qu’elle n’eft pas fi verte,
ni fi luifante , ôc qu’au lieu de fe mettre par écailles , elle fe levé par fi'ets blancs
& doux femblable â la barbe d’une plume , d’où efi: venu fon nom. C’efi: pour
ce fujct que la plupart de l’Alun de plume eft tout par petits filets , Ôc qu’il
s’en rencontre peu en pierre & propre â filer & à faire des mcclies perpétuelles.
L’Alun de plume à qui quelques-uns ont donné le hom d’Alun Scicillc a t res-
peu d’ufage dans la Médecine ôc pour le prefent on ne s’en fert prefque plus, du
depuis que le fecret de le filer en a cfté perdu, & la toillc que l’on faifoit avec
l’Alun de plume lors qu’elle efloit fale, on n’avoit qu’â la jetter dans le feu &:
on la retiroit blanche comme de la neige, c’eft de la toillc faite de ce minerai
dont les anciens Romains fc font fervi pour conferver les cendres des Empe¬
reurs ôc les féparer d’avec celles des bois aromatiques dont on s’efioit fervi pour
brûler les corps. Quelques perfonnes fe fervent encore aujourd’huy de l’Alun
de plume en guife de cottoii pour faire des mèches, & pour cet ufige il faut qu'il
foit en longues meches & les plus douces qu’il fera poffible. Cet Alun cflun puif.
faut corrofif, car en quelques endroits du corps que l’on en mette, il fait des
ampoulles caufe des demangeaifons infuportables , & il n’y a autre remede que je
fâche finon de frotter la partie avec de l’huile d'olive ôe aufîi-tofl: la demen-
geaifon ceffe. Outre l’Alun de plume nous commençons â vendre d’une cer¬
taine pierre minérale ,pcfantc, blanche & cottoneufe, en un mot fort fcmbla-
ble en tout & par tout â l’Alun de plume & incombuftiblc de même, ce qui a
donné occafion de l’appellcr du mot grec alhtfion qui fignific incombufli-
blc, 6c par corruption nous l’appelions albefies. Cette pierre minérale Q: trouve
en plufieurs endroits de France, mais principalement dans la Comté de Foycen
Gafeogne, & il y a des carrières où il s’en trouve des pierres d’une groffeur fur-
prenante, & defquellcs on peut tirer de beaux brins de cotton propre â faire
delà toillc qui fc pourroit blanchir au feu comme la toille d’Alun de plume.
Outre cet albeftcs on trouve en France notamment fur les Pirenées dans la
vallée de Campan fur des marbriers â trois lieues de Grippe de certaines plan¬
tes d’environ deux piedsde haut , qui ont leurs tiges toute argentées &: les feuil¬
les aftez approchantes de celles de l’ortie â la referve qu'elles font blanches
des Drogués , Livre Second. 8r
defTous 3 d'un verd brundefTus & comme chagrinées. Cette tige blanche apres
avoir efte roüie dans l’eau comme le chanvre, on en retire une cfpece de filace
longue ôc large de laquelle on pourroit fort à propos faire de bonne toille &
qui refiftero t au feu comme i’Alün déplume, à la referve que cette toille ne
le blanchiroit pas fi bien. 11 eft à remarquer que lors que I on approche cette fi¬
lace du feu elle rougit d’abord & Ce noircit principalement à la chandelle , on
aura neut-eftre peine à croire ce que j’avance , mais comme j’en ay pour faire
voir a ceux qui ne voudront pas me croire de que la perfonne qui l’a cueilli
fur les lieux qui me l’a donne eft encore plein de vie qui eft un homme digne
de foy , j’ay trouve à propos de faire connoître au Publie que l’Alun de plu¬
me & l’albcftes n’eftoient pas les feules drogues capables de refifter au feu.
Cette plante incombuftible peut eftre appelle albefton & la filace qui en pro¬
vient lin incombuftible, en ce que cette filace eft longue, large ôc douce com¬
me du Lin.
CHAPITRE XLVL
• ï)e l'Alun de Rome.
L’Alun de Rome que nous appelions aulTi Alun de Civitavcfclic à caul(i
que la plus grande quantité fe fabrique autour de cette ville eft, un Alun
en pierre de moyenne grofteur rougeâtre au deflus , Se au dedans claire & af-
fez tranfparent , d’un gouft acide & aftez defagreabîc. Cet Alun eft d’une cou¬
leur rougeâtre en ce que la mine ou pierre dont il eft tiré, eft de cette couleur.
On doicchoifir l’Alun de Rome véritablement rougeâtre tant au deflus qu’en
dedans en ce qu’il y en a qui rougiflent de l’Alun d’Angleterre ou de Licge
avec du brun rouge, mais la fourberie fera facile â connoître, car s’i' n’eft pas
aufli rouge dedans que defliis, c’eft une marque qu’il a efte contrefait , il doit
eftre le moins rempli de menu que faire ce pourra, ce qui ne peut préjudicier
neanmoins qu’â ceux qui je vendent par le détail , car pour ceux qui l’cmployent ,
il n’importe pourvu qu’il foit pur & net.
L’Alun de Rome eft fort en ufage par les Teinturiers, McgiÛiers & autres,
ceux qui contrefont les perles s’en fervent aulfi. Mais il faut qu’illbittrcs-parfiir.
chapitre xlvil
De t Alun d Angleterre.
O
L’Alun d’Angleterre â qui les Anciens ont donné les noms d’Alun de Ro¬
che , d’Alun blanc , & d’Alun de glace , eft un Alun clair & tranfparent
comme du criftal que l’on nous envoyé d’Angleterre en pierres de differentes
grofleurs & figures, en ce qu’il s’en rericontre quelquefois des morceaux de la
grofleur du corps, quelquefois clair & blanc comme du criftal te quelquefois aufli
de differentes couleurs comme de noirâtre & d’humide, en un mot l’Alun de
g’acecft p’us ou moins beau fuivant qu’il a efte plus ou moins purifié.
Comme cet Alun eft beaucoup en ufage par plufieurs corps de métiers qui
s’en fervent j entr’autres les Monnoycurs , Teinturiers & meme en Médecin®
A a ii;
Pline ne s’efl
pas tout-i-
f'ait trompé
tjuand il a Jir
qu’il y avoit
du lin incom.
buft rbJe , té
que Matbio-
le tiairc de
fable fort
mal-à-pro¬
pos au chapi¬
tre du Lafh
mientus.
Lin incôtii'»
bullible.
82 Hiftoirc generale
pour pluficurs préparations qui fe trouveront décrite cy-apres, on le doitchoi-
fir blanc, clair & tranfparcnt, le plus fec ôc le moins rempli de menu ôc de pied
qu’il fera polTible, on prendra garde que ce ne foit de l’Alun de Liège ou de
Mczierc qui ne diftere de l’Angleterre qu’en ce qu’il ell plus gras, ainfi moins
Mczicre. convcnablc aux T cinturiers & qu’i's ne s’en fervent que faute d’avoir de véritable
Alun d’Angleterre. Nous voyons depuis peu un certain Alun verdâtre femblable
en figure à du Salpêtre qui fe fait d’une pierre qui fe tire d'une carrière prés de Soif-
fons en Picardie, mais comme cet Alun n’eft encore d’aucun ufage, tant a caufe
de fa ma! façon que parce que l’on n’en connoît pas encore les proprietez, c’eft pour
Eau& cfprit cc fujct qucje n’cn d?ray rien. On tiredel’Alun d’Angleterre par Icmoyen d’une
alambic une eau claire & acide que nous appelions eau d’Alun dont on fe fert
pour mettre aux yeux, après le flegme fort un cfprit acide dont on peut fe fer-
vir dans les fievres continues & tierces, il efl; encore proprepour guérir les pe¬
tits chancres qui viennent dans la bouche , la doze efl: depuis quatre jufqu’à
huit goûtes , ce qui refte dans le vaifleau qui efl; une mafle blanche & Icgcre
efl ce que nous appelions Alun brûle , mais comme l’eau & 1 cfprit d’Alun
Alun btûlj. font peu en ufage, ceux qui ont befoin d’Alun brûlé ne s’amuferont pas à le
diflilicr , mais mettront de l’Alun de glace dans un pot qu’ils placeront au
milieu d’un bon feu , àc lors que J’Alun fera devenu extrêmement léger &c
blanc, on le retirera & on le gardera pour le befoin. L’Alun calciné ou
brûlé doit cflrc léger, fryablc , c’eft à-dire facile à mettre en poudre & pren¬
dre garde que ce ne foit de l’Alun pafle par un tamis de foyc que l’on aura
^ faux Alun cnfctmé dans un fac bien lié pour le faire venir en pierre ou en morceaux.
Cette fourberie fera facile à connoître en ce que ce faux Alun efl lourd, ex¬
trêmement blanc, plâtreux & d’un goufl acide.
Le véritable Alun brûlé efl fort propre pour manger les chairs, les perfon-
ncs de qualité s’en mettent des petits fachets fur les aiflcllcs & fur la plante des
pieds pour empêcher la fucur,mais il faut que l’Alun brûlé foit extrêmement fin*
CHAPITRE XLVIIL
De l'Âlun fuccarin,
L’Alun Succarin ou Zaccarin en ce qui rcffemble à du fucrc efl de l’Alun de gk~
ce, de l’eau roze & des blancs d’œufs cuits cnfemble jufqu’âune confiflancc
folidc , & cet Alun cftant cuit te réduit en pâte, on le met de telle figure que
l’on fouhaitte, te apres cflrc refroidi, efl dur comme de la pierre.
On fe fert d’Alun fuccarin , pour mettre dans les fards.
Il y a encore d’autres fortes d’Alun , fçavoir cette pierre blanche & tranf-
parente femblablc prefque en tout au criflal de roche à qui l’on a donné le
Viimi sca, nom d’Alun Scayolle ou de pierre fpeculairc ou miroir d’âne , qui fe trouve
dans les carrières de Paffi avec le (^is , & qui après avoir cflé brûlé &
calciné efl d’un très beau blanc, mais cc qu’il y a de fâcheux, c’efl que c’efl un
blanc de plâtre, depuis peu on trouve quantité de cette Alun dans la terre glai-
fc de Pafli avec le Quis dont j’ay cy-devant parlé , d’autres fe fervent d’une au¬
tre pierre fpeculairc que nous appelions gip ou plâtre , on a aufli donné le
îAïunCatin, d’Aluu catin â la fonde , comme je l’ay marqué en fon lieu & place ^
quelques-uns difent que le mot d’Alun dérive du mot Latin lumen^ qui %n]fic
lumière , en ce que l’Alun donne la lumière ou éclat aux teintures , que
fans Alun on ne peut guercs teindre ni enluminer.
HISTOIRE
gener'ale
DES DROGUES
LIVRE TROISIEME
PREFACE,
Des Bitumes,
È mot âe hitume k proprement •péirlerjignifie une mdtiere infldmMe y gra/Je ,
Cb ouBueufe qui fe trouve de differentes couleurs conffldnce , tdnt dans
les entrailles que fur la Jùperficie de la terre ou nageant fur i eau , cefl pour ce
fujet que nous avons de plufieurs fortes de bitumes , Les uns durs , les autres
mois y les autres coulant comme de l'huille , les bitumes épais que nous Ven¬
dons y font l’ambre jaune, le gejl y le bitume de Judée , le Pif-ajphaltum y le charbon de terre ^
la P erre noire O' les fouphres , les mois font le Maltha , le bitume de Colao , de Sirnam & le
hitume copal , les liquides font le Naptha d'Italie CP le Petroleum dont la defeription fe trotta
vera çy apres décrite les unes après les autres.
CHAPITRE PREMIER*
De î Ambre jaune».
L’Amtîrc jaune à qui les Anciens ont donne le nom Succin ou de Kara-»
bc eft un bitume de difFcrcntcs couleurs , y en ayant de blanc & de jau¬
ne. Ce bitume eftant dans Ton centre ou lieu natal eft liquide, mais a mefuré
ou’il en fort, il le durcit & devient telle que nous l’avons, comme ce bitume
fort liquide des entrailles de la terre & qu’il ne manque pas de fc venir ren¬
dre fur des eaux courantes , il entraîne avec luy tout ce qu’il rencontre , c’cit
pour ce fujet qu’il fc trouve dans noftrc Karabc plufieurs corps ctraiigc«^
KâiiW-
foui Kuabé,
Trochifqucs
de K subi.
84 Hifioire generale
ou bien comme ce bitume ne fc durcit pas tout d’un coup , quantité d’ani¬
maux s’y attachent y meurent 5 la plus grande partie de l’ambre jaune que
nous voyons fc trouve au rivage de certaines petites rivières qui font fituez
proche la mer Baltique dans la PrufTc Ducale , il s’en trouve aufli lur le fable qui
a cfté jettec par le moyen des vents , &; cette marchandife n eft pas celle qui
rapporte le moins de profit au Duc de Brandebourg, puifqu il retire des lieux où
fc trouve l’ambre jaune plus de vingt mille cens tous les ans, fans conter la dc-
penfe que ceux qui l’afferment font obligez de faire pour y entretenir du mon¬
de, pour empêcher que des particuliers n’en prennent, fi bien qu’il eft de nc-
cefticéabfoluë, que l’ambre jaune ou Karabé rapporte plus de cent mille livres de
rente.
; Ce que je dis fcmbicra peut-eftre étrange à ceux qui ne fçavcnt pas le grand
ufage que l'on fait de l’ambre dans la Chine 2c parmi les Sauvages ôc meme
en huropc, mais la plus grancj^ confommation s’en fait en Autriche, en Al¬
lemagne, en Pologne &: autour de Venife, Se ç’a efte les Vénitiens quil’ont mis
en vogue, en forte qu'il y a fprt peu de perfonnes dans la Lombardie & me¬
me le long du Po qui ne porte des colliers d’ambre, en ce qii’ils croyent que
l’ambre eft propre à guérir les maux de gorge àquoy ils font fort fujctsàcau-
fc des méchantes eaux qu'ils boivent. Se i’Hiftoire nous apprend que les Ro¬
mains en tenoient tant de compte , que Néron en fie venir une grofle quantité.
Il n’y a gucres d endroits où l’ambre fe travaille mieux qu’en Pologne & dans
la baffe Hongrie , & de la chereté qu’il s’y vend , car lors que ces peuples rencon¬
trent un morceau d’ambre d une grofteur raifonnablc fans aucun defaut , ils
l’eftiment & le préfèrent à for, & lors que cet ambre eft d’une grofteur raifon¬
nablc ou extraordinaire, celuy à qui il appartient le vend ce qu il veut, & ces
peuples font fi amateurs de cette marchandife, que rien ne leur fcmble plus beau.
Pour en France il n’y eft pas tant eftimé, quoyqu’il n’y ait pas long-temps que
l’ambre cftoit tellement en vogue , que tout ce qu’il y avoit de gens de qualité
portoient des colliers d’ambre , mais à prefent il eft fi commun , qu’il n y a plus
que ies fervantes qui en portent. Outre le grand ufage qu’a l ambre jaune pour
faire des bijoux , il eft quelque peu d’ufagedans la Médecine , tant pour le broyer
que pour en tirer une teinture, un efprit,un fcl volatil, 2: une huillc,&pour
en faire du verni d’Efprit de Vin.
Le Karabé doit eftre clair & tranfparcnt , attirant à foy la paille d’où eft
venu fon nom de Karabé qui fignifie en Langue Perfanne tire paille , il doit
eftre blanc , lors que c’eft pour faire quelques ouvrages ou pour broyer, mais
lors que c’eft pour pafler par le feu, il n’importe de quelle couleur il foit, pour¬
vu qu’il foit véritable Karabé, en ce qu’il y en a beaucoup qui ne vendent
que de la gomme copal de l’Amérique dont j’ay cy-devant parlé , ce qui ne fe¬
ra pas difficile à connoître, en ce que la gomme copal eft en morceaux de la grof-
feur & figure de la gomme Arabique, &c le Karabé eft ordinairement en gros
morceaux, & meme le plus fouvent enveloppé d’une manière de peau qui luy
fert comme de matrice i c’eft que lors que l’ambre jaune eft brûlé à la chandelle,
il put extrêmement i & de plus , c’eft qu’il doit enlever la paille, ecque la gomme
copal ne fait point. Quelques perfonnes m’ont affuré que l’on contrefaifoit l’am¬
bre jaune avec de la therebentine & du coton, ou bien avec des jaunes d’œufs
& U gomme Arabique , mais tomme je crois que ce prétendu Karabé ne vau-
droit pas grande chofe, je crois que 1 on ne doit pas appréhender qu’il foit con¬
trefait avec fes Drogues.
On broyc ce Karabé fur une pierre Se on en fait des trochifqucs qui ont
quelque
des Drogues, Livre Troifiéme. %
quelque peu d’ufagc dans la Médecine, principalement pour arrcfterlc crache¬
ment de fang , les diflcnterics & autres maladies de meme nature. Sa dofe cft de¬
puis dix grains jufqu’à trente fix dans une liqueur convenable à la maladie, on
tire de ce Karabc broyé par le moyen de lElprit de vin une ceinture jaune doücc ^
detres-bonnes qualicez, fur tout pour l’apoplexie, paralyfie & répilepfic,efl:anc Karabé.
prife depuis i o goûtes jufqu’à une dragme dans quelque liqueur approprié à la
maladie. Quelques-uns diüolvent dans cette teinture du Camphre rafiné en
font ce qucMonfieurdc Solayfel appelle beaume ardent qui dicedre un remède
pour les playes,mcurtriffurcs & humeurs froides , tant pour les hommes que pour
les chevaux, ainfi qu’il eft décrit dans fon livre à la page 274 & où le Le- Stanmcir-
<^cur pourra avoir recours.
CHAPITRE II.
De îefprit & huille de Karabe.
OM tire du ÎCarabé grofTicremcnt pilé par le moyen d’une Cornue de Ver-
re ou déterré, un cfprit rougeâtre & une huille verdâtre & fort puante.
L’cfprit de Karabé eft un excellent apéritif & fort propre pour la gueiifon
du feorbut eftant pris dans quelques liqueurs depuis lo jufqu à 14 goûtes.
A l’égard de l’huille elle n’cft guercs en ufage que pour appaifer les vapeurs,
eftant porté fur foy pour la fleurer de temps en temps ou en frottant le
poignet & le nez ; ft on veut rendre cette huille d’une belle couleur claire &; rou- rî^caifié.'
geâtre, il n’y aura quala mélanger avec de la terre ou du fable & la rediftiller.
Ceux qui dcfircront avoir un fel volatil, un efpritôc une huille de Karabé blan-
chc, n’auront qu’a fc fervir d’une Cornue de verre au reu de labié, & par ce moyen le Ae Karabé
on fera trois belles operations & qui feront doüées de bonnes qualitcz pour la
guerifon des maladies dont j’ay cy devant parlé , â 1 égard du fcl volatil , ft
on ne le trouve. pas aflez beau , on n’aura qu’â le mgttrc dans une petite phio-
le & le faire fublimcr fur un petit feu & eftrc foigneux de le tenir bien bou¬
ché, car c’eft une marchandife qui fe diflipe & fc pert a l’air ce qui le trou¬
vera dans la Cornue eft d’un tres-beau noir luifant fcmblabic au bitume de Ju¬
dée.
CHAPITRE III.
Du Geejl ou Jayet,
Le Gccft que l’on peut appeller avec jufte raifon Karabé, fuccin ou am¬
bre noir, eft auflî une efpecc de bitume qui fe rencontre dans les entrailles
de la terre, & fort peu proche des caux,le jayet eft un bitume fort dur ôc d’un noir
luifant qui fe trouve en pluficurs endroits de l’Europe, tant en Allemagne ,
Suède, qu’en Irlande & même en France, l’endroit de France où il fe trouve
le plus de Jayet, eft entre la faintc Beaume & Toulon, ôi il eft fi commun en
Irlande , que l’on le voit quelquefois qui pafle au travers des pierres & des ro¬
chers. QLielcjues Autheurs veulent que le Gccft foit de l’ambre jaune donc l’huil-
le en a cfté tirée par les feux fouterrains, & que c eft de luy doù provient le
Naphtaôc le Petroleum, ce qui n’cft pas tout-à- fait hors de bon fens.
Bb
86 Hiftoire generale
Le Gecfl: a les memes ufages pour la parure que l’ambre jaune, mais pour la
Médecine on ne s en fert gucres que pour en tirer l’buille, & de laquelle on fc
fert pour les memes maladies quel’huillc d’ambre jaune.
A l’egard de fon choix il n’en a point d’autres que d’eftre bien dur & d’un tres-
bcau noir luifant, ainli que nous le dit le Proverbe.
CHAPITRE IV.
Du Bitume de Judée,
Le Bitume de Judée ou Afphaltum efl; un bitume qui Ce trouve nageant
fur la fupcrficie des eaux du Lac où cftoienc autrefois les villes de Sodo-
me & de Gomore, & le nom d’afphaltum luy vient du Lac ou de la Mcral-
phaltique qui fignifie mer d’alTurance en ce qu’elle cft extrêmement forte, &
tout ce qu’on y jette nage deflTus , elle eft aulîi appclléc mer morte dautant qu’el¬
le ne nourrit aucun poiflon ni autres belles vivantes, a caufe qu elle ell extrê¬
mement Talée & amercôc de fa puante odeur, mais en récompenfe il s’y trou¬
ve delius quantité de ce bitume qui y nage comme de la graifle dont les habi-
tans des lieux qui font Arabes retirent de gros profits, en ce qu’ils s’en fervent
pour gaudronner leurs vaificaux , ni plus ni moins que les Septentrionaux ÔC
nous le fervent de la poix , c’cfl une chofeadmirable que lors que ce Lac cft af.
fez charge de bitume, il s’élève une puanteur lî grande en l’air, que les habi-
tans font contraints de le recueillir & de le mettre à terre, & la puanteur en eft
lî grande que tous les oifeaux qui palTentau deflus tombent morts dedans, ôc
ce qui caufe que les habitans des lieux ne vivent que très peu de temps.
Le bitume de Judée ou afphafte cft fi femblableà la belle poix noire de Sto-
cholm , que fi ce neftoit l’odeur puante de la poix & que le bitume de Judée
cft plus dur, il n’y a perfonne qui en puifle faire la dilîcrence, 5c cette gran¬
de ümilitude a donné fujet au Prophète Efdras de l’appcllcr poix comme il eft:
marqué en ce p^iiCage gens i»iaU memorare quid fecerim^Sodoma O* Gomora, quorum ter¬
ra jacet in f iceis glebis agerribus cinetum.
L’ufagc du bitume de Judée cft de faire ces beaux noirs luifants de la Chi¬
ne, il a quelque peu d’ufage en Médecine en ce qu’il cft un des ingrediens de la
Thériaque où il n’a befoin d’autre préparation que d'eftre véritable , d’un tres-
beau noir luifant , faifant le Soleil 5c de nulle odeur, & prendre garde qu’il ne
pis-âfphaitu ne foit mélangé de poix noire qui eft ce que l’on appelle pifafphaltum artificiel ,
ainficici, difficile à connoître en ce que ce bitume artificiel cft d’un vi¬
lain noir 5c d’une odeur puante , c’eft une erreur de croire comme le mar¬
quent quelques Auteurs , entr’autres Monfieur de Furtiere, qui dit que l’on n’ap¬
porte plus du bitume de Judée , 5c que celuy que les Apoticaircs vendent efl
une compofition qu’ils font de poix & d huille de petrollc, chofe autant éloi¬
gnée de la raifon , que je ne crois pas qu’il y ait des Apoticaircs affiez fripons
5c aflez ignorants pour faire une telle dompofition , cependant que nous vendons
du véritable bitume de Judée à un prix affez railonnable , 5c il auroit mieux
fait de fc taire auffi bien que quantité d’autres qui fc font mêlez d’écrire des
L>rogucs qui n’y entendoient que le haut Allemand, ce quiacaulé & qui cau¬
fe encore aujourd’huy des erreurs 5c des quid pro quo épouvantables , cc qui re¬
garde la perfonne du Roy 5c 1 intereft publique.
des Drogues,, Livre Troifiéme. 87
CHAPITRE V.
Du charbon de terre.
X E Charbon de terre efl; une crpccc de bitume dont les Serruriers & Maref-
I _ ^chauxfc fervent pour chaufer le f.r, ccluy d’Angleterre eft eftime le meil¬
leur, quoyqu’il y en a quiaflurent queceluy delafoflcen Auvergne ne luy cede
de gueres, ceftune marchandife qui fc confomme beaucoup en France & dont
nous faifons un fort gros négoce , on prétend que le meilleur efl: celuy qui efl: le
moins foufreux, qui chauffe & qui dure le plus long temps au feu , quelques-
uns veulent que le Charbon de terre foit le refidu de l’huile depetrollc quis’cfl:
fait dans les entrailles de la terre, ce qui efl: aflez probable, en ce que l’on peut
tirer du charbon de terre une huile toute femblable a l’huile de pctrolle.
CHAPITRE VL
De la terre Ampelite.
La terre Ampelite ou pierre noire efl: un bitume fec & rempli de fouphre^
facile a mettre en poudre 5e â fc lever en écailles , qui fc trouve dans les en¬
trailles de la terre en plufieurs endroits de la France , nous avons de deux for¬
tes de pierre noire , l’une tendre & l’autre dure que nous faifons venir d’au¬
près d’Alençon pays du Maine , l’ouverture de la carrière dont on tire cette
pierre noire appartient à un Curé de Paroifle qui en retire tous les ans fept à
huit cens livres de rente, & la carrière d’où elle fe tire a bien quarante à cin¬
quante pieds de profondeur, quoy que cette pierre foit une marchandife de bas
prix , on ne laiffe pas d’en faire un affez gros débit , en ce qu’il n’y a gueres
d’ouvriers, foit en pierre, foit en bois qui ne s’en fervent , & pour eftre bonne,
elle doit eftre nouvelle tirée de la mine, en ce que lors qu’elle efl vieille, elle
fc convertit en poudre & devient en Salpêtre , elle doit eftre Icgcrc , ni trop
molle , ni trop dure & bien feiche, quelques-uns ont donnez à cette pierre le
nom de terre a-vigne, en ce qu’elle empêche & tuëlcs vers qui montent aux vi¬
gnes , & pharmacitis parce qu’elle eft mcdecinale.
CHAPITRE VII.
Du Soufre vif.
Le Soufre vif eft une glaifc facile à brûler, & en brûlant jette une odeur
de Soufre qui nous eft apporté de la Sicile & autres endroits.
On doit choifirle Soufre vif ainfi appellé à caufe qu’il fe vend & employé
comme il fort de la terre, tendre , facile àcafler , fryablc , uni , doux , lui-
fant tant au dehors qu’au dedans , & d’un gris de fouris , ce qui le fait appel-
lcr de quelques-uns Soufre gris , il doit eftre le moins graveleux, & le moins
rempli de menu qu’il fc pourra.
Bbij
Huile decbafS
bon de tette.
88 Hilloire generale
Ce Soufre eft fort peu en ufage, n’efl pour quelques operations particü-i
lietes&: pour quelques compofitions galcniqueoù il entre, mais beaucoup plus
par les Cabarctiers qui l’employent avec la fleur de Soufre, Sucre, Anis , Ca¬
ndie, Mufeade, Gerofle & autres , dont ils fe fervent pourfoufrer les tonneaux
où ils mettent du vin, tant pour le tranfporter que pour empêcher qu’il ne fc
gâte.
Quelques Apoticaires s’en fervent pour battre avec de la Scamonéc qu’ils
appellent Scamonce préparée ou diagrede , & par ce moyen en peuvent faire
meilleur marché que leurs voifins qui apportent tous leurs foins à la préparer
comme il faut , ce qui eft très mal fait.
CHAPITRE V I I L
JOu ^uphre minerai
Le Souphre minerai eft un bitume dur & terreux, d’une couleur jaune a{-
fez luifant , d’une odeur de Souphre Sc puante, facile â fondre & à bru-*
1er , &cft plus ou moins beau fuivant les impurctez dont il eft chargé, & qu’il
a rencontré dans la mine. Le Souphre minerai vient du Mont Vefuvc.
On doit choifir ce Souphre quoyquc fort peu de demande, â caufe du peu
d’ufage qu’il a, neanmoins comme on en cherche quelquefois pour des par¬
ticuliers qui en ont befoin , il faut qu’il foit en beaux morceaux d’un jaune do-’
ré, luifant, le moins rempli de terre & de menu qu’il fera poflible.
A l’égard de fes ufages & qualitcz je n’en fçache pas d’autres que de pareil¬
les à ceux de celuy que nous appelions Souphres en Canons , qui n’cft que ce
Souphre icy purifié, comme il fe verra cy-aprés.
CHAPITRE IX.
Z)« Souphre en Canon.
Le Souphre en Canon eft du Souphre minerai, jaune , fondu, & par le
moyen de l’huillc véritable baleine & des moules eft rendu de la manié¬
ré que nous le voyons , ce Souphre eft plus ou riioins beau & doüé de bon¬
nes qualitez , fuivant qu’il a cfté bien purifié & fuivant les endroits où il a cfté
travaillé comme celuy d’Hollande eft beaucoup plus beau que celuy de Veni-
fe & que celuy de Marfeillc qui font les trois endroits d’où nous tirons des Sou-
phres & où il fcrafinc,Mcmeurs dcTArfcnalcn font fabriquer quantité, mai»
ils l’employent.
On choifira le Souphre en Canon véritable. Hollande en gros Canons &
longs , non pas parce qu’il eft dune meilleure qualité , mais d’une plus belle
vente & d un jaune doré , léger, facile à cafter , & qu’eftant ferré dans la main
& prefente à l’oreille , pétille & fafte du bruit & le caife , & qu cftant cafte ,
des Drogués, Livre Troifiémè. 89
{)âroiflrc comme criftiiliré , qui font les mârqiies de celuy d’Hollande oii deVe-
nife & celuy qui doit eftre employCjSc rejettcrcndercmenclc Souphrede Mar-
feillc qui cfi; ordinairement en petits ou gros Canons d’une figure malbaftie,
& d’une couleur grisâtre n’eftant prcfquc que delà terredediray neanmoins que
depuis deux ou trois ans qu’il ne vient plus de Souphre d’Hollande, les Mar-
fcillois n’ont pas fait mentir le proverbe , car ils ont tant cherché, qu ils ont
trouvé le moyen de le rendre prefque auffi beau que les deux précédente , &c
prefentement les plus habiles y font trompez , &: il efi: probable que fi nous
voulions nous donner la peine de travailler, nous ne ferions pas obligez d a-
Voir recours aux étrangers qui fe moquent de nous & qui ont nofire argent j
car la France produit tout ce que I on puis fouhaitter fans aller courir fi loin ,
& fi nous avons vécu dans l’ignorance , c’efi: que jamais aucun négociant nd
s’efi: mêlé d’écrire ni de s enquefter comme venoit & fe fabriquoit la marchan-
dife, & comme il n’y a jamais eu que des Médecins & quelques Apoticaires
ou quelques particuliers qui ont voyagé qui n’entendoient rien aunegocCjqui
ont mis la main à la plume, c’eft le fujet pour lequel les étrangers, fur tout
les Hollandois ont profité de noftre ignorance & nonchallance , ce que nous
ne ferons plus Dieu aidant, au moins pour rtlon particulier je fetay en forte que
mes Confrères me fuivront , tant pour n’avoir pas les peines & les rifques dd
•faire venir des marchandifes^dc fi loin que nous pouvons établir en France ,
au moins ou â aufii bon marché, & que le Public ne fera pas trompé comme
il eft, comme on le pourra voir dans tout le cours de ce prelent ouvrage, &:
comme je ne puis faire connoîcrc ce que j’avance que je ne fafle voir l’erreur
des Anciens dont Dieu me preferve d’en mal parler, en ce qu’il ne faut jamais
médire des morts, ils n’y font plus pour fe défendre , mais des vivans quand il
y en a & qui peuvent vous répondre, c’eft le fujet pour lequel je ne puis m’em¬
pêcher de faire connoître l’imprudence , ou fi j’ofe dire l’ignorance de cer¬
tains Auteurs nouveaux qui ont écrit touchant les Drogues des faufiTctez qui
n’ont jamais cfté & jamais ne feront, & ils auroient bien mieux fait de n’en
rien dire, qued’écrire ce qu’ils n’ont jamais vu ni connu, & qui font cauTe que cha¬
cun vit dans l'ignorance comme eux , & que quelques habiles gens qui ont écrit
depuis eux, comme eft Monfieur de Furticrc qui les a cru fort habiles gens a tom¬
bé dans les mêmes erreurs , je n’aurois pas le front de diretout ce que j’avance, fi je
n’avois les preuves â la main & de faire voir ce que j’écris au doigt & à l’ccil , re¬
venons donc à nos nouveaux Auteurs , qui difent que le Souphre en Ca.
non ou ordinaire qu’ils appellent en Magdalenns eft fait de Souphre vif ^
belle difeuftion, fe leroit changer de l’étain en plomb , en ce que le Soüphrc
vif eft beaucoup plus cher que celuy en Canon , & s’il eft naturel & le Canon
eft travaillé, fi ces Mefiieurs I cuflcnt examiné de prés & qu ils fe fuflent donne
la peine de le fondre & de le purifier , ils auroient vu s’ils auroient pu le rendre tel
qu’ils difent qu il vient quand il eft rafiné , ils ont fort bien fait , car ils auroient
rcflemblé â celuy qui avoir entrepris de laver latcftcd’un More & delà faire deve¬
nir blanche, neanmoins quoyquc je dife , nous leur avons toujours obligation
aufti bien qu’à ceux qui lonc morts en ce qu il n y a point de fi méchant li¬
vre où il ne fe trouve quelque chofe de bon, mais ce que je trouve mauvais ^
c’eft d’écrire fur des matières aufquellcs ils n’ont aucune connoiffance, on fera
donedefabufé de croire que le Souphre jaune, commun, ou en Canons foit fait
de Souphre vif, mais bien du minerai qui eft naturellement jaune , & quicon¬
que ne voudra me croire je leur feray voir le naturel , & celuy que j’ay fau, & en
po Hiftoire generale
fcray devant eux , me faifant un plaifir fingulicr^de corrompre ces abus & faire
voir la vérité , & le tout fans aucun lucre ni profit.
Il y a quantité d’autres Souphres artificiels comme j’ay déjà dit qui ne pro¬
vient que fuivant les dilFcrcns pays Semoules dansquoy ils ont efté jette, & les
préparations que Ton leur a donné, comme eft celuy de Marfeillc en petits Ca-
soufrevettdc nons ,1e vert en gros & petits canons que l’on cftime meilleur pour la diftilla-
Matfciiic. comme il fe verra cy- apres.
Il y en a quantité d’autres naturels outre les deux dont nous nous fervons
ordinairement, mais ils ne nous font pas fort communs, tant parce qu’ils vien¬
nent de loin , que parce que l’on n’en a pas quantité.
Le premier & le plus beau eft celuy de Quittoqui cft de couleur d’or & de
la figure du Karabé jaune qui fc trouve en quantité auprès des mines d’or.
soufrcdcNi- Le fécond cft celuy de Nicaragua qui cft en mafle, d’un gris jaunâtre & tout-
h à-fait fcmblableàceluy qui s cft trouvé les années dernières dans cette butte de
Martin à Pa- fcrtc qui fut abatuc à la porte faint Martin où ilcftoit cru naturellement ain-
fi que quelques perfonnes en pourront rendre témoignage pour en avoir amafle
eux- mêmes.
Le troifiéme cft celuy de Suifle qui cft aflez femblable à celuy de Quitto,
suSU*^ ' ainfi d’autres fortes dont je palTeray fous fîlence , n’en faifant aucun négoce.
L’ufage du Souphre en Canon cft fi connu de tout le monde , que je n’en
diray rien , finon que c eft un des ingrediens de la poudre à Canon , ce qui fera
que ceux qui en vendront de grofles parties à 1 Aricnal avertiront s’il y fçavoic
quelque défeduofité, en ce qu’il ne faut jamais fc joüer a fon Maître, & c’eft
pour ce fujetquelcs Epiciers ne fourniflent plus gucrcs de Souphre â caufe du
rifquc qu’il y a & que Meilleurs de l’Arfcnal le font venir eux mêmes, & en
font purifier en divers endroits comme â Eflbne. Les Bonnetiers en blanchif-
fent des gazes ôc en employent pour blanchir leurs ouvrages, car il n’y a rien
qui blanchit tant la laine que la vapeur du Souphre qui cft bien le contraire
de l’argent, car il le noircit beaucoup.
Il cft quelque peu ufité en Médecine, tant pour entrer en pluficurs remèdes,
que pour en tirer quantité d’operations chymiques comme il fc verra cy-apres.
Il cft fouverain pour guérir la galle , mais il faut fçavoir s’en fervir en ce
qu’il l’empêche quelquefois dcfortir,ôc caufe de grandes maladies & même la
mort.
CH’APITRE X.
De la Fleur de Souphre,
La Fleur de Souphre cft du Souphre brûlé dans des pots faits exprès & ré¬
duite en fleur comme nous la voyons , la plus belle & la meilleure fleur
de Souphre vient d’Hollande, mais rareicy depuis que l’on en fait â Marfeillc
& â Roüen & même à Paris , la véritable fleur de Souphre d’Hollande nous
cftoit apportée en pain comme le ftil de grain fort legcrc, douce, fryable& plû-
toft blanche que jaunc,mais commcl’avaricc règne de plus en plus & que les guer¬
res font furvcQUcs, c’eft ce qui fait que nous n’en voyons plus du tout, fi bien que
plus belle que nous avons prefentement cft celle dcMarfcillc,quoyque trcs-bclle,
n’approche pas de celle d’Hollande, laquelle pour cftrc de la qualité rcquifcdoic
des Drogues , Livre Troifiéme. pt
cftrc extrêmement fine, c’eft- à-dire en poudre impalpable, leger,d’un jaune dore
ôcd’ungoufi; afl'ez agréable.
La troifiéme ed celle qui fe fait à Roüen qui cfi: ordinairement d’un jaune
blancheàtre qui n’cft autre chofe que du Souphre poufle- à grand feu dans le¬
quel on additionne de la farine ou amidon en fine poudre, ainfi elle doit eftre
rejettée aulfi bien que toutes celles que quantité de perfonnes portent dans
Paris de maifons en maifons, qui n’cfl: autre chofe quede la pouffiere de Sou¬
phre d’Hollande battu & paifé par un taffetas ou foyc extrêmement fin, & d’au¬
tres qui la broyenc comme on faifoit le temps paffé à Charanron , afin qu’elle
foie plus fine, ainfi pour obvier à tous ces abus qui feront faciles àconnoître,
car c’efl: une règle generale que tous ceux qui en auront befoin & qui la trou¬
veront à des fept ou huit fols la livre pendant que le Souphre vaut quatre fols,
c’eft une marque generale qu’elle eft falfifiée, & qu’elle n‘eft pas faite dans les
règles, &il cft impoffiblede faire de bonne fleur de Souphre en morceaux épais,
légers & criftalifé d’un blanc doré comme elle doit cftrc pour cftrc de la quali¬
té requife, quelle ne revienne au moins à trente fols la livre, & fi il ne faut pas
que le Souphre valle plus de quinze francs le cent.
On fera donc averti de préférer les fleurs de Souphre d’Hollande à tous au¬
tres , &: après elles celles de Marfcillc ; & rejerter entièrement celles de Roüen
& de Paris cftant incapables d’entrer. dans le corps humain, j’entends la fauffe
ou celle que les Colporteurs vendent.
La véritable fleur de Souphre eft un heaume naturel pour les poulmons Si
cft doiiée de tant de belles qualitcz qucjc n'aurois jamais fait fi je voulois entre¬
prendre de les écrire toutes.
On fait quelquefois de la fleur de Souphre d’une autre maniéré en y ajou¬
tant du Salpêtre fi^ou Sel polycrcftcqui eft la manière dont nous nous fer-
vons à faire la blanche , mais elle eft fort peu de demande, c’eft le fujet pour
lequel on n’en fait que fort rarement quoyqu’ellc foit doüée de trcs-belles Si
bonnes qualitcz, eftant même plus agréable à prendre qucccllccy-dcffus.
C H A P I T R E XI.
Du Sel de Souphre,
Le Sel de Souphre fe peut faire en pluficurs manières, mais la plus aiféc & celle
que l’on doit toujours préférer , fur tout quand elle ne diftcrc en rien, car
c’eft rcg'C. generale qu’il ne faut pas plaindre fes peines pour faire quelque cho-
fc de bien & utile au Public, ainfi ce Sel doit eftre compofe ainfi que l’enfci-
gne Monficur MoyfcCharas dans fa Pharmacopée à la page 887 ou le Lccfteur
pourra avoir recours. Ce Sel eft compofé de Salpêtre rafiné & de l’cfprit de
Souphre &: par le moyen d’une Cornue & du feu de fable ,on retire une maffe
blanche doüée de très ~ bonnes qualitcz , on peut faire du Sel de Souphre avec
le Sel Polycrefte comme il fort du creufeç & autres maniérés que l’on pourra
voir dans quantité de cours de Chymie qui en traitent , ce qui fera que l’on
doit fe tenir à cette préparation dautant plus quelle eft la plus faifablc& qu’elle
cft décrite par une perlonnc qui ne l’auroic pas mis au jour , s’il ne l’avoic ex¬
périmenté.
FIfur de
Souphre.
pi Hiftoire generale
Le Tel <ic Souplirc cft fort en ufage pour tempérer l'ardeur des fièvres difToüs
dans la boifTon ordinaire, la doze neft pas fixée en ce cjue l’on en mec jufqu’à
un acidité agréable.
On donne telle figure à ce Tel que l’on veut , les uns le font en mafie, les au-,
très en criflaux , les autres en grenailles, en poudres & finalement en canon ou
magdaleon & ce dernier eft afiez curieux & connu de peu de perfonnes.
CHAPITRE XI 1.
Du Magijler ou Lait de Souphre,
Le Magiftcr ou Lait de Souphre eft des fleurs de Souphre & du Tel de tar^
tre boüillie dans de l’eau, & par le moyen du vinaigre diflillc, on en fait
précipiter une poudre qui eftant fechée fera d’une couleur b'ancheque l’on ef-
time eftre fort propre pour les poulmons & pour guérir les afmatiques.
CHAPITRE XIII.
De l Efprit de Souphre^
Huile de
Souphre ou
efprit de Sou¬
phre reûifid.
LTfprit de Souphre cfl: une liqueur que l’on tire du Souphre verd par le
moyen du feu & des pots, comme l’enfcigne Meflieurs Charas , Lemery &:
autres & à qui on a donné deux difterens noms fuivant la couleur & fuivanc
qui l’a efléde phlcfme , comme par exemple ccluy qui c^comme il fort des
pots efl: appellée efprit de Souphre, lequel pour cflrc de la bonne qualité doit
eftre clair comme de l’eau & d’une acidité agréable , & qu’eftant mis fur du
papier bleu il le faffe devenir rouge , mais la meilleure épreuve c’eft dcl’ache-
pter d’honneftes gens.
Le deuxième eft ccluy qui a cfté feparé de fon phlcgmc ou humidité fuper-
fluc & quia acquis une couleur d’un jaune doré, d’une force infupportable, a
n’en pouvoir pas durer fur la langue , & c eft à cette liqueur a qui on a donné le
nom aflez improprement d’hui’c de Souphre.
Depuis quelques années un foldac invalide s’eftant émancipé de faire de ccrtc
huile de Souphre qu’il vendoit de boutique en boutique , &: dans des temps il
en apportoit de tres-bonnes, mais comme c’eftoie un drôlle qui aimoit mieux
une bouteille de vin que l’acquit de fa confcicncc , il en vendoit quelquefois
que ce n’eftoit que du vinaigre mêlé de phlegmc de vitriol ou d’eau à quantité de
perfonnes peu connoiffans , entr’autres aux Cabarctiers qui en ufenc une aflez
bonne quantité.
Ôn fera donc averti de ne jamais achepter de l’efprit de Souphre que d’hon¬
neftes gcns,& prendre garde qu il ne foit pas contrefait avccdcrefpritou plutoft
avec du phlcgmc de vitriol , du vinaigre ou avec de l’eau fur laquelle on
y a jetté quelque goûte d’eau forte, ainfi que quelques broüillons ou Colpor¬
teurs le pratiquent, mais plutoft y mçttrclc prix & l’achcptcr des gens connoif¬
fans & de confciencc.
Oti donne de grandes proprictez à l’cfprit & huile de Souphre , comme d’eftre
propre pour ^ppajfcr l’ardeur des fièvres ôc pour les maladies du poulmon.
On a découvert depuis peu qu’il n’y avoir que l’cfpric de Souphre ou plu-'
tofl:
(Jes Drogues 3 Livre TroifiémCi
toft l’huile qui avoir le pouvoir de donner le luftre au perido , comme il fc
verra au chapitre des pierres prccicufcs , on s’en fert auffi pour colorer 1« fleurf
que nous appelions immortelles;
CHAPITRE XIV;
Des Beamnes de Souphre.
IEs Beaumes de Souphre fe font de deux maniérés , dont la première fc fait
_jâvcc de rhuilc d’anis verte ôc la véritable fleur de Souphre que l’on fait
dilToudrcenfemblc, & eft appelle Beaume de Souphre anifé, aquilon attribue
de grandes proprictez comme ilfc verra par la fuite.
Monfieur Charas dit dans fon livre a la page 470 j que quelques- uns croyent
que les qualitez de ce Beaume approchent fort des qualitcz du Beaume natu¬
rel, parce qu’il échauffé & defTechc modérément, & preferve de corruption,
il cfl: aufli fort recommandé dans toutes les maladies de la poitrine, & princi¬
palement contre la toux , l’afmc, la pleurefic ôc les ulcérés du poulmon , il efl
fort propre contre les foiblcffes ôc les indigeftions d’eftomac ôc redonne l’ap-
petit > chafle les vents, appaife toutes fortes de coliques , on le loiie aufli beau-;
coup contre lapefte ôc contre les maladies epidimiques , les maladies vénérien¬
nes, les fievres continues ôc intermittentes & l’cpilcpfie, on le prend intérieu¬
rement dans des liqueurs convenables depuis trois jufqu’à 10 ou iz goûtes, oiv
Î>cut aufli s’en fervir en onétion fur l’eftomac ou fur le nombril pour les ma-
adics de l’eftomac ou pour les coliques.
On pourroit bien employer l’huile diftilléc d’anis à la compofition de co
Beaume, mais parce qu’elle cfl: volatillc ôc plus fujette à la diflipation quen’eft
l’huile verte ôc qu’à peine boucheroit-on fi bien le matras , que e Beaume
ne foufFrit une diminution confidcrable dans fa quantité , on y employé l hui¬
le par expreflion.
Le fécond cfl le Beaume de Souphre commun qui cfl de l’huile de noix ti¬
rée fans feu , de la fleur de Souphre, du Sel de tartre ôc du vin blanc mêlé cn-
femble, ôc par le moyen du feu on en fait un Beaume aflez beau & douée de
bonnes qualitez ôc fort eflimé pour digerer,difcuter ôc refoudre les matières
crues découlces Ôc amaflees en quelque partie du corps, on l’employé en onc¬
tion extérieure , il fert de baze à l’emplatre de Souphre.
Il y en a qui employeur les huiles d’amande douce, de femencc de pavot blanc
Sc de therebentine à la place de celle de noix, dans la compofition de ce Beaume, ce
changement n’cmpcche pas les bons effets & chacun en peut ufer à fa volonté.
Il y en a qui ajoutent à ce Beaume de la Mirrhc, de l’Aocs , du Safran , ôc
autres fcmblab'es.
Outre les Souphres on nous apporte de Naple une Terre ou pierre jaune
que le mont Êtna jette , qui efl ce que nous appelions jaune de Naple , ^
duquel les Peintres (e fervent. Cette terre cfl allez rare , ôc pour qu elle foit
de la qualité requife , elle doit eflrc fablcufc & la plus haute en couleur que
faire ce pourra; cette terre efl un Souphre recuit dans les entrailles de la terre,
ce qui le rend fec ôc fryablc;
Hiftoire generale
'P4
CHAPITRE XV.
Du Bitume limoneux.
IE Naphta ou Bitume limoneux cft un bitume ou limon qui fe trouve ea
^plufieurs endroits de l’Europe, & le nom de maitlm a cfté premièrement
donné à un bitume qui fe trouve preft de Comogene en Suric , & Pline dit
que ce bitume cft fi gluant qu’il s’attache à tout ce qu’il rencontre; d’où luy
cft venu le nom de maltha y & duquel il fait des contes, en difant qu’il fût d’un
grand fccours à ceux de Samozata au fiege que Luculus tint devant ; car dés
que le limon touchoit un foldat , il briiloit dans fes armes , qu’il n’y avoit
autre moyen de l’éteindre qu’en jettant delà terre dclTus, en ce qu’il eft du na¬
turel des autres bitumes, plus on y jette de l’eau ôc plus il s’allume; il fe trou¬
ve encore une autre forte de bitume proche de Ragufe en Grece, quia l’odeur
& dont on fe fert comme de poix , a qui on a donné le nom de maltha ou pf-
naturel ou poix de terre, mais comme ces deux fortes de maltha nous
poix de terre, font inconnus , &: que nous n’en voyons point en France , je ne jparleray que
de ccluy qui fe trouve en Auvergne. %
Le bitume d’Auvergne eft une cfpcce de poix d’une aftez mauvaife odeur ,
que l’on trouve entre Clermont, Montferrant & Rion en un endroit appelle le
puis de Pege, Sc il y en a une fi grande quantité , qu’elle fort hors de terre ,•
ce qui caulc bien de la fatigue aux paflans , qui ont bien de la peine de fe re¬
tirer de cet endroit par la force qu’il tient aux pieds , & que les voyageurs font
quelquefois contrains d’y lailTcr leurs fouli'crs , c’eft de cette illuftre drogue
que quelques Colporteurs font fechcr ôc vendent cnfuitcaux Epiciers , Apo-
tiquaires ôc autres qui n’ont pas grande connoilTance des Drogues pour du vé¬
ritable bitume de Judée, quoyqu’il foit facile à connoître par fa puante odeur
qui cft le contraire du véritable bitume qui ne fcncprelquc ricn,& c’eft à cau-
fc de fa puante odeur que quelques-uns le nomment comme la^a feetida fieicm
diaholiy c’eft à-dire merde du diablc.il y a encore quantité d’autres fortes de
bitumes qui fortent des entrailles de la terre, mais comme nous n’en fàifons
aucun commerce, en ce que nous n’en avons point, c’eft le fujet pour lequel
je n’en diray rien.
CHAPITRE XVI.
Du Blaptha cC Italie.
Le Naphta d’Italie cft une huile de differentes couleurs qui découle d’une
jroche fituée en la vallée de Montfeftin dans le Duché de Modcnc , ôc
Comme cette huile ne nous cft connue que depuis quelques années par le moyen
d’un nommé Roque Foura natif & habitant d’un Village nommé Prat pro¬
che de Briançon dans le haut Daufiné de qui je tiens la relation cy-aprés dé¬
crite, qui m’a vendu les differentes fortes de Naptha que j’ay.
Le Naptha d Italie ou de Monfeftin fort d’une roche qui cft fur une mon¬
tagne où clic cft conduite par des veines fouterraines , & cft recueillie en hui¬
le de diff-rentes couleurs par le moyen de certains cannaux 2c de chaudières
des Drogues, Livre Troifiéme. gs
qui la feparent, ou pour mieux faire entendre le Duc de Sara &Darcc & Mar¬
quis d'Arpia dans le Duché de Modene à qui appartient ladite roche j a fait
faire des rigoles ou tuyaux de cuivre qui font placez immédiatement pour re¬
cevoir l’huile qui fort de la roche, & par le moyen de ces tuyaux l’huile tom¬
be dans ces chaudières de cuivre d’où on laramalfc, cette hui'e change de cou¬
leur fuivant qu’elle eft plus ou moins éloignée de l’afp, d du Soleil, car celle qui
fort du collé du Soleil cil blanche comme de l’eau & eft eftimée la meilleure,
celle d’à-cofté eft claire & rouge comme du vin , celle d’après eft jaune , cn-
fuite verte, & lînallcment celle qui eft de l’autre collé de la roche à l’oppofitc
de la blanche , eft noire.
Le Naphta blanc que nous appelions ordinairement huile de petrollc blan¬
che, tant par fa blancheur, claireté & beauté , que parce qu’elle ne fe peut me-
lagncr avec chofedu monde, cftant pluslegere que tout ce que Ton y peut me-
lcr, gagnant toujours le dellùs ,que parfonodeur forte & pénétrante, tirant â
celle de Souphre, ce qui la rend extrêmement volatile & facile a prendre feu ,
ce qui doit fervir d’avis pour ceux qui en débitent & de fc défier de cette huL
le comme fi c eftoit de la poudre.
Les grandes proprietez de cette huile font eaufe que n’en puis rien dire
icy, renvoyant le Leéleur aux imprimez qu’en a fait faire ledit Roque Foura ,
où ceux qui délireront les fçavoir , pourront avoir recours* A l’égard du
Naphta rouge, jaune, verd , ils font fi peu d’ufage , que nous n en voyons
point du tout y & de plus c eft que Jes Italiens les mêlent dans la noire avant
que de nous l’envoyer , & c’eft ce qui fait que l’huile de petrollc que nous ti¬
rons d’Italie au lieu d’eftre noire & épaifle comme elle fort de la roche, elle eft
d’un rouge claire & jaunâtre , ôc d’une odeur de Souphre alTcz fuportable ,
comme cette huile cftalTcz chere , quelques-uns luy fuppofent une huile de pc-
trollc falfifiéc, comme il fe verra au chapitre fuivant.
CHAPITRE XVII.
De l Huile de Petrollc uoire de Cahia?2»
Le Petrollcum ou huile noire de Gabian cil un bitume liquide qui fort des
entrailles de la terre , ôc qui par des canots fouterrains vient le jetter fur
l’cau d’un petit ruilTcau qui eft preft d’un petit Village appc'Ic Gabian, fitué
dans l’Evefché de Bezier en Languedoc , autrefois cette huile cftoit fi abon¬
dante ôc fi commune, que l’on n’en tenoic pas grand compte , & on en pou-
roit ramalTcr tous les jours une alTcz bonne quantité, mais pour le prefent cl¬
ic ne fc ramalTc que tous les Lundis, & l’endroit où clic fc recueille eft clos de
murailles & gardé par un hommes & l’on m’a alTuré à Gabian que Monfieuf
l’Evcfquc de Beziers en retiroit de gros revenus, qui n’cft pas neanmoins fi con».
fiderabic que le temps pafte.
Cette huile doit eftrc d’une confiftance moyenne, d’une odeur forte &puan-*
te , & d’une couleur noire.
On prendra garde que ce ne foit de l’huile de thcrcbcntinc épaifle & colo¬
rée avec du tarque &: la poix noire, & la meilleure connoiflàncc que j’en puis
donner , ceft de l’achcptcr d’honneftes Marchands incapables de vendre l’un
pour l’autre, 5c ne point s’attacher au bon marché.
C c i;
tJivers fortes
de Citunies.
^6 Hiiloire generale
Les huiles dcpetrollc noires d’Italie ou de Gabian ont quelque peu d’ufage
en Médecine , mais la plus grande quantité s’employe par les Marefehaux
par ceux qui font des feux d’artifice.
H y a encore d’autres fortes d’huiles de petrollc ou bitumes qui fe trouvent
dans plufieurs endroits du monde, comme font les bitumes de Colao , de Sir-
nam & de Copal , mais comme nous n’en avons point, & que nous n’en fai-
fons aucun négoce, c’efl le fujet pour lequel je n’en ay rien dit.
CHAPITRE XVIIL
De t ancre de la Chine»
L ‘Ancre de la Chine cfl: une pafte dure & folide, que les Chinois compo-
fent ainfi que le marquent quelques Auteurs , avec une terre noire bitu-
niineufe qu’ils pulvcrifent & avec de la gomme adragant, ils en forment une
pâte qu’ils mettent enfuite par petits bâtons , & apres y avoir emprint quel¬
que caraélere Chinois, ils la font fecher & la vendent telle que nous la voyons}
d’autres veulent qu’elle foit faite d’un noir fait de la fumée de l’huile d’olive
brûlé j mais comme il m’a efté impoflible defçavoii au jufledc quoy cllccftoit
compofsc, je diray que l’on l’a doit choifir véritable ancre de la Chine, en ce
qu’elle cft bien meilleure que celle qui efî: faite en Hollande , U qui ne fera
pas difficile â connoître , d’autant que celle qui eft faite en Hollande eft par mor¬
ceaux plats & d’un noir grisâtre, ce qui cfl: contraire â celle de la Chine qui
cfl en petits pains quarrez de l’épaifl'eur & de la longueur du doigt , Ôc d’un
très beau noir de Gceft.
L’ancre de la Chine fert â écrire fur les Cartes de Géographie , en un mot
elle eft fort en ufige pour ceux qui ont befoin de marquer en noir cflant une
ancre portative.
CHAPITRE XIX.
De la poudre à Canon*
La poudre à Canon cfl; une compofition de Salpêtre , de Souphre &: de char¬
bon de Saule ou autre bois blanc te léger & avec du vinaigre te des tamis
ou autres inflrumens percez, on la fait Ci grofle te fi petite que l’on veut. Je ne
m’arrefleray pas â en parler plus au long, ne fçaehant pas tout a- fait la véri¬
table manière de la bien faire, te déplus c’efl: que je ne confeillc â aucun Mar¬
chand d’en vendre â moins que ce ne foie fa véritable profeffion , y ayant trop
de rifquc.
fin des Bitumes^
HISTOIRE
GENERALE
DES DROGUES
LIVRE QUATRIEME
PREFACE.
Des Pierres,
'Entem par le mot de pierre un corps Jolide O* dur , qui ne fe peut jondré
au feu ni s'étendre fous le marteau àr qui s'efl formé dans la terre par juc^
cefjion de temps , èr qui efi une efpcce de minerai. Je dmferay ce Chapi¬
tre en d.ux clajjes , fçanjoir ^ en pierres précieufe S O" en communes ^ f entem
par pierres précieufes celles qui Jont cheres f fit f^our ejire rares ou fait quel¬
les viennent de loin , O' parcelles qui Jont très dures , petites CT brillantes s ür>par tes com¬
munes j celles qui nous font communes & de peu de valeur, ainji je commenceray par les hya¬
cinthes, comme efiant les plus belles de toutes celles que nous vendons defquelks nous tirorti
plus d’ufàge. On fera averti que je ne parleray que de celles qi.e nous vendons, ne voulant point
entrer dans le détail des pierres fines que les Joailliers ou Lapidaires vendent, nj connoijfant rierti
CHAPITRE premier.
De la Hyacinthe,
La Hyacinthe dont ôn fe fert en Medecine eft une pierre dont il y a de
trois fortes, fçavoir la hyacinte fouple de lait qui eft une petite pierre
de la groifeur &: figure d’un moyen grain de fel , aiTcz tendre , de couleuf
cy-deiTiis d’où eft venu Ton nom.
La féconde eft une pierre rougeâtre deiTus & dedans taillce naturcllcwcr^t
en pointe de Dumant qui fe trouve fors communément dans la Pologne , dans
C c iij
98 Hiftoire generale
la Boè’mc , dans la Siîc/îc, &-mcmcen Italie j de cette même pierre ou hyacin¬
the il s en rencontre quelquefois de blanche mêlée de rouge ou de jaune ainfi
d’autres couleurs; mais comme ces differentes fortes de hyacinthes ne font em¬
ployez que par les Apoticaires ou Colporteurs qui cherchent le bon marche
ou qui n’en connoifl'ent point d’autres, ils doivent cflre entièrement rejettez ,
n’eftanc que du fable aulfi-bicn qu’une autre forte de fau (Tes hyacinthes qui font
en petites pierres de la grolTeur d’une telle d épingle, d un rouge brillant qui
fc trouve fort communément en divers endroits de la France, mais principa¬
lement en Auvergne qui efl ce que nous appelions jargons ou faulTcs hyacin-
jargons. thcs, ainfi ceux qui auront befoin d’hyacinthe pour la confedlion qui en por¬
te le nom, qui le trouvera cy- apres décrite , ne fc ferviront que d’hyacin¬
thes fouplc de lait en ce qu’elles font véritables & oricntallcs, ôepour s’enfer-
vir en Médecine, ils n’ont befoin d’autre préparation que délire broyez c’ell-
à-dirc en poudre impalpable.
CHAPITRE II.
Be la Confection £ Hyacinthe.
La Confedion d’Hyacinthe cil un cleduairc liquide & cordial, compofe
d’hyacinthe, de Corail rouge, de bol de Levant, de terre lîgc'léede cha¬
cun quatre onces & demie, de graine d cfcarlatte, de didlamc de Candie , de
racine de tormcntille, de femencede citron mondé, de Safran, de Mirrhtryéc,
de rozes de Provins, de Santaux,d’os d Cœur de Cerf, de raclures de cor¬
ne de Cerf & d’y voire, de femcncc dofeillc , & de pourpier, de chacun dix
gros & deux fcrupules de Saphir rouge , d Emeraude , de Topaze, de Perles
fines, de Soye crue, de Fcüilles d’or &c d’argent, de chacun fcrupules qui
valent cinq gros & un fcrupule de mufc,&d'ambrc gris de chacun quarantegrains
qui font un demi gros & quatre grains, toutes les Drogues bien pulverifécs ,
éc les pierres ou fragmens bien broyez fur un porphir du tout cnfcmblc, on en
compofera un eledluaire liquide avec le Sirop de limon ou d’œillet , ainfi
qu’il cil marqué a la Pharmacopée de Monfieur Charas & Bauderon où ceux
qui la délireront préparer pourront avoir recours.
La confeélion d’hyacinthe doit élire en bonne confillancc , nouvelle & fi-
dellcmcnt faite de couleur vermeil tirant fur le jaune , tous ceux qui prépare¬
ront la confe6tion d’hyacinthe , ne doivent mettre le mufe & l’ambre que par
l’avis d’habiles Médecins, en ce que la plupart de ceux qui demandent la con-
feélion d’hyacinthe veulent qu’elle foie fans mufe ôc fans ambre , cllant fort
contraire aux femmes , ou s’ils en préparent , ils la mettront à part , c’ell-à- dire ,
qu'ils en doivent avoir de mufquée & de non mufquée.
La eonfedion d’hyacinthe faite dans les formes ell fort ufitée dans la Mé¬
decine à caufe defes grandes proprietez qui font de fortifier lccœur,de refiler
aux venins, & on luy attribue les mêmes vertus, & elle fe prend de la même
maniéré quclaconfedion d’alkcrmes,& fonufage cil fi frequent dans le Lion-
nois , dans la Provence & dans le Languedoc , que l’on trouvera peu de per-
fonnes qui ne portent un pot de cette confcdlion ou d’alkermes ou de la
Thériaque^ & qu elles n'en prennent tous les matins au lîi-tofl qu’elles font le-,
ÿées.
La chcrctc de cette confedion &c le débit qui s’en fait^ , a donné occalîort
des Drogues , Livre Quatrième. 99
à mille broüillons de la fophiftiquer d’une maniéré fi énorme , que je n’ofe pres¬
que dire avec quoy les uns ne fe fervanc que de miel cuit, de poudre, de bol,
de mirrhe & de feuilles de cuivre , & d’autres qui ont un peu plus de confcien-
ce y mettent du Safran d’orange ou du Safranum ou du batard , c’eft ce qui £aic
que nous voyons tous ces Colporteurs eftrc fi âpre à porter de ces confections &:
de la Thériaque, car fans ces trois fortes de compofitions ils auroient bien de
la peine d fe tirer du pair j il n’y a prefque que fur ces confections où ils
trouvent du gain , ce qu’ils n’ont pas bien de la peine par le haut prix qu’ils
vendent ces Drogues qui ne leur coûtent prefque rien,& pendant ce temps-là
un honnefte homme qui aura bien pris delà peine, tant à la compofer qu’à
la conferver dans fa couleur naturelle, ce qui n’eft pas facile à faire, fur tout
quand par mégard ou autrement on y trempe du fer dedans , ou que l’on y a
employé des faphirs noires , avec toutes fes peines & fa dépenfe il fera obli¬
gé de la perdre, pendant que ces broüillons , ou fi j’olè dire ces fripons en dé¬
biteront plus de livres qu’un honnefte homme n’en fera de gros parle bon mar¬
ché qu’ih en font. ]c crois en avoir allez dit dans la confection d’alkermcs ,
dans la thériaque ôc dans cclle-cy, pour empêcher tous les pa ticuliers d’en
achepter de ces Colporteurs & même des Marchands établis qui font ce petit
négoce, ce qui eft alTcz difficile àconnoître, en ce que ceux qui font ces for¬
tes de compofitions ne font pas les plus méchans artifles , & qu’il y a plus
de fciencc de faire une belle compofition avec des méchantes Drogues , que
d’en faire une bonne avec de belle marchandife ; car je pouirois aflurcr avoir
vu ôc inani de ces confections d hyacinthes où les plus habiles s’y leroient trom¬
pez , ainfi la plus grande connoiflance que j’en puis donner, c’eft de l’achcpter
d’honneftes Marchands & d’y mettre le prix.
CHAPITRE II 1.
Des Top a fes.
LEs Topafes qui font en ufage en Médecine font des p'erres de differentes
groffeurs, extrêmement pcfantcsjclaircs & tranfparcntcs , tout-à-fait fcmbla-
blcs au Gipe ou miroirs qui fe trouvent dans noftrc plâtre de Montmartre ,
on tient que cette pierre fe trouve dans les Indes tant Orientales qu’Occiden-
tales, en Boeme & en Allemagne.
LaTopafcn’a befoin d’autre préparation pour la Médecine, que d’eftre broyée
à l’eau roze comme la hyacinthe & autres pierres précieufes qui fc trouveront
cy-aprés décritte.
chapitre IV.
Des Etneraudes.
L’Emeraude cfi: une pierre verdâtre qui fe trouve en differens endroits corn-»
me en Ethiopie , en Egipte , en Perfe , & aux Indes tant Oricntallcs
qu’Occidcntalcs. .
Les Emeraudes les plus eftimées font celles que l’on appelle prime d’Emc-
raude en ce qu’elles font ordinairement pures la nettes, c’cfl-a-dire, d’un beau Prima
/
yetmeille.
I oo Hiftoire generale
vert tiraftt für le bleu fans marbre ou roche , il y a quelque apparence que le#
Emeraudes fc trouvent dans les mines de fer , en ce que j’en ay où le fer y eft en--
core attache.
On a remarque que l’Emeraude prend fa couleur verte dans la mine, à me-
fure quelle vient en fa perfedion , comme les fruits viennent fur les arbres j
ce que je ne puis aflurer pour ne les avoir pas veucs.
CHAPITRE V.
Des Saphirs* ’
NOUS vendons de deux fortes de Saphirs, fçavoirlcs rouges & les noirâ-^
très, les Saphirs font des petites pierres de la grolTeur d’une tefte d’epin-
g’e extrêmement dure ainfi difficile à broyer j les rouges qui font ordinaire¬
ment d’une couleur de vin , doivent eflrc employez pour l’ufage de la Méde¬
cine , car pour ce qui eft des Saphirs noires ils font plutoft Icmblablcs à du
mâche fer qu’à une pierre précieufe, & noirciflent laconfedion d’hyacinthe ^
lors que l’on les y fait entrer. Quelques-uns fuppofent à la place des Saphirs
rouges orientales ces petites pierres fort communes en Hollande que nous ap¬
pelions vermeil, ou petits grenats , à quoy il faut prendre garde, ce qui ne le-
ra pas difficile à connoître, parce que les véritables Saphirs font d’un trcs-bcau
rouge , clair fie tranfparent , qui cfl le contraire des vermeils qui font d’ui\
rouge fonce fie fort compades.
CHAPITRE VL
Dûs Rubis.
LEs Rubis, font aufli des petites pierres rougeâtres que l’on nous envoyé deâ
grandes Indes qui ont très peu d’ufage dans la Médecine, c’cfl pour cefu-
jet que je n’en parlcray point non plus que de quantité d’autres que nous pour¬
rions vendre s’ils avoient de la confommation, dont les noms fc trouveront li
apres, je n’ay voulu groffir ce Volume que des cinq fortes de pierres ou frag-
mens précieux qui ont quelque ufage en Médecine, renvoyant le Ledeur à un
livre intitule le parfait joallicr , ou THiftoire des pierreries compofe par Anfcl-
me Bocce de Boot, Médecin de l’Empereur Rodolphe Second, ou au Mercu¬
re Indien fait par Rofnel qui en ont traitté fort amplement.
Les pierreries que nous avons outre ceux cy-devant dccritte, font les Dia-
mans d Alençon, les Aimatiftes d’Auvergne 6c de Cartagenne, la Girafole, le
Peridot , les Agathes , le Bcrille , les Sardes , les Coralines , les Grenats, la
Malaqiiitte, fie autres differentes fortes de marbre, la pierre de Florence, ainfi
du reflc. Et comme je vois une fî grande différence entre les pierres que nous
vendons, aux pierres fines que les Lapidaires employeur, je confcilleray à ceux
qui voudront faire laconfedion d’hyacinthe , d’achepter plutoft les rogneurcs
des pierres fines , que de s’amufer à celles que nous vendons , en ce que je
crois qu’elles n ont pas grandes proprictez, fie que ce n’cft que de la roche, ce
n eft pas qu’à le bien prendre, je fuis du fentiment de ceux qui difent que tou¬
tes les pLtres prccicufcs tftanc broyées, n’ont autre proprictc que de dévorer les
acides. CH AP. VIL
des Drogues i Livre Quatrième. toi
chapitre VII.
De la pierre dazur.
La pierre d’azur que nous appelions plus communément lapisla zuii^&
d’autres lapis Çyaneuson lapis StelUtus cfl: une pierre pefan ce, d’un bleu ccc-
iefte, quelquefois remplie de gangue ou de roche, & le plus fouvent garnie de
veines de cuivre que les Anciens ôc quelques Modernes ont cru eftre de l’or j la
plus grande partie du lapis que nous avons vient de Perfe & des grandes In¬
des, & quelques uns alTurent qu’il fc trouve ordinairement dans les mines d’or ,
& qu’elle en eft fa marcacifte. Quoyqu’il en foit il cft certain que le lapis que
nous vendons fe tire des carrières comme l’on tire icy la pierre j c’efl ce qui
fait que nous en avons de differentes groffeurs i le lapis la zuli pour cflrc
parfait & propre à faire l’Outremer qui cft Cbn principal ufage, a la referve des
ouvrages qui s’en fait , doit eftre pefant , d’un bleu ronce fcmblablc à de bel¬
le indc, le moins rempiy de veine cuivreufe ou fouphreufe que faire ce pour¬
ra , on prendra garde qu’il n’ait efte frottée avec de l’huile d’olive , afin qu’il
paroifte d’un bleu plus foncé & turquain ; mais la fourberie ne fêta pas dif¬
ficile a connoître , en ce que le beau lapis doit eftre d’un plus beau turquain
dedans que deflus , on rejettera aufliccluy qui cft plein de roches , ôt de fes pré¬
tendues veines dor , en ce que lors que l’on le brûle pour en faire l’Outremer ,
il put extrêmement, ayant l’odeur du Souphre qui marque que ce n’eft que du
cuivre & non de rôr> & parce qu’on le pafle par un paftcl pour le feparer dé
fa roche, on y trouve un gros déchet , ce qui n cft pas d’une petite cbnfequen-
ce, parce que la marchandife cft cherc: c’eft encore une crrcurdc croire com¬
me quelques-uns le marquent , que le beau lapis doit augmenter de poids an
feu, il cft bien Vrai que plus le lapis cft beau , moins il diminue, & qu’il s’en
trouve quelquefois qui cft déchu de H peu, que cela ne vaut pas la peine d’en
parler, & quelque bon qu’il foit , il diminue toujours, ce qui cft bi^ éloigné
d’augmenter, on le doit mettre aufti au feu comme l’Outre-mer pour voir s’il cft
bon.car le bon lapis nedoitpas changer de couleur après avoir cfté rougi ; ce choix
de lapis cft bien different de tous ceux qui en ont écrit, en cc qu’ils difent que
ccluy qui cft le plus rempli de fes veines jaunâtres ou veines d’or doit eftre le
plus eftimé , ce que je foutiens faux , puifquc plus il s’y en trouve & moins
on en fait d’eftime , principalement par ceux qui fçavcnt ce que c’eft & pour
ceux qui en veulent faire l’outremer, on prendra garde auffi que ce ne foit du
lapis verdâtre affez commun en France , en ce (^u’il s’en trouve proche de Tou- Lapisla zuu
Ion ,ou quc'cc ne foit du faux lapis compofe d’étain ôc de iafre, comme je
l’ay marqué au Chapitre des émaux.
Le lapis a quelque peu d’ufage dans la Médecine en ce qu’il entre dans plu-i
fleurs compofitions galleniqucs comme la confection d’alKcrmcs ôc autres.
Il y a des Auteurs qui attiibiicnt beaucoup de proprietez au lapis cntrcautrcs
Monfîcur Demeuve où le LcCleur pourra avoir recours , & il y a quelques
Auteurs qui difent que le lapis, la zuli & la pierre Arménienne font prefqug
fcmblablcs, ce qui ne fc trouvera pas comme il fc verra â la page fuivantc.
Dd
loî Hifîoire generale
CHAPITRE y I II,
De l Outre- Mer.
L’Ontrc Mer eft à proprement parler un précipité que l’on tire du lapis ,lâ
zuli par le moyen d’un paftelcompofédc poix gralTe^de cire jaune, d'hui¬
le de lin & autres fcmblables , quelques-uns difent que Ion a donné le nom à
ce précipité d Outre mer , en ce que le premier Outre-mer a cfté fait en Chi-
pre, & d’autres qui veulent que ce nom luy a cllé donné parce que fon bleu
cil: beaucoup plus beau que celuy de la mer. Un de mes amis m’a afluréquele
premier Outre mer avoir cfté fait en Angleterre par un homme de la Compagnie
ftes Indes, mais qu’ayant eu quelque different entr’eux , il ne put mieux fc vanger
d’eux qu’en découvrant ce fecret à d’autres perfonnes , mais quoyqu il en foit,
on doit choifir l’Outre mer haut en couleur , bien broyé, ce qui fe connoîtra
en la mettant entre les dents , s’il cft fablcux c’eft une marque qu’il n’eft pas aflez
broyé & pour voir s’il cft véritable fans aucune falfffication , on en mettra
tant foie peu dans un creufec pour le faire rougir, ft fa couleur ne change point
au feu , c’eft une marque qu’il cft pur , car s’il cft mélangé on y trouvera de¬
dans des taches noires. Son ufage cft pour pindre en huile & en mignature.
La maniéré de faire l’Outre mer cft décrite dans tant de livres, que je n’ay
pas juge à propoi de le répéter icy. Je diray feulement que ceux qui le prépa¬
rent en fontjufqu’à quatre fortes , ce qui ne provient que de differentes lotions ?
& que la première cft plus belle que la dcinicrc.
CHAPITRE IX.
Be la pierre Arménienne,
La pierre Arménienne rft une petite pierre de la grofteur d’une balle de
plomb, d’un bleu verdâtre au dtffus & en dedans, garnies de petites picr-
rettes blanches ôc luifantes qui fe lèvent deftus en manière de gangue ou de pc.
tits Diamans.
On attribue quantité de proprictez â cette pierre comme d’eftre bonne pour
guérir le mal caduc , la mélancolie Ôc autres femblablcs,clleeft un des ingrediens
des pilliiles furnommées de pierre arménienne , ainf que l’on le pourra voir
dans quantité d’Autcurs qui en ont traitezi mais comme cet ufage cft peu de cho-
fe, je diray que c cft de cette pierre qui après avoir cfté broyée & lavée pour en
feparer la gangue & quantité de petits brillants , comme iî c’eftoit des pailles
d’or , quoyquc ce ne foit qu’un fable , on la fait feeher & enfuitc nous cft cn-
Cenarc rerte Voyé fous Ic nom dc ccndtc verte ou de vert de terre & de Berglbleau qui cft af-
îcnT' fez en ufage dans la pinture , principalement par ceux qui en augmentent le
vert de montagne, en mettant livre fur livre afin dc luy diminuer fon prix &C
d’en faire meilleur marché que ceux qui ne peuvent pas s’amuferâ telle fripon¬
nerie, ce qui cft aflez difficile â connoîtrci c’eft pour ce fujet que l’on ne doit
achepter de vert de montagne que d honneftes Marchands , qu’il ne foie dc
des Drogues^ Livre Quatriemé. loj
là qualité que je l ay marqué en fon Chapitre , & de plus qu en en mettant
tant Toit peu fur du papier il ne Ce craffe , mais foie comme du fablon, ce qui
fera une marque qu’il n’efl: pas mélangé dfc cendre verte.
Nous vendons de plufieurs fortes de cendres vertes qui ne different nean¬
moins que fuivant la préparation qu on leurs donnent ,& fuivant que le plus
fubtileencftofténi plus ni moins queTOutre-mer j Ôc la belle cendre verte doit
eftre feche jbien fine, & haute en couleur;
Son ufage cft pour la peinture
CHAPITRE X.
Dâ la Cendre bleue.
La Cendre bleue eff une compofition ou pierre broyée que nous tirons d’Arî-
gleterreou dcRoücn, où elle eft apportée parles Suédois ,Hambourgois
& Danois ; la plus grande partie de la Cendre bleue vient de Dantzic en Pologne
aufïî bien que quantité d’autres peintures, & même le Zinc & l’étain de glace j
mais comme c’eft un négoce qui n’cft connu que de peu deperfonnes, cefl: ce
qui fait que ceux qui tirent ces forces de marchandifes de Dantzic la peuvent é-
tablir à beaucoup meilleur marché que ceux qui les tirent d’Hollande, d’Angle¬
terre ou de Roücn. Quelque diligence que j aye fait, il m’a efté impoffblc de fça-
voir ce que c cftoit que la cendre bleue , les uns m’ont alTuré que c’effoit une com-
pofition & qu’il s’en faifoic à Roücn, mais comme ceux qui lacompofenttien-
^lentccla pour fecret, je n’ay pu fçavoir de quoy elle cftoit faite.
La cendre bleue doit eftre fine, haute en couleur, la plus feche & la plus
approchante des qualitczde l’Outre-mer qu’il fera poffible. Son ufage cft pour
la peinture.
CHAPITRE XI L
Du jafpe,
La quantité de fortes de Jafpes qu’il y a , fera que je ne parlcray que de
celuy que nous vendons, qui cft le Jafpe vert , & fi ce n’avoit cfté qu’il
cft quelque peu ufité en Médecine, je n’enaurois point parlé -, ainfi comme le
Jafpdfert cft une marchandife précieufe , & qu’il cft tu jet à eftre contrefait
par d^ vitrifications que l’on luy fuppofe'; on le doit choifir d’un beau vert
foncé i uni & luifant , rempli de taches rouges ,• comme fi c’eftoit de petites
goûtes de fang , ôc qu’en paffant la pointe d’une épingle par deffus elle ne
ne faffe aucune impreffion, qui eft la marque qu’il cft véritable oriental , qucL
ques-uns affûtent que le Jafpe vert cft fort propre pour guérir l’épilcpfic , ôc
qu’il cft fort cordial. On prépare le Jafpe vert comme les hyacinthes Ôc autre?
pierres précieufes*
Odi;
104
Hiftoirc generale
CHAPITRE XII.
Du Jade,
Le Jade eft une pierre verdâtre tirant furie gris, extrêmement dur & ra¬
re. Cette pierre eft peu ufitee en Mcdecine , mais beaucoup pour en faire
diftcrents ouvrages qui font beaucoup cflimcz , âcaufe quelle efl: tres-difficilc à
travailler. Les Turcs & les Polonois employent beaucoup de Jade pour faire
des manches de couteaux , de fabres , de coutelas, & autres qu ils garnilTent de
fil d or.
Le plus beau Jade eft l’oriental.
CHAPITRE XIII.
De la pierre nefretique,
La pierre nefretique eft une pierre de couleur grife, mêlée tant foit peu de
bleu, fi bien que d’ordinaire clic eft d’un gris blcüâtre, graffe & oneftueufe
comme le talc de Venife.
Cette pierre eft fort eftimee de certaines perfonnes pour la guerifon de la
gravcllej c’eft ce qui fait qu’elle eft fi rare& fi recherchée, & à caufe quelle
a la qualité de guérir eftant pendue à la cuifte , ceux qui font attaquez de la
pierre ou de, la gravelle qui eft dans les reins luy ont donné le nom de pierre
nefretique qui vient du mot mfros qui fignifie le Rhein.
La chercté & la rareté de cette pierre eft la caufe que les uns luy fubftitucnt
une cfpece de marbre vert furnommé malaquitte , & pour ce fujet ils la tail¬
lent de tefte d’oifeau, â caufe que les Anciens ont cru que la véritable pierre
nefretique rcflembloic â des teftes d’oifGauxjOu à des becs de Perroquets.
La vraye pierre nefretique vient delà nouvelle Efpagnej & qui en voudra
fçavoir davantage , life Monfieur V Vormes qui en a fait un Traité fort ample ,
qui feroic trop long â rapporter icy.
CHAPITRE XIV.
Du D aie de Ve''nife,
)r E Talc de Venife eft une efpcce de pierre verdâtre , écailleufc, qui en la
I _ jmaniant femblc eftre grafte, qui neanmoins eft fort fechc & pefante. Le
plus beau Talc eft ccluy qui fc trouve dans les carrières feituées proche de Ve¬
nife, ce qui luy a fait donner le nom.de talc de Venife , il s en trouve aufti
quantité en Allemagne , &: aux Alpes. Le plus beau talc eft celuy qui eft en
groftes pierres d’un blanc verdâtre & luifant , & eftant cafles reluit com-
des pailletés d’argent, & qui eftant mis par petites fciiilles foit d’un grand
blanc , clair & tranfparent ; on prendra garde qu’il foit également beau par
tout, car ccluy qui eft en grofles pierres eft fort fujet à fc trouver d’une mé¬
chante qualitc par quantité de veines jaunâtres ou rougeâtres qui fc trouvent
des Drogues , Livre Quatrième. lo y
dedans, accompagné d’une cfpcce de terre qui le rend défedueux & îiors dcî
vente, & meme il s’en rencontre quelquefois , qui au lieu d’eftre d’un blanc
verdâtre eft d’un jaune rougeâtre , ainiî l’on doit préférer ccluy qui cft en
moyens morceaux ôc que l’on peut connoître à la veuë.
L’ufagc du talc cil: fort recherché par les Dames de qualité pour faire du
fard , & comme c’eft une pierre extrêmement difficile â mettre en poudre, U
même à calciner, on fe contente prefentement de le râper avec une peau de chien
ôc de la pafficr par un tamis de loye ou de taffetas , & enfuite ils s’en fervent
pour ce qu’ils ont befoin, & c’ciî: pour ce fujet qu’il n’y a plus que létale en
morceaux dune groffeur raifonnable à le pouvoir tenir qui ioit en tiage.
Les Anciens principalement les Arabes, ont cru que l’on pouvoir tirer du talc
un remede propre â entretenir le corps toujours dans fon em- bon-point , ce qui
fait qu’ils donnèrent â cette pierre le nom de talc qui veut autant dire qu’une
égale difpofition qui entretient le corps dans une parfaire fanté , apparem¬
ment c’eft de-lâ qu’efl: venu l’erreur populaire touchant l’huile de talc â quion
donne tant de loiianges & â qui on attribue de fi belles proprietez , & cette
erreur a cfté fi forte & l’cft encore aujourd’huy, que quiconque pourroit trou¬
ver le fccret de tirer du talc une huile fans addition de Tels ou d’acide pour¬
roit eftrc certain de la vendre au poids de l’or , ou fi j’ofe dire , vingt fois
plus J mais comme je crois que cette haute ellimc & fes grandes proprietez ne
viennent que de ce qu’il cfl impoffible d’en pouvoir trouver ^ c’efl: le lujct pour
lequel je n en parlcray pas davantage, je diray feulement que quelques perfon-
ncs qui fc font flattées de la fçavoir faire, aflurcnc qu il n’y a rien déplus pro¬
pre pour blanchir la peau & dérider le vifage, & en un mot de faire rajeunir
les veilles gens.
On nous apporte encore de MofcovicSc de Perfe une autre forte de talc qui
cfl: furnommé rouge, à caufe qu il efl; dune couleur rougeâtre & en fcüilles,
parce qu’il cfl: facile de le lever en fcüilles fi minces que Ion fouhaitte. Ce talc
rouge ou en fcüilles n’a autre ufage que je fçache , que par les Religieux ,
Religieufes & autres pour mettre fur les Tableaux ou Agnus en guife de ver¬
re , & non pas qu’ils fe fervent du talc de Venife comme quelques Auteurs
l’ont écrit i comme ce talc n’a autre ufage que pour ces fortes d’ouvrages, on
ne fc chargera que de ccluy qui cft en grandes fcüilles, & qui apres avoir cfté
taille ou levé en fcüilles extrêmement minces foicnc blanches , claires &: fort
tranfparcntesi il n’y a gucres de marchandife plus exquife que le bon talc en
fcüilles , â caufe que ccluy de la bonne qualité cft très-difficile â trouver. Ceu
te marchandife cft fi difficile â connoître, que je ncconfcillc â perfonne des’en
charger , que ceux qui l’cmploycnt ne Payent trouve de la bonne qualité, celuy
qui eft noü eftanc épais ôc qui fc taille en feuilles extrêmement minces, eft
cftimé le meilleur.
chapitre XV.
De la Craye de Briançon.
IA Craye de Briançon eft une manière de pierre aflfez approchante de h
_ jnature du talc , â la referve qu’elle n’cft pas fi écaillcufc & qu’elle cft
Î)lus dure, il y a de deux fortes de Craye de Briançon, fçavoir la blanche ^
a verte.
TalcrrlTgeou
en feuillè,.
D d ii;
io6 Hifloirc generale
Cette Craye n’a autre ufage que je fçachc que par les Tailleurs qui s’en 1èr-
vent pour marquer lecoffe au lieu de Craye blanche , ou pour dcgrailTer les
habits i ôc pour ces fujets les uns aiment mieux la verte , c’eft- à- dire, celle qui
eft d’un vert noirâtre femblable â de la corne , d’autres préfèrent la blanche
qui rcflcmble âdu méchant talc j & la Craye de Briançon blanche & verte n’a
autre choix que d’eftre véritable craye, le moins rempli de menu & d’une au¬
tre pierre pefante , dure & verdâtre que les Latins appellent lapis fifcilis,n’eftant
propre à rien.
On a donne â cette Craye le furnom de Briançon, en ce que l’on prétend
que certe Craye fc trouve dans des carrières qui font autour de Biiançon
dans le haut Daufinc.
CHAPITRE XVII.
I)u Spalt.
Le Spalt efl: une pierre ccailleufc, luifante , aflez femblable au gip , â k
referve quelle ell plus blanche, On trouve quantité de fes pierres en Al¬
lemagne , principalement auprès d’Aufbourg , il y en a aufli en Angleter¬
re, mais il n’cft pas fi bon , il fc rencontre quantité de ce Spalt dans l’Oliban j
ce qui marque qu’il faut qu’il s’en trouve dans les endroits d’où on nous ap¬
porte l’Oliban 5 il doit efire en longues écailles tcudrcs,cn forte qu’avec l’onglc
on en puilTc faire de la poudre, qui cft le contraire de celuy d’Angleterre qui
c/l: dur.
L’ufage du Spalt c/l pour plufieurs particuliers qui s’en fervent, en ce que
c’t/l un fondant qui a le pouvoir d’aider â fondre les métaux ,ce que je n’ofe
a/Turer pour n’en avoir jamais e/Tayé.
CHAPITRE XVII.
De la pierre Judaïque.
La pierre Judaïque e/l de differentes groffeurs & figures, mais la plusof-'
dinairc c/l de la groffcur& figure d’une olive garnie de petites lignes qui vont
d’un bout â l’autre , & quelquefois auffi toute unie & de la forme & /àgure cy-
deffus.
Cette pierre c/l poty; l’ordinaire grife, & quelquefois d’un gris rougeâtre &:
luifant /'cmblablc â nos petits cailloux dont je crois qucc’c/l une cfpecc.
PierreaeSy, Ccs picttcs nous font appottcz de differens endroits de la Judée , ainfi
oic^/ qu’elles en portent le nom , on les appelle au/îi pierre de Syrie, de Phœnicic.
Cette pierre quoyqu’cllc /cmble c/lre comme un caillou , elle n’c/l pas ce¬
pendant fort dure,& n’c/l pasau/fi tryable comme quelques Auteurs l’ontmar-
que, c/lant cafféc, elle c/l d’un blanc grisâtre & luifante.
Monficur Charas dans fa Chymic à la page 8 ai, dit que cette pierre brûlée
stUe pierre avcc le Souphrc & avcc du vinaigre di/lillé de l’cfprit de Sel & de l’cfprit de
miel, on en retire un fcl qui e/l admirable pourcaffer la pierre où ceux quidc-
fircronc en préparer pourront avoir recours.
des Drogues, Livre Quatrième.
107
CHAPITRE XVIII.
De la pierre Belemnïte.
La pierre Belcmnite fauflTement appcllcc pierre de Linx , eft une efpece de
pierre ou de ca llou fait en forme piramidalc à qui les Anciens ont don-
îié le nom dcBclemnites. Sagitta fie diBus cujus refen figuram , &: d’autres daBillus
ideus quod in monte ida repemtitr O* digitum reprefentet , à caufe qu’elle rcfl'cmblc à
une flèche & qu’elle fe trouve au mont Ida, ou bien qu’elle eft de la figure d’un
doigt j d’autres difent , ce qui la fait appeller lapis Lincis , c’eft que l’on a cru qu’elle
fe formoit de l’urine des Linx.
Cette bellemnite cfl: plus dure que la pierre Judaïque, nonobftant on luy at¬
tribue les mêmes qualitez , & Monfieur Charas m’a dit que Ion la peut pré¬
parer de même &; que l’on peut s’enfervir aux mêmes ufages ,cctrc pierre eftant
caflee cfl: d’une couleur de corne dans la concavité, de laquelle il s’y trouve une
cfpece de terre grife ôc fechc , d’un goufl: incipidc, ainfi qui ne peut*efl:rc pro¬
pre arien, il paroît aufli au bout de cette pierre comme une efpece de folcil.
On trouve quantité de fes pierres aux environs de Paris en croifant ou la¬
bourant la terre, principalement dans les fablcufcs.
CHAPITRE XIX.
Dâ la pierre de Boulogne.
IA pierre de Boulogne cfl: une pierre pcfantcd’un gris argenté & luifant „
_jaflcz approchante en fi ureà la pierre nefretique qui fc trouve fort com-
inuncment autour de Boulogne en Italie, d où elle aprisfon nom.
Cette pierre n’a autre ufage , qu apres avoir efte calcinée pour en faire un
phofphorc dont Monfieur Lemery en a fait un fort grand difeoursi la fin de
fon livré de Chymic qui femblc eftrc plus vray-fcmblabic & mieux digéré
que tous cucx qui en ont parle avant luy ,quoyque Monfieur ’Vvormcs en ait
fait aufli un fort grand dilcours, où ceux qui defireront faire le phofphorc
pourront avoir recours.
La pi rrede Boulogne n’cfl: pas encore fort connue, ce qui fait que nous n’en
vendons que très- peu , ce qui pourra venir par la fuite des temps.
Quelques uns donnent à cette pierre calcinée les noms d’éponge du Soleil oiver-nm*
ou de la Lune, de pierre illumincufe, de pierre de Lucifer, de pierre de Caflîo- duphôfph"»*
lolanus ou de pholphore de Kirkerus.
CHAPITRE XXI.
Z)es Pierres de Ponce,
LEs pierres de ponce que les Latins appellent font des pierres de dif¬
ferentes couleurs, figures & pcfantcurs,y en ayant de blanch« » gti”
io8 Hiftoire generale
fes, (îc légères, depefantes, de grofTeSjdc petites, de rondes te de plattcs, cllei
font eftimees plus ou moins bonnes fuivant qu elles font recherchées , car les uns
cftiment les blanches, les autres les grifes , d’autres Icslcgcres, & les autres ai¬
ment mieux les pefantes , je diray neanmoins que les ponces les plus eftimées
font les grofles & les légères , fur-tout , pour les Parchemeniers & Marbriers qui
en confomment beaucoup. Se les petites ne font gucres employées que par les
Potiers d’étain àcaufe qu’il faut qu’ils les mettent en poudre j à l'égard des pier¬
res de ponce plattcs , elles ne font employées que par les Corroycurs , en un
mot les pierres de ponce ont tant d’ulagc , que nous n’avons gucres de mar-
chandifes dont on fait plus de comfommation , en ce qu’il y a quantité d’ou¬
vriers qui s’en fervent. A l’égard de la Médecine, le peu d’ufage qui s’en fait ne
mérite pas d’en parler, finon qu’aprés avoir efté calcinez & broyez, on fc fert
de la poudre pour fc nettoyer les dents.
Pour ce qui cft de la nature te ce que c’eft que la pierre de ponce, il m’a efté
impoftîble de fçavoir ce que ce pouvoir eftre au vray j c’eft ce qui fera que je
me contenteray de rapporter ce que quantité d’Autcurs en difent, qui cft que
c’eft unc'pierre qui fort du Mont Vcfuvc ou Etna , te qui par la violence des vents
cft jettée dans la Mer où elle fc trouve nageante fur la fuperficie des eaux d’où
on laramafle, & d’autres qui difent qu’elles proviennent des pierres des monta¬
gnes qui ont efté embrafez par les feux fouterrains , quoyqu’il en foit il cft
certain que la pierre de ponce cft une pierre calcinée, en ce qu’elle cft légère ,
porreufe te troücc, te qu’elle a efté dans la Mer ou quelle cft d’une nature fa-
léc, dautanc que toutes les pierres de ponce que nous vendons font falées,
ont un gouft de marécage & toutes remplies de petites cguillcs. »
C H A P I T R E X X.
De la pierre d Aigle. 5.
ON appelle pierre d’Aigle certaines pierres qui font crcufcs Vers leur mL'
lieu, & qui renferment un noyau pierreux te argilleux qui fait du bruit
quand on fecouë la pierre.
On en trouve ordinairement de quatre fortes , te on les appelle indifterem-;
ment en Latin ^ mais le noyau s'appelle ca//fmus. La première cft bru¬
ne, ovale , ordinairement longues de deux a trois pouces te demi de large, ra-
boteufe, te qui reçoit un aflez beau poli. La féconde cft un peu moindre que
l’autre -, il femblc qu’elle foit faite par couches & paroit participer beaucoup
du fer , car elle cft couverte d’ocre comme les marcaciftes de fer. La troifiéme
cfpccc cft raboteufe te femblc compofee des débris de petits caillous luifants.
Se de differentes groffeurs , dont les uns font bruns te les autres rouffâtres, te
quelques-uns comme tranfparcnts , tous ces caillous font unis fortement par
un ciment naturel , te l’on ne trouve le plus fouvent que des grains de fable
dans fon creux. La quatrième cfpece cft blanc-cendrée Se renferme de l’argillc
ou de la marne, cette cfpece vient d’Allemagne. La première te la féconde fc
trouvent dans les fondrières du Cap faint Vincent en Portugal , Se dans les
montagnes proche Trévoux dans la principauté de Dombes , on cft defabufe
aujourd’huy qu’elle fc trouve dans les nids des Aigles i il feroit à fouhaitter
que les vertus que l’on attribue à la pierre d’Aigle fuftent bien certaines ; les
Auteurs affurent qu’elle facilite l’accouchement fi on l’attache à la cuifle d’une
femme
des Drogues , Livre Quatrième. lop
femme qui cft en travail, & qu’elle empêche les faufTcs couches fi on l’atta¬
che au bras, on croit que mife en poil dre & mclcc dans un Ccrat, elle dimi¬
nue les peroxifenes de l’cpileplie fi on l’applique fur la tefte, on prétend que
la marne ou l’argille qu’on trouve dans Ion creux foit fudprifique , 5c quelle
arrefte les cours de ventre. •
On fera peut eftre furpris de ce que j ay dit à la page 44 au Chapitre de
l’Aigle , que nous vendons les pierres que ces oifeaux mettent a l’entrce du trou
de leur nid pour garentir leurs petits de la foudre 5c des injures du temps, ce
n’a elle que parce que je ne fuis pas certain que la chofe foit eftcdivcmcnc
vraye ; mais la plus faine opinion d’aujourd’huy eft que ces pierres que nous
vendons fous le nom de pierre d’Aigle, ne font autre chofe que ce que je viens
de marquer.
CHAPITRE XXL
De la Crapaudine,
La Crapaudinc qu’on appelle en hufonites ovibAtrachm une pier¬
re qui fc trouve aufli dans les montagnes ou dans les champs , on a cru
e fe trouvoic dans la tefte des vieux crapaux , ou qu’elle clloit vuidéc
par la bouche de cet animal lors qu’on la mectoie fur un drap rouge j mais
Boot & ceux qui en ont fait des recherches exactes , aflurent que cette pierre
fc forme dans la terre, on en voit ordinairement deux efpeccs, fçavoir la ron¬
de ÔC la longue -, la Crapaudine ronde a la figure d’une petite calotç j elle cft ronde
dans fa circonférence , creufe en dedans , connexe en dehors, & fort polie , lar¬
ge d’environ demi pouce à fa baze. On en trouve qui font gris foncez, tirans
fur le bleu ôc quelques autres qui tirent fur le fauve \ mais les unes 5c les au¬
tres font ordinairement d’u^g couleur plus Icgcre à leur baze. La Crapaudine
longue a le plus fouvent un pouce de long fur quatre ou cinq lignes de large
arondics par les deux bouts, creufe en goutiercou en manière d’auge 5c voû¬
tée au deflfus. On en trouve qui font grisâtres plus ou moins foncées , mar¬
brées de quelques taches roulTâtrcs 5c polies comrric les rondes j on fait mon¬
ter la Crapaudinc fur-tout la ronde fur des bagücsi mais c’eft plutoft pour or¬
nement que pour les vertus qu’on luy attribue, car clics font très- incertaines ,
fur-tout celle qu’on prétend qu’elle a d’abbattre l’inflammation furvcnûc â l’oc-
cafion d’une piqucurc de mouches â miel ou de quelques autres animaux. Il cft
faux qu’elle change de couleur 6c qu’elle fuë quand on l’approche du gobicc
où il y ait du poifon, quoyquc Boot 5c quelques autres aflurent que la Cra¬
paudinc fe trouve dans la terre, je ne voudrois pas neanmoins contefter qu’il,
jie s’en trouve dans la tefte des vieux crapaux , mais il cft certain que celle
que nous vendons ne provient point de ces animaux , mais fc trouve dans U
terre ainfi que je le viens de marquer , ôc cette dcfcripcion de la Crapaudû
ne de terre ôc celle du Upii atites m’a cfté donné par Monfieur de Tourneforc
qui cft une perfonne fur laquelle on peut s’afllirer. *
no
Hiftoire generale
CHAPITRE XXII.
Du Lapis Amiamus.
Le Lapis Amiantus cft une pierre diun noir verdâtre dcflâis & defTous , afTez
pefante, laquelle eftant calTce approche de l’alun déplumé , en ce quelle
s’cicvc par filets d’un blanc verdâtre, ou pour mieux dire d’une couleur de cor¬
ne. Cette pierre efl: incombuftiblc , &; les Anciens ne fe font point trompez quand
ils ont écrit que le Lapis Amiantus & l’alun de plume eftoit la même chofe. Il y
a neanmoins quelque difFerenec, parce que l’alun de plume eft par filets longs, ôc
le Lapis Amiantus a fes filets fort courts , & déplus c’eft que le deflus & le def-
fousjou pour mieux dire , les extremitez de l’alun de plume , ne font pas de
la couleur de ceux du Lapis Amiantus, quoyqu’ilen foit le Lapis Amiantus fc
trouveen Turquie , car tout celiiy que nous vendons vient de Conftantinople. A
l’égard de fon choix ôc de fon ufage je n’en fçache aucun.
CHAPITRE XXIII.
Du Cobalthum,
I' E Cobalthum ou Kobaltum eft une pierre rougeâtre, dure , pefante & par
_ jgra ins, de la groffeur de nos poids, qu i font attachez pluficurs enfcmble â une
cfpcccde gangue ôc dune marcachifte femblable â l’antimoine minerai , ce Co-
balchum fc trouve ordinairement dans les mines d’argent, & eft la pefte aux ou¬
vriers eftant un dangereux poifon,car fi par malheur il en tombe dans de l’eau ôc
que le mineur ou Mincralifte foient obligez d’aller dans cette eau , ils font feurs
d’avoir les jambes toutes ulcérées. Ce Cobalthum eft bien different de ccluy de
quelques Auteurs qui marquent quc c’cft laCadm.ieou pierre Calaminaire. Mais
ils fc font lourdement trompez, comme il eft facile de le voir.
A l’égard de fes ufagcs,il me font inconnus, fa «arcté fait que l’on n’en deman¬
de que très- peu.
CHAPITRE XXIV.
De lOjleocole,
L’Ofteocolc ou pierre d’os rompus eft une pierre areneufe trouée comme un os
jdont nous en avons de deux manières, l’une pefante, grarclcufe , inégale
& affez ronde, & l’autre lcgcrc,moins raboteufe. L’oftcocolc ou pierre d’os rompus
fc trouve en pluficurs endroits d’Allemagne où elle eft appclléc benbru, maÿ>
principalement proche de Spire, d’Heidelberg & d’Armeftat j on prétend que
cette pierre a la faculté de remettre les os rompus , tant prife intcrcurcmcnt
qu’appliquée fur la fradure.
Nous vendons encore quantité d'autres fortes de pierres , comme la pierre
d’Affo ou Afficnne qui eft femblable â du marbre, la Serpentine & la^Pkrrc
de Sang, qui eft une efpcce de marbre rempli de quelques petites taches rou¬
ges d’où luy eft venu le nom de pierre de Sang , parce que i’on prétend qu’el¬
le a le pouvoir d’arrefter le fang. La pierre étoilléc qui a la faculté de remuer
dans le vinaigre , la pierre Amomites , Lalofopetra , le Criftal de roche , le
Criftal de Madacafear , l’Albâtre ,ainfi de pluficurs autres pierres dont quan¬
tité d’Auteurs fqjat mention.
iîï
HISTOIRE
GENERALE
DES DROGUES
LIVRE CINQUIEME
PREFACE.
Des Terres.
E comprenâuy en ce Chapitré non feulerhent les terres qui ont quelques
ufages en Medecine -, mais encore celles dont les Peintres fe fervent ^ en un
mot tout ce qui eft tendre (St fryahle j (St pour ce Jujet nom pu efîre mts
au rang dei pierres Je comprendray en ce Chapitre tout ce que l'on tire des
terres y c efi à-dire de celles qm font partie de nojlre négoce, jay rnis au nom¬
bre des terres le Cachou j non pa^ a caufe de U refjernblance qu'il a de la terre, mais parce
que la plupart •veulent que s en fait une, ainfe quil en porte le nom , comme il fe •verra au
Chapitre fuivant.
CHAPITRE premier.
Du Cachou,
LÈ Cachou fuivant Monfieur de Caen Dodeur en Médecine de la Fa¬
culté de Paris , & félon ce que luy en a aflurc un de fes amis ,cft une ter*
re qui fe trouve dans le Levant oùel'ceft appcllée mafquiqui , laquelle fc ren¬
contre ordinairement fur les Montagnes les plus élevées où croifent les Cèdres
fous les racines dcfquels fe trouvent cette terre qui de foy cil fort dure & en
malTe ; pour ne rien perdre de cette terre les Algonquains en ramaflcntle tout
qui eft fort graveleux, le rendent liquide avec 1 eau de rivière & le mettent ci\
CacKou pré¬
paré.
112 Hidoire generale
manière de pafte qu’ils font fechcr au Soleil jufqu’à ce qu’ils paroiffent dans k
dureté qu’il cft , ces Algonquains en portent toujours üir eux, & s'en fervent
pour la douleur d’cftomac, ils l’appliquent deflus meme en manière d’onguent.
Quoyque cette defeription de Cachou ne paroilTe pas tout- à- fait vray fembla-
ble en ce qu ’il n’y a gueres d’apparence que le Cachou foit une terre, mais comme
laperfonne qui a donne cette defeription à Monficur de Caèn luy a afliiré , &
qu’il eft appelle des Latins terra 'Japonicay j’ay cfté obligé déranger le Cachou au
rang des terres & de lailTer ladecifion dcfçavoir ce quec’cfî: à ceux qui en ont
plus de connoiflancc que moy , pour dire que l’on doit choifirle Cachou d’un
rouge tanné au deffaç , & d’un rouge clair au dedans , le plus luifant &c le moins
brûlé qu’il fera polTible.
Comme le Cachou cfl: une Drogue aflez amere & d’un gouft defagreabic, fî-
toft que l’on en met dans la bouche, on le réduit en poudre fubtilc & l’on y
incorpore dedans de l’ambre gris & avec des macilages dégommé adragant,on
en fait une pafte, de laquelle on forme des petits grains fcmblablescn couleur ôc
figure aux crottes de fouris j & plus on peut faire ces trofchifqucs petits , plus ils
font eftimez.
L’ufagc du Cachou entier ou préparé eft pour fortifier l’cftomac, pour rendre
l’halcinc agréable j en un motc’eft une des meilleures Drogues que nous ayons ,
& aujourd’huy la moins en ufage , ce qui n’cft venu que depuis que le Thé Sc
le Cafté font devenus communs ; quoyque neanmoins le Cachou ait beaucoup
plus de proprietez que ces deux dernières Drogues.
Comme le Cachou a un gouft fort defagreabic , fur tout d’abord qu’on le
met dans la bouche, quelques perfonnes mêlent avec l’ambre gris du fucrc.
CHAPITRE II.
De la térre Jigelèe.
La terre fccllée ou figclée eft une efpecc de bol blanc tant foit peu rougeâ¬
tre, que l’on détrempe dans de l’eau , & enfuitc on en forme des petits
pains a demi ronds de la grofteur du pouce, fur laquelle on y a empreint di¬
vers caradlercs. La diverfité de figures , de couleurs , & les differents cachets
qui fe trouvent fur la terre figclée, me fait juger que chacun la fait a fa fan-
taifie , ôc que ce ne peut-eftre qu’une terre graffe & aftringente plus ou
moins colorée &: réduite en petits pains tels que nous les voyons. Je ne m’ar-
refteray point à vouloir décrire toutes les Hiftoircs foit fabulcufes ou vérita¬
bles que les Anciens ont fait touchant le lieu natal de cette terre, & les cere¬
monies que l’on fait lors qu’on la ramaffe , ni comme il n’y a que le Grand
Seigneur qui foit feul qui puiffe la fcclcr de fon cachet, pour dire que n’eftant
partie capable d’en autorifer ou blâmer l’ufage, je diray que la terre figeléc la
plus ufitée & qui eft eftimcc la meilleure, eft celle quieft en petits pains rou¬
geâtre, la moins graveleufc & la plus aftringente qu'il eft poftiblc.
Son ufage eft par la Médecine où elle eft affez îouvent employée a caufede
fa vertu aftringente j elle eft aufti un des ingrediens de la Thériaque où elle n’a
befoin d’autres préparations que d’eftre véritables ou du moins des qualité!
cy-deflfus.
A l’égard de la terre de Lemnos, on prétend que c’eft la terre figelléc, qui
cfl: comme die eft tirée de terrre fur laquelle on n’a fait aucune façon.
des Drogues , Livre Cinquième.
irj
chapitre iir.
Du BoL
SI nous avons de differentes fortes de terre figelce , noùs n’avons guefes
moins de fortes de bols, dont le plus cflimc eft ccluy à qui l’on a don¬
né le furnom de Levant ou d’Armenic, foit qu’il en foit venu autrefois de ces
quartiers-là ou qu’on luy ait donné ce furnom pour mieux le vendre j mais
comme je n’en ay jamais vu , & que tout celuy que nous vendons fc trouve
en divers endroits de France, je diray que le plus cflimé efi: celuy qui nous
vient du cofté de Blois & de Saumur ou delà Bourgogne, & defqucls il y en a dé
plufîeurs couleurs, fçavoir de gris , de rouge & de jaune, le jaune cfl ccluy qui eft
le plus cflimc , en ce que c’efl luy que 1 on fait paffer p'us facilement pour bol
du Levant, & de plus c’cffquc les Doreurs s’en accommodent mieux.
Comme ces fortes de bols coûtent beaucoup à faire venir de Blois ou de Sau-
ânur icy, nous préférons ccluy de Baville & d’autres endroits d’autour Paris,
en ce que les payfans qui nous les apportent le donnent à beaucoup meilleur
marché que celuy que nous faifons venir. Toutes fortes de bols, pourcflrcdc
la bonne qualité , il faut qu’il foit doux au manier , non graveleux , luifant
& fort aftringcns, c’efl- à-ûirc qu’cH les approchant delà langue ou des lè¬
vres en ait de la peine à les en retirer , toutes les fortes de bols ont beaucoup
d’ufage àcaufe qu’ils font fort aflringcns, ceux qui tirent le bol des carrières
le lavent pour en fcparer le gravier , enfuite en font une pafle dont ils for¬
ment des ballons plats de la groffeur & longueur du doigt , & qui cfl ce que
nous appelions broüillamini ou bol en bille.
Sroüilkmini
CHAPITRE IV.
De ÎOere.
L’Ocre jaune & rouge n’efl qu’une meme chofc,fon naturel efl jaune , &
on la convertit en rouge parle moyen d’un fourneau de reverbere dans le¬
quel on la met pour faire rougir par la force du feu. Toutes les bonnes mines
d’Ocre de France font en Berry, & entr’autres celle qui cfl au lieu appellé faint
■George fur la Prée fur le bord de la rivicre d’Uchcr à deux lieux de la 'Ville
dc'Vierzon en Berry j on la tire de la même maniéré que le charbon de pier*-
rc. Cet Ocre fc trouve à 150 jufqu’à 200 pieds de profondeur en terre , de
l’épailTcur de 4 jufqu’à 8 pouces feulement au deffous de cet Ocre. Il fe trou^
vc un fabîon blanc femblablc à ccluy d’Eflampc, & au deffus dudit Ocre , c’ef^
une terre jaune , argillcufc, qui ne vaut rien.
Il vient auffi de 1 Ocre jaune & rouge d’Angleterre d’un endroit qui s’ap,
pelle Rue, elle efl plus brune que celle de France, mais moins bonne, parce
que de fa nature elle cfl fechc à caufe qu’elle provient d’une terre pierreufe ocreRoaé'
que l’on broyé au moulin , au lieu que celle de Berry cfl naturelle , a plus de
corps , cfl plus graffe &: foifonne davantage , & beaucoup meilleur à l’huile,
cela cfl tellement vrai que les Hollandois en demeurent d’accord, dautant qu’ils
ne peuvent employer celle d’Angleterre à moins qu’ils n’y mettent parmi la
moitié de celle de Berry, E c iij
Brfln rouge.
Pot^c.
ri4 Hiftoire generale
L'Ocrc jaune 8c rouge a beaucoup d’ufage pour la peinture, la plus eftime^
cfl: celle qui efl: fcche , tendre, fryablc & haute en couleur & la moins gra-
veleufc.
Il nous vient encore d’Angleterre un Ocre rouge que nous appelions ordi¬
nairement brun rouge dont on fc fert pour la peinture, & le brun rouge quj
cft d’une couleur bien foncée cft appelle potée, dont on fc fert à polir les glaces^
CHAPITRE V.
la terre vertè.
Nous vendons de deux fortes de terre verte, fçavoîr la terre verte de Vé¬
rone que l’on nous apporte d’auprès de Vérone en Italie, d’oùeft venu
fon nom & la terre verte ordinaire.
La terre de Veronne doit cftrc pierreufe & la plus verte qu’il fc pourra , &
prendre garde qu’il n’y ait point de veines de terre dedans.
La terre verte ordinaire doit cftrc la plus verte & la plus approchante de U
Veronne qu’il fc pourra.
CHAPITRE VI.
De la terré de Colog^e^
La terre de Cologne cft une terre tout-àfait fcmblable a la terre d’ombrëj
a la referve qu’elle cft plus brune. Cette terre à quelque ufage dans la
peinture. On la doit choifir tendre & fryable,la plus nette ôc la moins renvj
plie de menu qu’il fera poflible.
CHAPITRE VII.
De la terre d ombre.
La terre d’ombre cft en pierre de differentes grofleurs & nous vient d’EgiptC
& autres endroits du Levant.
Le choix de cette terre cft d’eftre tendre , en gros morceaux, d’une coulcuf
minime tirant fur le rouge, en ce qu’elle cft mciricurcquc lagrife.
Son ufage cft pour la peinture, avant que de broyer la terre d’ombre, on la
brûle tant pour la peinture en huile que pour les Gantiers , cftant brûlée de¬
vient plus rougeâtre.
lien faut éviter la fumée cftant fort puante & nuifiblc.
^3
ü
des Drogues J Livre Cinquième. ii^
CHAPITRE VIII.
Du Tripoli.
Le Tripoliou Alanacft de deux fortes en France, l’un fc tire a Poligny
en bafle Bretagne prés de Renne , l’autre fc tire du lieu appelle le petit
Menna en Auvergne proche Riom.
Ccluy de Bretagne eft le plus cllimé & le meilleur, plus propre aux Lapi¬
daires , Orfèvres, Chaudronniers &: à tous autres ouvrages, il le tire dans une
montagne à zo ou 30 pieds de profondeur , & fe trouve par lits épais d’un
Çied plus ou moins, il fc tranfporte à Redon où il s’embarque ôc de- la vient
à Nantes.
Ccluy d’Auvergne efi: moins eftimé en ce qu’il n’eft pas propre aux Lapi-»
daires. Orfèvres, ni Chaudronniers à caufe qu’il n’a pas de corps , & qu’il fc
met par fcüilles comme un livre lors qu’il eft fcc , l’on s’en fert feulement à
tripolir dans les ménages , ce Tripoli fc trouve prcfqu’à fleur de terre.
L’on prétend que le Tripoli cfl: une pierre, laquelle eft devenue Icgercpar le
moyen de certaines veines de terre fouphrculc qui ont brûlé fous ce tripoli, Se
luy a donné la qualité de blanchir, tripolir ou éclaircir le cuivre.
Il y a aufli des mines de Tripoli en Italie & ailleurs ; mais comme cette
marchandife cfl; de peu de valeur & de confommation , elle n’efl pas beau¬
coup recherchée , & de plus comme nous en avons aflez en France, il n’efl pas
befoin d en faire venir des aut es endroits.
CHAPITRE IX.
Du rouoe dinde.
O
Le rouge d’Inde ou terre de Perfe efl ce que nous appelions mal-à-prhpos
rouge d’Angleterre. Cette terre cfl une drogue aflez chère ,. principalement
ccluy qui cfl en petites pierres moyennement dures & hautes en couleur. Ce
rouge n’efl employé que par les Cordoniers qui s’en fervent détrempé dans du
blanc d’oeuf pour rougir les talons des fouliers.
Nous vendons encore quantité d’autres fortes de terres comme elles vien¬
nent des carrières , comme la Marne que quelques-uns vendent fous le nom MameouCoi
de bol blanc. ^ ^
Et d’autres qui ont cflé lavés, comme le blanc de Roiien , le blanc de Seve,
du Porc Ncüilli , la Craye de Champagne & d’autres que nous ne vendons
point en ce que nous avons de la peine à en recouvrer , comme le Smcélin qui smeain^
cfl une glaife graflc & gluante , pefante , tantôt jaunâtre, tantôt noirâtre 5 cette
terre cfl fort en ufage en Angleterre par les Cardeurs de laine qui luy ont don¬
né le nom de Soletcrd , &: â caufe que cette terre fait prcfque la meme chofe
que le favon , les Latins l’appellent mro. faponark , ae la terre de Mexique
qui cfl une terre extrêmement blanche, dont les Mexiquains fc fervent pour
blanchir , &c en Médecine comme de la Ccrcufc , ils s’en fervent aufli à polir
l’argent.
1 1 6 Hilloire generale
Le Marga qui cfl: une cfpeccde pierre blanche fort fcmblablc à la Craye die
Champagne.
Agaric mim- Le Lûhomarga ou Stcnomargaquiclî; ce que nous appelions mocle de pierre
ou agaric minerai ou lait de la Lune, cette pierre fc trouve dans les fentes des
rochers dans les cffdroits de rAllcmagnc, & ces differens noms ont elle don¬
nez à cette pierre, à caufe quelle eft extrêmement blanche & fryable , & que
cette blancheur ne luy vient que parce qu’elle fe calcine à la vapeur des métaux.
Il y a encore quantité d’autres fortes de terres , comme la terre Eretricnne ,
Divers fortes tctte Samienue , la terre de Ghio, la terre Sclluficnnc , la terre Cimolicnne, la
déterres. tcite Atcncufe, Ôf de quantité d’autres dont pluficuis Auteurs j^pnt mention.
Pipes. Nous faifons de plus un fort gros négoce de pipes , tant d’Hollande que de
de celles qui fefont à Roüen Les pipes vraycs-Hollandcs font longues & tres-
bcllcs qui eft le contraire de celles de Rouen qui font courtes , & faite d’une
terre grisâtre & bien plus mal baftic. Je ne m'arrcllcray pas à en faire aucune
fclation , la marchandife cftant alTcz connue , ôc qu’il n’y a point d autre choix
que de prendre garde ft elles ne font pas caflccs , ôc que chaque grolTc contient
4ouze douzaines.
A l’égard de la préparation des pierres ou des terres , elle fe fait pour l’or^di-
rc arations manietes , c’efl â*dire en les broyant fur un porphire,ou écaillé
dfs pierres & de mer comme les perles, les Jacintes, les Topafes , les Emeraudes , le Saphirs,
des terres, Goraux , l’Aimant , la pierre Calaminairc , la Tutic , ôc autres femblabics j ôc
la deuxième en la triturant dans un mortier avec de l’eau , afin d’en retirer le
plus fubtil, comme laLitargc, la Cereufe, le Minium. Les premiers après avoir
cfté broyez â l’eau rofe font mis par petits trochifques , & les féconds en for*
tant de l’eau font mis par tablettes comme des conferves.
majorem Dei gloriam.
FIN.
TABLE
de la première Partie de l’Hiftoire generale
des Drogues.
^Concernant les Végétaux ) Sçavoir les Semences ^ Graines ou Grains \
Bulbes ^ Oignons ^ B<acmes , Ro féaux ou Cannes , Ecorces ^ BoiSi
Feuilles , Fleurs , Fruits , Gommes -, Sucs , Çÿ autres chofes qui en
'dépendent ^comnte Hmles, EJfences ^ Efprits ySels,
ABcl-Mofc. Voyez Ambrctte. zp
Abfynthe grande & petite. ■ Ui
\Acacia G^rrnamca^oH Gemanorum, 30Ï
'iAcéciaVera.. ibidem
'Acajoux ou Noix Giitte. zop
Achiotl , ou VriiCH. V. Rocou, zoy.^oi,
Acomats. iz3
'tAconitum PArdfilîenches. V.Doronic. 71
Aconitum Pardalienches.V . Thora. 74
i_Aeonitum ^a/wfi^rww^V.Anthora. ibtd.
Acorus Verus.y, Grand Galanga. <^4
Jcoms VeruSi O-W 'Kcoïc sïzy. pî
Adiantum Album Canadenfe , ou Adiantc
blanc de Canada.
Adiantum Breftliayium , OU Adiante du
Brefd.V- Capillaires. 14g
Adiantum Album Adontpelienfe.y .Sirop
de Capillaires de M ontpellicr. 145^
A<^alochuni d’Inde; 103
Agaric. S:xx. i6t
Agnus Cafus. *■ 23
Atgoceras. V. Fenugréè; ko
Aigre de Cedre. 232
^AlcanayOuCj/prus. . I^o
Alceaindica Vtllofa, Quymàuve des In¬
des Indes veloutée , qui porte l’Ani-
• brette, ou Graine de Mufe, 257
Aloës. V. Bois d’Aloës. I03
Aloës. 2577
Aloës Cabalin. 25757
Aloës Cicotrin , ou Sucotrin. 2578
Aloës Hépatique.
Aloës Rofat & Violât, 257S
Alphœnix. 578
Aljpen Montis feti, ou Turbit blanc. 147
Amandes. loô
Amandes d’Efpagnc , Liffes , pelées.
. V. Dragées. ihidtm
A mandes Douces & Ameres. zzçf
Amandes en Coque. ibidem
iîmbre Liquide. V. Ltquid-i^mbar. zg x
Ambrette, 2.57
Amidon,
Ammi , ou Ameos. 4
Amomï. V. Amomum '. 40
Ammi. V. Fruit deBois d’Inde. ni
\Amorni j ou Poivre de Thevet. 1575
K^momum > ou Amome de Pline. 40
^.Amomum Bacemofum , ou Amome en
Grappe. ibidem
Amphiam. V. Opium. 257^
Anacardes. , zio
A n acardes A ntartiques .V. A cajoux. 2057
Anacardin. zio
Ananas. bj.235
Ses Dilferences. vj. 236
Ananas confit. ibidem
Aneth, ou Fcnoüil Tortu.V.Mcon. 78
Angélique , ou Archangelique, 74
Angélique confite. ibidem
Angoure de Lin. V* Cufcute,
Ami. jjj
Anis Aigre. V. Cumin; n
Anis:
Ff
Table
Anis Couvert , Anis Reync , Anis Ver¬
dun. 14
Anis de la Chine. V. Semence de Brv-
dian. * 43
Anis de la Chine , ou deSibery, des
iQcs Philippines , ou des Indes.43.ii3
Anifé. V. Eau d’ Anis. 14
Annuale. V. Mirabolans £/»!>//>.
Z23
ydnthora.
'74
Antipates.
Antolfe de Gcrofle.
■iPP
Arare. V! Mirabolans Citrins. zü. Z13
Arbre de Vie , ou Thuia.
105
Arcani^On ou Poix Noire.
z88
Areca.
zzz
^irifiolochia Clernatitis > OU Ariftolochc
Clématite.
81
j^rtfiolochia Pifîolochia.
ibidem
.Anjlolochi* PolyrrhÎTyt.
ibidem
Ariftoloche Longue.
ibidem
Ariftoloche ronde.
. 40
Ariftoloche Tenais ^ ouLcgcrc.
41
Armoife, ou Herbe de S. Jean.
I6l
Aum ^ Minor J ou grande &
petite Serpentaire.
^0
Aundo humilis Clavata radice acri
> Plan-
te dont la racine eft le Gingembre.^îi
Afelcpi*^ OU fontra-yerva blanc.
48
Afpalath.-
105^
Afplenium ou Caterac.
161
Afla doux. V. Benjoini.
J'oetida.
2-54
Avelines.
loo
Avelines Laça diercs.
infrÀ
Autour.
135
ou Carive. V. Poivre de Gui-
née.
191
88
^_A^arma.
ibidem
Azerbes , ou Mufeades mâles.
zoz
Azur.
170
Azur à Poudrer.
ibidem
B
Ï} Acillc, ou 54m. 13
Jiialauftes. r8o
Bananes. xxxij. 164
Barbe de Renard, ou Rame de Bouc,
arbriffeau c^üi porte la Gomme Adra-
gan.
Barbotinc. V. Semen contra. %
Barils de Tamaris. 115
Bernez. z8j
Barras.
Bafilic. i6i
Baume de Copaü , Copaïf , ou Cam-
païf. • 280
Baume d’Egypte ou du Grand Caire. lyy
Baume dejudée. ibidem
Baume de l’Amérique. 16^
Baume de la Mecque. iy6
BaumedeLiquid Ambar. z%z
Baume de M . le Commandeur de Per-
né. infra
Baume artificiel du Pérou , la ma¬
niéré de le faire. ijp
Baume de Tolu. zSï
Baume de Vanille. 208
Baume blanc du Pérou d’incifion. ziy
Baume noir du Pérou, ou Baume de
Ebtion. ibidem
Baume du Pérou en Coque , ou Baume
fcc. ibid.m
Baume noir du Pérou. ^7^
Baume nouveau. 281
Baume ou Huile de Mille-pertuis. z8i
Baume ou Huile de Poix noire. % 88
Bayes de Laurieç. xiij. 245
^a^endgr. 26]. xxix
Bdelium. 1^0.
Recula BegUjuelU , Beloculo. V. Ipeca^
cuanha.
Bchen blanc & rouge. 83
Belle de nuit.
Belleris Colin. Voyez Mirabolans Belle-
ris. Zii.&iZ3
Ben Blanc. 117
Ben dejudée, ou Benjoin de Boninas.
V. Benjoin. 245^
Benjoin &:fcs différences. 248
Benoille , ou CarypbyUata. i(5f
Bétel , ou Tembul. 160
Beroine. k^i
Bigarades au Chapitre des Oran¬
ges. ij. i34
de la première Partie,
Bijon. V-Tercbenchine du Bois de Pi-
latre. ^84
Bifeuits d’amandes ameres. 231
Bifnaguc ou Virnaguc, 188
Bifeuits Purgatifs. 54
Biftorté. 75)
Bijîorta Major , V. Biftorte. ihidem
"Btflorta Sil'vefli'is. ibidem
Bixerere Rubre. V. Tor'ncfol fin. 3;
Bois d’Acajoux, 113
Boisd’Aiglc. 104.105
Bois d’Alocs. 103. 104
Bois d’Anis , ou d’Anit. 113
Bois d’Afpalath. V. Afpalatli. J05
Bois de Brefil. iip
Bois de Calambac , ou de Tambac. 104
Bois dcCalàmbouc. tbidem
Bois de Campefehe, Voyez Bois din¬
de. izo.fii
Bois de Cannelle ou Saxafras, 1 13
Bois de Chandelle* i o 8
■ Bois de Citron. ibidem
Bois de Corail. lo^
Bois de Couleuvre. , T13. zi6
B ns de Crabe. V. Cannelle Gircflec. 131
BOIS de F r. 12.3
Bois de Fernambouç. V. Bois de Brc-
Bois,ou Ecorce Tentant le Girofle,
Bois rouge ou de T Amérique, lop
Bois Saint. V. Gayac,, 114
Bois Violet, ïzl
Bougie noire. i8^
Bray Liquide, Tare ouGoudran. 289
B ray Sec , ou A rcanejon. 2. 88
Brefil de Japon, ouSapandc Bimaës. 119
Brefil de la Baye de tous ks Saints ,
V . Brefil de Lamon. Jnfrà
Brefil de Lamon. up
Brefil de Sainte-Marthe', ibidem
Brefillet. ibidem
Brugnolcs, xxv.zjy
Biyon. V. Coralinc. 1^5
Bryonne de l’Ameriqüc, ouMechoa-
cam. 55
Bryonne, ou Vigne blanche. 56
Bryonne , ou Vigne noire. ibidem
Sucera. V. Fcnugrcc. a O
B glofe Aîitartiquc. V. Tabac, 158
B'iis, ou Bouis. 115
Buna , Bonca , Bonco, Bunnu , ion,Ban,
V. CafFé. io4
Bunias.
C
fil. , J19
Bois de Fuflet , ou FufteL lit
BOIS de Jalfcmin. 108
Bois dinde. lii
Bois de la Chine. 113
Bois de la Jamaïque. Voyez Bois din¬
de. uo. 12I
Bois de la Palile. zCo
Bois de polyxandrc , du gros Bois vio¬
let* . *• . izj
BOIS dcRhodes ou de Rofes. V. Afpa-
lath. 106
BOIS de Rofes ou de Cyprès. ibidem
Bois de Sainte- Lucie. ' lit
CÀbaret ou Nard faüvagc.
rum:
Cacao. zOf;
Cacao Caraque , & des Ifles, 206
Cacao en Pain.
ibidem
Çaeavi. V- Cacao.
Caterac ou y^fplenium. iGi
CafFé en coque & rhondé. 204
CafFé préparé. iOj
Çafo~ Sanga. V. hecdcuanhA, 4^
Cajoux. V.Acajoux. zop
Calamahtc de Montagne. ici
Calàmus t^romaticus. V. i^corus Ve-
BOIS de Tamaris.
H3
rus.
Bois de Sapan. V. Bois de Brtfil.
vp
Çalamus Verus > ou ^yirnarus.
ÿz
Bois des Molucques.
12.5
Camomille.
iCi
Boii Jaune-, ou Bois d’Angleterre.
iti
Camphre.
:
Bois Indien. V. Gayac.
ii4
Camphre brute.
ibidem
Bois Marbré.
io6
Qincamum.
zji
5>*
B ois Néphrétique;
iio
Candi blanc, Candi rouge.
p
Ff ij
Table
t^anncllc. 12.5
Cannelle blanche. 130
Cannelle coupée , ou Canblla de Mi¬
lan. 12-7
Cannelle Giroflée. I31
Cannelle marte.
Cannes à Sucre. 5)3
Comme l’on rite le Sucre des Can¬
nes. ?4
Capelet. V. Canelle Giroflée. 131
Capillaires. I48
Capucines. ■245* xiij
Caragne blanche & grife. iC 5
Câppes. 14 5 . xiij
Cappes Sauvagines , ôu d’Aiexan-
diie. ibidem
'Cardamomum MAjus , ou grande Car¬
damome. 40
Cardamomum Ma jus » Medium , Mi¬
nus. 42
Cardaffe , où Raquette , 31
Carive. V. Poivre de Guinée. '15>7
Carlma Caulos , ôcc. V. Carlinc blan¬
che. ibidem
Carline , ou Caroline blanche. 7 6
Carline noire. ibidem
Carmin. i4
Carjobalfamum , Fruit ou Bayes de l’Àr-
briflcàu d'oû pfocede lc_Baume de
Judée J ou d’Egypte. i.’jyije;
'Carui tCarum^ ou Caron. 5>
Üaryophyllau , ÔU Bcnoiftc.
Cafcavcl , ou Serpent à Sonnettes. 4 ^
Cafle Confite.
Càfle d’Egypte;
Cafle des Iflcs.
Cafle du Brcfil.
Cafle du Levant.
Cafle Mondée.
CaJ^ia Li^nea.
Caflbnnadc.
Caflbnnade de Cayenne.
Caflonnade du Brcfil.
Carmen. V. ^a:^gendge.
Cautere de Velours.
Cedre du Liban.
CeUria y on Huile deCade.
al 8
ibidem
Zip
zi8
ZI7
Zip
izp
.,.^5
ibidem
ibidem
26U XXIX
xxiv.
lu
»7
Cendres de Levant. V. Roquettes. 171
Cendres de Dantzib. ibidem
Centaure grande & petite. idi
Cha,ouThca,ouTfia, V.Thé. 145
Chamaras , ou Scordium. léTi
Chamapytis y on]nt'bAnÇçp^c. ibidem
Chamedris, ouGermandré. ibidem
Chameleon blanc, ou Chardonnerette,
V. Carline blanche,
Chameleon noir. Voyez Carline noi¬
re. ibidem
Chanvre Ecru . 2,3 8 . v j
Chepule Jlreca. V. Mirabôlans Che-
pule, 2.22. ZZ5
Chefne , A rbre qui porte le Gland , qui
eft fon Fruit ; le Guy & le Poly-
pode , qui font des cxcroiflanccs ,
&c. Z5p.xxvij
Chefne de Turquies qui porte le
Ba:^end^e. ztfi. xxix
Chiai-Cathai. Po
Chiendent , ou Grarrien. ibidem .
Cliilli , ou Carive , V. Poivre de Gui¬
née.
Chou Marin , V. Soldanellc. i^o
Choux-Fleurs. ly
Choux Sauvages, thidem
Chocolat. zo^
Chouan, ou Kouan,’ ^
Chypre, *>7
Cinamome , V. Cannelle, izj
Cire à Cachetter. z-j ^
Cired’Efpagnc, ibidem
Cire des Indes , ibidem
Citronnats, 133
Citrons Confits , 232,
Citrons Doux & Àigfcs , 231
Citroüilles noires d’Italie, 43
ClematU Daphnoides , bu Pervan-
che, 1^1
Clou Matrix,
Coca, 16^0
Coccus Guidius ,V. Thymelée. ^8
(^occus Infeâorius , ou Graine d’Ecar-
latte, 3^
Cochenille Campefehane, 33
Cochenille Meftec , ibidem
Cochenille Trechalle , ou Tetrechal-
Ic,
Cochenille
de la premîefe Partie.
Gochenille Silvcftrc , ou de Grai¬
ne , ibidem
Cochenille Aninlal, V. g. Lacque.
Coco & fcs différences , 214
Coffe , Coffi, Caiiué , Chaube, Caoua^
V. Caffé . 204
Coggygria de Theophrafle , Arbiif-
feau dont les racines & le tronc font
le bois de Fultct ou Fuftel. \zi
Colocai , V. Baume de Copaü. 2 8 1
Colophane, V. Arcançon. 288
Colophone , ou Therebentinc cui¬
te, ■ ZpO
Coloquinte j 2Z4
Colfa , • 17
Confection d’ AlKcrmes j 37
Confections d’AlKcrmes , d’Hyacin-
tc,&c. z63.xxxj
Confection Hamec J z6z. xxx
Confitures j loo
Conferve blanche bc rouge de Pro¬
vins j 17^
Conferve de Romarin. 184
Conferve liquide de Capillaires. 1149
Conferve fcche & liquide de violet¬
te. iSji
Confeivcs feches & liquides de plu-
fîeurs fortes , lOO
Contra-y-erva, t 48
Contra-y-ervahX^nc , ibidem
(^ûntra-j-er'va de la Virginie, V- Vipé¬
rine, 45,
^omolvultis Indicus 3 &c. Voyez Tur-
bich, J7.58
Copaïba , V. Baume de Copaü. 281
Copal d’Orient, V; Gomme Copal, 271
Coque du Levant3 2.16
Corail blanc & rouge , i6i. 163
Corail de Jardin , V. Poivre de Gui¬
née, 1511
Corail noir, parfait ou véritable, 16^
Corail préparé , ibidem
Coraline, Mouffe Marine ou Bryon, 163
Coraloidcs, 1^4
Coriandre , ij
Coriandre fucrce , ou en dragée, ibidem '
Coru, Arbre dont l’écorce clf médici¬
nale, ,37
Coftus amer, ou (^vflus Indicus^ isrà
(^oflits Ambicus , ou Arabique, 5 p
Cojius blanc , ou Cojîus Corticus , ou Cof
tus Corticofm i Voyez Cannelle blan¬
che-, 156
blanc faux j 60
Cojius doux , ibidem
Coflus Indiens > oü Colle d’Inde, 13Ô
Cotignat d’Orléans , 1 o o
Cotinus de Pline, 122
Cotton, Z37. V
Cotton en laine , & Cotton file , 238. vj
Coulcvréc , V. Bryonne , 50
Coa/f, V. Bois Néphrétique^ iio
Cravo de Marenhan , 13I
Crcfme , ou Grillai de Tartre , Z51. xix
Creta Marina > ou Creta Marine , 13
Criftal de Tartre Chalibé , V. Tartre
Chalibé, zjz.xx
Crillalin, 770
Crocoma^pa, V.Pallillcs , ou Trochif-
ques de Safran, 178
Cubebes ,
CucuU de Levante , V- Coque du Le¬
vant, xxc
Cumin , n
Cumin d’Ethyopie , V. Âmmi , <5-
Curcumn) V. Terra^ Mérita *
Cufcute, 44. 1(^1
Ses différences.
Cyclamen , ou Pain de Pourceau , 570
Çynoglojfum , ou Langue de Chien, i
Cyptrus , ou Souchet long , 6C
, ou Souchet rond, ibidem
Cjprus on Jlcana i 160
DArcheni, Voyez Cannelle Mar¬
te, 1X6
Dattes,
Djucus , 8
Dentelles d’ Aloës , z^ 8
Diacodium fimplc , ou Opium nof-
tras, _ Z97
Diacodium compole, ibidem
Diagrcde,ou Scamonéc Diagrcdc, 2^3
Didame blanc , 7j
G ç
T
Didtamç de Crète , ou Candie , 135?
Didtamc de la Virginie , V Vipé¬
rine, 45)
Dinn^ü > V. oYüs K rr«i > pl
Diftillacion du Tartre , 153. xxj
Doronic Romain , ou Doro»i«w Koma-
num , yo
Doucette ou Sirop de Sucre , 517
Draco, Arbre d’où procédé le Sang-
Dragon, x6o
Dragées de toutes fortes , loo
DràK , ou DraKcna, 48
E '
EAu d’Anis, 14
Eau d’Anis aniféi ihidem
Eau de Baume, zyp
Eau- de Cannelle, Iz8
able
Ecorce d’Inde , ou Cannelle
blan-
che ,
130
Ecorce du Pérou , V. Kinquina.
13Z
Ecorcc inconnue.
iP4
Ecorce, ou Bois de Girofle, V-Can-
nclle blanche.
13 1
Elaterii^m blanc.
304
ElKarie, V. Caffe.
Z04
Ellébore blanc , ou Ellehoras i^lbus. 69
Ellébore noir, ou Elleborus ni^er.
70
Email en tablettes , ou Inde
com-
mun.
171
Emaux de plulieurs fortes , V. Criftallin
& Azur. 170
Emplâtre de Savon. •*44* ij
Emplâtre noir du Prieur de Cabrie-
rc. 301
Encens blanc , ou Galipo , V. Bar¬
ras.
Eau de Fcnoüil ,
li Encens commun , ou Encens de Vil-
Eau de -Genevre , 118 lage. ibidem
Eau delà Rey ne d’Hongrie, 183 Encens de Moca des Indes ) ou de la
Eau de Naphe, ou de Fleurs d’Oran- Compagnie. zyo
gc, 234 Encens des Juifs. Z4P
Eau de Vie, 1451. xvij Encens du Liban, V. Encens mâle , ou
Eau , & Huile de Copaü , z8o Ohban. ibidem
EauRofe, i-j6 Encens marbré ou Madré , V. Bar-
Eaux diftillécs de pluEcursfortcSixi>idfw ras. x%6
Ebcinc noire, 113 Encens mâle ou Oliban. x6^
.Ebcinc rouge, ou grcnadillcj ilndem SnuU Cé^mpam-i. s>o
Ebeinc verte, ibtdem Enulc Cam pane , V. Cojîwr amer. 60
Ecarlattc dequoy fc fait en Tur- Epenides , V. Alphœnix. 5,8
«juic,, z<îi.xxix Epices blanches. cz
Ecorce contre les Fievres , V. Km- Epices d’Auvergne.
quina, 132 Epices fines ,& leur mélange. 1^4
Ecorce de Citton confite, 232 Epine-Vinette en dragées. zoo
Ecorce de Citron de Tours, ,100 Epithym,& fes diftérences. i8f
Ecorce de Gayac, iiy Eponges.
Ecorce de Gredade, 180 Eponges calcinées. ibidem
Ecorce de Mandragore , 134 Eponges préparées. ibidem
Ecorce de Mulcadicr, 204 £ij;ù|£7«w.> ou Queue de Cheval, Voyez
Ecorcc d’Orange confite , 233.] Prcfic. z^.xxxij
Ecorce d’Orange coupée , ou Oran- Efcaviflbn. izy
geat, ioo. Z33. j Elprit de Buis. 115
Ecorce de Thamaris, nj Efprit de Gayac. infrk
Ecorce de Winthcrus , V. Cannelle ' Efprit de Genevre. 118
blanche, 130 Efprit de Gomme Ammoniac. z/i>
Ecorcc de Wintherus, V.Coy?«r amcr,6o Elprit de Myrrhe. zyj
cic !a prtmiere Farcie.
ije
loi
^63. xxj
ibidtm
ECprit cie Rcifes ,
Efprit de Sucre ,
Efpnc de Tartre,
Efprit de Tartre redtifié ,
ElpritdeVin, zyo. vxii)
Efprit , & Eau fpiritueufe de Manne, 238
Efprit ou Effence dcTcrcben'thine, 187
Efprit rouge de bois de rofe , 106
Efl'encc d’Anis, H
Eflcncc de Cedre,
232
Eifcnce de Genevre-,
ii8
Eflence d’Flypocràs rouge & blan-
che.
119
ElTence, ou (Tiinte-ElTcnce de Cannel-
le , V. Huile de Cannelle ,
118
Elfence ou Quinte-Eflcnce de Roma-
rin.
183
Etule j
67
Euphorbe,
z6S
Extrait de Cannelle,
a 9
Extrait d’Efulc,
67
Extrait de Gayàc,,
Extrait de Genevre 3
ibidem
Extrait dejalap.
55
Extrait de Kinquina ,
m
Extrait d’0;dum ou Laudanum >
196
Extrait de Rhubarbe 3
/i
Extrait de Saffran ,
178
Extrait cie Séné ,
Î47
Extrait & Refîne dcTurbith^
/8
A gara d’Avicenne,! 17 .& 264.xxxi j
Faufel,ou Areca, 2^4. xxxij
Faufle Conferve de Grenade,
j8o
Faufl'e Elfence de Romarin ,
183
FaulTc Gomme Elemi ,
162.
Faufl'e Huile de Cade,
zh
Faufle Teinture de Corail ;
164.
Faux Santal ,
108
Fccule de Bryonne ,
5^
Fccule d’iris ,
64
Fccule , ou Lait de Mechoacam .
Fcnoüil ,
12
Fcnoüil de Florence,
Fcnoüil Marin,
ibidem
Fcnoüil Sauvage ,
ri
Fenouil Tortu , ou Àneth\ y 3
Fcnoüil T ortu , ou J^unicuinm Torturjum^
V. Sefeli de Marfeillc, /
Fcniigrcc, 20
Ftrula Galbanij^ira > F. Galbanumt
Fèves,
Feüilie de Coluteayùu. Baguenàuticr.
Feuilles de Laurier des Indes , ou de
Larbre du bois d’Inde , au Chapitre
du bois d’Inde , 12/
Feüille Orientale , V. Senne , 145
Ficelles de Roüen& de Troyes. 239. vij
Figues , & leurs différences , ij/* vxv
Fil de Guibray , 258. vj
FilalTe de plulieurs fortes , ibidem
Fiinpi i, Arbre qui porte là Cannelle
blanche. 130
Fleur de Càrthamc,V. Safran Batard.iyt)
Fieu r de Cha, ou de Thé, V. Thé. 143
Fleur d’Efquinant , V. Squenanthe. 17^
Fleur d’Orjevala , Qrogue imaginaire,
ou inconnue. 207
Fleur de Sihquc, V. CaiTc. 217
Fleurs de Benjoin. 24^
Fleurs de la Triuité,V. Violes. 18 8.189
Fleurs d’Orange confites. n* 34
Fleurs de Romarin. 184
Fleurs du Grenadier Sauvage, V. Ba-
laufces. 180
Fleurs fcches de Millepertuis , de Mu¬
guet , de Pavot rouge , de petite Cen¬
taure , de Pied de Chat 3 de Tuflila-
. gc,&c. 1S9
Florée ‘d’Inde. ifô
Folicules de Senne, i4<5
Folium Indum, 142
Framboifes J V. Dragées. 104
Fraxinelle, V. Diétame blanc. yf
FruEïui Jnda de Pifon. 2<î4.xxxij
Fruit duBetel. ibidem
Fruit du Palihier , V- Dattes'. 113
CAlanga Major, Voyez Grand Ga-
_ langa. Infrà
Galanga Sauvagc,V. Souchet long. 66
Galba num'.
Table
Galjpot , V. Barras.
Galipot de l’ Amérique.
Galles, ou Noix de Galles, & leurs dif-
fcrenccs.
Galles à Tépine.
Gamelo , V. Baume de Copaü.
Garance.
Scs diiïerenccs ,
Gaude > ou Herbe jaune.
Gayac, Gayacan.
Gayac de France.
Gencttc.
Gentiane.
Germandrc , ou Cbam^dris.
Gingembre Confit.
Gingembre Sauvage
beth.
^1. XXIX
ibidem
281
if6
114
24/.xiij
73
61
6t
Voyez Zerum-
ihidem
Ging-Ging de Tartarie, ou de la Chi¬
ne. 5>o
Girofle. 15)8
Girofle Confit. ^ 200
Girofle en Poudre. ibidem
G I rofle Royal . ïhidem
ÇUucium, z6^
GUcyrriza , V. RegliflTe. 8 9
Glu d’Alexandrie. 212
Glu ordinaire. ibidem
Goblcts de Tamaris. 115
Gomme Achantine , ou d’ Acacia d’E¬
gypte , V. Gomme Arabique. Z4i
Gomme Adragan , ou Tra^acanth. 24/
Gomme àfrifcr,V. Gomme d’Angle¬
terre. 242
Gomme Sagapenum, ou Séraphin, z 5 6
Gomme Alouchi. 130
Gomme Ammoniac. 2 5 8
Gomme Animée. V.Cancamum. z-jz
Gomme Animée.V. Gomme Elemi. zCz
Gomme Arabique , Thebaïque, Sara-
cene,&c. 241
Gomme Caragne , ou Caregne. zc 5
Gomme Copal. 271
Gomme Copal de l’ Amérique, ibidem
Gomme d’ Acacia d’Egypte, V. Gom¬
me Arabique. 241
Gomme d'Angleterre. 242
Gomme à Babylone. V. Gomme Ara¬
bique. , 24 1
Gomme de Cedre , ou Manne Mafti-
cinc. jié^
Gomme de Gayac. 11 ^
comme du Pérou. V- comme Cut-
te. 240
comme du Senega.
comme Ederæ, ou de Lierre. 130.2^4
comme Elemi en Roieaux & autres for¬
tes. z<rz
commc-cutte. Z40
comme cutte-carnbe , camboidc-ca-
mandre, cutte-cemou, cutte- com¬
me. V. comme cutte. fuprà
comme Lacque, naturelle, ou en bâ¬
tons. 27 5
comme , ou Refine de Pin. V. Bar¬
ras. 1Z6
comme de cenevricr , ou Vernix
fec , ou cri larmes. 118
comme Saraccnc. V. comme Arabi¬
que.
Gomme Séraphin, ou Sagapenum. 25
comme Tacamacha.
comme Tacamacha Sublime , ou en
Coque,en Maflc, & en Larmes, ibidem
comme Thebaïque. V. comme Arabi¬
que. 241
comme Turique, ou Turis. 242
comme Vcrmiculéc. ibidem
coûte, ou Angoure de Lin. V. Cufcu-
te. \S6
Gotin. V. Mirabolans Bclleris. 211. 225
coudrai! , ou Bray Liquide. iS 9
Goudran , ZopilTa , ou Poix noire. 286
courre &courrcurs. 2^5
crabeau de Poivre. 1^^
crabeau de Séné. i4y
crain deTilli , V. Pignons d’Inde. 22 5
Giaine d’Avignon. 25
Graine de Choux-Fleurs. 17
Graine d’écarlattc.
Graine d’épurges. 22(?
Graine de ciroflc. V. Fruit du Bois
d’Inde. j2i
Graine de Citroüillc, craine de Con¬
combre, Graine de Courges , te craine
de Melon , Voyez les quatre femen-
ces froides. 43
Graine
de la première Partie;
Graine jaune. V. Graine d’Avignon. 15
Graine de M ufc , ou Ambretce.
Graine de Paradis. V. grande Carda¬
mome. 40
Grains & Legumes que les Epiciers peu¬
vent vendre. i5>
Grainette. V. Graine d’Avignon; 15
Gramcn, ou Chiendent. 5?o
GrAnn Tinâorum. V. Graine d’écarlat-
tc.
Grand Galanga , ou Galanga Ma¬
jor.
Grand Genevre. 117
Grande Cardamome; 40
Grande Valériane. 77
Çrar.um Gnidium » OU (^occUs GaUiui ^
V. Thymej^. 68
Gratîola > ou Gratta Dei. I47
Gravelée, ou Cendre Gravclée. zjj.xxiij
Gravelle de Lyon. Z5i.xix
Grenades. 180
Gros Bois de Sapan , ou gros Brcfil de
Japon. iii)
Gros Pignons de Barbarie , gros Pi¬
gnons d’Inde, ou de P Amérique. xx6
Gros Pignons d Inde de deux autres el-
peces. ibidem
Gros Verdun. V. Dragées. 106
GrofTcTerebcnrhine , ou Térébenthi¬
ne commune. z86
Gruau & autres Grains. 19
Guefde, ouPallcl. lyy
Guy de Cherne. xxviij. x6o
H
HArame , Arbre d’où découle la
Gomme Tacamacha. 263
Herbe à la Reync.V. Tabac. I/8
Herbe de S. Jean, ou Armoife i<;i
Herbe jaune , ou Gau de. 1/6
Herbe-Sainte , V. Tabac. 1/8
Hermodates. ilo
Hermariay ouTurquctte; I^I
Hingt , Arbrifleau d’où procédé la
Gomme appellée Affa y^iida. 1/4
Hirmdinaria , W .ContrA-yer'vah\?inc. 48
Hivorahé, arbre dont l’écorce cft me-
decinale. I37
Huile blanche de Genevre. 118
Huile blanche de Tartre par défaillan¬
ce. 253. xxj
Huile d’ Amandes ameres tirée fans feu,
& plufieurs autres ; comme celles de
Noifettes , d’ Avelines, de Noix, de
Ben , de Pignons blancs , de Palma
Chrtjli , de Pavot blanc , des quatre fe-
mcnces ,de Chenevis^ de Graine de
Lin , &c. 130
Huile d’Amandes de gros Pignons.ièiti.
Huile d Amandes douces & ame¬
res. ibidem
Huile d’Amandes douces tirée au
feu. ibidem
Huile d’Amandes douces tirée fans
feu. ibidem
Huile d’ Anacardes. iio
Huile d’Anis blanche; 14
Huile d’Anis verte. ibidem
Huile d’Afpic. 184
Huile de Baume; z-j9
Huile de Ben.
Huile de Benjoin. 249
Huile de Bois de Rofes; lo€
Huile de Buis. liy
Huile de Cade faulTe. 2, 8 ?
Huile de Cade ou de Cedriai 117
Huilé de Cade ou de Genevre, 11 8
Huile de Cade ou de Poix ,V. Huile de
Cade faufle. ibidem
Huile de Camamilles. z 8 z
Huile de Camphre; Z4J
Huile de Canelle. ixy
Huile de Citron. xjz
Huile de Colfa.
Huile de Copaü. -280
Huile de Semence de Cbtton. vj. 138
Huile de Cumin. n
Huile de Cyprus. I6i
Huile Ethcrée, Efpritou Huile de Té¬
rébenthine; i8y
Huile de Fenoüil. ii
Huile de Figuier d’Ènfcr. V. Huile d’A¬
mandes de gros Pignons. 230
Huile de Gayac; U ^
Huile de Genevre ou de Cade. 118
Hh
Table
zoo
2f9
15J. xxiij
‘7
Huile de Girofle.
Huile de Gomme Ammoniac.
Huile de Gravcléc.
Huile d’Herbes.
Huile de Lavande , Marjolaine , Thim ,
Sauge, &,autrcs Huiles diftillées. 14/
Huile de Laurier ou de Laurin. xiv.24<S'
Huile de LivjHÎd-AmbdY. z^z
Huile de Macis. zo4
Huile de Mufeades par diftillation. zoj
Huile de Mufeades par expreflion. ibid.
Huile de Myrrhe par défaillance. 153
Huile de Myrrhe puante. ibidem
Huile de Navette, ij
Huile de Noifettes. ^30
Huile de Noix, ibidem
Huile d’Olivc, vüj. 140
Scs différences , 24i.ix
Huile d’Oranges , 4
Huile de Palma Chrifli » V. Huile de Pi¬
gnons de Barbarie , Injrà
Huile de Palme du Pumicin , ou de Sc-
nega, ii4
Huile de Pavot blanc, 230
Huile de Petit Grain , ij. 134
H uile de Pignons blancs , ixy
Huile de Pignons de Barbarie, ou de
Palma Chrijîiy 130
Huilede Piflachcs, 2x8
Huile de Rjhodium > ou bois de Rho¬
des ,
Huile de Romarin,
Huile de Rofes,
Huile de Sucre,
Huile noire de Tabac,
Huile noire de Tartre.
Hydragogue ,
Hy(>ochiJlis J ou Hypochifte,
Jdjpolapathitm ,
106
iSz.iS 3
loi
ij8
253. XX j
304
300
JAmacaru , plante de l’Amérique qui
porte la Cochenille. 33
Jalap, /3
Imperatoire , , 72
Impériale , V. Imperatoire, ibidem
Inde & Indigo, 2/4
Inde commun , V. Email en Tablet¬
tes, 171
Inde cnMarrons, ou Indigo d’Agra, 134
Inde Flottant , Inde Plat , ou Inde Ser-
quiffe, 753. 1/4
India y ou Odia^y. Gomme GuttCy 14O
Indigo Gatimalo , 154
Indigo de la Jamaïque, ibidem
Indigo de S. Domingue , ibidem
Indigo des Ifles , ibidem
Jonc Odorant, V. Squenanthe , J73
Ipecacuanha blanc, 46
IpccacLianha, brun &c gris, 47
Iris de Florence, 6^
Iris Nofîras i 64
JueMufqué, J6t
Jujubes, (p zii
K
KAgnc, !<)
Kali , Herbe dont on fait la
Soude , 167
Karabé , V. Gomme Copal de l’ Amé¬
rique, zyi
Kermen ou Kermès , V. Graine d’Ecar-
lattc , 36
Kinquina, 13Z
Kinquina d’Europe, 74
Koüan , ou Choüan , 3
LAcque Colombine ou Platte , 34
Lacque en Graine, Z74
Lacques en Oreilles, ibidem
Lacque fine ou de Venife, 34
Lacque Liquide , 120
Lacque Platte , ou Colombine , 34.274
Lait , ou Fccule de Mechoacam , fC
Lait Virginal, 2/1
Lamarie, Herbe dont on fait la Soude ,
V. au chapitre delà Soude, i6-j
Laudanum O^iatum y
Laudanum . ou Extrait d’Opium $ ibidem
Laurier Aromatique, ou des Indes, 721
Lcguine queles Epiciers peuvent ven¬
dre, ip
de la première Partie.
Lcntifquc, lu
Licyum , ArbrilTcau qui porte la Graine
d’Avignon, zj
Licyum des Indes , de Candie, 6c au¬
tres, 304
Liege, 13 <»
Liège blanc, ibidem
Liege noir , ou d’Efpagnc , ibidem
L>ignum Colubrinum 'Zjfil^nicum t Arbre
qui porte les Noix Vomiques, 116
Li^nflum Æ^yptiaenm » ou Troefne d'E-
gypte, *1^1
Liqueur de Syrie , zyj
Liqueur de Tabac, 160
Liqueur ou Térébenthine deCedre, 116
Licjuid-t^mbar > z8z
Licjuiritia , 85?
Lit Emanghits , Voyez Gomme Alou-
chi ,
Lin Ecru ,
Lumignon i
Luzerne.
130. 131
VJ. 138
Z3P. vij
zl
M
’ Acaron , ip
[ Maccr, Arbre dont l’écorce efl:
medccinalc , I57
Macis, Z0Z.ZO3
Magiftere de Corail , 164
M agift ere , ou Rchne de ] alap , 54
Mahalcp, ou Magalep, 14
Mahalep , dont le tronc cft le bois de
fainte Lucie, I23
M'ilabatrum yV. Folium In ditm ^ 141
Manne de Briant^on, 238
Manne Cclefte , 234
Manne du Mont faint Ange, Manne
de Sicillc, Manne de la Tolfc. 137
Manne d’Encens, ^70
Manne Liquide, z35?
Manne Mafticine du Levant ou de Sy¬
rie , Z38
Manne Mafticine, ou Comme de Cc-
dre , i\6
Maniguette , ou Graine de Paradis ,
V. grande Cardamome, 40
Maniguette , ou Mclaqucttc , 40. 41
Maroquins , ou Raifins noirs ,. V. aii
Chap. dcsRaifinsauxJubis, 249.xvij
Marons. xxvj.zjS
Marons glacez, ibidem
Marubc blanc , où Pratium ^A'hum. i6i
<JH<iYum , 141
Maftic en Larmes, iiz
Mecaxuchitl ,ou Poivre Long de l’A-
Z39. vij
55
z^^
ZI
merique.
Mcche à Moufquet,
Mechoacum.
Méconium iY ~ Opiumt
Medica > V. Luzerne.
Mehon , Meum » ou Meu.
Melaquctte , Voyez Fruit du Bois d’In¬
de, izi
MclalTc de Sucre. 317
Meleze fur lequel croit l’ Agaric. zôz.xxv
Melilot. 161
Melifle. ibiàm
Membroni Cirii > ou Racine de Membroni
Cini. 1^0
Mens , Mefle , ou Mun^e. 4j
Mentha Hottenfs , Y- Racine du Coq de
Jardin, 6û
Menthe. i^i
Mcre de Girofle , ou Clou Matrix,
Meflac des Turcs. if>3-
MetaquefunnauK , Plante des Indes. 3 3
Mil, ou Millet. ly
Mille Fanti. ibidem
Mille- Permis. I61
Mine d’Or. 4(î
Mirabilis Peruvianat ou Belle de Nuit, jj
MirabolansBcllcris. zzz
Mirabolans Emblis. 2x3
Mirabolans Chepules , ou ^ibus. zzz
Mirabolans Citrins. zzt
Mirabolans Confits. ibidem
Mirabolans Indiens. zzz
Mithridat , l’une des quatre grandes
compofitions que les Epiciers ven¬
dent. .^3.xxxj
Morilles fcches. ibidem
Mofe. V. Ambrctte.
Mofeovade Grifc.
Moufle Marine, V.Coralinc.
Moufterons Confits.
55
6$
xxxj;z<î3
Table
Moyenne Cardamome.
4I
Mufeade.
Z 01
Ses différences.
202
Mufeades Confites.
Z 03
Mjrrha Stable > ou ëleâa Staéî'e^
Myrrhe Abyfline.
25Z
Myrrhe Animée.
xyz
Myrrhe Onglée.
X52
Myrthille.
N
IV 7 A rd Celtique, &c. Voyez Spic-
nard. 187
Nard de Montagne.
ibidem
Nard Indique.
186-
Nard Sauvage , ou Cabaret. V.
rum.
88
Naveau , ou Navet Sauvage.
16
Navrtte.
ï7
Neroli.
ij.134
Nicotiane, V. Tabac.
Nielle ou Nigelle Romaine.
41
AZ/y?, ou Racine de Nifi.
91
Noir d’Allemagne. xxiv.z/^r
Noir d'Efpagne.
Ï37
Noir de Fumée.
t%9
Noir de Troyes & autres lieux, z
5 (j.xxiv
Noifettes Indiennes , ou Ameriquai-
lies.
X07
Noix Aromatiques ,V. Mufeade. xoi
Scs différences.
XOZ
Noix Confites dcRoüen.
100
Noix de Coco , ou de Maldives» ZI5
Noix de Girofle , ou de Madagaf-
car. 13/
Noix d’Inde , V. Coco , Areca , ou
Mufeade. zo/
Noix Vomiques. z/;
Nomparcfllc. c^-ioo
isitix Mofeata , MjriJlica , OU Jromaîicai
V.Muicade. zoi
O
OÇ0Ç0I, Arbre d’où découle le
Lio^îiid-Amhar. z8z
Odia ou Indu » V- Gomme Gutte. Z40
Oifelet deCypre. zyi
Oleo Saccarum 7 12.9
Oleum Rhodium >ou Huile Rhodium, lotr
OUhan 7 ou Encens mâle. 269
Oltban , ou Encens des Indes , V. En^
cens de Moca, z-/o
Olives de toutes fortes. i3j;-vij
Olivier Sauvage , d’où procédé la Gom¬
me Elemi. i6z
& fes différences. 19^.196
de Paris. 2 9 y
Opôbalfdmum > ou Baume de Judée, xyy
Opontium Ma jus fpinofum fruéîu Sanguin
neo. 31
Opoponax , ou Opoponax. %p
Opoponax Aplatci , ou de la Compa¬
gnie. Z58
Opoponax en larmes. zfj
Opoponax en mafTejOu contrefait, ibidem
Orangeat. 100.23 3 .j
Orangclectes. ij. 13^
Oranges douces & aigres. 233.]
Orcanette. 8 4
Orcanette du Levant ou de Conftanti-
nople. ibidem
Oreilles dejudas. z^^.xxxj
Orge Mondé. 18
Origan.
Orifelj ou Sereque. 1^
Orlcane , V. Rocou. 302
Orfcille d’Hoilandc. ibidem
Orfcille de Lyon.
Oüate.
Ourdon , ou Grabcau de Séné des Col-
I47
170
Oxycedre.
57
vi.Z3?
porteurs.
Outremer d’Hollande.
P Ain de Pourceau’, ou Cycla¬
men. 5)0
Pain de Rôles.
Palay de Canada , 5)1
*Talma Chrijli.
Pafo de CalaniuraSy ou bois des Fièvres ,
qui fc prend pour l’Arbre même , ou
pour l’Ecorce , V. Kinquma. 133
Panaces
de la première Partie»
Pdfiaces Heracleptm , plante Pcmlacée
d’où découle VOpoponax, z 5 7
Pancratium^V -ScAlcs. \6 6
Pao d*Aquilla , ou Bois d’ Aigle. I04
Papier de toutes fortes. 239. v ri
Pareira ‘Bra'ua > ou Vigne Sauvage,,
&c.
69
Paflèpierre.
13
Paftel d’Ecarlatte.
37
Paftel , ou Guefde ,
MJ
Paftilles.
251
Paftillcs de Portugal.
99
Pallilles ou Trochifqucs de Safran.
178
Pâte d’Amandes.
Z31
Pâte des quatre Semences froides
â la-
veiTes mains.
43
Pâture de Chameau, Voyez Squenan-
the.
173
Pavame , V. Saxafras.
113
Pa'vma^ow bois desMolücques.
Peintures fines.
64
Penfée , ou menue Penféc , V.
Vio-
les. 188. iSp
CPentaphjllum.
Pépins de Coloquinte en dragées.
ZZf
Peifil de Macedoine. '
4
Pervanchc , ou Clematis Diaphnoi-
des.
ici
i^etazites'.
90
Petit Galanga.
Petit Genevre.
118
Petit Verdun , V. Anis couvert.
14
Petit Verdun.
100
pignons , pignolat , ou Amandes dii
pin , V. Pignons blancs , &c. ihiàem
pignons blancs ^ ou doux. zz 6
pignons d’Inde, ii^
Pignons en Dragées. loo. zzy
Pillules Angéliques, V.PiUulcs de Franc¬
fort. ibidem
pillules de Francfort , ou Gourman¬
des. ^8
Pillules de Térébenthine. 5>o
Pirethre. 82
Pirole , ou Verdure d’Hyver, ïjo
Pillaches caffées . zz 8
Piftaches en cocque. ibidem
Piftaches en Dragées, ibo.zzS
pivoine Mâle Femelle. 5>o
n^iieacantha i zy
plantes de France comprifes a’ii nombre
des Drogues,
pois vers &iaunés. i5>
poivre Ambré , ou â la Bergerac , \^z
poivre â Queue, ou Mufqué, V. Cu-
bebeSi • 13) j-
poivre blanc.
poivre de Guinée , & fes diiferen-
ces.
Poivre de la Jamaïque , V. Fruit du
Bois d’Inde. izi
poivre du Mexique , de Tabaco , de
Brefil , d’Efpagne , Poivre Long rou¬
ge des Indes , poivre de France, pi¬
ment , & poivre de 1’ Amcrique,V oyez
poivre de Guinée. ibidem
Petite Cardamome. 41
Petite Valériane. 77
Petites Oranges ou Orangelettes. 1I.Z34
Petits Pignons d’Inde;
Petun, V. Tabac. Ij8
phupontique. 78
Picardans, V. au Chapitre des Raifins
auxjubis. 249.xvii
Pichohnes , & Paulines , Voyez Oli¬
ves. viii.z40
Pied d’Alexandre. 8z
Pierre â Cautere , ou Ruptoire poten¬
tiel , & leurs dift'erenccs. xxiv.
Pierre de Contra y- erva. 4 9
Pierres d’Eponges. i6y
Poivre de Thevet.
Poivre Long de l’ Amérique^ 1 5) c
poivré Long des Indes j ibidem
poivre long noir ^ 19 j
PoivreNoirj ipt
Poivre Rond blanc, ou noir, V. Poivre
blanc i & noir , ibidem
poivre Sauvage , ou petit poivre, 2 5
poix gralfe , Poix blanche ^ ou de Bour¬
gogne; 187
poix Navale , Goudran , ou Zopif.
fa, z8 8
Poix Noire, ibidem
Poix Refine, ibidem
Polium Montamm,
li
Table
pjlypodc. 5?o.xxviii.2(ro
P jcafTcjOU VedafTcjOU Gcudafle^xxiv.ijd'
poudre à Vers, contra.
Poudre Cordiale, ii.134
poudre Cornachine ou de Trois. 293
poudre Duc, -zoj
POUllOt y \Ci
Poultot de la V irginic , 4 p
Pratium Abum, ou. Maruble blanc, i6i
pruneaux , V. prunes , ibidem
prunes de pluüeurs forces. 157. xxv.
xxvi. 158
Pwwia», V. Huile de palme.
j^Uatre grandes compofitions que
les Epiciers peuvent ven¬
dre. lé^.xxxj
Q^trc Mandiens , V. Figues , Raifins ,
Amandes &c Avelines. xxvj.i/8
^inquefollium , V. Peniaphyllum. G-j
Qmnquina , Quinidna , Quina-Quina,
&:c. V. Kinquina. 131
Qmntc-Effcnccd’Anis. 14
Quinte- Elfence de Romarin. ibtd.
Quinte- Effencc, ou Huile de Cannel¬
le. I2C)
RAcine d't^^rio Cinera , V. Cofîus
t^mer. Go
Racine contre les Meurtriflurcs. p
Racine de [hiai Cathai , e^o
Kàcinc de MembroniCini i ibidem
Racine de A/iy?, 5> i
Racine de Palay de Canada. ibidem
Racine duBreiil, Y . Ipecacuanha y ^G.p
Racine du Coq de Jardin, V. [ajini
Amer y Go
Racine du faint Efprit , 71
Racine Vierge, V. Bryonne ou Vigne
noire, ^G
2{adtx dulcis , V. ReglilTe. 89
Rafincment de Dieppe, d’Orléans, de
Roüen , V. Sucre , 97
Raifins d*Arq & au Soleil , au Chapitre
des Raifins aux J ubis , ibidem
Raifins aux Ju bis. 249. xvij
Raifins de Calabre , Efpagne & au¬
tres , ibidem
'Raihns de Corinthe, xvj. 248
Raifins de Damas , 247. xv
Raihns d’Efpagne au Chapitre des Rai¬
fins aux Jubis , ibidem
Rame de Bouc, ou Barbe de Renard,
Arbiifl'eau qui porte la Gomme Adra-
gan, 2^5
Raquette ou Cardaffe , 3?
Ravendpira , Arbre qui porte les Noix
de Girofle, ou de Madagafcar, iji
Reghffe , 8 9
Regliffc Scche , ibidem
i\G
ÎM
293
2/0
/8
28^-
In-
Rdine de Cedre, '
Refine de Gayac,
Refine de Scamonée,
Rcfinc de Scorax ,
Rcfinc ou Extrait de Turbith ,
Rcfinc ou Gomme de Pin.
Rcfinc , ou Magiflerc de Jalap ,
Rezanualc , Voyez Mirabolans
diens , • 112.223
Rha , Arbre d’où procédé le Sang-Dra¬
gon des Canaries , z6o
Rnaponcic de Levant ,
Rhapontic de Montagne , ou Rubarbe
des Moines, -ibidem
■ Rhapontic de Pays , p
Rhapontic de Profpcr Albin , yo. 52
Ricinus, Arbre qui porte le grain de
Tilli , V. Pignons d’Inde , 22/
Ris en Grain, & en Poudre, 18
Rocaille, 170
Rocou , Roucou , ou Rocourt, 302
Romarin, 182
Roquette, 17/
Rofette, 120
Rofes de Provins , 174
Roux ou Rhu s, V. Sumac, i^G
Rubarbe de Dodon , de Profper Al¬
bin, &c. /o
Rubarbe de l’Amérique, 52
Rubarbe de Levant, /i
Rubarbe des Moines , ou Rhapontio
de Montagne, • ibidem
de la première Partie.
KahU Twiîorum ^ V. Garance, 8j
Ç Afran,
*77
V, i Ses différences , 178
Safran Bâtard, 17^
Safran d’Allemagne , ou Fleur de Car-
thame , V. Safran Bâtard , ibidem
Safran d’Efpagne , 178
Safran des Indes , de Malabar , ou de
Babylone , V. Terra- Mérita , 6^
Safran en Poudre , ibidem
Sâfranurn , i75>
Sagapenura ^ ou Serapitium >
Saljunca de Maples > 5>I
Salfeparcille des Indes d’Efpagûe, 8 6
Salfcpareille de Marcgnan, ibid.
Sambarame, I13
Sandarac des Grecs , li 8
Sandarac des Arabes , ibidem
Sandera du Pérou, po
Sang de Dragon & fes différences,
V. Sang-Dragon faux, 261
Sang-Dragon des Canaries, z6o
Sang-Dragon des Indes ,
Sang-Drago*n enMaffe, i6o
Sang-Dragon en Rofeaux , ibidem
Sang-Dragon faux, z^i
Santal Citrin , blanc & ronge , 107
Santal en Taffetas , I08
Santal-Faux , V. Faux-Santal , 108
Santoline , ou Xantolinc , Semen-Con-
tra, V. 2
Sarcocolle , 267
Sariette, t6i
Satyrions Confits , x 6^- xxxj
Savon, -243*
Ses diffcrences. xij. 244
Savon Liquide ou Savon noir , ibidem
Savon verd Liquide, ibidrm
Saxafras , ou bois de Cannelle , J13
Saxifrage , 10
Scabieufe, 0
Scamonée d’Alcp, ipz-
Scamonéc de l’ Amérique , V. Mcchoa-
cam, y;
Scamonée Diagredé,
Scamonée de Smirne , Infrk
Scamonée des Indes, ou de la Compa¬
gnie , par fuppofition & fraude, 25)4
'S cilles, iC6
Scordium ou Cfjamaras ,
Sebeftes, zu
Seigle , J
Sel AlKali, I68
Sel d’Abfynthc,
Sel d’Armoife, ibidem
Sel de Cannelle,
Sel de Chardon bénit , ici
Sel de Chicorée , ibidem
Sel de Corail ,
Sel de Fèves,
SeldeGayac, iiy
Sel de Genevre, 118
Sel deGravelée, i/y. xxiîj
Sel de Grenades , 118
Sel de Kinquinà^ I33
Sel de Meliffe,
Sel d’Ofcillc, ibidem
Sel de petite Centaure , ibidem
Sel de Romarin , 184
Sel deRofes, ijp,
sel de Safran , lyg
sel de sauge, *ici
sel de séné , 147
sel de Tabac, iSi
sel de Tamaris, 11 j
sel de Tartre, iy3-xxj
sel de Verre,
sel Fixe de Rubarbe, jz
sel Fixe ou AlKali de Tartre, 2/3. xxj
sel Vegctable, xix
sel Volatile de Tartre , z/y. xxiij
Et autres sels Fixes, EÏcntiels & Vola¬
tiles de toutes fortes de Plan¬
tes ,
Semen-Contra » z
Semen-Contra en Dragées , ^
Semen Sanfium > Semen SanElonkum ^
s. Semen-CÜntra ,y. fuprà
semence d’Ache, de Badian , ou Anis
de la Chine , &c. de Brufeu , oh petit
Houx, de Chicorée , de Fumeterre
Table
d’Hcrbcs , de Jufquiamme , de Lai¬
tue , de Mauves , de Solist
d'Ofeille , de Pourpié , de PfilliHm , ou
Herbe aux Puces, de Raves , de So¬
phie, ou Tciliéîium de Violette , 43
semence de Badian . 113
semence de Citrouille noire d Ita¬
lie , 43. ^4
semence de Melon en Dragées, 100
semence de Romarin , , ./84
sentence mufquée , V. Ambrette , 19
semence de Melon , de Concombre,
CitroüiUe & Courge. V. quatre fe-
mences froides. 43
scmcncine , V. Smen-Contra. v. z
semoule , 19
senega, V. Compagnie de senega, 243
senegré , V. Fcnugrcc , zo
senc de la Pake , ou d’Alexandrie, 146
séné de Moca , ou de la Pique , tbidem
sené du Levant, * ibidem
séné de Tripoli, ou de Seide. ibidem
screque, onOrilel. ij6
sermontain , V. Scfeli de Marfeille. /
Serpent à Sonnettes , ou Cafcavcl. 49
serpentaire , ou Serpentine delà Virgi¬
nie, V. Vipérine. tbidem
serpentaire grande & petite. 90
serpentaire Virginiennc , ou Vipéri¬
ne, 49
serpolet. 161
scftli de Candie. 5
scfeli d’Ethiopie. ibidem
scfeli de Marfeille. ibidem
sefeli des Prés. ibidem
sefeli du Peloponefe , ou de la Mc-
rée. ibidem
sirop d’AlKermcs. 37
sirop de Candie. I29
sirop de Capillaires de Canada. 149
sirop de Capillaires de Montpellier, tb.
sirop de Citron ou de Limon. 133. j
sirop de Diacodiam P^vot blanc, &
de Pavot rouge ou Coquelicoq. 197
sirop d’Hydragogue , ou sirop de noir
prun. 304
sirop de scamonée. 193
sirop de sucre. 97
sirop ou fauffe T einture de Corail. 16%
sirop de Violettes. 189^
sirops de Pomme, de Cerife, de Noix ,
de Coing, d’ Epine-Vinette ( ou Xer^
beris ôi Oxiacanihu ) de Grofeillcs ( ou
de "Klbei ) de Grenade , de Verjus , de
Citron ou Limon, d’Orange, & au¬
tres sirops limplcs des fruits. 100. loi
sirops de Rôles pâles & rouges , ou fe-
ches , de Fleurs de Pcfché , de Violet¬
tes , ou Violât , de Pied-de-Chat , de
Pas-d’Ane, ou deTiiflilage, de Né¬
nuphar , & autres sirops fimplcs de
Fleurs, * loi
^S^/f/f^)^.V. scfeli de Marfeillcjt 5
Smilax t^fpera.W .i>2iKcŸ3.rci\\c.
solane Orientale. Voyez Coque du Le¬
vant. ii6
Soltinum Mexicantm , &c. Voyez Ja-
lap.
soldanclle ou Chou Marin. ijo
sorbcc d’Alexandrie, z,3.j
souchet d’Angleterre, ou de Flandre.
V.souchet rond. 66
souchet des Indes, de Malabar, ou de
Babylonc. ^ 65
souchet long, ou Cyperus. 66
souchet rond, ou Cypertts. Infrà
soude , &c fes différences. 1^7. 16S
soude de Bourde & soude de Varccq,
qui font de méchantes soudes.
Ipecacuanha. V. Ipecacuanha.
spienard.
ses différences,
squenanthe.
squine.
staéilé ou staéfen.
staéfé'en Larmes,
stadté en Onguent ou artificiel,
stadé ou Myrrhe Liquide,
staphifagre.
StercHs Dlaboli. V- ^Jpi-Fœtidar
stil de grain.
stcEcas Arabt^ ue.
stoccas Arabique blanc,
stœcas Citrin. ibidem
suc de Medic , ou syriniac. V*
y^etida, ’ -234 -Mi
suc
16S
i8tf
187
175
87
zyz
Infra
z8
V
181
i8z
de la première Partie,
tue de Rcglifïc blànc. 5>o
suc de ReglifTe de Blois. ibidem
suc de ReglifTe noir. ibidem
Succum Concretum. Voyez Aloës Cico-
trin ,ôu sucotrin.
sucre J Comment il fe tire des Can-
Teintuire dcBrcfil.
Teinture de Corail vraye S^fauffe. 1^4
Teinture de Myrrhe.
Teinture de Sel de Tartre. xxij. 1/4
Tembul ou Betel.
Térébenthine.
lies. >94
sucre & Tes différences. ^6
Sucre AlhaTur^ AlKafar^ . pj
sucre Candi blanc. p 8
sudre Candi roux. ibidem
sucre de Menbu ou Tabaxir. p-j
sucre d’Orge. pp
sucre d’Orge blanc. V. Alphænix. pS
sucre Rolar. pp
sucre rouge, ou Chiprci p-/
sucre Tors. 5>8
suin de Verre. icp
sumac de Port-cn-Poit.
sumac rouge. ibidem
sVjyc dTneenSi *170
’ Abac , ôifes differenceSi i;8
_ Tabac en Corde & en Poudre,
de toutes fortes. 7/8.159
Tabaxir ) ou Sucre de Menbu. pj
Tagliarini.- ip
Tamalapatra. V .Folium Indum. 141
Tamarins. ii»
Tamarins Confits. ibidem
Tamarins du Senega. ibidem
Tamaris, ou Tamanfc. riz
Tapfie,ouTapfia blanche.. . /8
Tapfic noire. 59
Tare, Goudian , ou Bray Liquide. zSp
Tartre blanc & Tartre rouge, xviij.zjo
Tartre Chalybé. xx. z 5 z
Tartre Hemetique. ihidi m
Tartre Martial , ou Criftal de Tartre
Chalybé. ibidem
Tartre Martial Soluble; ibidem
Tartre Soluble. z/î.xix
Tartre Vitriolé. xxij. z 5 4
TafTes, Barils, & Gobelets de 'Tama¬
ris. 173
Teinture de Benjoin;
■^83
Terebenthine commune , ou grofTe Te-
rebenthine.
Térébenthine cuite , ou Colopho-
ne. 290
Térébenthine de Bayonne, ou de Bor¬
deaux. z83.284.18j
Terebenthine de Cedre. 11^
Terebenthine de Chio. zSj
Terebenthine de Venife. Voyez Tcrc-,
benthine du bois de Pilatre , ou de
Lyon . ibidem
Terebenthine fine dubois de Pilatre ou.
dfc Lyon , que l’on vend fous le nom
dcTercbenthine de Venife. 284
Tereniabin , ou Manne Liquide. 23 9
TtrŸa-Aienia.
Terra- Mérita ïou^Ci
Thé.
H5
Theriaque , une des quatre grandes
Compofitions que les Epiciers peu¬
vent vendre. 14,
Thinca-Radoi .V .Girofle Royal. zoo. zoi
Thlafpi. y
Thore , ou Thora Major. 74
Thtts-Libanj ou Encens du Liban.Voyez
Oliban. z6p
Thuya, ou Arbre de Vie. 10/
Thymeléc, ou Thymclæâ.
ThpaleyPathly. Voyez Bois Néphréti¬
que. 110
Tormeniitla Sibefiris , Voyez Tormen-
tille. ibidem
Tormentillc. y ^
Tornefol de Gonftantinople. V. Tour-
nefol fin en drapeau. ^ y
Tornefol de Portugal. V. Tornefol en
Cotton. ibidem
Tornefol en Crefpon. ibidem
Tournefol cnDrapcau commun. i ^ y
Tournefolenpain. ibidem
Tournefol
en pâte , ou en pierre.
Tournefol fin en Drapi
Kf
156
53
Table
Trochifques , ou paftilles de Safran. ijS
Truffes , ou Tru mes. i6^.xxxj
Tiina jOiiOpontium y jx
Turbith. j7
Turbith gris. V. Tapfic blanche. j8
V
^ T tyéleriana Adajar , &c. V. grande
\ Valériane.
77
Vandles.
207
Vao ï{avendfartt y V.Noix de Girofle de
Madagafcar ,
13I
Vedafle, PotalTcou GcndalTc,
xxiv.2f<?
Feratrum ^y^lbum.
69
Verairum Nigrum.
70
Verd d’iris.
64
Verd de Veffic.
304
Verdun gros & petit*
100
Veretre, V. Ellébore blanc & noir.
70
Véritable Cire à Cacheter,
Z74
Vermicelli > V. Vermichcl.
ibidem
Vermichel blanc & jaune,
If)
Vernix àlaBronze, ou delà Chine, loo
vernix blanc , ou de Venife.
ibidem
vernix Commun,
ibidem
vernix d’Efprit de Vin,
ibidem
vernix Doré ,
ibidem
vernix Siccatif,
ibidem
vernix , ou Gomme de Genévrier ,118
verre foufflé , ou brillant ,
1 70
vertus du Baume de M. le Comman-
deur de Perne,
Z79
vigne blanche ou noire , V. "Bryon-
ne.
5^
vigne Sauvage, ou Bâtarde
, V.Pareira
Brava, ,
69
vins de Liqueur , & leurs differen-
ces.
Z45i.xvij
violes ,
1S8
vipérine , ou Serpentaire
Virginicn-
ne.
vifnague , ou Bifnague ,
188
vitex, V. Bifnague,
188
vitex , V. kA^us Cajîus ,
Urucu , ou Àchiotl , V. Roucou , 305
vray Sandarac ,
vraycTcinture de Corail,
217
i(>4
Ufnéc deChefne,
xCî.xxix
X
Antolinc , Voyez Semen-Cons
vermes > 2
Xilo-Balfamum ,
276
Y
01i,v. Tabac,
150
Z
r 'W Edoarc , V. Coflus lAmer » 60
^faZcrumbeth&Zcdoaire, 62.
Zingi , ou A ms des Indes ,
123
Zopiffa , Goudran , ou Poix Nava-
le.
z8
pn de U Table de la Première Partie, ^
la !•»
de la Seconde Partie de l’Hiftoire generale
des Drogues.
Concernant les Anïmmx Terreflres , Volatiles i Aquatiques , Amphibie si^
Reptiles, Jnfeéfes Coquillages ; leurs Parties , Êxcroijfances ,
autres chofes qm en proviennent , comme Soje , Laine , Poil , Plume^
Sang, Axonge ou Graijfe-, H mie i Cire j Miel^ Ç^c.
CAchalot , efpccc de Baleine. 74
Caillé de Lievre. 41
Camphur, ou Ane Sauvage. P
Canthaiides. 4^
Cantharides d’Italie. ibidem
Caret , efpcce de Tortu c . 83
Caftor , ou BieVre.
Caftoreum. ibidem
Cavial.
Cendres d’EcrevilTc. o .
Cervelle dt Requiert,
Chagrin. •
Chameau, &fes cfpeces, ou difFcrenccsi7
Chamois;
BAleinc & fes Efpcces ^ 7 ;
Baume noir , ou Labdanum Li-
c]uide.
Bcchct , efpece de Chameau , 27
Bel-Zaar , ou Maître du V eni» j V. Bc-
zoar. v
Bcher. ^
Beurre , ou Huile de Cire.
Beurre Salé. 4
Bezoard Animal. é
Bezoard d’Allemagne. 5j
Table
Cheli-Cancrotm iou Pattes d’EcrcvilTcs
de mer, ^4.
Cheval Marin. 80
Chien de Mer. 58
Cierges , & autres Ouvtagcs de Ci-
re.^ 54.55
Cire à Gommef, 5^
Cire blanche & fes différences» 5 5
Cire jaune. 53
Cire Grenée. 55
Cire Molle rouge & verte. fC
Cire noire des Indes , ihUem
Cire Vierge, V. Propolis, 54
Civette. I7
Civette de Guinée- où de Brefil, 18
Civette d’Hollande , ihïdem
Civette Occidentale, iyidem
Gœut & fôye de Vipères, V- Vipères fc-
elles , '61
Colle d’Angleterre , 32
Colle de Flandres, ibidem
Colle Forte , ou de Taureau , ibidem
Colle de Poiffon , 7/
Corne de Cerf préparée, 35
Corne de Licorne de mer , Voyez Nar-
wal , 8 O
Ciapaudine , ou Pierre de Crapaud, 72
Crin de Bœuf, 3a
Cuirs de Barbarie, ibidem
Cuirs d’Hongrie, ibidem
'D
DAuphins, 90
Dantalé , 104
Dents de Cheval Marin , 81
Dents de Sanglier , 41
Dragons qui tuent les Eléphants , 25
Drapier, V. Alcyon de France, 4<?
Dromadaire , eEpccc de Chameau , z 7
E
F Au de Miel, 53
Eau de tête de Cerf, ^ 34
EauTheriacalc , 65
Eau T heriacale de M . Charas , 66
EauThcriacale de Montpellier dcBau-
deron ,
ibidrm
Ecailles de Caret , ou Tortue ,
8/
Ecreviffes de Mer,
5>4
Ecreviffes de Rivière ,
ibidem
Elan , '
H
Eléphant,
Z4
Efearbot ,
3
Efprit Acide de Sel Arinoniac»
30
Elpritde Corne de Cerf,
3S
Elprit de Miel,
S3
Efprit d’Yvoirc,
Efpiit Volatil de Sel Armoniac^
30
Effence d’ Ambre gris ,
5^
Efturgeon,
77
F
1^ Anons de Balaine,
74
J/ Fauffes Mumics,
6
Flambeaux de Cire blanche
OU jau-
ne ,
55
Foyes & Boyaux de Loup,'
4ï
Frégate ,
44
Fromages Etrangers de toutes fortes, 41
G
Abbaras , Voyez Mu mies, /
Git'^ella /««/ic4,V.Mufc,
Graiffc d’Auftruchc , 44
GrailTc de Blaireau , où Taiffon , 41
Graiffe d Ours , ibidem
Graiffe de Vautour, é 44
Graiffe & Huile de Vipère,
Graiffe & Poulinons de Renard , 41
H
H Ayc t y oyez Requiem. ^6
Hcgin , efpccc de Chameau , 17
Hiftoire de l’Efcarbot, 3
Hommar , ou groffe Ecreviffe de
mer, 5,4
Huile de Balaine ou de grande baye, 74
Huile de Caret, 85
Huile de Clo-porte, yz
Huile de Crapaud, ibidem
Huile d’Efearbot, 3
Huile
de k feeonde Partie.
Huile deKaoiianné, 8/
Huile de MarfoüinarGmatiféej &: non
Manière de prendre IcÆhns. aùx àd J. i p
Marc de Mouches J
aromatiféc -,
91
Marroquin noir de Barbarie ,
38
Huile de Miel 3
J3
Maroquin rouge du Levant,
ibidem
Huile de Perles ,
105
Marfoüin ou Cochon de mer.
91
Huile de Scorpion fimple & compo-
Martinet Pefeheur, Voyez Alcyon de
fée,
France 3
46
Huile de Sel Armoniac 3
31
Miel,
Huile de Tortue Franche,
8/
Miel blanc de Narbonne j
52.
Huile noire de Corne de Cerf,
3;
Miel blanc de pays.
ibidem
Huile ou Beurre de Cire ,
;4
Miel blanc de Provence,
ibidem
Huile ou GrailTc de-Fregate,
4J
Miel jaune de Champagne &
autres
H^ile ou GrailTe de Vipere ,
61
lieux.
ibidem
Huitres Calcinées,
107
Miroir fur les Peaux de Chagrin, ce
que c’eft.
40
I
JAmbonsdcMayence, de Bayônnci
& autres , 4r
Imperudor , OU Empereur ^ Poiffon de la
Mer Mediterance j . ^o
K
Aoüannc
tue.
eipcce de
Tor-
84
37
Baume
Ljhdanum en Tortis.
Labdanum liquide ,
noir j
Lnhdanum naturel où en Barbe j ibidem
Lai ncs,avcc leurs noms & diftcrcnces, 35
Lamantin , ou Vache Marine , & com¬
ment fe fait la pefche de ce Poif¬
fon , 8 J
Larmes de Cerf; 3C
Licorne de Mer , ou Harwal; 78
Licorne, &fes cfpeces , 9
Luminaires , & autres Ouvrages de Cire
de toutes fortes , y4.
Mitridat , une des quatre grandes com-
pofitions que les Epiciers peuvent
vendre,
Moelle de Cerf j 3y
Mortadelles de Provence 3 41
Mouches à Miel, V. Abeilles, 47
Môüches Faiheantesi V. au Chapitre
des Abeilles, fi
Mouton ou Belier, 31
Muge ou Mujon, dont les oeufs font
ce qu’on appelle de laBoutarquc.
MumiCi 2*
Mumie blanche, ^
Mumie contrefaite , ou faulTcj ibidem
Mufe. 14
N
N
Acre de Perles; 104
Narwal, ou Licorne de mer.78
lo^
4T
3S
3*-
loÿ
Nerita.
Nids d’Oi féaux:
Noir de Cerf.
Noir d’Os.
Noir d’Yvoirc , ou de Velours.
Nombril Marin.
O
M
M
J^Manati , ou
Voyez Lamantin,
Agiftere de Perles.
Vache
103
Marine,
8z
OCuliCancri^ Ou Pierres d’Ecre-
viffe.
Oefipe. 33
Oifeau de faint Martin , Voyez Al-
L1
Table
cyon de France.
4<r
Plumes d’Auftruchc.
44
Ongle odorant , ou 'Blatta Bi
'%an-
Plumes de Cigne.
46
lia.
107
Poil de. Chameau.
z8
Ongle, ou Pied d’Elan. a
13. 24
Porcelaine en Coquillage.
I04
Orviétan, 6<:fa compofition.
^7
Poudre de Clo-porte.
Os d’Auftruchc,
44
Poudre de Crapaud.
ibidem
Os de Cœur de Bœuf.
32-
Poudre de Cervelle de Requiem.
9(î
Os de Cœur de Cerf,
3J
Poudre de Vipere.
Os de Seiche.
9^
Poulmons de Renard.
41
Ouvrages de Cire de toutes fortes.
54-
Priape de Cerf.
35
5j. //f
Propolis, ou Cire Vierge.
54
P
Purification de Sel Armoniac.
30
r Paftillcs , ou Trochifqucs de Vi-
pcre. (>i
Pazan , Voyez Bezoard. i o
Peaux de Bouc. 37*38
Peaux de Callor. ii
Peaux de Chagrin, & leurs différen¬
ces. 40
Peaux de Chien de Mer , & autres Poîf-
fons. 88
Peaux de Vautour. 44
peaux fraîches. 38
Perles , leurs différences. *>7
Leur formation la pefche d’Iccl-
les. 10 O* loi
Perles à l’Once, à Piler, ou a Broyer,
V. Semence de Perles. I03
Perles d’Ecoffe &: de Bavière. 59
Perles fauffe d’Ecoffe &: de Bruxel¬
les. 103
Pefcherics des Perles Orientales & Oc¬
cidentales. 98.99
Phiburon , V. Requiem.
Pied d’Elan. ^3* 2-4
Pierre d’Aiglc. ' 44
Pierre de Fiel, ou Bezoard de Bœuf. 31
Pierre d’Hyrondellc. 46
Pierres d’Ecreviffes, V.OcH/iCawcri. 94
Pilons , ou Rats Mufquez. 4 1
Pinceaux de Blaireau. ihïLm
Pinceaux de Cigne. 4(î
Pinceaux de Sanglier. 41
Piraffoupi. 10
plume 6e Duvet d’Oye, 6e autres Vo¬
lailles. 46
R
R A pu rc de Cor ne de Cerf. 3 $
Rapurc d’Yvoire. 25
Rats Mufquez , ou Piloris. 41
Requiem. 9^
Rhinocéros. ii»
Rhoar , V. Narwal. 78
Rognons de Rats Mufquez. 41
Roufl'ettes , ou Doucettes. 88
S
SAng de Bouc. 37
Sang de Bouc-Eftain. 39
Sangfucs. 7I
Sardines. 90
Sardines Seches. 91
Sauciffons de Bologne. 41
Sel Armoniac artificiel. 29
Sel Armoniac fixe. 31
Sel armoniac naturel de deux for-
rcs. z8
Sel de Perles. I03
Sel fixe ^ volatil de Cheveux. 7
Sel fixe S>L volatil de Crâne humain.
ibidem.
Sel fixe & volatil de Sang humain.
ibidem.
Sel fixe 6<: volatil deVipere. 6i
Sel fixe 6<: volatil d’Urine. 7
Sel volatil de Clo-porte. 71
Sel volatil de Corne de Cerf. 3/
Sel volatil de Crapaud- 72*
Semence de perles. 103
de la fécondé Partie.
Soldats , ou Cancelles.
Solen. 107
Soyc crue, Soye Grcgc , ou en Mataf-
fc. 71
Spode. id
Sûmes Marins. 68
Suif de Boucs ou de Chevre; 37
Suif de Cerf. 3;
Suif d’Irlande; 33
Suif de Mouton , ou de Marque.
Suif d’Ours. 41
T
TAureau; 31
Theriaque. 6t
Theriaque d’Androttiaquc commune
& compofée. 63
Theriaque des Pauvres ou des Alle¬
mands. 65
Theriaque Diatclfaron. ihidem
Theriaque reformée de M. d’Aquin.
ibidem.
Thon , ou Thoninci 89
Thons defoflez. 90
Tortue 6c fes cfpeccs. 84
Tortue Franche. ihidem
La Pcfchc des Tortues; ^
Trochifques de Ciphi.
Trochifqucs d’Hcdycroy. 64
Trochifques deScilles. ihidem
Trochifques ou Paftilles de Vipere. 6i
THhiili Marini. 10 r
V
VAchc Marine , VoyeSü Laman¬
tin. Sz
Vautour. 44
Veaux d’Angleterre; ^
Vers i Soye. , yo
Veflies de Cerf.
Vinaigre Thcriacal.
Viperes. co
Viperes feches; ci
Vmhelicus Matinus, V. Nombril Mai»
rin. 106
Vnguis Odoratusi Voyez flatta Bi:;(an>
tia. 107
Ufnéc humaine.
1
YSard ou ChamoSs , Voyez Cha¬
mois,
Yvoire, ou Ivoire. a.j
de U Table de la fécondé Partie»
TABLE
delà Troifiéme Partie de IHilioiregenerale
des Drogues.
Çoncernant les Foffilles s Sça^oir^ les Ale'taux 3 demy-Métaux , Marca-
Jites , Minéraux J Pierres précieufes ^ autres ^ les Bitumes 3 Terres,
chofes qui en procèdent, comme les Crijiaux Emaux, Teintures ,
Couleurs , Extraits , Efprits , Huiles , Sels , Ejpnces , Par¬
fums ^ ^c.
I A
A Cier , & la différence de fa trem-
Alun deRocho, Alun blanc, ou Alun
pc. ^
lo
de Glace ^ Voyez Alun d'Anglctcr-
Acier à la Rofe.
f ihidem
re.
81
Acier de Carme.
ibidem
Alun de Rome.
ibidem
Acier de Damas.
ibidem
Alun Scayolle.
82
Æs Vjlum , ou Cuivre brûlé.
30
Alun Scicille, V. Alun de Plume. 80
Æj Vfîum préparé.
6
AlunSuccarin ouSaccarin.
8z
Agaric Minerai.
UC
Ambre jaune.
83
Agathes.
loO
Ambre noir , V. Jays ou Jayet*
8j
Aimant.
Co
Mnatfum, V. Natrum d’Egypte.
73
Aimant Arfenical.
68
Ancre de la Chine.
p6
Aimant blanc.
61
Angélique, V. Poudre Al garot.
J8
Aimant du Clocher de N. D. de Char-
Antimoine d’Auvergne.
/i
très.
ibidem
Antimoine de Bretagne.
ibidem
Aimatiftes d’Ativergne Sc de Cartha-
Antimoine d’Hongrie.
ihidem
gene.
200
Antimoine de Poitou.
ibidem
, V. Tripoli.
Antimoine deSiam.
Albâtre.
MO
Antimoine Diaphoretique ^ ou
Dia-
> ou Albeftes.
80
phorctique d’ Antimoine.
/7
i^ihumiV. Pompholix.
zp
Antimoinefondu, & non crud.
53
Alquifoux.
41
Antimoine Minerai ou crud , Ton ufap-c
Alun.
79
& fes différences.
fl. fl
Alun brûlé.
8z
Antimoine Vitré , ou Verre d’Anti-
Alun Catin.
ihidem
moine.
5f
Alun d’Angleterre.
81
Aphro-nitre.
73
Alun de Civitavefche , Voyez
Alun de
Arcane Coralin , ou Précipité
rou-
Rome. *
SI
zi
Alun de Liege ou cie Mezicre.
8z
Argent.
5
Alun de Plume.
80
Argent de Coupelle.
C
Argent
de la troifiéme Partie.
Argent- vif, ou Vif-Argent.
l*i^pendix.
Aromats des Philofophcs.
Arfenic blanc artificiel.
Arfenic blanc naturel.
Arfenic cauftique.
Arfenic Criftalin.
Arfenic rouge'.
Avanturinc artificielle.
Avanturinc naturelle.
Auripeau.
BAdreoled’Or. 3
Baume ardent. 8/
Baume de Saturne, ou Huile de J)lomb.
^8
Baume de Soufre. 53
Baume de Soufre anîfé. ibidem
Bcrillc. 100
Beurré d’ Antimoine:
Beurre de Nitrc. 78
Beurre de Saturne. 49
Beurre ou Huile d’ Arfenic. d8
Bczoârd Jovial. ^4
Bezoard Minerai. 59
•Bifmuth , ou Etain de glace: 25
Bitumes en general. 83
Bitume de Judée.
Bitume Limonneuv. 94
Blanc d’Efpagiic , ou Bezoard Jo¬
vial. 24
Blanc d’Efpagne j ou blanc de Per¬
les. 16
Blanc de plomb. 44
Blanc de plufieurs fortes. i ij
Bol blanc, ou Marne. ibidem
Bol du Levant, ôu d’Arinenic, & au¬
tres. îij
Bol en Bille , ou Broüillamihi . ibidem
Borax naturel , brute , Ou gras. 7 8
Borax fec , ou rafiné . 78- 7 V
Bronze. 29.33
Broüillamini , ou Bol en Bille. 113
Brun rouge. 114
CAchou. III. ^ à bi^^endîx
Cachou préparé* 112
Cadmie ou Calamine.
Calamine blanche.
Calamine blanche , ou Porhphôlix.
Calamine préparée, cz
Calcanthum, ou Vitriol rubifié. 3^
Calchitis , ou Calcitc. 34
Cauftique perpétuel.
Cendre blûe. 103
Cendre de Bronze , Voyez Pompho-
lix. 2. P
Cendre ou Ecume de plomb. 43
Cendre verte , ou Verd de Terre, lox
Cerbère, Dragon, ou Sel d’Enfer, Voyez
Salpeftre. yi,
Cerufe de Venifé.
Cerufe ordinaire i où d’Hollande , ou
d’Angleterre. ibidem
Cerufe ou Chaux d’Etaiii 24
Cerufe rubifiée , Voyez Sandix & le
quatrième Maflicot.
Charbon de Terre. 87
Chaux d’ Antimoine, V. Diaphoretique
d’ Antimoine.
Chaux de plomb , Voyez Cerufe de
Venife.
Chryfocollc , V. Borax naturel. 78
Cinabre artificiel. 17
Cinabre d’Antimoinc. 3 8
Cinabre minerai , ou naturel. id
Cobakhum. iio
Colcothar artificiel. 39
Colcothar naturel. 3^
Comperofe d’Angletcrrè. 3^
Comperofe de Pifc. ibidem
Comperofe de Suede. t^itx t^idditions
Comperofe blanche. 37
Comperofe blanche calcinée. 3y
Comperofe d’Allemagne. 37
Comperofe , ou Vitriol de GolTelar ,.ou
de Saxe. ibidem
Confeétion d’Hyacinthe. jg
Crapaudine.
Crayé de Briançon. loy
Table
Craye de Champagne, Iij
Crayon en poudre , 41
Crayon , ou Plomb de mine , il^idcm
CriUal Minerai , ;>y
Crilb.l de Madagafcar, iio
Criftal de Roche ,
Criliaux d’Argent, 6
Ci'iftaUx de Mar? , it
Crildaux de Verdet , 32.
OocHs /V/tfmTV. Safran de Mars. ii
Crocus Mctallorum t
Crocus , ou Safran de Cuivre , 30
Cuivre , i8
Cuivre de Rofetxe, ihtdem
Cuivre Jaune , ihidem
D
Dt imant d’Alcn(jon , ioo
Diaphoretique d’ Antimoine, /p
Diaphorctique d Etain,
Dipnrygcs , 3 3
Dragon , Cerbcrc , ou Sel d’Enfcr,
Voyez Salpêtre > 72-
E
F Au ou Efprit d’ Alun ^ 8 1
Eau forte, 7/
Eau Rcgale , ou Royale , ibidem
Eau Seconde, ibidem
Eau féconde , ou Efprit de Vitriol Ph.38
Eau Scipiciquc, 3^
Ecailles de Bronze , 33
Ecume , ou Cendre de Plomb , 43
Emaux & leurs différences , ij
Emeraudes , 5>P
Emcril commun j 63
Emeril d’Efpagnc, ibidem
Emcril rouge , ibidem
Emctiqiie , V. Poudre Algarot , 5^
Efprit , ou Eau d’ Alun, 82,
Efprit de Karabé , 8;
Efprit de Nitix, 74
Efprit de Nitre dulcifié , 75
Efprit de Saturne, 4p
EfptiC de Sel , 72,
Efprit de Sel dulcifié , ibidem
Bfprit de Souphre,
Efprit de Souplire redific , ou Huile
de Souphre, ibidem
Efpnt de Vitriol , . ; 38
Efprit deVitrioljOU Eau Scconde.ii»/4/f/w
Efprit de Vitriol Philoiophique. ibidem
Efprit Martial, cz
Efprit ou Huile de Vitriol , 3J
Etain &c fes différences , 22
Etain commun, ' 23
Etain de Glace naturel , z j
Etain de Glace ordinaire , zj
Etain en feüilles , 25
Etain en poudre , 24
Etain plané d’Angleterre , de Cor-
noüaiile , Criitallin , à la Rofe , ou
d’ Antimoine, c'ciUamêmechofe, 23
Etain foniiant , ibidem
j' Auffes Hyacinthes, ou Jargons.'^S
' Faux Alun brûlé , 82.
Faux Karabé, 84
Faux Lapis, 2-7
Fer , ou Mars ; &: la manière de tirer le
fer de la Mme pour en faire du fer de
fonte, 7.8*
Fer en Barre, 8
Fer en Verge, ou Fil de Fer, ^
Fer noir &: Fer blanc ibidem
Fer Ouvré & non Ouvré, aux additions
Fcret d'Eljpagnc ,
Fleur de Souphre, fes différences , po
Fleurs d' Airain, ou Pompholix, zp *
Fleurs d’ Antimoine, 57
Fleurs de Bifmnth, , ztf
Fleurs de Bronze, 5j
Fleurs d’Etain ou de Jupiter, 24
Fleurs de Mars, (;t
Foflillcs en general , I
Foyc d’ Antimoine,
Anguc , cfpece de Marbre, 41
f Gccit, ou Geais , ou plûtôt Jays
ou Jayet, 8/
de la troifiéme Partie.
G ilia Vitrioli > ou Vitriol vomitif, 3 8
Girafole, 100
Glofopctra, ïio
Gobelets de Régule d’ Antimoine ordi¬
naire, 54
Gobelets de Régule d’Antimoine avec
le Marc ,
Grenats,
H
5^
87
ibidem
ibidtm
Huile d’Antimoine càuftiquc.
Huile de charbon de terre ,
Huile de jaye ou Jayet>
Huile de Karabé,
Huile de Karabé blanche ^
Huile de Karabé rcdifiée.
Huile de Mars,
Huile de Mercure,
Huile de Petrole blanche ,
Huile de Petrole noire de Gabian,
ibidem
Huile de Saturne, ou Baume de plomb.
. 48
Huile deSouphre , ou Efprit de Sou-
phre redifié, 5?z
Huile de Vitriol, 38
Huile Glaciale , ou Beurre d’AntimoU
ne, 59
Huile ou Beurre d’Arfenic, 6%
Hyacinthe,
Adc,
Jargons,
Jafpc,
103
Jaune de Naples,
Pi
Jaye Jais, ou Jayet,
Juppiter, V. Eftain j
2t
K
Arabe,
84
ïs Karabé , Succin , ou Ambre noir,
V. Geais , Jaye , ou jayet , 85
Kobaltum, ou Cobalthum , 11 0
^2-
10/
5;
ioo
LAit ou Magiftere de Soup:
Lapis f^miantus >
Lapis CyaneHS > ou Slellatus , V. Lapis
LaXyli » ibidem
Lapis La-zuli , ou Pierre d’Azur , ibidem
Lapis Lazuli de France , ibidem
Lapis Mirabilis >
Letier ,
Lin incombuftible.
Liqueur de Cuivre ou de Venus ,
Liqueur de Mercure ,
Litarge artificielle ,
Litarge naturelle ,
Lithomarga , ou Lait de la Lurlc ,
Lune cauibque j
M
40
4
81
32-
2Z
47
4^
^7
104
i faulTes Hyacinthes, 9 g
Agalaife, Mcganefe, Magne,
ou Magncfe , & fes dilFcrcn-
, ees, 64
Magiftere d’Antimoine, 60
Magiftere de Bifmuth ,
Magiftere d’Etaiii, 24
Magiftere de Saturne , 45^
Magiftere , ou Lait de Souphre , 92.
Magnepa Opalina, V. Rubine d’Anti¬
moine, 57
Malaquitte , 100
Marcafite d’Or , d’Argcnt , Si de Cui-
4. 5
m
1-7
4<s
80
vre,
Marga ,
Marne , ou Bol blanc ,
Mars, V. Fer,
Mars Diaphoretique ,
Mafficot blanc, jaune & doré,
Meche perpétuelle,
Melanteria j au Chapitre de la Calchi-
Mercure, V. Vif-Argent, ou Argcnt-
, H
Mercure crud, Mercure coulant, Hy-
drargire , &c. j.
Mercure de plom b , 4 ^
Table
Mercure revivifié de Cinabre , i8
Mercure vierge, I4
Métail , ou cuivre compofé, 33
Métaülx en general > leur nombre 6c
leurs différences , 1
Mine dé Mercure,
Mine de plomb noire. Voyez Plomb de
mine, 41
Mine de Plomb rouge , ou Miniumy 44
Minéraux en general , jr
Mines d’Argent^ j
Minière, ou Mme de Fer, & là manière
de tirer le Fér de la Mine pour en faire
du Fer de fonte, 8
Minières d’Or, & les differentes voyes
de trouver ce prétieux Métail , j.
Miniitm» 44
MtJtj au Chapitre de la Chalcitc, 34
Moelle de Pierre , ou Lithomarga , ii6
Moncii'|uc, 40
K
Aphta blanc , ou Huile de Pe-
treol blanche, 5^5
Naphta de differentes couleurs , pj
Naphta d’Italie ou de Montfeftin , p 4
Naphta, ou Bitume Limonneux, p4
Natrum d’Egypte y ou Soude blan¬
che 3
Ntl y Nthil , Nihili x^lhum >
Nitre fixe , ou Souphre fufilc y
Nitrc Folîile ,
Nitre , ou Salpêtre ^
Nitre Vitriolé.
O
73
77
78
7i
78
OCrc , & fes différences , ii^
Ocre jaune , O cre rouge , fuprà
Or , & les differentes maniérés de le pu¬
rifier, Z
Or d’Allemagne iS
Or d’Allemagne en Coquille , ihidtm
Ordes Akhimiftes, z
Or en Aurillct , ibidem
Oren Coquille, ou en poudre, 5
Or en Fcüilles de plufieurs maniérés, ib.
Or en Poudre,ou Moulu. 4. ^ auxadd.
Or Fulminant ou Safran d’Or , 3
Or vierge, ou naturel. 2,
Orpin ou Orpiment.
Orpm jaune. CC
Orpin rouge, ou Arfenic rouge. ibidem
Olteocolle. 110
O utremer , ou verd d’ Azur. loz
P A nacée Mercurielle.
Peridot. lOo
Perigueur, ou Perigueux.
Petrolleum , ou Huile noire de Ga-
bian.
Pharmacitis > V. Terre Ampclitc. 8 7
Phofphore , & fes differcns noms. 107
V\ciiCi^momit< s iio
Pierre Arménienne. loz
Pierre Bclemnite. I07
Pierre Calamine, ou Calaminaire. cz
Pierre d Aigle. 108
Pierre d’ A db , ou Aflienne. xio
Pierre d’Azur. 101
Pierre de Boulogne. 107
Pierre de Florence. loo
Pierre de Goa. à l'Jpendix
Pierre de Lyn , V. Pierre Belemnite: 107
Pierre de Phénicie , V- Pierre Judaï¬
que. locr
Pierre de Ponce. 107
Pierre de Sang. iio
Pierre de Syrie ,V. Pierre Judaïque, lo^
Pierre Etoilée. iio
Pierre Hématite. ^2
Pierre Infernale. c
Pierre Judaïque. I06
Pierre Mcdicamcnteufc. 40
Pierre Médicinale, ou Medicamcntcufc
de Crolius, 3 9
Pierre Néphrétique. 104
Pierre noire, ou Terre Ampelite. 87
Pierres pretieufes & communes en ge¬
neral, ce que c’eft. 97
Pillulcs perpétuelles.
Pirafphalcum artificiel.
Pifafphaltum naturcl,ouPoix de terre5)4
de la ifecondè Partie.
Pipes à Tabac.
plombagine , ou plomb de mer ,
V. plomb déminé. 41
plomb brûlé. 43
plomb de Mine J ou Crayon, 41
plomb en poudre. 43
plomb en laumons. 42
plomb minerai. 41
Polycrefte , V. Sel de Polycreftci 37
Pompholix. ap
Potéç d’Emeril. 1^4
pochée. 24
Potelot , V. Plomb dé mine. 4a
Poudre à Canon. 96
Poudre Àlgarbt , ou Mercure de Vie. / 8
Poudre de Sympathie. 36'
Poudre Impériale. ^6
Précipité blanc. ao
Précipité de couleur de Rofe. xi
Précipité jaune. ibidem
précipité rouge. 20
précipité vert. . 12
préparations des pierres & des Terres. 116
purification de l’Argent.
i>anfication de l'Or. x
purification du Sel Marin. yt
purpunne. 2^
pyrites , ou . 35
Q.
Q
X;», OU Pyrites; 35.40
R
Égule d’Antimôirie avec le Mars.
Safran de Mars aftringent. ibidem
Safran d’Or , ou Or fulminant. 3
Safran des Métaux. j6
Safrc,.ouZafrc. 6;
Salpcftre , & fes différences. yx
Salpeftre fixe. 74.
Salpeft refondu. ibidem
Sandarache des Grecs. 66
Sandix en fon Chapitre , ou en celuy des
Maflicots. 46
Saphirs. joo
Sanguine fine & blanche. 6^
Sardes. ibidem
Saturne , V. plomb. i. 41
Scamonée préparée, ou Diagrede, ou
Scamonée mal préparée.
Sel Arcifibrilc, ou Fébrifuge,
Sel blanc de Normandie.
Sel d'Enfer,V. Salpêtre.
Sel d’Etain.
Sel de Lorraine & de Comté;
Sel de Pierre Judaïque.
Sel de Prunelle.
Sel de Soufre,
sel de Vitriol;
Sel Fofiile.
Sel Gcfme, ou Gemme.
Sel Gemme de Catalogne de quatre cou-’
leurs.
Sel Marin.
Sel Marin décrépite.
Sel Nitre, V. Salpêtre fondu.
Sel, ou Vitriol de Mars,
88
77
71
7^
24
71
10^
7/
pi
35»
70
6^
ibidem
70
71
74
II
IX 74
Sel Polycrefte.
7^
Régule d’ Antimoine ordinaire.
ibidem
Sel Polycrefte cryftalifé.
77
Rcsule d’Arfcnic.
6%
Sel Saturne, ou Sucre de Saturne.
48
Rceule d’Etain, V. Etain de Glace or-
Sel volatil de Karabé.
8/
dinaire.
16
Smedin , ou Solcter , au Chapitre du
Régulé d’Or.
3
rouge d’Inde.
11;
Rouge d’Angleterre , V. Rouge
: d’In-
Sirop de Mars aftringent.
»3
de;
Infra
Sirop de Mars avec le Tartre.
ix
Rouge d’Indé.
ni
Sirop de Mars épaifli.
ibidem
Roy des Métaux ,V. Or,
X
Sory , au Chapitre de la Chalcitis.
34.
Rübine d’Antimoine.
57
Soude blanche, ou JSfatrum d’Egypte. 73
Rubis.
ioo
Souphre d’Antimoine ,• V. Magifterc
d’Antimoine.
6 a
S
Soulfre d’Arfenic,
f6S
^ Afran de Cuivre.
30
Soulfre de Nicaragua , de la
porte
^ Safran de Mars apéritif.
n
faint Martin à Paris.
Table de la Troifiéme Partie.
Soulfüc de ibidem
Soulfre de SuilTe. • ibidem
Soulfre doré d’ Antimoine. <;o
Soulfre en Canon, ou en Magdalcons.88
Soulfre Fufîble,ou Nitrc fixe. 77
Soulfre gris , V. Soulfre vif. 8 7
Soulfre minerai. 8 8
Soulfre verd de Marfeille. 5)0
Soulfre Vif. 87
Splc. \06
Spode des Grecs, V.Tutie. 33
Spode en grappe, ou Tutie. ibidem
Sccv;dmargay ou Liihomarga. 116
Sublimé contrefait. ' 68
Sublimé corrofif. j8
Sublimé doux. i5> ■
Su-ccin , ou Karabé. 83
T
AlcdeVenife. 104
Talc rouge , ou en feüilles. 105
Teinture d’Antimoinc.
Teinture d Argent. 7
Teinture de Karabé. 8j
Teinture de Mars.
Teinture de Mars aftringent. 13
Teinture de Mars avec le Tartre. u
Teinture ou Sirop de Mars épaifli, ou
Teinture épailTe de Mars. ibidem
T erre Ampelitç , ou Pierre noire. 87
Terre Areneufe. ild
Terre àVigne,V .Terre Ampelite. 87.116
Terre Cimolicnne. il6
Terre de Chio. ibidem
Terre de Cologne. 114
Terre Eretienne. 116
Terre Lemnos , au Chapitre de la Terre
li gelée. 11 z
Terre de Mexique. iiy
Terre d’Ombre. 114
Terre de Perfe ou rouge d’Inde. ii/
Terre morte de Vitriol , V. Colcothar
artificiel. 39
Terre famienne. 116
Terre fcluficnnc. ibidem
Terre figclée. iii
Terre verte ou de Veronne. 114
Terres en general. iii
Tôle grande & petite. 9
Topalcs. 99
T ripoli , & fes differen ces . 115
T rochifques de Karab é . 84
Turbith minerai, V. Précipité jaune. 2,1
Tutie d’Alexandrie , ou spode des
Grecs. 33
Tutie d Orléans. 34
Tutie préparée. ibidem
V
VEnus,V. Cuivre. /. iS
Verd calciné , ou diftillé. 3^
Verd d’ Azur, ou Outremer. loi
Verd de Griscnllalifé. 31
Verd de Gris naturel. 30
Verd de Hongrie, V. Verd de Monta-
gne. 30. 3z
V erd de Montagne , ou de Mer. ibidem
Verd de terre , ou Cendre verte. loi
Verdet , ou Verd de Gris. 3a
Vermeil. . 100
Vermillon. 17
Vermillon commun. 46
Vernix,d’Erprit de vin, ou de Karabé.84
Verre d’ Antimoine. 3/
Vif-Argent, ou Argent-Vif. 13
Vinaigre de Saturne. 49
VinEmetique. ^ ^7
Vitriol de Chypre de la Compagnie. 36
Vitriol de Chyprc,ou de Wou^nedbidem
Vitriol de Lune. c
Vitriol de Mars. il
Vitriol de Venus ou de Cuivre. 31
Vitriol Romain. 33
Vitriol rubifié. V. Colcothar artifi¬
ciel. 39
Vray Précipité rouge. xi
VrayeEauPhageudenique. ibidem
Z
ZAfre , ou Safre. <^3
Zinc naturel , ou Minerai. 49
Fm de la Fable de la troifiéme Partie,
APENDIX 01) ADDITIONS,
de la première P artie J avec plufieurs Phrafes oh Mots c^ui doivent
être changez^,
P Age 6. ligne 4. après Ammi, lifez Cumin d’E thiopie ou Ethiopique.
A la meme page ligne 5. au lieu de dire que l’Ammi a les fcü.llcs comme l’Aneth, il faut lire petite
& dentelée.
Page I 3. ligne 2i.au lieu de lire qu’il vient de l’Anis de Chinon , il faUt dire qu’il vient defaint Genou
proche de Tours.
Page lé.àlafin de l’article du Bunias^on remarquera que M. Tornefort condamne ceux qui difent ou
qui cmployeritla Semence de Bryonne pour celle de Naveau Sauvage.
Page 17. après la ligne pénultième, ajoutez qu’il eft bon de remarquer que les Choux Sauvages Je France
& de Flandre qui font de même efpcce, ptoduifent toutefois une graine differente en qualité aulli-
bien qu’en groll'eur, celle de Flandres cft plus grolfe j mais l’Huile de Colfa qui en provient, eft in-
• fcrieurc en bonté à celle de Champagne , de Brie , ou de N’ormandie.
page. I 8. ligne, 7. au lieu de Caffè cft en party , liiez Caffe a été mis en party.
Page 18. ligne 8. apres le mot d'Europe, ajoutez que le Ris vient ordinairement dans l’eau , & quel¬
ques- uns difent que qaoyque l’eau croifle, fon épi eft toujours au dclTus de l’eau.
Et à la dernière ligne de la même page , au lieu de Legumes , liiez G rains.
page 22. lifez que la Flcurde laLuzerne eft fcmblable à celle du Melilot bu des Truffes , &r non à cel¬
les des Mauves.
page 24.. lifez que les feuilles du Mahalep approchent de celles du Ceriller, & u,ônde celles des Orties.
Page 26. liiez que les Fleurs des Myrtes (ont en ïloles & non en Clochettes,
A la même page il faut ajoûter qu à l’égard des Myrtilles tpc nous vendons, ne font point les Bayes des
Myrtes, aiiîfi que M; Charas me l’a aS'uré : mais font félon M. de Tornefort, les Bayes du rUisIdea ,
décrit dans tous les Auteurs, & fort commun dans nos bois.
Page 38. ligne 19. après le mot de Sophifticper, ajoutez qu’ils vendnt.
Page 3 9, comme la Rofe de Jerico ii’eft d'aucun ufage dans la Médecine , & que je n’en ay îait gravet
la Figure que pour faire connoître quelle cft bien differente d’avec C Amormm Race mofum A l’égard des
vertus que l on luy attribue de s’cpanoiiir dans l’eau la veille de Noël, ou quand une Femme veut ac¬
coucher, je n’en diray nen pour n’en être pas certain.
Page ^6. J’ay jugé à propos de rapporter icy ce que M. de Tornefort m’a donné touchant l’ipeca-
cuanha.
De Mpecacuanha.
ON apporte trois fortes d’Ipccacuanha d’Amérique : SçaVoir , la blonde , la noirâtre & la blanche.
La blonde vient du Pérou , & nous la recevons de Cadiz. Les Efpagnols l’appellent Bcxugillo ^
que nous prononçons Becouguille. Ses plus groffes racines ont environ trois lignes d’épaifleur. Elles font
tortues, ridées par anneaux-, blondes, traverfées dans leur longueur d’une cordc ou nerf plus pâie , 5c
cette corde cft revetu'é d’une écorce épailfc d’une ligue, caftante lors qu’elle cft fechc , amere , refineufc,
& dans laquelle fe trouve la plus grande vertu. Les racines qu’on vend ordinairement font épaillcs de-
fi'iis une ligne & demie à deux , & ne laillent pas que d’être tres-bonnes. Elles guéri lient les plus viell¬
es d ffenteries , & ce. les même oit le Reüum cft ulcéré par le (ejour des matières. Elle fait ordinaire¬
ment vornir. J ay pourtant guéri des perfonnes qui n’érant pas difpofécs nature lemenr à vomir , ont
rendu bca -.coup des matières par les felles , apres avoir foufferc des grandes naufées ; & j’ay toujours re¬
marqué que ceux qui n’avoient pas des naulccs ne guerifoient pas. Ce qui me fait croire que non-fculc-
ment l’eftomac eft debarrafte des matières étrangères qui en corrompoicnt le levain j mais que la maiîc
du fang fc décharge par les glandes qui tapiffent cette partie, 5c tout ce qu’on appelle les premières
voyes de quantité de ferofitcz qui emportent les fcls heterogencs qui produifoient cette maladie } de fa¬
çon que tontes ces humeurs fc ptecipitans dans les inceftins des perfonnes qui ne fçauroient vomir naturel¬
lement , elles les délivroient decette facheiifc maladie. Et l’on peut affurcr que nous n’avons pas de remède
qui agilîe lï promptement & fi lii rement. La doze ordinaire cft de demi gros ou un gros dans du vin ,
dans du boiiillon , ou dans quelque autre liqueur. Si la première doze ne guérit point , il faut en donner
une fécondé , ^ puis une troificmc s’il eft iiccellaire. Mais il eft bon de donner la potion fuivantcou une
fcmblable quand le vomiffement cft pallé , afin de rétablir l’cftomac , 5c fortifier les inteftins.
Rccip'e. Acjuar. Scab. & Cari. Bened.urtc.tres.Confai.de Hyacinth. drag.unam. Sal. Abfynth. CC. Prepar.
'& Corail. Ruhr. Prep.fcrup.unnm. Syrup Flor. Tunic. vel de Abfynth. une. uriam. Il eft des occahons ou je
me fuis fort bien trouvé du S'rop de Pavot blanc , ou du Laudanum.
La racine d’Ipecacuànha noirâtre , nous eft apportée du Brefil par la Flotte qui vient du Rio Janairo
& nous la recevons de Lisbonne , ou de Porto en Portugal . 5c je fu/s pcifuadé que c’eft cette
cfpcce dont parle Pilon, Elle cft noirâtre , plus grclc que celle de la b'onde , plus ridée 5c comme
dentée, plus amere 5c beaucoup plus violente. Il eft vrai qu’ou en peut modérer la dofe. Mais elle ne
guérit pus fi fûrement quo la blonde:
Apendix.
l-î rncine d’ipccacuanha blanche, n’eft point amcrc , ny ridée par anneaux comme celle des autres cf-
pcces. Les pljs grolïcs racines ont deux ou trois lignes d'cpailTenr , Sc les plus menues environ une ligne.
Llies purgent allez bien ; mais je n’ay encore guen aucune didcntene q ic par leur ufage Elle vient aulïï
du Brelîl. Pilon avoue qu’elle cil beaucoup plus douce que la preccdcmc , & que c'eft un bon alexi-
tairc.
•page 5 !. Ajoutez à l’article du Jalap que fon fruit eft fort fcmblablc aux Mirtilles.
Page 5 J , ligne pénultième , après ces mots Notre-Dame , on l’appelle à Pans Racine Vierge.
Page 6 3 . au lieu de dire que l’itis de Florence cil femblable à l’Iris Nofiras , c’cll une grofle erreur, puis
qu'ils font tout à fait differents.
Page (j B. ligne 15. au lieu de lire que les feuilles de la Thimelèc font fcmblablcs à celles de l’Olivier, il
faut dire à celles du Lin.
Page 69. ligne io. àp es dix Teftons ajoutez la livre.
Page 90. ligne i j. il faut lire que l’on fait un débit très coiifidcrablc à Lyon de RegliiTe en poudre , i
caufe de plufieurs particuliers qui s’ en fervent.
Page IOI•ap^è^ l’art. ie l’hiiilc du Sucre, on doit ajouter que nous faifons encore commerce de toutes forte»
de Cannes ou R of.aux , foit de ceux qui s’employent par les Ouvriers de divers Métiers, où dont le
Public ic fort ibûs le nom de Cannes communes , Bamboches , &c. que les Tbrneurs , Tabl.-tiers , &
a itres Artifans mettent en Oeuvre, & en état de porter à la main en les cnrichiifant par les bouts d’ Ar¬
gent ,d Yvoire , d’Agathe, de Criûal,-&c.
Page 10^. ligne lè. zpréi le mot d’Afpalach, on y ajoutera ce que j’ay rècouvert depuis l’imprcllioii de
l’article de ce Bois ce qui fuit.
ASP 4LÂTHV M funt a*i>oris Chirtcnps minoris Calembx. affinis Fragmenta liirnofa , ftlida , ex fufeo r«f-
fefeentia ftriis tnierdnm Albicantibus notata , fohda , bitumimfa , ligna aloés laxiorn & crajfiors , minus fo-
üda ,fitporis amaricantis , pinptis , rejinoji , adoris debilio -is.
Frittex AfpaUthi fpmnfus efl , in tmntibus nafeens , nannullis venenatus habetur.
Plures apudveteres Afpalathifpecii’sdrfcribuntur,e]u(t, apud nos non p'-o(lant, & vlx cfgnofcuntur. Vete-
rum Ugr.um AfpaUthum ufit 'pat um fuit in unguentis adora' is. Cosjuebant fciLitst lignum in aléa , rejtna
exiraâa fuit , & hoc oleufn^ufurpa unt. ,
Afpalaihum colUgltu' eadem modo ac lignum Aloës fatentibus chinenfibus colUguntur etiamfelum mod» fra^
gmenta adaratiora & rejinofia.-a.
P.igc i4<î. ligne 5. au lieu de Scyde lifez d’Alexandrie.
Aia même page ligncio.au lieu de Scyde au Levant, lifez d’Alexandrie d’Egypte,
A la meme page ligne xi. au lieu de Scyde liiez d’AKxandiic. Et à l’Apoilil , Senc de la Paire ou d’Ale¬
xandrie.
A !a meme page ligne ix.& i 3 . au lieu de payent Tribut ou Douane au Grand Seigneur, lifez & des Tcr-
rci du Grand Seigneur iont en party.
A la n ême page ligne jo. au lieu d Alexandrie , lifez de Seyde.
Et 1 là dernier: I gné, au lieu de q l'clles ibnt , liiez qu’elle cil;
Page 149. lïg e ij . & 27. au liru les Cheve x de Venus , liiez le Politric.
Page 17 I. Ajoûccz à la fin de l’article de la Roquette & de la Cendre de Fciigcrc , que nous Vendons
de pins des Cendres en Tonne , qui viennent d’a iprés de Moncargisdu Pays de Morvan , c’eft poiir-
quoy clics font app liées Cendres noires ou de Moi van.
Leurs choix cil d’étre noires, les moins remplies de briques &c les plus acre fur la langue , c’eft à dire les
plus Talée que faire fc pourra. On prendra garde auiïî qu’elles n’ay.nt tté alpeigée d’eau.
Son ufage eft pour les Blanch.lleuies , qui s'en fervent avec la So idc.
Outre ces Cendres de Tonne , il y a encore les Gendres de DantZiC 3 mais le peu que nous en voyons fait
q.ic cela ne mrrire pas la peine d’en parler.
Nous vendons de plusle Grocfiii , qui eft du verre calTé. ou rogneures de verre, que nous faifons venir
de différends endroits, pour jetter à la fonte pour en fa re d’autres.
Page 19 1. ligne dcrnicre, ajoutez qu’il fe rencontre au Brçi'l des aib'cs qui portent des petits fruits de la
gtofleur du Poivre de la jamaiq ic . ce qui ne provient que du terroir ou de la nature de l’arbre. Et
comme je n’en ay jamais vû , j’ay jugé d propos de rapporter ce qu’uu amy a bien voulu me
donner,
Cariophy Ui Plinii funt arboris Americana caun’nghà hemandis bc.rca roittndt exfufco nîgricantes p'tperis
tna^nltudine , Ô" forma In fimmo umbelica'a includentes fub tenui noUcu-a & fubf^^nria fungofa binas atinos
nieras par vos tenus membrana vejlitot faporis & odoris ad Cariophyllos accedentis fed debilions alias vocatur
amomum.
Cortex hujus arboris in ojfcinis noflris , vocatur caffia carjophyllata très funt fpecies hkjus arboris dijfe-
runt tantum frufl'icum ma/^nitudine vires eaf le/n habent eum Cariephy/lis nimis e jus funt faporis & odoris.
Oleum exCariepbyllts defeendh adfundnm fupernatat opt. Satum ex his, Putat el Herm. Hos fruflus ejfe ve-
ritm veterum amomum '& in oficinis germanicis amomum voCatur.
Page 204- ligue 25. après le mot d’arbre , il faut y ajouter que du Caffé en coque ayant été femé par
un particulier dans un Village à fix lieues de Pans appcllé les Roches en Gatinois , a poulîédes feuilles
toutes^ femblables d nos peftccs Fèves blanches d’Aricot, mais malhcureulcment la racine ayant été
manges par des Taupes , a etc la caufe que ce partie iher n’a pas réuflî dans fou defîcin.
Page 240.1 gne 15. après le mot de quancicé lifez cecte Phrafe Latine, qui eft: ce que j’ay pû apprcn-
Cutta
Apendix.
Gutu Garnha ejt fubfiafitia gummofa & reftnofa , in'dnrau & flavefcens celUEla ex eirbore Chïnenjt Indis
eodelamputU feu cantopuli feu canna GhorKa diEia in acfua folat & calore ignis i» uniformem majfam re-
daü:afiponsacris,& naufeofi odoris nnllius. Arbor fert porna rnblcanda ,fipore acida , ex cortice vnlnerato
ftillantes gHtta excipinntur vatis excepta •’jentrlcuUs ovinm alior.ej.animalium includnntHr fie ejue in mam majfam
coaEla ad nos ferinr,^ua tamen gummi gênas non ..ColleElum fuecùm indi folvunt aejuà.folutHrn filtrant injpijfant
atque in cylindriacam alij aliam formarn configurant, optime corrigitar fucco citri illo folutum exficcatur.
V ires eft calid. pargans feram & pituitam nnde convenir hydropicis. Dofis ejta x. ad gr, xv. Pt. ufarpari in
pulvere fed plerumque emn aliis ut pulvereGtalappa , &e. daturCorrigitur cum aceto vel potius.xiij.& fie fit
extraSam. q.ài x. féliciter dari potej}.
Page 141. Qaoyquejc dife au Chap crede la Gomme Turiquc,qucc’eftdc la Gomme Arabique tombée
en temps de pluye ,un de mes Amis m’a afl’uré que ce n’en étoit pas ^ Sc que c’écoic une autre Gomme
ronge que l’on nous apportoit d’Egypte.
Page 14?. ligne 3 i . au lieu de (c«au liiez fault.
Page 145 ligne ii.aprés le mot de Matlic , ajoutez il en vient auiïî quantité de la Satalie dans le Levant.
Page 245- ligne 24. lifez tpc les Cappes aplaties Si falées , font de la grandeur d’un denier , & viçDncfit
d’Alexandrie.
Page 262. ligne 4. au lieu de lire que la Gomme Elcmy en Rofeaux que nous vendons vient d’Ethiopie
tou de l’Arabie heureufe , on doit lire qu’elle cft apportée des Indes d’Efpagne.
Page 91 ligne 2. & }■ lifez que le Gingingêc la racine de IV/T» font la même chofe.
Page 4 J. ligne 19. aulicudumot Hollandoislifez Chinois.
Page 26 I. xxix. apres lemn de point qui cft à la dernière ligne , ajoutez que dans les Galles il fe roncon-
tre allez fou vent du Badgcr.dge, que l’on rebute faute de connoi (lance.
Page 1153. xxx). Iigne46. après les mots qui font être à ce que i’on m’aalîucles Veffies d’Ormes fechc^,
lifez à leurs places que les Oreilles de Judas font une excroilîance l'pongieufc , legcrc-, coriace Sc mem-
braneufe , de la figure de l’Oreille d’où eft venu leur nom , d’une couleur changeante , c cft à dite d’un
rouge velouté , noirâtre, qui-fe trouve fur le tronc des vieux Sureau avant que les fcuïllcs commencent à.
paroître, & comme il y a peu de perfonnes qui fçachcntcc que c’eft , j’ay jugé à propos de rapporter
icy cette P hrafe Latine. ^
xiiiricula fnda eft excrefeentia in imo tronco famhucl fpongiofa , lavis iterîacea & membranea infiar AuricHla
fhbtus- Et ctnerea fuperna parte nigricans faporis humidi & odoris nullius. Focatur Aurichla quia
figuram habet aufis. Nafeitur in vetuJUorihus fambucis anfequam folia fua emittant fapor. dénotât,
frigiditatem & adjlringentiam. Ftantur Chirurgio in infiammatiombtis faucium & côtàmella optima.in in-
flarrmsationibus adhibttur. Raro interne ufarpatur fed non nUlli ad hue vi\n fanguinem fifitndi & incrajfàndi\,
hitbere autamant. ^ • •
Page 295. ligne, 5. Ajoutez que le véritable eft par petites larmes conime le maftic j mais d’une
couleur beaucoup plus Ibmbre ,, au lieu de noirs liiez blancs.
A la même page ligne 1 2. après le mot danger , lifez : Opium eflr fubflantia partir/» refinofa , partim gum-
rnoft, nigricans , dum recens, mollecula, dim inverata diurufculà ,coüeEia ex incifis capitibus papaverum fenùnt-
albo & in majfam eduüo , fapor. fub-acr. amaric. odor. çnrav.moleJH & narcotici. ■ -
.Liquor extilUns ex capitibus incijis ejt albtcans , ex ficcaiùs autem fit nigricans. l)ua funtffecies Theiaicttrit
& Indicum. Sed amba funt produEla papaver. fem. alb. & diferunt tantum loc» natali.
In Benlala India infula crefeit quod indi Thebaico etiam praferunt noftrates Thtbaicum Indico pluris faciunt.
Page 298. ligne iz. apres U mot Alocs, ajouté qui ne different que
-^ddiüoh dé la féconde Partie.
PAge s.ligne 2 2. au lieu d’exterieur, lifez étoi't;
A la même page ligne 3 j, au lieu de fifftin , liiez deftin.
A la même pagedignc 4 J. lifez çes mots , ou Pagodes dans une Paranthefé;
Page 14. ligne 9. au lieu d’Occidental, lifez Oriental.
Page 1 9. ligne 1 7. ôtez le premier mot de qui. . ; > , '•{
Page 22. à la derniere ligne , ôtez le mot de gros.
Page 2}. ligne 22. ôtez les mots de Jean Lifez , cette defetiption fuivante qui m’a été écrire StoliColni
en Suède.
De la manière que l'on châjje 0* tue les Elans.
• -‘r?
L’Elan eft un Animal d’environ huit à neuf pieds de haut , qui a la tête & les oreilles fcpiblables
âne, le corps & les jambes d’.un Gerf , les cornes de la manière que je les ay fait 'graver , mais'plus
lafges. Lorfque l’on le veut prendre , les Lituaniens fe mettem quatre cnfemblc , Sc s’en vont dans un
bois armé d’un bon fabre , d’une arquebufe i roiiet , Sc d'uhe bayonnette , & d’une grolfe cordc , & de
chacun une échelle de trois pieds .pour monter chacun fur, un arbre, aptes en avoir ôte la 'neige, ft
bien qu’il fe tiennent en embufeade fans faire aûcün bruit, Sc lorfqu’il commencent à jppercevoir *les
Elans venir toujours d’un nombre impair , c’eft à dire’?. 7. 9. n, 13. 15. 17. 19. julqu'à 21. Sc ces
Animaux ne font pas û-t»t forci de leurs tanières , qu’aufTi-tôt ils toralbcnt du haut mal. Dans ce irio
Oo
Apendix.
‘ment CCS quatre perlbmies qui font en embufeade, luy lancent chacun un coup d’arquebufe , non pas
dans le corps , mais dans les Bancs , ou dans les parties les plus tendres , & fonc toû)ours cnfbrte de leurs
calfcr quelques membres , Sc dcfccndent & attachent les quatre membres de cet animal avec
leurs cordes , Sc enfuite pendant que l'Animal le débat, ils tachent à luy couper le pied gauche de der¬
rière , qui cft rempli d une moullc verte qui s’y eft engendrée pendant que cet animal fe débatoit* Apres
que le pied eft co jpc . ils le laifl’c là , &vont quérir des paylans avec une charrette 3c des bœufs pour
emmener la bête , que le plus fouvent ils trouvant encore envie j s’il n’cft pas mort ils luy callcntla tet#
avec des haches , 8c après l’écorchent & en font de bons patez , Sc vivent de la chair de cet animal,
qui eft un tresbon mangé. Ce qu’il y a à prendre garde , c’eft que les autres Elans ne viennent pendant
que l’on tue ces animaux, car il y auroit tout à craindre , c’eft ^pourquoy ils tirent de temps en temps ,
font du bruit, ou remontent fur les arbres » & ont toujours leurs armes prêtes. Il eft à remarquer que ft
on donne le temps à ces animaux qui tombent du haut mai, de mettre leurs pieds dans leurs bouche &
CHluice dans leurs oreilles , ils fe relèvent auflî-tôt & font desbonts Sc font fi furieux , qu’ils tucroieiu tout
ce qu’ils pourtoienc rencontrer.
L'Elan eft garny de poil fur le dos d’im très beau gris de fouti».
Les Elans de Canada fonc bâtards , ôc font beaucoup plus petits que ceux de la Lithuanie , meme de la
Suède.
P.ige 13. ligne Z^.otez Icmotdc tant.
Page 25. l.gnc 22. après le mot d’Elcphant , ajoûtez ou morphil.
P.rge 55 . ligne 20. après le mot mdlleur -, il faut lire on prendra garde aulfi que ce ne foît de la cire
broyée , c eft à dire de la vieille cire blanche refondue 8c préparée, 8c remuée avec une grande Ipatule ,
puis refondue dans de l’eau, & enfuite mife en pain, mais elle fera facile à connoître , parce que
cette cire broyée n’eft jamais d’un blanc clair, mais d’un blanc mat ; Sc lotlqu’cllc eft fondue & Ouvra-
gee, elle devient aulli-tôt jaune comme de l’urine. Ce qui n’arrive pas à la cire blanche qui eft
d’an Manc clair. Voilà Iclujet pour lequel on voit des Marchands qui établüTcnt des cires à meilleur
comte les uns qae les autres,
ï^age yé. ligne 17. au lieu de par lifez chez.
Page 60. ligne i o. apres le mot de poudre alinea , qu’outre les trois fortes d’ambres dont j’ay traité , qui
font le blanc , le gris Se le noir , il y en a un quatrième qui eft ordinairement en petites boules ron¬
des , que nous appelions ambre de Bayonne j mais comme il eft fiijet à être contrefait , c’eft ce qui fait
qu’il le faut couper en deux, pour voit fi le dedans eft parfait , 8c s’il approche des qualicez de l’am¬
bre gris , dont j’ay parlé cy-devant.
Page é i.lignç 3, au lieu decrïce que des, lifez puifquc aulli-tôc.
ï^age 5. ligne 1 9. au lieu de murublc lifci maruble.
A^U mêgic page Ijgniç 24. art Uçu de calcifte lifez calcite.
Page (Î5. ligne ji.au lieu de d.atefTcron lifez diacefiaron.
Pagc,(>j>; ligne fi. aulieti de nulfi? , lifez macis.
Caigç .^7 . ligne 4, 8. au lieu dcfçorfonairc.lifc* de fcorfoiinairc.
A la meme page ligne z o.au lieu de bitume lifez billortc.
^age ligne 4. après le moc< ttaicenc ,il faut lire ce qu’un de mes amis m’a dit de la Baleine comme
témoin oculaire.
L’aa 1^7 r. au mois de Novembre, il échoua à Londres fur les quatre à cinq heures du foie une
jeune Baleine de quatre ans ou environ , qui avoir monté la Tamife avec le reflus jufqu’auprés
du pont ,& quand lereflis s’en retourna elle fut engravée, & defeendit du côté de Grcwitche, ou
avant de mourir , faute d’eau , elle fit deux ou trois cris comme boiiglcincns de bœufs : elle avoit cifi-
qiante-cinq pieds de R,oy do longueur , la vulve d’environ cinq d fix pouces, 8c tous joignans du côté
de la tête , à deux ou crois travers de doigt deux mammciles comme celle d’une femme nourrice. Je me
fuis vil avec une lanterne moy vingt cinquième fur la langue , où un de la compagnie tira un coup de pifto-
Ict , qui fit bruit comme fi fçûc été dans une chambre bien -fermée. La peau étoit approchante de celle
de l’Ëlephant. On pouvoic marcher trente pat fur fon dos ,cn longueur. On difoitâ Londres qu’ily avoit
quatre vingt ans qu’il en étoit autant arrivé.
Page 74. ligne 3 j. au lieu de Phenifter , lifez Phinifter.
Page 5J(>. ligne derniert, ôté le mot en détail.
au lieu de viande lifez chair.
Addittorjs de la Troifiéme Partie.
EAge 2. ligne 19. êtez le mot ors.
Pâge ^5. Hgnejé. au heu de dur lifez doux.
A.la fin de U page 9< ajoutez que nous faifons on gros commerce non- feulement du Fer < acier , autres
métaux ,,en fuhftancc 8c non ouvré j mais encore de toutes fortes de Fer Sc Acier ouvré ou ouvragé , Sc
autres chofes qui.dcpendent de la profeflion de deux que l’on appelle à Paris Marchands Ferronniers j car
ijeft bon de remarquer que ces forces de Marchands ne fonc point de Corps ou Commuiuiitez particulieres>
les uns avec les autres, nuis qu’ils font tous Marchands Efpicicrs ou Marchands Merciers, parce que
Gc commercej cft commun aux Efpiciers Sc aux Merciers
Page 1.4. ligne i8 après le mot d’Efpagnc , il faut lire qu’il fe trouve aufli dans Icspainitresdc Friott
Apendix.
tpp.ittcnant aux Vénitiens , prefquc tout le Mercure ou le vif-argent que nous tirons de Marfcille.
Un de mes amis qui a vu les lieux dont on tire le Mercure , m’a ailuré qu'ils éioicnt li profonds ,
qu’il lalloit plus de cinq heures pour y defeendre.
A la meme page ligne 52. au lieu de carantau prés un lieu appelle le FolTc ronge , lifez Carantan dans
la ParoilFe delà Chapelle en Jugé, dans la Seigneurie du Mclhil-do.
Page i<S. ligne 37. après le mot expenmente, lifez il cft à remarquer que la mine de Cinabre qui s’eft
trouvée dans la ParoilFe de la Chapelle en Jugé , cft dans une Terre non folide , 8c pour y travailler il
faut tout déternorer fans pouvoir carroyer. Elle cft pleines de venules d’eau, fans aucunes grofles veines.
Elle cft premièrement teinte d’un ocre rouge qui s’attache fortement aux mains quand on la manie , cn-
fuite il y a par libages des Terres toutes differentes , cOtr’autres beaucoup d’Ocrc jaune qui aproche des
Marcaciccs , qui font couvertes d’une matière blanche appclléc favon de mine qui n’adhcïcnt point aux
doigts ; env ron à quarante pieds de profondeur, on trouve un Lapis bleu fort dur 8c i deux à trois pieds
plus bas , on trouve du Cinabre en pierre , qüi cft dans fon commencement un peu brun , Sc par libage
dont le banc peut avoir vingt cinq à trente pied de longueur, fut quatre à cinq de grolTcur j & au mi¬
lieu de tout il fc trouve du Vermillon en poudre d’iin éclat très brillant.
Page 17. ligne ao. après le mot voyons que l’on remarquera qu’il eft extrêmement défendu en Hol¬
lande de faire du Cinabre en pierre dans les Villes , mais feulement dans les Villages j à caufè du rif-
que du feu , Sc de la puanteur du fouffre,
A la même page 17. apres la puanteur du Soufre à l’article du Cinabre, ajoutez les Payfans d’Hollan¬
de, ou autres qui font le Cinabre, mettent ordinairement fur 500. livres de mercure loo. livies de fouf-
fre, & comme il n’en mettent à chaque fois qu environ 15. livres, ils ont un certain bâton qui ferr i
boucher le trou qui cft au haut du vaifleau , neanmoins qui peut aller ju (qu’au fond du vaifîcau } enfortc
qu’i incfurc que ces vii’gt-cinq livres fc fublimcnt , il fc fait une peau qu’il çrevent à chaque fois avec, ce
bâton', afin de pouvoir jetter d’autre matière dedans , ,& de voir quand il eft plein.
Tout le fecret de faire du cinabre en pierre , ne confîftc que dans la compofition de la terre de quoy on
fait les pots pour faire le Cinabre ; car lî par malheur le vailîeau yenoit à caller, dans la quantité qu’ils
en font , cela leur cauferoit une groffe perte , & même en rJfque de tout perdre.
A la même page ligne 3 8. après le mot d’eau de vie , ajoûtez ou avec de l’eau commune , ou avec de
l’eau de la irer.
Page 12. ajouté ce qui fuit.
Terra J:tponlcavel Catechu tfi fubftamîa ^Mrnmofa, cÿ* rejinofa indurata, ex rufft tiigrefcerrtis «bfeuri Ô‘''ebfoleti
coloris exprejft ey. fntSlib. jireca & corticib. immaturis arbaris Jpirrafk Indicé Cattehn & calore ignis im
majfam redabltt , faporis primo adfiringentis. & aitfieri, pojtraodiim dulcis & grati ^ odoris vel rntllius vel </r-
hilis.
(dj'Oitd vires, eft temperatA , nam fApar duleis dubius ménet , aufisrus vero cita evanefeit , Amarities aneji ^hIa
exfrittlib. immatHris cortficttur .Convenit in affetiib. pulmonum y tufft & rançedine vocis , ut & catarrhis
CApitis exficcAndis in eum(j. finem conficiuntur piluU^ e terra hAc in aq.folut. additis fucco Glycyrrhiz. Ambra &
mofeho , cjua ore dum Uyuefcant detinentur.
Compojîtio terra JaponicAfecfHens efl.Indi fruSlus oireK.diBos cotjHunt, coSlum infpijfAnt ad mtllis confrflemiam
decoHo ex frnülbus nigro. adgratam conciliandam ruhtdinemfumunt calcem vivant ilUm cot^Hunt decoHum priori
commifeent. Tum cortices acafianigrA deco^uunt acitidemprioridecetlo affundunt tandem Glycyrrhizam déco-
qmnt & priorlbus admifcent , & in majfam infpijfant , ac fmm ditlum catechu parant.
Celle relation du Cachou me paroiffanc encore forte obfcure, j’ay été bien aife de^faire part au Pu¬
blic d’une autredefeription que Monfieur Boudelot Confeiller du Roy & fon Médecin ordinaire, a cti là
bon'é de me donner-
Catechu eft fuceus compofîtus ut Ji^pania ad nos delatus ne plurimum globafue compatlue ruffus ex fucco ar¬
boras cujufdam cum mifcella pulverurn ejnorumdam vegetahilinm briundus (ÿ* in medieiha multi magni que ufuf.
C’eft la définition que donne du Cachou Hagendorn. qui en a fait un traité exprès intitulé , TraÛatH»
Phyfico Medicus de Catechu five terra Japonica in vulgus fcditlajena 8'. i6y9.
il pànche allés du côté de ceux qui croyent que le Cachou n’eft pas une fimplc terre minérale , mais
iincompofé dcfiic d’Areca d’extrait de (leglifle ic àtCalamtes Afomatietts y Quclqu’uns y ajoutent encofc
la graine de Bangue, dont parle Clufius Hiftor. Arom. cap. 54.
Ci^mme il y a^deux fortes d’Areca, la première rougeâtre mêlée de petites veines , tirirtcs fur le blanc
l’autre plus noirâtre qui teint le gofrer d’un rouge brun 8c qui tny vre : il fait auili deux cfpeccs dç Cal.
ihou.la première & la plus commune cft rougeâtre, tirante fur le noir, avec des petites rayes blanchâtres
plus compare & plus pefente que l’autre , qui cft moins noire , plus poreufe & plus paie, à moins qup
cette difterence ne vienne de ce qu’il y a plus ou moins de ftic d’Areca dans l’ijnc que dans l’autre , 8c
que la plus récente foit la plus noire & la plus pefinte , & l’AutHcur cft de ce dernier féntiment.
Quoy qu’il en Toit > il cft certain que le Cachou peut être d’une grande utilité dans la Médecine ^
c’eft une drogue que l’on ne cbunoifFoit point en Europe devant Garcias du Jardin., qui eft le premier
<qui en ait écrit.
C’eft avecjuftc raifoii que Monfieur Bourdclot dit que le Cachou peur êitc d’urtff grande utilité dans
la Médecine, puisqu’il cft certain que nous n’avons point de dioguçs qui a,it de meilleur qualité, nonobftanç
cela , la moins connue &: la moins en ufage peut être q'ue-c’cll à caufe du mauvais goût quM a d’abord
que l’on le met dans la bouche ou de la defteéiuofitc de la plufpart de celuy qui fc deb re , â quoy vlTera
Apendix.
facile'ie retnedfcr par le choix que l’on en doit faire, ainfi que je l’ay tnaïqiié à la page Hi‘. de la
Troifiéme Partie, où le Lcdeiir pourra avoir recours.
Page i8. ligne 1 1- après le mot de nouriicnre ajoiité , dans un canton du Royamme de Narfingue,
die Thangalor, on charge une grande quantité de Navires de Riz noir pour vendre à Malabar; Ce Riz
eft meilleur & plis le n que le blanc , lelon le raporc d’Edouard Barbofa , dans louvoyage des Indes,
où il dit qu’il y a quatre eipeces de Riz blanc, la première le nomme Giracalli, qui eft la meilleure, la
l'cconde Eambucal , la croiriémc Canacar , & la quatrième Pacharil : Ces quatre l'ortesdc Riz font difîe-
rens de prix Sc de bonté.
On fait du vin de Riz, clair comme de l’eau , d’un fort bon goût Sc qui enyvrc , ils le nomment
Arach. Voyage de P.gafcita.
Le Riz eft meilleur à Maça^ar qu’en aucun endroit des Indes , il y en a de blanc & de noir , ce dernier
a un g dit de noilette rort agréable , que l’autre n’a point ; il crt même beaucoup plus léger, plus délicat
& plus tendre,: mais la bonté de l’un Sc de l’autre do t être moins attribuée à celle du terroir qu’au tra¬
vail de ceux qui les cultivent j car comme le Riz ne profite point fi la racine h’cft toujours bien hiimeftée,
les Rivières du Maçaçar ne fc débordant pas dans les campagnes, comme celles de la plus grande partie
des Indes , ils font obi gés de faire d’elpace en elpace des foliés pour y recevoir & conferver les eaux de
pluyes dont ils les arrofent avec une peine incroyable une fois ou deux le jour pendant le feichcreffe ,
de là vient que leur Riz ne prenant d’eau que ce q l’il luy en faut pour entretenir la fraicheur de fa racine
il eft bien plus nourrilfant que celny de Siam qui en a trop: Audi voyons nous que les Macacarois font
ordinairement plus forts & plus robuftes que ceux de Siam. Defcriptioii du Royaume de Macacar, page3o-
Du Kinquina Fe?nclle.
MÔnfieur Bourdelot m’a fait prefent d’un Kinquina d’une figure de Canclc , ma'S d’une couleur plus
pâle , d’un goût dans le commencement infipide ; mais au bout d’un petit moment il donne une
amertume allez dcfagrcab'ie. Ce Kinquina nous a etc apporté du Pérou en 1670. par Monfieur Legras.
Les Indiens en ufent infufé dans l’eau froide du poids de deux gros. Et pour mon particulier je croy
que c’eft ce que les Indiens appellent Falfa-KafKarina.
Du Ronas.
Le Ronas eft une racine qui court en terre comme la RcglilT'e & qui n’cft guerre plus grode : elle ne
c.ro t que proche Aftabac Ville de Perfe , elle fert à teindre en rouge , & c’eft ce qui donne cette
coiihnr à coûtes les toil es qui viennent du Mogol j cette racine donne une forte & prompte teinture ,
une Barque d’indiens qui en étoic chargée ayant été brftée à la Rade d’Ormus , la Mer le long du
rivage parut toute rouge durant quelques jours.
. , Ftn de Âpendix ou Additions.
Affrohtion de Monfieur Bourdelot , Confeiller du Roy , fin
Médecin Ordinaire.
LE- peu d’ Auteurs qui ont écrit jufqu’aprerent des Drogues & Epiceries, l’avoient fait
, d’une maniéré li imparfaite , qu’on peut dire avec raifon qu’il manquoit en Médecine
un bon Traite fur cette Matière , dont la connoilEtncc ell très -importante pour la guerifon
t^s Maladies , Scia confervaejou de la lancé: Mon lîcur Pomec vicnr de lupplécr à ce défaut
par fou Histç!Ir.ç Gener.aee des Drogues j C’ell un projet immcnlc,dont l’execution
demandoic tant de temps , de foins , de dépcnlc de de dilccruemcnc , qu’il fcmblc moins
l’cnireprife d'un'fimple partkulicr , que de ces faineufes Socictez , honorées de la protection
’-Sc -de la libéralité des plus grands Princes de l’Fairope, pour donner au Public un Corps
\;ntier d’Hifto-ire naturelle dont le Livre de Monfieur Pomet fera toujours un morceau très
confalcrablc. Jait à, Paris le 15. Décembre 165^3, BOURDELOT.
'■ A rtmarejuir que t Approbation de Monfieur Bourdelot devrait être mife immédiatement après celle de
extrait DV ERIVILEG E DV ROT.
LOUIS PAR LA GRACE DE DIEU ROY DE FRANCE ET DE NAVARRE:
A nos amcz & féaux Confeillcn les Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des Rk.qucccs
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand Confeil , Baillif, Sénéchaux, Prevofts, leurs Lieutenans , &
1 tons autres nos jufticiers & Officiers qu’il appartiendra , Salut. Nôtre bien amé Pierre Potnet
Marchand Epicier de nôtre bonne Ville de Paris , nous a fait remontrer qu’il avoir compofé un Livre
üifioire generale des Drogua d’ épiceries concernant les marchandifes , où il tft traite des Graines,
Racines, Bulbes, Oignons , Rofeaux, Bois, Ecorces, Feuilles, Fleurs , Fruits, Gommes, Sucs,
Animaux, Simples, Marins , Bitumes, folTilles, Pierres precicules. Terres, Ôc de quantité de Dro¬
gues qui fc fabriquent tant en France qu’aux Paî's Etrangers , avec leurs figures, connoilîances. Pais où.
ils croiflent , leurs différends noms, leurs ufages, la maniéré de connoître les vcrirablts d’avec les falcifices,
le tout très-utile au public , fur tout aux Marchands , lequel Livre il dcfifcroit faire imprimer ; A Ces
Causes , voulant favorablement traiter l’Expofant, Nous luy avons permis & accordé , permettons ôc
accordons par ces Pr-ilcntes , de faire imprimer par tel Libraire ou Imprimeur qu’il voudra choifir , ledit
Livre, en tel marge & caraftetc , & autant de fois que bon luy fcmblcra , le vendre & débiter en tous
les lieux de nôtre Royaume durant le temps de douze années confecutives , Ji compter du jour qu’il fera
achevé d’imprimer pour la première fois ; pendant lequel temps Nous faifons défenfes à tous Imprimeurs,
Libraires & .autres , d’imprimer, vendre & diftribucr ledit Livre , à peine de trois mille livres d'amende
payable par chacun des contrevenans , 5c applicable un tiers à Nous, un tiers à l’Hôpital general de
nôtre bonii.’ Ville de Paris & l’autre tiers audit Expofant , ou à ceux qui auront droit de luy i de con-
fifcation des Exemplaires contrefaits , & de tous dépens dommages 6c intérêts , 1 condition qu’il fera
mis deux Exemplaires dudit Livre dans nôtre Bibliotequc publique , un en celle du Cabinet de nos
Livres eii nôtre Château du Louvre , 6c un en celle de nôtre tres-cher 6c féal le Sieur Bouchetat Cheva¬
lier , ChancLllier de France , avant que de les expofer en vente : à U charge auffi que l’impreffion en
fera faite dans le Royaume 6c non ailleurs , &: que ledit Livre fera imprimé fur de beau 8c bon papier
6c ds belle impreffion , 8c ce fuivant ce qui eft porté par les Rcglemens faits pour la Librairie 6c Impri¬
merie, à peine de nullité des Prefentes, lefquellcs feront rcgiftrées dans le Rcgiftrc delà Communauté
des Imprimeurs & Libraires de nôtre bonne Ville de Paris. Si Vous Mandons & enjoignons
que du contenu en icelles vous faffiei joiiir pleinement & pailîblcment ledit Expofant ou ceux qui auront
'droit de luy , fans foaffrir qu’il leurs foit fait aucun empêchement : Voulons aulli qu’cn mettant au com-
mencemeut ou i la fin dudit Livre une copie des Prefentes ou extrait d’icelles, elles foient tenues pour
bien 6c deiicment figuifiées , 8c que foy y îoit ajoutée 6c aux copies collationnées par l’un de nos amez 6c
féaux Confcillers 6c Secrétaires comme à l’original. Et Commandons au premier Huiflicr on
Sergent fur ce requis de faire pour l’execution d’icelles tons Exploits, Saifics 5c aélcs neccllaires, fans
demander autre permiffion , nonobftant toutes oppoficions, clameur de Haro, Charte Normande 6c
Lettres à ce contraires ; C A r tel eft nôtre plaifir. Donne’ à Verlâilles le vingt-feptiéme lour de
Novembre l’an de Grâce mil fix cens quatre-vingt-douze , & de nôtre Régné le cinquantième. Signé
Par le Roy en fon Confeil. H A R L A N , avec Paraphe.
Regifirè fur le Livre des Libraires & Imprimeurs de Paris , le treiziéme Décembre lô 91. Ledit Sieur fera
averti (jue l’Edit de Sa Ma]eft du mois d' Aouf 1 6 8 ô, & les Aerêts de fon Coufeil concernant les Libraires^
ordonnent que le débit des Livres fe fera feulement par un Libraire ou par un Imprimeur. Signé P. AVBOVTN
Sinàic.
Achevé d’imprimer pour la première fois le Sàmedy fécond jour de Janvier 1^94.
Les Exemplaires ont été fournis.
AVIS AU PUBLIC.
Le Sieur PO MET, qui demeure rué des Lombards , a la Barbe d'Or,-
Avertit le Public quil a chez, luy toutes les Matières dont üTraite ,
même qu'il en fera le débit [oit en gros ou en détail ^ à la referve de celles
qui font rares en P rance Comme auffi le Livre , l ayant fait imprimer à
fes frais dépens. Le prix dudit Livre relié en veau .,e fl de quatorz,e
livres en blanc de douz^e livres dix fols.
Pp
Maruere de purifier LAr^erW'vifr-
Tlanie^ de-ITij‘i
Carne dAmmon^
X iccrrne lümerale
i
REMARQJJES T RES-CURI EUSES SUR PLUSIEURS
Végétaux , Animaux , Minéraux , & autres , que j ai oublié d’inlerer dans
la première iniprelTion , ou que j ai découvert du depuis,
S V R Ü A R G E N T-ri K
OUtre les Mines de Mercure d’Hongrie & d’Efpagnc , il y a encore celles de Friouiy , pays (iijet aa:d
Vénitiens , ce qui Fait que la plul'part du Vit- Argent que nous vendons prefentement nous cft ap¬
porté de CCS quartiers là , par voyes de Marfcille.
Les Mines de Mercure qui font dans le Frioul, font fituces à une journée & demie ou environ de Cotin-'
tia , en tirant vers le Nord. La Mine où nous entrâmes , qui cft la plus riche & la plus grande de routes, a
{(lus de 600. pieds de profondeur. On ydefeend avec bien de la peine par des échelles placées perpcndicu-
airement : mais il y a une desdefeentes où l’on trouve d’efpacc en cfpace, des ais de travers pourfe pouvoir
repofer. Quand nous fûmes au fond , nous vîmes la Mine , qu’on tire avec des pics , parce qu’elle eft la plus
part dure comme de la pierre. Elle eft de la couleur de foye ou du Crocus MttÀliorum. Il fc trouve dans ces
Mines une terre molle, dans laquelle on voit le Mercure tout par petites parcelles. On y trouve encore des
pierres rondes comme des cailloux de differente grofl' ur, & approchantes de ces pelotons de poil que j’ai
vu plufieuis fois tiret en Angleterre du ventre des bœufs. Voici la maniéré dont on tire le Mercure. On ptend
la terre qui a efté tirée du fond delà Mine & portée en haut dans des manequins , laquelle on met dans un
fas dont le fond cft de fil d’archal , di^pofé en forte qu’on puifte mettre le doigt entre-deux. De là on la
porte en un ruiffeau d’eau courante , où on la lave jufqu à ce qu’il ne pafte plus rien au travers du fas. La
terre qui ne pafle pas cft mife à part en un monceau, & celle qui a pafl'c au travers du fas eft mife dans le
trou G de la première figure , d’où un fécond homme la tire &. la met dans un autre fas , & de- là dans dix
ou douze autres qui font plus ferrez les uns que les autres. Il arrive aftez fouvent qu’il y a du Mercure au
fond du premier trou , où le fécond homme tire fa terre. Mais à l’endroit où les fils de fer des fas font plus
ferrez , l’on y trouve du Mercure en plus grande quantité. On pile la terre que l'on a mife à part , & on re¬
commence la même operation. La terre déliée & menue qui demeure après cela , & dont on ne peut plus
réparer le Mercure par le moyen de l’eau , cft mife dans des cornues de ftr , aufquels on lu te dts Récipients
dans Icfqucls la violence du feu pouffe le Mercure. L’Officier qui en avoir la conduite en deluta pluffiuis en
notre prefence pour nous les faire voir , & je remarquai dans' tous, qu’il en ibreoie d’abord du Mercure par¬
fait & coulant , & enfuite une pouffiere noire , laquelle étant humeeftee avec de l’eau , paroiffoii n’etre autre
chofequedu Mercure comme l’autre. Ils f ilcndc caput wonuum , Sc recommencent l’operation jufqu’à ce qu’ils
n’en tirent plus de Mercure. Pour donner q^aelquc éclairciflèmcnt à cette operation , j’en ai Fait graver la fi¬
gure , afin de faire mieux connoître la choie , dont voici l’explication ; A cft l’eau, C B un vaifllau dans
lequel elle coule , D G EH F I font des vai (féaux qui coulent perpétuellement de ce vailfau, DEF font
trois fas , dont la diftancc des fils d’archal qui font au fond appctillc petit à petit : G cft le lieu où eft retenue
la terre qui a paffé par le fas D , d’où le fécond homme la prend , 6c ce qui palTc par le fas E , cft retenu en
H , & ainfi du refte. K L M eft de l'eau fallc qui cft tellement impreignéc de Mercure , qu’elle guérit la galle
& les ulcères fordides.
Voilà la maniéré dont on tire le Mercure qu’ils appellent Commun s car celui qu’ils appellent vierge fo
trouve ou tout fait dans les Mines , ou cft tiré par les lotions & par les lavemens de la terre. On eftime bien
filus le Mercure vierge que l’autre. Je demandai à quelques-uns des Officictsde la Mine quelle vertu particu-,
ierc il avoir. Ils médirent que quand on almagamoitdc l’or avec du Mercure vierge , cet amalgame étant mis
au feu , le Mercure emporte entièrement l’or , ce que le Mercure commun ne fait pas.
Il y a du Mcraire commun en beaucoup plus grande quantité que du Mercure vierge. Car nous vîmes par le
compte que ces Officiers avoient rendu à l’Empereur , que de ^953 J4 livres de Mercure qu’on avoir tiré de ces
Mines pendant les années i66i. & 166^. il y en avoir 66y66i. de Mercure commun , 8c feulement x'j66i.
de Mercure vierge.
Les Machines dont on fc fert dans ces Mines font admirables. Les roues font les plus grandes que j’aye vues
de ma vie > & font toutes mûës par la force de l’eau , que l’on fait venir à peu de frais, d'une montagne qui cft à
trois mille de là. L’eau que l’on tire de la Mine par le moyen de 51. pompes, ztf de chaque côté , eft employée à
faire mouvoir d’autres roues, qui fervent à differens ufages.
Les Ouvriers ne font payez qu’à raifon d’un Julc par jour , 8c ne durent pas long-tcms àcc travail. Car enJ
cote qu’il n’y en ait point qui foient plus de fix heures fous terre , ils deviennent tous paralytiques , 8c meurent
hétiques , lesuns plutôt , les autres plus tard.
Nous vîmes là un homme qui travailloit à ces Mines il n’y avoir que fix mois , fi remply de Mercure,-
Su’incontinent après qu’il avoir mis un morceau de cuivre dans fa bouche , ou qu’il l’avoir frotté entre fes
oigts , il devenoit blanc comme de l’argent , 8c comme s’il l’cuft frotté de Mercure même. Il étoit fi for;
paralytique, qu'il ne pouvoir pas porter à fa bouche un verre à demy plein de vin fans le répndrc. J’ai ap¬
pris depuis qu’à Venife ceux qui travailloicnt au derrière des Miroirs , font aulfi fujets à la patalyfic. Je ne re¬
marquai point que ces gcns là culfcnt les dents noires , 8c peut- être aceufons-nous mal à propos le Mercure
de gâter les d nts , quand on le donne dans les maladies Vcncricnncs. Il cft vrai que je ne fis pas cette ofi.
fervation fur le lieu ; Mais comme les dents noires font très-rares en ce pays-là ,li elles l’culTent «é, je l’auroi^
fans doute remarqué.
•À
Sur U ires-preeieufe Pierre de Porc Sanglier des Indes Orientales.
La Pierre de Porc que les Hollandois appellent Pedro de Porco, les Portugais qui ont apporté les premiers
CCS Pierres en Europe , appellent Pedro «t ou Pitdra de Pntrco , tft un Bezoard qui fe trouve dans
le fiel des Sangliers des Indes. Cette Pierre ou Bezoard de Porc tft ordinaircimnt de la giofliur d’une aveline
ou du bout du doigt J de differente figure & couleur*, mais la couleur la plus ordinaire tft celle du Savon de
Toulon , c’tft-à dire , d’un blanc tant foit peu verdâtre & affez douce quand on la manie.
Quoique CCS Pierres foient extrêmement rares , j’en ai neanmoins deux que je conferve dans mon Cabinet ,
pour faire voir à ceux qui dt fileront les connoître.
L’on ne peut s’imaginer la rareté de cette Pierre , & la chofe eû fi réelle , que dans la plus forte vente qui fc
fait à Amftcrdam ou à Lifbonne , des Drogues des Indes Orientales, il ne s’y rencontre jamais au plus que trois
ou quatre de ces Pierres j &c l’année dernicre 1694. ‘iïins la corguaifonde pli fuurs Vaiflcauxpartisdc Batavia le
rroifiéme Février . qui fe monte à plus de deux millions,ils n’ont apporté en Hollande que deux Pierres de Porc,
qui fe doivent vendre au printems prochain , ainfi que leurs imprimez ou corguaifon porte.
Les Indiens appellent ces Pierres tn leur langue Majtica de foho , ils en font une cft'mc firgulicrc à caufe
de fa vertu contre les venins ^ & les peuples du Royaume de Malaca , où elle (c trouve plus communément,
la préf rentau Bezoard Oriental , quoi cju’il paffe dans les autres parties des Indes pour le meilleur antidote
qu’il y ait dans la nature.
La Pierre de Porc ié trouve très- rarement ebez les Marchands d’Hollande , & encore moins chez nous
autres , foit parce qu’elle cft fort rare dans les Indes m.ême, foit aufli parce que Us Indiens la confuvent , non
feulement comme un pniffant préfervatif contre les Venins ; mais encore comme un iouverain remcde contre
unc.cfpice de tnaladie qu’ils nomment Mordoxi , qui leur vient d’une bile irritée , & qui leur tft ai.flî dange-
reufe que l’i ft la pifte dans l’Europe.
Lorlqu’il arrive des Pierres de Porc en Hollande , clics fe vendent ordinairement trois ou quatre cens francs
la pièce, & t]uelquefois davantage : Mais les riches Marchands qui en connoiffi nt toutes les proprktcz, les
conlervcnt ptécieufement , ou pour en faire piéicnt à quelque grand Seigneur , ou pour s’en fetvit eux memes
dans le befoin. Us la font mettre ou enchaffer dans une bec.e d'or toute ronde, percée dcp!ufi«.urs trous à la¬
quelle cft attachée une petite chaîne d’or pour la (ulper.dte lorsqu’on veut s’en (ervir.
Il y a quelques familles & gens de confideration à An fterdr m , à la Haye & tn d’autres endroits d’Hol¬
lande ,qui confervent cette Pierre de perc en fils, depuis plufieuts années, & les perfonnes qui font de leurs
amis ou de leur connoiftancc , y ont recours dans le beiorn , principalement pour gutiii lestnfans de la petite
Ifcrolc.
On lui attributs encore pluhcurs autres proprietez contre les Ficyrc.e & contre la p’iipait des maladies des
Femmes , celles : es Indes y ont tant de cor fiaicc, qu’elles croyent qu’il kur fi ffit de la toucher pour en rece¬
voir du foulagt ment dans leurs incommoditez 5 mais celles qtu font enceintes n’ofct.t pas s’tn feivir de crainte
qu’elle ne leur caufe un avortement.
Lors qu’on veut ufer de cette Pierre, il faut la tenir fufpenduc pendant un peu de tems dans un verre d’eau
ou de vin ; elle lui communique fa vertu avec une petite amertume qui n’cft pis tour-à-faitdefagreablc ; çnbeu»
vant ce breuvage le matin à jeun , on en nçoit les avantages marquez cy-deffus.
üii peut bicns’cn fervit à toute heure dans les btfoins preffans.
Sur les Pierres de Malaca , ou de Porcs-Efics des Indes.
OUtre la Pierre de Porc , il y en a encore deux autres que l’on appelle ordinairement Pierre de Atalaca,
ou de Porc Epies des Indes , à caufe qu’il n’y a guerre que dans ce Rcyai me cù ces fortes de Pierres fe
troL vent i la plupart confondent la Pierre de Porc avec celle de Malaca , à caufe de leurs grandes rcflln bianccs,
ce que je pounois prouver par celles que j’ai, qui ne different qu’en grefleur, & de CC qu’elles font i:n peu plus
par écaille, comme le Bezoard & autres. Ces Pierres fc trouvent aufti , mais fort rarement dans le fiel outfto-
mach & dan.s la êtedes Porcs- Epies des Indes.
La Pierre de Malaca ou Bezoard de Fore Epie des Indes .anffi-bicn que la Pierre de Pore, fervent fouvent
dans le Royaume de Malaca ou autres endroits des Indes, à faire préfent aux Grands du Pays , & meme aux
Ambaffadturs des Princes Emangers j Gateias horio remarque dans fes Relations, que defon tems le Vice-
Roy de Portugal aux Indes conleryc une de ces Pierres qui lui avoir été donnée en préfent par le Roy de Mala¬
ca , d’où l’on peut conclure l’tftime que les Indiens font de cette Pierre.
La féconde Pierre de Malaca , eft celle qui fe trouve dans la tête de fes Animaux, dont fait mention Mon-
ficut Tavernier dans fon fécond Livreà la page 20. Mais comme je n’en ai jaraaisvû, c’eft le fujet pour lequel
je n’en fais aucune mention.
De U Pierre eu Benoard de Singe.
A L’égard de cette Pierre , je n’en dirai rien ici , en ayant traité affez au long à la page u. chapitre da
Bezoaid Oriental j je dirai neanmoins que depuis l’impriflîon de mon Livre, j’ai recouvert deux de cej
Pierres , qui font de la groffeur d’une noifette & d’une couleur noirâtre : en un mot , les deux Pierres de Porc,
les deux Pierres de Singe & la Pierre de Malaca que j’ai font une des plus grandes curiofitez & richeffes qu’il ?
ait en Europe, principalement furets fortes de matiercs-là.
?
Sur V Ambre grisi
ON remarquera que j’ai dit au Chapitre de l’Ambre à la page 59. que l’on doit fejetter l’Ambre gris quî
paroît moifi deflus & dedans -, mais Monfieur le Boiteux très habile Parfumeur & homme de probité , m’a
certifié le contraire ^ & que la véritable marque^d’un bon Ambre , c’eft lotfqu’il eft gris , qu’il a de petites ta¬
ches en yeux de Perdrix, ôi qu’ileft fleuri tant cndchors qu’en dedans ;c’(ft. à dire, que l’Ambre qui pan îi genfi
ou moifi , doit être eftime le meilleur -, & comme cette perfonne a une longue expérience dans la connoi fiance
des parfums , c’tft pour ce fujet que l’on doit fuivre fon fentiment, & rejetter le mien. Etant fur le Chapitre do
l’Ambre , j’ai jugé à propos de rapporter ici que Meflicurs les liircéfcursdela Comp.-.gnic des Indes Orientales
des Provinces Unies , ont reçu des Indes cette année dernière 1694. une pieced’ Ambre gris très- parfaite du peids
de 182. liv. ou de 2911. onces, qui cft le plus précieux & riche morceau d’ Ambre qui fc foitcncore jamais vu, IC
dont la vente s’en fera au printems prochain i & pour confirmer ce que j’ai dit que l’Ambre gris ctOïC dt la Cire,
je rapporterai ce que j’ai tiré du Journal des Sçavans.
Les Nacuraliftes parlent fort diverfement de l’Ambre , & leurs fentimens font extrêmement partagez touchant
fon origine , &c (a nature , & fes proprictez. Les uns difent que l Ambrc n’eft que le Sperme des Baleines j les
autres croïcntt^uc c’eft une écume de Mer, qui fc cuit & s’endurcit peu à peu. Quelques-uns foûtiennent avec
Cardan, que c cft une écume de Veaux marins -, & quelques autres pvétendent avec Scrapion que c’eft un Baume
qui s’engendre en de certains rochers , 5c qui tombe enluite dans la Mer. Les uns afleurent avec Fermandez Lo-
pez , que c’eft un amas d’cxci-émcns que font quelques Oy féaux , après avoir mangé de c rtaincs herbes odorife»
•rantes qui viennent dans les Illcs Maldives ; & les autres enfin , veulent que ce fbit une graifte de Terre , qui s’é¬
coule dans la Mer par quelques veines , 6c qui s’endurcit infcnfiblemcnt.
Mais toutes ces opinions ne font appu’iées que fur quelques légères conjc(5i:ures , 6c elles confondent ma-
nifflrment des chofes qfii ont une nature , 6c des qualitcz bien differentes. Car quoi que routes les cfpeces
d’Ambrc fe trouvent dans la Mer , 6c qu’elles foient poufTées fur les rivages par fes flots 6c par fes vagues :
neanmoins les Artiftes tcconnoidcnt facilement en les préparant , que leur matière n’eft pas la meme, Sc les
Médecins les emploient a des ufages fi contraires , qu’il cft aifé de juger qu’elles font compofées de difterens
principes. '
Pour ne rien confondre , il faut diftinguer deux fortes d’Ambrc , donc l’un cft gris 6c l’autre jaune. Le pre¬
mier fe trouve en divers endroits de l’Occan , comme aux Côics de Mofeovie 6c de Ri flic , 6c principalement
fur les rivages de la Mer de 5 Indes. Cet Ambre gris eft opaque , 6c d’une odeur douce 6c (iiavc > il fe liqurfie
facilement à la moindre chaleur •, 8c fans grande préparation il produit , tel qu’il cft au fortit de h Mer, des ef¬
fets merveilleux, tant pour.jfqWificr lecœur , l’eftomach 6c lecciveau, que pour recréer les efprits vitaux 6c ani¬
maux , 6c rendre iiicmclafemcnce plus féconde.,
Je ne trouve point de fentiment plus raifonnable, que celui qui affûte que l’Ambre gris nVft a-itre chofe
qu’un compofé de Cire 6c de Miel, que les mouche* font fur les Arbre* donc les Côres de Mofeovie font
remplies , ou dans le creux des rochers qui font au bord de la Mer des Indes, que cette matière le cuit 6c s’e-
b.iuchc au Soleil , 6c que fc détachant enfuite , ou par l’cfott des vents , ou par l’élévation des eaux , ou par
fon propre poids , elle tombe dans la mer , 8c achevé de s’y perfedionner , tant par l’agitation de fes flots , que
par l’cfprit falin quelle y rcncort,rc. Çar on voit par expérience , qu’en prenant de la Cire 8c du meilleur
Miel , ôc les mettant en digeftion pendant quelque tems , 011 en tire un Elixir 8c unecffencc , qui eft non
feulement d’une odeur (tes-agteable , mais qui a auffi des qualitcz fort approchantes de celles de l’Ambre
gris. Et je ne doute point qu’on ne fit un Elixir encore plus excellent , fi on fc fervoit du Miel des Indes
ou de Mofeovie , parce que les mouches qui le font , y trouvent des fleurs plus aromatiques 6c plus odorifé¬
rantes.
De plus , on a pêche quelquefois de greffes pièces d’Ambrc gris , qui n’avoient pas encore toute leur
perfedion } Ôc en les rompant , on a trouvé des raïons de Cire 6c de Miel dans le milieu de leur fub-
ftance.
Enfin , quand on fait la diflblution de l’Ambre gris avec de l’efpritdc vin paffé fur le Tartre , il refte tou¬
jours à la fin une matière épaiffe , qui cft fore femblabic au Miel.
Sur U Baume de JPerou , blanc & noir.
A L’égard de la deferiptiondes trois fortes de Baume du Pérou, je n’en parlerai pas ici , en ayant traité
affez au long à la page 273. de mon Livre , où on pourra avoir recours *, neanmoins j’avertirai que des trois
fortes de Baume du Pérou, il n’y a guere que le noir qui foit en ufage , tant à caiifc de fes grandes vertus , que
parce qu’il cft plus odorant i l’Arbre qui produit ces Baumes cft appcllé des Indiens de la Nouvelle Elpagne ,
JCiliogomoraiito.
On en ufe en trois manières , premièrement on le prend par la bouche , fccondement on l’apliqiic par
le dehors comme un onguent dont on frotc la partie affligée -, enfin on le mêle avec les médecines 6c com-
pofitions.
premièrement , pris à jeun par la bouche dans le jaune d’un œuf . dans une cuillicr avec du bouillon , ou dan»
du vin , quatre ou cinq gouttes diftil ces : Il foulage les perfonnes attaquées de courte halcitic , ou des douleurs de
la vcffic ; il fait cefler les vieilles douleurs d’cftomach, il foulage les phtyfiques 6c poulmoniqucs : Il cft très-
bon au mal de fbye , ouvrant fes obftnuftions 8c fes opilations , il affermit ôc fait la couleur du vifage plus belle
l’halcine plus forte -, il chaffe les douleurs des Fièvres quotidiennes en prenant cinq ou fix goûtes , comme die
eft , demie heure devant l’accrz , 8c s’en frétant un peu l’épine du dos : enfin , pris par U bouche en cette façon
ilala vertudcchaffcrôc de réfifter au mauvais air 8c au venin, de conferver les parties nobles : 6c de plus eft ua
remede éprouvé 8c infaillible contre la ptfte ôc contre la dyfentcric.
La féconde façon de fc fetvir du Baume, cft pat forme d’onétion 5 II cft fouverain pour les playes réeen»
I
'tes en quelque partie du corps que ce foit , fpecialemcnt à la tctc , pourvu que la tete ne foie pas offenfee:
car il les rc|oüit 6c guérit dés le premier appareil , mis chaud dans l’ouverture de laplaycavcc unccompref-
fe ou ligature qui le tienne fur la playe , & qui l’cmpcche qu’elle ne prenne vent. Il eft encore fort bon pour
les playes dont les raeurtrilTurcs empêchent la glutinationi car il les dire loudaincmcnt 6c aide à ht faire
g’utmcr en ce qu’il cftbefoin. Entre tous les autres Médicaments, il nettoye les vieilles ulcères de chancres,
6c amené à cicatrice les playes des nerfs & des jointures, principah ment de la Sciatique , failant réfoudre
toute dureté ôc tumeur qui pouvoir refter i il^ôte toutes douleurs provenances de caufes froides , en oignant ôc
frorant l’endroit douloureux j il ôte toute tumeur venteufe caufee par le froid , 5c fortifie toutes les parties du
corps qui en font frotees : Il conforte & entretient le cerveau , Ôc oiffipe toutes humeurs nnifantes 6c les dou¬
leurs qui l’attaquent, s’en frotant les tempes ôc le derrière de la tete. Il guérit la Paralyfic , oignant le cer¬
veau , la nuque du col , l’épine du dos , ôc la partie malade. On fortifie î’iftomach le frotant de Baume . ÔC
on le délivre des vents ÔC obftrudfions , quand il cil bouché ou dévoyé j 11 amolit la ratte mis chaud fur le lieu
douloureux i il appaife aulTi le mal de la pierre , gravclle , ÔC douleurs du ventre -, principalement s il cft ap¬
plique fur le mal avec du pain chaud : Il loulage la douleur des dents , .frotant le derrière de la tete du côté
douloureux j 6c guérit les tranchées des petits enfans ôcautres j Se les douleurs des coliques venreufes 6c gra-
vclcufcs , s’en frotant le nombril : Comme aulfi il guérit 6c emporte les Dartres , Feu volage , ôc fembhbles,
les frotant dudit Baume-, il loulage aulfi le fexcicmiain dans les mifcrcs,'foiblefl’cs, incommoditez naturelles,
ôc accidents aulquels il cft fujet.
Il faut remarquer qu’en toutes les ondlions 8c applications , il faut que le Baume foit chaud , foir en échauf¬
fant le vafe où il tft avant que .le diftilct, ou bien en ayant diftilé ce qui cft ncccflàirc fur une alfiette , ou dans
une cuillier ôc l’y faire chauffer.
Toutes ces proprictez conviennent egalement à ces deux fortes de Baumes, blanc ôc noir j le blanc n’cft pas
odoriférant comme l’autre , mais il cft plus précieux, rare ôc a plus d’tff t, étant plus naturel ôc exprimé de l’ar¬
bre par l’ardeur du folcil j de jjIus , le blanc tft fouverain ôc admirable pour ôter les rougeurs ôc taches qui vien¬
nent au vifage ou ailleurs aptes la petite vérole, ou par quelque fluxion ou maladie, notant ce mal de Baume
blanc mêlé avec du blanc d’œuf, ou avec de l’eau claire : Voilà les qualitez du Baume tiré de 1 imprimé duMe-
decin Arabe , dont la plupart ont etc éprouvées ôc expérimentées dans les occafions.
Sur le B4ume de Cafdu,
OUrre les grandes vertus du Baume du Pérou , on nous en apporte tin prcfcntcmcnt des endroits ci dc-
noramtz , dont j’ai fait L dtfeription dans mon Livre à la p .gt i8o. fous le nom de Baume de Capau ,
ce qui f^ra que je ne parlerai ici que de fes proprictez. Sa vertu tft admirable , il ftippléc à une Boutique de
remtdcs humain» . U rcl'out , digère , ÔC fortifie par intcnfion chaude ÔC fciche, deux gouttes prifes à jeun paC
la bouch , (..ilfipc 1 .aftmc & icscruditcz du ventre , ôc fortifie les er.tiailles , étant tiède, ôc s'en fotant Pc-
ftoroach , défait les opiiaâons froides , s en fiotant la tete ôc le col , il fortifie le cerveau , il garde de l’A-
poplexi.^ Ôc de la paiiioilon : il a bcaiicoqp de vertu pour les plaies ÔC les morfurcs des bêtes venimeufes-, les
bêtes même par un inftir.dl'natuicl, quand elles font bicflccs , courent à cet arbre, ôc mordans dans l’écorce,
trouvent le remede m c flaire à leur mal. Ces arbres croiflent en divers endroits du Brtfil , à fçavoir à Rio
de Janeiro, à Saint Vincent , & à Pcrnaniboug : Cependant il n’y cft pas en fi grande abondance , ni fi ex¬
quis comme dans le terrain du Saint- Efprit. Ceux de Copaigba appellent l’autre forte de l’huile de Copaigbaj
ce. font auffi de grands Arbres de couleur de cendre , cependant les feuilles en font plus grandes -, on ramaf-
fe du tronc , étant ouvert jufqu’à la moucllc , grande quantité de liqueur ; elle s’appelle du nom de l’Arbre
Copatg 'ja , ôc quand elle ccfl'c de diftilcr , fi on en bouche le trou pour huit jours ou quelque peu davan-
tage , quand on vient à le déboucher il fort de ce trou avec la meme abondance qu’auparavent , une fentmr
de Baume , qui quoi qu’rl ne foit pas fi précieux que le premier , il ne laifle pas que d’être egalement me -
jdccinaU
Sur la Racine de N if.
La Plante ou Racine que les Japonois appellent N[fi , les Sauvages Cama^Xu Chinois ou M’wi-
nn - , cil une petite Racine blanchâtre , ôc tout-à fait Icmblablc a la Racine de Diptam ou de B i $ :-h!anc i
Se comme cette Racine cft peu connue, je rapporterai premièrement ce que Monficur Bourdclor, Médecin or¬
dinaire de Sa Maj.ftc ôc de Monficur le Chancelier, m’en a donne par écrit.
Le cft une Plante que IcsChinois nomment ainfi , à caulc qu’elle a la forme d’un homme qui ouvre
les j imbcs j car ils appellent un homme Gmg elle approche allez de la Maniragor; par fa Racine , mais elle cft
{)lus petite , ôc fes feuilles font voir qu’il la faut mettre fous un autre genre j le Pcrc Martini qui n’avoit vu que
a Racine en fait une efpcce de Mandiagorc dans la Defeription qu’iî en fait de fôn Atlas de la Chine : mais il
cft tombe dans cette erreur pour n’avoir pû voir de fes fcuilfci, comme il avoue lui meme -, fa Ricinc devient
jaunâtre , loriqu’cllc cft fciche , elle n’a prcfquc point de fibres ni de filamens par lefquclscllc^utfTc tirer fa nour-
xiturc , elle tft toute parfemee df petites veines noires , comme fi on les avoir fubtilcment tirées avec de l’ancre;
quand on la mâche elle cft dclâgrcablc à caufe de fa douceur mêlée d’un peu d’amertume , elle augmente beaucoup
les cfprits vitaux , combien que fa dofcnc foir tout au plusque dedeux fcrupulcs ; fi on en prend un peu davanta¬
ge , elle redonne des forces aux debils ôc excite une chaleur agréable dans le corps ; on s’en fert quand elle cft
paflec par le Bain-marie ; car elle rend cette odeur fuave comme les fenteurs aromatiques ; ceux qui font d’une
conflitution plus tobufte ôc plus chaude , font en danger de leurs vies s’ils en ufent trop, à caufe de la grande
cftcrvencc qu’elle excite dans les cfprits ; mais elle cflmiraculcufemcnt pour Icsdcbilcs ôc travaillez, ôc pour
ceux qu’une longue maladie ou quelque autre accident a epuifé ; elle rcftituc tellement les cfprits vitaux aux
moribonds, qu’ils font afTez fou vent de tems pour fc fervir d’autres remèdes, ÔC recouvrer leur l'anté ; elle vaut
trois fois fon poids pefant d’argenr.
Dans le Cabinet de i’ Academie de Londres.
La Racine
y
La Racine de Nijî , (ft comme la Panacée des Chinois , & ceanmoins n’efl: que très pru connue e^
Prancc , &c meme en Hollande , & la grande larcté fait qu’elle fe vend cxcicmtmçm chcie ; lad. mure que j'ai
fait venir d’Hollande m’a coûté 25. livres l’once à Amfterdara , &: fi il ne s’en trouva que dans une xiJi Bou¬
tique j quoi qu’il en (oit , ceitc Racine étant dans terre , pouffe une tige de U hauteur d’environ un p>ed,
de la groffeur de celle du Bled , d’eù fortent des feuilles affez femblablcs à celles du Violier } ap é% lef-
‘quelles nailfent des fl.urs par boutons d’une couleur rouge / mais à mefure que ces boutons s’épanouilLnt , il
en fort fix feuilles difpoféts par crois d une couleur b anche.
Le Journal de Siain parlant de la Racine de iV , rapporte que le Ginfertg cft une petite R cine qui croît
à la Chine , dans la Province de hi .nui, -h- u^fch'>uari , Sc dans celle de Coul:. Il n'y en a ponce en aucun au¬
tre lieu du monde. Son principal effet tft de rcûifier le l’arg , &c de rendre les forces à ceux qui les ont per¬
dues. On met de l’eau dans une taflè , on la fait bouillir à gros bouillons j on jette didaiis Ls Racines de • ' »-
ftng , qu’on a coupées par pcrits morceaux : on couvre bien la tall'c , r fin de f urc infulcr le lj , r y- j & quand
l’eau eff devenue tiède , on l’avale feule dés le matin avant que d’avoir marge On garde h Ginltng ; Sc le
loir 6n fait bouillir de l’eau encore une fois ; mais on n’en met que la moitiée de la taffe : on y jette le n.cme
Ginfeng, on couvre la taffe , & quand l’eau eft alTez froide, 011 la boit Enfuircon fait féchtr le Ginfeng
au foleil & fi l’on veut, on peut encore f tire infufer dansduvinô: en ufer. On met laq.iantité de Gipfeng
à proportion de l’âge de la perfonne qui s’en doit fervir. Depuis dix ans jufqa’à vi igt , on en prend chaque
fois le poids de la nioirié d’un foang & demi : depuis trente )ufqu’a Ibixantc & dix & par d.-là, le poids û’un
inayon : ôn n’en prend jamais davantage.
Les nids d’oifeaux fe trouvent principalement en Cochinchinc; ils font admirables pour les fai fTs, &
bons pour la fantc .quand on y mêle du Gintcng. On prend une poule, dont lachair & les os foi. nt noirs ,
on la vuide bien, on la nettoyé. Puis on prend d.s nids d’oifeaux , qu’on amollit avec de l’eau , & qu’on
déchire par petits filets. On coupe auffi du Ginlcng par petits morceaux : puis on met le tout dans le corps
de la poule , dont on coût le fondement. La poule cft mile cnUiite dans une porcelaine couverte, qu’on met
dans une marmite pleine d’eau, & l’on fan bouillir cette eau jufqu’à ce que la poule foit cuite : apres quoi
pn laiffe la marmite fur la braife Sc cendres chaudes pendant toute la nuit. Le ma^in on mange poule , Gin¬
feng Sc nids d’oifeaux fans fel ni vinaigre ; Sc apres avoir m^ngé le tout , on fe couvre bien , & quelquefois
on fuc.
On peut auffi manger du ris cuit à l’c.iu avec les nids d’oifiaux Çc Ginfeng , accommodez comme ci-dtffus.
Ou mange cela a la pointe du jour , Sc fi l’on peut on dort là-dcll'us.
Sur l’Ambre jaune.
% Yant dit très- peu de chofe dans, mon premier Livre de la nature de l’Arnbre jaune, j’ai crû qu’il ne
feroic pas ho; s de propos de mettre ici ce que )’cn ai appris.
L Ambre jaune ou K.i-Asi, comme j’ai déjà dit, ne le çrouve ordinairement que dans la Mer Balrhique,
fur les Cô.cs de la Pruffe. Quand de certains vents rognent , il i ft jette lur les rivag s ; les H.ibitans qui
craignent que la meme Mer qui le jette ne le rentraîne , le vont ramafl'cr au plus fort de la tempête. On
en trouve des morceaux de diverfs figures Sc de differente grolLur , 5e ce qu il y a de plus furprcn..nt, SC
qui embaraffe davanc.ig-: 1. s Nacuraliftes , eft qu’on pêche quelquefois des morceaux de c^t Ambre , au milica
derqucls on voit des Feuilles d arbre , deS Feftus.des Araignées, des Mouches , des Fourmi' & d’autres infe¬
ctes qui ne vivent que fur la Terre. Ce n’eft pas d’au jourd'hiiy que les curieux font cas de- ces morceaux,
où il y a des bcftioles enfermets ,- 5c qu’ils les regardent comme de grandes taretez. Martial a fait une Epi-
gramme fur une Fotirmy qu’on lui fit voir au milieu el’un de ces racic.aux.
Dun Pha'êtomcâ Formica vagatur in ambra ,
Implicuit termem Succina giitta feram.
Sic moio ejitic fuerat efl nunc prêt la fa fuis ,
Funeribus faüa eft nunc pretiofa /*> f.
En effer c’eft une chofe affez difficile à expliquer , comment des Fcftus Sc des-infeCtes , qui nagent toûjour»
fur l’eau à caufe de leur Icgcrctc , peuvent fc rencontrer dans des morceaux d’ Ambre , qu’on tire du fonds
de la Mer- Les Philofophcs n’en ont rendu jufqu’à préfent aucune railbn pertinente, Sc iis ont crû qu’cllc
croit auffi cachée, que la caufe d’une propriété qu’on remarque dans l’Ambre, qui tft d’attirer 5c d’enlever
la paille. Effayons neanmoins d’expliquer l’une Sc l’autre, & tâchons d’en découvrir la ve-ritablc origine.
Ceux qui ont voyagé fur la Mer Balthiquc . remarquent que du cô:é de la Prufle il y a de grands rivages
fur Iclqucls la Mer s’étend tantôt plus, Sc tantôt moins ; Mais que du côté de la Suède , cc lont de hautes
Falaizcs , ou des Terres foûtcnuës , fur le bord dcfquellcs il y a de grandes Forefts remplies de Peupliers Sc de
Sapins , qui produifent tous les Erez quantité de Gomme Sc de Raizinc.
Cela fuppofé , il cft ailé de concevoir qu’une partie de cette mati.re vifqucufe demeurant attachée aux bran¬
ches des arbres, les neiges la couvrent pendant l’hyver , les froids l’cndurciifent , Sc la rendent caffantt , &;
les Vents impétueux en fccouant les branches , la détachent & l’cnlevcnt dans la Mer-, clic defeend au fonds
par fon propre poids , elle s’y cuit peu à peu , & s'y endurcit par l’acfticn continuelle rlcstlprits falins de la
Mer , & enfin clic devient l’Ambre, dont nous examinons préfentement la nature. Enfuite de quoi la Mec
venant à s’agiter extraordinairement , & lèvent pouffant fes flots des Côtes de la Suède vers ccllesdt- la Prufle,
c’eft une ncccffitcquc l’Ambre fuive cc mouvement , Sc donne aux Pêcheurs occafion de s’enrichir , & de profi,
ter de cette tempête.
L’endroit donc de la Mer Balthiquc où il y a plus d’ Ambre , doit être au deffous de ces Arbres , Sc du côte
de la Suède , fie fi la Mer n’y étoit pas trop profonde , je ne doute pas qu’on n’y en trouvât en tout temps une
tres-grandc quantité, Sc il ne faudroit point attendre que le Vent y fut favorable , comme on fait aux Côtes
de la Ptuffe.
B
f 11 n’v a pas toutcsfois de répugnances qu’on ne puiffe trouver quelques morceaux d’Ambre dans d’autres
endroits de la Mer Balthique , & meme dans l’Océan , avec lequel elle a communication : car l’eau de la Mer
csant continuellement agitée , elle peut bien en enlever quelques uns , & les poufler fur des rivages fort éloi¬
gnez : mais cela ne fc doit pas taire fi fréquemment , ôc en fi grande abondance , comme fur les Côtes
de la’ Prufl’e.
Au relie il n’y a pas de difficulté à expliquer dans cefentiment , comment des mouches , des fourmis &
d’autres infidlcs peuvent quelquefois fe trouver au milieu d’un morceau d’Ambre. Car s’il arrive qu’une de
ces petites bêtes , en fe promenant fur les branches d’un Arbre , rencontre une goutte de cette matière rai-
Cneule qui coule à travers l’écorce , & qui eft allez liquide en fortant , elle s’y embaraffe facilement , &
n’ayant pas la force de s’en retirer , elle ell bicn-tôt enfevelie par d’autres gouttes , qui fiiccedcnt à la pre¬
mière & qui la groffilTcnt, en fc répendant tout à l’entour. Cette matière , au milieu de laquelle il y a des
infedes , venant à tomber , comme nous avons dit , dans la mer, elle s’y prépare & s’y endurcir» & s’il ar¬
rive enfuite quelle foit poulTéc fur un rivage , 5c q« elle tombe entre les mains de quelque Pêcheur , elle
fait l’étonnement & l’admiration de tous ceux qui n’en fçavcnt pas la caufe.
PalTons maintenant à la propriété qu’a l’Ambre d’enlever la paille, & voyons ce qu’en pcnfcntles Philo-
fophes. Les Sedateurs d’Aiillote difent que l’Ambre attire la paille par une faculté attradricc , 5c ils ajou¬
tent que cette propriété dépend d’une qualité occulte qui fe rencontre en lui , 5c qui le fait fympatifer avec la
paille , plutôt qu’avec toute autre chofe. Mais premièrement , qu’cft-cc qu’avoir une faculté attradricc ï
N’cft ce pas avoir la puiffiincc d’attirer ou pouvoir attirer î Or de dire que I Ambre attire la paille parccqu’il
peut l’attirer , ce n’cft point toucher la caufe de cet effet : c’eft expliquer , comme on dit dans l école , une chofe
par elle- même , idtm per idem.
Z, De dire que l’Ambre a fympathic avec la paille par une qualité occulte , c’eft dire en paroles couvertes,
que la chofe eft cachée , ÔC qu’on ne la connaît point i car qualité occulte ou qualité cachée , ou qualité qu’on
ne connoît point , font une meme chofe.
3. Il n’cft point vrai que l’Ambre ait fympathic avec la paille, plutôt qff avec quclqu’ autre chofe; car quand
on l’a frotté , il attire indifféremment du papier , de la paille & toutes fortes de chofes Icgcres. Je m’en fuis
même fervi dans notre AlUmbléc , pour attirer une aiguille de Bouffole, Sc pour la faire tourner fur fon pii
VGt,auffi bien que fionluicût préfciné de l’Aiman,
. 4. Comme la même propriété (c rencontre dans le jayet, dans la Gomme, dans le Verre, dans la Cire
d’Efpagnc , 5e dans la plupart des Pierres précieufes , il faut chercher une raifon generale , qui puiffe convenir
également à toutes ces chofes.
3’aimctois donc mieux dire que ces corps contiennent dans leurs pores une matière fort fubtilc, qui n’cft
jamais fans mouvement , à caufe de fa fubtilité , 5c que faifant effort pour fortir de ces cellules , clic y eft
inceffamment repoufféepar la réfiftanccAe l’air qu’elle rencontre à la furface. Car il s’enfuit de là , que
fi on frotte ces memes Corps , on augmente le mouvement de la maticic qu’ils contiennent , 5c on lui donne
afftz de force pour vaincre la téfiftance de l’air , 5c pour s étendrç un peu à la ronde , enfuite de quoi fou
mouvement diminuant, elle eft repouffée par i’air , ôc eft obligée de retourner dans les pores , dont elle
vient de fortir , parce que d’autre matière ne fçauroit s’y placer fi cornmodément. Or cette matière ne peut
s’en retourner , 5c être ainfi repouffée pat l’air , que les chofes Icgcres qui fc trouvent dans fon chemin ^ ne
foient auffi déterminées à fuivre ce mouvcmcnc , ôc à s’approcher par confequent de l’Ambre ôc des autres
corps où cette matière fait effort de t’entrer.
Cette explication fcmblc d’autant plus vrai fcmblable , que rcxpcricncc nous fait voir que ni l’Ambre
ni les autres corps qui lui rcffcmblcnt , n’om la vertu d’attirer aucune chofe, fi la matière qu’ils contien¬
nent dans leurs porcs n’cft auparavant émue 5c excitée par le frottement. Et je préfère ce fentiment à celui
de ceux qui veulent que ces corps envoyent leurs propres parties quand ils font ainfi frottez , ôc qui difent
que ces p.artie$ étant graffes, clics s’attachent facilement aux chofes Icgcres qu’elles rencontrent , ôc hes en-
tr,aîncnt avec elles ; car quelle maiffe peut-on imaginer dans les Pierres précicufcs , 8c principalement dans Ic
Verre qui fc fait avec du Sable ôc de la Cendre , que 1 on fait fondre dans un feu trcs-violcnr.
On peut former quelques difficultez fur l’c^inion que nous venons d’embraffer , ôc on peut demander
en premier lieu, pourquoi cette matière qui fort de l’Ambre 5c des autres corps , quand ils font frottez, ne
pouffe pas auffi bien la paille ôc le papier en fortant , comme clic les poulie ôc les entraîne en revenant } Sur-
quoi il eft aifé de répondre, que cette matière en fortant compofe plufieurs petits filets , qui étant affez bien
ordonnez entr’eux, trouvent un paflagc libre à travers les porcs des chofes légères qu’ils rencontrent : mais
qu’en revenant ils ne ^aident pas les mêmes lignes, ôc ne peuvent pas repafler par les mêmes endroits , tant
parce que l’air les réfléchit en defordre ôc cnconfufion , que parce que les poresde ces chofes Icgcres étant
picfquc tous occupez par la matière qui fort encore de l’Ambre , ôc qui eft en poffcffion d’y pafTcr , il faut
ntceffaircmcnt que celle qui retourne frappe leurs parties folides. D’où il s’enfuit que ces chofes doivent
s’approcher de l’Arnbrc &c y demeurer même attachées , tant que l’air qui fuit la matière qui rcrourne , les
foûtiendra par d. flous.
On demande encore fi l’Ambre jaune doit paflèr pour une Gomme , ou pour une Raifinc? Sur quoi il
eft aifé de fe déterminer. Car comme la Gomme fc fond à l’eau , & que la Raifinc ne fc fond qu’au feu , il
femblc que l’Ambre qui ne fc fond qu’en cette ^crnicte maniéré , doive être mis au rang des Raifincs , plu¬
tôt qu’en celui des Gommes. Ce n’tft pas que Monficur Kcrkring n’ait un fort beau fccret de ramolllic
l’Ambre autrement que par le feu. Il en fait comme une pâte , à laquelle il donne telle figure qu'il lui plaît,
il a même enfermé par ce moyen un petit Fœtus au milieu d’une maffe d’Ambre. 5c illc conferve ainfi à
Utrecht depuis plufieurs années. Cette maniéré de conferver des corps morts , eft la plus belle qu’on ait
inventée jufqu’à préfent ; car outre qu’ils y demeurent exempts de corruption , on a le plaifir d’en confiderer
tous les traits à travers l’épaiffcur de l’Ambre, à caufe de la tranfparcncc de fa matière.
Etant fur le chapitre de l’Ambre, j’ai jugé à propos de donner au public la manière de faire du faux Am¬
bre qui m’a été donnée par une perfonne qui dit l’avoir fait ; car pour mon particulier je ne l’ai jamais expe-
limcntc.
Four faire Fierres d' Ambre cUires.
Bouillez de la TercbenÆine en une Poefle plombée avec un peu de coton , les remuant jufqu’à ce qu’ils
deviennent épais comme Papin i puis le verfertz dans ce que vous voudrez, & le mettant au Soleil refpacc
de huit jours , lors il fera clair &c dur afltz : on en peut faire des Patenôtes , manches de couteaux , & roue
ce que l’on veut.
^utre Fafû/t de faire Fierres d’ambre,
•
Ayez feize jaunes d’œux & les battez bien avec une cuillier, prenez puis après deux onces de Gomme
Arabique, & une once de Gomme de Ceriziers , léduifcz-lcs en poudre & les mêlez avec les j runes d'œufs ,
laiffjz bien fondre les Gommes S>c les verfez en un pot plombé , metrcz-les fix jours au iolcil , & ils de vien¬
dront durs & tranfparants comme le verre ,& quand on les frotte, ils tirent à loi la paille, comme les autres
Pierres d’ Ambre.
Sur le Caphe.
Le Caphé cft une efpèce de Féve qui croî: dans l’Arabie prés la Mecque. Sa forme cft qvalc , & fa
grolfeur égale à celle des olives, ordinaires. Le débit en eft fi grand en Turquie, que Icfcul impoftque
le Grand-Seigneur y a mis monte à une fomme confiderable. On en fait un breuvage dont on commence de
fe fervir en Europe , & dans Paris il y a pluficursiBouciques où I on en vend. Les Arab. s font cette décedion
de deux façons , ou avec la peau ou écorce de ladite graine , ou avec la graine même. Celle qui tft faite avec
la graine feule ou noyau , n’eft pas fi efficace que celle qui eft faite avec l’écorce, & ils remarquent que de ces
deux fucs differens , l’un rafraîchit & l’autre échauffe. Ils font rôtir ce fruit au feu , le mettent en poudre
& le laiffent infufer dans l’eau pendant un jour. Les Turcs font bouillir l’eau , & après y jettent la poudre
& font rebouilit le tout julqu’a ce qu’il n’y ait plus d’amert. me , qui s’y trouveroit toujours fans uneparfaitc
coAion. Ceux qui veulent en ufer plus dcücieufcment mêlent avec cette poudre quantité de fucre, de ca-
nelle , & un peu de girofle , ce qui lui donne une pointe agréable & la rend beaucoup plus nourriflantc. Son
ufage* n’eft pas moins fiéqucnt dans la Turquie que celui du vin dans nos Cabarets. Les plus pauvres en boi¬
vent pour le moins deux ou trois fois tous les jous -, c’eft une des choies qu’un mary cft obligé de fournit à
fa femme en ce pays là. ^ ^ r -r v n .a
On croit communément que cette boiffon échauffé Sc fortifie 1 eftoraach , que c eft un puiflant remede pour
guérir les obftrudions des entrailles Sc pour les humeurs froides , du foye , & de la ratte , & les expériences
’ i a faites en Ant^leterre , en Suède , en Danemarc , font connoûrc que le Caphé n'eft pas moins utile
les catharres & défluxions q. i tombent lur la poitrine , dan^ les fupprÆons des mois & d’urine , dans
l’ébullition du fang, & dans rabattement des foici.s, que contre les vents, l’hydropifie 6c l’abondancc de U
bile , la corruption du fang & la perte de l’appetit.
M. Vvillis l’eftime fur tout pour la vertu qu’il a de guérir les maux de tête , & il s’en cft fervi ft Ibuvenc
& avec tant de fucetz , qu’il avoue qu’il n’emploïe plus d’autre rtmede pour o-s fortes de maladies. Il ab-
bat les vapeurs qui montent au cerveau , & fuppléc fi bien au fommeil , qu’en prenant un verre tous les foirs,
on peut veiller pluficurs nuits de fuite fans en être incommodé. M. Vyillis attribue tous ces effets merveil¬
leux^ à la facuté de ce fruit , dont l’écorce eft tha de au premier degré ôc feichc au fécond. Le noyau en eft
tempéré : il defleiche pourtant toûjou s, & c’eft dc-là que vient cette grande maigrtur dans laq.i.lle tom¬
bent ceux qui en ptennent avec excez Mais fi l’excez en cft vicieux , l’expencncc fait voir que cette boiffon
prife le matin à jeun avec un peu de lucre & bien a propos , eft tres-uiilc à la fantc.
Sur les Fierres de Serpent.
1
La Pierre de Serpent , que les Portugais appellent Cobra de Capdos , fe trouve d.rn$ la tête d’un Ser-
pent , ainfi appelle parce qu’il a fur la tête une petite éminence faite en forme de chapeau : On dit
qu’il n’y a rien de fi fouverain contre les piqiiûeres des bêîcs venimeufes. Car fi on la met fur la playe ,
clic s’y attache fortement & en attire le venin. Lors qu’elle en cft pleine , elle tombe d’cJIc mêmen’ayanc
plus de force ; mais étant jettée dans du lait , elle s’y décharge du venin qu’elle avoir pris , & recouvre
fa première vertu. Le P. Kircher dit qu’il a cfté long-tcms fans le vouloir croire , quoique plufieurs Au¬
teurs dignes de ^y en parlaffent comme d’une chofe aflùrécj mais qu’enfin il a efté convaincu par l’expcrienco
qu’il en a lui- meme faite en prefencc de plufieurs perfonnes fur un Chien mordu par une vipère.
Cette hiftoirc fe trouve confirmée par une Relation envoyée depuis peu au Prince Jean Frédéric Duc de
Brunfvvik & de Lunebourg , à qui tous les Sçavans rendent compte de ce qu’ils apprennent de nouveau , non
feulement parce qu’il en eft curieux , mais encore parce qu’il eft très- verfé dans la plupart des Sciences. M.
Tachenius , dans une lettre qu’il a écrire de Venife le zy. Avril 1668. mande à ce Prince , que voulant faire
l’experiencc de la vertu d’une de ces Pierres qui avoir efté apportée à Venife par un Arménien , il fit mordre
un Chien à la jambe par une Vipère', demie heure après , comme on connut par les hurlemens que cet ani¬
mal faifoic , & par l’enflure de fa jambe , que le venin s’eftoit répandu dans fes veines & lui caufoit beau¬
coup de ‘douleur j le Comte de Schlick , chez qui fe faifoit cette expérience , appliqua la Pierre de l’Arme-
nien fur la playe . & auffi tôt cette Pierre s’y attacha fi fortement qu’on ne l’en pouvoir arracher , & l’ani¬
mal ceffa de fe plaindre. Elle y demeura attachée l’efpace de deux heures , au bout defquclles cftant tombée
d-elle-même , on la mit tremper dans du lait , qu’elle empoifonna de telle forte , qu’un Chien qui en but
mourut la nuit fuivante.
On la mit une fécondé fois fut la playe , & elle s’y attacha encore , mais elle tomba demie heure après-,
& ayant efté mile dans d’autre lait , elle lui communiqua moins de venin. Car quand on écrivit cette Rela¬
tion , il y avoir âéja trois jours qu’un autre Chien avoir bû de ce lait , & neanmoins il vivoit encore , &
meme il y avoir clperaace qu’il en échaperoit.
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la ttoTicn'C fois qu on l’appliqua fur la playc , elle ne s’y attacha point , parce qu’il n’y rcftoit plus
^e venin.
M, Tachenius ajoute qÇc cetre Pienc clloit noire, ronde , grande comme un fol , 5c quatre fois plus
cpaifle * ’5c que l’AriBenicp diloit que non feulement elle guetiU'oit de meme les morfurcs des Chiens en¬
ragez 5c de toutes, les Bê.cs yenimeulcs , mais qu’elle eftoit encore fouveraire contre la pelle.
Il y a de deux fortes de Pierres de Serpent , l’une niturclle 6c l’autre fabriquée ; celle qui eft naturelle
fe trouve dans la te c d’un gros Serpent fort comme aux Côtes de ïklelindc ; 6c comme je n’ai jamais pû
avoir de cetre Pierre de Serpent naturelle j je rapporterai ce qu’en a écrit M. Tavernier, qui eft Icfcul
Auteur flue j’aye ttouvé qui ait traité le plus au long de cette Pierre.
Il y a une P erre qu’on appelle de Serpent au chaperon : c’eft une cfpccc de Serpent qui a en effet comme
un chaperon qui lui pend dcri-.crc la tête ; c’eft derrière ce chaperon qu’on trouve la Pierre, dont la moindre
ell de la grollcur d’un, œuf dé ppulc.
On ne trouve de ces P erres qu’aux Serpens qui ont au moins deux pieds de long. Si cHcs'grt III fient à pro¬
portion de l’animal , il faut qu’il y en ait de bien grofTes, puilqu’il le trouve en AlFiique 6c en Aficdcces
Serpens qui ont vingt cinq pieds de long , comme clloit celui dont on garde la peau à Batavia , qui avoit
avallê une fille de dix huit an.s.
Ce même Auteur dit que cetre Pierre n’eft pas dure , 6c qu’eftant broyée contre une autre Pierre, clic
rend un certain limon , lequel eftant détrempé dans un peu d’eau , 6c bû par une peiTonre qui a quelque poi-
fon dans le corps , a U venu de le challtr dans le moment ; que l’on ne peur avoir de ces Pierres qi c par le
moyen des Matelots 5c Soldats Portugais , qui reviennent du AioT^er/il/k/iie : Au relie ce n’eft pas cette forte de
Pierre dont j’efpcrc faire ici un grand détail ,mais de celle qui fait tant de bruit dans le monde , 6c dont on vcn'c
tant les propcietez , 6c que la plupart croyent cftic natuicllc, quoique fabriquée ainll que je le ferai voir par
la fuite. •
Ayant fait voir la haute eftime 6c les differens fentîmens que l’on a de cene Pierre , je dirai que l’on
doit abrolumient croire que ccre Pierre n’eft point naturelle mais fabriquée ; 6c pour preuve de mon dire,
je rapporterai ici de quoi cl’e eft compofée , afin que ceux qui en voudront avoir la puilTcnt faite : j’en ai
pJuficuts que je g-ude. Prenez Bezoard Anirhal de Fiance une once , poudre de Crapaux
d’Ecreviftè , le tour préparé dans le mois de Juin , de chacun demie once ,
Terre figilléc prcpaiéc dans la décoélton de Racine de Scorfonairc , 6c de Contra ycrv.t , une
cfncc; Licorne minérale une once : ayant réduit le tout en poudre fubtile, on formera une pâte a-ccla gelée de
Vipcrc'!, extraite avec la décoél.on lîc la Racine de Contra yerva , du bois de Coulcvrc ou de Contra-
yerva de la Viiginie j 8c en ayant fait des trocbifqnes de l’cpaiC^cur & grandeur d’un double , plus oti
moins , fc\on <^ue l’on dcfitcra , on les fera feieber a l’ombie , 6c on le.'- gaid.ra pour le befoin. Les Indiens
la f )ht ordinaiietnent de la grandeur & cpaiftèurd’un liard ou double de France.
Voilà ce que c eft cerx tant renommée Pierre de Serpent.
'Outre les deux Relations , voilà ce que Monficur Tavernier en a écrit.
Je ferai enfin mention de la Pienc de 5" qui eft à peu ptés de laglardcur d’un double, 6c quelques-
unes tirant fur l’ovale , étant épaiftes au milieu , 6c devenant mince fur les bords. Les Indiens d (ent qu’elle (c
forme fur la tcic de certains Serpens ; mais je croirois pliuô: que ce font les Pteftres des Idolâ tes qui le leur
font accroire, 5c que cetre Pierreeft une compofition qu’ils font de quclquesdrogucs. Quoiqn’ilcn füit,cllca
une excellente vertu pour tirer tout le venin quai d on a cftémordu d’un animal venimeux. Si la pariretùs’cft
faite la tnorfure n’eft pas entamée , il faut y faire une incifion, afin que le fangen forte , 6c lorfquc la Perre y
a efté appliquée , elle ne tombe point qu’elle n’ait tiré tout le venin qui s’amafle autour. Pour la rerreyer , on
prend du lait de fe nme , ou à fon defaut du laie de vache , 6c apres y avoir trempé dix ou douze heures ,
ce lait qui a attiré tout le venin , prend une couleur d’apoftiimc. Ayant un jour dîné avec l’Arcbcvcquc de
Goa , il me mena dans Ton c.ibinct de tarctez, où il y avoit pluficurs pièces curieufes.'Entr’auttcs ebofes il me
montra une de ces Pierres, 8c m’en difant la propriété , m'aflura qu’il n’y avoit que trois jours qu’il en avoir
£xit l’expctience , enluite de quoi il m’en fit prefent. Comme il traverfoit un marais de l lfle de Salfcteoùeft:
Goa pour aller a une M «ifon de campagne , un de ceux qui le portoient dans fon Pallexis , 8c qui font prcfque
tout nuds , fut mordu d un Serpent , 6c guéri en même tems par cette Pierre. J’en ai acheté pluficurs , 6c il
n’y a que les Bramiiics qui les vendent , ce qui me fait juger que ce font eux qui les font. On fe lcrt de deux
moyens pour éprouver fi cetre Pierre de Serpent eft bonne, 6c s’il n’y a point oc tromperie. Le premier eft ,
fi l’on met la Pierre dans la bouche -, car alors la Pierre eftant bonne, elle faute 6c s’attache incontinent au pa¬
lais. L’autre eft , de la mettre dans un verre plein d’eau , 6c aiiflî tôt fi elle n’eft point falfifiée , l’eau fe met à
bouillonner , de petites vcllies montant depuis la Pierre qui eft au fond jufqucs au dcfl'us de l’eau.
Sur la Licorne Minérale.
CE n’eft pas fans fujet que les Indiens font entrer cette Pierre dan^ la compofition de la Pierre de Ser¬
pent J 8c comme c’eft une drogue peu connue 6c dont peu d’Auiciits traiicnt , je r.ipporrcrai ce qu’en a
écrit Monficur Vvotme dans fon Cabinet à la page 54. afin que les Médecins la puifîcnt mettre en ufage.
CO RNV FOSSILE , Gtfnro Ceratitts , Clujto Ebur fvJfiU . Cétfa’pno Lapis ^rabiens , qfùhuf-
Aam dtns Elrpha»ti petrf. B is , aliis Lithcnu,r^a atba. Tamvaria nomitia ob figura vanetatm confpicitur,
flb ithoribus acetpit.
Cum Oftcecollis rnagnarn habet affinitatern ; </uocirca ai lapides molles a <^Hibnfâam refertur. Eft autem fitbftan-
tia lapiiofà, colore , IrJore & forma cjuan-'oejne Cornu referens , ejuandoque dur tus , (juandeejtte mollius , corcite
txteriorc duro , fiaveficme , nigro aut fhbcifieno , tntdullà molli , albâ , levi , friabili , ahfi^tie p^tis compati â ,ad-
ftringente , exficcante , lingna fi'miter adharmte , oiore qrato. L,venitur tarn in Italie , (juarn variis Germania
loch J prope Elbingerodain Sylva Hcrcinia ,prvpe Heiddbu-ga?n , Hddesheimium/tn Moraijiâ ,Sdefiiâ ,SaxOfiiâ.
Mattria
9
MaterÏA & modus gtntratïonïs hifce exprïmitur ab ^nshelmo Bo'ètlco i Boèt : Mattriam proximam gentra-
tionis loamm Comuum , Margam vcl Marg<t Jptcitm ejfe exiflimo , dura lapidtfccnte , & fubùrramà aquâ
fluentt irrigatur , folvitur & laBis inflar fiuit per terra cavitates , in ^uibus fi 'a terra adftante ^tjaa ferofior
pars abforhetar aat mbibimr , vel praterfiuit , tam crajfior pars cavitates impUnie fiftitar , & abfumpto omni ku-
more co'aleficit , lapidefijne firmam & corna pra fie fert , aat Marga tantum , fi fitccas exiguam vim lapidificam
habaerit. Haccaufa tjl sfaodinterdum ejaf/nodi frufia crajfa j interdam exigua & tenuia confpiciantar. Verùm
fi laBtas hamor non in cavitatem , fed in lignam ali^aod jam vetaflate arefaSlum incidat j iUiufque corpus jarn
leve & porofitrn fiubeat , & exhalatâ aqua tcnuiore portione , crajfior remaneat , lignam tranjmutat , cjufque
partes Jibi ajfimilat , ita tamen ut fpecies ligni nofci , & interdurn odor deprehendi pojfit. Qwd ligno contingit ,
id etiam cornubus cervinis dentique Blephanti , aliifque quadrupedum partibus » fi in hujujmodi loca décidant ,
contingere pottji,
Hac fententia proxîme ad veritatem accedere videtur. Vim enim eandetn obtinent hacce cornua , quam Mar-
gis , Bolis f & Terris figilaiis adfcribunt. Qupd alii de cornihus Monocerotum dilavio per varia loca difperfis ,
bitumine liquida , fiuccino aut lapidibus putrefaüis philofophantur , probabilitattm habet nullam , aut valde exi-
guam.
Cornmendatur admorbos omnes malignos , pejltm , febres malignas , ajfumpta ventna , Terra Ltmnia inflar i
cor roborat & à malignitate prafervat : per /adores , quicquid maligni in corpore eft , potenter expellit défis ad
drag. unam in a^uis approprlatis , aut vino , ad fincopen , cardiacam pajfionem , cordis tremortm , aliofiqut
afftilus cam aqua appropriatâ fcrupuli pondéré \ fie & ad puerorum Epiltpfiam eodem modo, V errnes necare ,
fiuxus fijlere volant , alvi , uteri , narium , hamorrhoidum , oculis lacrjmantibus , fi cam laüe in pollinem
tenuijfimum redaSlum injlillttur , prodejfe volant : vi exficcante & adfiringente ulcéra ad cicatrices perducere ,
intertri^ines & abujla curare obfirvatum.
Verum non omnia hujus generis hafee facultates obtinere relie Jlatuunt quidam , qui magnam in hifce obfer-
varunt diverfitatern : ut enim forma , origine , & fubjlantiâ inter fe diÿirunt , ita quoque virihus & facultati-
bus. , . ■
Qmeumque lapidum injlar dura funt , inodora , neque medullam habent , vix aliâ , quam exficcandi vipoUent.
Tait fruSlum ego pojfideo , quod durum inflar lapidis , folidum , ponderofum , lignum fraxini pra fe fert : vena
enim , flria & lamina ex quibus confiât , nodis , nodofifque foraminibus infignitur , adeb ut figura externa plane
fraxinum reprafenttt ; quocirca ad vulgana ligna lapidefeentia potiks quam ad cornua fioffUia retulero : adflric-
tionem in fe habet nullam , nec odore aliquo praditurn,
Qua facile in pulverem rediguntur , lingua ddharent , molliaque funt , viribus enumeratis poUent : ilia im-
prirnis , qua gratum fpirant odorem y ad cordis commendantur affèHus : cor enim roborarcy & a malignitate pra-
fervare animndverfum efl. Si fubflantia ipfa ante tranfmutatmem fuerit à Cervo , Elephante , Fraxino , Ju-
glande arbore , aut alla rt qH<t venèms adverfatHr , aO, expellenda & fuperanda venena habfbit efii-
caciam , eoque majorem , fi odor ipfius arboris , vel prioris corptris adhuc deprehendi poffit. Tum epJm quatita-,
tes iflas adhuc in tranfmutato corpore remanfifft y ac vires y qua injubtiliorimaferiaharentynondumperiiffey fed
accedentt nova Ô' fubterraneâ hâc materià aullas eJfe , probahile efl.
Mihi hujus nota funt fragmenta quadam. Vnum tfes , brachii crajfitie y trium unciarum longitudine y in dia¬
mètre uncias duas curn femiffe habens : cui cortex abrafus , ut fubflantia remanferit nivea j albo colore manus tin»
gens y cui per longitudinem vena quadam cœrulea ^ fufca inferuntur y folidum alioquin & porofitrn , lingua adha-
renS , cornu cervi uflum referons pondéré unciarum quinque : quod , ex notis , metioris generis effe eoUigo.
Aliud gênas mihi efl cinereum , magis compaüum , molle tamen & odoris grati , comu cervini faciem oflen-
tans y valide adflringens.
T trtium fufeum efl , exteriori corttee ad nigredinem tendent , altéra durius aliquanto , ita tamen , ut cultello
radi poffit y leve , adflringins , non adeo friabile ut alterum , ebur uflum externe referens.
Fufeum etiam efl aliud , fed venis nigris , albis & luteis afperfum fibris per longitudinem excurrentibus , lon¬
gitudine digiti y pondéré drachmarum quinque , fragile , arenaceum , ligni alicujus fcandulam reprafentans , odore
non ingrato , adflriüiont valida , quod etiam ad nota melioris cornu fvjfllt refera.
La Licorne minérale me donne fujet de parler d’une Terre blançhe qui fc trouve dans un côreau de la Sei-
gneurie de Mofeau , appartenant à Monfieur l’Eleûeur de Saxe , dont les habitans des lieux fe fervent à fai¬
re du pain , en la mêlant avec de la farine ; on en trouve auffi auprès de Gi tonne en Catalogne ; c’eft cette
Terre blanche- là que l’on appelle communément Medullam Saxorum : Il eft à remarquer que l’on ne fe fert
Î)as de toute la Terre blanche pour faire du pain, mais de certaines petites bouletes blanches comme de la *^'‘^“*****
àrine, qui fortent de cette Terre d’abord que le Soleil l’a cchaufice. Saxotum.
Sur l'Oxi-fetra.
L’On trouve dans le territoire de Rome une Terre aigrellette & blanche tirant fur le jaune , fort propre
pour guérir de Fièvres ardentes j Monfieur Pharifiani premier Médecin du Pape, a donné à cette Terre le
nom Oxi-petra Romanorum Pharifiani y à caufe qu’il a découvert en cette Terre la propriété d’appaifer l’ardeur
des Fièvres.
Sur U Racine de Britanique,
JUfqu’à prefent tous les Droguiftes &’moi-mêmc, avons vendu pour Britanique la Racine de Biftorte aflez
mal à propos , tant parce que plufieurs Auteurs ont écrt que la Britanique n’eftoit autre chofe que la Bif-
lottc , & d’autres le Cyclamen , la Tormantile , la Betoine , le Plantain aquatique , ainfî de quelqu’autrcs •
mais un de mes amis m’ayant fait voir un petit Livre latin, imprime en Hollande, fous le litre de Britanica
jdnii'quorum vera y où il eft dit que la vraye & ancienne Britanique n’eft autre chofêquc la Racine du Lapas
fauvage ou Hydrodapas noir ^ ainft appelle à caulè qu’il croît aftez fouvent dans l’eau & dans les maréca¬
ges.
C
10
A'U rcftc , cette Racine cil douce de très-grandes proptietez que j'ai efté bien-aife d’inferer ici j le petit
Livre qui traite de cette plante n’eftapt pas connu par tout : On lui attribue la qualité d’être fpecifique contre
la maladie du Scorbut , d’afFcrmir les Gencives de même les Dents , de remédier aux maladies des nerfs & aux
venins, de guérir la maigreur & flux de ventre, qui fonr ordinairement les fympiômcs du Scorbut j on veut
quelle guerifle encore les Hemeroïdes , l'Hydropific,r£fquinancic, Dyrentcrie , Dyarthée , Plcurefic , enfin
de quantité d’autres proprictez dont il cft traité dans ce Livre: à l’égard de fon ufage , elle fe prend diver-
fement , comme en poudre , en extrait î mais fon ufage le plus ordinaire cft de la faire cuire dans des eaux
communes ou diûilécs , & d’en boire la déccwftion , en un mot fuivant l’ordonnance des Médecins.
Sur la Racine d'Ejfayç.
Le Journal des Sçavans fait mention d’tmc petite Racined’un goût filé & d’une couleur rougc,qui croît fur
la Côte de Coromandeli entre Penna & Caleaturc , dont les Indiens fc fervent à teindre en ccarlatte ;
Il en vient auflr de Papapouli proche de Maflulipathan j mais les Indiens ne l’cftimcnt pas tant que celle de
ci deflus , à caufeque la couleur cft trop vive : en mon particulier j’avouerai n’avoir jamais vû de cette Ra¬
cine , aufli bien que du Ronas que je croi être la même choie.
Sur U Porcelaine de U Chine.
L’On a crû jufqu’à prefent que la Porcelaine de la Chine cftoit faite de petites coquilles de mer que nous
appelions communément Porcelaine en coquillage ou autres fcmblables, & de coquilles d’cEufbroyé après
les avoir laiflces dans la terre pendant des cinquante années , & que c’eftoient les héritages que les Chi¬
nois laiflbient à leurs enfans \ mais pour le prefent on doit eftrc dclabufé de cela , un de mes amis qui a cfté
à la Chine m’ayant afturé que ce n’eftoit autre chofe qu’une terre fcmblabic à du fable , qui fc trouve dans la
Province de- Nankin, proche de la Rivière de Poyant , & que lorlque l’on veut faire la Porcelaine, on
tamife cette Terre , & avec de l’eau du village dcSiruftêfimo on en forme des vafes de telle grandeur fi¬
gure qu’ils foient alors; ils les font fcicher à l’ombre ou au Soleil, & en après les pcignantavcc l’indieo, IcVcrd-
dc-gris fie autres couleurs , fie enfuite les mettent dans des fours bien clos en y entretenant du fou pendant
quinze jours , Sc quinze autres jours après le fou fini , le Prefidtnt de ce métier vient déboucher le four ôc en
prend la cinquième partie pour l'Empereur de la Chine ou du Japon, qui font les deux endroits où fc fabrique
la vraye Porcelaine-, fie pour confirmer ce que j’avance , on n aura qu’à lire le Journal des Sçavans du Lundi
9- Aouft iSii. qui confirme tout ce que je dis, à la tcfetvc qu’il dit que la peiotutedonr les Chinois fie Ja-
ponois fe fervent k peindre la Porcelaine , c’eft un fccret qu’ils ne difonr qu’à leurs enfans ou proche- parens,
fie qu’il n’y a que les eaux du village de Sindc fimo , dont j’ai parlé ci dclTus , qui puilTcnt foire de U Porcelaine,
ce que routes ks autres eaux du Japon 6: de la Chine ne peuvent foire.
Sur le Moxa de U chine.
Le Moxa cft «n coton ou bourre , que l’on tire de la tige fie des feuilles minces de l’Armoifc à grandes
fouilles , fcichécs fie broyées entre les mains pour en féparcr le bois , les fibres fie filâmes ; la bourre qui s’en
répare cft le vrai Mjxa t^i a tant embarafle d’cfprits.
Les Chinois , Japonois , même les Anglois fe fervent de ce coton pour faire des mèches dont ils fc fervent
à les guérir des Gouttes; en brûlant fut la partie affligée auparavant frotéede falivc.on prétend que ce remede
ne fait point de douleur , ce coton ayant cette propriété là , ce que je ne puis aflurct pour ne l’avoir pas
éprouvé.
L’on fait ordinairement ces Mèches de la grofleur du tuyau d’une plume ; je ne fçachc pas que ce re¬
mède foie encore en ufage en France , Dieu veuille qu’il foit vctitablc , ce feroir le feul remede que nous
aurions qui gueriroit de ccite maladie.
Ceux qui en auront befoin pourront l’éprouver , ayant aufli- bien de l’Arinoife en France que dans la
Chine.
Sur le Cerojîe Royal,
J’Ai dit dans mon Livre à l’article du Gerofle , à la page que je n’avois jamais vû de Gerofle Royal , 5c
que ce que j’en écrivois ce n’tftoit que for le rapport d’autrui ; mais à prefent je puis certifier en avoir
quatre qui m’ont cfté donnez pat Monficur Surian Doêtcur en Médecine : Ce Gerofle eft beaucoup plus petit
fie tout different du Gerofle ordinaire , fie les quatre que j’ai ne pefent pas un grain , neanmoins font d’un
gouft fie d’un odeur beaucoup plus fuave 5c aromatique ; Ôc pour en donner une plus parfaite connoiflancc ,
j’en ai fait graver la figure à l’Eftampc de l’Argent- vif : il feroit à fouhaiter que nous tuflions de ce Gerofle ,
nous n’aurions pas grande peine à nous pfler de celui des Hollandois.
Sur l’Anis de la Chine.
L’Anis de la Chine, dont l’explication fc trouve à la page 4J. cft fort jufte , mais pour la figure que jzy
prife dans Bauhin . 8c que j'ai fait graver à l’Eftampc du BoisTuflec , cft faulle ; car en ayant recouvré
depuis peu, elle cft aufli diftcrcntcdc celle de Baubin , comme de la nuit au jour , celle de Bauhin cftant faite
comme une Molette d’éperon, 8c celle que j’ai eft fcmblabic à la Figure ci devant gravée ; fi nous pouvions
avoir de cet Anis , nous nous pafl’erions ailément de celui que nous vendons ; fie pour mon particulier j’ai-
metois mieux une livre de ect Anis , que dix livres du nôtre , principalement l’amende ayant bien plus de
gouft fie d’odeur.
Sur les Cauris.
LEs Caurh ou Kaarls fonr de petits coquillages qui viennent des Maledives ; les Cauris font ce que nous , .
appelions Porcelaine en coquillage : leurs plus grands ufages cft pour la Guinée & autres endroits où on
ne fe ferc point d’habits , fc fervant de ces Cauris pour couvrir leurs plaftrons de quoi ils couvrent leurs nu-
dttez.
Sur le Câlin de U Chine.
Le Câlin de la Chine eft un mctail plus beau que le Plomb , & inferieur à l’Etain , forr commun dans la
Chine , Japon , Cochinchine & Royaume de Siam •, c'eft purquoi les Orientaux en font plufieurs uftan-
ciies , & même en couvrent leurs Mailbns , & les boetes de Thé que nous avons font de Câlin.
Sur l'Indigo Cati-malo.
Le plus parfait Indigo eft celui qui prte le nom èl ftidiro ,Guati ouGati-malo de Gomi'Vtalle , à
caufe de la ville de Gonti-malle où il tft fabriqué j ce font les B iftimens Efpagnols qui en chirgent au
bord de ladite Vülc pour le tranfportcr à Cadix & autres endroits ; j’ai dit dans mon Livre à la page 154.
au Chapitre de l ltidigo , qu’il venoit des Indes Orientales , ce qui n’cft pas vrai ; car la ville de Gonti-malle
cft aux Indes Occidentales * fituée dans les Handures , Province contiguë à la Floride à vaux , fe vend à $. ^
Domingue i ceux qui font à S. Domingue p uvent en quatre jours aller dans les Handures , à caufe que d’Orirntalt
le vent cft toujours à l’Eft en ces quarticrs-là j & pur revenir à S. Domingue : il faut quatre à cinq mois à été mis par
caufe des vents contraires : pour ce qui regarde l’Indigo , j’en ai traité aflez au long à la page 154- je rcpicrai “'égard
neanmoins que la véritable marque ^n bon Indigo tft de brûler au feu comme de la cire , & qu’il ne rtfte
que de la cendre. ,*1.
Sur l'Ejfence de Bergamotte.
L’Eftcnce de Bergamotte fc fait des Zeeftes de Cèdres ou poncircs ou gros Citrons qui ont efte anrt z lut
des Poiriers de Bergamotte -, cette Eflcncc tft plus douce que celle de Cèdre ou Poncirc ; à l’égard de
fon choix, c’eft de l’acheter d’honnêtes Marchands ; car tftant une marchandife précieufe, elle tft bien fujcttc
à eftrc fophiftiquée , ou que Ton fuppofe rElTrncc de Cèdre pour celle de Bergamotte.
Son iilage cft propre pur parfumer le Tabac & autres drogues.
L’ElTence dt Lvmcttc le fait de même ; la Limette cft un fruit doux, ce qui fait que l’Eftlnce cft plus ï^Teneede
foible ; clic fc fait ordinairement en Portugal ou à Rome j celle de Rome cft blanche , & celle de Portugal cft Limette,
jaunâtre, c’eft à-dire , tant foît peu ambrée.
Sur les Tir âgées dt Saint Roth.
LEs Dragées de Saint Roch Ibnt ainfi âppcllées à caufe que c’eft un remede infaillible contre la Pefte^
ces Dragées ne font proprement que la graine de Genièvre couverte de fucre. Un certain Médecin de
Montpellier veut que pur faire les Dragés de Saint Roch on les fafle en cette maniéré.
Prenez deux onces de Racines de Contra yerva, quatre onces de Racines de Scorfonaires , & autant de
Racines d’ Angélique fcichcs , & une once de bon Saffran \ toutes ces chofeS cftant bien pulvcrilécs , vous les
jetterez dans une grande courge de verre , & vcrlercz pardeflus une pinre de fuc de limons , une pinte de bon
vin Blanc , & une chopinc d’eau de Scorfonaire. Appliquez-y un alcmbic aveugle , & les laiftez ttemper deux
fois vingt-quatte heures, pis vous y appliquerez ün alcmbic à bec , & IcsdlftiUrtzau bain-marie.
Prenez quatre livres de cette eau , & l’ayant mife dans un grand matras , vous y ajouterez quatre onces de
bonne poudre de Vipères, quatre onces de feuilles de rue dcflcichcts à l’ombre & pulvcrifccs, & deux onces
de bon cfprit de fouphre. Appliquez y un vaiffeaude rencontre, bouchez bien Us jointures , & les faites
circuler au Soleil l cfpacc de quatre jours, après le Iquels vous ouvrirez Icvaiflcau , & filttercz cette eau parle
papier gris.
Prenez enfuite qüatrc livres de fcmcncc de Genièvre préparée comme ci-aptés, & l’ayant jettée dans un
grand matras, vous verlcrez de cette eau pardeflus autant qu'il en faiit pur furpafler la fcmence que vous
laiflcrc Z digérer au bain autant de tems qu’il en faudra pour la bien nourrir , puis ayant 'épaté l’eau par incli¬
nation , vous tirerez votre femence & la deflcichctcz avec le fucre Ro'ial en poudre , fi vous n'aimez mieux en
former de véritables Dragées félon l’art.
ymus des Dragées de Saint Roch. Elles échauffent moins que les grains de vie ôc de famé : ccpndant on
les ordonne pour les memes maux avec heureux fiicccz.
La doje cft aufli fcnablablc, & même un peu plus grande.
f réparation des Bayes de Genièvres.
P Renez telle quantité qu’il vous plaira de fcmcncc du ptit Genièvre, bien meure, bien choifie & feichée
à l’ombre , lavez- la dans l’eau de fontaine , la frotant tout doucement entre vos mains , pour en ôter la
pouflicrc & les ordures -, & lotfqu’clle fera bien nette . vous l’expofcrcz au Sglcil julqu’à tant qu’elle foit
/cichc , & lorfqu’cllc fera feichc , vous la mettrez dans une terrine vernie , & verferez pardeflus de l’eau
d’Angelique ou de Scorfonnairc , ou de Chardon bénit , ou de Scabieufe, autant qu’il en flUt pour couvrit
toutes vos Bayes , laiflèz les trempr l’cfpaccdc vingt-quatre heures , pour leur faire perdre le pu qu’elles
ont d’amertume , fans détruite leur vertu bezoardique -, cela fait, vous les fiotercz un pu entre vos mains
fort légèrement de pur de les écrafer , & en ayant ôté l’eau , vous les ferez fcicher au Soleil.
Beroard
Animal de
France.
Bezoard
compofé.
Huile d’A-
floli.
Sur le Bezjoard Ammal.
L’Embaras où fc trouvent la plupart des Droguiftes & Apotiquaircs lorfqu’on leur demande du Bezoard
animal , fait que j’ai crû qu’il eftoie ncccflairc de leur expliquer ce que c’eftoitque le Bezoard animalj
ainfi je dirai que ce que nous appelions dü nom de Bezoard animal font :
Le Bezoard Oriental , le Bezoard Occidental , la Pierre de Porc , la Pierre de Malaca, la Pierre de Fiel,
le Bezoard de Singe , la Poudre de Foye & Cœur de Vipères à qui j’ai donné le nom de Bezoard de France,
la Poudre de chair de Vipere , Huile de Vipère , l’Huile de Scorpions, de Mathiolc -, de plus quelques-uns
ont donné à la Theriaque , au Mythridat , à l’Otvietan , le nom de Bezoard compofé , & finalement à la
graine de Genièvre celui de Bezoard Végétal , prétendant que tout ce qui cft propre à téfifter aux venins peut
eftre appellé Bezoard. j ainfi il fera d’orenavant de la prudence des Médecins d’expliquer dans leur Ordon¬
nances ceux qu’ils défirent & celui qui convient aux malades; je ne dirai rien ici déroutes ces fortes de Bezoatds,
en ayant traité de chacun en leur particulier.
Sur U Gomrue d* Acajoux.
La Gomme d’Acajoux cft une Gomme rougeâtre , claire & tranfparcnte , affez fcmblable à la Gomme Tu-
rique , & même pourroit fervir aux memes ufages , fi elle nous eftoit connue ; elle vient des Ifles &
découle des Arbres portans les Acajoux , ainfi que la Gomme qui découle des Cetiziers , & autres arbres
fruitiers.
Sur la Racine d’Aninga.
La Racine d’Aninga eft une Racine qui croît dans les Ifles j elle eft aflez fcmblable à la Squinc, c’eft dp
la décodion de cette Racine dont les Ameriquains fc fervent poof’clarifier les Sucres , au lieu de Su¬
blimé & d’Arccnic , dont ils fe fervoient autrefois avant qu’ils euflent la connoiflàncc de cette Racine ; je
n’aurois pas avancé que les Ameriquains fc fervent de Sublimé & d’Arccnic, fi Monficur de Sutianne me
l’avoir alluré.
Sur l’Huile d’ Ajfalife-fhoenix.
L’Huile d’Aflalifc-PhœnîX cft une huile rouflatre que l’on tire de certains Vers que l’on trouve dans le
bois pourry d’une efpece de Palmiftc ; ces Vers ne font qu’en petit ploton de graifle ,& cft fort propre
pour les Sciatiques , rctradions de nerfs : on nous apponc auffi des Ifles de l’huile d’Anoli fort propre pour
faire croître & frifer les cheveux » ôc Mur réfoudre les loupes -, mais comme Monlîeur Surian efpere en don¬
ner une Hiftoite generale au public , c*^cft pour cc fujetquc je n’en dirai rien ici , auffî-bicn que de tout le refte
des noms qui fc trouveront dans mon Catalogue.
Les Anolis font des efpeces de Lézards connus dans les Ifles.
Sur le Sel Pelycrejle.
Avant traité au long dans mon Livre à la page7tf. au Chapitre du Sel Polycrefte, la manière de faire
& connoître le vrai Sel Polycrefte d’avec le contrefait > mais comme journellement on découvre & l’on
apprend les malverfations qui fe commettent aux faits des Drogues , je me fuis trouvé obligé de publier un
abus qui fc fait prefentement au fujet du Sel de Polycrefte , qui eft que certains Diftilateuts vendent im¬
punément dans Paris aux Epiciers, Apothiquaires , Chirurgiens & autres , la tête morte, de l'eau forte
d’ Alun pour du Sel de Polycrefte , ce qui cft un abus bien grand auquel on doit obvier ; & comme la con-
noiflancc cft difficile & que je fuis las de publier ces abus , je prie ceux qui auront befoin de Sel Polycrefte & au¬
tres Drogues fujetes à être fophiftiquées , de ne les acheter que d’honneftes Marchands.
Sur le Foye d' Antimoine.
LEs Auteurs Chymiques qui ont traité du Foye d’Antimoine, ont tous dit qu’il falloir fc fervir d’ Anti¬
moine bien éguillé pour faire cette operation, je l’ai dit aufll-bien qu’eux : Mais ayant depuis re¬
marqué & éprouvé que l’Antimoine mincral,c’cft à- dire, tel qu’il fort de la Mine, faifoit de plus beau Foye
d’ Antimoine que l’Antimoine fondu ou en éguillc ; mais ce qu’il y a de fâcheux , c’eft qu’il revient â davan¬
tage , ainfi cet Antimoine minerai ne peut fervir qu’aux curieux & à ceux qui préfèrent la bonne marchan-
difc à leur interett propre ; lorfquc ce Foye d’ Antimoine cft bien préparé , il cft luifant 6c la poudre d’un
très-beau rouge , & li l’on n’eft point fujet à le manquer , fur tout lorfquc le Salpcftre a efté bien feiché, 6c l’An¬
timoine bien choifi. Si je n’avois fait pluficurs fois du Foye d’ Antimoine avec de l’Antimoine minerai , jenc
l’aurois pas avancé , & j en ai que je garde pour le faire voir à ceux qui auront peine à me croire aufll-bien que
de le préparer quand on le trouvera à propos, & par cc moyen on évitera de le faire comme du Mâchefer, com¬
me il cft arrive à de certains Chimiftes qu’il n’eft pas befoin de nommer.
Sur le Reagal ou Arcenic jaune.
Ayant obmis à traiter du Reagal ou Rcifgar ou Arcenic jaune dans mon premier livre, cela me donne
fujet d’en parler ici.
Le Rc^al eft une Pierre jaune tout- à- fait fcmblable à l’ Arcenic blanc , n’y ayant que la couleur qui en
fait la différence , cc qui a donné fujet de l’appellcr Argcnic jaune , en mon particulier je n’ai pas encore pû
fçavoir cc que cc pouvoir eftre non plus que l’ Arcenic blanc ; neanmoins il cft facile de juger que c’eft aufli
une compoution : au refte l’Arcenic jaune ou Reagal cft fort peu ufité pat les Chirurgiens 6c les Maréchaux,
& c’eft
& c eft une Drogue fi peu en ufage , qu’il fc confuracra un millier d’ Arcenic blanc contre dix livres de jaune :
l’avertirai en paffant que c’eft un poifon auffi dangereux que i’ Arccnic blanc , ce qui fera que ceux qui en ven-
dont , prendront garde à qui ils le donneront; à l’égard de fon choix, il n’en a pas d’autre que d’eftre haut en
couleur , luifant ic en gros morceaux , le menu n’eftant recherché de perfonne.
Sur U Gomme de Chibeu ou de Gommier d' Amérique.
La Gomme de Chibou eft cette même Gomme ou Raifine , dont j’ai traité dans mon Livre à la page
i6i. fous le nom de Galipot d’ Amérique : Cette Gomme fort d’un grand Arbic, ainfi que je l’ai décrit,
appelle des Ameriquains Gommier , à caufe de la grande abondance de Gomme qu’il jette , ce qui m’a donne
occafion d’appeller cette Raifine ou Gomme , Gomme de Gommier des Ifles d’Amérique -, en ayant parlé alfez au
long , c’eft eequi fera que je n’en dirai rien ici , fiqon que les feuilles dont j’ai dit n’en fçavoir pas le nom , font
degrandes & larges feuilles d’un Arbre appelle Cachibou , dont les Ameriquains & Sauvages fc fervent à plu-
fieurs ouvrages , principalement pour mettre dans leurs paniers d’ Aromats , pour cmpccherque l’eau n’entre de¬
dans j & l’on doit eftre encore averti de n’acheter cette Gomme pour la vraie Gomme Elcmi des Indes d’Efpagnc,
la véritable cftant verdaftre, mollaflc & odorante , 6c ce Galipot eft blanc 6c fcc , 6c auffi aflez aromatique.
Outre la Gomme , il y a auffi la Raifine , qui eft claire 6c tranfparantc , 6c tres-bellc , mais peu connue en
France. ‘
Sur U Lacque fne.
J’ Ay dit dans mon Livre à la page 34. que la Lacque fine de Venize cftoitune Pâte faite du ventre des os de Sé¬
ché ôc autres } mais le ficur Langlois le plus habile homme qu’il y ait jamais eu pour la perfetftion de cette ri¬
che marchandife , m’a avoué qu’il ne fc icrvoit que de Cochenille pour faire la Lacque, en un mot , qu’aprés
avoir tiré de la Cochenille Mcftec le premier Carmin.du refte il en faifoit de la Lacqucjc’cft pourquoi il ne faut
Elus s’étonner fi la Lacque fine du ficur Langlois furpaffe en tout celle deVcnizc,ôc c’eft à lui fcul à qui on a l’o-
ligation de fc pouvoir pafler de celle de Venize.
Sur P Aidés HefAtiqstt.
Î’Ay dit dans mon Livre à la page aj que l’on devoir rejetter de la Médecine l’Alocs Hépatique ou en gour¬
de , à caufe de fon odeur puante ; mais on doit encore plus le rejetter à caufe que la plupart n’eft qu’un mélan¬
ge de Gotrimes diffoures dans le fuc d’Aloës } la plûpart de ces fortes d’Alocs viennent des Ifles , fur tout de celle
de la Batbade, ce qui a donné occafion à quelques-uns d’appcllcr cette drogue Alocs de la Barbade.
Sur U Colchifle de Saint Chrijlophe.
La Calchiftcde faint Chriftopheeft toute differente de celle que nous vendons ordinairement, cftant moins
rouge , au contraire eft verdâtre comme un vitriol à demi calciné i c’eft cette Calchiftc que l'on commence à
vendre en differents endroits de France , comme à Marfcille , Paris , Roüen & autres , au lieu de la vraie Cal¬
chiftc.
Sur U Cochenille.
A L’égard de la Cochenille Meftec , on ne fera point furpris fi je n’en parle point ici , n’ayant tien pu fçavoir
de plus pofitif que ce que le ficur Roufleau m’en a écrit ainfi. Il eft neceflairc d’attendre que le R. P. Plu¬
mier foit revenu de fon voyage , pour fçavoir s’il pourra confirmer ce qu’il a avancé , ou fi ce que le fleur Rouf-
•feau m’a mandé fera autorifé ; 6t comme il n’y a eu que ce feul article qui m’aye cfté contefté dans tout mon
Ouvrage , je prie ceux qui en auront quelque nouvelle certaine , fçavoir fi la Cochenille Meftec eft animal ou
graine, de me le faire Içavoir , tant pour faire part au public , que pour que je puifle fçavoir ce que ce puis eftre
que cette riche 6c précieufe Marchandife.
Par un Livre mis au jour depuis peu , il eft dit que le mot de Cochenille fignific un ver gris qui vient des In¬
des ; cela ne fe peut foûtenir .puifquc le mot de Cocquenille ou Cochenille cftEfpagnole, ôc ne fign fie autre
chofe que petite graine, le dérivant AcCocchs yt^ui fignific graine ; auffi-bien que de dire qu’elle vient des Indes:
Il fembleroit qu’il y auroit de la Cochenille Mcftec dans toutes les Indes, ce qui n’eft pas , puilque cette Coche¬
nille ne vient que de la Nouvelle Efpagne.
Le meme Auteur fe trompe auffi , quand il dit que la Cochenille Campefehanne 6c la Silveftrc eft la meme
chofe , ce que je ne déciderai ici en ayant traité aflez au long au Chapitre de la Cochenille Meftec.
Sur les differentes fortes de Cinabres.
IL y a tant de forte de Cinabres naturels , que j’autois aflez de peine à les pouvoir tous expliquer *, neanmoins
je dirai, qu’outre ceux dont j’ai traité dans mon Livre , ily a celui de Carinthe,d’ Arménie ôc de Saint Chri-
ftophe , mais tous inferieurs à celui d’Efpagne : c’eft pourquoi ceux qui auront befoin de cette riche marchandife,
s’attacheront à celui d’Efpagnc , ayant les marques que j’ai décrites à la page 16. Chapitre XX VIL 6c non à tous
les autres , cftans moindres.
Sur la differente quil y a entre l’eau de Nafie & teau de fleurs d’orange.
ON remarquera que je n’ai fait dans mon Livre aucune différence entre l’eau de Nafle 6c l’eau de fleurs d’O-
range, anfli bien que tous ceux qui en ont écrit avant moi j neanmoins la différence en eft affez grande,
l’une cftant Vaite des fleurs telles quelles font cueillies de l’arbre , 8c l’caude Nafle n’eft que l’eau tirée des fcuil-
les blanches des fleurs d’Oranges : ainfi la vraie eau de Nafle eft bien plus douce 6c agréable que l’eau de fleur
d’Orange ordinaire , ainfi plus chere.
Sur l'Amidon.
La cherté des bleds des années paflees 1^93. 8c i<r^4. nous ayans obligé de faire venir des Amidons
d’Hollande, par le haut prix que fc vendoit celui de Paris i neanmoins de quelque cherté que fût l’Ami-
D
don de Paris , on le préfetoit à celui d’Hollande & autres endroits , cftant en gros pains qui fc rédui fent d’abord
que l’on lesmanieen petites éguillcs fort menues & dures , qui en cela cft contraire à celui de Paris, qui cft
blanc, tendre, friable & en moyens morceaux , principalement quand ila efte feichéau Soleil ; cet avis ne peut
fervir que poutr confirmer ce que j’ai avancé , que l’Amidon de Paris futpaflbit en beauté & bonté tous ceux des
autres endroits.
Sur U Fleur d' Air Ain.
La Fleur d’ Airain eft une Drogue fi peu enufageen France, que je n’en aurois pas parlé fi elle n’eftoit com-
prife dans le dernier Tarif des Apothiquaires , & je fuis certain que l’on feroit bien tous les Apothiquaires
du Royaume fans que l’on en pût trouver de la véritable, ainfi que Mathiole la demande, & je ne puis com¬
prendre comment ceux qui ont voulu réformer le premier Tarif qui a efté fait en prefenec de Monficur le Lieu¬
tenant General de Police ^ de quatre Médecins de la Faculté , & de quatre Apothiquaires , où il n’eft fait aucu¬
ne mention de fleurs d’Airain , de fleurs de Verdet , d’Huile de petit Cuimin , & autres Drogues inconnues ,
aufli bien que de plufieurs articles qui font à des prix fi hauts , que les deux Livres ne vallent pas ce qu’ils met-
mettent l’once j par exemple , la Cendre gravelée àquinze fols l’once , ainfi du refte , à quoi il feroit en quelque
manière neceflàire de remédier , le publicy eftant interefle, & la confcicnce engagée de ceux qui les débitent à
ces fortes de prix-là. Pour revenir à la fleur d’Airain, Mathiole dit dans fôn Livre à la page 707. que c’eftdes
petits boulets qui s’élevçnt du Cuivre lorfque l’on le fond , par le moyen de l’eau froide que l’on jette deffiis :
mais comme je croi que la dépenfe en feroit grande & de peu d’utilité , c’eftpour cefujet que je n’en ai jamais
^voulu faire , laiflant cette operation à ceux qui en auront befbin. Ceux qui en defireront fçavoir davantage ,
pourront avoir recours audit Livre de Mathiole à la page ci-deflus.
A l’égard de la fleur de Verdet , je ne fçaice que c’ eft, & fi je m’en fuiienquis à des perfonnesqui le devroient
fçavoir , & fi jamais je nel ai pû apprendre , aulfi bien que l’Huile de petit Cuimin , à moins que ce ne foit l’hui¬
le de la femcnce de Sifeli , ou d’Ammi ou autres femblables.
Sur U Graine d’Ecarlate.
AYant traité aflez au long de la grair»»4'Ecarlatc dans mon premier Livre, c eft ce qui fera que je ne par¬
lerai ici que de la manière doiu on la 'irepare pour la garder , aufli- bien que fon paftel fi peu connu dans la
Médecine. Les Portugais, Eipagnois, Provençaux, Languedociens 8c autres qui recueillent cette Marchan-
^dife , ont foin de la pafler dans 'e v'.na. -.rc pour faire mourir nombre de petits vers prefque imperceptibles , &
cnfuitel'expofent au Soleil juiq i’a cequ elle foit bien fciche, car fi elle n’eftoit bien paflee dans le vinaigre en
feichant , il en fortiroit une figrar.de quantité de Vers ou petits Moucherons , que cela cft prelque incroyablej
c’eftee qui fait que la plupart de la graine d’ Ecarlate que nous vendons n’eft que des. coques vuides & trouées,
ctrla arrive auffi en vieilliflant , d’autant que le paftel qui eft dedans ( qui n’eft, comme j’ai déjà dit, que de pe¬
tits vers ) fe mange en lui-même & devient en poudre blanchâtre , Sc enfuite à rien du tout -, voilà les deux acci-
dens qui rendent la graine d’Ecarlate défedueufe & hors de vente , l’une pour n’avoir pas^été bien préparée , &
l’autre pour être furannée. Il eft à remarquer que j’ai dit à l’article du Paftel , que l’on devôit rejetter celui qui
étoit humide & qui fentoit le^yinaigre , cela cft fort jufte pour les raifons que j’ai citées , neanmoins on fera
averti qu’il n’y a point de Paftel qui n’ait été afpergé de vinaigre pour tuer les vers , car autrement il fc converti-
roit en petits moucherons j mais ce qu’il faut remarquer , c'eft qu’il foit bien fcc ôc Tentant très- peu le vinaigre ,
alors ce fera une marque qu’il aura été peu chargé de vinaigre & bien fciché au feu , car l’on ne trempe pas le
Paftel dans le vinaigre , ni on ne le fciche au Soleil comme la graine d’Ecarlate , mais fur un feu de charbon , ÔC
le remuant toûjours ôc le plus promptement que faire fe peur. Etant fur le chapitre de la graine d’Ecarlatc , il
cft bon que je faflè remarquer l’abus qu’il y a d’appellcr ces petites coques du nom de graine , puifquc ce ne font
que des petites vclTics qui le forment fur les feuilles ôc écorces des petits arbriffeaux fort connus au pays ci-deffus;
Sc pour preuve de ce que j’avance , je rapporterai ce que Monfieur le premier Médecin m’en a écrit le 22. Dé¬
cembre 1654. Le Kermes n’eft point une graine , mais la coque d’un vermifleau qui la fair naître en picquant
l’écorce de ITlcx fur laquelle elle fc trouve ôc s’enferme dans le fuc «ju» en fort , comme les vers qui font paroî-
tre les noix de Galles fur les Rouvres , & les faufles noix dc Galles fiir Ics feuillcs de Chênc : la graine ou fruit de
l’Ilcx qui porte 1 Ecarlate n cft point le Kermes , mais un Gland comme aux autres Ilcx, cela cft inconteftablcj
ainfi on ne doit plus appcilcr le Kermes du nom de graine , mais de celui de coques ou de vcflics.
Sur les f terres d' Ecre'ciijfes.
Î’ Ai dit dans mon Livre à la page 95. Chapitre des Ecreviflts , que je n’avois pû découvrir ce que c’étoit au vrai
que les Pierres d’Ecrevifles : mais à prefent on peut être certain que ce que nous vendons fous le nom d’yeux
Ecrevifles , ou ÔlOcuU Cancri , n’eft autre chofe que les Pierres qui fc trouvent dans la tête des Ecrevifles des
Indes Orientales , d’où les Hollandois les apportent j ôc la grande quantité que nous voyons ne doit point nous
furprendre , d’autant qu’il y ades tems qu’il fe trouve une fi fiiricufc quantité dc ces Pierres au bord des Riviè¬
res , ôc même dc la Mer , qu’elles y font auffi frequentes que le fable , enfortc que l’on les y ramafle àpoignéc,
ce qui provient des Ecrevifles de ces quartiers , qui font fort fujettes à ces fortes dc Pierres , où elles fe déchar¬
gent en Décembre ôc Janvier , qui cft le fort de l’Eté des Indes : Et pour prouver ce que j’avance , Monficur de
Surian Médecin de Marfeillc , dont j’ai ci-devant parlé , m’a afluré en avoir fait ramafler dans les Iflcs par fon
Ncgre, plüsdc cinquante livres en une journée ; & toute ladiflcrcnccqu’ily a des OcuU Cancri des Indes Orien¬
tales , d’avec ceux des Indes Occidentales , c’eft que ces derniers font plus gros.
Sur le Zainc en gros pain.
DEpuis^ quelques années on nous envoyé d’Hollande ôc même d’Angleterre , un Zainc en gros pain ,
qui n’eft autre chofe que ce que les Allemands appellent Beauter y ôc les Flamands Steamer -, ôc ce
Zainc eft du Zainc minerai fondu ôc mis en pain : quoi qu'il en foit , c’eft une Marchandife qui eft extre-
mement contraire aux Ouvriers , comme aux Fondeurs , Potiers d ctain & autres j'car au lieu que le Zainc en
petit pain ou en barre leur cft extrêmement propre & neceflaire , celui en gros pain leur eft préjudiciable ,
d’autant qu’il gâte tous leurs ouvrages : AinCi les Marchands feront avertis de ne point faire verîir , ni achetter,
ni vendre du Zainc en gros pain , n’étant propre à rien , fi ce n’eft pour ceux qui cherchent la Pierre Philofo-
phalc,qui font fort curieux du Zainc minerai,- ce Zainc eft fi inferieur , que lorfque vous le fondez il s’évapore
un fouphre puant & dangereux , fi bien que fi vous mettez une livre de ce Zainc dans un creufet , vous n’en retirez
pas une demie livre , & fi il eft extrêmement difficile à fondre.
le Blânc de Balaine.
J’Ai dit dans mon Livre à la page 75. chapitre de la Balaine , que le Blanc de Balaine mal à propos appellé
Spenaa Ceü , ou Nature de , étoit fort peu ufité en Medecine , ce qui eft contraire des Allemands
qui s’en fervent beaucoup avec heureux fuccez contre plufieurs maladies , principalement pour la Plurefie & au¬
tres. Voyez Scroder & autres Auteurs Allemands qui en traitent alTez au long.
Sur la Pierre de Verolle & autres Pierres , dont je n'ai fait aucune mention ni dans mon premier
Livre , ni dans mon fetit Catalogue.
La Pierre de Verolle eft une efpecc de Caillou verdâtre rempli de petites bofles aulfi verdâtres , maïs plus
clair & difpofé comme des grains de Verole , d’où apparemment lui eft venu fon nom , & d’autres veulent
qu’il lui vienne des grandes qualitez que l’on lui attribue, d’être extrêmement propre pour empêcher d’être mar-
qué de la petite Verole; quoi qu’il en (oit, cette Pierre eft fort rare &: fort eftimée : J’ai encore quantité d’autres
Pierres de differentes figures ^ couleurs , comme le Lapis Conchites , Aftroïtes, Obftracites, la Pierre de Croix
de ta Tête de Balaine , la Corne d’Ammon , la Pierre d’iris , dont M. V vormes & autres Auteurs parlent , &
dont je ne ferai aucune mention , étant peu ufitée.
Sur U Comme de Senega.
J'Ai fait remarquer dans mon Livre à la page 243. que cette Gomme nous étoir apportée au Senega par les Noirs
ou les Bjancs , qui viennent des Montagnes , fans autre explication : mais ayant lû le Voyage du Sieur le Mai¬
re , i’ai crû être à propos de rapporter ce qu’il a écrit de cette Marchandife à la page tfy. en ces termes.
C’eft de ces Maures que nousavons la Gomme Arabique. Us la cueillent dans les Defertsde la inté¬
rieure. Elle croît aux Arbres qui la portent ..^comme-oeile^i vient aux Cetifiers & aux Ptunicts cn France. Ils
la viennent vendre un mois ou fix femaines avant l’inondation du Niger.
On leur donne en échange du Drap bleu , de la Toille de la même couleur . «c quelque peu de Fer. Us vien¬
nent de cinq & fix cens lieues dans les terres , pour apporter , l’un un demi quintal de Gomme . & l’autre plus
ou moins. Us font tous nuds fur leurs Chameaux & Bœufs , dont ils fe fervent aufli fouvent à apporter leurs
marchandifes. Les plus confiderables d’entr’eux ont une efpece de Manteau fait de peau fource , qui refièmble
affez à la Chappe de nos Chantres. Les autres n’ont qu’une méchante piece de cuir qui cache leur nudité. Us ne
fc nourriffent tous que de lait Sc de Gomme qu’ils font diffoudre dedans.
On a accoutumé de les nourrir en partie , lorfqu’ils viennent pour trafiquer. On achette leurs bœufs exprès,
afin de les en nourrir: mais ils les égorgent eux-mêmes, autrement ils n’en mangeroient pas , & ily adesper-
fonnes entr’eux deftinées à cela. Qnoi qu’ils ayent beaucoup de beftiaux , ils en mangent rarement , fi ce n’eft
lorfqu’ils les voyent prêts à mourir de maladie ou de vieilleffc.
C’eft une peine incroyable que celle de négocier avec eux , car il y a toûjours de leur côté ou tromperie , ou
infuhe ; comme le trafic fe fait fur le bord de la Riviere, ils ne fourbent pas fi facilement, parce qu’on embar¬
que la Marchandife à mefure qu’on la reçoit d’eux. Le commerce fe fait au mois de May & de Juin , à trente
lieues au deft'us de rHabitatîon,
Lorfque tout eft fini , ils vous chantent mille injures ; Sc s’ils attrapent quelques François ou d’autres Blancs,
ils les tuent en reprefailles d’une querelle paffée de vingt années. Il y a deux mois qu’ils ont pris un Matelot qui
fçait l’Arabe & qu’un des Capitaines de la Compagnie avoir envoyé à Argu'm , & ils ne demandent pas moins
que de cinquante Efclaves cn Echange.
EXPLIC.ATIONS VE ^EL^ES NOMS PEV VSITEZ^ V E’ C R ITS
dans mon Catalogue.
Ab R U s Alpini , font ces petits poids rouges qui te dans Monfieur l’Emery.
viennent de l’Amerique. Aujubin font ces gros Raifins qui viennent de Fronti-
Aldabac , eft une Gomme qui fe rencontre quelque- gnanque l’on vend pour raifins de Damas.
fois dans la Raifine de la Câline rouge. Antigorium , cft l’Azur ou gros email dont fc fervent
Alcebram , eft l’écorce de la racine d’Efule. les Fayanciers pour peindre leur fayance.
Amurca , cft ce que nous appelions fellè ou lie d’Hui- Aftburou , eft le boisd Inde*
le.
Anthera , cft le jaune qui eft dans le milieu de la Rofe. T) Alfamum Guilliadinfe , eft félon quelques-uns le
A rnabo , cft le Zcdoarc. Baume de Judée.
Adarca, cft une écume falée qui n’eft plus cn ufage. Baume du terrain du Saint Efprit , de Pernambouc,
Aquila alba, eft le Mercure doux. de Rio, de Janeyro , de faint Vincent , de faine
Arbre de laine Thomas ou Arbre faint, eft le Maccr. Domingue , des Handurcs ou Hondures eft le
Arbre de Dianne, eft une operation de Chymic, décri- Baume de Capau. *
Bctingi ou Berungi, cft félon quelques-uns les Cuhetcs ,
& d’autres la Semence de Roquette.
Bdcgar, eft l’épine blanche,
Biftre . eft la fuye luifante &c dure des cheminées dont
fc fervent les Peintres.
Bouchet , cft l’Hipocras d’eau.
Bellcrici ou Bclliculi , cft le nombril Marin.
Blatta bizantia , cft Tongle odorant.
Bois de Caleatour , cft une forte de brefil.
Bois de Lctte, cft un bois rougeâtre & dure > dont les
Sauvages font leurs arcs.
Bois pétrifié, cft le bois de faint Machaire.
Clre'de Guinée , eft une cire rougeâtre , peu con¬
nue en France.
Çyperus du Nil > eft un fouchet de la moelle duquel
on fc forvoit autrefois à faire du papier , c’eft
pourquoy il étoit appellé Papyrus , dont eft venu le
nom de Papier.
Cyphi Thymiama , font les Trochifques de Cyphi.
EAu de Mille- Fleurs , cft l’eau diftilée de la fian-
te de cheval > fuivant le rapport de Monfieur
de Suriam.
Ecume de ver ou de verrerie , cft le fel de verre.
Eftènce de Cocai , cft de refprit de vin aiKoolifé du
Baûme du Tolu & Copau diftbut cnfcmble.
Fiel de Verre , cft le Sel de verre.
Fruit d’ Acacia d’Egypte , font les fruits ou gouf-
fes, qui eft de ce que l’on fait l’Acatia vera.
Fruit ou grand Gorganne des Ides.
Fuft de Gerofle des Hollandois > cft ce que nom appel¬
ions tctcdc,Gctoflc.
GIp cft le Talc de plâtre.
Gith, eft la Nigelle Romaine.
Huile de Candie fauvage , cft l’huile de la Ca¬
ndie Mattc ou du Calfia lignca„
Hirculus,eftlc Bouquain cfpecc de Nard celtique.
Hydragire , eft le Vif- argent.
Huile petit Cumaiti , voyt\)i la fleur d’Airain.
Huile Punique, cft l’huile de Palme.
INdigo lauro eft l’Indigo des Iflcs.
I(ftio-collc , eft la Colle de poiflbn.
La Serpitium cft félon quelques-uns le Benjoin.
Laudanum liquide , eft l’extrait liquide de l’O¬
pium.
MEKin , cft le Gingembre.
Mellade , cft le Tcreniabin.
NOuga blanc & rouge , cft une pâte faite d’amen¬
de & de miel.
Narcapthum , eft fclonquciques-uns l’Encens > d’au¬
tre le Storax , d’autre le Benjoin & autres.
Piment des Hollandois , cft la fleur de Gerofle.
Racine d’Epecoanne , cft l’Ipecacuauha.
Tendrune, eft le Ici de verre.
Tourou d’Alican , cft une Pâte à peu prés comme Ic
Nougaqui vient d'Efpagnc.
C E RTIFICAT de MONSIEVR façon premier MEDECIN
de Sa Majejlé.
NOw s Confcillcr du Roy en fes Confoils d’Etat & Privé, Premier Médecin de Sa Majefté , ayant été
informé , que le grand nombre & la beauté des Drogues que le Sieur Pom et Marchand Epicier &
Droguifte à Paris, avoir apportée & fait voir dans le Jardin Royal pendant les Leçons qui y ont été faites
CCS jours paftez , avoicnc excite la curiofité de la plupart de ceux qui s’y étoient trouvez , & leur faifoient
fouhaiter , pour en être plus paniculicrement inftruits , de pouvoir encore recevoir les memes Drogues dans la
maifon dudit Sieur Pomet } Nous avons crû qu’il étoit de notre devoir d’autorifer le zelc <^u’il a pour le bien
public , & de lui permettre de montrer & faire connoître fos Drogues à cous ceux qui fc prefenteront chez lui
pour profiter de (a bonne volonté & s’inftruire à fond de la matière Medecînale dont la connoiflàncc parfai¬
te cft une des plus neceffaircs à tous ceux qui fe préparent à l’cxcrcicc dc la Mcdccinc ; En foy dc quoy Nous
avons figné la préfente PermilTion , & fait appofer le cachet dc nos Armes. Fait à Trianon , le Roy y étant , le
huitième jour d’Aouft mil fix cens quatre-vingt-quatorze.
Signé, FAGON.
A^frobation de Monfieur de S aine- T en y Dciteur en Medecine de la Faculté de Farts y Médecin
ordinaire de Sa Majefié y & Frofcjfeur au Jardin Royal a Paris.
AYant été prefent à la Dcmonftration dc toutes les Drogues que le Sieur Pomet a fait cette année au
Jardin du Roy , je puis aflurer que rien n’cft plus utile au Public , que l’imprcflion dccc Livre , il fera
plaifit aux Sçavans , & éclaircira les ignotans *, en mon particulier , je puis certifier que tien ne m’a plus tou¬
ché que cette nouvelle découverte. Fait à Pais ce 30. Dcccmbcc 1694.
Signe, DE SAINT-YON.
EXTRAIT DV PRIVILEGE DV ROT.
LOUIS PAR LA GRACE DE DIEU ROY DE FRANCE ET DE NAVARRE:
A nos amcz &: fcaux Conicillcrs les Gens tcnans nos Cours de Parlement, Maîtres des Ruquêtcs
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand Confeil , Baillif, Scne'chaux , Prcvofts, leurs Lieutenaris, ic
à tous autres nos 3 ufticiers & Officiers qu’ii appartiendra , Salut. Nôtre bien amé Pierre P omet
Marchand Epicier de nôtre bonne Ville de Paris , nous a fait remontrer qu’il avoir compofé un Livre
Hiftoïre getterÂle des Drogua d’épiceries concernant les marchandifes , où il eft traite des Graines,
Racines, Bulbes, Oignons , Rofeaux, Bois, Ecorces, Feuilles, Fleurs , Fruits, Gommes, Sucs,
Animaux, Simples, Marins , Bitumes, foflilles, Pierres prccieul'es. Terres, & de quantité de Dro¬
gues qui (c fabriquent tant en France qu’aux Pais Etrangers , avec leurs figures, connoiflanccs, Pais où
ils croilîcnt , leurs différends noms, leurs ufages, la maniéré de connoître les véritables d’avec les falcifiées,
le tout tres-utilcau public , fur tout aux Marchands j leqdcl Livre il defireroit faire imprimer : A Ces
Causes , voulant favorablement traiter l’Expofant, Nous luy avons permis 3c accordé , permettons 3c
accordons par.ces Prelences , de faire imprimer par tel Libraire ou Imprimeur qu’il voudra choifir , ledit
Livre, en tel marge 3c caraftete , 3c autant de fois que bon luy femblera , le vendre ôc débiter en tous
les lieux dc^ tôcrc Royaume durant le temps de douze années confccutivcs , à compter du jour qu’il fera
5ichcvé d’imprimer pour la ptemicre fois ; pendant lequel temps Nous failons défenfes à tous Imprimeurs,
Libiaires 3c autres , d'imprimer, vendre 3c diftribuer ledit Livre , à peine de trois mille livres d’amende
payable par chacun des contrevenans , 3c applicable un tiers à Nous, un tiers à l’Hôpital general de
nôtre bonne Ville de Paris 5c l’autre tiers audit Expofant, ou à ceux qui auront droit de luy j de con-
fifeationdes Exemplaires contrefaits , 3c de tous dépens dommages 6c interets, à condition qu’il fera
mis deux Exemplaires dudit Livre dans nôtre Bibliotcque publique , un en celle du Cabinet de nos
Livres en nôtre Château du Louvre , 6c un en celle de nôtre tres-cher 3c féal le Sieur Boucherai. Cheva¬
lier , Chancellier de France , avant que de les expofer en vente : à la charge auffi que l’impreffion en
lera faite dans le Rôyaume ôc non ailleurs , ôc que ledit Livre fera imprimé fur de beau 3c ton papier
3c de belle impreffion , 6c ce fuivant ce qui eft porté par les Rcgiemens faits pour la Librairie 6c Impri.-
jnerie, â peine de nullité des Prefentes, lcfquel|es feront regiftrées dans le Regiftre de la Communauté
des Imprimeurs ôc Libraires dt nôtre bonne Ville de Paris. Si Vous Mandons 3c enjoignons
que du contenu en icelles vous faffiez jouir pleinement 3c paifiblcmcnt ledit Expofani ou ceux qui auront
droit de luy , fans foufftir qu’il leurs foit fait aucun empêchement : Voulons auffi qu’en mettant au com-
mencemeut ou à la fin dudit Livre une copie des Prefentes ou extrait d’iccllcs, elles foient tenues pour
bien 3c deu’émcnt lignifiées, ôc que foy y toit ajoûtéc 3c aux copies collationnées par l’un de nos amcz 3c
fcaux Confcillers 8c Secrétaires comme à, l’original. Et Commandons au premier Huiffier ou
Sergent fur ce requis de faire pour l’execution d’icelles tons Exploits, Saifics 8c aéles necclTàires, fans
demander autre permiflion , nonobftant toutes oppoficions, clameur de Haro, Charte Normande 3c
Lettres à ce contraires; Car tel eft nôtre plaifir. Donne’ à Verlaillcs le vingt-feptiéme iour de
Novembre l’an de Grâce mil fix cens quatre-vingt-douze , 3c de nôtre Régné le cinquantième. Signe
Par le Roy en fon Confeil. H A R L A N , avec Paraphe.
Rtgiftré fur le Livre des Libraires & Imprimeurs de Paris, le treiziéme Décembre lô 91. Ledit Sieur fera
Averti <jue l'Edit de Sa. Ma'jefté du mois d'Aouf léSô, & les Aeréts de fonCoufeil concernant let Libraires-,
ordonnent que le débit des Livres Çe fera feulement par un Libraire ou par un Imprimeur. Signé P. AVBOVTPL
Sindîc.
Achevé d’imprimer pour la première fois le Samedy fécond jour de Janvier 1^94.
Les Exemplaires ont été fournis.
A V I S A U P U B L I C.
Le Sieur PO MET 3 qui demeure rué des Lombards la Barbe dIOr ^
Avertit le Public quil a chez» luy toutes les Matières dont tlTraite 3 Çf
meme qVil en fera le débit foit en gros ou en détail , à la referme de celles
qui font rares en France Comme auffi le Ligure , I ayant fait imprimer à
fis frais Çf dépens. Le prix dudit Livre relié en veau .,e fl de quatorZjC
livres Çf en blanc de douZ>e livres dix fols.
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